‹ CouleursChapitre 26 sur 50 · GONE · texte numérisé non relu

GONE

n'importe quoi sur UNE grande feuille

de papier blanc.

= J'en étais, reprit tranquillement Catherine, au chapitre des soupçons. La cuisine nous venait du dehors, mais c’est moi qui, naturellement, la disposais ; elle passait par mes mains, J'en étais responsable. Comme nous n'avions pas les mêmes goûts, elle tolérait que je fisse pour moi des choix particuliers. C’est ce qui causa mon malheur... et le sien, ajouta-t-elle, avec cruauté.

- Comment cela?

— Eh ! Parce qu’elle se mit à croire, APCIOITON:

= À croire ce qui devait arriver, dit le juge.

= Oui, Monsieur, à croire ce qui devait fatalement arriver, hélas ! Ce qu’elle préparait elle-même, non de ses propres mains, mais de ses propres paroles. Tout

CGOUMAEIURRS

d’un coup, elle repoussait son assiette, criait : « Catherine, vous avez voulu m'empoisonner ? » Je répondais avec calme : « Moi, Madame, je n'ai jamais pensé à cela, vous le savez bien. » Elle reprenait : & Alors, mangez de ceci. » Et Je me résignais à puiser un morceau dans l'assiette repoussée. Satisfaitte Mme W. reprenait son repas, en murmurant : « Allons, ce nest pas encore pour aujourd’hui. »

Ces mots, si souvent répétés, agirent sur moi comme un commandement.

Je les entendais la nuit, dans mes rêves et parfois même sans dormir. J’aurais dû fuir. Hélas! je restai. Il m arriva, vers le même temps, les plus graves chagrins.

Mon amant tomba malade, dut être éloigné de Paris. Je devins folle, si l’obsession est une folie, et un matin je me pris à répéter, comme une litanie « C’est pour aujourd’hui! C’est pour aujourd’hui ! »

GOUDLEU'RS

Le juge tira sa montre et se leva brusquement.

= Tantôt, nous reprendrons tantôt.

Calmez-vous. Ne dites plus rien.

Deux heures plus tard.…, seul avec Catherine dans sa cellule, le juge lui disait :

= Mon enfant, il n’y a d’autres preuves contre vous que vos aveux possibles. Aussi je ne vous interrogerai plus. Plus tard, vous me direz tout.

= Plus tard ? dit Catherine. Savez-vous si vous me reverrez ?

= Je désire vous revoir. N'aurai-je pas été bon pour vous? Mon enfant, je ne dis pas cela pour m’en faire untitre ; mais si Je ne vous sauve pas de la mort, je vous sauve sans doute de la prison, et certainement de l’infamie. Ne m'en aurez-vous pas de la reconnaissance ?

1 Malvie,dditt Catherine; Wvalaitiisi peu! Et maintenant? La prison me faisait peur, la liberté me fait peur aussi.

Elle cacha sa figure dans ses mains et pleura.

— Votre amant vous attend, dit le juge, d’une voix qui tremblait un peu.

= Pleurerais-je, dit Catherine, si un amant m'attendait ?

= Je puis donc vousaimer ! Voulez-vous que je vous aime ?

= Puis-je le défendre?

— Merci, mais vous, m'aimerez-vous?

= Moi... moi?... Je vous aurais aimé, peut-être, si vous m'aviez fait condamner par jalousie pour me séparer d'un amant...

= Mais je savais que vous n'aviez plus d'amant. Les juges d'instruction savent beaucoup de choses.

- Il est mort, et sa mort ma appris qu’il me trompait.. Laissez-moi, laissezmoi seule...

— J'irai vous voir, vous me raconterez la fin de l’histoire. Mais ici, continua-t-il

à voix basse, pas un mot de plus. Vous recevrez demain l'adresse de la maison où l’on vous attend.

Le juge posséda le sourire de ces yeux qui l’avaient envoûté, et le corps blanc et pur de Catherine avec ses fleurs rouges et ses ombres rousses. Elle fut une maïtresse agréable, mais si rêveuse, parfois, qu’elle semblait devenue la statue du rêve.

Réveillée, elle prenait la main qui lui avait touché l'épaule et la baisait.

Il ne fut plus jamais question entre eux, de afin de l'histoire. \LeVupetla connaissait; 1] savait que le poison avait été versé : 1] savait que le crime avait été commandé par le mot qu’il ne fallait pas dire.

Un jour, il demanda à boire.

= Jamais, dit Catherine, vous ne boirez, jamais vous ne mangerez ici. Jaïnais,

= Tu ne m'aimes pas? dit le juge.

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= Je ne t'aime peut-être pas assez pour croire à ton amour.

= Que te faut-il donc, mon enfant?

— L’oubli... Veux-tu boire maintenant?

Il ne répondit pas.

— Tu vois ? dit Catherine.

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