‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 10 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

indications sommaires. premiere arrivee des

hollandais. donnees statistiques. division du territoire. indigenes de ti-*

mor. partie portugaise de timor.

productions du sol, — aperçu sur l'histoire naturelle.

iious allons d'abord nous occuper de quelques îles situées dans le Sud de nos possessions intertropicales, et en premier lieu de Timor , ile du second ordre, mais la plus grande de ce chapelet de terres qui s'é* tend entre la pointe orientale de Lombok, limite du groupe géographique de Java du côté de l'orient, et les archipels nombreux qui vont se réunir à la côte Sud* Ouest de la Nouvelle-Guinée ou Papouasie. Nous som*^

mes à même de donner quelques détails nouveaux ovt peu connus sur toutes les iles de ce groupe. Les renseignements les plus récents, dont nous aurons à rendre compte à propos de l'ile de Timor, sont empruntés à la relation qu'en a fournie Mr. S. Mûller qui fit un séjour de plus d'une année dans cette ile, jusque là point ou peu connue dans les annales scientifiques. Après avoir fourni les détails les plus remarquables et les plus intéressants sur toutes les iles que nous réunissons à ce groupe de Timor, nous nous occuperons do celui des Moluques proprement-dit, subdivisé en deux parties administratives distinctes; puis, nous jetterons un coup-d'oeil sur les archipels situées dans l'extréwe Orient, et de là sur les parties occidentales des côtes de la Popouasie, limite extrême des possessions néerlandaises.

Ce n'est point qu'il manque de détails historiques publiés sur Timor: Pigafetta, Dampier, Yalentyn, Cook, Pérou, Freycinet, d'Urville et quelques autres ont fournis d'intéressantes notions sur cette partie du grand Archipel de l'Inde; mais toutes ont rapport à quelques points seulement des côtes; le plus grand nombre ne contiennent que des détails relatifs au chef-lieu ainsi que sur les environs de Koepang; aucune de ces relations scientifiques ne fait mention de l'intérieur de cette contrée , ni ne donne non plus des détails sur les aborigènes.

La première arrivée des Hollandais à Koepang date de l'année 1613, lorsqu'ils en expulsèrent les Portugais, après avoir enlevé à ceux-ci leur fort principal sur l'ile de Solor: ce fort existe encore aujourdliu^

et porte le nom de Henri; celui qui défend la rade de Koepang se nomme Concordia. Les princes timoriens reçurent les Hollandais de la façon la plus amicale; celui de Koepang leur permit de s'établir sur les terres de sa domination , et d'y construire le fort dont nous venons de faire mention. Nos établissements dans celte lie sont conséquemment au nombre des possessions les plus anciennes, formées par la Compagnie des Indes dans ces contrées. Ils ont été fondés sous l'administration de Pieter Both, notre premier Gouverneur-Général dans ces régions.

Timor, l'île aujourd'hui, la mieux connue de tous les archipels orientaux de l'Inde néerlandaise, est située entre les 8o,20',15" et le 10û,22',19" de latitude sud, 1230, 27', 24" et 1270, 0', 52", jg longitude orientale du méridien de Greenwich. Sa largeur n'est que de quinze milles géographiques. La partie de Timor soumise à la Néerlande occupe en superficie 361 lieues géographiques Q, ou 198,2 myriamètres Q. Elle forme à peu près le chaînon le plus oriental de cette suite d'iles, qui s'étend dans la direction Est-Sud-Est, depuis la presqu'île de Malakka jusqu'à une petite distance de la côte Nord-Ouest de la Nouvelle Hollande. Les nouvelles cartes sur la topographie et la géologie de la partie de cette ile soumise à la Néerlande, ont été publiées par Mr. S. Mûller dans le grand ouvrage sur nos possessions de l'Inde (1). Cette carte de la

(1) Ferhandeiingen over de naiuurltjke geschiedenis der Ne» derlandsche overzeesche bezittingen. Partie ethnojjraphiqae et geojjrapbique , plandies et cartef*

partie occidentale de Timor fournit un aperçu général de la constitution du pays comme de sa division topographique et géologique: elle Contient sous ce donble rapport, toutes les notions que l'on a pu re« cueillir jusqu'à présent. La connaissance de la partie Nord-Est, soumise au Portugal, est et restera encore longtemps dans le yague ; la carte (pi. 15) du voyage de Freycinet) partie historique, en fournit une esquisse. La position de Timor la rend fort intéressante, aussi bien sous le rapport purement géographique que sous le rapport politique: en eflfet, aux yeux du géographe elle rattache l'Asie à l'Australie^ ces deux vastes régions, aussi différentes cependant l'une de l'autre par leur constitution physique que par leur état ethnogra* phique. Sous le point de vue politique, cette contrée forme l'extrême limite du Sud- Est de l'Archipel indien, et sa situation en fait^ en quelque sorte, de ce côté, la clef naturelle de cette partie de l'Asie. Ce sont là sans doute les motifs qui ont porté les Européens, à fonder depuis longtemps des établissements dans cette lie. Nonobstant ces avantages reconnus, l'administration de l'ancienne Compagnie des Indes n'en faisait point grand cas^ parce que cette ile ne lui rapportait rien, et coûtait souvent des sommes considérables pour son entretien; depuis ce temps, sous le Gouverneur- Général Daendels, il a été question d'abandonner cette possession qui n'offrait pas unititérét majeur, et parce qu'en outre sa conservation était une source de dépenses saps bénéfices. Toutefois, il parait que de hautes considérations politiques se . sont toujours opposées à

ce que l'on prit ce partie» Tant que nous voudrons demeurer les maîtres dans l'extrême Orient, la possession de Timor sera toujours fort importante, quand bien même elle ne serait pas nécessaire ou indispensable au commerce et à la navigation, comme point de relâche et de ravitaillement.

Koepang est le chef-lieu des établissements néerlan-* dais à Timor et des iles de la dépendance; il est situé sur la rive méridionale de la jaste baie de ce nom. Le sol sur lequel cette ville est assise, est fort inégal: aussi est-elle d'une construction fort irrégulière. La plus grande et principale partie de cette ville est construite sur un terrain bas et uni, formant une petite plaine; le quartier chinois, qui ne se compose que d'une seule rue, se présente le premier le long d'une plage sablonneuse. Beaucoup d'autres habitations de descendants Européens, de Chrétiens indigènes et d'un assez grand nombre d'étrangers mahométans et payens, sont répandues le long des pentes rocheuses des hauteurs qui bordent à l'Ouest, au Sud et en partie à P£st, la petite plaine dont nous venons de parler. La rivière de Koepang, nommée Koinino dans la langue du pays, coule le long du pied des hauteurs occidentales, et sépare ainsi la ville proprement dite de cette chaîne de collines. Celles-ci forment, sur la rive gauche de l'embouchure de la rivière, une pointe saillante, bordée de falaises consistant en rochers calcaires, et sur laquelle est construit le fort Concordia. Ce fort tombe actuellement en ruines, et relativement à sa grandeur il est faiblement armé. Koepang renfer*

me à peu près trois cents maisons, dont soixante-dix sont ^n maçonnerie: cette ville, vue de la mer, offre un tableau varié et pittoresque par ses jardins en amphithéâtre, disposés sur les flancs escarpés des rochers qui s'élèvent derrière son enceinte. Mais à peine a-t-on mis le pied dans la ville, que presque tout le charme s'évanouit, tant la plupart des habitations sont mal entretenues et négligées.

Suivant un ancien usage, et d'après les privilèges qui lui ont été accordés par l'ancienne Compagnie, le prince qui règne sur la tribu de Koepang, a conservé la suprématie sur les autres chefs indigènes. Autrefois les terres de sa domination étaient assez étendues; mais elles se sont tellement subdivisées par suite de cessions réitérées a la Compagnie et d'alliances matrimoniales contractées avec plusieurs grands de Timor et de Belo, qu'il ne reste plus à ce prince qu'une petite partie du pays occupé jadis par ses ancêtres. Il réside aujourd'hui dans l'ile de Samauw, où sa famille a émigré avec un grand nombre de ses sujets.

Le territoire que la Néerlande possède dans cette ile, joint à celui des princes indigènes vassaux ou liés par des traités à la métropole, est divisé en treize districts ou provinces, administrées ou régies par des chefs indigènes, sous l'influence du résident ou préfet établi à Koepang.

Celles de ces provinces, qui sont soumises immédiatement à l'autorité du gouvernement, sont Koepang, Âmabie, Âmarassie, Âmfouang ou Sorbiean , Taibenoe, Fonei et Sonabai , cette dernière en partie seulement. Les six au-

très, n'obéissent aux ordres du gouvernement que trèssecondairement, et ne peuvent être considérées que comme des alliées, en vertu des traités conclus par l'ancienne Compagnie, sous les dates de 1752 et 1757; en signe de cette alliance, les orem-6aî et les padoeakan de ces provinces naviguent sous notre pavillon. Ces provinces, sur lesquelles le pouvoir n'est que médiat, sont une partie de Sonabay, Fialarang, Amanoebang, Ambenoe et Moubara. Voir, pour la démarcation territoriale de toutes ces provinces, la carte publiée dans les Verhandelingen précitées, partie historique pi. 2.

Autrefois toute l'ile était soumise à un despote portant le nom de Lieoraiy titre qui peut être traduit par grand frince^ et dont le pouvoir répond à celui d'empereur. Mais cet empire florissant est tombé, par suite des dissensions intestines qui ont donné naissance au pouvoir d'un grand nombre de chefs se déclarant successivement indépendants, et qui se sont mis sous la protection du gouvernement néerlandais.

Les naturels de Timor appartiennent à la race jaune polynésiène. Sous le rapport de la taille, de la conformation et des traits du visage, ils ressemblent beaucoup aux Dajaks de Bornéo et à quelques tribus des Alfoeres des Moluques. Cette affinité évidente est confirmée par leurs traditions, d'après lesquelles Timor aurait été peuplée par des hommes venus de contrées situées plus à l'Est; ils disent que la colonisation a commencé par la partie orientale de l'ile, et qu'insensiblement elle s'est étendue vers l'Ouest. A l'époque actuelle, la population de Timor est divisée en trois

parties principales, qui diffèrent entre elles plutôt par le dialecte que par l'extérieur. La tribu la plus puissante se compose de Ema Weloe ou Beh^ dits Bélonèzes, qui occupent plus de la moitié de Tile vers la partie orientale^ la seconde, des Toh Timor ou Timoriens proprement dits, qui s^étendent sur une grande partie de ia moitié occidentale; la troisième, des Atoeli Koepangy habitants de ce district, qui vivent sur une bande étroite de terrain à l'extrémité occidentale de Timor, ainsi que sur l'ile de Samauw. La tribu des Bélonèzes forme deux grands royaumes connus sous les noms de Loeka et de Waiwiekoe-waihalie. Le premier s'étend depuis la pointe orientale en allant vers l'Ouest, jusqu'au tiers à peu près de la longueur totale de l'île; l'autre occupe une partie notable du centre de la contrée. Â la tête de chacun de ces deux royaumes se trouve un prince qui porte le titre de Lieorai; mais sa souveraineté n'est que nominale, ou n'est actuellement qu'une ombre de ce qu'elle était autrefois, vu qu'un certain nombre de chefs d'un rang inférieur ont su se soustraire à son autorité, et ne la respectent plus qu'autant que le comporte leur intérêt. Une partie de la population dé ces deux royaumes est soumise au Portugal; une autre partie est sous l'influence de la Néerlande. Mais la plus grande partie de ta population de Timor ainsi que la province de Koepang, reconnaissent la souveraineté illimitée du gouvernement néerlandais. Les différents princes, dont il vient d'être fait mention, reçoivent du Gouvernement le titre de Radja^ ou dans la langue do pays Nei-Djoefkj ce qui signifie

prince ou roi, à l'exception de ceux qui portent le titre de Lieorai^ et qui reçoivent de leurs subordonnés les titres les plus emphatiques, conformément à l'es« prit des peuples orientaux: c'est aiosi, qu'on les quantifie Oesi-neno^ image du Très-haut; Neeno-ana^ enfant du ciel ou du soleil; Om-leoe^ haut et sacré dominateur etc. Chaque radja a sous lui un ou plusieurs grands, appelles en timorien Sieko^ mais qui sont connus de l'administration de Koepang sous le nom de FettoTy du Portugais F(^*tor ou Facteur y tandis que tous les autres chefs des rangs inférieurs portent le titre de Tomokong^ en Malais Tomanggong ou Temûtiggungy un chef, un commandant ou général. Les rudja et les fettor doivent être confirmés dans leur dignité par le résident, agissant au nom du gouvernement.

Les données relatives à la population de Timor sont encore très-vagues; on Les trouve portées au chiffre de 400,000 pour celle de toute l'ile, ce qui nous semble un chiffre fort exagéré , attendu qu'il n'est guère admissible qu'il puisse aller de beaucoup au delà de 200,000 âmes. La population des provinces soumises peut être évaluée à 40,000 âmes. jLa province de Koe^ pang, qui se trouve plus directement dépendante du gouvernement, comprend une population de 7,000 âmes; celle-ci est composée d'environ 4,000 insulaires étrangers, 500 Chinois, 100 Européens, 1200 esclaves, presque tous Timoriens et 1200 Timoriens libres. Parmi ces derniers, comme parmi les insulaires étrangers, et en y comprenant les Européens, oo peut porter à 1200 le nombre d'individus chrétiens.

La partie Nord-est de l'ile est toujours nominale* ment sous l'influence du Portugal; cette puissance se trouve établie à Dieli sur la côte septentrionale. Le délégué du pouvoir portugais se donne le titre de Gouverneur et Capitaine-Général des îles Solor et Timor, titre emphatique , peu en harmonie avec l'état misérable de cette colonie portugaise et le peu d'intérêt que prend la métropole au sort des employés qui résident dans cette partie inculte de l'ile. Il est nécessaire cependant d'en fournir un court aperçu , pour servir à compléter les renseignements sur l'ile de Timor et ses dépendances.

Indépendamment de la traite que le gouverneur et les officiers de cet établissement pratiquent encore sousmains et dans l'ombre, ces mêmes délégués y font le commerce du bois de sandal et de quelques autres produits de l'ile, afin de subvenir par ce moyen au traitement insuffisant que le Portugal leur accorde. La population y est assez nombreuse, et les environs de Dieli sont bien cultivés^ le sol y est productif, et pourrait, sous une bonne administration, offrir des revenus plus considérables. Les deux petits forts sont en mauvais état et mal armés. Les Portugais entretiennent fort peu de relations avec les indigènes, qui sont de la race des Bélonézes ou aborigènes de Timor, dont il sera fait plus ample mention dans la suite de cet écrit.

Lorsqu'on compare cette notice récente d'un témoin oculaire, à la description faite de l'établissement portugais dans l'ouvrage du Capitaine Freycinet, qui y fit une station de trois jours, on remarque une grande différence entre l'état réel, chétif et misérable de cette

colonie, et la situation prospère sous laquelle elle est dépeinte dans le dit ouvrage: le luxe oriental que le gouverneur y étale, contraste non moins singulièrement avec le trafic clandestin qu'il exerce, lui et tous ses employés. Il faut convenir aussi que la. relation de la reconnaissance, faite à Timor par Pérou,, est non plus exempte d'exagération.

Lorsqu'en l0l3, les Portugais furent chassés de Koepang,. ils fondèrent alors un établissement à Lifao, qu'ils transportèrent ensuite à Dieli. Cette résidence compte 2000 habitants; elle a un port situé dans le Nord-Est^ ainsi qu'un fort où quelques soldats tiennent garnison. Une colonie de métis portugais mêlés d'io*. digènes, occupe le canton d'Oukouessie , sur la côte septentrionale.

La valeur totale des marchandises exportées annuellement de Koepang, peut s'élever à 300,000 florins, et l'importation des objets étrangers est d'environ 350,000 florins.

Le revenu colonial de Timor, partie néerlandaise, se monte annuellement à environ 50,000 florins, et le total des dépenses s'élève à peu près à la même somme. Cette possession n'est pas d'une grande importance; elle n'ofire jusqu'à présent que des avantages minimes au moins sous le rapport du bénéfice obtenu par les cultures.

L'exportation des buflles, des chèvres et des moutons est très-considérable; le bufile coûte habituellement de 10 à 18 florins; les chevaux valent de 20 à 30 florins; on exporte environ 4500 pikol de bois de

sandal , dont on distingue trois qualités sous les noms de kapala la tête, badan le troac et kaki le pied; la première qualité coûte de 20 à 26 florins, la seconde de 15 à 20 et la troisième de 10 à 15 le pikol de 125 H- Très. La cire se vend à raison de 75 à 80 florins le pikoh On distingue dans le commerce dix ou douze sortes de tripangy qui se Tendent à des prix difiërents. Le climat de Timor, principalement celui de la moitié occidentale, ressemble beaucoup à celui de la Nou- Telle-Hollande; la constitution physique des deux pays est également à peu près la même. Le climat diSere essentiellement du climat si salubre des Moluques, ainsi que de celui des lies occidentales de la Soende: c'est aTec celui de ces dernières qu'il aurait encore le plus d'analogie, en ce que les deux moussons y offrent, dans leurs caractères généraux, absolument les mêmes phénomènes. La mousson d'Ouest, particulièrement qui commence d'ordinaire à la mi-NoTembre et se prolonge jusqu'au mois d'ÂTril, amène de grandes pluies ac-* compagnées d'u^gi tempà sombre et couTert, qui ont - souTent le plus fâcheux eiïél sur la constitution physique du corps, tandis que dans la mousson d'Est, l'atmosphère est presque toujours claire, les pluies sont modérées, et malgré les chaleurs qui régnent en cette saison, on peut dire qu'en général l'air n'y est pas malsain. L'opposition de ces deux températures, caractérisées ou par une sécheresse extrême ou par une grande humidité, est beaucoup plus forte à Timor qu'à JaTa, à Sumatra ou à Bornéo, où d'épaisses et nombreuses forêts exhalent constamment des Tapeurs ra-

fraîchissantes, et où la chaleur est souvent modérée par de TÎolentes averses pendant les mois où le soleil par* court l'hémisphère boréal. Â Timor, au contraire,, pendant la mousson d'Est, pas une goutte de pluie ne vient rafraîchir la terre souvent pendant bien des mois: le sol est brûlé, et telle est l'action de cette sécheresse sur le règne végétal et surtout sur les graminées, que^ dans les terres basses de la côte, les indigènes trouvent à peine de quoi faire paître leurs chevaux, et qu'ils sont obligés de conduire leur bétail, dans les val* lées de l'intérieur. Les torrents tarissent à l'époque^ où régnent les vents d'Est, tandis qu'un ciel sans nuages permet au soleil de lancer perpendiculairement ses rayons dévorants, et que vers midi la chaleur devient presque insupportable. Alors le thermomètre centigrade marque à Koepang 24^5 — 25^ le matin de bonne heitre; 32<> — 33<> et même quelquefois 35^ à midi; et 30<' environ au coucher du soleil. Au milieu de la mousson pluvieuse ou mousson d'Ouest, c'est-à-dire au moisf de Janvier au contraire, il ne s'élève guère à plus de 22^5 — 23^ le matin, à 31^ au moment de la plus forte chaleur, et à 27<> environ vers le soir. Comme les pluies d'orage sont beaucoup plus rares a Timor que dans les contrées de PÂrcfaipel situées plus à l'Ouest, au Nord et au Nord-Est , il s'en faut que le tonnerre et les éclairs y soient des phénomènes ordinaires et «journaliers.

Timot* est en partie madréporique et chisteuse: elle est couverte d'une végétation plus pauvre et moins vigoureuse que celle des autres parties du grand archir

pel. Située sous^le treizième parallèle, et à distance à peu-près égale des Moluques et de la Nouvelle-Hollaiide, elle offre une démarcation géographique toute par* ticulière, en harmonie avec celle non moins remarquable de la distribution des animaux propres à cette contrée. Cette ile est divisée, dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes de médiocre hauteur; le versant septentrional est opposé aux Moluques, et la partie méridionale fait face aux côtes septentrionales de la Nouvelle-Hollande, dont elle est séparée par un bras de mer. Ces montagnes chisteuses paraissent servir de limites entre deux groupes d'animaux, qui présentent quelques disparates entre eux. La partie septentrionale nourrit toutes ces espèces, dont les représentants ou les types identiques existent dans les autres iles de l'archipel: de l'antre côté de ces montagnes, ou à leur versant méridional, se montrent les premiers représentants d'une Faune qui semble différente, ou au moins transitoire entre les espèces propres aux Moluques et les groupes australiens, qui semblent faire partie d'une création toute particulière. La végétation, comme nous le verrons plus loin, offre aussi ces caractères disparates et anormes; elle ressemble beaucoup à la végétation de la côte septentrionale de l'Australie, dépeinte et désignée par les navigateurs comme une terre sauvage, inculte, presque dépourvue de population humaine, laquelle se borne à un petit nombre de hordes vagabondes et farouches, se nourrissant principalement de poisson et de quelques racines. Les hauteurs qui s'élèvent au centre de l'ile, servent

de ligne de partage des eaux qui coulent des deux côtés vers la mer, sans qu'elles fassent de grands détours; ce sont plutôt des torrents que des rivières, aucune d'elles n'étant navigable un peu au delà de leur embouchure; la seule rivière deKoepang est large et profonde à son entrée dans la mer.

Timor ne connaît pas l'influence des volcans, on n'en trouve point. Ses montagnes les plus élevées sont hautes de 6000 pieds, on en voit aussi de 4000. Le muschelkalk (calcaire coquillier) y a une grande part dans la constitution géologique du sol; en outre il se trouve, en beaucoup d'endroits, mais plus particulièrement sur le bord des rivières, des monticules arrondis d'une argile fine, dont la couleur est ordinairement d'un bleu grisâtre; quelquefois elle est colorée en rouge par l'oxide de fer. Enfin, on trouve ça et là du porphyre, du grauwack, de la syénite, du grunstein, du quartz et du spath gypseux.

En général l'aspect de cette ile n'ofire rien d'attrayant. Les élévations sont presque toutes âpres, rocheuses, dépourvues d'arbres et de buissons; dans quelques localités la végétation est plus active et on y voit des forêts plus ou moins étendues: elles alternent, toutefois dans la plaine, avec des espaces dépourvues de toute verdure et d'une stérilité marquée. Un caractère tout particulier de la formation géologi* que de Timor, c'est ce grand nombre de rochers calcaires, aux sommets âpres et escarpés, aux flancs nus et irrégulièrement accidentés par des blocs de forme bizarre, qui s'élèvent, en tant d'endroits, de 100 jusqu'à 400

pieds de hauteur au dessus du sol ordinairement plane ou peu ondulé, sur lequel ils semblent assis comme autant de ruines antiques; les indigènes désignent ces roches fantastiques sous le nom Fatoe^ littéralement écueils de pierre (1). Ces âpres rochers, suspendus les uns sur les autres et anfractués en sens divers, servent assez souvent de retraite à de petites troupes de vagabonds et de voleurs, qui exercent leur brigandage dans les environs de ces repaires. Ce sont comme^ autant de forteresses d'où les tribus se font réciproquement la guerre. Ces forts naturels sont formés d'une pierre calcaire de formation récente, nommée par les Allemands Muschelkalk (calcaire coquillier).

Les productions les plus importantes de ce pays malsain et peu peuplé, sont, dans le règne minéral, un peu d'or, quoiqu'on n'y trouve pas de mines; mais le lit d'un grand nombre de rivières contient, quoique en petite quantité, dçs grains et des paillettes de ce métal. Quant à cette grande abondance d'or et de cuivre dont les voyageurs parlent avec une exagération trop marquée, nos voyageurs se sont assurés par des recherches, que la partie occidentale de l'ile parait au contraire très-pauvre en ces métaux, de manière qu'ils ne peuvent prendre rang comme objets d'exportation et que leurs produits sont d'une importance fort secon« daire (2).

(1) Voyez quelques unes de ces masses pierreuses , Ferhandelin* gen etc. planches 25 à 28.

(2) Quoique tous les détails désirables sur la stérilité du sol de Timor, aient été fournis depuis Ion(jteoips par les membres de no»

L'agriculture est encore fort arrière dans cette ile, comme il est facile de le conclure d'après le faible degré de civilisation auquel le peuple de Timor est par* venu: d'un autre côté, le préjugé, la superstition et le désir de ne point s'écarter des anciens procédés, sont autant de causes qui présentent des obstacles insurmontables aux innovations, à toute tentative quelconque de progrès ou d'améliorations. L'utilité que l'insulaire pourrait retirer des plantes potagères, des légumes siliqueux et des fruits dont la culture est si répandue dans les autres parties de l'Archipel, est presque nulle ici, aulieu que le palmier lontar, Borassus flabelliformis j et le cotonnier sont d'une grande importance pour l'éco-

tre commission scientifique, chargée en 1819 d'ëclairer le GoQTernement sur ce point , et que Mr. Miiller ait dit positÎTement dans le grand ouvrage sur les recherches faites dans quelques parties de l'Ar* chipel, qu'à Timor on ne trouve point de gangues de cuivre; que le peu d*or en paillettes , chariê par quelques rivières , ne suffirait point pour couvrir les frais dune entreprise régU' Hère de Ihvagê; on semble, cependant, ajouter encore quelque foi à l'existence de riches mines de enivre dans cette île: le dernier Courier de l'Inde nous apporte la nouvelle qu'une compagnie qui s'est formée à Batavia sous les auspices *d'un étranger, qui est parvenu sans doute à inspirer quelque confiance à des nationaux , a fait la dcnmnde au Gouvernement d'ouvrir des mines dans cette lie: il est fort heureux pour les actionnaires que, selon ces mêmes nouvelles , le Gouvernement ne leur ait point encore accordé l'autorisation d'exploiter ces chimériques richesses. Voir pour de plus aa> pies détails, Verhandelingen over de natuurlijke geschiedenis der nederlandsche overMeescke beMittingen^ partie historique, pages 208 , 238 , 250 , 306 etc.

nomie domestique du Timorien; sans ces végétaux, il serait privé de plus d'une jouissance, et peut-être plus arriéré encore qu'il ne l'est sous le rapport de la civilisation.

Dans ce pays, la constitution du sot et le climat sont mieux appropriés à la culture du maïs que de tout autre végétal; cette céréale y remplace le riz, nourriture habituelle et journalière des Malais de la Soende et des habitants de Célèbes, tandis que dans les grou« pes d'iles de la mer des Moluques, c'est le sagou qui sert de nourriture à ses nombreux habitants. Quoique en général l'agriculture soit très-arriérée dans cette île, toutefois aucune des terres du grand archipel ne compte un chiffre aussi élevé d'indigènes convertis au Christianisme que dans cette ile et dans celles de sa dépendance géographique.

Le cocotier, ce trésor inépuisable des autres iles de ces contrées fortunées, est rare dans l'intérieiv* des terres de Timor. Parmi les espèces de fruits, viennent se ranger en première ligne ceux du manguier, du jambou, du papayer, du tamarin, du bananier ou pi* sang, des oranges et des limons de plusieurs espèces; le piment ,^ le concombre, la citrouille, la batate, le jam et quelques légumineuses du genre' Phaseolus. Tous ces fruits savoureux et parfumés des iles occidentales; tels que le doerian, Durio zibethinus^ le mangoustan, Garcinia mangostanaj le ramboutan. Nephelium lappaceum y le doukou, Lancium dùmesiicum , et quelques autres, manquent à Timor. Les arbres consistent enPmgamia glabra, tandis que h Jlottlera Bhh

mei aux feuilles recoquillées et à l'apparence malade, forme des buissons peu élevés ; des Euphorbiacées et des Ebénacées couvrent le sol aride. Le Capparis mariana fait le principal ornement des rochers; sur la plage croissent les Mezoneurum et les Acacias ^ le Tourne for- Ha argenteaj le Tribulus moluccanus, la Josephinia imperatricisy des Convolvuliicées et des Malvacées. Les plages basses et marécageuses sont couvertes de Rhizophoraj Bniguieraj Sonneratiay AegiceraSj Acanthus et de Lumnitzera racemosa. Plus de 600 autres plantes sont énumérées par Mr. Decaisne.

Contrairement aux autres iles de la Malaisie, dont la végétation féconde s'étend depuis les bords de la mer jusqu'à la cime des montagnes de hauteur moyenne, on ne voit à Timor que des montagnes à pentes couvertes d'arbres clair-semés; tandis que dans l'intérieur existent des plaines inhabitées, qui ne se trouvent guère mieux traitées par la nature. Dans ces plaines croissent beaucoup de Casuarinas'^ l'aspect flétri qui est propre à leurs tiges élancées, et la pâle verdure de leur triste couronne, rapellent à la pensée les rivages brumeux de l'Australie, et donnent une idée de la chétive croissance, échue en partage à l'île de Timor. De cette végétation monotone, la vue se porte avec d'autant plus de charme sur le Palmier Gebang, Corypha gebanga^ au feuillage toufiu et d'un vert agréable. Cet arbre forme des forêts étendues sur les pentes humides des montagnes, dans les vallées arrosées par des cours d'eaux, et dans les terrains d'alluvions qui s'étendent le long de la plage.

La Flore de Timor a beaucoup d'analogie avec celle des Moluques, mais plus encore avec celle de la Nouvelle- Hollande, surtout pour ce qui concerne les plantes qui croissent le long des côtes; et quant à la végétation de l'intérieur elle ressemble le plus à celle de l'Afrique. Mais il est fort remarquable que les environs de Koepang offrent des plantes dont la croissance à Java, n'a lieu que sur les hautes montagnes; de ce nombre sont, Epithema brunonisy Rhynchoglossum obliquum et quelques autres.

L'élève du bé^il est dans un état plus prospère que l'agriculture; elle compense chez l'indigène à demi ci* vilisé et le nouveau converti , l'aridité du sol et la pauvreté de la végétation. Le buffle, Karabou^ et le cochon , Babiy lui servent de nourriture et d'objets de commerce avec la Chine. Ici, l'horreur que montrent les Malais des autres iles à se nourrir de l'animal immonde, proscrit par les lois du Prophète, n'est plus un culte. Les chevaux sont également exportés. Le bois de sandal, le coton, la cire des abeilles sauvages, les nids d'oiseaux, la chair séchée de Buffle et de Cerf ou le dinding des Malais, le tripang et les nageoires de requin, font partie des objets d'exportation.

Dans les régions in ter tropicales, plus les forêts sont considérables, les rivières nombreuses et les plaines couvertes d'une riche végétation , plus le règne animal est nombreux en espèces. Le contraire ayant lieu dans la formation physique de Timor, il s'en suit naturellement que le règne animal n^y est pas très-riche, surtout en comparaison des autres grandes iles. En ef-

fet, Timor est pauvre en mammifères de grande taille, mais fort peuplée de chéiroptères et d'oiseaux. Le plus grand des mammifères eât le Cervus moluccensis. L'existence d'un buffle sauvage, admis sur le témoignage des navigateurs, doit être, rangée au nombre des fables. On y trouve un sanglier inédit (1), voisin, mais différent du Sus vittatus de Java et de Sumatra. Les Marsupiaux n'ont Ici d'autre représentant que le Phalan^ gista cavifronSy tandis que le Cercopithecus cynomolgus y établit sa demeure, comme étant celui, de tous les quadrumanes, qui vit le plus dans l'Est, et le seul de cette classe, dans ces régions du reste totalement dépourvues de singes. Le cosmopolite Mus decumanus est le seul représentant de l'ordre des Rongeurs; nos voyageurs n'y virent ni Porc-épic ni Ecureuil. Les Carnassiers se réduisent, pour les Insectivores, à une Musaraigne nouvelle, et les Carnivores, au Chat également nouveau, Felis megalotis (2); puis au Paradoxurus musanga; ajoutons encore que ces espèces n'y sont pas fort communes.' L'on voit que Timor aussi bien que les Moluques n'ont aucun Tigre, point de Panthères, ni Chiens sauvages, ni aucun des grands Pachydermes des lies de la Soende. Les Chéiroptères

(1) Sus TimorienêiSf décrit et figure dans l^ Ferhandeliwgen etc., partie Zoologique, pi. 31. fig. 1.

(2) Cette nouvelle espèce est de la taille du F, minuta, mais elle a les oreilles et la queue beaucoup plus longues. Le pelage du corps est , sur le dos , d'un jaune fauve passant au jaune roossâtre sur les flancs; épaules cendrées.

y sont très-nombreux et d'espèces rares et nouvelles.

Cette lie n'ayant pas encore été visitée par des naturalistes, les nôtres ont dû y faire nécessairement des conquêtes intéressantes et nouvelles en ornithologie; acquisitions dont nous avons déjà fait part à la science, dans le Recueil des planches coloriées d* oiseaux^ où les espèces les plus marquantes par les formes et par les couleurs, sont décrites et figurées. Un grand nombre d'autres espèces, également nouvelles et intéressantes, sont décrites et figurées par Mr. MûUer, dans le grand ouvrage précité sur nos possessions dans l'Inde.

Nous avons déjà fait mention de la démarcation géographique observée dans les deux parties de cette ile: dans celle du versant méridional de la chaîne montueuse qui est opposée aux rivages septentrionaux de la Nouvelle-Hollande, vivent à peu près les mêmes, ou bien des espèces analogues, à celles propres à cette vaste étendue de terre. Le Scythrops présageur, Scythrops Novae-Hollandiae^ y annonce, par ses cris discordants souvent repétés, la pluie ainsi que ces brumes subites et épaisses, dans lesquelles ces côtes parsemées d'écueils, sont comme voilées aux navigateurs. Les oiseaux à langue terminée en brosse ou en pinceau, tels que ceux des genres Tropidorhynchus ^ Melliphaga et autres, s'y montrent en plusieurs espèces nouvelles, mais identiques par lés formes avec celles qui vivent dans l'Australie. Les Langrayans, Ocypterus ^ au vol rapide; le plus grand nombre des habitants du littoral, et plusieurs espèces de Palmipèdes de la Nouvelle-Hollande visitent ces côtes, ou bien ils sont séden-

taircs dans cette partie de l'ile: dans la partie septentrionale on ne voit que des formes propres aux autres îles archipélagiques. Toutefois, l'ordre entier des Rapaces n'y compte qu'un très-petit nombre d'espèces. Les Paradisiers, les Pies et les Geais manquent totalement. Aucune espèce de Calao ne fait retentir l'air de son vol bruyant. Les genres Loriot et Stourne représentent seuls l'ordre des Omnivores; mais les Insectivores sont nombreux. On peut en dire autant des Granivores, surtout du genre Gros-bec. Les Zygodactyles comptent plusieurs espèces de genres différents^ surtout les Perroquets; mais les Barbus, si diversifiés en es« pèces dans les iles de la Soeude, n'y ont aucun représentant, non plus que le genre Couroucou. Aucun Pic ne frappe le tronc vermoulu des vieux arbres. Dans les Anisodactyles , on voit plusieurs formes propres à l'Australie, ainsi que quelques Souimangas. Les ordres des Alcyons et des Chélidons comptent plusieurs espèces^ Seulement un petit nombre de Pigeons nouveaux égaient les bocages; tandis qu'un grand nombre d'autres, richement parés des plus belles couleurs, ornent ailleurs les bois touffus. On y voit une ou deux espèces nou* velles, mais de petite taille, dans l'ordre des Gallinacés; le Coq bankiva des Javanais, souche primordiale de^ nos volailles de basse-cour, y peuple aussi les bois; mais les races de cette espèce sont distinctes dans ces deux iles. Des oiseaux de rivage, plus nombreux, parcourent ces plages maritimes, que visitent aussi plusieurs représentants de l'ordre des Palmipèdes. La classe des reptiles n'offre qu'un petit nombre 8 12

d'espèces remarquables. Le plus grand des crocodi* ^ les est de l'espèce connue sous le nom de biporcatus^ et c'est une variété qu'on troure aussi à Java. Les mers ne sont pas abondamment peuplées de poissons, et on n'en trouve point qui soient digne de fixer spécialement l'attention du naturaliste. Nulle part peutêtre, dans tout l'Archipel, ne se voient réunis en aussi grandes quantités, des Zoôphytes et des Mollusques d'espèces distinctes et de couleurs variées; leur capture n'est égalejnent en aucun autre lieu plus facile que sur les grèves de la partie septentrionale^ où des plaines spacieuses s'étendent en pente douce vers la mer, laissant à sec, pendant la marée basse, de vastes champs couverts de madrépores, jonchés de mollusques, et parmi lesquels se meuvent une foule de genres nouveaux à inscrire dans les catalogues de nomenclature. On y trouve aussi un nombre considérable d'espèces de crustacées nouveaux.

Page 1