PREMIÈRE VISITE DU DOCTEUR DEI-CLOCHE
Elle eut une attaque de nerfs d’environ une heure, pendant laquelle, ainsi qu'elle le dit plus tard elle-même, elle souffrait d’une soif ardente et voyait à une certaine dis tance un homme d'un aspect vénérable qui lui ordonnait de s'arrêter, afin de lui faire connaître une chose de la plus haute importance. Etant revenue à elle, la vision disparut et on la ramena à grand’peine au domicile maternel, d L e phénomène singulier relaté par le docteur se produisit pendant la dix-neuvième année de Domenica. Pour la médecine actuelle, il y a dans cette vision une hallucination, et il serait fort difficile à ses contradicteurs de démontrer qu'il y avait autre chose. Quoi qu’il en soit, cette bizarre vision marqua une révolution physiologique chez Domenica. Chez Marie de Mœrl et chez Louise Lateau, nous ne savons pas qu’une vision analogue à celle du 12 juin 1833 ait été relatée.
« Le lendemain de ce jour commença une maladie caractérisée d'abord par une toux continuelle , des suffocations et de cruelles douleurs dans le bas-ventre, puis plus tard par d’autres symptômes, laquelle ne lui permit plus de quitter le lit. Dans les pre-
A CAPRIANA, LE 30 AVRIL 1834 257
miers jours d’avril 1834, éprouvant une aversion invincible pour tout aliment et loute boisson y elle commença à refuser le peu de nourriture qu’elle avait coutume de prendre : à la fin de ce mois, sur les instantes prières qu’on lui fit, elle prit pour la dernière fois un peu de pain trempé dans l’eau. Le 30 avril, ses parents, effrayes de l'opiniâtreté et de la violence de la maladie , allèrent chercher à Cavalesele docteur Dei-Cloche, qui décrit avec détails l’état dans lequel il la trouva et les violentes convulsions dont elle fut assaillie en sa présence. »
La maladie avait duré dix mois et demi avant que le docteur Dei-Cloche eût été invité à examiner Domenica. Ce simple trait, dix mois et demi, manifeste combien sont incomplètes les observations les plus sévères de la science médicale. Maint auteur oublie volontiers que les observations scientifiques visent une partie fort restreinte des phénomènes qu’elles prétendent enchaîner et classer. Cet oubli est commode pour assurer aux conclusions de la science rampleur que maint auteur aime à leur donner.
Cependant faut-il oublier? faut-il au contraire se souvenir?Oublier est très humain ;