OPINION DU DOCTEUR
mouvements de la prunelle sous l'action de la lumière , et je trouvai que la première était dilatée et que la seconde se contractait plus ou moins. La conjonctive était injectée et les paupières des deux yeux, rougeâtres à l’extérieur, étaient très rouges au bord. De môme une vive rougeur paraissait à l’extérieur et à l’intérieur des fosses nasales desséchées. » Le docteur va donner son opinion sur ces rougeurs locales. Le 30 avril, à quatre heures de l’après-midi, même à la lumière pénétrant par une fenêtre masquée par un rideau de couleur, l’observation personnelle d’un médecin a une signification positive pour le diagnostic.
« Je pense que ces rougeurs locales avaient pour cause un frottement trop fort opère sur les organes par la malade elle-même, avec la main ou le mouchoir qu'elle y portait, dès qu’elle souffrait du bruit, de la lumière ou de quelques odeurs. La langue, dans toute son étendue, était recouverte de mucosités blanchâtres et aux extrémités d’un petit nombre de boutons aigus et rouges. » L’examen du docteur Dei-Cloche fut attentif et porta sur les divers organes. Le rapport du docteur paraît l’indiquer, car l’énumération suivante est fort précise.
SUR LES ROUGEURS LOCALES 309 « Les battements du cœur et des carotides étaient très lents et à peine sensibles ; il en était de même aux artères des carpes ; la pulsation de l’aorte était plus sensible et moins lente. En palpant l’abdomen, je ne rencontrai aucune irrégularité, ni au foie, ni à la rate, ni ailleurs ; seulement, à la région de Vestomac et du nombril, je reconnus une sensibilité extrême, de sorte qu’à la moindre pression de ces parties, la malade se plaignait d’une vive douleur.
Souvent, dans la journée, elle éprouvait sans cause manifeste une douleur semblable., qui devenait plus aiguë que jamais quand les attaques spasmodiques commençaient à diminuer ou lorsque, par hasard, quelque grand bruit se faisait entendre. »
Le docteur Dei-Cloche enregistre les dires très importants de Domenica sur la menstruation, un point auquel la physiologie actuelle rapporte volontiers les perturbations nerveuses affectant un caractère extraordinaire. « La patiente me dit que sa ynenstruation avait toujours été peu abondante et très irrégulière et que depuis le commencement de sa maladie, elle ne reparaissait plus ; que ses selles étaient rares et les matières dures et blanchâtres, les
310 j’ai vu ces convulsions urines en petite quantité et tout à fait claires. Elle montrait toujours une entière aversion pour toute substance nutritive et, parfois, il suffisait de la vue de quelque aliment pour la faire tomber dans des défaillances et des convulsions. Son courage paraissait abattu ; elle-même me fit comprendre plus d’une fois qu’elle avait perdu cette douce espérance de guérison qui console tant de malades, même désespérés. »
Ces considérations sur le moral de Domenica sont des plus utiles à la reconstitution de la scène à laquelle le docteur va assister, scène qui produisit sur lui une forte impression : son récit le montre.
« Quand j’eus terminé cet examen d’environ une heure, elle s’écria, d’une voix lamentable : Certainement ! voilà ma fièvre qui revient ! Quatre secondes après avoir prononcé ces paroles, elle fut saisie d’un frisson général, immédiatement suivi de tremblements qui agitèrent tout son corps et dont l’intensité resta la même pendant toute leur durée. J'ai vu ces convulsions de MES PROPRES yeux, n'ayant pas quitté la malade tout le temps qu'elle en a été tourmentée ; elles durèrent depuis quatre heures du soir jusqu'à dix heures et demie