‹ Cotillon II [microforme]Chapitre 35 sur 44 · HOMME OU FEMME · texte numérisé non relu

HOMME OU FEMME

Conduite par M. Feydeau de Marville, la jeune et charmante femme avait traversé plusieurs pièces,

En arrivant devant la porte du salon, le lieutenant de police s’effaça et elle passa lestement devant lui. S’arrêtant au iailieu .:: la Pièce, elle se retourna, et, toisant le magistra‘ les pieds à la tête avec un regard d'une insolence superbe :

“ Monsieur, dit-elle, vous allez me faire l'honneur de m'expliquer immédiatement ce que signifie ma présence ici à pareille heure et en telle circonstance ?

—Madame, dit le lieutenant de police, il faut d‘abord que....

—Rien avant que vous ne m'ayez répondu, monsieur. Et, d’ailieurs, suis-je prisonnière ou ne le suis-je pas ?

—-Ï] faut, je le répète, madame, que nous nous expliquions.

—La première explication, monsieur, est de me donner celle que je demande,

—Cependant....

—-Suis-je, oui ou non, prisonnière ?

—Madame. |

—Monsieur, dit la jeune femme en faisant une leste révérence, j'ai l'honneur de vous saluer.”

Et elle fit un mouvement vers la porte. M. de Marville se jeta au-devant d’elle.

“Ah! fit-elle en s’arrêtant, je suis donc prisonnière ? Mais c'est odieux, cela, attenter à la liberté d'une femie de mon raug! vous ne savez donc pas ce à quoi vous vous exposez !

—Je suis les ordres du roi. inadame, et je n'ai rien à craindre, répondit le lieutenant de police avec dignité.

—Les ordres du roi! s'écria la jeune femi Le roi a donné l'ordre de rvarrôter ? Montrez-moi à lettre de cachet.

—Madame, madame, je vous en conjure, écoutezmoi! dit Feydeau de Marville avec un geste de prière, Accordez-moi quelques instants d'attention. ”

Îl avançait un siège: elle le repoussa du geste,

“J'écoute, monsieur.

— Veuillez, madame, me faire l'honneur de me dire votre nom.

—Mon nom! s'écria la jeune femme. Comment, vous ne le savez pas, et vous me faites arrêter ? Ah! voilà qui dépasse toutes les bornes de la plaisanterie, monsieur. ”

Et sans laisser à Feydean le temps de formuler une réplique, elle partit subitement d'un violent éclat de rire. 8

“Ah! reprit-elle en faisant des efforts évidents pour reprendre son sérieux. j'oubliais! Nous sommes en Carnaval; e’est une intrigue? Mes compliments, cher monsieur, vous avez joué votre rôle à merveille : mais vous voyez que je ne suis pas dupe !

—Madame, dit le lieutenant de police avec un commencement d'impatience inarqueée, Je vous affirme que je parle très sérieusement, Je suis magistrat, directeur de la police du royaume, et si. pour vous convaincre, il vous faut des preuves, c'est facile. Veuillez passer dans mon cabinet.

— Inutile, monsieur, dit la jeune femme en repre-

nee

mn

dant son sérieux. Mais alors, si vous êtes le lieutenant de police, veuillez m'expliquer ma présence ici

—Madame, la situation est plus grave que vous ne le Pensez: avant tout, dites-moi votre nom.

— La comtesse Potoka.

— Vous êtes Polonaise ?

—-Mon nom lindique.

— D'où venez-vous ?

—De Strasbourg.

— Vous habitez Strasbourg ?

—\on pas.

—(Quand êtes-vous partie de Strasbourg ?

—1 y à huit jours; le temps de franchir la distance qui sépare Strasbourg de Paris sans perdre une minute.

— Vous étiez pressée d'arriver ?

—Très pressée,

— Puis-je vous demander pourquoi vous venez à Paris et pourquoi vous étiez aussi pressée d'y venir?

—Vous le pouvez!

—Alors, je vous le demande, — {est votre droit: mais, si vous pouvez demander, moi je ne puis répondre,

—Et d'où veniez-vons quand vous êtes arrivée à Strasbourg ?

——Je venais de Kehl.

— Vous habitez Kehl?

—Non; je n'y ai méme jamais séjourné,

—-Mais vous dites que vous veriez de Kehl?

--Sans doute. Quand je suis entrée à Strasbourg, je sortais de Kehl, et quand je suis arrivée à Kehl, je venais de Tubingue: et, quand je suis entrée À Tubingue, je sortais d'Uln : et, quand je suis arrivée à Ulm. "A

—Madame, dit le lieutenant de police, ces plaisanteries ne sont pas prudentes...

—Je ne plaisante pas! dit la jeune femme: je m’en-

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