ET DE TROIS
jeune sœur prolongeait outre mesure sa conférence. J’en dis un mot à madame la supérieure qui alla frapper à la porte de l’oratoire pour réclamer sa compagne. La jeune sœur sort et nous entrons immédiatement. Le signor Marzella passe le premier, puis madame la supérieure, j’arrive en troisième. » Le docteur Imbert a conté naïvement son impatience et le procédé dont il usa pour la calmer. Attention à ce qui va suivre !
« Je franchissais à peine la porte que j’aperçois le signor Federico se mettre à genoux.
Je cherche des yeux Palma et je la vois la bouche ouverte, ayant une hostie sur la langue ; elle venait de recevoir la communion miraculeuse. » Une fois encore, le docteur Imbert est surpris par le phénomène qu’il appelle miraculeux. C’est la troisième ! « En môme temps, Antonietta qui était par derrière lui, crie tout haut : Sors la langue !
Palma. L’extatique semble obéir pour nous montrer encore mieux l’hostie, puis elle l’avale, pleine de recueillement et dans la môme position qu’avant-hier. Nous restons tous agenouillés quelques instants. Comme l avant-veille Je n'ai pas pu voir le momerit précis où Vhostie a été déposée invisiblement sur la langue. »
50 MADAME LA SUPÉRIEURE m’a ASSURÉ
Naïvement, avec une parfaite sincérité, le docteur Imbert constate qu’il n’a pu saisir le phénomène. Il ajoute : « Je n’en suis pas moins sûr du fait. Madame la supérieure m'a assuré l'avoir parfaitement vu ; le témoignage de la mère Becaud est précieux :
mais, dans un cas pareil, deux témoignages valent mieux qu’un. La logique humaine est exigeante ; elle réclame toujours, elle n'est jamais satisfaite !
« Après l’action de grâces, nous entrons en conversation, la mère Becaud me servant toujours d’interprète. Palma me demande si l'on a appliqué de l'eau bénite sur les stigmates de Louise. » Remarquons encore une fois la persistance avec laquelle Palma interroge le docteur Imbert au sujet de Louise. Le plus interrogé dans ces séances fut peut-être le docteur. Il serait contraire à une saine critique de ne pas signaler ce renversement des rôles. « Je lui réponds négativement : c’était une erreur de ma mémoire, car l’expérience avait été faite. — On fera bien de la faire , me dit-elle, pour la sécurité des directeurs ; pour moi, je suis sûr que ses stigmates viennent de Dieu ! » Cela prouve nettement que la vue de Palma pendant les vingt visites faites à Louise Lateau
l'avoir parfaitement vu 51
ne lui avait pas révélé l’application d’eau bénite sur les stigmates de Louise. Il y aura lieu plus loin de revenir sur cette particularité. « Tout en conversant avec Palma, je voyais à sa figure et à son attitude qu’elle souffrait beaucoup. Je l’interroge immédiatement à ce sujet. Je sens , me dit-elle, au cœur comme une flamme qui me brûle. Je pensai que c’était là un phénomène d’incendie divin. J’étais porteur d’un thermomètre que j’avais acheté à Paris tout exprès pour mesurer la température extraordinaire de cet incendie. » Le docteur conte de la manière la plus agréable et la plus familière l’achat de ce thermomètre en vue de constater la température de ce qu’il appelle un incendie divin. Il rapporte avec une pareille simplicité la façon dont il fit emploi de l’instrument.
« Je le place pendant un bon moment dans sa main droite, il accuse 25 degrés centigrades, puis 38 dans la bouche et sur la région du cœur. Le pouls était à 72. Je faisais cet expériment par acquit de conscience scientifique ; mais, je dois le dire, j’étais Un peu honteux au fond de moimême de mesurer ce feu divin à pareil instrument. » Je ne pousse pas davantage