‹ Cotillon II [microforme]Chapitre 41 sur 44 · LA CONFERENCE · texte numérisé non relu

LA CONFERENCE

Le maître et M. C étaient demeurés seuls, face À face, ils étaient plongés tous deux dans des flots de réflexions tumultueuses dont le sombre éclat se réflétait dans leurs regards.

“Et vous dites encore que Tête-Verte pourra éelairer la’situation! dit le naître.

—Je l'espère! répondit C.

—Mais comment ?

—Atiendez qu'il revienne, vous le saurez!

—Mais s’il ne revient pas ?

— Ce serait impossible,

—Pourquoi? Ne peut-il trahir ou être trahi lui-même.

—Tête-Verte! le plus dévoué de nos hommes! Il ne trahira pas!

—Cependant quelqu'un trahit!”

Le maître }rcourait rapidement la chambre, il revint vers C.

“Qui cela? Qui trahit? I! faut le savoir à tout prix et sans perdre une seconde! 1i le faut, dussé-je employer les moyens les plus violents. ”

Le maître avait repris sa promenade fébrile avec une agitation plus grande; M. C le suivait du regard avec une expression d’anxiéié qui perçait à travers son masque.

“Voulez-vous voir CogHuppé? demanda-til. I] ient d'arriver.

——Înutile maintenant, il Soupail la nuit dernière loin du théâtre de l'événement, répondit le maître,

—Et Coq-Nègre ?

—Ù ne sait rien, je l'avais interrogés cette après-midi. Non! non! ce n’est Pas eux qu'il me faut. A votre dire même, c’est Tête. Verte ! ?

M. C fit un signe affirmatif.

“I ne viendra donc pas: reprit le chevalier avec impatience,

11 viendra! Il n'a pu être libre qu’à minuit. (C’est lui qui a conduit toute l'affaire de Jacobert, l'agent de Feydeen de Marville, à propos de la maison de la place Maubert. ”

Le chevalier leva les yeux sur C.

“C'est fait? dit-il simplement.

—C’était fait à onze heures et demie, quelques instants avant que je ne me rendisse ici.

—Bien! Le rapport ?

— 1 se fait cette nuit.

—On n'omettra rien ?

—Tout sera raconté dans Jes plus minutieux détails ef le rapport sera terminé au plus tard demain matin.

— Qu'il soit remis avant midi au lieutenant de police afin qu’il n’ignorce rien et qu'il puisse faire lire le rapport au roi. ”

Le chevalier rourit railleusement en Prononçant ces mots :

“Cet homme me gênait, dit-il, et cependant il peut me servir s’il se laisse diriger. Il faudra voir. ”

Puis se frappant le front :

“Mais, reprit-il, tout cela n'éclaire pas cette affaire mystérieuse de la pauvre Sabine! Et cependant il faut que je sache, que j’apprenne! Demeurer dans une incertitude pareille serait trahir la cause, ”

Il parut prendre une résolution subite :

“Allez me chercher la Brissault, ditl à M € Cor-

ne du diable ! Celle-là parlera ou je la fais tenailler pour Jui ouvrir Ja bouche.

—Vous ne voulez pas monter? demanda M. C.

—-Non! faites-l: descendre, Ici, il n'y à aucun dan er: les murailles sont suffisamment matelasséos, ” C'quitta la pièce. Le maître, demeuré seul, se promena lentement, le frant penché, le regard vague.

“Quel est done cet ennemi qui, depuis six mois, se dresse ainsi dans l'ombre, pour me frapper sans que je puisse Voir sa main?" dit-il d'une voix sourde.

I s'était arrêté le: bras croisés sur la poitrine.

“Oh! reprit-il, malheur à celui-là! I! a osé la nuit dernière toucher à l'un des deux êtres qui se partagent mon coeur ! Quel qu'il soit, il succombera dans la lutte!

Le maître releva la tête: il avait le front éclairé par une pensée subite: ses mnains s'étreighirent et ses doigis s? crisperent :

“Mais, dit-il, cette nuit du 30 janvier sera donc éterdellement fatale à tous ceux que j'aurai aimés! Oh! la vengeance! la vengeance! Comme elle s'amasse à, eu fond de mon coeur, contre ceux qui n'ont fait tant de mal! Oh! je me vengerai! Et ma vengeance sera telle qu'après la mort, la torture de l'âme ne cessera pas !

“Mais, continua-t-il en changeant de ton: mais qui peut s'être fait mon ennemi invisible? Pour quelle cause? Pourquoi chercher ainsi à me nuire et à frapper ceux que j'aime ? °

[réfléchit profondément :

“Cette double existence était si belle! dit-il en sccouant la tête. Que de joies autour de moi! Que d'heureux et d'heureuses je faisais! Que de bonheurs. que de plaisirs, que d'ivresses étaient prodigués ! Oh! comme la vie était brillante! Comme l'avenir réparait bien le passé ! Comme l'amour souriait doucement à cet horizon d'enchantement Et au mulieu de cette réussite, une main inconnue vient, dans l'ombre, frapper au coeur

celle qui était l'auge de mes rêves et de ma vie éternelle ! ”

Le maître s'était arrêté: les yeux étincelants, il était effrayant à contempler. Sa physionomie, devenue mobile depuis qu’il était seul, reflétait les sentiments les plus violents ct les plis opposés qui se heurtaient dans SOD Cerveau,

“ Malheur! malheur à celui-là! rcprit-lil Je me vengerai! ”

[l reprit su promenade dans la chambre qu’il parcourut dans toute sa longueur. Puis, revenant vers la gauche, il décrocha un plan de Paris appendu le long de la muraille, et il le plaça sur la table en pleine lumière.

Ses regards se portaient sur cette partie du plan de la capitale qui a pour limite au sud la Seine, au nord les boulevards, à l’est ja Bastille, et à l’ouest la rue St. Martin.

Son index se promenait lentement sur toutes les lignes blanches, représentant les rues.

“Comment expliquer la disparition successive de ces hommes ? reprit-i! sans perdre de vue le plan. Deux d'un côté, trois de l'autre, et plus l'ombre d’une trace ? Mais c’est impossible ! impossible absolument !

“Ceux qui me servent s'entendraient-ils pour me tromper, pour me trahir ? Mais non, c’est impossible, je le répète ! ”

Il s'arrêta encore :

“Mais s'ils ne me trahissent pas, eux, qui donc Jes trahit ?”

Le maître demeura les sourcils contractés et le front chargé de nuages épais, précurseur de la tempête.

“ Mais qui donc a pu frapper Sabine ? ” reprit-il avec un surcroît de rage, de véhémence et d’indignation.

Un bruit retentit au dehors: la porte s’onvrit.

LA BRISSAULT

M. C toujours masqué, entra, Puis il s’effaça vivement et il fit passer une femme devant lui.

Cette femme était la belle et trop connue Mme Brissault, que ses amis appelaient plus communément ou plus familièrement (et suivant une habitude du temps) la Brissault.

La Brissault a laissé un nom célèbre dans les annales galantes du siècle de Louis XV, car elle est nommée souvent dans les légendes amoureuses de l’époque et les mémoires de Richelieu, les chroniques de l’OEil-de- Boeuf et les archives de la police générale sont là pour justifier de sa grande réputation.

La Brissault était une fort belle femme de cinq pieds six pouces, admirablement prise dans ses formes et avec une jolie tête aux traits réguliers. Sa taille de tambour- major indiquait une force physique peu commune chez les personnes de son sexe.

Elle était revêtue d’un riche costume retroussé aux couleurs très vives: en entrant dans la pièce, elle se trouÿa face à face avec le maître, et elle recula comme frappée de terreur.

“Ah!” fit-elle.

C'est qu'effeciivement l'aspect de cet homme éclairé par le reflet de la lampe, avait quelque chose de terrible et de fantastique. Sa stature était très élec “, BON Costume collant, sa céinture à laquelle pendaient épée, pistolets et poiynards, enserrait une faille nerveuse et fine. Le visage dont l'abondance excessive de ja chevelure, de la barbe et dus oustaches empêchait de voir les traits, AVAL Un caractère de véritable sauvagerie, les yeux noirs cufoncés dans l'orbite, laniçuirnt des regards de flamme SOUS ‘es sourcils épais, et la main appuyée sur le poignard qu'elle paraissait prèle à tirer semblait se préparer à l'attaque.

La Brissault fit nn Pas en arrière,

“Avance !? Jni dit le maître avec un geste impérieux.

Puis après un silence assez long :

“Sais-tu en présence de qui tu es? reprit-il en enveléppant la femme dans son regard magnétique.

Non, dit en hésitant la Brissault.

—Tu es en présence d'un homine qui, s’il est fidèle à ses amis, n'a pas pour habitude de pardonner à ses ennemis. ai à tinterroger : tu vas me répondre.”

En achevant ces mots, le maître alla ouvrir la porte de fer d’une petite armoire. Il prit un sac qu'il jeta sur la table et qui rendit un son clair et doux. A côté de ce sac, il plaça un long pistolet tout armé.

I v a vingt mille livres en or dans ce sac, dit-il, et une balle de calibre dans co pistolet. Si tu me sers comme je veux être servi, ces vingt mille livres seront ta récompense. Si tu cherches à me tromper, je te logerai cet Lalle dans la cervelle, et tu peux me croire quand je parle ainsi...”

Puis après u nnouveau silence :

“Je suis le chevalier du Poulailler.”

Îl s'était reculé d'un pas en parlant ainsi, et la lumière de la lampe l'éclairait en plein. T1 apparaissait dans tout son éclat de lérocilé menaçante,

La Brissault joignit les mains san: pouvoir pousser un cr, On eût dit que ce nom terrible prononcé devant elle, l'eût souduinement paraliseée, Elle Gtait iNnini0bile, l'oeil démesurément ouvert, Enfin. tte fit un effort : et tombant à Je HOUX :

“Grace!” diterle.

Poulailler hausen les épaules,

“Done, continna-t-il d'une voix trés calme, tt vas repondre clairement et nettement à js questions, I est-ce pas ?

Un frisson parcourut le vOTpPE de la Brissault, qui se réleva lentement.

“Assieds-toi," dit Poulailler

Elle obéit,

“Où as-tu passé la unit derniere?

— Dans la petite maison de M. de Souvré, répondit la Brissault sans hésiter. s

Rue St-Clande au Marais ?

—Oui.

—Qu'y avait-il à souper?

—MM. d'Aven, de ste de Fitz-James, de Conflans, de Laval et de Charolais.

—-Et en femmes ?

—Mlie de Touteville, 1n por de Brevenan, la petite Lecoq de POpéra et Mlle Ferrati du théâtre [talien.

—Qu'a-t-on fait à ce souper?

—('e qu’on fait toujouis à tous les soupers: on s’est amusé! dit la Brissauli qui semblait recouvrer peu à peu tout son aplomb ordinaire, Homme: et femunes étaient dégui sés en dieux et en écsses le l’'Olympe. C'était drôle.

—Que faisais-tu ]à ?

—J6 n'étais pas au commencement ‘lu sou per; je ne süis &rriiée ju au milieu, pour laffaire de Îa petite...

—Quelle petite ?

—Une petite; mais Je ne sais si...

—Raconte-moi en détail ce que tu as fait hier soir.”

—Qui!

—Mais, à je vous ja dis, vous ne me croirez pas !

—Pourquoi ?

—Parce que je ne puis me croire moi-même. C’est drôle, ce qui est arrivé!

—Mais, quoi? Parle vite!

“Voyons! jà, vrai, la main eur la conscience, vous ne me ferez pas de mal si je vous dis tout ?

—Je te jure, interrompit Poulailler, que tu n'auras rien à craindre!

-Vous n'irez pas raconter à tout le monde que c’est Moi qui VOUS aurai tout tppris, parce que çà me brouillerüit avec mes amis: et j'v tiens, À mes amis...

—Apprende-1.0i tout et ton nom ne sera pas prononce,

—Et j'aurai les mille louis d'or ?

—Qui.

—Alors, que vous soyez Poulailler où le grand diable, ou le lieutenant de police, çà m'est égal; j'ai confance en vous et vous allez tout savoir. Enfin, écoutez cela: c’est curieux, parce qu'il s’est passé hier quelque chose que je ne comprends pas moi-même, et que vous ne comprendrez pas davantage.

—Parle, mais ne te trompe pas! Tu sais ce que je t'ai dit? Ce que je dis, je Le fais.

—0Oh! je le sais! C’est Pourquoi j'ai eu tant peur quand je me suis vuz entre vos mains.

—Va! j'écoute.

—Pour lors, done, dit la Brissault, il y avait souper hier soir chez M. de Souvré, ainsi que je vous le disais. Je n'avais pas été prévenue de ce souper, et j'étais tranquillement chez moi à me chauffer devant mon feu,

quand, sur le cou» de minuit, j'entends heurter violemment à la porie d'entrée,

“Va ouvrir!” que je crie à Lolott:

Lolotte, c'est ma camériste. Elle y va vivement ct elle remonte en me disant :

“C'est un grison qui demande à parker à madame

—Un grison; de chez qui?

—De chez le comte de Souvré.”

Je dis qu'on le fusse monter. Le vaiet arrive et il me tend un papier, C'’éteit ne lettre du romte qui me disait de venir sur l'heure pour l'affaire en question.

“L'affaire en question, me dis-je; mais quelle donc ? Je n’en ai pas avec le comte.”

Et puis après j'ajoute :

“Ah bah! c’est qu'il a besoin de moi.”

Il y avait une voiture en bas. Je monte dedans avec le grison et nous voilà rue St-Claude. Je descends. On me fait monter dans un salon, puis dans la salle à manger.

Ils étaient tous à table et dans de drôles de costumes : c'était très gai. Je me met: \ rire à m'en tenir les côtes. Ces chers seigneurs me connaissent tous et je les connais encore mieux. Ils me font souvent leurs confidences ; aussi, nous sommes très bien ensemble. Je croyais qu’ils m’avaient envoyé chercher pour m'inviter à souper ct j'allais “asseoir; mais, bast! c'était bien autre chose dont il s'agissait.

Voilà donc M. de Souvré qui se lève et qui vient à moi.

< Brissault, me dit-il, tu vas nous donner l'explication de la singulière plaisanterie que tu as commise.”

Je + regardai. Comme il était déguisé en Baschus, avec des grappes de raisins sur la tête, je me rem: à rire encore plus fort que lui; je crus que c’étai: ne affaire de carnaval.

La Brissault parut hésiter.

“Vous voulez que Je vous dise toute la vérité? repritelle.

“Réponds donc! me dit-il.

—A d’auires ! que je fis.

Mais il se fcha et Charolais aussi. Alors, je vis que c'était sérieux.

“Mais quoi done? or 'ndais-je,

—La princesse allemande que Tu as fait conduire ici.

—J'ai fait conduire une princesse allemande iei ? que Je crie,

——Mais oui!

— Quand cela ?

(eo soir !”

Je crus encore que cétail une plaisanterie et Je me mis à rire; mais ce n'était pas Une moquerie le moins du monde.

“Tiens! me dit le comte de Souvré, voici Ja lettre que tu m'as écrite.”

Et i} me tendit un papier. J'étais ébahie ; je n'avais pas écrit au comte. Il avait reçu la lettre en se mettant à table: et cette lettre c'était une femme, qui avait dit qu'elle était à mon service, qui l'avait apportée. Cette iettre, je lai Ja.

—Tu Vas encore? s’écria Poulailler,

—Qui, je lai mise dans ma poche pour tâcher de connaître celui ou celle Qui avait cu le front de léczire en la signant de mon nom.

—Donne-la-moi.

—La voici.”

La Brissauli tendit un Papier à Poulailler qui Le prit et l’ouvrit, M. C se pencha sur l'épaule du maître pour lire avec lui.

“Oh! dit la Brissault. je la sais Par Coeur, cette missive “achetée à mes armes: une Couronne de roses avec une demi-douzaine d'amours au milieu. Tenez, je vais vous Ja débiter pendant que vous la lirez.”

Et elle se mit à réciter, en faisant une pose pour marquer les alinéas:

“Meérsienr Je comte.

“TE a de par monde une très noble dame qui désire assisttr à nn de ces charmants ot galants soupers qui font la gloire de notre société aimalle

“ C’est une étrangère, une princesse allemande. . Je ne vous dirai pas son nom, attendu que je lui ai juré le secret.

“Je lui ai promis de contenter sa fantaisie, et, sachant depuis quinze jours que vous devez ce soir donner un souper de carnaval, avee l'élite de nos jeunes seigneurs et les merveilles de nos beautés. je lai prévenue.

“ Elle est venue à Paris tout exprès,

“ Voici, pour satisfaire son désir el pour lui conserver Îe secret, ce que j'ai résolu. Elle va revêtir ln costume de petite bourgeoise: elle aura l'air d’une jeune fille de dix-huit ans.

“Elie montera dans un fiacre qui la conduira à votre petite maison. Arrivée là, on lui attachera las mains, on lui bandera les veux et on s'efforcera d'étouffer les cris qu'elle fera semblant de pousser.

“Aïnsi, elle aura l'air d’une Jeune fille enlevée du sein de la maison paternelle et précipitée dans l'abîme d’un souper galant. Je vous préviens que c’est je rôle qu'elle a l'intention de jouer. (Ce sera donc très amusant, et vous agirez en conséquence.

“Gardez-moi le secret et amnsez-vous bien !

Signé. Marie Brissault. ”

Poulailler se tourna vers la femme:

“Sais-tu qui a pu écrire cette lettre ? demanda-til.

T = k , : RES RE LT PE = AE 1 —Non, je ne le sais pas encore, répondit la Brissauit.

—As-tu quelque espoir de l’apprendre ?

—— Peut-être, mais je ne suis pas sûre.

—Si tu peux me renseigner avant quarante-huit heures, je double la somme que je t’ai promise.

—Oh! fit la Brissault, ce serait de l'argent bien placé!

— Après! continue!

—Quand j'ai eu lu cette lettre, j’ai déclaré qu’eile n’était pas de moi, et Je leur ai dit qu’on s'était moqué d'eux tous.

—Mais, me dit M. de Charolais, la princess allemande est ]à, et elle est très-gentille.

—Elle est ici! m'écriai-je.

—Oui!

—Où cela ? |

—Dans ce petit salcn, où elle’ joue l’évanotissement.

—Elle est évanouie ?

——Oui, me dit M. de Souvré; c’est même pour mettre fin à toute cette comédie de cris et d'évanouissements qui dure depuis deux heures que nous {’avons envoyé chercher. Va voir ta princesse, et arrange tout cela!

—Je ne suis pas fâchée de faire Sa Connaissance” dis-je.

Et je passe dans le petit salon, où je vois une femme évanouie sur un divan. Elle avait la tête tournée dans Pombre, et elle ne bougeait pas plus qu’une statue de marbre.

“Pour un bel évanouissement, voilà un bel évanouissement !” dis-je, car je croyais à une continuation de la plaisanterie.

Et je m’approche en riant :

“Princesse, dis-je à voix basse, nous sommes seules, Vous pouvez vous réveiller et me répondre.”

Elle ne bougeait Pas. Je ne voyais pas bien son vi- Sage; je m’approche encore, je me penche, et qu'est-ce

que Je vois? Une petite fille pas plus princesse que vons et moi,

Je La reconnais! c'était Sabine Dage, la fille du coifs feur de la rue Näint-Honoré.

“Ah! voilà qui est fort !” me dis-je.

Et je prends la main de l'enfant.

“Eh, petite! In; dis-je, répondez-moi done uu peu!”

Mais bast ! Elie avait la main froide et glacée : eile n'entendait pas, elle ne parlait päs. Elle ne jouait pas la comédie: elle avait bel el bien perd <a COHNAIsSaN Ce.

Je prends des essences, je Jui fais re spirer des flae Cons; . ‘is bernique! (était comme si je ne faisais rien.

“AR I me dis-je, Îrappée par une pensée kubite. je comprends! Elle aura voulu venir SOUPET sans 6n avoir l'air. C’est elle qui aura écrit la lettre au qui l'auri fait écrire. Et mais! ce n'est pas maladroit, cela.”

La potite était toujours évanouie, où du inoits ofla avait l'apparence de lévanouissement.

Convaineue qu'elle avait joué sa petite comédie. je me Campe Sur UD fauteuil et j'attends qu'elle entr'ouvre la paupière,

Nous étions toujours seules.

Fe se réveilie: j'entame la CONVEPSATION : mais bon. après quelques phrases échangées, elle sa Sauve: je veux la rattraper... Elle ouvre la fenêtre, elle s'élance dans le jardin, et... plus rien...

— Plus rien! dit Poulaiiler. Qu'était-lle devenue ?

— Voilà ce qu'on n'a PU Savoir. Il neigeait fort : le Jardin est grand: une des portes donnant sur le houle. vard était ouverte... On à cherché partout : on n’a pas retrouvé trace de la jeune fille, et quand j'ai appris ce tantôt que Sabine Dayé avait été trouvée assassinée de. vant l'hôte} Soubise, J'ai pensé qu'en se ‘aUvaut elle

Ha dû étre attaquée par des bandits. qu'eile était toinbée dans les mains de ces brigands de la bande de Poul ” ia Brissault s'arrêta subitement en devenant pâle comme un Jlinceul, “C'est-à-dire que... Je... balbntia-tlle, parce enfin vous... et puis...

— C'est tout ce que tu sais” interrompit Poulailler. —— Tout! absolument tout! Je Je jure sur ma tête! Ainsi. on n'a retrouvé ancune trace de la jeune fille ?

Aucune, Les domestiques ont cherché partout.

—Les domestiques ont-ils parcouru les rues autour le Fhôtel ?

— Oui, mais ils sont tous rentrés sans pouvoir donner de nouvelles.

Et parmi ceux qui soUpalent, Y en a-t-i] qui se sent absentés ?

—-Aueun, du moins je le crois: inais je ne saurais l'aftirmer, car je suis partie presque aussitôt.”

Poulailler regarda M, C. Celui-ci n'avait pas prononcé une parole depuis le inoment où la Brissault avait commencé son récit.

JL v eut un asez long silence.

Poulailler se retourna vers la Briseauit.

“Tu ne mens pas? dit-il.

— Moi? S'écria la Brissault, ah! si j'ai menti, faites- OÏ couper en moréeaux plus menus que chair à pâté. ai dit la vérité. la vraie vérité!”

Et prenant une pose pleine de dignité :

“D'ailleurs, on sait g la Brissault est une honnête

— Et, dit Poulailler. aujourd'hui, as-tu vu quelquesunes des personnes qui avaient assjaté à ce souper ?

— Une seule,

—Laquelle ?

—Le comte de Charolais, qui est venu me demander au appartement ,attendu que son hôtel était brûlé.

—Comment était-il ?

—Très-gai.

— ll est dans ta maison à cette heure ?

—Non, il doit souper chez Lauraguais.

—Et personne ne t’a parlé de cette aventure ?

—de n'ai su que ce qui concernait l’assassinat de Sawine Dagé, et ce que tout le monde sait.

--Tu n’as donc rien cherché à apprendre ?

—Je n'aime pas à me mêler des affaires des autres quand je n’ai aucun intérêt à m’en occuper.

— 11 faut que tu te mêles de celle-ci. cependant, «1 tu veux que nous soyons amis.

—Je ferai tout ce que vous voudrez.”

Poulailler adressa un geste à M. €. qui, prenant la Brissault par la main, fit un mouvement pour lentrai- Der.

“Venez, dit-il.

—Mais... fit la Brissault avec une expression de terreur vague.

—Cela est à toi! dit Poulailler en désignant le sac placé sur la table. Emporte-le!

— À moi?... Vraiment?

—Eh oui! prends donc, at si tu me sers bien tu en auras souvent autant !”

Poulailler avait saisi le sac et il le plaça dans les bras de la Brissault.

“Ah! dit-elle avec un accent de satisfaction véritable; vous êtes un bien vrai homme et tout ce que je pourrai faire pour vous être agréable. . vous pouvez y compter ! c'est comme si c’était fait, car la Brissault est une femme qui a ses qualités.

—Va!” dit Poulailler.

M. C. entraîna la femme et il la fit sortir par une porte, percée à droite, et dissimulée sous une draperie.

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