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Un si haut fait me loge au pont aux Dames, Où j'ai bien peur de finir mon destin !...
Paris chansonnait aussi, le roi, et Tépitaphe suivante courait déjà la rue^ au lendemain même de sa mort :
Remplissant ses honteux destins, Louis a fini sa carrière.
Filles, pleurez ! Pleurez coquins !
Vous avez perdu votre père !...
Une chanteuse de POpéra, renommée pour son esprit et son inconduite M^^^ Amould, appréciait mieux encore le chagrin et le dommage que la mort dit monarque libertin et la chute de sa maîtresse devaient causer aux femmes de sa sorte : a Nous voilà toutes, disait-elle, orphelines de père et de mère!... »
Pont-aux-Dames est une vieille abbaye située près de Meaux, au milieu d'une forêt sauvage, à l'aspect triste et désert; après les splendeurs de Versailles et les colifichets dorés de Louveciennes, ce lieu d'exil dut sembler une prison. La Du Barry en fut d'abord effrayée, triste quelques jours, pleurant même, mais publiquement et sans se gêner, devant les sœurs du couvent, de façon à être vite consolée. Elle le fut
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promptement en effet, et après quelques jours d'ennui elle chercha à retrouver les distractions qui avaient jusque-là charmé sa joyeuse existence; elle obtint presque aussitôt du roi que sa belle-sœur viendrait la rejoindre; un peu plus tard la même faveur fut accordée à la vicomtesse Du Barry, sa nièce, et elle eut ainsi un petit cercle plus gai et plus étendu. Enfin elle reprit jusqu'à son train de maison, ses femmes, ses cuisiniers, ses officiers ; et pour loger tout ce monde^ qui faisait l'étonnement et le trouble dans ce lieu naguère si calme et si tranquille, elle fit ajouter à grands frais à l'abbaye, par son architecte Ledoux, une aile entière^ où elle établit aussi confortablement que possible sa maison ainsi reconstituée. Elle passa de la sorte dix-huit mois dans'cette paisible retraite, qu'elle avait bouleversée et remuée de fond en comble, et où restèrent bien longtemps après elle les traces luxueuses de son passage. Elle obtint alors, par les intercessions de ses amis, l'autorisation de venir résider à dix lieues de Paris et de Versailles, et elle acheta près d'Arpajon le domaine de Suivrain ou Saint-Vrain. Elle s'y ennuya beaucoup plus qu'au couvent, moins entourée, moins admirée, comblée de moins d'égards et de prévenances, obligée de jouer pour tuer le temps, et perdant en une soirée, contre le chevalier de Langles, une partie de 90,000 livres, qui avait commencé par
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un enjeu de douze sous ! inquiétée par ses créanciers, qui depuis deux ans la pourchassent ; tourmentée par ses deux femmes de chambre, dont l'une est toujours enceinte et l'autre toujours malade, et que par bonté d'âme elle ne peut se décider à mettre à la porte ;• enfin ne sachant que faire pour occuper ses longues journées de loisir, n'aimant ni le travail ni la lecture, s'ennuyant bien vite de la société monotone des siens, et bâillant, puis s'endormant au milieu d'eux, pour se réveiller tout à coup, avec des accès de gaieté excentrique, suivis de cris et de pleurs, sans motifs ni raison !
On lui conseilla alors d^écrire à Maurepas, redevenu minisire sous Louis XVI, pour solliciter l'autorisation de rentrer à Luciennes :
7 janvier 1776.
On m'a fait rhonneur d'une lettre de cachet après la mort du feu roi, afin de ne pas exposer les secrets de i'Ëtat. Si j'en ai connu quelques-uns, je les ai oubliés avec cette légèreté qui m'est naturelle. Il n'y a que trois choses dont j'aie conservé un plein souvenir : les bontés du feu roi, mes torts envers la Dauphine et la générosité de la reine pour les oublier... Je tiens à tout obtenir de votre courtoisie ; vous êtes trop spirituel pour voir en moi une personne à craindre, et trop galant pour vous refuser à rendre une fennme heureuse ; je demande la permission d'habiter dorénavant Luciennes...
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Et le ministre aimable de répondre sur le même ton d'extrême galanterie :
Vous m'avez charmé en vous adressant à moi ; votre douceur, vos qualités précieuses, la réserve que vous avez gardée dans votre disgrâce, vous ont donné droit à une auguste indulgence ; tout mon mérite a été de la provoquer. Vous pouvez aller à Luciennes... Veuillez accepter mes remerciments de la bonne opinion que je vous ai inspirée...
Elle put donc reparaître à Luciennes, y reprendre sa vie, son luxe, son train tout entier, et recommencer, mais sur un pied forcément plus restreint, la vie brillante et fêtée des grands jours de sa haute fortune. Elle retrouva quelques fidèles de sa société d'autrefois : d'Aiguillon, Soubise, Maupeou, Richelieu; son existence fut plus douce, plus calme, et même plus sage qu'on ne saurait croire ; on pourrait presque dire que la raison l'avait en quelque sorte un peu gagnée, et qu'elle lui venait soudainement avec l'âge ; elle sut se faire oublier de ses ennemis dans sa chère retraite, et elle n'eut plus, dans le reste de sa vie, que deux amours et d'un genre bien différent de ceux qui l'avaient jusqu'alors occupée. Puis, chose plus étonnante, elle chercha, obligée il est vrai par les poursuites incessantes de ses créanciers, à mettre de l'ordre dans ses
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affaires, et elle paya la plus grande partie de ses dettes.
Elle trouva en effet tout à coup une heure de diversion douce et heureuse à sa vie habituelle et à la légèreté de ses passions ordinaires dans un petit roman sentimental qui lui fournit le plus pur et peutêtre le seul amour véritable de sa vie, car il fut tout à fait calme, réservé, silencieux, je puis même dire, à propos d'une telle femme, presque platonique. C'est un petit épisode charmant, et dans les quelques lettres qui en ont conservé la trace on est tout étonné de trouver autant de simplicité, de grâce, de naturel, et même de cœur et d'esprit. Ces lettres, M. F. Barriète les a communiquées à MM. de Concourt^ à qui je les emprunte à mon tour.
Un Anglais, voisin de campagne, devenu l'un des familiers de Luciennes, lord Seymour a sa fille souffrante. La châtelaine s'intéresse à la malade, et le roman commence par un petit billet aimable et.gracieux, mais de simple prévenance polie et toute naturelle entre voisins et amis :
« Je suis bien touchée, monsieur, de la cause qui me prive du plaisir de vous voir chez moi, et je plains bien sincèrement M"e votre fille du mal qu'elle souffre; je juge que votre coeur est tout aussi malade qu'elle-même, et je
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partage votre sensibilité ; je ne puis que vous exorter à prendre courage puisque le médecin vous rassure sur le danger ; si la part que ji prans pouvoit vous être de quelque adousicement pour vous, vous seriez moins agité.
c< Mii« Du Barry est aussi sensible que moi pour tout ce qui vous touche, et nie charge de vous en assurer de sa part.
a Notre voyage a été très-heureux ; Cornichon ne vous oublie pas et parle sens cesse de vous ; je suis charmée que le petit chien puisse distraire un instant mademoiselle votre fille.
oc Recevez, monsieur, l'assurance des sentiments que je vous et voue. »
De Louveciennes, samedi à 6 heures.
Quelques jours après, elle est un peu plus tendre et elle parle, et comme timidement d'abord^ « de son amitié ; » puis c'est en même temps Tenvoi d'un petit souvenir adressé à l'amateur et au collectionneur:
« On a dit depuis longtemps que les petits soins entretiennent l'amitié et monsieur Seymour doient être bien persuadée a quel point on est occupée à Louvecienne de tout ce qui peut lui plaire et convenir, il parait désirer avec beaucoup de chaleur une pièce de monoye prodigué fort mal a propos au mince jeu de loto elle est du temps de Louis Quatorze, monsieur Seymour est grand admirateur de ce siècle sifégont (i) en merveille, en voilà un diminutif que
(i) On lit dans la béatification de M^e du Barry, par M. Capefigue : « La comtesse n'écrivit jamais que de petites lettres , fort
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les dames de Louvecienne lui envoient. C'est avec plaisir quelle lui en font Thomage elles s'en privent parce qu'elle savent bien que monsieur Seymour sentira le prix du sacrifice et cera bien persuadée que les dames voudres trouver des ocations plus essentielles à lui marquer leur amitié.
a II n'y a point de nouvelles ici que celle du petit chien ' qui ce porte très bien et boit tout seul. »
Mais enfin l'amour éclate et déborde, et voici comment il s^exprime dans ce brûlant billet :
<c Les assurance de votre tendresse, mon tendre ami, fon le bonheur de ma vie. Croyez que mon cœur trouve ces deux jours bien long et que s'il était en son pouvoir de les abréger il n'aures plus de peine, je vousattands samedi avec toute l'impatiance d'une ame entièrement avons et jespere que vous ne désirerais rien. Adieu, je suis à vous. »
Ce jeudi, à deux heures.
Et puis encore cette autre lettre, qui ne fait pas partie de la même collection, mais qui se rattache évidemment au même épisode ; la comtesse a été soufrâtes aujourd'hui, mais d'une grande perfection d'orthographe, ce qui suppose une bonne éducation. » M»»® la comtesse Du Barry, note, page 46. M. Capefigue n'a donc jamais lu un autographe de M™e Du Barry sur l'original? J'ai sous les yeux une lettre de la comtesse au duc de Brissac, qui contient vingt-trois fautes d'or thographe en neuf lignes! .. O sainte Du Barry de M. Capefigue, priez pour nous !!!
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frante, elle n'a pu écrire, « ses doits son seule coupable : »
« Mon cœur est à vous sans partage, et si j'ai manqué à nia promesse, mes doits son seule coupable. J*ai été très incomodée depuis que vous mavez quitté et je vous assure que je n'avez de force que pour pencer avous... Adieu, mon tendres amis, je vous aimes, je vous le répète, et je crois être heureuse, je vous embrace mille foit, et suis a vous : venez de bon heur. »
Une autre ensuite, moins douce, douce encore cependant, mais annonçant déjà un ralentissement dans la passion :
« Vous n'aurez qu'un mot de moi et qui cerais de reproches si mon cœur pouvez vous en faire je suis si fatigué de quatre grande lettres que je viens décrire que je nai que la force de vous dire que je vous aime. Demain je vous dirai ce qui ma empêché de vous donner de mes nouvelles mais croyez quoique vous en disiez vous serais le seul amis de mon cœur adieu. Je nai pas la îorce de vous en dire davantage. »
Vendredi à deux heures.
Enfin c'est l'adieu, car déjà lord Seymour n'aime plus, quand peut-être Du Barry aime encore.
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Ce mercredi, à minuit.
a II est inutile de vous parler de ma tendresse et de ma sensibilité, vous la connoissé. Mais ce que vous ne connoissés pas ce son mes peines, vous navez pas daignée me rassurer sur ce qui affecte mon ame. Ainsi je croit que ma tranquillité et mon bonheur vous touche peu c'est avec regret que je vous en parle mais cest pour la dernière foit. Ma tête est bien. Mon cœur souffre. Mais avec beaucoup d'attantion et de courage je parviendrai à le dompter; louvrage est pénible, et douloureux, mais il est nécessaire, cest le dernier sacrifice quil me reste a lui faire. Mon cœur lui a fait tous les autres. C'est a ma raison à lui faire celui-cy. Adieu. Croiieque vous seul occuperai mon cœur (i). »
Quels sentiments inattendus! Cette courtisane se fait tendre et délicate ! Cette prostituée est devenue douce et simple ! Son cœur s'est peut-être ouvert tout à coup à cet amour noble et pur qu'il n'avait sans doute jamais connu! Elle a été comme surprise et a empoignée » subitement par lui ; elle aime pour la première fois, et l'on pourrait presque dire chastement ! Quelle correspondance courte, rapide, pleine de sensibilité charmante et d'aimables pensées ! C'est une métamorphose momentanée de la favorite d'un roi et de
(i) Portraits intimes du XVI 11^ siècle, par MM. de Concourt, tome U, pages i à lo; Paris, Dentu, 1858.
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la maltresse de tant d'autres, devenant tout à coup amante véritable, et laissant le souvenir de cet amour passager et poétique dans quelques lignes si émues, si expressives, si vraies !
Elle vivait donc à Louveciennes, heureuse, satisfaite, tranquille, entourée même d'un reste de véritable grandeur, et traitée parfois à l'égal des plus hauts personnages (i). Une grande partie des amis que pendant sa faveur elle avait su se faire par sa bienfaisance et sa bonté avaient repris leurs relations avec elle, et venaient charmer les loisirs et les ennuis de sa retraite. Elle menait toujours im très-grand train, car elle ne se bornait pas à recevoir ses amis et à les traiter royalement, elle leur prêtait même de l'argent, etsouvent des sommes très-considérables (2), qui ne lui étaient pas toujours bien exactement ni intégralement rendues. Elle dépensait toujours beaucoup pour satisfaire ses goûts de luxe et de toilette ; elle vivait au milieu d'un faste excessif, et il arriva
(i) L'empereur Joseph II, frère de Marie-Antoinette, étant venu en France, alla faire une visite à la Du Barry, et il lui offrit le bras en se promenant avec elle dans le parc de Louveciennes. Elle reçut également la visite du roi de Suède Gustave III, voyageant en France sous le nom de comte de Haga .
{2; Le 9 avril 177J, M^e du Barry prêta à M. le duc d'Aiguillon une somme de deux cent mille livres, qui ne lui fut rendue que le 30 août 1784. [Archives de Seine-et-Oûe,)
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qu'au moment même où elle faisait tous ses efforts pour désintéresser de son mieux les nombreux créan ciers qu'elle avait déjà, elle s'en faisait tous les jours de nouveaux par ses perpétuelles dépenses.
Après la mort de Louis XV, et en l'absence de M™* Du Barry, reléguée à Pont-aux-Dames, un nombre considérable de réclamations d'argent dû par elle ayant été adressé à l'intendant général de la maison du roi, on voulut se rendre compte des sommes que la comtesse avait reçues pendant sa faveur, et de la fortune qui devait lui rester. Son intendant, Montvallier, chargé de ce travail, dressa alors un état des sommes payées au nom de la comtesse par le banquier de la cour, M. Beaujon, jusqu'à la mort du roi. Cet état, dont j'ai le détail sous les yeux, est daté du 1 5 juillet 1774, et son total s'élève au chiffre effrayant de 6, 37$, $59 1. 11 s. 11 d. On y trouve, entre autres articles curieux, des dépenses de bijouterie pour la somme de 2,279,663 livres; des dentelles et étoffes pour celle de 790,107 livres; des chevaux et voitures pour 124,817 livres; puis, travaux à Luciennes, 323,852 livres ; objets d'art, 3 37,867 livres ; sommes diverses remises à sa famille, 1,081,05^2 1. 15s 2 d. ; acquisition d'un pavillon, 661 ,628 1. 16 s. 9 d.; et enfin, réunis en un même article : mus'uiue^ dons et aumônes f 47,525 liv. $ s.
A la mort du roi, il restait seulement à la comtesse Du Barry, pour payer ses dettes, la propriété viagère de Luciennes, qu'elle ne pouvait aliéner, et dont la dépense égalait presque le revenu, puis 1 5 0,000 livres de rentes viagères, qui suffisaient à peine à son entretien et à son luxe. Comme elle ne voulait pas réduire son train de maison ni économiser sur ses plaisirs, elle se décida à vendre d'abord une petite partie de ses bijoux; avec le produit de cette vente, elle donna de forts à-compte à ses créanciers les plus exigeants ; puis elle céda, en 1775, à Monsieur, frère du roi, et moyennant 224,000 livres, son magnifique hôtel de Versailles. A Paide de tous ces sacrifices et d'arrangements faits avec ses autres créanciers, elle arriva à les contenter à peu prè^ tous. Mais comme ses dépenses augmentaient toujours, et qu'à mesure qu'elle . payait ses dettes, elle en contractait de nouvelles, elle voulut les éteindre toutes à la fois, du même coup, par un dernier et considérable sacrifice, prenant en même temps la résolution — qu'elle ne tint pas, comme on doit "bien le croire — de restreindre ses prodigalités et de devenir subitement économe. Elle obtint du roi, mais seulement en avril 17S4 et après les démarches les plus instantes de ses meilleurs et plus influents amis, l'échange de 60,000 livres de rentes contre i, 2 j 0,000 livres d'argent comptant que lui
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délivra le trésor royal, et avec lesquelles elle termina presque définitivement le règlement de ses affaires.
Et maintenant, si Ton veut se rendre compte du genre de dépenses habituellement faites par cette courtisane frivole et légère, il faut parcourir les quatre volumes de comptes possédés par la Bibliothèque impériale, et les mémoires d'ordres et payements publiés dans les Mélanges des bibliophiles (1857), par le riche amateur et collectionneur le bibliophile baron Pichon. Je me borne à donner quelques extraits choisis dans les articles les plus curieux de ces précieuses collections :
10 Toilettes.
On trouve dans l'incroyable liste des robes, dentelles, et manteaux, et mantelets, et jupes merveiiieuses de toutes grandeurs et de mille diverses étoffes, des robes « fond argent semé de bouquets de plumes » ; des robes « rayées de grosses lames d'or courant dans les fleurs et les œillets ; » des robes « fond blanc guirlande de roses » ; des robes <x fond mosaïque guilloché d'or et encadré de myrte », et dont les moindres coûtent 1,000, 2,000, 3,000 et 4,000 livres. On trouve des manchettes depuis 200 jusqu'à 600 livres ; des coiffes de point à l'aiguille de 1 ,400 livres ; des garnitures de peignoirs du matin de 2, $00 livres; des déshabillés d'Angleterre de 4,000 livres ; des toilettes de point d'Argentan à 9,000 livres; des blondes d'argent, des guirlandes, des
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pompons, des glands de cœur, des a chicorées relevées et pincées avec du jasmin », depuis 500 jusqu'à 3 et 4,000 livres. Et les grands habits mordorés, soutachés d'or et relevés de broderies ! Et les robes sur le panier! et les robes sur la considération l et les mille fanfreluches qui figurent dans les mémoires de M™* Sigly, dans ceux de Davaux, « brodeur de M"'« la comtesse », de Pagelle, « modiste de la rue Saint-Honoré, à Penseigne des Traits galants », de Mine Bertin, qui a succédé aux Labille, où jadis la Du Barry a travaillé (i).
2» Mémoires de Roettiers père et fils, orfèvres ordinaires du roi.
Il y a quatre mémoires, du 23 septembre 1769 au 4 avril
1774, qui s'élèvent au chiffre de 391,192 livres. On y trouve
entre autres les articles suivants :
Deux petits chandeliers 236 liv. 18 s.
Dix douzaines d'assiettes, huit plats, douze flambeaux 30)^74 — ^
Quatre flambeaux à.girandoles, représentant les quatre éléments, enrichis de têtes de bélier à guirlandes de laurier 1 1,837 — ®
Pot au lait d'or, avec chiffre, guirlandes, feuilles de myrte, de persil, groupe de roses, etc. . . . 2,687 — *
( I ) Dans le compte fait après la mort de la Du Barry, on trouva chez elle, en étoffes, robes, linge de corps, etc., pour une valeur de 160,029 livres, et en bijoux, montres, diamants, etc., pour 400,000 livres. Elle devait encore, en 1793, 40,896 livres à Mlle Bertin. sa modiste, et 2,275 hvres à M. Bataille, son parfumeur à Versailles. (Archives de Seine-et-Oise.)
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Pots, plateaux, cuillers, etc., avec
ornements d'enfants tenant des
guirlandes, armes, têtes de bélier,
trophées, carquois, fleurs, etc. . 24,000 — » Façon de vaisselle plate avec feuilles
de laurier, agrafes, etc. . . . 20,2 $9 — »
Deux cuillers à sucre d*or, ornées
d'Amours tenant des guirlandes de
lauriers et de feuilles de vigne. . 2,054 — »
Un moutardier avec plateau et cuiller
en or, bas-relief et armes. . . . 5,184— »
Une pomme de canne pour le coureur
de M™« la comtesse, «... 546 liv. 9 s.
)o Mémoire du sieur Lecomte^ sculpteur ordinaire du roiy pour Jlfn*e Du Barry^ sUlevant au chiffre de 25,600 livres.
Une figure de 4 pieds et demi, en marbre, pour servir de torchère dans la salle à manger de Luciennes 1 0,000 livres.
Pour un modèle de girandole composé de deux figures de femmes portant des branches de fleurs pour recevoir des bougies. 800 —
Un fronton de dessus de porte en pierre de Tonnerre, avec armes et figures allégoriques » . . 7»400. —
Pour les angles de la porte, deux centaures de neuf pieds de haut, en pierre de Conflans 2,600 — .
Pour la niche de l'abreuvoir, une ligure deseptpieds,en plomb,d'après l'esquisse représentant Herculequi combat l'hydre, et destinée à servir de fontaine. . . 4,800 —
40 Note de LedouXj architecte^ montant au chiffre de %o^2^$ livres.
Relevé des articles de son mémoire.
La salle à manger 1 ,794 livres.
Le vestibule 698 —
Le salon carré i9>7o6 —
Le salon ovale Jïj^yi —
Le salon en cul-de-four 6,660 —
Antichambre et garde-robe ï>io9 —
Piédestaux, etc 20,000 —
50 Notes diverses s* élevant ay chiffre de 1 2 5,40^ livres.
Aux sculpteurs Monot, Feuillet, Métivier,
Caffieri, Guichard et Pajou. . . . 75*987 livres. Aux peintres Vien, Vernet, Musson, Forty
et Greuze 29,208 —
A Rostenne, musicien de la chapelle. . 1,512 —
A divers marchands 20,698 —
6» Note de Vente, relieur à Paris.
Le prix des reliures, en maroquin plein, aux armes de la comtesse, est généralement d'environ 15 livres par volume (i).
( I ) La Bibliothèque de la ville de Versailles possède cent quarante-deux ouvrages ayant appartenu à M^^^ Du Barry. et formant trois cent quatre-vingts volumes. Presque tous sont reliés en maroquin rouge, dorés sur tranche, et portent sur le plat, des deux côtés, les armes de la comtesse avec la devise : Bouttez en avant.
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7" Noie de Cozettey entrepreneur de tapis de la manufacture royale ^ des Gobelins.
Mémoire de trois pièces de tapisseries avec pourboires aux ouvriers, récompenses et honoraires. . 16,779 livres.
8^ Mémoires de Pajou, sculpteur, de 1770 à 1774, s* élevant i 19,288 livres.
Un portrait i,20olivres.
Trois bustes de la comtesse 1,800 —
Un autre buste en marbre blanc . . . 6,000 —
Un médaillon 96 —
Un petit buste 96 —
Une figure en marbre blanc, destinée à
porter des lumières 10,000 —
Réparation d'un buste 96 —
90 Mémoire de Drouais, peintre du roi, montant au chiffre • • de 40,260 livres.
Trois portraits de M™« la comtesse. . . 2,760 livres Un petit garçon tenant une pomme. . . 720 —
On trouve dans cette collection la plupart des productions futiles et licencieuses du siècle dernier, en même temps que les œuvres les plus sérieuses et les plus estimées de toutes les littératures. Ainsi on est fort étonné d'y voir, à côté des œuvres de Corneille et de Racine, et relié avec le même soin et la même richesse, un livre sur le rouge végétal à l'usage des dames, avec une lettre sur les maladies des yeux causées par Tusage du rouge et du blanc. M. Le Roi a donné le catalogue complet des livres qui se trouvent aujourd'hui encore à Versailles.
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Le 24 juin 1770, livré quatre dessus de portes peints par Fragonard, et cédés à Drouais, qui les vend à la comtesse. . 1,200 —
Avoir rentoilé deux de ces dessus de portes. 420 —
Portrait ovale et copie 2,400 —
Deux dessus de portes avec un portrait et un enfant tenant un oiseau 2,400 —
Six portraits et copies, dont une pour le roi de Suède 3>3oo —
Quatre dessus de portes : l'un représente M"e Betsi (cousine de la Du Barry) jouant du triangle ; l'autre, un petit garçon s'enfuyant avec des raisins ; un autre, un enfant tenant des roses ; et un quatrième, un petit garçon jouant du tambour de basque 2,880 —
Frais de voitures pour transports et voyages alloués au sieur Drouais, du 1 3 décembre 1768 au 24 septembre 1772. . . 1,758 —
Un« portrait de la comtesse représentant une Muse 15,000 —
Un portrait en Flore, avec copie et cadre. 1,860 —
Une autre copie, avec cadre 720 —
Portrait du duc d'Aiguillon 288 —
Portrait de la vicomtesse Du Barry, avec le cadre 780 —
Trois copies du portrait en Flore, avec cadres 1,880 —
Une copie du portrait en Muse pour le landgrave de Hesse-Cassel i ,000 —
Pour frais divers. * 894 —
M. Le Roi a voulu calculer et donner approxima-
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— lyi -
tivement le chiffre des sommes dépensées par M"^ Du Barry pendant sa faveur ; je reproduis ce document, bien que je le croie forcément incomplet. Le total trouvé par M. Le Roi est cependant fort i*aisonnable, d'autant plus qu'à l'époque où vivait la Du Barry l'argent avait une valeur à peu près triple de celle qu'il a aujourd'hui. Les sommes livrées à la maîtresse du roi, sans signature ni contrôle, celles dont elle gratifia son mari et ses beaux-frères, et bien d'autres dont il ne fut tenu aucune note ni aucun compte, manquent dans celte curieuse et véridique nomenclature. A la page 93 de sa plaisante Histoire delà comtesse Du Barry, M. Capefigue vante « l'extrême désintéressement >^ de la courtisane ; il est heureux .que la mort de Louis XV n'ait pas laissé à l'illustre dame plus de temps pour développer encore l'éminente qualité que lui reconnaît son historien spécial, et dont le tableau suivant, tout incomplet qu'il soit, va d'ailleurs donner une suffisante idée :
lo Mobilier donné par le roi à Mra« Du Barry, lors de son mariage 30,000 liv.
2^ Sommes payées par Baujon,. banquier de la cour, pour Mï"e Du Barry, depuis 1769 jusqu'en 1774. 6,375,5 $9 liv. 11 s. 11 d.
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30 Achat de son hôtel par
Monsieur (octobre 177$). 224,000 liv. »
40 Echange de 60,000 livres
de rentes viagères contre
(au comptant). . . . . 1.250,000 liv. « 5* I $0,000 livres de rentes
viagères sur la ville de
Paris, les états de Bourgogne et les loges de
Nantes, de 1769 a 1784. 2,400,000 liv. »
60 De 1784 à 1793, Mme Du
Barry jouit seulement de
100,000 livres de rente. . 900,000 liv. »
70 Les dépenses faites à Lou-
veciennes, la jouissance du
château, etc., peuvent représenter environ 50,000
livres de rentes, ce qui
fait de 1769a 1793. . . i,25o,oooliv. »
Soit comme total général. . 1 2,429, 5 59 liv. 1 1 s 11 d.
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