OCCUPATION DE CES ILES PAR LES EUROPÉENS
MONOPOLE DES EPICERIES. UTILITE DES RE- CHERCHES SCIENTIFIQUES. TREMBLEMENT DE
TERRE A TERNATE. INDICATIONS SUPERFI- CIELLES SUR QUELQUES ILES DE CE GROUPE.
Nous aventurons, dans ce chapitre, un coup-d'oeil sur le groupe des îles peu connues, situées à l'orient de Célèbes, entre des bras de mer vers lesquels le grand commerce maritime ne s'est point encore frayé de route régulière et suivie; mais dont les passages ne manqueront pas d'être parcourus par les navigateurs, comme une voie commerciale très-importante, lorsque la civilisation, qui pénètre de plus en plus dans
l'extrême orient, aura uni par des relations mercantiles tous les peuples de l'Océanie et de l'Australie avec ceux qui vivent dans les îles situées au nord de Téquateur.
Avant l'apparition du pavillon espagnol dans ces mers, les îles dont nous allons nous occuper, formaient quatre états indépendants: ceux de Ternate, Tidor, Gilolo et Batjan; leur pouvoir réuni s'étendait de l'occident à l'orient, depuis la baie de Goenong-tello sur la côte de Gélèbes,. jusqu'à la baie de Geelvink sur la côte Nord-Est de la Nouvelle-Guinée , et du nord au ïnidi, à partir du détroit de Ajlagindano , y compris les îles Taïaut, jusqu'à la grande Céram et le groupe de Salajer. Â l'occident, Ternate formait l'Etat le plus puissant^ le Sultan de cette ile se voyait en état de mettre sur pied une armée considérable composée seulement de ses sujets célébiens. Vers h commencement du 16°^^ siècle, le souverain Baba-bulah sut profiter habilement de cette force guerrière, pour assujétir à son pouvoir les trois autres sultans rivaux; se voyant le maître absolu et redouté dans ce vaste rayon, il prit le titre de Mahorradja ou cbef-supréme.
Vers ce temps, les Espagnols s'étant fixés solidement aux Philippines, ils convoitèrent aussi la possession de ces iles riches en épiceries et renommées pour la salubrité de leur climat; le pavillon espagnol parut dès lors en conquérant dans ces mers. Le Maha-ra- . dja dut se préparer au combat, lutte que peut-être il aurait été à même de soutenir avec avantage, mais qui lui devint fatale, vu qu'à cette même époque les Por-
tugais s'étant rendus maîtres d'Amborae, arrivèrent aussi dans ces mers comme rivaux des Espagnols. Ces deux nations s'y disputèrent le pouvoir avec acharnement, tandis que les princes indigènes, vaincus par le Maha-radja, saisissaient cette occasion pour se soustraire à son autorité. Le chef suprême de Ternate, ne pouvant tenir tête à ces nombreux agresseurs, les deux nations européennes, à la suite de combats meurtriers livrés sous l'équateur, se partagèrent ses dépouilles, tandis que ce partage se fesait plus pacifiquement en Europe, par la volonté alors toute-puissante, du pontife de Rome.
Le pavillon néerlandais ne se déroula dans ces régions contre ces concurrents européens, qu'en l'année 1599: les premières tentatives des Hollandais furent couronnées d'un plein succès, par la prise des forts occupés par les Espagnols et par les Portugais dans les tles du gouvernement de Ternate^ mais les Espagnols s'étant pourvus de nouveaux renforts aux Philippines, et faisant cause commune avec le Sultan de Tidor, tombèrent à l'improviste sur ces postes à peine armés. Une lutte longue et sanglante eut lieu entre les deux partis; elle assura finalement la victoire aux armes néerlandaises.
Bien que déjà, depuis 1585, les navires hollandais sillonnassent les mers des Moluques pour faire la chasse aux navires espagnols et portugais, le 13 Mars 1597, une flotte , composée de six vaisseaux et de deux bricks, partit d'Amsterdam sous les ordres de l'amiral Jacob Cornélius Neek; elle toucha à Banda le 6 De-
cembre 1598, visita Java, Amboine, Boeroe et Ternate, d'où elle chassa les Portugais. Après avoir établi des factoreries dans quelques-unes des îles de la Malaisie, l'amiral revint en Uollande le 51 Mars 1600, apportant de riches cargaisons d'épices, de bois précieux, de perles, de parfums, de métaux, de pierres précieuses et d'articles de la Chine. Les efforts tentés à diverses reprises par les Espagnols, et surtout par les Portugais et les Anglais, qui furent constamment nos concurrents et nos rivaux dans les Moluques, n'eurent que des résultats fâcheux pour ceux-ci. La guerre survenue en Europe en 1665, entre l'Angleterre et les Pays-Bas, permit enfin à la Compagnie des Indes Orientales de terminer la lutte qui avait existé depuis si longtemps entre elle et la Compagnie anglaise. Pendant de longues années encore, des avanturiers anglais disputèrent à leurs rivaux vainqueurs, le droit de partager leurs bénéfices; les plaintes des. agents anglais adressées à leur gouvernement restèrent sans effet, et la Hollande conserva la paisible possession des Moluques.
Ternate se vit attaquée à plusieurs reprises par les Anglais; mais grâces au courage et à la fermeté du résident van Budach, à qui ce poste avait été confié, ils ne parvinrent à s'en emparer qu'à la suite de la reddition de Java.
Soit par modération ou bien par conviction d'impuissance, la Compagnie des Indes, après s'être emparée des Moluques, au lieu d'user envers les princes soumis des droits du vainqueur, se contenta du ^ droit de
suzeraineté sur les Sultans de Ternate et de Tidor, et ceux-ci furent investis, en son nom, du pouvoir sur ces contrées. Mais la Compagnie , en stipulant les droits réciproques entre ces deux princes vassaux, négligea ou bien omit à dessein de faire mention de leur autorité sur l'ile et les dépendances de Gilolo ou Ilalmahera; une rivalité, peut-être adroitement ménagée, surgit bientôt à ce sujet entre les deux Sultans, qui se disputèrent pendant bien des années ce pouvoir éphémère. Cette pomme de discorde servit à alimenter sans cesse la haine de ces deux princes, et fut un obstacle à leur union contre le pouvoir de la Compagnie. En 1814, le nouveau gouvernement, ne redoutant plus la puissance déchue de ces princes, a mis un terme à cette mésintelligence: le Sultan de Ternate occupe maintenant le rang le plus élevé, et celui de Tidor a dû se contenter, sauf quelques indemnités, d'occuper le second rang. Les deux princes viveilt aujourd'hui en bonne harmonie; l'un et l'autre ont rendu des services importants à l'Etat dans la guerre longue et meurtrière contre Dhipo-Negoro ; les Âlfoeres de ces îles se sont montrés guerriers intrépides dans les combats, et soldats disciplinés dans l'armée.
On manque de renseignements authentiques sur l'époque de la première apparition des Malais dans ces îles, occupées par la nation Âlfoere ou Harafoere, refoulée aujourd'hui dans l'intérieur des grandes iles de cet archipel: on ne saurait non plus indiquer l'origine ni l'étymologie du nom de Moluques donné à ces îles par les premiers navigateurs qui parurent dans ces
iners; ce nom a été adopté depuis par les géographes pour désigner toutes les lies situées à l'orient de Gélèbes. Du temps de la Compagnie , on désignait ces iles sous le nom de Groote Oost (grand-orient), et on y comprenait toutes celles dépendantes des princes souverains des Moluques proprement dites. Les Portugais donnèrent à cette vaste étendue d'iles le nom d'archipel de St. Lazare; non seulement Âmboine, Banda, Halmahera etc.; mais aussi Bornéo, Timor, Flores et Bali étaient compris sous cette dénomination.
C'est dans ce groupe que les commerçants européens apprirent à connaître les arbres à épiceries, dont la possession, ainsi que le monopole de leurs riches produits,, appelèrent sur ces belles contrées toutes les calamités qui accablèrent pendant plusieurs siècles les paisibles habitants des Moluques. Pour s'assurer le commerce excluèif de ces denrées la Compagnie promulgua des lois oppressives, commit des injustices et dépensa des sommes considérables en armements et en surveillances.
Le muscadier (myristica aramatica) et le giroflier (cdryophyllus aromaticm) sont primitivement propres à ces iles où] ils croissent sans aucune culture. Lorsque la Compagnie conquit la majeure partie de cet archipel, les Sultans deTernate et de Tidor, sans-cesse en guerre, furent contraints de se reconnaître les vassaux de cette association de marchands. Le premier acte d'autorité qu'elle jugea alors convenable d'établir fut l'extirpation des muscadiers et des girofliers dans toutes les iles de cet archipel; elle se vit probablement con-
trainte à faire usage de cette mesure dévastatrice, par le sentiment de son impuissance à maintenir un sys* tème de surveillance sur une aussi vaste étendue de mer, et elle jugea plus profitable aux intérêts de son commerce exclusif, de transplanter ces végétaux précieux sous une administration plus sévère, plus immédiate et moins coûteuse; on choisit, dans ce but, les groupes d'iles voisines qui étaient déjà totalement soumises au pouvoir de l'autorité coloniale. Ces circonstances furent cause que les îles de Banda obtinrent le monopole des produits du muscadier, et que le giroflier échut en héritage aux iles d'Âmboi* ne: depuis ce temps ces deux groupes portèrent plus spécialement le nom de Moluques; ils se trouvent désigné sous ce nom dans l'article où il sera fait mention spéciale des iles réservées jadis au monopole des épiceries.
En rapportant les motifs qui semblent avoir donné lieu à ces lois arbitraires et aux vexations nom- ^ breuses auxquelles les insulaires de ces parties du Grand Archipel ont été soumis si longtemps (vexations dont aujourd'hui encore ils ressentent plus ou moins les conséquences), il est également nécessaire d'indiquer par quels moyens l'administration nouvelle qui se vit investie du pouvoir dans l'Inde néerlandaise,, parvint en 1815 à supprimer ces fatales combinaisons mercantiles.
Pour s'assurer du véritable état des choses et pour apporter des remèdes efiBcaces aux désordres et aux vexations qui avaient lieu dans les iles où le monopole
était exercé avec une extrême riguear, le Gonvemeur» Général, baron yan der Gapellen, fit en 1824 un voyage aux Moluqnes: cet événement parut alors d'autant plus remarquable, que depuis la présence du gouverneur van Diemen en 1638, aucun des chefs de l'autorité coloniale ne s'était rendu sur les lieux où se commettaient ces barbares spoliations.
Les publications portées à la connaissance des habitants des Moluques, les arrêtés et les règlements organiques adoptés pendant et à la suite de ce voyage, sont de la plus haute importance , en ce qu'ils font ressortir clairement les principes libéraux du ùouveau système proposé à la sanction du gouvernement européen, système qui a contribué si puissamment à la prospérité de ces parties intéressantes de nos possessions. Par ces ordonnances ont été abolies toutes les lois arbitraires sur l'extirpation des arbres à épiceries; les corvées, autres que celles indispensables au service public, et dans ce cas raisonnablement rétribuées ont été supprimées; on abolit également les entraves qui avaient pesé si longtemps sur l'industrie agricole; l'administration civile et celle de la justice furent organisés selon les besoins des populations de ces contrées, et une nouvelle distribution des terres réservées pour les cultures des épiceries, fit connaître aux habitants les dispositions bienveillantes de l'autorité protectrice, vers laquelle ils pourraient désormais diriger leurs plaintes et obtenir justice des griefs. — Nous aurons encore à nous occuper de l'abolition du monopole aux articles: tles Holuques.
La grande réunion d'îles du rayon géographique de Ualmahera , a pour chef-lieu Ternate où siège une cour de justice. Le résident délégué du pouvoir de Batavia y est fixé. En vertu des ordonnances de 1824, l'autorité de ce préfet s'étend sur les îles Ternate, Tidor, Halmahera ou Gilolo, Batjan, Riouw, depuis Mortai au nord jusqu'aux iles Xulla au midi ; puis les iles Pa« pous, Waygamme ou Waidjoe, Salwatti, Mysol y comprise la partie de la Papouasie soumise au Sultan de Tidor ; enfin , une partie de la côte orientale de Célèbes au sud du Cap Yalch ou Taliabo, les districts de Balante, Mondango et Taboenkoe avec les iles Taliabo et Bongai. Ce chef civil et militaire dépend immédiatement du Gouverneur d'Amboine, qui se trouve luimême sous les ordres du Gouverneur-Général résidant à Java.
L'intérêt plus ou moins secondaire que le gouvernement de la Compagnie des Indes semble avoir attaché à la possession de ces iles éloignées du centre du pouvoir européen, les ont rendues sous plusieurs rapports étrangères à la métropole. Le commerce a lieu par voie de cabotage; il n'y attire que fort rarement dés bâtiments portant des cargaisons; de temps en temps seulement, quelques petits navires de guerre en croissière abordent dans les havres ou viennent se ravitailler sur les rades; puis, la visite annuelle du gouverneur d'Amboine, qui y fait sa tournée d'inspection, vient animer, pour quelques jours, l'existence monotone du petit nombre de fonctionnaires européens qui y sont établis. Celte sorte d'abandon de la part dn
gouvernement /est la cause que ce groupe de Halmahera est encore de nos jours à peu près inconnu; à peine sait on les noms que portent les iles nombreuses -dont il est composé, quoique leur nombre soit éyàlué à plus de deux cents. Jusqu'ici on n'a pas encore eu soin de les faire explorer, quand ce ne serait que dans le but d'en faire le relèyement gé(^rapbique et de prendre connaissance de leurs productions. Certes, une population évaluée à 50,000 mille âmes, mais dont le chiffre est sans doute bien plus considérable, ' ainsi que des terres qu'on sait être très-productives, méritent certainement de fixer l'attention du chef des possessions néerlandaises dans l'Inde. €e sont, dumoins à ce qui nous semble, des motifs assez importants à faire valoir pour en ordonner l'étude , ne fut-ce qu'à fin de ne plus se trouver pris au dépourvu et manquant de renseignements physiques et statistiques sur les contrées voisines, lorsqu'une seconde catastrophe opérera dans Ternate la destruction totale, dont elle est sans-cesse menacée (1). Il y a plus: ces iles ont une grande valeur stratégique, car elles peuvent, en cas de guerre, servir de rempart et d'avant-postes qui garantissent de toute atteinte hostile les autres parties de nos possessions dans l'extrême orient. Leur position les met à même de défendre les détroits qui conduisent dans la mer des Moluques, et leurs populations belliqueuses peuvent au besoin prendre rang dans l'ar-
(1) Voir plus 1oîii*i l'article Ternate, le tremblement de terre de 1840.
mée et concourrir efiBcacément à repousser toute attaque hostile, soit du dedans, ou bien de l'ennemi venant de régions éloignées, qui pourrait compromettre la sûreté des grandes lies. Nous formons aussi des voeux pour qu'on ne remette point à d'autres temps le soin d'accorder aux habitants de ces contrées fertiles, une part plus large dans le commerce et la navigation , sources de bien-être et de prospérité, dont ils se sont vus privés par le monopole établi et maintenu dans le seul intérêt du commerce exclusif de la Compagnie.
L'envoi d'explorateurs dans le groupe fort étendu de* ces lies n'exigerait probablement pas une^ dépense considérable; l'exécution en serait facile, vu le peu de hi^eur des bras de mer qui le plus souvent ne sont que des canaux séparant ces iles les unes des autres, et en ce que ces parages sont exempts d'ouragans ainsi que de coups de vent subits. Le sultan régnant de Ternate est, à ce qu'on assure, dévoué au Gouvernement et bienveillant envers les Européens; il a donné des preuves de son attachement dans plusieurs circonstances, et il s'est toujours montré sincère et fidèle allié du pouvoir néerlandais. Son propre intérêt doit le porter à seconder puissamment une telle entreprise, attendu qu'il y trouverait le moyen d'acquérir une connaissance plus exacte des ressources que ces tles, soumises à son influence, peuvent fournir au commerce de cabotage des indigènes', et pour le cas ou un ébranlement volcanique de toute l'île, dont Ternate est incessamment menacée, viendrait le contraindre d'abandonner à jamais cette terre, rendue illustre par ses
ayeux; il serait à même de prendre des mesures pour transférer le siège de son autorité dans une autre partie des Etats qu'il régit.
Puisse le Gouvernement ne pas reculer plus longtemps derant les dépenses indispensables que demande l'exploration scientifique! Il est encore temps démettre la main à l'oeuvre : un jour viendra où l'on pourrait se voir débordé par l'industrie anglaise y qui ne manquera pas de faire exploiter à fond et en détail ses possessions dans les mers de l'Océanie; témoin déjà les résultats Inattendus et prospères que l'industrie tire aujourd'hui du sol de celte Australie méridionale, contrée repu* tée jadis arride et inféconde, et dont les mines si productives de houille, de vif-ai^ent et de cuivre servent maintenant à alimenter un commerce fort lucratif, et sont la source de richesses longtemps cachées et inconnues, ouverte maintenant à son commerce par la voie des explorations scientifiques. Ajoutons qu'il est encore temps, pour que le Gouvernement prenne l'initative dans les recherches scientifiques et dans les moyens d'exploiter plus avantageusement le sol dans nos possessions intertropicales, avant que l'esprit public, si fortement enclin de nos jours a se lancer inconsidérément dans les idées aventureuses, ne vienne le contraindre d'accorder des concessions particulières qui finiraient par embarasser la marche régulière de l'administration, et nuiront aux opérations mercantiles qu'elle se réserve.
Mais n'est-il pas afiligeant de voir que Nous, qui possédons dans un grand nombre des îles de l'Archipel des ressources minérales , bien plus précieuses que l'An-
gleterre n'en peut énumérer dans tous ses domaines orientaux réunis^ que nous abandonnons le soin et la conduite des Irayaux de nos mines d'étain, de fer et de cuivre, ainsi que les lavages d'or et de platine (1), soit à des Chinois routiniers, soit à des indigènes ignorants, et sans nous préoccuper de ce que ces iles renferment encore de trésors précieux , cachés dans le sein de la terre. Si le Czar de Russie avait continué à ne faire valoir ses richesses enfouies dans le sol de l'Ural et de la Sibérie, que selon le savoir faire des indigènes de ces contrées, certes, ces. mines si productives^ ne seraient point parvenues aujourd'hui à ce haut degré de perfection dans leur l'exploitation, et leur produit n'aurait pu atteindre, à beaucoup près, le chiffre énorme de bénéfices qu'elles rapportent maintenant au trésor de cet immense empire. Ces bénéfices vont sans cesse augmentant considérablement, de manière que, dans l'espace des dix dernières années, le revenu annuel a triplé.
S'il faut admettre comme certain, que les produits des lavages d'or dans l'Archipel fournissaient autrefois, année commune, le T^»» de la totalité, de ce métal que produit le globe, l'on pourrait admettre qu'aujourd'hui l'Archipel n'en fournit guère au-delà
(1) Eq noas oceapant des mines d'or de Bornéo, neas fîmes la remarque qu'avant l'arrÎTëe de nos naturalistes dans ces contrées on n'y faisait, non pins qnedans les mines d'or de Sumatra, ancnn cas du platine, sobstanoe mëtalL'qae dont la valear n'était pas appréciée.
du 12°^«, peut-être moins encore, vu la quantité considérable d'or que donnent les mines de la Russie, ainsi que celles ouvertes depuis quelque temps dans les Etats de l'Amérique méridionale. Mais pourquoi, à l'exemple de nos concurrents dans l'Inde, ne tâchons nous pas de rendre nos lavages de métaux plus productifs pour le trésor, en les faisant mieux valoir ou en les étendant par des recherches nouvelles, dans les localités aurifères qui n'ont point encore été exploitées.
Les journaux anglais font mention d'une association , sanctionnée par chartre royale, qui vient de se former sous le nom d^Eastem Archipelago Campagny^ fondée dans le but d'étendre le commerce dans les mers de la Chine , de protéger et de bâter la civilisation des indigènes de Bornéo etc. Le capital de cette compagnie est porté à 200,000 livres sterling. Elle se propose d'exploiter des mines, de cultiver des terres, et d'étendre ses rapports mercantiles et industriels; dans les parties de Bornéo ainsi que dans les îles dont l'Angleterre vient de s'assurer la possession dans ces mers; tandis que notre Gouvernement fkii des difiBcultés pour admettre à Java quelques jeunes naturalistes instruits, et qui ne demanderaient pas mieux que de se vouer au service de la science, contre la rétribution d'un mince salaire: l'on pourrait se servir de ceux-ci, selon leurs talents, comme naturalistes voyageurs et explorateurs, ou les admettre, selon les preuves qu'ils donnent de leur capacité, à compléter les rangs des membres de la commission scientiCque dans l'Inde.
Nous allons maintenant consacrer encore quelques ligqes à l'aperçu succinct des principales îles de ce groupe , en regrettant toutefois, d'abord le manque de renseignements authentiques sur la statistique, ainsi que sur le caractère physique et moral de leur population, puis l'ignorance complète qui nous oblige de passer sous silence tout ce qui est relatif à plusieurs iles faisant partie de ce groupe géographique, telles que, (pour nommer seulement les plus grandes après Halinahera ,) Obi , Mandoli , Batjan , Tawally , Mortai , tous les groupes de Dammer, de Latta, Mysol, Salwatti. Bâtante, Waygamme et plusieurs autres, com« prises géographiquement dans le groupe de la Papouasie.
Ualmahera, plus connue sous le nomdeGilolo, n'est qu'une ile de troisième rang, quoique l'étendue qu'elle occupe dans cette vaste mer équatoriale soit de trois degrés en longitude sur deux de latitude. La forme bisarre de ses terres anfractuées par des baies profondes , donne à cette ile une ressemblance parfaite avec la grande Gélèbe, formée, comme Halmahera, de quatre presqu'îles. Gilolo ou Djilolo est souvent designée par les habitants sous le nom de Bato-tsina; mais les autres insulaires lui donnent le nom de Halmahera ou Almaheira (grande terre ou continent), sans doute à cause de sa vaste étendue comparée à celle des îles environnantes. La superficie de Halmahera est de 313,S lieues géographiques G 9 ou 172 myriamètres n.
Cette île est divisée administrativement en deux parties: la plus grande est placée sous l'autorité du Sultan de Ternate; elle compte une population de 19,000 âmes ; la partie la moins considérable en étendue compte une population de 4,000 âmes seulement; elle est soumise nominalement au Sultan de Tidor. Les documents administratifs de 1840, portent à 22,955 le chiffre de la population totale de cette ile. Galeta, dans la partie dépendante du Sultan de Tidor, et Bitzoli, dans celle qui est soumise au Sultan de Ternate, en sont les villes les plus importantes. Un sous-résident est chargé de l'administration dans ces deux parties.
Plusieurs volcans sont en activité dans cette ile montagneuse; le principal, celui dont les éruptions sont les plus violentes, est le Goenong Kanore; les tourmentes de cette montagne suscitent des tremblements de terre assez fréquents et dévastateurs. Les Malais se sont établis le long des côtes, et ces conquérants nomades s'en emparèrent au détriment de la population aborigène Âlfoere, refoulée aujourd'hui dans l'intérieur, et formant une peuplade de montagnards sobres, robustes et vaillants, propres au service militaire, et qui ont fait preuve de bonne conduite et de courage lorsqu'ils ont été appelés dans les rangs de l'armée coloniale, ou bien qu'ils ont été employés dans le service de la marine.
Les productions de cette ile sont aujourd'hui d'une importance assez minime, vu qu'on n'a pris aucun soin pour connaître celles qui y sont spontanées, et qu'elle n'est pas occupée par des employés civils; des
détachements militaires se trouvent répartis sur quelques points, afin d'y maintenir le droit d'occupation et de veiller à la défense, du drapeau.
La végétation y est puissante et féconde. Cette ile, de même que plusieurs autres parties de nos possessions, pourrait contribuer pour sa part au bien-être général, pour peu qu'on prit la peine de s'assurer, au moyen d'une exploration régulière, de sa constitution physique et des ressources qu'elle peut offrir à l'industrie et au commerce. Le Sultan de Ternate va, pour se distraire, passer de temps en temps quelques jours dans cette ile; il y jouit des agréments de la chasse au cerf et au sanglier, ou bien il s'amuse à la pêche dans la baie de Sedangoli. Le gibier y abonde à tel point, que les indigènes font le commerce de la chair de venaison séchée au soleil, denrée qu'on exporte par cargaisons sous le nom de dinding; l'ile fournit aussi de fort beaux bois, propres à la construction navale; ils sont aussi recherchés dans les arts et par le commerce.
Ces peuples ont un goût décidé pour le négoce, et parmi eux existe un penchant dominant pour la navigation. Ils ont quatre sortes d'embarcations, connues sous les noms de prahoe , orembai , gilala et korakora. Le prahoe de ces iles est un bateau formé d'un tronc d'arbre, auquel sont adaptés des ailes ou balanciers; quatre hommes munis de papayes suffisent pour le conduire. Vorembai est un bâtiment d'agrément; il est plus long et plus large que le prahoe y avec une tente on espèce de hangard construit dans le milieu, et où dix ou douze passagers trouvent une place con*
venable; sur les orembai de grande dimeDsion la ca* bine du centre est divisée en trois compartiments fort bien appropriés aux besoins ,et au ' confort d'un voya* ge de quelques jours; il est ordinairement conduit par trente rameurs qui se relayent, afin de pouvoir naviguer jour et nuit: sur la plate-forme de la cabine se trouvent des joueurs d'instruments munis de tambours; un gongon ou tataboeang bat la mesure et facilite la manoeuvre des pagajeurs. Le gilala est un esquif léger, long et étroit, propre à fendre l'onde avec une yitesse surprenante, et qui sert comme d'aviso ou de courrier. Le korakora est un bâtiment armé en guerre. Il a acquis une célébrité fatale dans l'histoire des dévastations exercées par la tournée du hongi, flotte équipée jadis pour concourir à la destruction systématique des arbres à épiceries, dans les iles où ces arbres croissent spontanément et où ce fléau destructeur se renouvelait annuellement. Le korakora est d'une construction parfaite pour opérer un coup de main; mais il ne saurait lutter contre une mer houleuse ni naviguer dans des eaux où «les tempêtes sont fréquentes; mais dans ces parages, complètement à l'abri des coups de vents, et où la mer est rarement agitée, ees bâtiments répondent parfaitement à leur destination. Us ont peu de bord et sont fort larges; l'espèce d'entre-pont est à double étage; ils peuvent porter deux et même trois rangs de rameurs, qui sont accroupis sur les balanciers ; cinquante ou quatre vingt hommes font mouvoir ces sortes de navires avec une vitesse qui tient du prodige; ils sont armés de petits cannons de-
irois à quatre livres de balle, nommés lila, et de cannons à pivot rantakaj que ces insulaires manoeuvrent parfaitement; des fusils et des sabres complètent l'ar* mement de ces bâtiments de guerre.
Sedangolie est situé- sur la côte occidentale de Halmahera; la Compagnie des Indes néerlandaises y avait un chantier et quelques autres établissements d'utilité publique, dont les murs existent encore. Les côtes de cette île sont hérissées de montagnes; ces amphitéatres couverts de bois magnifiques, entre lesquels existent des valées fertiles, offrent des sites d'une beauté pittoresque aussi variés que propres à plusieurs genres de cultures; la partie septentrionale est surtout trèsmontagneuse. Cette belle contrée est entourée d'un chapelet d'ilôts de corail, boisés depuis leur centre plus ou moins élevé, jusqu'à leur bord envahi ou caché par une puissante végétation marine. Ces ilôts sont séparés entre eux par des canaux de peu de* profondeur et d'une largeur variable. En parcourant cette mer tranquille exempte d'orages violents, on se croit, dit un témoin oculaire, engagé dans les sinuosités d'un vaste fleuve, ou bien parcourant une de ces belles nappes d'eau de l'intérieur, qui offrent dans ces contrées, des tableaux d'une beauté ravissante.
Temate, est la résidence d'un Sultan dont Jes ancêtres furent, comme nous venons de le dire, les souverains de tout l'archipel malais proprement-dit; leur domaine patrimonial s'étendait sur plus de soixante dix
îles de la mer des Moluques. C'est aujourd'hui le cheflieu où réside le délégué du pouvoir colonial, et où sont établies les principales autorités administratives. L'atmosphère y est d'une pureté remarquable et sa réputation de salubrité est traditionnelle parmi ces peuples; le séjour y est aussi agréable qu'il est salutaire à la santé.
Ternate portait, avant l'introduction du Mahométisme, le nom de Leinau-gopie : celui qu'on lui donne maintenant doit son origine, (selon l'opinion accrédi* tée dans l'ile) à l'arrivée des propagateurs de l'Isla* misme dans cette contrée. Les traditions rapportent ce fait comme suit. — Les premiers sectateurs de cette foi qui se rendirent de Malacca à Ternate, ayant été détournés de leur destination par un ouragan , le bâtiment qu'ils montaient se trouva en détresse et l'équipage manquait de vivres; dans cette perplexité, leur. chef s'écria , en s'adressant au Prophète : si tues le chef des vrais croyants, dannes-en la preuve en nous faisant aborder heureusement. Le lendemain on découvrit la terre, sur quoi le chef aurait dit, siedak-tenijata, (il est constaté ou prouvé); de temjata on aura fait ternate.
Cette terre doit sans nul doute son apparition à la surface des eaux, aux tourmentes des cratères trèsnombreux qui ont évidemment entre eux des communications sous-marines. L'ile est peu étendue, et sa surface parait seulement destinée à servir de base au grand cône volcanique qui de son centre s'élance à plus de mille pieds dans les airs. Plusieurs catastrophes suscitées par ce volcan et par ceux des îles voi-
sines , sont consignées dans les annales : les années 1608, 1635, 1653, 1673 et 1693 sont remarquables par les éruptions; dans le mois d'Août 1770, eut lieu une éruption qui dévasta toute l'ile; les années 1771 et 1772 furent non moins fatales. Plus rapprochées de nos temps sont celles qui ont eu lieu en 1811, en 1814, en 1835, 36 et 38; elles se sont renouvellées avec des catastrophes plus alarmantes encore en 1840; à cette époque toute l'ile semblait être ébranlée , et les oscillations de la terre se manifestèrent pendant plus de quarante-huit heures. Les éruptions volcaniques se succédèrent à intervalles de quelques heures seulement, depuis le 2 Février jusqu'au 15 du même mois; le 14, les secousses du sol devinrent si violentes, que tous les habitants abandonnant leurs demeures, se réfugièrent sur les bords de la mer, et ceux qui le purent, cherchèrent leur salut dans les embarcations. Dans la journée du 15, par un déluge de pluie, on éprouva une secousse si épouvantable que les hommes furent culbutés, que les édifices tremblèrent sur leur base, et que toutes les maisons en maçonnerie s'écroulèrent; en divers endroits la terre se déchira; on vit de profonds abîmes qui se refermèrent aussitôt. La situation des malheureux habitants, dont aucun cependant n'avait perdu la vie dans ces désastres, fut extrême; leurs propriétés étaient saccagées, le sol labouré, leurs plantations d'épiceries hachées ou brûlées par la lave, et leurs habitations ne présentaient plus qu'un amas de décombres. Le fort Orange qui, pendant deux siècles, avait bravé plusieurs tremblements de terre, ne présentait plus qu'un amas
de ruines; des bastions lurent totalement engloutis. On évalue à plus de deux millions de francs les pertes éprouvées par cette catastrophe effroyable. On ressentit aussi des secousses très-fortès à Halmahera et à Tidor^ mais elles n'y exercèrent point de dégâts.
 la suite de ce désastre ^ la population chrétienne songea sérieusement à quitter ces lieux de désolation. Le résident convoqua aussitôt une assemblée, afin de délibérer sur les mesures qu'il fallait prendre dans cette urgente nécessité. On y agita la question de transférer le siège des autorités dans un lieu rapproché plus con* venable, puis, d'abandonner Ternate, où tous les établissements, hôpitaux, casernes, etc. étaient anéantis ou dumoins considérablement endommagés. Il est notoire que, si dans ce moment de crise, l'autorité européenne se fat trouvée préalablement munie de toutes les connaissances requises, et qu'on eut été bien informé relativement à la constitution physique des lies voisines, il eût été, selon notre opinion, fort facile de prendre une détermination positive, et la question importante, qu'on se proposait de soumettre à la discussion de l'assemblée, aurait pu obtenir une solution immédiate, sur laquelle le Gouvernement de Batavia n'aurait eu qu'à décider. Toutefois, il est évident que le résident, pas plus que les autres autorités de Temate, n'avaient aucune donnée concernant les localités les plus rapprochées du chef-lieu, et qu'ils se trouvaient complètement dépourvus des connaissances relatives à la topographie et à l'hydrographie des contrées et des mers comprises sous l'administration de la résidence de Temate. Dumoins,
faut-il supposer quHl en fut ainsi y attendu que, en con<^ séquence de la réunion tenue par les notables le 21 Février, tandis que le volcan continuait à lancer des matières ignées et que des secousses faisaient encore trembler le sol, le résident prit, le 23 suivant, la résolution motivée d'envoyer des commissaires à Halma* hera, afin de s'assurec s'il y aurait moyen de transporter toute la population, dans une localité sous tous les rapports convenable pour la fondation d'un établisse^ ment permanent, sur la côte occidentale de la pénin* suie Nord de cette ile. On désignait à cette fin en premier lieu la baie de Dodingo dans l'ile de Gilolo, distante de la côte orientale de Ternate de quelques milles seulement y ou bien, dans le cas où cette partie de la côte ne serait point jugée convenable, l'expédition avait pour mission de faire des recherches sur ce même littoral, afin d'y choisir un lieu répondant mieux à tou*» tes les conditions voulues et indiquées par le résident. Cette mission était composée de deux habitants de Ter* nate , connaissant les localités de la partie des côtes qu'on se proposait de visiter; d'un officier de la marine, d'un ofiicier des troupes en garnison à Ternate, d'un officier de santé, et de deux délégués choisis par le Sul* tan. Celui-ci, de même que le chef des habitants chi«nois (kapitein-chinees) , s'étant concerté sur cette mesure avec le résident, ils avaient donné leur adhésion à l'abandon de Ternate, et ils consentaient à suivre les autorités néerlandaises dans tel lieu qu'on jugerait convenable, et dont le Gouvernement ferait choix pour le nouvel établissement.
Cette expédition partie de Ternate le 24, fut de re^ tour le 28 Féyrier : dans ces quatre jours elle avait rempli sa mission! D'abord, on avait visité la vaste baie de Dodingo; puis on s'était porté à Sedangoli, et de là au village de Djilolo situé dans le fond de la baie du même nom: un rapport motivé sur cette course im« provisée, faite à tire d'aile, servit à établir le nonsuccès de l'entreprise; celle-ci n'offrit point d'autre résultat, tandis qu^une étendue de deux degrés du litto* rai de Gilolo demeura inexplorée j et qu^on n^ avait nul égard au grand nombre dHles dont cette côte est en* tourée. On rendit compte au gouvernement de Batavia du résultat défavorable de cette enquête, et lui de* manda des ordres ainsi que les moyens nécessaires pour réparer ce grand désastre. Il parait que la réponse ne se fit point attendre longtemps: un navire fut porteur des objets de première nécessité, de nature à subvenir aux besoins les plus urgents des habitants; des ordres parvinrent au résident pour qu'il fit rétablir le fort Oran* ge, ainsi que pour la réconstruction de l'hôpital et des casernes; une souscription fut ouverte dans toutes les parties de l'Inde et dans la mère-patrie en faveur des victimes de cette effroyable catastrophe, et les habitants se mirent à construir des demeures nouvelles sur ce sol dévasté, constamment menacé d'une destruction complète. Nonobstant cet avenir précaire et peu rassurant, toute la population s'est remise peu à peu de son épouvante, les habitations ont été réconstruites et les traces de ce bouleversement général sont à peine visibles aujourd'hui, l'ile n'ayant été abandonnée que par une seule famille.
En 1843, des secousses violentes ont porté de nouveau l'alarme parmi les habitants de Ternate, et le tremblement de terre a été suivi d'éruptions fréquentes; toutefois les dégâts n'ont été ni graves ni nombreux.
Bâtie en amphithéâtre sur les bords de la mer, là ville de Ternate offre un aspect agréable. Les maisons sont toutes entourées de jardins et n'ont qu'un rez-dechaussée, disposition ii^dispensàble Contre les tremblements de terre. Les rues sont tirées au cordeau et se coupent à angles droits. Le sol de Ternàte^ ainsi quô celui des iles de la dépendance, est en général fertile et propre à tous les genres de Cultures.
Ternate, Batjat), Tidôr, Tawali^ Mandoli, Latta et quelques autres iles forment ensemble une superficie de 98,7 lieues D ou 54,2 myriamètres D, en ajoutant à ces iles les archipels d'Obi, de Dammer, de Weda^ de Wossa ainsi que Morti, situés à la pointe Sud et sur la côte Orientale de Halmahera, on peut calculer h superficie de toutes ces terfes réunies à 243 lieues D^ ou 134 myriamètres D. La population de Ternate est portée à 7000 âmes. Le recensement de 1840 en donne la répartition suivante:
Sujets du Sultan 3660 âmes
Européens et leurs descendants . . . 412 »
Chrétiens indigènes •.••;...• 231 »
Chinois . • . . w -. . 401 »
Bfakassares 1216 »
Esclaves 581 n
À reporter . . 6701 âmes
Report • • • 6701 âmes ilabitants dePalembang , qui s'y sont fixés depuis la captivité de leur Sultan . 139 » Esclaves affranchis .,...••... 194 »
Lépreux 17 »
Déportés 18 »
Total . . . 7069 âmes, indépendamment de la garnison.
Dénombrement en 1840 des habitants dans les domaines du Sultan de Ternate.
L'ile de Ternate 7069 âmes.
La partie de Gilolo dépendante de
Ternate 18,918 »
Ile Makjan 5,680 »
Archipel de XuUa 6,730 »
Total • . . 36,397 âmes.
L'administration civile se compose d'un résident, assisté d'un secrétaire et de deux sous-résidents à Galea et à Bitzoli, dans l'ile de Gilolo. On trouve encore à Ternate une magistrature, un conseil de Justice et une Chambre des Orphelins.
Les Malais et les Âlfoeres vivent en bonne intelligence; les premiers n'ont pas la perfidie ni les autres défauts qu'on impute à juste titre aux Malais des iles occidentales, surtout à ceux de Makassar et aux insulaires qui demeurent entre Java et Timor. On les dit plus enclins au travail, d'un caractère ouvert et fidèles à leurs engagements. Les princes et les grands ont moins de vices, et on ne risque pas de se voir
déçu dans la confiance qu'on leur accorde; ils sont bien*veillants et affables, s'expriment clairement et d'une manière élégante ; aussi ne sont-ils pas totalement étran* gers aux sciences ; les usages européens et une politesse exquise leurs sont familiers.
C'est à Ternate que le potentat détrôné de Pa-* lembang, le Sultan Mahmoed Badr oed-Din, expie dans l'exil le massacre de la garnison du fort de Palembang ainsi que les trahisons dont il s'est ren* du coupable pendant son règne, auquel fut mis un terme à la suite d'une guerre longue et meurtrière qui livra sa capitale et -sa personne entre les mains du vainqueur. Le sultan déchu se trouvait entouré à Ternate de toute sa famille et de ses serviteurs; il recevait annuellement une somme de 9600 roupies (12,000 francs) pour subvenir à son entretien, en outre 120 kqjan (1) de riz et les étoffes nécessaires à l'habillement de ses subordonnés et de sa maison, formant 60 individus. Il a été exilé dans cette ile, réputée pour la salubrité du climat, et durant sa longue captivité il a joui des égards dus à son rang, et des soins compatissants auxquels sa conduite passée ne lui donnait aucun droit de prétendre. — On peut faire la remarque à certains voyageurs anglais, qui se sont plu à débiter des récits, mensongers relativement à la manière dont ce prince était traité par le gouvernement néerlandais,.
(1) Le Kojan est nne mesare qui yarie de 3S0& .à 3400 ou 9200 livres selon la localitë. Le Kojan da commerce est de 25 pikolf et le pikol est de 125 livres.
qn% PÂngleterre n'a pas entouré son hdte de St. Hélène des égards et de l'aisance dont ce prince malais a été l'objet àTernate, lui qui cependant à deux reprises^ s'était rendu coupable de révolte, de trahison et de meurtre^
l[ies productions de l'île sont à peu près nulles; on y cultive le riz et le maïs y et le sagoutier y croît aussi. On en exporte comme objets de commerce , la venaison séchée au soleil et connue sous le nom de dinding^ du poisson salé, des ouvrages en bois et de Vatap; les antres objets du trafic que produit Halmahera ainsi que les îles orientales, consistent en karety en tripangy en nids de salanganes et en nageoires de requin; les perles, la nacre, la noix muscade, le macis, le tnasoff et les oiseaux de paradis sont encore autant d'objets de négoce. Les importations principales sont le riz , le sagou, les tissus et cotonnades néerlandaises en du Bengale, les soiries et la fayence chinoise etc.
Une station de courte durée faite par l'un des membres de la commission scientifique, le Dr. JForsten, dans l'île de Temate, nous a déjà valu une récolte assez riche, quoiqu'elle ne se trouve que composée d'oiseaux. Ce voyageur n'ayant pu visiter que les trois districts de Ternate , de Tidor et de Dodingo , et de plus se trouvant malade et dépourvu des moyens nécessaires pour pénétrer dans l'intérietir de Gilolo, n'a pu rassembler sur cette île qu^n fort petit nombre d'observations. On manque également de renseignements statistiques et physiques sur toutes les autres îles du groupe de Halmahera; les plus considérables ont déjà été indiquées par nous.
Il nous est parvenu de Dodingo (Halmahera), plusieurs espèces nouvelles de Rapaces, de Calaos, d'Enodes, de Colombes, de . Mégapodes , de Perroquets rares ou point connus jusqu'ici , et dont le plumage écarlate . et pourpré les fait associer en un même groupe aux espèces à livrée peinte de couleurs vives, telles qu'il s'en trouve en nombre plus considérable dans l'archipel des Moluques; tandis qu'à Célèbes et plus à l'occident dans les iles de la Soende, des teintes généralement vertes sont réparties sur les Perroquets de ces contrées.
Tidor, résidence d'un autre Sultan, est, comme sa Toisine, une ile volcanique; mais parée d'une riche végétation ; on y trouve aussi des habitations somptueuses qu'elle doit au luxe oriental du Prince qui s'y contente des attributs éphémères de sa dignité, seuls restes de son pouvoir déchu.
Le sultan de Batjan, troisième prince vasal de la Néerlande dans ces mers, ne peut guère exercer une plus ^anàd* autorité sur ses sujets que celui de Tidor; à peine s'il possède assez de pouvoir sur eux pour empêcher qu'ils ne se livrent à la piraterie: brigandage auquel le gouvernement devrait mettre un terme, en montrant plus assidûment son pavillon dans ces mers, parsemée d'iles qui prêtent refuge et assistance aux écumeurs de mer, et qu'il devrait faire surveiller par un plus ^rand nombre de ses croiseurs armés.
Dénombrement en 1840, des habitants dans les domaines du Sultan de Tidor.
L'iles de Tidor et de Mare . 5,924 âmes.
Une partie de Gilolo 3,937 »
Les archipels de la Papouasie, (approximat:) 10,000 »
Total . . . . 19,861 »
Etats du Sultan de Batjan.
Dans les différentes îles de ce groupe
(approximativement) 3,000 âçies.
Récapitulation de la population des îles qui ressortissent à la résidence de Temate^
Etats du sultan de Ternate 36,397 âmes.
» » » » Tidor 19,861 »
» )) ^ )) Batjan ....... 3,000 »
Parties occidentales des côtes de la Nouvelle Guinée (approximativement). . 200,000 h
Total sous Ternate . . 259,258 âmes.
Feu le Dr. Forsten fit à Sedangolie d'importantes acquisitions, dont un grand nombre d'oiseaux nouveaux pour la science, et qui sont d'un intérêt remarquable par la beauté de leur plumage. Parmi ceux-ci on peut citer un Goucal d'une taille gigantesque (1), et une
(1) Ceniropuê goliath, La plus grande des espèces de ce genre. Longnenr 2 pieds 4 ponces; bec 2 ponces; tarses 4 ponces. Phimes de la tète et dn con longues, à baguettes roides et a barbnles désunies. Queue (rès longue, ëtagëe. Toutes les parties du corps, les ailes et la queue d'un noir glacé de violet; sur les ailes une bande
grande espèce de Brève (1) peinte des couleurs les plus fraiches.
Un grand nombre d'espèces inédites fourniraient encore matière à plusieurs autres diagnoses^ mais nous ne pouvons point les comprendre dans cet écrit, tant le cadre réservé à la partie descriptive de l'histoire naturelle est restreint.
Tout ce qui a rapport à la topographie et à l'ethnographie de ces lies est encore dans le vague. Dans le domaine des sciences naturelles on ne possède guère que des indications superficielles. Les animaux dont* ces iles se trouvent peuplées, ne sont connus que par les objets envoyés récemment par le Dr. Forsten. La géologie, la botanique y attendent encore des explorateurs qui puissent nous fournir des données certaines sur la formation du sol et sur les détails de sa végétation. Toutefois, l'aspect de quelques iles de ce groupe géographique, tel qu'il a été observé superficiellement par
blanchâtre large d'an pouce et demi. — Les jeunes de l'année sont marqués de gouteleltes blanches sur la tête et au cou , le dos est varié de noir et de brun; la hvQe bande de l'aile est formée de raies transversales brunes et blanchâtres, et les parties inférieures sont irrégulièrement marquées de blanc sur un fond noirâtre. Cette espèce offre aussi des individus albinos et (achetés de blanc
(1) Pitta maxitna. De la taille ou un peu plus grande que P, gigaê de Samatra. Longueur à peu-près 9 pouces; tarse 2 pouces 3 lignes. Tête , gorge , nuque et toutes les autres parties supérieures , d'un noir intense et velouté. Couvertures des ailes d'un riche verC d'aigue-mai'ine ; devant du cou, poitrine et flancs d'un blanc parûiit. Ventre, abdomen et couvertures caudales rouge ponceau. Le beo noir et les pieds rougeâtres.
des navigateurs, semble promettre une moisson aussi abondante en objets, que riche en résultats scientifi* ques.
Nous quittons à regret des parages qui, par leur po* sition équatoriale, réunissent sans doute tous les genres de beautés; où le sol parait être d'une fécondité inépuisable; qui peuvent offrir de nouvelles ressources à l'industrie, raviver et ouvrir des débouchés lucratifs pour le commerce, et dans lesquels un vaste et nou* veau champ de recherches et d'études récompenseront pleinement, même avec usure, les travaux scientifiques trop longtemps négligés dans ces contrées.
Nos connaissances, relativement à la constitution physique et aux moeurs des habitants de ce vaste groupe géographique, ne sont, il faut l'avouer à notre honte, guère plus avancées aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a plus d'un siècle, lorsqu'un Yalentyn et un Rumpbius publièrent, sur ces belles possessions orientales de la Compagnie des Indes, des écrits fort utiles et très-intructifs pour les temps où ils virent le jour, mais qui ne sont plus maintenant au niveau des besoins que demande le commerce, ni des indications réclamées par le navigateur; ils sont aussi fort en arrière du progrès que les sciences ont faites depuis ce temps.
GROUPE GÉOGRAPHIQUE
BI