‹ Cotillon II [microforme]Chapitre 42 sur 44 · COQ - HUPPE · texte numérisé non relu

COQ - HUPPE

Poülailies sapprocha de la table et appuya son doigt SUT un ornement en bronze doré. Une partie du dessus se dressa aussitôt comme un couvercle de pupitre mû Pas un ressort.

Dans l'intérieur de ce pupitre, il v avait huit gros boutons atiachés à des anneaux de cuivre doré. Ils étaient tons de nuance différente : blanc, doré, brun, jauue, vert, argenté, noir et rouge.

Poulailler prit le houtor, noir et il le souleva de ja main gaûñche, puis il le laissa retomber.

Ti attendit l'espace d'une seconde sans cher le bouton.

IL souleva de nouveau !: bouton et le laissa encore retomber.

Un sifflement trèsléger retentit dans le pupitre comme provenant de quelque tube invisible.

Poulailler, la main sauche toujours appuyée sur le bonton, s: pencha sur la table, et. prenant de l’autre main une plume qu'il trempa dans un encrier, il traça quelques lignes sur une petite bande de carton. Cette bande était très-étroite et l’écriture était d’une finesse extraordinaire,

Poulailler fit jouer un ressort qui renversa le dessus du bouton: une ouveriure ronde apparut. Poulailler

prit le carton, le roula et il l'introduisit duns l'ouver. ture,

le carton disparut: Poulailler referma le POUtOR.

Qiattant alors le bouton noir. 1! saisit 'e bouton urzeuté, le tira et le laissa retomier. puis 1 referina le supitre ei il alla s'asseoir dans un grand fauteuil placé vrès de la cheminée :

“Oh! inurmurat-il lune voix sourde. « que j'avais prévu arrive, mais je ne ne laiserai pas vaincre: je literai jusqu'au bout. je lutterai sans fublir, et dussée Gepenser jusqu'à la dernière goutte de mon sang, j'attéeudrat le bu. Je saurai tout ! Oni! je saurai qu a écrit cette lettre de la Brissault. qui a frappé Sabine, je saurai quel est cet ennerui inconnu qui, 60 (lressaut romme Un obstacle, &e met en travers de ma route !”

En ächevant cos mots, Ponlailler ferina le poing avec uv geste de menace.

La porte ouvrie doucement, an momeut où Poulaillér prononcait ce dernier mot, et un homme entra.

Ce nouveau venu, qui pouvait avoir vingt-cinq ans, était un charmant cavalier dans l'acception propre du Mot, is en véritable gentilhomine et avec une exquise recherche. Portant la poudre, le bas de soie, la queue à marteau. il avait toui l'air de sorür d'un salon de Versailles où d'un boudoir de Mariv.

[ s'avaniça, la main gauche sur le pommeau de lé. pée, faisant olisser sur le Parquei ses talons rouges

Son habit, sa culotte de velours: bleu foncé et sa veste de satin blanc brodée d'or, étaient ornée d'une adrvirade collection de late s boutons de rubis entourés 4e diamants.

IL demeura debout, le Corps légèrement incliné, en face de Poulailler.

Le contraste entre ces deux hommes étali étrange et saisissant

‘Cog-Hujjpé! dit Poulailier aprés un instant de si.

lence, Je suis content de tes services: je sais que je prie Compter sur toi. Tu es celui de tous en lequel j'ai le plus de confiance, aussi t’ai-je donné poste le plus difficile. Je vais avoir besoin de toi. TT faudra que tu me sacrifies tout: ta vie peut-être. Hésiteras-tu ?

Demandez, maître, répondit lélégant centilhom-e me, @& Vous ver::z si j'hésite, Ma vie est à vous, qui avez rendu l'existence aux deux seuls êtres que j'aie aimés sur la terre avant de vous connaître. J’étais plongé dans ja fauge, vous m'avez fait franchir d'un seu! bond tous les desrés sociaux pour me faire monter en: haut de l'échelle, mais quelque haut placé qu'il soit, le dévouement du vicomte de Saint-Leu-d'Esserent es plus grand encore. Mettez-le à l'épreuve,

Poulailler Jui adressa un geste ämical,

“Tu as vu la Morlière ? dit-1].

Oui, répondit Le vicomte, j'ai soupe avee lui la puit dernière.

— Où cela? au cabaret ?

—Non: dans les petits appartements du prince de Couti, au Tempie.

— Vous avez causé ensemble ?

—L iguement.

— ('onsent.il ?

— O1, mais il ne veut pas qu'on paye ses créanciers, c'est la seule condition qu'il mette à accepter.

— Elle est facile à remplir.

—Î} veut avoir l'argent et conserver les dettes. Te crois que cet homme nous sera de la plus grande utilité. C’est un être complet comme vices. [1 à tout vu, tout su, tout lu, tout fait, il ne reculera devant aucune mauvaise action, il ne craint ni Dieu, ni roi, ni police, mi coup d'épée, ni Bastille, vi bâton : il voit tous les mondes, il fréquente toutes les classes, C’ést un homme universel pour le mal. Gentilhomme du prince de Con-

mile

ü, il est au Temple, asile inviolable, à l'abri de tous dangers. Doc il peut tout faire, et il fera tout !

— 11 faudra que cet homme soit à moi!

—11l le scra.

— Bientôt nous souperons ensemble.

-Pnns la petite maison de Pasav ?

Von! au Roi Salomon !

le le préviendrai.

— Maintenant, vicomte, vous connaissez la Brissauit ?

-Qui ne la connaît pas!

Jusqu'à nouvel ordre et à partir de l'heure à Jaquelle je vous parle, 1] faut surveiller cette femme et que je sache minute par minute ce qu'elle aura fait, ce qu'elle aura dit, ce qu'elle aura pensé,

(est facile. — Chaque soir vous me donnerez vous-même le rapport.

Avez-vous d'autres ordres à donner ?

Aprés-demain il 4 a chasse dans ia forêt de Sénart, vous <uivrez Ja cour ?

— Sans doute ?

Avez à Quiney nn homme qui sache où vous trouver à toute heure,

— 11 y sera.

ste chsnssiréémnanninnns

Avez-vous besoin d'argent ?

--Non. J'ai encore plus de mille louis dans la caisse et ina maison est admirablement montée.

—Maintenant, mon cher vicomte, la Brissault sera rentrée chez elle dans dix minutes.

—Je vais agir.

— Attendez !”

Poulailler prit une feuille de papier, une plume et de l'encre, et il se mit à écrire rapidement.

Ensuite il ferma la lettre, la cacheta de trois cachets à l'aide de trois bagues qu'il portait à l’annulaire de la main gauche, puis il tendit cette jettre à Coq-Hupné.

“Vous lirez cette lettre demain à nuidi, dit-il. Si ce la aisant vous sentez en vous le plus léger mouvement d'hésitation, remettez cette lettre sous enveloppe, cachetez-la de noir et faites-la donner à Léonarde, Vons entendez ?

— Parfaitement.

Ni. at contraire, Vous hésitez pas et que vous sentiez en vous un élan du coeur, vous ferez ce qu’il faudra que vous fass oz."

Cog-Huppé fit un “ouvement comme pour sortir.

“Encore un mot. reprit Poulailler, Vous avez des SCCTEES que beaucoup n’ont Pas. Ni j'étais tué on si je mouras naturellement . AS6Z toute confiance en celui qui était là tont à l'heure, près de moi et dont vous n’avez jamais vu Je Visage, Obéissez-Ini. cor les instrnetions qu'il donnerait viendraient de moi. Maintenant, adieu!”

Le vicomte S'inclinu, ot, plaçant la lettre dans la poche de son habit, il sort,

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