LE REVE
Le pavillon de la Croix-Fontaine. pour la construction duquel Bourret avait prodigué l’or à pleines mains, était une véritable merveille. Ses escaliers étaient en biscuits de Sèvres, avec des rampes de cristal de roche, liées de filigranes d’or et d’argent. Son intérieur se composait d'une série de salons et de boudoirs garnis d'objets d'art réellement inimitables, Il y avait un cabinet, entre autres, toute en porcelaine de Chine et du Japon.
C’était dans ce cabinet qu’on avait conduit le roi,
Louis XV était étendu sur un magnifique sopha en étoffe orientale. Des stores chinois tamisaient le jour et plongeaient la pièce dans une demi-obscurité.
Le roi était seul: Richelieu, Grammont, d’Ayen,
Nonchalamment couché et se reposant de ses fatigues veillaient dans la pièce voisine.
et de l’émotion que lui avait causée l'accident dont il avait failli être victife, Louis XV cédant au sommeil que provoquaient la solitude et le demi-jour, s'était endormi.
Le roi rêvait.
Dans son état d'hallucination, il se croyait transporté au milieu de Ja forét, dans ce carrefour OÙ 1 s'était arrêté quelques instants,
Il entendit un roulement sourd, lointain, qui aug HENTA progressivement, 0 il vit apparaître la conque de cristal de roche AUX roues dorées, traînée par les deux alezans et “portant la nymphe ravissante,
La conque s'arrêta près de Jui,
La jolie DYmphe se dressa lentement, abandonnant ies rênes, Elle releva sa jupe “aporeuse et elle avança un pied mignon chuussé de sandale, laissant apercevoir des bagues d’'émeraude et de rubis À chaque doigt,
Le petit pied se posa à terre et la jeune femme descendit...
Alors, il sembla au roi que Ja conque disparaissait lentement. La jeune nvmphe était demeurée seule, immobile près de lui.
Puis, les arbres s'effacèrent, et, à ]n place de la forêt. se dressèrent des murailles toutes £arnies de médaillons de porcelaine.
La nymphe était toujours là,
Avancant timidement !a Main, le roi prit le petite main de Ja jolie nymphe [1 l’attira doucement vers lui.
Elle da et glissa lentement.
Alors, Louis XY so pencha et aPpuva ses lèvres sut la peau blanche et satinée,
La petite main tressaillit dans la sienne, Louis XV fit un nouvel effort pour attirer plus près encore la nymphe,
Elle obéit : elle se Pencha doncement, lentement, gracieusement...
Sa tête s’approcha de celle du roi, et une voix harmonieuse murmura cet ave uenchanteur:
“Je vous aime! ”
Puis, deux lèvres fraiches et carminées s'appuyérent sar le front lu monarque et + déposèrent un baiser brûlant.
Louis XV éprouva un sentiment de bonheur profond qui envahit son coeur. [l étoutfa un soupir, et il ouvrit les veux en étendant les bras comme pour saisir...
Il se dressa sur son séant.
Une petite porte venait le se refermer, et par l'entre- Lâillement il avait vu disparaître une robe blanche: celle de Ja nymphe.
[se leva en passant la main sur son front. Il marcha droit vers l'endroit où il croyait avoir vu se refermer la petite porte.
I n'y avait, sur le panneau garni de porcelaine, aucunc trace d'ouverture.
“Je dormais!” dit-il.
Mais ses regards s'étant abaissés, il demeure immobile; puis, se courbant rapidement, il ramassa un objet gisant sur le tapis devant le sopha. Cet objet, c'était une petite bague de rubis.
“ Celle qu'elle avait au pied!” dit-il.
Et il revint vers l'endroit de la muraille qu'il avait déjà interrogé.
“Tiny a pas trace de porte! dit-il après un examen attentif. Je suis donc le jouet d’un rêve! d’un joli rêve, en tous cas, car elle est ravissante cetts nymphe…..
Il s'arrôta.
“Mais, cette bague!” reprit-il en frappant du pied avee impatience.
On gratta doucement à la porte.
“Entrez!” dit le roi.
— Oui, dit Je roi:
mon cher duc, et dit enir me parler, ”
Les yeux du roi ne duittaient pas l'endroit de la muraille par lequel il croyait avoir vu disparaître la jolie nympbe.
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