‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 12 sur 19 · PRODUCTIONS DU SOL ET NOTIONS · texte numérisé non relu

PRODUCTIONS DU SOL ET NOTIONS

SUR l'histoire naturelle.

En 1605 9 lorsque la Compagnie des Indes se vit maîtresse d'Amboine, elle convoita anssi la possession deTernate, dont les Portugais furent expulsés, autant par la ruse que par la force des armes; des négocia-

lions soutenues par quelques démonstrations guerrières,' su£Brent pour éloigner également les Espagnols de quelques autres iles des Moluques où ils s'étaient établis. La Compagnie s'étant emparée de Ternate et de Tidor, et n'ayant plus lieu de nourrir quelque inquiétude sur le retour des hostilités de la part des sultans, désormais soumis à son pouvoir, elle ne tarda point à organiser son système du monopole, point de mire vers lequel toutes ses actions et toutes les ruses de sa politique venaient aboutir; mais, vu les pertes que ce système tracassier faisait éprouver aux habitants, accoutumés à disposer librement des productions du sol, ceux-ci se dispensèrent, aussi longtemps qu'ils le purent et aussi souvent qu'ils '^en trouvèrent le moyen, de satisfaire aux exigences des ordonnances qui consommaient leur ruine; de là (^s démêlés incessants, ces combats souvent meurtriers avec les habitants, et ces vexations dont on les abreuva. Après avoir réduit le pouvoir des chefs à un simulacre d'autorité, ou bien après les avoir chassés du sol natal, la Compagnie parvint sans beaucoup de peine à subjuguer complètement les populations des iles, et à faire peser lourdement sur elles un joug barbare qui les plongea dans un abime de malheurs ; leur nombre diminua sensiblement soit par les mesures de rigueur provoquant l'émigration, soit en les forçant de passer d'une ile dans une autre, ou bien en les expulsant du sol natal par la force des armes; le petit nombre qui se soumit à ces exigences ou qui fit cause commune avec les vainqueurs, perdis rent avec leur bien-être les bonnes qualités par les«

-quelles on distinguait ces habitants des autres insulaires malais.

Nous passons sous silence toutes les ordonnances dévastatrices que le génie du commerce exclusif répandit à pleines mains sur ces contrées; elles sont bien connues, et la réprobation dont elles ont été flétries est universelle. Mais ce qui est moins généralement connu, c'est que la Compagnie traitait en marrâtre ses propres enfants: non contente de faire extirper régulièrement, au moyen d'expéditions armées, tous les arbres prohibés dans les iles en dehors des plantations permises, établies sous sa surveillance, cette association, toute puissante en Europe, donnait souvent des grdres, selon lesquels le$ planteurs privilégiés se voy- . aient tantôt forcés d'augmenter le nombre des. arbres et de faire des plantation^ nouvelles, attendu qu'on manquait de la quantité nécessaire de clous dé girofle pour subvenir aux demandes du commerce, puis, lorsqu'il se trouvait surabondance de ce produit, et que par là on risquait qu'il ne diminuât en valeur, l'on donnait impitoyablement des ordres aux planteurs d'extirper des milliers d'arbres en plein rapport, ne tenant aucun compte des sacriûces qu'on exigeait de ceux-ci, et ne se souciant non plus en aucune manière, si les premiers se trouvaient en état d'eflectuer l'ordre faute de moyens pécunaires, ou bien que les seconds se voy-» aient enlevés une partie du revenu sur lequel ils étai^ ent en droit de compter. Ils ne se fesaient point non plus scrupule d'ordonner qu'on eût à négliger la culture du giroflier, pas plus que de faire couper sur

pied de jeunes arbres que, quelques années auparavant on avait intimé Tordre au ^planteur de mettre en culture.

Nous mentionnons aussi le tort que la Compagnie se faisait à elle-même par son administration inconséquente. Souvent elle ordonnait la destruction de cargaisons entières d'épiceries, ou bien elle faisait brûler des quantités considérables de clous de girofle, lorsque les marchés d'Asie et d'Europe se trouvaient encombrés de cette denrée. Si dumoins, au prix de tant de sang versé, de vexations de tous les genres dont les habitants paisibles des Moluques ont été victimes, ainsi que des dépenses nombreuses en hommes et en armements que cette association dut s'imposer pour arriver à son but; si dumoins, disons-nous, en répandant tant de maux divers sur les Moluques, les ûnances de la Compagnie eussent oflert en compensation de tous ces sacrifices des résultats plus ou moins satisfaisants: mais le contraire avait lieu; car les recettes connues n'ont jamais pu couvrir les dépenses portées en compte sur les livres. Ajoutons qu'en sus de ces dépenses constatées, on doit porter encore le gaspillage et les fraudes des agents subalternes, puis le déficit considérable et en pure perte sur la destruction des épiceries, enfin les dépenses sur le fret qu'on ne portait point en ligne de compte. Finalement, tout calcul fait, le système du monopole a notablernent contribué à accélérer la ruine de cette association de marchands souverains.

Lorsque les agents de la Compagnie portaient connais-

sance que , dans une des iles soumises à leur surveillance, se manifestait quelque apparence de bien-être parmi 'les habitants, ils en attribuaient la source à un trafic clandestin, et leur premier soin consistait à redoubler de surveillance' et de rigueur. La tournée annuelle du hongi ou tournée d'extirpation, venait mettre le comble à toutes les mesures arbitraires, inventées par le génie du monopole. Tous les villages dans le rayon de la résidence étaient tenus de prendre part à cette expédition; ils devaient fournir à leurs frais un certain nombre d'embarcations, {kora-kora on padoeakauy ordinairement 60, souvent un plus grand nombre); ces bâtiiûents, munis du personnel nécessaire pour pouvoir voguer à la rame, de nuit comme de jour, se réunisisaient devant le fort; un détachement considérable de la garnison s'y embarquait; le Gouverneur accompagné de trois employés européens, portant le titre de fiscal y se plaçait à la tête de cette expédition, et elle se mettait en devoir d'accomplir l'oeuvre de destruction ordonnée par la Compagnie. L'expédition se rendait d'abord à Céram, dont on suivait la côte en pagayant et en opérant des descentes dans les villages du littoral: dès que les habitants de ces négories ou villages voyaient atterrir la flotille redoutée, ils prenaient la fuite vers les parties montagneuses de l'intérieur; lorsqu'après le départ de l'expédition ces paisibles habitants rentraient dans leurs demeures, la dévastation et le pijlage de leurs propriétés, venaient constater que la tournée du hongi avait rempli sa mission. Puis, celle-ci se dirigeait dans le même but vers

les autres ilfes, suivant qu'on jugeait nécessaire ou utile d'étendre ou de restreindre l'extirpation des arbres et le ravage des propriétés dans cette partie de l'Archipel.

Le cadre étroit dans lequel nous devons renfermer tout ce que nous avons à communiquer dans ce coupd'oeil, ne nous permet point de donner plus d'extension à cette notice; nous aurons encore quelques faits à relater sur le même sujet, dans le chapitre où il sera fait mention de Banda et de ses dépendances.

Dans le groupe des Moluques proprement dit (dont Amboine est le chef lieu et la résidence du gouverneur de ces domaines disséminés en un grand nombre d'Iles, toutes soumises à notre métropole archipélagique) se trouvent ces terres productives, riches en végétaux précieux , dont la possession et le monopole servirent jadis de motifs à nos premiers navigateurs , pour se permettre tant de vexations et de mesures barbares; qui firent entreprendre tant de guerres injustes; qui coûtèrent tant de sang, et provoquèrent ces lois en opposition directe avec le développement de l'agriculture, de l'industrie, du commerce et des sciences. Mais, disons le hautement, et que l'Angleterre dont les agents nous calomnient si souvent, en prenne note et s'en souvienne, que c'est à dater de la renaissance de notre nationalité en Europe et de notre pouvoir dans l'Inde, que le plus grand nombre de ces lois prohibitives ont été abolies. Sous l'administration éclairée, libérale et paternelle du premier Gouverneur-Général qui reparut daqs ces possessions de l'Etat, on vit prédominer un tout autre système*

Son Excellence le Baron van der Capellen annula complètement ou paralysa l'effet de toutes ces anciennes coutumes vexantes pour ces peuples, et ces lois barbares qui nuisaient à leur bien-être n'existent plus maintenant. Dés ordonnances plus équitables règlent les devoirs du cultivateur , et des lois protectrices du commerce et de l'industrie régissent maintenant ces belles possessions: ajoutons que, durant tout le temps que le Baron van der Capellen a été investi du pouvoir, les sciences n'ont point eu à faire au Gouvernement le reproche qu'elles ne se voyaient pas représentées convenablement dans nos possessions intertropicales. Cet homme d'Etat distingué sous tous les rapports, qui gouverna pendant onze années ces belles possessions intertropicales avec non moins de succès que de talent, a posé les bases sur lesquelles s'éleva plus tard l'édifice solide et durable des institutions agricoles; sources de bien-être et de prospérité dont le Gouverneur-Général van den Bosch dota l'immense population de Java, dotation qui devint pour le fisc une mine inépuisable de profits : disons aussi que ce Capitaine-Général, non moins bon administrateur que brave militaire, sut mettre également à profit le travail scientifique des hommes de mé* rite dont il se voyait entouré. Honneur et reconnaissance à la mémoire de ces deux grands hommes d'Etat, qui dans une carrière brillante et illustre qu'ils viennent de terminer, ont donné une forte impulsion vers les ameliorations.de tous les genres.

Mais, comme le plus souvent les actes du Gouverne-

que village pour la plantation des girofliers, et ce terrain est à son tour divisé en jardins répartis entre les diverses familles du village. Ces négories ou villages sont soumis à l'obligation de livrer les clous de girofle au Gouvernement, selon un taux convenu.

Ces ordonnances garantissent aux indigènes une rétribution équitable pour les travaux qu'ils remplissent: la contrainte toute paternelle que le Gouvernement continue d'exercer, leur impose à la vérité le devoir du travail , auquel par suite de leur naturel indolent, apathique et insouciant, ils ne se livreraient point volontairement; préférant, comme ils le font, l'inaction complète à tous les genres d'occupation régulière, auxquels ils ne sont pas stimulés par la nécessité impérieuse de pourvoir a leur subsistance journalière.

Toutefois, ces riches produits d'une végétation féconde, à les envisager du point de vue purement matériel, ne servent guère qu'a fournir leur part au développement du luxe, et ils contribuent seulement à augmenter les besoins vers lesquels tendent sans cesse les nations, qui se croient parvenues au plus haut degré auquel puisse atteindre la civilisation. Cependant il faut convenir que la culture de ces denrées précieuses, tend à développer et à encourager l'industrie , et qu'elle fournit au commerce des articles fort lucratifs. Mais, quand on réfléchit au degré d'utilité que ces cultures peuvent ofirir aux indigènes, eux qui voient croître et mûrir tous ces fruits qui ne sont d'aucune nécessité directe pour leur bien«étre, pas plus qu'ils ne peuvent servir à leur consom- TUf tion journalière, on se voit naturellement porté à n'ac-

corder à ces produits qu'une part bien minime dans l'énumération des richesses échues en partage à ces con* trées fertiles. Si l'indigène considère avec indifférence les soins nombreux qu'exige la culture de ces arbres à épiceries dont le sol est si prodigue, s'il en abandonne sans murmurer l'exportation aux nations d'au de* là des mers, c'est qu il n'est pas contraint, comme dans les mines du Pérou et du Potosi, et comme c'est le cas pour tant d'autres cultivateurs des possessions coloniales dans les deux Indes, d'arroser de sa sueur les travaux nécessaires à cette agriculture; c'est enfin parce que, sous son beau ciel et sur son sol fécond, croit et prospère abondamment, dans le voisinage de ces arbres à épiceries, le sagoulier, vrai trésor, plus précieux pour ces peuples des Moluques que toute cette végétation aromatique dont elles se voient entourés. Le sagoulier sert de nourriture principale aux populations malaises et alfoeres des Moluques: elles obtiennent cet aliment journalier non seulement en abondance, mais encore sans de grands efforts et sans frais de culture, tandis que le Timorien ne récolte son maïs, principal aliment des habitants de cette tie, qu'après des cultures soignées, et que le Soendanais n'obtient son riz, si précieux à ses yeux et si nécessaire à son entretien, qu'à force de travaux dirigés avec intelligence et conduits avec persévérance.

Parlant ici du Sagoutier {Sagus Rumphii), considéré comme aliment de première nécessité pour les populations des Moluques, nous ne pouvons passer sous silence la crainte, peut-être mal fondée ou trop exagérée

qui vient se présenter à l'esprit,, quand on pense à l'énorme destruction qui se fait annuellement de cet arbre si précieux pour les habitants de ces iles nombreuses, dont la population peut être portée au chiffre approximatif de deux millions de consommateurs; ceuxci se portent à volonté dans les forêts pour y abattre les arbres qu'ils jugent les plus propres à fournir du bon sagou; les sagoutiers sont, dit-on, très-étendus et ils occupent une grande partie des côtes de quelques iles; telles qu'à Céram,àManipa,dans les iles des groupes deBangay et de Xulla, à Gilolo, et dans quelques autres iles moins grandes des Moluques; mais on remarque aussi que le nombre de ces arbres commence à diminuer fort visiblement dans plusieurs autres iles, sans parler d'Amboine, d'Haroekoe, de Honimoa et de Noesa laut où les forêts de sagoutiers sont devenues fort rares, et les arbres d'un bon produit clair-semés; l'indigène en est même réduit à se pourvoir de l'aliment nécessaire à son entretien jusque vers la côte Nord-Ouest de Céram, où ce majestueux palmier croit en abondance, même sur la plage maritime. Plusieurs habitants se cotisent à cette fin, équipent un korrakorra ou grande embarcation armée, et ils vont abattre la quantité d'arbres qu'ils jugent nécessaire, moyennant seulement une rétribution de 1| ou 2 roupies (quatre à cinq francs), pour chaque arbre qu'ils coupent; le tout, sans autre contrôle ni surveillance qui puisse servir de moyen pour contrebalancer ces immenses dégâts. Nous demandons s'il ne serait pas dans l'inlérêt du Gouvernement, qu'il prit à temps des mesures afin d'assurer la conserva*

tioa des forêts de palmiers que menace une destruction , à la vérité lente et jusqu'ici encore fort éloignée, mais qui sans nul doute est imminente, et semble certaine dans l'avenir. La Néerlande ne se trouve plus dans la position purement vénale et mercantile , comme au temps de l'établissement de sa Compagnie des Indes : cette association de marchands souverains , se souciait peu du sort présent, et moins encore de l'avenir, de ces populations qu'elle décimait par son système de monopole et dont elle voyait diminuer le chiffre sans en éprouver le moindre regret. Il en est autrement aujourd'hui: le soin de reparer les torts de nos ancêtres, celui de veiller au bien-être des^habitants de ces vastes domaines par des lois équitables, et de prendre des mesures conservatrices propres au maintien de leur bonheur dans l'avenir, ce sont là des devoirs, auxquels le Gouvernement actuel ne peut se soustraire. Je ne sais si je m^abuse, (et dans ce cas ma remar* que serait superflue), mais je doute que jusqu'ici on ait pris des mesures contre la grande destruction qui a lieu dans les forêts de palmiers sagoutiers^ nous sommes même en mesure de dire positivement, qu'au* cune ordonnance n'a encore été promulguée en faveur d'une culture plus soignée, adoptée comme moyen de précaution prise à temps, pour obvier au malheur, dont l'avenir semble menacer ces peuples.

Les soins qu'on prend des arbres à épiceries, les ordonnances tendant à maintenir et à protéger cette culture, pourraient s'étendre aussi à la culture soignée et régulière du sagoutier dans quelques unes des îles

de cet archipel. La croissance lente de ce palmier, les années qu'il lui faut avant que sa moelle ait acquis la consistance fiarineuse qui la rend propre à servir d'aliment; puis, l'époque opportune de la croissance qu'il est urgent de saisir, pour que la qualité de cette moelle féculente ne soit ni trop pourvue de sève, ni passant par l'âge, à l'état Glamenteux; voila autant de considérations qui plaident en faveur d'une culture artificielle, qui puisse servir à propager de plus en plus une végétation si nécessaire à l'alimentation de ces nombreuses populations. En agissant de la sorte, le Gouvernement ne ferait que mettre en pratique ce qu'une sage prévoyance lui dicta depuis longtemps, relativement aux cultures des rizières dans les îles de la Soende,^ intimement convaincu qu'il était, que le Javanais ne tenterait jamais de s'opposer éner* giquement contre l'autorité, tant que celle-ci prendrait soin de son existence journalière. 'N'est-il dès lors pas dans l'intérêt du Gouvernement, qu'il prenne à temps l'une ou l'autre mesure conservatrice en faveur de la culture du sagoutier, qui remplace, dans les Moluques, la céréale servant de nourriture aux peuplades soendanaises, et dont le prix élevé, dans une disette plus ou moins forte, peut servir de motif pour compromettre momentanément la tranquillité publique.

Pour compléter l'aperçu sur la substance nutritive que fournit le sagoutier, il nous reste encore à dire, que ce palmier, tel qu'il existe encore à Amboine et dans les Iles adjacentes, ne fournit guère plus de 400 livres de fécule, tandis qu'un arbre des cd-

tes de Géram en rend 1200 livres et an delà. Ce palmier est du petit nombre des végétaux dont la floraison et la fructification n'ont lieu que vers le terme de leur existence: il fleurit à Page de vingt ou de vingt-cinq ans, et demeure deux autres années dans cet état; le fruit se présente alors en grosse grap* pes, et l'arbre épuisé par cet excès de fécondité, languit et meurt; sa moelle, de farineuse qu'elle était avant la floraison, devient à peu près totalement ligneuse, et n'est plus d'aucune utilité. La meilleure qualité de sagou est formée de petits grains ronds d'un grisroussfitre; on en. trouve aussi dans le commerce d'un grain moins gros et d'un blanc pur, et dans cet état il à été soumis a une préparation artificielle.

Comme nous faisons mention de ce précieux don que la nature a fait aux Moluques, on ne trouvera pas déplacé que nous fassions connaître la préparation de l'aliment nourrissant que fournit le sagoutier.

Lorsque l'arbre est abattu, on scie le tronc en laides rouelles, de deux ou trois pieds, puis on coupe cellesci par morceaux: la moelle blanchâtre qui remplit la partie interne du tronc est séparée du bois qui lui sert d'enveloppe; puis on porte cette moelle dans des auges placées horisontalement et qu'on remplit d'eau. La pâte y est pétrie avec les mains; k l'extrémité inférieure de l'auge s'adapte un tamis à ouvertures rondes et larges, par lesquelles on fait écouler la pâte dépouillée des filaments qui restent dans l'auge: la pâte tombe par goutelettes dans de grands vases remplis d'eau; elle s'y précipite, puis on l'en retire sous forme de pe-

tits grains ronds qu'on fait sécher. Tel est le sagou du commerce; mais les Malais en font aussi des pains, qui se consomment dans le pays.

Lorsqu'on considère la manipulation toute simple que demande cette récolte de leur denrée principale; quand l'on fait attention aux légers travaux que demandent la construction et l'entretien de leurs demeures simples et élégantes, qui suffisent pour les garantir des 'injures de l'air, dont le bambou joint à quelques solives de cocotier, liés ensemble au moyen de rotans, ainsi qu'un toit couvert en feuilles d^atap^ font tous les frais; lorsqu'enfin l'on voit que sans culture et sans de grands travaux, l'indigène récolte en abondance la sève de l'Arréquier, et qu'il n'a qu'à cueillir les fruits savoureux et aromatiques que produisent le Pisang, le Djamboe, le Mangier, le Citrouilier, les Orangers et les Limons d'espèces différentes, et que le cocotier lui fournit de l'huile pour la préparation de ses aliments et les moyens d'éclairage pendant la nuit; faut-il s'étonner dès lors qu'un peuple satisfait sur les besoins de la vie, en paix avec ses voisins, et heureux de la vie facile qui lui est échue en partage, soit enclin à une douce inactivité, et se contente d'échanger le superflu de ses récoltes avec des insulaires moins privilégiés par la nature. La vie douce et toute matérielle qu'il mène est aussi exactement en rapport avec la religion qu'il professe; ce culte est plus en harmonie avec son existence que tout autre qu'on pourrait lui faire adopter. Aussi, les tentatives qu'on a faites pour le convertir aux dogmes du Christianisme, n'ont<elles

produit, jusqu'ici, que des résultats contraires à ceux qu'on se flattait d'obtenir; témoins les combats de peuplades à peuplades, de tribus à tribus qui en ont été la suite; témoins ces meurtres partiels, et cette extermination des blancs qui eut lieu, il y a quelques années, à Saparoea, émeute qui n'a été domptée que par la force des armes et par l'apparition d'une imposante flotille dans ces mers. C'étaient cependant des Chrétiens, ou se disant tels, qui avaient commis toutes ces horreurs! Mais ajoutons, comme circonstance atténuante en faveur de ces habitants, que l'époque qui fut témoin de ces scènes de desordre et d'émeutes, fut celle de la remise de ces îles par les autorités Anglaises, au nouveau pouvoir de la Néerlande; disons aus- . si que les agents de cette nation, jalouse de tout commerce qui ne se fait pas sous le pavillon de la Grande-Bretagne, n'ont pas discontinué, et qu'ils se permettent encore aujourd'hui, de noircir sans cesse auprès des indigènes tous les actes de notre Gouvernement. Ils tâchent en même ttmps d'insinuer a ces peuples que, sous les couleurs britanniques, ils jouiraient d'une protection plus efficace et d'un commerce plus étendu; que leur liberté serait moins limitée et le pouvoir de le.urs chefs indigènes plus respecté, et ce sont lets dévastateurs de l'A%anistan, les instigateurs d'une guerre si injuste contre la Chine, qui viennent tenir ce langage!

Les voyageurs anglais contribuent aussi pour leur part à répandre ces calomnies sur le compte de notre gouvernement colonial dans l'Inde. Est-ce par ignoran-

ce, par mauvaise foi, ou bien par un sentiment de jalousie, que plusieurs écrivains anglais semblent prendre un malin plaisir de présenter sous les couleurs les plus fausses et les plus haïssables tous les actes du gouvernement néerlandais, tandis qu'ils enchérissent les uns sur les autres, à porter jusqu'aux nues ceux de leur propre gouvernement colonial? Lorsqu'on voit des Français et particulièrement quelques journaux allemands émettre, sur notre compte, des idées aussi fausses qu'humiliantes, c'est uniquement de ce que la plupart n'ont jamais eu recours aux documents originaux sur nos colonies, et qu'ils ne consultent à cette fin que les ouvrages des Anglais, dont la langue leur est plus familière que la nôtre.

Ces agents provocateurs, ces capitaines de petits bâtiments, naviguant avec des cargaisons prohibées, tels que la poudre, les armes a feu, l'opium, etc., même ces délégués des missions evangeliques sont comme autant de jalons, mis en avant dans l'intérêt du commerce anglais; leur gouvernement semble n'y être pour rien; il les condamne même ostensiblement; mais sa politique s'entend parfaitement à tirer parti de leurs opérations, lorsque celles-ci ont été couronnées d'un plein succès. — Quoiqu'il en puisse être, détournons les yeux de ces menées de la politique et reprenons le fil de notre narration.

Les terres que nous comprenons sous le nom de Moluques proprement dites, forment deux archipels corn;

posés d'un grand nombre d'îles de troisième et de quatrième rang; ce sont ceux d'Amboine et de Banda. Elles portent les caractères les plus évidents de terres bouleyersées par les tremblements, comme par la dévastation des volcans qui les ont ravagées, et qui continuent encore à en changer l'aspect; ces effets, joints aux oscillations de la mer qui se fait sentir de temps en temps, attestent toute 'l'influence encore active des feux souterrains sur ces iles qu'ils ont crées.

On a l'habitude de désigner cette ile par le nom emprunté de sa capitale (Ambon), mais son nom est Hitoe: la partie Sud-Est ou Leitimor des Malais, est unie à Hitoe par une langue de terre, large seulement d'une demi-heure de marche; le bras de mer qui sépare ces deux presqu'îles, forme la baie fort étendue et la rade d'Amboine. Cette ville et sa forteresse Victoria se trouvent sur Leitimor, sous 3^41' latitude Sud, et 128^10' longitude Est du méridien de Greenwich.

Amboine n'est qu'une ile de quatrième rang, mais elle est de toutes les Moluques, la seule Céram exceptée, celle qui se trouve la mieux peuplée. La baie est vaste, et sa rade est sûre et commode. La réputation de son atmosphère salubre et de son air suave, réputation dont elle jouit à bon droit, lui donnent de justes titres à la prééminence comme chef-lieu de cette partie importante des possessions de l'Etat. Le gouverneur des Moluques y réside; il étend immédiatement son pouvoir sur les iles Boeroe, Amblauw, Céram, Mànipa, Kilang, Bonoe, Haroekoe, Honimoa ou Saparoea, Noesa-laut et Hila, où se trouvent des sous-résidents et des postes militaires.

Les radja malais de ces iles de la dépendance d'Amboine, sont tenus de se rendre deux fois dans l'année au chef-lieu pour y assister à un lit de justice ou assemblée présidée par le gouverneur assisté de vingtquatre radja qui forment le conseil. Tous les différens qui surgissent entre les chefs, sont réglés par cette assemblée. Les affaires peuvent être terminées en trois jours; le quatrième est ordinairement consacré à un banquet chez le gouverneur, après quoi les chefs retournent chez eux. Le gouverneur est tenu de faire toutes les années une tournée d'inspection, dans les différentes parties qui ressortissent sous son administration.

S'il faut ajouter confiance entière aux anciens documents sur la statistique, l'ile d'Amboine aurait eu environ 50,000 habitants, et les iles qui en dépendent auraient compté un chiffre bien plus considérable qu'elles n'en peuvent énumérer aujourd'hui. On attribue cette diminution du chiffre de leur population, d'abord à la piraterie; en second lieu à la petite vérole; troisièmement à l'enrôlement pour le service militaire dans les années f806, — 1809 et 1826; quatrièmement, aux révoltes dont ces iles ont été le foyer en 1817 et 1829; cinquièmement, au choléra-morbus; enfm à l'épidémie de 1837. Quoiqu'il en soit, voici le chiffre du dénombrement pour 1840, tel qu'on le trouve dans les archives:

Résidence (TAmboine.

Ile d'Amboine 29,660 âmes.

)) Haroekoe 6,286 »

» Saparoea 10,986 »

» Noesa-laut 2,929 »

» Manippa 919 »

» Amblauw , 689 »

y> Boano ou Bonoe 1,610 »

» Boeroe (1) 1,280 »

» Céram (les côtes) 26,755 »

» Céram (2) (l'intérieur) . . . 200,000 » .

Total . . . 281,114 âmes.

Pour la ville d'Amboine, nous trouvons le chiffre de la population porté à 13,000 âmes.

La superficie d'Amboine est calculée à 13,3 lieues géographiques D, ou 7,3 myriamètres Q.

Des légendes sans date, communiquées à Valentyn par un prêtre arabe, feraient présumer qu'Amboine était jadis déserte et inculte , et que les premiers individus qui s'y sont fixés, arrivèrent de la baie Tanoeno et s'établirent à Hitoe-Lama, sous la conduite d'un chef nommé Selan Binaur; depuis ce temps un prince javanais, plus tard un prince de Gilolo, puis un chef de Goera, vinrent dans cette île. Ces chefs,

(1) Seulement de la baie de Cajéli; le reste n'est pas conna et doit é'rc fort considérable.

(2) Los parties nioniar^neases de l'intëriour n'ont jamais été explorées; le chiiTie est par conséquent approiimatif.

après s'être .entendus, se sont partagé le gouvernement du pays. Leurs descendants s'y maintinrent et réussirent dans la conquête des iles située^ dans le voisinage, de façon qu'ils en demeurèrent possesseurs jusqu'à l'arrivée des Portugais dans ces mers.

Le vice-roi de Goa (Inde), Alphonse d'Albuquerque , après s'être emparé de Malacca en 1511, envoya trois bâtiments aux Moluques; mais ils ne purent atteindre leur destination et retournèrent après avoir pris terre, en 1512, à Hitoe (Amboine). Il est conséquemment notoire que les Portugais ont fait là découverte de cette île, quoiqu'ils ne s'y établirent qu'en 1521; leur première factorerie, fondée à cette époque, n'était que temporaire. Plus tard, en 1538, l'amiral portugais Diego Lopez d'Agevedo, reçut ordre de s'emparer d'Amboine; mais ce n'est qu'en 1580 que la couronne de Portugal demeura dans la possession paisible de cette île.

En Mars 1599, l'amiral hollandais Wybrand van Warwyck, toucha à Amboine; il s'assura promptement que les habitants vivaient en mésintelligence avec les Portugais et qu'ils leur portaient une haîne invétérée; ils ne déguisèrent point ce sentiment et sollicitèrent son appui. Deux années après, en 1600, l'amiral van der Hagen se rendit dans cette île, avec un seul vaisseau, de Zon; après avoir rallié à son pavillon quatre autres bâtiments Hollandais, il fit une tentative contre la forteresse portugaise qui ne fut pas couronnée de succès; toutefois, il laissa aux indigènes l'espoir que sous peu d'années, le pavillon hollandais reviendrait devant l'ile

pour leur prêter secours. Les Portugais de leur côté, donnèrent connaissance de leur position au chef-lieu de leurs domaines dans l'Inde. En 1602, ils virent paraître une flotte considérable, envoyée de Goa au secours d'Amboine; à son arrivée, l'amiral portugais, don Andréa Fortado de Mendoza, punit sévèrement les indigènes de leur défection; il châtia de la même manière les habitants de Céram et contraignit ces peuples d'adopter le Christianisme; de là il poussa son excursion jusqu'à Ternate. Partout les populations se réfugièrent dans les bois, espérant toujours voir reparaître le pavillon hollandais, pour se ranger de son câté. En eflet, le 21 Février 1605, l'amiral van der Hagen entra dans la baie de Hitoe avec neuf vaisseaux, et somma l'île et le fort de se rendre. Le gouverneur, Gaspar de Mello, remit lâchement et sans coup férir cette importante possession au pouvoir qui le menaçait; le fort reçut alors le nom de Victoria y qu'il porte encore à présent. En vertu de la convention conclue le 23 Février, toutes les iles faisant partie du gouvernement d'Amboine, passèrent sous la domination de la Compagnie. Dans les premiers temps de l'occupation, elle se conduisit à tous égards d'une manière irréprochable: aussi les indigènes revinrent-ils s'établir de nouveau vers les côtes de leurs iles, et s'y rangèrent sous l'égide et la protection des nouveaux maîtres. Leur premier Gouverneur, Frederik Houtman, fit renaître la paix et la sécurité parmi les habitants, et il conclut avec eux des contrats équitables.

C'est d'Amboine, chef-lieu du pouvoir naissant de la

Compagnie, que celle-ci dirrigea ses premières expéditions contre l'archipel malais, et qu'elle se rendit de plus en plus redoutable aux Portugais, sur lesquels elle conquit successivement non seulement les belles possessions dont ceux-ci s'étaient emparés, mais aussi toutes les autres iles de l'Archipel soumises aux despotes malais; possessions importantes, sur lesquelles on vit régner pendant deux siècles environ, une association de marchands hollandais, unis primitivement dans l'intérêt seulement du commerce.

Amboine a toujours été considérée par la Compagnie comtiie l'une des possessions les plus importantes de ses domaines dans l'Inde, et stratégiquement, comme la clef des Moluques. Après la conquête on a conservé le fort Victoria; mais le Gouvernement néerlandais a fait élever dépuis, dans une position plus avantageu-, se, le fort Van der Capellen.

Mr. Mûller nous apprend (1) que le sol sur lequel est située la ville d'Amboine est uni; mais il change bientôt d'aspect, et à l'Est et au Midi, la plaine est remplacée par des collines et des montagnes de peu d'élévation. Ces hauteurs, et surtout le mont Soja, donnent naissance à plusieurs petites rivières, parmi lesquelles il y en a trois nommées Waï-Alat, WaîRomo et Gadjah, dont la mer reçoit les eaux à très peu de distance de la ville. Un peu plus à l'Ouest, dans l'in* térieur d'une anse, nommée pointe du gibet se trou-

(1) Ferhandelingen over de natuurltjke geachiedenis der Nederlandêche overzeesche bezittingen. Partie historiqae.

ve Pembouchure du Wai-Nito: entre cette rivière et celle de Gadjah est situé le village de Hative-besar ou grande Hâtive célèbre dans l'histoire d'Âmboine, parce que ce sont les habitants chrétiens de ce village qui les premiers conduisirent en 1583 les Portugais dans la baie; avant cette époque, ils s'étaient fixés à la côte Nord-Ouest de l'ile, où ils avaient, depuis quatorze ans, un établissement entre les villages de Mamala et de Hitoe-lama. Non loin de là, à l'Est de la ville, se décharge, dans la baie, une rivière un peu plus grande nommée Wai-Roehoe, à proximité de laquelle est situé le hameau Hative-kitjil ou petite-Ha« tive. Tout près de cet endroit, la baie se rétrécit et forme les deux parties connues sous les noms de baie intérieure et extérieure."

))La baie d'Amboine est excellente; les bâtiments y sont à l'abri de presque tous les vents; l'ancrage y est bon et l'air y est très-salubre. La baie extérieure n'offre ni bas-fonds ni écueils dangereux pour les navires: au contraire, elle a presque partout une profondeur de cinquante brasses, de manière que dans quelques endroits seulement, c'est à dire sur la rade même, vers la pointe du gibet, et de l'autre côté de la baie, en dedans de la pointe de Laha. Cependant les navires ne mouillent dans ce dernier lieu que lorsque, voulant entrer dans la baie, le vent tourne subitement et devient tout-à-fait contraire, par suite de quoi ils seraient contraints d'abandonner la baie et de prendre le large. Sur la rade, les navires peuvent mouiller tout près de la jetée de bois, et il est permis à ceux qui 3 lU

chargent ou déchargent les denrées et les approvisionnements qui appartiennent au Gouvernement, de s'amarrer à la jetée m^Sme."

Nous passons sous silence tout ce qui est relatif à la topographie de la ville et des environs, de ses maiisons de plaisance qu'on trouve dans la campagne riante dont la ville est entourée; tout ces détails ont été retracés dans plusieurs ouvrages de circumnavigation et ils sont généralement connus.

Pour se faire une idée exacte de la fertilité des Moluques proprement dites, principalement d'Amboine et de ses dépendances, il ne faut point les mettre en parallèle avec la fécondité inépuisable du sol magnifique de Java. Tous les rapports faits au Gouvernement sur la nature et les propriétés du sol, dans les iles dont nous nous occupons, constatent que les terres incultes sont aussi rares à Java que les terrains cultivés le sont à Amboine: les causes en sont fort naturelles; d'abord la culture obligatoire des arbres à épices absorbe le labeur des habitants; elle les forçait jadis de travailler uniquement dans l'intérêt du monopole. Amboine, Haroeko, Saparoea et Noesa-laut quoique couvertes de riches forêts, n'offrent comparativement à leur étendue que des champs peu étendus, propres aux grandes cultures, et la nature pierreuse et rocailleuse du sol n'est guère propre aux entreprises agricoles de quelque importance, quoique le cafier, le poivrier et le cotonnier y prospèrent, et qu'on ait fait même quelques essais, couronnés d'assez de succès, pour y cultiver le coton; mais cette industrie ne s'y est point

soutenue. Ajoutez, qu'en proportion du chiffre de la population de Java, l'on peut dire qu'Amboine et ses dépendances sont très-peu peuplées. A ces causes vient se joindre celle qui tient à la nourriture des habitants des Moluques, consistant principalement en sagou dont la culture ne demande aucun soin de leur part, et qu'ils se procurent en abattant les sagoutiers dans les forêts; à ce produit, ils ajoutent quelques noyaux du canaris, qu'ils n'ont qu'à cueillir, et du poisson dont les côtes de ces iles sont abondamment pourvues. L'on conçoit que des populations qui trouvent à se nourrir à si peu de frais, et sans de grands travaux, ne soient point portées par leurs besoins à s'adonner volontairement à des cultures plus soignées, qui leur sont effectivement très-indifférentes sous le rapport de l'alimentation, et qu'ils n'ont guère à satisfaire d'autres nécessités de la vie, qu'ils ne puissent se procurer aussi facilement que celle-là.

Le climat d'Amboine est plus sain et plus agréable que celui de la plupart des autres contrées intertropicales; le sol y est en partie rocailleux et aride, mais c'est dans des terrains de cette nature que les girofliers viennent le mieux; les autres parties où cet arbre ne croît point, mais dont l'étendue n'est pas fort considérable, sont d'une fertilité aussi grande que les plus belles provinces de Java. Le riz, qu'on n'a guère pris soin d'y cultiver sous le gouvernement de l'ancienne Compagnie, que l'on soupçonne peut-être à tort d'avoir négligé cette culture, dans le but de rendre les habitants dépendants de la métropole dans l'acquisition

de cette céréale; le riz, disons-nous, y est importé maintenant des provinces septentrionales de Célèbes. Le café et l'indigo réussissent également; le canellier donne aussi un bon produit, il est toutefois remarquable que la canelle d'Amboine ne fournit point à la distillation Fhuile aromatique qu'on obtient du canelier de Ceylan. On s'applique plus spécialement à Amboine à la culture du giroflier, dont la récolte, année commune , peut être évaluée à deux cent cinquante ou trois cent mille livres de clous; plusieurs années ont oflert une récolte beaucoup plus abondante, quoique ne dépassant jamais cinq cent mille livres; il est rare qu'elle descende au dessous de deux cent mille livres. On assure que le produit moyen d'un giroflier s'élève à cinq ou six livres de clous. Un arbre de très-riche rapport ne produit pas au delà de vingt-cinq livres.

Les îles d'Amboine, de Haroeko, de Honimoa ou Saparoea et de Noesa-laut sont particulièrement employées et réservées à la culture du giroflier: elles sont divisées en parcs ou jardins, placés sous la surveillance de chefs indigènes, revêtus du titre de radja ou pattij mais plus généralement connus sous le nom d^orang-kaja: dans ces cantons, les parcs ou jardins, tanahrdatij contenant un certain nombre de girofliers, se trouvent sous la garde de chefs subalternes, nommés orang-toeah; ceux-ci dirigent toutes les plantations, veilleint à l'entretien des parcs et à la récolte des fruits; cette récolte a lieu vers le milieu d'Octobre et dure souvent deux ou trois mois.

Le giroflier, Caryophyllus aromaticus, est un arbre

grêle de trente à quarante pieds de hauteur; ses branches s'étendent peu et ses feuilles sont petites et oblongues; l'écorce est d'un blanc sale. L'arbre ne produit des fruits qu'à sa quinzième année. La récolte se fait en Novembre et Décembre. On emploie les feuilles pour en extraire une huile forte et très-aromatique. Les fleurs parfaitement mûres ne peuvent servir qu'à faire des conserves; les indigènes les mangent crues. Le clou, en malais tjinkehy est d'abord d'un vert clair, ensuite d'un jaune orange, et enfin d'une couleur rouge foncée, indiquant pour lors que la cueillette peut se faire. Le giroflier a été découvert dans l'ile de Gilolo ou Halmahera: la Compagnie, en se réservant le monopole de ce produit, destina les îles du rayon d'Amboine à k culture soignée de cette précieuse denrée.

Les indigènes d'Amboine sont d'une taille moyenne et bien prise; on en fait d'assez bons soldats, tant pour la cavalerie que pour l'infanterie; généralement ils ont plus de goût pour l'étal militaire que les autres habitants des Moluques; ils sont doux quoique très-fiers, faciles à conduire quoique querelleurs, et ils^ sont généralement très-sobres. Il est rare qu'un Amboinais se rende coupable d'un crime capital ; le vol se commet de temps" en temps, mais il consiste le plus souvent en bagatelles: la plupart des crimes et des méfaits contre lesquels l'autorité doit sévir, sont commis par des Malais, des Javanais ou autres étrangers qui sont toujours en grand nombre à Amboine.

Le costume des Amboinais est à peu près le même que celui des Malais de Java; mais ceux qui ont été

baptisés se distinguent par la couleur noire de leurs yétements de dessus; au lieu des mouchoirs dont les sectateurs de Mahomet se couvrent la tête, ils portent des chapeaux ronds, avec les cheveux lisses, noués en queue; ils portent aussi des souliers aux jours de fête; on les voit aussi en sarrong bleu et large pantalon, et les cheveux retroussés, fixés par un peigne d'écaillé de caret. Les chefs ou radja sont vêtus à l'européenne, le plus souvent en noir et avec un chapeau rond; ils portent la canne à pomme d'or et aux armes de l'Etat, en signe de la charge qu'ils occupent.

La plus grande partie de la population indigène appartient à la race malaie. Les fréquentes relations que les Âmboinais ont eu, depuis des siècles, avec les Chinois, les Arabes et dififérentes nations européennes, ont produit chez eux, beaucoup plus que dans toute autre ile des Moluques, un grand nombre de fusions de race, dont les descendants ofiVent des variétés dans les traits du visage et par la couleur de la peau. Ce qui est digne de remarque, c'est que les descendants des Portugais ont la peau beaucoup plus foncée que les aborigènes; particularité, dont j'ai déjà fait mention en parlant des faibles traces qui restent encore de la présence de cette nation européenne dans Pile de Floris ou Mangerai. Il appartient, dit un voyageur français, au domaine de cette partie des sciences naturelles qui a l'anatomie pour étude spéciale, de nous donner connaissance des causes qui opèrent ces changements dans la coloration de la peau, et de nous apprendre comment il se fiiit que cette matière, qui a

son siège dans la membrane muqueuse de Malpighi, puisse être sécrétée sous tant de nuances différentes, et modifiée par des causes accidentelles si nombreuses.

Âmboine peut être considérée comme le berceau du Ghristianisniie dans les contrées de l'Ârcbipel. C'est de ce point central que la prédication de TEvangile a été répandue dans les autres iles, et c!est dans les Molur ques qu'elle a obtenu le plus de sympathie et a fait le plus de progrès; dumoins, le nombre des habitants qui se disent Chrétiens y est-il. notablement plus considérable que dans les grandes iles de l'Archipel. Les Portugais, en soumettant à leur pouvoir Amboine ainsi qu'une partie des dépendances actuelles de cette ile, forcèrent les habitants d'adopter le Christianisme. Lorsque les Hollandais, après avoir vaincu et expulsé leurs rivaux, se virent les maîtres dans ces contrées, leur premier soin fut de continuer, sous une forme différente du culte, l'oeuvre de la conversion commencée par les Portugais. Depuis ce temps, surtout pendant toute la durée du règne de la Compagnie, l'autorité européenne s'est occupée à Âmboine, plus que partout ailleurs dans les iles de l'Archipel, son seulement de l'enseignement religieux, mais aussi des soins pour l'in« struction de la jeunesse dans les écoles; ce qui fait que la religion chrétienne imposée à ces peuples, il y a en* viron trois siècles, par la force des armes, ne s'est pas étendue dans les autres iles voisines, où la religion du prophète de la Mecque n'était pas adoptée comme culte national, et où les populations n'étaient point adonnées à

ce culte par des habitudes séculaires et des préjugés antiques.

Il est bien regrettable seulement pour les progrès de la civilisation parmi ces peuples, que de tous temps, l'enseignement religieux à Amboine se soit borné principalement aux préceptes des dogmes, ainsi qu'à l'exposé historique des livres sacrés; mais la tendance et le but du Christianisme, ainsi que son application comme règle de conduite, demeurent complètement étrangers à ces Chrétiens amboinais. Leur naturel indolent et apathique les empêchent de se livrer à quelque investigation sérieuse; leur intelligence bornée et stationnaire est cause du peu de progrès qu'ils ont faits jusqu'ici dans la civilisation : ils se font une très-haute idée de leur titre de Chrétien, et l'on doit attribuer à ce sentiment dont ils sont dominés, leur entêtement séculaire et leur morgue insupportable.

Ceux qui prennent quelque intérêt aux études et aux sciences, ne manqueront point, durant leur séjour à Âmboine, de visiter le tombeau de Rumphius: sa dépouille reposait jadis ignorée dans l'enceinte commune du séjeur des morts. Depuis quelques années cette tombe n'est plus muette; un monument faisant connaître les mérites du défunt, la recouvre. Il était réservé au Gouverneur-Général le Baron van der Capellen, de signaler sa présence à Âmboine par cet hommage rendu aux cendres de Rumphius.

L'ile d'Amboine se compose, pour la plus grande par-

tie, de roches de formation primitive. Le granit se voit quelquefois jusque sur le sommet dès montagnes; mais ordinairement il est recouvert par de la pierre d'une autre formation. Au nord de la presqu'iie de Leitimor, réunie par le pas de Baguwala à la partie de Pile située de l'autre côté de la baie, et qui se nomme Hitoe, il se trouve près du village de Roebang, une colline de plusieurs centaines de pieds de hauteur, consistant uniquement en granité : en d'autres lieux au contraire, le long de ce côté de la baie aussi bien qu'à l'opposite, cette espèce de roche supporte la serpentine et une pierre calcaire de formation récente. Celle-ci diffère ordinairement peu de celle que l'on trouve dans le détroit de Boeton.

Vue de la mer, l'ile d'Amboine offre un sol assez élevé; quelques-unes des collines sont arrondies et richement parées de verdure; des montagnes de hauteur moyenne élèvent leur cime pelée, privée de toute vé* gétation au dessus de leur base touffue; d'autres ne sont couvertes que de broussailles; mais les sombres vallées et le littoral portent le caractère d'une végétation riche et vigoureuse: l'air y est embaumé par l'odeur suave des plantes et des fleurs aromatiques, au milieu desquelles s'élancent des cocotiers et des palmiers sagoutiers. L'aspect en est relevé et d'autant plus attrayant, lorsque la vue se porte du sol sablonneux, dépouillé et en plusieurs endroits de toute verdure, sur ces masses pittoresquement groupées et parées d'une brillante floraison.

Voici comment s'exprime, en langue hollandaise, un

témoin oculaire de cette belle végétation, M. le Capitaine Yer-Huell (1). Ce sites, dit-il, sont en effet d'une beauté ravissante; on s'y trouve entouré de belles montagnes verdoyantes, entrecoupées de pelouses^ et de parterres de fleurs, où croissent les plantes les plus délicates, qui étalent une floraison active et permanente. Parmi des milliers de mauves se distingue V Hibiscus rosa sinensiSy parée de ses grappes élevées et éclatante par ses larges corroies pourprées. On s'y promène sous le Jamboe à couronne élancée et à fleurs d'un rouge cramoisi, qui alterne avec le Canaris {Cafiarium commune) et les Eananga (Uvaria Japonica)^ ornés de leurs fleurs suaves et d'un beau vert; tandis que les Casuarina equisiiifolia, avec leurs branches mollement courbées vers le sol, ofirent un dôme de verdure. Avec quel délice ne jouit on pas d'un moment de repos, sur les bords de la rivière des éléphants; là, sous l'influence d'un climat salubre et d'un ciel serein, assis à l'ombre d'arbres de haute futaie, on entend frémir doucement l'élégant feuillage du palmier, agité par la brise; on voit se courber et se balancer en ondes gracieuses les belles touffes du bambou, tandis que l'odorat est flatté par le parfum que répandent les orangers, les tubéreuses (2), leKanangay le Tjampakka et une foule d'autres arbres ou arbustes aromatiques

(1) Herinneringen van eene rets naar de Oost^ Indien^ 2 Jee* len. — Souvenirs d'un voyage aax Indes Orientales.

(2) C'est le Polyanthes tuberosa^ désig^né pr les Malais sous le nom de Soendal-malam y (ramante de la naît).

de cette contrée. Tout ce que la poésie idéale s'est plu à retracer, se troure réalisé sur cette terre féconde: on se croit transporté dans les jardins d'Armide, dans la vallée de Tempée.

Cette esquisse de la végétation fournie par le savant marin précité, est bien en harmonie avec les dessins que son habile pinceau s'est plu à nous conserver des points de vues les plus remarquables de la contrée; la planche 20 de nos mémoires sur les possessions de l'Inde (1), représente le Batoe-gantong (la roche suspendue); elle donne une idée du grandiose de cette belle nature, qui peut être mise en parallèle avec les plus beaux sites romantiques de la Suisse et de l'Ecosse.

Toutes ces iles de la mer des Moluques présentent, sous le rapport de leur faune ou de la distribution géographique des animaux, un caractère digne de remarque: c'est que les grandes iles de la Soende, même leur plus proche voisine l'ile de Célèbes, possèdent tant de genres de grands mammifères dont il n'existe aucune trace dans les Moluques, situées seulement de quelques degrés plus à l'Est, tandis que celles-ci nourrissent d'autres genres qui leur sont propres, et dont les lies de la Soende n'offrent aucun représentant plus ou moins comparable par les formes extérieures on par les moeurs, quoique toutes ces iles qui s'étendent

(1) Verhandelingen over de natuurlijke geschiedenis der Nederlandsche overzeesche besiiiingen, Land^ en Folkenkunde» On troQTe dant ce même atlas, quelques vues de Célèbes dessinées par H. Yer-Huell.

depuis Java jusqu'à la Nouvelle-Guinée jouissent à peu près du même climat; que plusieurs autres iles sont assez rapprochées les unes des autres, n'étant séparées que par des bras de mer; chacune d'elles offre cependant un nombre plus ou moins grand d'animaux et souvent aussi de végétaux, qui lui sont exclusivement propres.

Ces iles paraissent être généralement assez pauvres en mammifères; on n'en compte jusqu'ici que trente, tandis que dans la seule ile de Java existent quatrevingt-cinq espèces. Les Moluques ne possèdent pas un seul quadrumane , et l'indigène n'a pas à redouter l'attaque de ces grands carnassiers, fléau destructeur des populations soendanaises ; les petites espèces du genre des Chats, n'y sont même pas représentées; jusqu'aux Carnassiers insectivores manquent totalent. En Rongeurs une seule espèce qui vit partout. Mus decumanusy puis une seconde espèce voisine de celle-ci. Aucun Edenté. Pour tout Pachyderme; le Sanglier et le Cheval. Le Cerf, comme représentant l'ordre entier des Ruminants. En Cétacés , le Dugon , le Cachelot et la Baleine ; enfin , point de Monotrème.

La classe ailée de ce groupe d'iles est, comparable* ment aux mammifères, bien plus riche en espèces; elle y est surtout remarquable par des formes particulières, dont on ne trouve point les analogues dans les * lies de la Soende qui sont beaucoup plus riches en espèces que les Moluques. Dans les genres qui ont un même type, se trouvent ici des groupes caractéristiques; tels que les premiers représentants des Cacatoès

à plumage en grande partie d'un blanc pur. Des teintes écarlates, pourprées et d'un bleu vif, couvrent l'élégante livrée du plus grand nombre des perroquets et des perruches (1). Les Gallinacés remarquables, connus sous le nom de Mégapodes, vivent dans cette partie de l'archipel; la grandeur disproportionnée de leurs oeufs, et leur singulier mode de propagation ont attiré l'attention des navigateurs et des naturalistes; car ces oiseaux ne couvent pas eux-mêmes leurs oeufs, le soin de les faire éclore étant abandonné au calorique développé par la fermentation des matières végétales dans lesquelles la ponte se trouve déposée (2).

l'Entomologiste trouve aussi d'abondantes récoltes à faire dans ces îles; elles sont la patrie de tous ces brillant Lépidoptères, se nourrissant du nectar de cette immense quantité d% fleurs qui y exhalent leur parfum dans toutes les saisons; on les trouve ordinairement en grand nombre dans les localités arrosées par les torrents et près des chûtes d'eau où la floraison étale un tapis émaillé des plus belles couleurs. Des Phasmes d'une grande taille couvrent les buissons et semblent, par leur long corcelet et leurs pieds grêles, former des prolongements branchus; tandis que plusieurs autres espèces, nouvelles ou déjà connues, ont une res-

(1) Voyez le tableau de ce groupe, tel que les espèces se trouvent reparties dans les difTërentes îles, et l'indication succincte de celles qui sont nouvelles pour la même île. Ferhandelingen etc. Partie zoologique, p. 107 et 181.

(2) Nous ayons fourni quelques détails sur le genre de lie des Mëgapodes page 116 et 117 de ce yolnme.

semblance frappante avec les feuilles, dont leurs ailes imitent la forme et portent les couleurs. Dans la moelle du sagoutier vit une grande larve du genre CerambiXy qui fournit un aliment très recherché et d'un goût fort agréable.

Les mers dans ces parages sont d'une richesse étonnante en Mollusques nus et à coquilles; ces derniers ont été de tous temps fort recherchés des collecteurs de curiosités; leur prix est souvent tenu très-élevé par les marchands chinois d'Amboine, qui s'adonnent à ce genre de trafic. Le Nautile flambé, Nautilus pompiliuSy se trouve en grand nombre dans le voisinage de cette île, où elle est commune à la pointe d'Âllang; la Scalaris et autres espèces précieuses habitent ces côtes. On trouve sur celles de Saparoea des Murex , les Strombus y les Argonautes, les Tellinay Solen, Pecten, Harpa et le plus grand nombre des espèces les plus précieuses aux yeux des collecteurs. Ce sont certainement les mers le plus poissonneuses de tout l'archipel. Le Dugon ou Doejong y est assez commun. La pêche de la Balaine antarctique, mais plus spécialement du Cachalot, Physeter macrocephalus y dont une partie du cerveau donne la substance connue dans le commerce sous le nom de spermaceti, attire dans ces mers plusieurs bâtiments des difierentes nations maritimes et commerçantes, qui exploitent ce genre d'industrie. Il me semble que la valeur portée en ligne de compte par quelques auteurs, comme fournissant un produit ou bénéfice annuel à l'Amérique et à l'Angleterre, est tout à fait exagérée: car il n'est guère admis-

sible, que cette pèche puisse rapporter de nos jours douze millions de florins, vu le nombre sans cesse décroissant de ces grands animaux marins dans les parages des Moluques, et puisque nous savons, que pour former à un navire baleiniers une cargaison complète d'huile et d'adipocire, il devrait capturer de 80 à 100 Cachalots. Admettant, d'après ces auteurs, que 190 navires soient employés à cette pèche, et prenant comme moyenne, 90 baleines par cargaison, il s'en suivrait qu'environ 17000 Cachalots seraient capturés annuellement dans un rayon trop circonscrit, pour pouvoir admettre la probabilité d'une pèche aussi nombreuse: ce qui nous fait présumer, que le calcul mentionné comprend aussi les pêcheries de l'Australie; de la Polynésie, des côtes du Chilli, de la Californie etc. etc. Il nous reste encore un mot à dire sur Amboine; il a pour but de rectifier certaines erreurs d'origine ou d^habitat de plusieurs animaux, inscrits erronément dans les catalogues de nomenclature, dans divers musées et dans quelques ouvrages d'histoire naturelle comme vivant dans cette île. Plusieurs espèces de mammifères, d'oiseaux et de mollusques portent, dans les établissements publics, Amboine pour patrie: nous avons déjà fait observer que la Faune de l'île mentionnée est très-pauvre en mammifères, que les oiseaux y sont peu nombreux, et qu'elle n'est guère plus riche en mollusques et en zodphytes, quoiqu'on dise, mais erronément, que ses côtes fourmillent de coquillages. Mais vers ce chef-lieu des Moluques, affluent de toutes les îles environnantes les productions les plus remarquables

qu'elles produisent. La mémoire de Rumphius stimule l'ardeur de quelques employés qui consacrent leurs loisirs à rassembler de toutes les parties de l'Ârchipel des collections dans différentes branches de l'histoire naturelle; celles-ci passent assez souvent en Europe ou en Amérique, et il se fait que, les acquéreurs mal renseignés sur Vhabitat de ces objets, supposent que ces animaux vivent effectivement à Âmboine, tandis que leur véritable patrie est souvent fort éloignée du chef-lieu dont ils proviennent: delà toutes ces indications d'une origine qu'on suppose exacte, et qui passe ensuite comme un fait dans les livres qui traitent de l'histoire naturelle.

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