‹ Coulisses et salles d'armes: roman d'actualitéChapitre 3 sur 8 · Y II · texte numérisé non relu

Y II

Ludovic s'efforce d'augmenter sa renommée, surtout pour plaire à Mily. — Comment il était accueilli dans les salles d'armes.

Dans la beauté de Mily, la pureté des formes était encore dépassée peut-être par cette flamme intérieure d'intelligence, d'esprit et de grâce qui rayonnait à travers ses traits ; et elle éveillait si bien de toutes façons Tidée du beau qu'on pouvait et devait Taimer à la fois des sens et de Tesprit. En la regardant on aurait repoussé quelquefois toute idée de la posséder, sans autre désir que de la contempler toujours, de prés, lui parlant et effleurant son visage comme pour en prendre l'empreinte et s en pénétrer.

Bientôt, peut-être même à la moindre occasion, on se serait laissé tomber de cette

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extase pour demander à la réalité tout ce qu'elle peut donner ; mais il en serait revenu comme un remords, et comme une idée de profanation, malgré toutes les réflexions sur les lois de la nature.

C'était cet amour surnaturel qui aurait plutôt dominé chez Ludovic, un peu blasé d'ailleurs sur Tamour physique par ses aventurcs de garnison , où il avait possédé de belles filles, hautes en chair, ce qui est déjà beaucoup, mais privées de ce rayonnement d'expression qui inspire un amour plus élevé. Ce sentiment nouveau, puis la grande renommée de Mily, ses triomphes d'actrice, si imposants pour Ludovic, à peine arrivé à Paris et tout ébloui de ses théâtres, — puis enfin l'unique liaison do Mily avec Fayol, — tout contribuait à le rendre très respectueux près d'elle et incapable de lui avouer son amour.

Où était le temps où il courait si hardiment les filles, leur parlait amourettes, leur prenait un baiser^ gaiement et sentait leurs cœurs battre plus fort que le sien ?

Avec Mily, il évitait non seulement une déclaration, mais la moindre galanterie. Le

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fait est qu'il l'eût dite d'un air si pénétré, malgré lui, que c'eût été toute une déclaration.

D'ailleurs, Ludovic tenait avant tout à voir Mily chaque jour, à être près d'elle chaque jour. Il trouvait dans cette griserie de la voir et de l'approcher assez de bonheur pour se résigner à se taire. Puis n'eût-il pas été mal habile de brusquer les choses et de parler de son amour à Mily? Liée comme elle l'était avec Fayol, n'eût-elle pas repoussé Ludovic comme elle en avait déjà repoussé tant d'autres ? Le seul moyen sans doute de réussir près d'elle était de lui faire deviner à la longue toute la puissance de l'amour qu'elle inspirait, au moyen d'une infinité d'attentions discrètes et dévouées ; rien ne vaudrait surtout une série brillante de nouveaux succès qui arriveraient à forcer l'admiration, puis Tamour de Mily, dès qu'elle comprendrait que tous ces efforts avaient été tentés pour lui plaire, pour se rendre digne d'elle, et n'étaient qu'une sorte de déclaration indirecte et délicate.

C'est d'ailleurs le projet qui séduit d'or-

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