TAVANNE
Pour l'intelligence de ce qui va suivre, il faut que, retournant en arrière, nous nous reportions maintenant à l'instant où le cheval du roi renversé par le sanglier furiex mettant en danger la vie de Louis XV, un hom- 10e avait surgi subitement.
La mort du sanglier, le roi sauvé, Je remerciement adressé au sauveur, la disparition de celui-ci, tout cela s'était accompli en moins d'une minute.
Alors la foule s'était précipitée et avait entouré Louis le Bien-Aïmé,.
L'homme qui avait conservé son roi à la France, en risquant froidement sa vie, s'était glissé dans les rangs serrés des gentilshommes, des gens de suite et des curieux sans qu'aucun des assistants, un seul excepté, re- Marquât sa disparition,
Celui-là, qui avait paru s'intéresser si fort au sauveur du roi, c'était le vicomte de Tavanne.
Au moment où le roi était tombé, renversé par l’atleinte du cheval, Tavanne était à quelques pas en arrière. À cheval lui-même, il avait à peine eu le temps de deviner, avant de voir. Vaceident, qu'il s'ét-'t déjà élancé à terre, Quelque rapide qu’eût été son clan, il ne retombait sur le sol qu’au moment où le sanglier
roulait, Je coeur déchiré par la lame du couteau de chasse,
Le sauveur, attendant de pied ferme le sanglier, tournait le dos à ‘l'avanne. [ne lui fit face que pour se précipiter dans la foule, après avoir répondu brièvoment au roi qui venait de Je remercier, En S'enfuyant, il passa devant Favanne.
Celui-ci étouffa un Cri; il ouvrit démesurément les JEUX, puis, après avoir lancé un resard rapide sur Je roi, après s'être assuré que Louis XV était sain et sauf, il s'élança dans ln direction qu'avait suivie celui qui Senfuvait si vite,
Quelque court qu'eñt été le moment Qui l'avait mis en présence de son sauveur. Louis XV l'avait parfaitement remarqué, et il avait dit Vrai quand il avait rée pondu à Richelieu : + C'est un borime de haute taille. pale de teint et vêtu de noir, °
Cet lomine était effectivement de taille élevée: son Costume, très sévère, était noir des pieds à la tête, ot il avait le ton du Visage d'un jaune olivâtre.
[I disparaissait dan. Un épais lourré dont les brune ches se refermaient sur lui quand Tavanne Le rejoignit:
Le vicomte ne POUSSA pas un cri, il ne dit pas un moi : il se contenta de Poser son doigt sur l'épaule de lin- Connu. Celuiæi se retourna: il retard fixement Ta- Vanne, puis il lui tendit la main.
On entendait a.ors Jes cris de: Fire Le roi! que poussait Ja foule.
L'homme, sans PFONOUCer Une parole, fit signe à TFa- Vanne de le suivre, Tous de UX marchèrent en silence, senfonçant dans un cpais fourré sans traverser une route ni un sentier,
Quand ils furent à un assez grande distance de ja demi-lune où, d'après les ordres du roi, les trompes 41e läient sonner l'ha//ati inconnu s'arrêta :
“Qu'avez-vous à me dire? demandact-il.
es
—Ce que je vous dis toujours quand un heureux un. sard nous remet en présence, répondit Tavanne, Que puis-je faire pour vous ? ”
L'inconnu sourit tristement,
“Rien! dit-il.
— Rien encore ?
Non! l'heure n'est pas venue!
—— Cependant que pouvez-vous attendre? Vous ve nez de rendre au roi un de ces services qui font .,j4'on n'a rien à refuser à un homme.
Je ne veux ren demander maintenant.
— Pourquoi ?
Parce que, je vous le répète, l'heure n'est pas vente.
—Je ne puis comprendre le motif qui vous empêche d'agir, reprit le vicomte aprés un léger silence, mais ee motif existe, et il n° n'appartient pas de le connaître. Dites-moi seulement | Urquoi vous avez fuit aussi vite devant l'expression de la reconnaissance du roi ?
—Le roi m'avait dit ce qu'il pouvait me dire, et je n'avais rien à répondre autre que ce que j'ai répondu.
— Vous vous réservez l'avenir ?
Oui, si le roi ne perd pas la mémoire.
Et si le roi désire savoir qui vous êtes, que devraije faire ?
— Ne rien dire qui puisse laisser supposer que vous me connaissez.
— Même si cela pouvait vous être utile ?
Dans le cas où cela serait, vous seriez prévenu.
—Par qui? Comment ?
— Vous seriez prévenu en temps et heure, M, le vicomte: inalheureusement c'est encore Là tout ve que je puis vous dire, ”
Tavanne frappa ses mains l’une contre lantre avec un geste d'impatience :
“ Quei singulier homme vous faites!
fé —
L’inconnu secoua doucement Ja tête:
“£: vous me Connaïssiez comme je me connais moimême, dit-il, je vous Paraîtrais bien plus étrange encore.
Puis, changeant de ton :
“Ne parlons plus de moi!
—Si fait parlons-en ! dit vivement Tavanne. [I ya entre nous les liens sérieux d'une amitié sincère, car le noeud qui attache ces liens c'est celui de la reconnaissance,
—M. le vicomte.
—J’ai contracté envers Vous, continua Tavanne d'une voix ferme, une dette que je ne puis acquitter qu'en cherchant à faire Pour vous ce que vous avez pour moi. Mettez-moi donc à même de payer cette dette. Car, foi de gentilhomme ! je mourrais mal si € devais mourir sans m'acquitter.
—Attendez !
— Voici cinq ans que vous me dites d'attendre, et depuis cinq ans vous me rendez service sur service sans que j'aie jamais PU vous être utile.
-——A lors ?
—Je veux que vous me mettiez à même de l'être. ”
En achevant ces mots, Tavanne se rapprocha de son interlocuteur, et lui saisissant les mains qu'il pressa dans les siennes :
“ Ecoutez! dit-il. Tout à l’heure, lorsqu'au moment Gù, frémissant pour la vie du roi, je vous vis plus ra- Pide que la pensée vons placer bravement entre le péril et celui qu'il menaçait, j'éprouva dans le coeur un sentiment que je ne Puis qualifier, En un clin d’oeil le sanglier fut tué, le roi sauvé et vous disparu. Durant cet espace si court, je compris tout ce qu'il y avait en vous de générosité, de force ti de grandeur; car en vous voyant faire ce que vous faisiez, je me rappelai tout ce
que Vous aviez fait. Certain ue Île roi était sain et
ts
sauf, je m'élançai sur vos traces : je voulais vous revoir, me placer en face de vous et vous dire: “ Gilbert! j'ai relevé Sabine sanglante! Gilbert, je sais une partie de vos secrets! Gilbert, pourquoi ne les connaîtrais-je pas tous ? pourquoi ne saurais-je pas réellement quel homme vous êtes? N'avez-vous donc Pas en moi une confiance absolue ? *
Gilbert, car c'était lui, c'était bien le frère de Nicette, ‘amoureux de Sabine Dagé, le mystérieux personnage: revêtant tant de formes bizarres, Gilbert releva la tête ct regarda fixement Ta-anne.
“ Vous voulez que je me serve de votre amitié? dit-il en appuyant sur les mots.
— Oui, répondit Tavanne.
—Eh bien, soit, Je vais vous prier de me rendre nn Hnportani service, ”
Tevanne fit un geste indiquant qu'il était impatient d'entendie,
“* Vous souvenez-vous, dans les moindres détails, de notre première rencontre? demanda Gilbert !
Si je me souviens? s'écria Tavanne. Comment aurais-je pu oublier la circonstance la plus singulière de ma vie et peut-être la plus importante ?
— Lx roi passe la journée eritière de demain à Choisy ?
—Oui, mais il ne chassera pas. IT y a promenade à cheval et en voiture dans la forêt et grand souper à sept heures.
—Î viendra demain, à l'heure du souper, des invités de Paris?
—Quelques-uns : à Choisy les invitations pour le souper sont peu nombreuses, car la tuble magique n'est pas grande,
—Au souper, poursuivit Gilbert. on parlera de Feydeau de Marville et de Poulailler.
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—ÂAh! ft Tavanne. Qui en parlera ?
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—Les personnes arrivant de Paris.
— Alors ?
— Quand on en aura parlé, vous racunterez, dans les plus légers détails, sans rien omettre, notre première rencontre, ”
Tavanne tressaillit.
“ Comment, dit-il, vous voulez ?
—Que vous racontiez tout au roi?
—{'ependant.
— 1 le fant! Cest l'unique ser ice que je vous demande. ”
Tavanne tendit la main à Gilbert :
“Ce sera fait! dit-il.
— Vous n'omettrez rien ?
— Rien, absolument rien !
—Maintenant autre recommandation.
—Laquelle ?
—Dans le cas où, demain, le roi, dans n'importe quelle circonstance, recevrait où verrait un coq, vivant vu mort, ef cela sans sortir du château, vons vous abstiendriez de raconter.
—{C'omment ?
—N’interrogez pas ! faites seulement ce que vous prie de faire et la reconnaissance sera de mon côté,
—Soit! je ferai ainsi que vous le dites!
— Voici la nuit qui descend, reprit Gilbert, le roi va quitter le pavillon de Ja Croix-Fontaine dans lequel il aura pris quelques instants de repos...
—L& roi est à la Croix-Fontaine 2 répéta Tavanne avec étonnement. Comment le Savez-vous? Je roi ne devait pas y aller.
— 1 y est, vous dis-je. La Peyronie, arrivé près du roi tandis que nous étions ici, à , comme médecin, orcomme la Croix-Fontaine est la seule habitation voisine, comme la Croix-Fntaine cet la seule habitation Voisine,