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CHAPITRE PREMIER ASPECT GÉNÉRAL. — Climat. — Pic de Ténérilîe

L'archipel des Canaries, connu, dit-on, des anciens, sous le nom d'Iles Fortunées, est composé de sept grandes îles et de cinq petites. Il appartient à l'Espagne. Les sept grandes îles sont : Palma, Hierro, Gomera, Ténériffe, Grande-Ganarie, Fuerta Ventura, Lanzarote.

Ces îles sont de formation volcanique : les terres, hautes, escarpées, se terminent le plus souvent en falaises à la mer.

Climat. — Le climat des Canaries est, en général, beau et sain; toutes les îles fournissent de l'eau excellente; dans la plupart d'entn; elles, la végétation est extrêmement variée; à côté des fruits d'Europe, l'on y trouve les fruits des tropiques.

La population des îles Canaries est d'environ 100,000 habitants.

Les îles de cet archipel qui intéressent le plus particulièrement les voyageurs sont : 1" la Grande-Canarie, dont le port principal,

Palma, présente la baie la meilleure de toute la côte ; 2" l'île de Ténériffe. Le j^ort le plus important de cette dernière, Sainte-Croix de Ténériffe, point de relâche de plusieurs lignes de paquebots anglais, français et espagnols, est ainsi décrit par M. Jules Leclercq, dans son Voyage aux il es Fortunées.

Fig. 2G8. — Femme de l'ile de Palma.

Sainte-Croix est la fournaise de Ténériffe. Dumont d'Urville, Alexandre de llumboldt et d'autres voyageurs qui ont parcouru les contrées les plus chaudes de l'univers, déclarent que cette localité est atrocement étouffante... Sainte-Croix (en espagnol Santa-Cruz)^ porte entièrement le caractère des cités espagnoles. Les maisons, comme à Cadix, se terminent généruLment en terrasses où l'on va respirer le frais au soir; les façades, comme à Grenade, sont peintes des plus vives couleurs ; les

ILES CAxNARIES

fenêtres à volets verts sont ornées de balcons en saillies ; les jalousies, toujours fermées, sont invariablement percées d'un judas fixé par le haut au moyen de deux charnières : lorsque la planchette se soulève à l'intérieur, on aperçoit un joli visage de femme qui fixe sur vous ses

Fig. 'ICt'.K — Habitant du l île Laiizaroto en costume de fête.

grands yeux noirs. A'otre passage est un événement dans ces longues rues désertes et silencieuses, pavées de cailloux roulés plus horribles que ceux de Tolède. La ville est bâtie en damier, malgré les inégalités du terrain. Aux heures chaudes de la journée, personne, pas même les chiens, ne s'aventure dans ces rues ensoleillées. Ici, comme dans toute l'étendue de la Péninsule, une branche de palmier est suspendue à chaque fenêtre. Les églises, assez laides, reproduisent cette profusion de sculptures et de dorures qui distingue les églises espagnoles.

M. l'abbé Laffitte, dans son ouvrage Le Dahomey, nous présente Sainte-Croix de Ténériffe et ses habitants sous des aspects moins séduisants :

Les îles Canaries furent notre seconde escale. Le steamer jeta l'ancre devant Sainte-Croix de Ténériffe. Deux jours d'arrêt : c'est plus qu'il n'en faut pour visiter la ville.

Vue de la mer, la côte paraît raboteuse, trancliante, écaillée, coupée de petites criques peu profondes où le flot se brise en sillons prolongés; partout des aspérités, des pyramides de laves noires et déchirées: c'est

Fig. 270. — Vue de Sainte-Croix fie Ténériffe.

triste et grandiose à la fois. Une masse de maisons blanchies à la chaux se détache de ce milieu noir et gris, c'est Sainte-Croix.

Sainte-Croix, c'est l'Espagne, mais l'Espagne avilie, sans poésie, triste, pauvre. L'Espagnol crasseux, déguenillé, bat le pavé des rues. Les mendiants pullulent : foule bigarrée, orgueilleuse jusque dans sa misère, se drapant dans ses haillons comme un prince dans sa pourpre, ce sont des cris, des démarches sans fin. Tous ces bras tendus vers vous, ce n'est pas le travail qui les a affaiblis, mais l'oisiveté et la débauche. Un de ces mendiants à qui je donnai une petite aumône me cria : Merci, Excellence. Un autre à qui je ne donnai rien, me gratifia d'un titre qui était tout l'opposé du premier.

J'ai vu un soldat monter la garde d'une curieuse façon. On eût dit la statue de la Paix armée en guerre. Il avait choisi une position horizontale qu'il semblait apprécier beaucoup : son sac lui servait d'oreiller. Il fre-

ILES CANARIES

donnait un petit air en attendant la soupe. Les habitants de Sainte-Croix peuvent dormir en paix avec de tels guerriers.

Pic de Ténériffe. — Bien avant qu'on aperçoive les formes

Fig. "271. — Habitant de TénéritTe (cosUnne du dimanchej.

indécises de la côte, l'approche des îles Canaries est signalée à l'œil du navigateur par la vue du célèbre pic de Ténériffe.

Par un temps clair, le pic se distingue à une distance considérable, il émerge en entier, comme un cône immense, au-dessus des flots; mais en temps ordinaire, sa cime seule apparaît comme un vaste dôme, au-dessus d'un océan de brumes e1 de vapeurs qui paraissent la porter.

No3 veux inquiets, dit le comte de Beauvoir dans son Voyage autour' du Monde, cherchent sur l'horizon les îles Canaries, et le pic de TénérifFe nous apparaît dans toute sa majesté : nous en sommes encore à 75 milles.

En ce moment, la masse de neige argentée brille de tout son éclat; peu à peu les rayons de pourpre du soleil cessent d'éclairer une à une les voiles palissantes du navire; ils fuient successivement et vont se concentrer sur la cime neigeuse, pour couvrir insensiblement sa blancheur éclatante du rose le plus transparent. Nous nous trouvons dans le crépuscule, enveloppés de je ne sais quelle teinte sombre, mais le pic brille encore! Une rougeur étincelante s'est réfugiée à son sommet; une multitude de petits nuages forment autour de lui une auréole légère, et quand

Fig. 27-2. — Vue du pic de Ténéiifte. (D'après une photographie.)

le dernier rayon d'un soleil de feu vient mourir sur cette neige rosée, la brise du soir disperse ces nuages, qui semblent emporter dans leur fuite les derniers reflets d'une dernière lueur. Les vents les portent vers nous comme un voile céleste aux mille couleurs, puis ils s'éteignent, et s'engloutissent un à un dans la nuit qui nous couvre déjà.

Dans son Voyage aux Iles Fortunées (E. Pion, éd.), M. J. Leclercq donne cette autre description :

C'est par le soleil couchant que j'ai vu la première fois le pic de Ténériffe. Le voile de nuages qui l'enveloppait depuis mon arrivée s'est enfin dissipé, et l'immense pic m'est apparu tout entier, plein de gloire et de magnificence. Je ne m'étonne plus que cette montagne ait longtemps passé pour la plus haute du globe. Surgissant, pour ainsi dire, du sein des flots, elle s'élève lentement, majestueusement, vers les régions de la sérénité, et dans son superbe isolement elle prend des proportions étonnantes. Éclairée par les derniers feux du soleil, elle resplendissait

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de lumière pendant que l'ombre envahissait les régions inférieures, et sa cime étincelante était si haute, si aérienne, qu'elle semblait ne plus appartenir à la terre.

Sous le pseudonyme de P. Branda, M. le capitaine de vaisseau Réveillère écrit sur le même sujet les lignes suivantes dans son volume : Autour du Moîide.

L'imagination s'effraye devant la puissance des forces souterraines et l'effroyable longueur de temps nécessaire pour construire, par un araoncèlement de laves et de scories, ce prodigieux pic de Ténériffe, réputé longtemps le point le plus élevé du globe... Le pic s'élève de l'Océan dans son fier isolement, unique dans la mer comme le soleil dans le firmament. De profonds ravins sillonnent les flancs du cône. Cimes aiguës, crêtes acérées s'étagent, se superposent dans un formidable désordre, suivant les caprices de la toute-puissante nature; les rouges dentelures semblent brûler encore du feu de la fournaise... Tous ces bouleversements gigantesques se perdent dans la forme générale du colosse, comme à quelques pas disparaissent les rides du visage d'un vieillard.

COTE OCCrOEMALE DAIIWQLE

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