‹ Coup d'œil sur les thaumaturges et les médiums du XIXe siécleChapitre 226 sur 264 · LETTRE DE LORD SHREWSBURY · texte numérisé non relu

LETTRE DE LORD SHREWSBURY

trouve dans ce pays. Après deux heures de marche sur un terrain difficile, à travers une large et riante vallée, nous arrivâmes au gros bourg de Kaltern. »

Le lecteur a eu déjà l’occasion de faire connaissance avec le site et avec les environs du bourg où résidait la stigmatisée.

Inutile d’insister sur la description qu’en retrace lord Sjirewsbury.

« Marie de Mœrl est d’une ancienne et très respectable famille, peu favorisée du côté de la fortune, mais très considérée pour son honnêteté et sa piété. Un des frères est capucin à Bruneck, dans le Tyrol, et une sœur ursuline à Klagenfurth , en Illyrie ; une autre sœur, âgée d’environ quatorze ans, demeure avec l’Extatique.

Elle vint auprès d’elle, pendant que nous étions dans sa chambre et nous fûmes émus de la vive tendresse que celle-ci lui témoigna . Une bonté innée chez Marie de Mœrl semble inspirer chacune de ses actions toujours ornées de grâce et de simplicité. »

La description de lord Shrewsbury est empreinte de quelque préciosité. On sent le parti pris de l’expression qui affecte d’être sentimentale. Cela gâte l’impression sur le lecteur. Pourquoi être ému de la

A M. AMBROISE LISLES PHILIPPS 285

tendresse d’une jeune fille pour une de ses sœurs?Pourquoi manifester cette émotion sans indiquer l’incident ayant provoqué cette émotion ! Où est ce fait digne de remarque? Bans doute dans l’imagination de lepistolier, pense le lecteur qui serait plus facilement étonné de la froideur de deux sœurs que de leur tendresse. La préciosité de lord Shrewsbury gâte ce que le récit contient d’excellent au point de vue des détails précis signalés par un témoin oculaire.

« On la tient dans une grande propreté et sa chambre, vrai modèle d'ordre , présente comme un reflet de sa pureté et de son innocence. On voit sur les murs de pieuses images dont quelques-unes ont été données par les visiteurs. Un grand crucifix est suspendu contre le mur, au chevet du lit qui est sans rideaux. Les fenêtres sont à double vitrage. Dans l’une, nous vîmes un lapin apprivoisé et une colombe , dans l’autre, divers petits oiseaux. »

Ces détails sur la chambre de Marie de Mcerl sont intéressants. Les compagnons ailés de l’extatique donnent de l’animation et de la vie au cadre rigide dans lequel s’écoulent depuis des années les jours de la stigmatisée.

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« Sur une table, près du lit, se trouvaient quelques pommes ; car Marie, qui ne touche jamais à aucune nourriture cuite et ne boit que de l’eau, prend de temps à autre un peu de pain et de fruit cru. Quoique pâle , elle n'est nullement d'une maigreur extraordinaire. A six pieds de son lit s’élève un autel sur lequel on célèbre le saint sacrifice au moins deux fois par semaine. »

Voilà ce que la relation de lord Shrewsbury contient de plus original sur Marie de Mœrl. En somme, c’est assez maigre.

La relation continue par le récit de la visite à Domenica Lazzari (page 112).

« Ayant pris encore une fois une voiture incommode comme celle qui nous avait transportés à Kaltern, nous quittâmes la grande route de Neumarkt pour suivre à travers les montagnes un chemin inégal, mais du reste assez bon. Le paysage est à la fois grandiose et pittoresque. La vue plonge d’abord dans la vallée de l’Adige où Kaltern présente un point charmant, mais ensuite il faut traverser une gorge escarpée et sauvage sur la crête des monts, puis descendre environ deux lieues et l’on arrive, après cinq ou six heures, au bourg

VENDREDI 21 MAI 1840, CAPRIANA 287

populeux de Cavalese. La il devient nécessaire de monter à cheval pour gravir le sentier long, étroit, raboteux qui mène au petit village de Capriana, situé presque à l’extrémité d’un de ces vallons solitaires, mais beaux et romantiques, que l’on rencontre souvent dans les régions alpestres.

Les objets extérieurs étaient complètement en harmonie avec le triste spectacle que nous devions voir à la fin de notre pèlerinage. »

L’harmonie des sites et des objets extérieurs avec le phénomène que va admirer le visiteur de la stigmatisée de Capriana est un des thèmes les plus familiers aux divers narrateurs de ce pèlerinage. Dans la constatation de cette analogie il y a quelque mesure littéraire à garder. Lord Shrewsbury, dont le rang laisserait présumer un homme de goût, insiste maladroitement sur cette harmonie. Ce qui suit exprime simplement ce que ses yeux ont vu.

« Cétait le vendredi 21 mai, vers trois heures de Vaprès-midi. Marie-Dominique Lazzari, couchée sur le dos comme à l’ordinaire, souffrait peu comparativement à son état habituel. Son front présentait l’empreinte de la couronne d’épines dans

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