‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 11 sur 19 · ILES QUI FONT PARTIE DU CBOUPE GÉOCRA · texte numérisé non relu

ILES QUI FONT PARTIE DU CBOUPE GÉOCRA

POIQUE DE TIMOR'

La constitution physique des autres îles de ce groupe, parait former la transition graduelle entre Timor a l'aspect aride et sauvage , et le sol fertile de Ja«* va, étalant toute la pompe de sa végétation vigoureuse. Ombay, Pantar, Lomblem, Solor, Flores, Tjindana ou Sumbja, Komodo, Gilibanta, Goenong-apie et Sumbawa; puis, dans le Sud-Ouest et plus rapprochées de Timor, les petites îles Sawoe, Rotti et Samauw. Presque toutes ont un sol plus ou moins élevé et quelques unes sont fort montueuses: à leur sommet de forme conique, s'ouvrent des cratères plus ou moins en ignition, ou dont le travail a cessé; quelques-uns sont en pleine activité, et donnent lieu à des éruptions de matières ignées qui ont exercé des ravages nombreux. La dernière, qui eut lieu en 1815, du sommet du Goenang Tomboro k Sumbawa , demeure encore présente à la mémoire des habitants; cette catastrophe terrible coûta la vie à plus de douze mille individus ensevelis sous les débris de la montagne. Des tribus de Malais perfides, se livrant encore aujourd'hui à toutes sortes de rapides et de brigandages, peuplent quel-

ques-unes de ces iles; deux ou trois, principalement Ombay et Paiilar ou Poetare, sont habilées par des peuplades guerrières et anthropophages, qui rendent leurs côtes redoutables aux navigateurs, et en tiennent éloignée toute espèce de coninaerce et toute ressource industrielle. L'observateur de la nature qui ne saurait prendre terre que là, où ces deux principaux agents de la civilisation des peuples ont préalablement trouvé le moyen de ^e maintenir et de «faire des pro* grès, le i;aturaliste, disons nnus, n'a pu aborder ces côtes inhospitalières: ce qui fait qu'on ne possède jusqu'ici aucun renseignement authentique sur la constitution physique et géologique de ces iles; leur Flore, ainsi que tous les autres végétaux qui y croissent spontanément, sont pour la plupart incmnus; on n'en sait guère d'avantage relativement à leur Faune. Les données historiques à consulter sur quelques unes de ces lies ont été fournies par Rienzi ainsi que par quelques navigateurs français; nous trouvons des indications relatives à Sumbawa, dans un rappirt manuscrit, fait en 1824 au Gouvernement.

Nous donnerons sur l'ile d'Ombay l'extrait suivant d'un voyage autour du monde, qui était resté longtemps inédit. Il nous a paru d'un intérêt d'autant plus grand , qu'on ne possède encore aucun détail sur les singuliers habitants de ce pays.

))Le 2 Novembre 1817, à 11 heures du matin, M. de Freycinet envoya son canot a terre sur l'île Ombay: il en confia le commendament à M. Bérard; MrM. Gaudichaud, Ârago et moi nous fîmes partie de cette ex-

pédition; Anderson, seconde chef de la. timonnerie, qui parlait un peu la langue anglaise, vint avec nous. A midi et quart, nous vimes beaucoup de petites alouettes de mer, plusieurs hirondelles; nous aperçûmes auprès du rivage quelques hommes dans une pirogue. Pendant que M. Arago faisait le croquis d'une partie de la côte^ qui offrait un aspect basaltique, nous considérions des marsouins, nageant, sautant, bondissant par bandes d& quinze ou vingt; c'était un spectacle fort amusant de les voir tourner sur eux-mêmes, se précipiter les uns sur les autres, ou s'élancer hors de l'eau avec des culbutes et des gambades les plus singulières. Notre embarcation les approcha, et aussitôt ils s'éloignèrent A une heure après midi, on sonda par 15 brasses et demie ibnd de sable fin et noir; quelques minutes après, on sonda de nouveau par 19 brasses. Nous mouillâmes à une heure dix minutes sur un fond de pierre volcanique et de corail."

)) Un des Malais qui était sur la côte, prit l'amarre envoyée à terre, et fit des efforts pour haler le canot; munis de nos armes et de plusieurs objets d'échange, nous nous dirigeâmes vers une troupe d'indigènes fort tranquillement assis sous les grands arbres qui bordaient la côte. Nous demandâmes à parler au radja. Après quelques instants d'hésitation, et après avoir conversé entre eux, ils nous désignèrent un vieillard de la troupe, nommé Sieman. Pour nous rendre ce chef favorable, nous lui fîmes quelques présents, et M. Bérard lui offrit un collier de verre, en s'informant s'il était possible d'avoir des poules en échange de nos couteaux.*

salou ayamy satou pissou (1); ils nous firent comprendre qu'ils avaient fort peu de volailles, ce dont nous fumes bientôt convaincus par nous mêmes. Ils hesitèl'ent à nous indiquer le chemin de leur village, nommé fiiloca; quelques-uns même nous témoignèrent leur répugnance à nous y voir aller. Nous nous avançâmes sous les arbres, suivis d'une trentaine d'entre eux, tous armés d'arcs, de flèches et de criss; plusieurs avaient l'air guerrier et ne paraissaient pas redouter nos armes: leur contenance, incertaine à notre égard, pou^ vait faire craindre qu'ils ne méditassent des projets sinistres. Après avoir examiné avec attention les cuirasses et les boucliers que nous vîmes suspendus à des arbres, nous invitâmes les Malais a s'en revêtir, ce que deux d'entre eux firent aussitôt: l'un se mil dans une position favorable pour être dessiné, l'autre nous donna le spectacle d'un combat singulier. Celui-ci armé de son arc, se mit en devoir de lancer des flèches, et nous dit, d'uue manière très expressive, qu'il en tirerait un très-gfand nombre dans le temps que l'on mettrait à charger un fusil; il se jeta à terre, et se couvrit de son bouclier pour être à l'abri des coups que son adversaire devait lui porter. Lorsque l'emploi de toutes ses flèches eut rendu son arc inutile, il tira son criss ) le bouclier d'une main et cette arme d'une autre, il s'élança avec rapidité sur son adversaire, et parut lui porter des coups terribles. Tous ses mouvements étaient

(1) L'autear a sans doute Toalu dire, satoc ^jntn akan satoê jfiM, UD poulet pour uû couteau..

impélueux et assurés, son oeil étincelait, on eût dit qu'il ne respirait que les combats. La cuirasse dont il était revélu, nommée ban-ou^ faite de peau.de bufQe, ressemblait assez grossièrement aux chasubles de nos prêtres: elle était percée au milieu pour le passage de la tête; en avant et en arrière des deux pans de cette cuirasse il y arait des coquilles de l'espèce des petites porcelaines, disposées horizontalement; les plus grandes coquilles étaient à la partie inférieure. Chez quelques uns, on remarqua des morceaux d'or ou d'ivoire taillés en forme de dents. Les pans des cuirasses descendaient jusqu'au bas du dos. Le Malai dessiné par M. Arago portait son bouclier a droite et en arrière (il était gaucher); c'était un long morceau de peau de bufQe desséché et dépouillé de tous ses poils; il avait la forme d^un carré long, le couvrait jusqu'au mollet et présentait une échancrure supérieure; on le nommait ban-oUj comme la cuirasse."

]». Leurs flèches étaient terminées par un morceau de bois, d'os ou de fer; elles étaient disposées du* côté gauche en éventail, et maintenues par la ceintU' re du sabre ou criss. La plupart avaient sur la cuisse droite un grand nombre de feuilles dé latanier, fixées à la ceinture; plusieurs de ces feuilles présentaient des ouvertures par où passaient d'autres feuilles plus petites colorées en rouge et en noir. Dans leurs divers mouvements, le froissement de tous ces objets^ joint au bruit de la cuirasse, du bouclier et des petits grelots dont ils étaient ornés, faisaient un tel vacarme, que nous ne pouvions nous empêcher d'en rît

pe, et les Malais eux-mêmes suivaient notre exemple. A l'ombre des cajeputiers, arbres reconnaissables à la blancheur de leur écorce, nous nous dirigeâmes vers le village de Bitoca, situé sur une hauteur: deux routes y conduisaient; les jaloux Malais nous engagèrent à suivre la plus longue, qui était à gauche, tandis qu'ils nous précédèrent par le chemin le plus court. Je vis dans une case une vingtaine de mâchoires d'hommes suspendues à la voûte: je témoignai le désir d'en avoir quelques unes , et j'offris des objets d'échange ^ on me repondit: pomali; cela est sacré. Il parait que ces ma- • xillaires inférieures avaient été arrachées à des ennemis vaincus. Les murailles, les voûtes et les planchers de leurs habitations sont construits avec des feuilles de vacoi, de lataniers, de cocotier, et avec des bambous; l'endroit où ils couchent est élevé de plusieurs pieds sur le sol, disposition que nous avions déjà vue à Babao, sur l'île de Timor."

))Une poule, du miel, des mangues vertes jst quel* ques cocos furent les seuls objets qu'on nous offrit. Nous échangeâmes des couteaux, des colliers et des pendants d'oreilles contre des arcs et des flèches; il nous fut impossible de nous procurer des cuirasses et des boucliers."

»0n faisait sécher auprès des cabanes, des semences blanches de la grosseur d'une petite amande; elles avaient un goût fort agréable. Nous ne vimes pas une seule femme: il parait que les Malais ne nous avaient devancées que pour les faire éloigner. M. Ârago fit quelque3 tours d'escamotage qui les étonnèrent beaucoup.

Ils nous assurèrent qu'il n'y avait aucun établissement portugais ni hollandais dans leur île. Les cochons et les chiens sont les seuls mammifères que nous ayons vus à Ombay: les oiseaux paraissent les mêmes qu'à Timor; ceux que nous aperçûmes étaient des tourterelles grises, d'autres à calotte purpurine, des pigeons ramiers, différentes espèces de corbeaux, dont quelques uns à tête veloutée et à queue fourchue, des oiseaux grimpeurs dont le cou est dégarni de plumes et le bec renflé en dessus. Les principaux arbres sont des cocotiers, lataniers, cassiers, manguiers, frangipaniers, cajeputiers, etc. La terre n'est pas cultivée; la végétation ^st assez active en plusieurs endroits; les produits volcaniques que l'on voit épars cà et là indiquent les révolutions physiques que cette île doit avoir éprouvée."

» Les Malais de l'ile Ombay sont en général d'une taille moyenne; plusieurs sont bien faits et fortement constituées; d'autres ont les membres grêles et paraissent d'une faible complexion: leur teint noir, olivâtre, offre différentes nuances; ils ont la plupart le nez épaté, les lèvres grosses, les dents noires et en partie détruites par l'usage du bétel; la membrane buccale d'i/n rouge vif; les cheveux, .noirs, longs, plats ou crê* pés, et formant chez plusieurs un vaste toupet en arrière, séparé de la tête par un large ruban d'écorce de figuier, qui ressemble à de mauvais amadou ; quelques uns ont les cheveux coupés, -et portent au dessus du sommet de la tête une espèce d'anneau, qu'ils nom« ment prétri. Plusieurs avaient des cicatrices à la poi*

trine^ aux bras et aux tempes; d'autres des taches dartreuses, blanchâtres, à la figure et à diverses parties du corps. J'en ai vu qui offraient des traces non ' équivoques de la petite vérole; un d'entre eux nous demanda si nous étions Anglais; il connaissait Timor et Manille; il avait rapporté, nous dit-il, de l'ile de Lu* çon un miroir qu'il paraissait apprécier beaucoup."

» Je fis à Ombay la même observation que j'avais précédemment faite à Timor, que les Malais répétaient avec beaucoup d'exactitude et de facilité les mots français qu'ils entendaient prononcer."

» Un bâtiment de Philadelphie nommé La Rose^ pers dit, en 1802 ou 1803, une embarcation qui fut enlevée par les habitants de la partie orientale de l'ile." »£n Juillet 1813, le Capitaine anglais Slaunton, commandant le trois mâts VJeacho, descendit sur l'ile Ombay, pour y acheter un boeuf; les matelots armés de fusils restèrent dans l'embarcation; lui seul mit pied à terre, et il fut accueilli à coup de flèches, et reçut plusieurs blessures en retournant à son bord. Il y avait alors dans le détroit d'Ombay deux autres navires de la même nation , Le Frederick et VAnlays. On disait généralement à bord que ces féroces insulaires mangeaient leurs prisonniers. Sur quelques points de cette ile, on pouvait par fois se procurer des ignames, des citrouilles, de la mêlasse, des poules et des porcs; un boeuf coûtait six couteaux. Je tiens ces détails de Ficher Staunton, matelot anglais qui a longtemps navigué dans l'archipel des Moluques, et qui, à l'époque dont je parle, était embarqué sur VJcàchoJ'^

»£a Novembre 1817, une frégate anglaise envoya un canot sur l'île Ombay, pour faire du bois. Tous les hommes de cette embarcation , au nombre de dix à douze, furent tués et mangés. Le surlendemain, des matelots bien armés, qui allèrent à la recherche de leurs camarades, virent les restes sanglants de plusieurs de ces infortunés, et trouvèrent le canot fracassé. La frégate relâcha quelques jours après à Delli, et c'est là que le capitaine fut confirmé dans l'opinion qu'il avait déjà, que les habitants d'une partie d'Ombay étaient anthropophages. Ces derniers renseignements nous ont été donnés par le Gouverneur de Delli, don Alconforado, Capitaine-Général des possessions portugair sesdans lesMoluques; mais nous n'avons rien vu qui nous confirme ce qui nous a été raconté à ce sujet" (1).

Nous n'avons aucune espèce de renseignement à fournir au lecteur sur l'île Pantar, non plus que sur sa voisine Lomblem; toutes les deux sont situées entre Ombay et Solor: ces lies, de même que toutes celles qui forment l'archipel de Komodo, entre les détroits de Mangeray et de Sapi, forment aujourd'hui encore autant de terres complètement inconnues: ce sont autant d'espaces blancs sur la carte du monde ! Jusques à quand verrons-nous le gouvernement colonial demeurer indifférent à se pourvoir de renseignements sur tou-

(1) Voyage autour du monde ^ exécaté «ur les corvettei I'Uni« uie et la Physicienne, année 1817.

tes ces îles inconnues, et Youdra4-iI tolérer que le commerce et la navigation restent exposés à la piraterie et au brigandage que ces insulaires exercent sans cesse, souvent impunément, dans ces parages voisins de la métropole coloniale?

Rienzi donne à Sumbawa 190 milles en longueur, sur 140 milles en largeur, tandis que Roorda porte 370 milles pour la longueur; l'une et l'autre indication est fautive. Selon le dernier de ces aulew*s, la situation géographique serait du 7^5' au 8^6' latitude Sud, et du 116^50' au 119^6' longitude Est du méridien de Greenwich. La situation exçcte du volcan Goenong Tomboro à Sumbawa est 8^14' 30' latitude Sud, et 117^55' 30' longitude Est du même méridien. La superficie reconnue de toutes les tles situées entre Timor et Lombok est de 660'3 lieues géographiques Q ou 362'3 myriamètres q. Lombok et Bali font partie du groupe de Java; leur superficie est de 208'8 lieues. D, ou 114'6 myriamètres D- Le chiffre de la population de Sumbawa, avant la terrible catastrophe qui eut lieu en 1815, était de 300,000 âmes.

L'ile de Sumbawa est divisée en six états ou rovaumes: celui de Bima occupe la partie orientale, Sumbawa la partie occidentale, et Dompo le centre de l'ile; les états de moindre étendue sont Tomboro, Sangar et Papekat, situés au nord de Dompo. Ces six états sont unis entre eux et ils reconnaissent la suprématie du chef de Bima, quoique l'étendue territoriale de Sum*

bawa soit la plus vaste , en ce qu'elle comprend au delà de la moitié de l'ile^ il était aussi le plus populeux, car on y comptait avant l'éboulement du montTomboro 150,000 âmes. Dans cet état sont compris trois chefs de district, radja Ceram, Taliwan et Djerewe, vassaux de Sumbawa. Sous l'autorité de Bima ressortissent quelques ilôts situés dan^ le détroit de Sapi, ainsi que Ih partie de*la côte de l'ile de Flores connue sous le nom de Mangeray. Les chefs ou sultans n'exercent qu'une autorité éphémère, tandis que leurs régents ainsi que les grands, nommés Torele et Jeneli, y exercent le pouvoir.

En Octobre 1669, l'amiral Speelman conclut le premier traité avec les chefs des quatre petits états de la côte; en 1676 tous les autres chefs y prirent part: ces contrats ont été revus et amplifiés en 1765, selon la teneur usitée et sous le bénéfice du commerce exclusif, en faveur du pavillon de la Compagnie. Depuis ce temps, ces princes ont renouvelé les traités avec le gouvernement néerlandais, en se conformant aux clauses stipulées dans ceux que l'Etat avait conclus avec les princes célébiens. Un sous-résident européen ainsi qu'un poste militaire, sont chargés de veiller au maintien des conditions stipulées par ces conventions.

Avant l'effroyable bouleversement suscité par le volcan, l'ile jouissait d'une grande prospérité. Quoique assez généralement montagneuse, elle est entrecoupée de belles vallées et de grandes plaines parfaitement arrosées. Ses productions principales sont le riz, le maïs, le katjang, la cire des abeilles sauvages, du salpêtre et

du soufre. On y cultivait avec un succès égal, le café , le poivre et le coton , sources de bien-être pour cette contrée; les nids de salanganes qu'on y recueille sont de la meilleure qualité; le bois de sapan est le plus estimé de tout l'Archipel; dans quelques ravins se trouve de l'or en paillettes, mais on ne se livre point au lavage de ce métal; la baie de Dompo fournit des perles en assez grand nombre, mais les indigènes mon* trent peu de goût pour cette pécbe; dans l'état de Bima sont des salines fort productives, qui fournissent de sel toutes les iles environnantes et qu'on exporte jusqu'à Salayer et à la côte de Célèbes. L'élève du bétail réussirait parfaitement dans les belles plaines dont l'ile est entrecoupée; toutefois les habitants ne s'en occupent pas; ils vouent leurs soins à l'élève des chevaux, dont la race est excellente quoique de petite taille; les chevaux bimanais sont recherchés partout dans l'Archipel; on en fait surtout grand cas dans l'ile de Java.

On peut admettre comme fort spécieuse, la supposition accréditée que l'ile de Sumbawa n'a point eu de population indigène; celle qui y existe aujourd'hui parait être composée de l'agglomération d'habitants origî* naires des iles voisines: les dialectes divers qu'on parle a Sumbawa, ainsi que le caractère et les habitudes de la population actuelle, semblent prêter une grande vraisemblance à cette hypothèse. En effet,, on peut porter a treize le nombre des dialectes plus ou moins dispara* tes qu'oa parle dans cette ile, peu étendue relativement à ce nombre de jargons particuliers qui y sont en

usage. On assure toutefois que le bimanais est un idiome qu'on ne parle dans aucune des autres iles, dites petites lies soendanaises: le langoge, dans quelques districts de l'état de Sumbawa ressemble beaucoup au balinais, celui de Tomboro a des rapports avec la langue qu'on parle à Flores; dans quelques autres districts c'est un jargon de l'idiome propre à l'île Sumba ou Sandelbosch; ailleurs c'est l'idiome de Sangare.

Le jcaractère des habitants offre non moins de disparates: les Sumbawanais sont foncièrement superstitieux, lâches et voleurs. Les Bimanais sont fort soumis, moins adonnés aux vices inhérents aux Malais, et portés au travail. Les Domponais ne connaissent aucune jouissance égale à l'oisiveté; ceux dePapekat ontlegoût du travail et ils sont vaillants; leur courage se trouvant assez habituellement mis à l'épreuve lorsqu'ils ont à repousser les attaques fréquentes des écumeurs de mer, dont les dépradations ont décimé la population et mis des entraves continuelles a leur industrie; ceux de Tomboro forment la partie la mieux civilisée de la population; ils se montrent soumis aux lois, adonnés à l'agriculture, d'un caractère bienveillant et courageux. Le bîen-étre et la prospérité étaient assez répandus généralement dans toutes les parties de cette île, avant qu'elle n'eut été le théâtre de la dévastation effrayante qui bouleversa le sol, et à laquelle la famine vint ajouter toutes ses horreurs.

L'expbsion et la chute du mont Tomboro jointes au tremblement du sol et de la mer, engloutirent et firent disparaître au même instant, sous les débris de rochers,

et sous une pluie de feu et de cendres, une population de 12j000 habitants; la terre s'entro^vrit de toute part dans l'île, et entraîna dans l'abîme habitations, hom* mes, bestiaux et chevaux; les moissons sur pied de deux districts disparurent sous une couche épaisse de cendres; la terre labourée en tous sens recouvrit d'un «mas de débris les récoltes et les champs de riz en pleine maturité, tandis qu'une pluie de cendres brûlantes interceptait la clarté du jour et se répandait au loin jusque sur les îles voisines. On peut dire que dans cette journée fatale et dans les suivantes du mois d'Avril 1815, l'île de Sumbawa, de prospère qu'elle était, se trouva subitement anéantie. La famine qui succéda à ce premier fléau , fit périr misérablement ceux des habitants échappés au premier désastre, de façon que, dans les états de Sumbawa et de Papekat une petite partie seulement de la population se vit à même de quitter encore à temps le sol natal, totalement ravagé.' l'état de Sangar quoique n'ayant point été bouleversé complètement, avait été couvert de cendres, et le sol, [lar cela même, ne pouvait plus suffire aux besoins des habitants; ceux-ci cherchèrent un asyle dans l'état de Bima ; ceux enfin , sur lesquels ces deux fléaux ^ n'avaient pas sévi avec tant de rigueur émigrèrent de l'île. Les eflets de celte catastrophe efiroyable s'en firent sentir à Java, a Banka, à Makassar et jusqu'à Banda; ce fut comme une vaste commotion qui ébranla tout l'Archipel. A Soerabaja, dans l'île de Java, on eut une pluie de cendres dont l'air fut obscurci, quoique cette ville soit éloignée d'environ 90 milles du lieu du sinistre.

En 1824, par conséquent neuf ans après la catastrophe, l'état de Bima comptait une population réduite au chiffre de 15,000 âmes seulement. Â cette époque, les états de Sumbawa et Dompo commençaient à renaître; Sangar était aussi en voie de prospérité; Tamboro et Papekat n'offraient encore que des déserts parsemés de débris de rochers; on assurait qu'un petit nombre de chevaux échappés au bouleversement général, s'étaient multipliés considérablement dans ces solitudes inaccessibles, pour longtemps ravies à l'agriculture.

Nous venons de donner l'aperçu succinct de l'état déplorable dans lequel on trouva l'ile en 1824; les commissaires chargés d'en faire le rapport au gouvernement, le terminent en ces termes: — ))Une enquête » locale plus détaillée est nécessaire; par ce moyen l'on ))se verra à même de connaître tous les besoins, mais »dès à présent nous avons l'intime conviction qu'il est ))de l'intérêt du gouvernement, de prendre des mesu- ))res, afin que cette ile si belle autrefois soit rendue Da son état florissant; l'avenir compensera amplement )>Ies sacrifices que sa régénération exigera."

Il parait que l'enquête n'a pas eu lieu et que les choses en sont demeurées là! Du moins est-il sûr qu'on n'a rien fait pour rendre à cette ile son ancienne prospérité !

Flores ou Mangeray et Solor forment une suite de ce chapelet d'iles situées entre Java et Timor; Lombok et Bali sont les plus rapprochées de Java et font partie de son rayon géographique. La première a 200

milles dans sa plus grande étendue sur 42 ou 50 de largeur. Le volcan de Lovotivo éclaire souvent le détroit de Mangeray comme lin phare lumineux; ce détroit est parsemé d'Ilots et de rochers qui rendent la navigation dangereuse. La position géographique de cette île s'étend du 119^55' au 123«> longitude orientale, et du 7° an 9^b' latitude Sud. L'intérieur de l'île est inconnu aux Européens; elle produit du bois de sandal, de la canelle sauvage ^et du riz en abondance, du soufre et du salpêtre. Les moeurs des habitants sont patriarchales; aucun souverain reconnu s'y trouve investi du pouvoir. La population montre un penchant décidé pour la piraterie, ce qui oblige le gouvernement colonial à une surveillance assidue au moyen de ses bâtiments légers, sans-cesse en croisière et veillant à la protection du commerce de cabotage. Les Portugais y laissèrent à leur départ une petite colonie, et cette po* pulation s'est mêlée et confondue depuis avec les Malais; toutefois, on reconnaît encore les descendants métis de ceux d'origine malaie, à leur peau plus noire, à certains traits du visage, ainsi qu'à leur caractère haineux, vindicatif et jaloux. Cette île, quoique peu importante pour le commerce^ mériterait, vu sa grande étendue et les renseignements imparfaits qu'on possède sur la nature du sol ainsi que sur ses productions, d'être visitée dans l'intérêt de la science.

Le village le plus considérable de la côte septentrionale de Flores, est Pota où nous avons un fort; le radja qui gouverne cette contrée est soumis au pouvoir duv Sultan de Sumbawa qyi réside à Bima. La

punition sévère» infligée en 1844 au chef de Pola par le bâtiment de guerre néerlandais le Lancier^ parait avoir servi de leçon aux habitants de cette ile; elle aura pour résultat de réprimer pour longtemps leur penchant à la' piraterie ^ dont eux et leurs chefs se sont rendus maintes fois coupables.

Solor est montagneuse et stérile; elle ne produit guère que du rotin, du bambou et des nids d^oiseaux; un petit fort avec un poste militaire en assurent la possession. Cette ile, de même qu'Âmboine, font partie des premières conquêtes de la Compagnie des Indes sur les Portugais: ceux-ci en firent la découverte et s'établirent dans un fort près du village de Lawajang; en 1615, ils en furent chassés par les Hollandais commandés par Schot, qui donna à ce fort le nom de Frederik Hendrik.

Plus dans le voisinage de Timor, se trouvent les lies SamauvfT, Kambing, Rotti, Sawoe, Sumba et Dauw; nous en indiquerons sommairement les principales productions; la première toutefois, mérite quelques détails.

Poeloe Samauw, la plus rapprochée de Timor, en est séparée par un canal large de trois-quarts de mille géographique; cette passe est sûre et facile pour les vaisseaux, et offre un bon ancrage dans la mousson d'Ouest, pendant laquelle la baie de Koepang n'est pas tenable. L'ile, dans sa plus grande longueur du Nord-

Est au Sud-Ouest a cinq milles géographiques, et sa largeur est d'un mille trois-quarts. L'intérieur ainsi que la côte Sud-Est sont couverts de montagnes de hauteur moyenne, tandis que tes autres parties offrent des plaines sablonneuses; le calcaire jurassique et le calcaire coquillier y dominent, quoiqu'on y trouve aussi la grauwake grossière; toutes ces substances du sol trahissent son peu de fécondité: le calcaire dans la partie Sud-Est, dépourvu de toute végétation, est seulement couvert d'une couche de soufre; ou y trouve deux sources chaudes d'eau minérale, fortement imprégnées de soufre et de fer vitriolique, et d'une teinte blanchâtre. Dans le voisinage se trouve le figuier remarquable nommé par les indigènes Noemoek (ficus benjamina), auquel ces insulaires portent une espèce de culte; cet arbre gigantesque semble former à lui seul une forêt étendue, composée de plus de trois mille troncs; un corps d'armée trouverait sous ce dôme immense l'ombre protectrice tant recherchée sous le soleil ardent des tropiques.

L'tle offre à peu près les mêmes produits que Timor. Les radja de Koepang en ont fait leur résidence depuis 1616, époque de la prise de possession de Timor. Le prince qui y demeure actuellement est chrétien ; il peut avoir trois mille habitants sous son administration; un petit fort et un détachement militaire servent à faire respecter son autorité.

Poeloe Kambiug (l'île des cerfs), est très rapprochée

de la côte Sud-Est de Samauw; son nom lui vient de la quantité de Çervus moluccensis qui s'y rendent; mais elle est plus remarquable par les soupiraux qui existent au sommet de la montagne; ceux-ci au nombre de douze, réunis dans un enfoncement, s'élèvent en canes assez pointus; de la sommité de ces monticules sortent, de temps en temps, par une petite ouverture, des bouffées d'air accompagnées de vapeur, absolument de la même manière que dans les volcans de Turbaco, décrits par M. de Humboldt dans ses vues des Cordil- Hères. Ces volcans de Kambing laissent échapper des vapeur^ boueuses dont les parties solides servent à maintenir leurs formes, tandis que l'humidité qui coule le long des cônes se répand en petits filets d'eau, que les cerfs viennent lécher avec avidité. M. Mûller a donné une ^figure exacte de ce phénomène géologique, dans le grand ouvrage sur nos possessions dans l'Inde, partie pittoresque et historique, planche 47.

A dix milles au Sud-Ouest de Timor se trouve Rotti : cette petite ile a une longueur de neuf et demie milles géographiques, sur trois milles de largeur. Jadis ' elle reconnaissait le pouvoir d'un Sultan lié par un traité à l'ancienne Compagnie des Indes; aujourd'hui elle est divisée entre quinze radja comme autant de seigneureries féodales du moyen-âge; et chacun de ces chefs avec les serfs de son manoir seigneurial, vivent isolément sur des rochers que la nature prit soin de fortifier, en les isolant les uns des autres et en rendant

l'accès très-difficile par la forme singulière et bizarre de leur structure. Cette ile pourrait servir, en cas de guerre, de place d'armes presque inexpugnable contre un ennemi, fut-il même en état de disposer de forces redoutables. L'ile est assez productive en palmiers lontar, dont les indigènes préparent un sirop qui leur sert de nourriture; le pisang y est aussi abondant; on y cultive le riz, le mil et le maïs, plusieurs fruits propres à ces régions, et des plantes potagères. Les habitants sont d'une plus belle race que ceux de Timor; ils sont plus laborieux que leurs voisins, ce qui fait qu'on peut compter qu'environ deux mille individus de cette ile, vivent à Koepang et dans ses environs des travaux de l'agriculture. Un grand nombre de ces insulaires ont été convertis au Christianisme; la société des missions évangeliques y entretient un de ses délégués. On exporte de l'ile des chevaux, d'une race plus grande et plus vigoureuse que celle de Timor. Le règne animal et végétal y sont à peu près les mêmes qu^à Timor.

Parmi un assez bon nombre de fort petites îles, dont Rotti se trouve entourée, se distingue Poeloe Dauw; c'est là que demeurent les orfèvres les plus industrieux et les plus habiles travailleurs de métaux précieux de tout l'Archipel ; les ornements d'or en filigrane qui sortent de leurs mains, sont surtout très-remarquables par leur finesse et leur beau travail.

A vingt-quatre milles de Timor existe Sawoe; la ci-

yilisation y a fait plus de progrès qu'à Rotti, et l'île pourrait au besoin mettre quatre mille combattants sous les armes* On y cultive le riz, le mil et le mais, ainsi que le plus grand nombre des fruits savoureux de cette zone équatoriale^ elle exporte beaucoup de buffles et de chevaux, mais son produit le plus utile est une qualité fort estimée de tabac; avec un peu plus de soin donné à la culture de cette plante, il serait facile d'en obtenir une qualité supérieure qui ne serait guère moins estimée que celle des iles espagnoles des Philippines. '

Sumba ou Tjindana, est aussi nommée Sandalboschy quoique improprement désignée ainsi, vu que le bois de sandal y est peu abondant, d'une qualité fort inférieure à celui de Timor, et qu'on ne l'exporte en aucune manière pour le commerce. Cette île a en longueur 55 milles, sur 12 milles de largeur. Les petits princes ou radja sont tributaires de la Néerlande, mais ils se dispensent souvent de satisfaire à cette obligation. Dans ces derniers temps , le résident de Timor a conclu une convention, par laquelle ils se sont assujétis de nouveau à remplir leur devoir plus exactement. La i;ace des chevaux y est excellente, et les indigènes en élèvent un grand nombre; le chiffre de ceux qui ont été- exportés dans les quatre dernières années s'élève à 3000: On les paye à raison de 12 à 20 francs, en échange contre des étoffes manufacturées. De hautes montagnes couvrent cette terre peu visitée, et ses habitants sont plus sauvages que ceux des autres iles dont il a été fait mention. On dit que les suicides sont très-fré^

quents parmi la population malaie; aussi émet-oa sur son compte le blame de lâcheté et la peur panique qui saisit les soldats de cette race abâtardie, à la première décharge des armes à feu. Le sabre ou klewang et la pique ou tombak sont les seuls armes de guerre qu'ils connaissent. La côte méridionale est accore et formée de rochers calcaires^ le centre de l'ile n'est point aussi montueux ^ plus au nord se trouvent ^de grandes plaines; on y trouve aussi des forêts considérables , et quelques havres commodes bordent la côte septentrionale; les principales sont les baies Bering et Guillaume. La Compagnie avait un employé civil et un poste militaire à Labaja. On y compte encore quelques familles chrétiennes; un maître d'école amboinais avait soin de l'enseignement religieux. On trouve dans l'ile beaucoup de buffles ou karbouw, des chevaux, des cerfs et des sangliers; le produit principal du règne végétal consiste en coton soyeux ou kapokhy qui y croit en grande abondance; ce coton est le produit du Gossampinus alba, à tronc élevé et à rameaux croissant dans une direction horisontale. On y cultive le riz, le maïs, le katjan et la tubercule de terre obie.

Ce coup d'oeil rapide sur la longue série ou chapelet d'iles, dont nous venons d'indiquer la position relative et de signaler l'aspect superficiel, laisse encore une lacune fort importante à remplir, relativement à la constitution physique de ces contrées qu'aucun naturaliste de profession n'a pu visiter, ce qui fait qu'on ne trouve ici aucun indice sur les trois règnes de la nature. Quelques notices concernant ces sujets, traités par |çs auteurs qui nous ont précédé dans ces sortes de

relations, sont trop remarquablement empreintes du cachet de l'invraisemblance, et elles font preuve d'une ignorance si complète en histoire naturelle, que ce serait faire lin tort réel à l'avancement de ces études, s'il nous prenait seulement envie de réfuter plusieurs indications erronnées que ces "auteurs présentent comme des faits. Nous préférons garder provisoirement le silence sur la Faune et sur la Flore de ces iles , persuadé que nous sommes, que ces contrées seront bientôt parcourues par l'un des membres de la commission scientifique. Nul obstacle ne parait s'élever contre l'accomplissement d'une exploration détaillée et scientifique dans toutes ces contrées, jusqu'ici peu ou point du tout connues, attendu que le budjet colonial en accorde les moyens, et qu'il dépendra du chef actuellement chargé du pouvoir dans l'Inde néerlandaise, d'en ordonner l'exécution. Le Ministre d'Etat, M. Rochussen, a déjà donné des preuves de l'intérêt qu'il porte aux travaux dont les naturalistes voyageurs sont chargés, ce qui nous permet de nourrir l'espoir que, dans le poste éminent que son Excellence occupe dans l'Inde archipélagique, elle ne négligera point de signaler son pouvoir en faisant faire aux sciences des progrès rapides surtout dans l'intérêt de ces contrées, en répandant parmi leurs habitants tous les genres de bienfaits, et en ouvrant à ces peuples toutes les sources de bien-être et de prospérité, que l'homme éclairé et vertueux sait appliquer et distribuer sagement lorsque sa position sociale lui en accorde les moyens.

GROUPE GÉOGRAPHIQUE

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