‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 13 sur 19 · DU MONOPOLE. GERAM. IMPOR- TANCE DE CETTE POSSESSION · texte numérisé non relu

DU MONOPOLE. GERAM. IMPOR- TANCE DE CETTE POSSESSION

ALFOERES ABORIGENES.

Les lies, dont la direction immédiate est dévolue au Gouverneur des Moluques résidant à Amboine, sont, après Java, Sumatra et Célèbes, les contrées les plus importantes de nos possessions dans l'ArchipeL Elles pourraient être portées à un plus haut degré de prospérité agricole, si elles étaient mieux peuplées et plus énergiquement défendues contre la piraterie; que l'on voulût accorder aux habitants plus de liberté commerciale, et que le cultivateur pût jouir sans restriction de la disposition des produits du sol. Ces deux dernières concessions suffiraient peut-être pour y provoquer l'immigration, et elles se trouveraient probablement de nouveau en voie de progrès dans un fort petit nombre d'années: car il est incontestable qu'aucune mesure n'est plus contraire au développement des forces pro-

ductives d'un pays, que la coulrainte dans le travail et le système du monopole sur les produits du sol; ces agents destructeurs ont provoqué jadis l'émigration du plus grand nombre des habitants, et ils ont découragé ceux qui sont demeurés dans ces iles, à se vouer à des cultures de quelque importance. Mais, lors même que les restes épars de ces populations voudraient se livrer de nouveau à la culture des terres dans le voisinage des côtes de ces îles, il est probable qu'ils ne pourraient jouir en pleine sécurité du fruit de leurs travaux, ni être sûrs de conserver leur liberté et celle de leurs famille , aussi longtemps que le brigandage sur mer se renouvellera sans cesse dans ces parages, et que les pirates enlèveront les paisibles habitants de côtes de leur lies, ou bien qu'ils ravageront leurs champs mis en culture. La témérité de ces pirates, les guerrillas redoutables de ces mers y semble augmenter nonobstant les poursuites dont ils sont l'objet; l'on dirait que leur nombre s'accroit continuellement, et que leurs rapines s'exercent plus qu'auparavant, sur les habitants du littoral des lies, dans lesquelles le pouvoir européen ne se trouve point établi. Tant que des mesures énergiques et des moyens de répression ne seront point mis en oeuvre contre les chefs des lies situées entre Java et Timor, il est à craindre que la piraterie ne devienne de plus en plus redoutable, même alarmante, non seulement pour le commerce, mais aussi pour l'autorité européenne, qui se verra engagée dans un état d'hostilité continu , contre des partisans secrètement protégés par les chefs de ces îles, et avec les-

quels il parait n'y avoir aucune autre alternative d'accommodement, qu'en les soumettant par la force au pouvoir de la métropole de l'Archipel.

Des violations manifestes du droit des gens ont provoqué en 1846, contre les princes de Bali, une expédition armée dont les résultats eurent le succès désiré; mais la mauvaise foi de ces chefs, ne tenant aucun compte du nouveau traité conclu avec eux, leur lit commettre des infractions réitérées. Une second armement dirigé contre ce repaire du brigandage fut moins heureux, et parait avoir été matériellement insuffisant pour atteindre le but désiré: ajoutons que le manque de force navale, en mesure de prendre la mer au premier signal, et de laquelle le Gouvernement colonial devrait pouvoir disposer sans recourir à cette fin à la mère-patrie, a &it avorter cette expédition. Nous formons des voeux pour que celle qu'on organise maintenant contre les rocf^a^ balinais, puisse parvenir à dompter l'audace des princes malais qui se livrent à ce brigandage et y excitent leurs sujets. Car, de la soumission complète de Bali dépendra la prospérité future des iles nombreuses situées entre Java et Timor (1).

(1) Les joaraaax de Batayia, sous la date da 25 Novembre 1848» disent qa'à Java on yoit avec nne grande satisfaction le renforcement de l'annëe de terre et de la marine; on j est conyainca de la nécessité d'ane noayelle expédition contre Bali: en exprimant ce yoea, Ton ajoute qu'il serait à désirer qu'on parvint à soumettre complètement l'île de Bali et à la mettre entièrement sous la domination directe du gouvernement néerlandais. Voyez aussi ce que nous avons dit à ce sujet en 1846, parlant de Bali, pageS^i et 345 du premier volume de ce Coup- d^Oeil.

La Revue des deux mondes vient de fournir, dans un article très-véridique et fort intéressant surTInde néerlandaise en 1848, un passage en rapport avec le sujet que nous traitons ici: — ))Le Gouvernement néerlandais devrait se concentrer de plus en plus sur l'exploitation agricole de ses magnifiques possessions. Dans les innombrables lies de cet archipel et dans la plupart de celles qui, au sud des Moluques, rallient Java à Timor et à la Nouvelle-Guinée, la souveraineté ou au moins la suzeraineté de la Néerlande y est généralement établie ou incontestée. Sur un point seulement, à Bali, la métropole, loin de voir son protectorat accueilli avec faveur, est réduite à l'imposer par la force. On avait pu croire que la résistance de Bali avait été complètement vaincue il y a un an. De nouveaux traités avaient été signés par les princes indigènes. Ces chefs s'engageaient à soutenir le gouvernement néerlandais dans ses efforts pour la suppression de la piraterie. Tous les résultats d'une expédition bien combinée en 1846, ont été promptement compromis par la mauvaise foi des princes balinais et les tendances violentes de la popu* lation dont ils subissent l'influence. De nouvelles infractions du droit des gens ont amené d'énergiques représentations du Gouverneur-Général; mais ces représentations n'ayant pu arracher les réparations exigées, le Gouvernement colonial a dû recourir de nouveau à la force. On a eu le tort, cette fois, de dédaigner un ennemi qui avait déjà donné la mesure, sinon de sa science militaire, au moins de son intrépidité et de ses forces numériques. Une expédition matériellement in-

suffisante de tout point et Jugée telle à son départ, s'est approchée delà capitale du radja de Bleling; elle a été forcée, après des luttes meurtrières, de se replier sur son point de débarquement. C'est un échec sérieux, et qu'il faut se hâter de réparer" (1).

Un rapport fait en Mai 1823 par le Gouverneur des Moluques, feu le G. G. ]\J[erkus, au Gouverneur-Général van der Capellen , nous met en état de faire apprécier à nos lecteurs l'importance de l'ile de Boeroe qui forme l'une des principales dépendances du gouvernement d'Amboine. M. Merkus dit en substance: — ))Boeroe, quoique moins grande que Céram, doit occuper le premier rang parmi les îles du rayon administratif d'Amboine. Les renseignements que j'ai pu me procurer sur cette île et le séjour que je viens de faire dans le golfe de Kajelie, m'ont convaincu que cette lie renferme tous les éléments, propre à en former une possession importante. On y trouve de vastes plaines arrosées de rivières nombreuses, un sol très-fertile, couvert d'une végétation magnifique, en un mot tout ce qui, sous la main de l'homme laborieux, est à même de fournir des moyens nombreux de prospérité et de richesse."

» Attendu que ces ressources n'auraient qu'une valeur fort secondaire sans le concours d'une population

(1) Revue des deux mandes, livraisons 21 et 23: par H. de Janciipiy, ancien GonsuJ de France à Canton.

assez nombreuse, j'ai dirigé mes ioTestigations vers ce point capital, et au cas que je ne m'abuse point, il parait qu'on a toujours été mal renseigné concernant cette population. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les Alfoeres de Boeroe difierent essentiellement par le caractère de ceux de Céram: autant les derniers sont hautains, querelleurs, remuants et enclins à la guerre, autant ceux de Boeroe sont soumis, doux et paisibles; parmi eux, la coutume barbare de coupeurs des têtes n'est point usitée comme elle l'est encore à Céram; ils se vouent principalement aux travaux du petit champ qui fournit à leurs besoins journaliers; ils ne quittent leurs montagnes que sur l'ordre des chefs ou régents malais, auxquels ils sont assujétis et qui les tiennent sous le joug de la corvée, mais ces ré* genls ont toujours soin de n'en point réunir un grand nombre autour d'eux. — Tous les travaux publics et domestiques sont leur partage , tandis que leurs maîtres mahométans ainsi que leurs familiers vivent dans le désoeuvrement, se livrent à toutes sortes de vices et font un usage immodéré d'opium."

))La richesse principale des régents de Boeroe, dumoins des dix chefs qui habitent le littoral de la baie de Kajelie, consiste dans les Alfœres qui leur sont soumis; ce qui fait qu'ils mettent tout en oeuvre pour maintenir leur autorité, et ne négligent point d'en diminuer l'importance, dans la crainte de voir leur ascendant sur ce peuple passer en d'autres mains."

)> Quoique ces régents aient un nombre assez considérable de serviteurs alfoeres à leur service, leur tac-

tique les porte à répandre partout que la population indigène est fort peu nombreuse, même que le chiffre insignifiant de celle-ci se trouve être hors de proportion relativement à la grande étendue de l'ile. Selon le rapport que ces régents m'ont soumis, ils n'auraient collectivement qu'un millier d'Âlfoeres à leur service. Le minime accusé de ce chiffre, joint aux renseignements qui me sont parvenus des districts de Masjarette et de Lelioli, où le nombre d'indigènes au service des régents est de plusieurs milliers d'individus, me fournirent la preuve que les régents de Kajelie voulaient m'éconduire et m'en imposer."

i> Dans l'incertitude où je demeure sur le chiffre réel de la population de l'intérieur, des recherches renouvelées seront nécessaires. Je me propose d'utiliser à cette fin l'un des jeunes employés qui viennent de se rendre ici, dès qu'ils auront acquis les connaissances nécessaires pour pouvoir leur confier cette mission (1). Au cas que mes conjectures soient confirmées, j'ose présumer que Boeroe deviendra une possession importante, non seulement par les produits du sol, mais aussi par sa position favorable, ainsi que pour sa baie magnifique, dont il ne s'agirait que de faire le relèvement exact, pour qu'elle puisse offrir toutes les commodités désirables dans l'intérêt du commerce et de la navigation. Dans tous les cas, nous devons mettre du prix à la possession de Boeroe, en ce qu'elle fournit de forts

(1) Noos devons présumer qa'on n'a point donné saite â ce projet; Boeroe est encore aujourd'hui une possession non explorée.

beaux bois de construction, et en exploitant les forêts l'on pourrait se passer de l'importation du bois de Djati de Java "

Poeloe Boeroe ou l'île du chasseur est montueuse et boisée; on dit que les forêts marécageuses, dont quelques parties à l'embouchure des rivières sont couvertes, sont en quelque sorte inhabitables. Cette île peut avoir soixante quinze mille en longueur, sur trente-huit dans son étendue la plus large. La superficie est calculée à 164 lieues géographiques D^ ou 90 myriamètres D. Elle est située dans le Sud-Ouest de Céram. Sa position est indiquée entre le 125<>52' et le 127o4' longitude Est de Greenwich; sa latitude est entre le 5^18' et le 3^50': M. le lieutenant de marine Melvill de Carnbée, indique pour la position du fort 127o6' longitude, et 3^22' latitude. Le pic ou point culminant est élevé de 6528 pieds, au dessus du niveau de la mer. La seule baie qu'on trouve dans l'ile, celle de Kajelie, est vaste et peut fournir à tous les besoins de la navigation et du commerce; le délégué du Gouvernement ainsi qu'un poste militaire s'y trouvent établis.

Dans cette île croit l'arbre de la famille desMyrtacées qui fournit la meilleure qualité de baume Eajoe-Poetih ou Kajaput (1), fort*recherché par la race malaie, et qu'on emploie avec succès dans nos pharmacies comme

(1) Dont l'ëtymologie est bois-blanc. C'est le Melaleuca cojuputi; le baame odorant est contena dans les vésieules dent la surface des feailles est parsemée.

sudorifique dans les fièyres , mais qui est surtout recommandable à l'extérieur dans lesparalysies et les rhumatismes; puis quelques autres aromates, parmi lesquelles il s'en trouvent qui ne croissent point à Boeroe , mais que nous citons ici; telles que le Doupa^ le Massoy et le Koelit-lawang , écorces dont on retire des huiles plus ou moins précieuses; le Sandal, Tjendana^ dont le bois conserve longtemps une odeur agréable. On recueille aussi les fleurs odorantes du Malattij du Kananga^ du Tsjampakkay du Tanjong, du Katje-piring y du Soendalmalam et autres , qui fournissent des huiles volatiles et dont les femmes font un usage fréquent comme par* fums, ainsi que pour en faire des guirlandes ou des bouquets comme ornements de tête ; les feuilles de Pandang découpées servent à parfumer le linge; le Sirée, graminée qui fournit une huile très-aromatique; le Minjakh et le Damar, résines agréables et d'une odeur pénétrante, et plusieurs autres qui sont recueillies dans les lies de ce groupe; on en exporte aussi du bois d'ébène et plusieurs autres sortes de bois précieux. Les bocages sont habités par toutes ces belles espèces de perroquets à plumage richement varié de rouge et de bleu. Le Cochon-cerf, Sus Ru88a,ovL le Babi-russa des Malais , vit en grandes troupes dans les marais boisés de Boeroe.

Boeroe n'a pas été visitée d'une manière scientifique, et l'on ne possède point de notions sur les districts qui en forment le centre; l'on s'est toujours contenté d'afiSrmer que des obstacles majeurs s'opposent à ce que des voyageurs puissent y pénétrer. La population

Âlfoere occupe, dans cette iie de même que dans plusieurs autres parties de l'Archipel, toutes les contrées de l'intérieur: ces tribus frugales et paisibles vivent, dit-on, retirées dans les montagnes; leurs besoins sont peu nombreux; ils se nourrissent principalement de sagou et font la chasse au gibier, dont la chair séchée au soleil se vend sous le nom de dinding. Ils abandonnent aux tribus malaies de la côte, le commerce de cabotage et le soin de la pèche, dans lesquels ces intrépides marins développent plus de moyens et montrent un plus haut degré d'intelligence et d'activité que les anciens habitants; ceux-ci quittent rarement leurs montagnes, dont l'on prétend qu'ils interdisent l'accès aux Européens, souvent sous les prétextes les plus bizarres, ou bien en exagérant les dangers auxquels le voyageur serait exposé dans ses excursions. Quoiqu'il en puisse être, cette ile est assez remarquable par sa position, peu éloignée du chef-lieu des Moluques, pour qu'on en ait pu négliger jusqu'ici l'exploration régulière: celle-ci aurait probablement déjà été tentée du temps où la Compagnie des Indes y régnait en souveraine, si dès lors, la réputation d'insalubrité de ses côtes et le peu de bonne volonté des régents, tout vassaux qu'ils l'étaient et le sont encore aujourd'hui, n'avaient servi de prétextes spécieux pour en faire remettre, à d'autres temps, la reconnaissance sans cesse projetée. Il nous parait plus probable que l'indiflerence sur ce point, doit son origine au calcul de l'intérêt mercantile, va qu'à Boeroe on ne trouve pas de girofliers, et que les autres productions spontanées qu'elle peut fournir, ne

compenseraient probablement point les frais d'entretien de l'occupation civile et militaire de l'île: puis, qu'on s'en est toujours rapporté aux assertions des régents malais sur les difiScultés pour pénétrer dans l'intérieur, ainsi qu'aux informations exagérés qu'ils débitent sur le compte des Âlfoeres et de leurs moeurs inhospitalières.

La végétation de Boeroe est vigoureuse et imposante; elle se compose surtout de grands arbres encore peu connus des botanistes, et parmi lesquels il doit y en avoir beaucoup d'inédits. Voici ce que nous apprend, relativement à la baie de Kajelie, un témoin oculaire de cette végétation grandiose (1). — ))yue de la rade de Kajelie, le panorama du paysage qui se déroule aux yeux de l'observateur offre les plus grands charmes. L'oeil se repose avec plaisir sur la riche verdure qui en recouvre les bords: dans les éclaircis que laissent les arbres entre eux, s'élèvent les sommets pointus des mosquées, où, à travers les formes infinies du feuillage et entre les tiges droites des papayers, ou les longues feuilles tombantes des bananiers, apparaissent les cabanes des habitants, dont les murailles sont en bambous. En arrière de ce premier rideau s'élèvent les hautes montagnes de l'intérieur, partout également boisées. Sur le côté oriental de la baie, des coteaux élevés présentent une verdure triste et glauque, et laissent exhaler au loin les odeurs fragrantes et vives des mélaleuques qui y sont plantés, et qu'on cultive pour en retirer le bao-

(I) yoyag[e aatoor da monde tor la corTefCe La Coquille, Zoologie toi. L par M, Lesson,

me si estime des Malais et connu sous le nom de Kajoe-Poetih. Toute la partie Nord-Ouest, au contraire, est basse et à peine au niveau de la mer, et ne présente sur toute sa surface que de vastes marécages en partie submergés, où vivent des crocodilles. Rien ne flatte plus la vue, peut-être^ que ce mélange heureux de sites opposés, et réunissant tous les genres de beautés des paysages de la zone torride. Ici le cocotier élè-^ ve dans Pair ses parassols de verdure; là le sagoutier à moelle nutritive couronne son tronc grossier de paU mes rigides; le bananier herbacé, entouré de ses nom* breux rejetons, croit au pied du robuste canari, dont les amandes ont une, saveur si exquise et si douce. A ces végétaux utiles des forêts équatoriales s'en joignent une foule d'autres, dont les rameaux toujours verts^ chargés à la fois de fleurs et de fruits, sont animés par les bruyants loris, des perroquets à plumage cramoisi et un grand nombre d'autres espèces d'oiseaux. De nombreux ruisseaux, d'une eau fraiche et le plus souvent limpide, se perdent après mille détours, au milieu d'une végétation vigoureuse. La jolie Jusmua tenella couvre de ses pelouses fleuries des lieux frais et humides; le jaquier à feuilles entières avait son tronc chargé d'énormes fruits à épidermes aréoles, fruits que les Malais préfèrent au rima que produit l'arbre à pain à feuilles incisées. De nombreux pothos grimpent le long des arbres, et sur les fleurs se reposent des papillons vivement colorés, tandis que souvent se confond avec le vert des feuilles un petit agame à queue trèslongue. Dans tous les sentiers se voit le scinque gra^

deux, si commun sur les terres de l'Océanie, que rendent si remarquable les trois raies dorées qu'il porte sur le corps, et l'azur de sa queue. Dans ces lieux se trouve en abondance la perruche lori , psittacus ornatu8, la perruche cramoisi, p. rubery le petit perroquet Tertet rouge, p. Geoffroyi, et le petit cacatoès à huppe jaune, p. sulphureus^

 Boeroe comme à Âmboine on fait un usage fréquent du suc ou de la sève que fournit le sagoutier Arenga saccharifera ; cette boisson enivrante est obtenue par le moyen d'une incision qu'on pratique au rameau floréal. Les habitants la recueillent tous les soirs, en plaçant au dessous de la plaie un vase fait avec une écorce solide et flexible, capable de contenir le liquide à mesure que l'ascension vitale le fait monter. Ils enveloppent avec soin l'ouverture du vase, pour que les rayons du soleil n'y pénètrent point; car ce suc, de doux et sucré qu'il est à sa sortie, ne tarde pas à passer à la fi^rmentation alcoholique. L'usage de cette sorte de vin est très-répandue parmi les habitants des Moluques; mais, quoique délicieux au goût des naturels, il répugne par son amertume au palais de l'Européen.

Le sol de cette ile est montueux, profondément raviné et s'abaissant vers le rivage pour donner naissance à des marais profonds et étendus, qui régnent au fond de la baie de Kajeli. Le sol est d'argile rougeâtre sa» les collines, et supporte une formation schisteuse, sillonnée par des veines de quartz, variant du talcite carburé phylladiforme au talcite quartzifere aussi phylladi-

forme. Des veines de quartz amorphe, épaisses d'un pied, sillonnent en tous sens ces rochers.

Amblau et Kelang sont de petites îles situées entre Boeroe et Âmboine. La superficie d'Âmblau n'est que de dix milles; elle est située au 5^55' de latitude sud et {tu 127<> de longitude orientale; on la dit peu peuplée et l'on ne sait rien de sa constitution physique.

Nous passons maintenant à l'exposé succinct relatif aux îles réservées, du temps de la Compagnie, à la culture du giroflier et qui en avaient le monopole.

Les îles de la dépendance du gouvernement d'Amboine sont à l'orient Haroeko, aussi nommée Oma ou Boewangbesi; cette petite ile de 5,000 habitants, est située au lâS^SSMongitude et au 3o40' latitude Sud, elle peut avoir 12 lieues de longueur sur 8 de largeur, et comprend douze villages dont le plus grand nombre des habitants sont chrétiens. On y trouve plusieurs sources sulfureuses chaudes propre à la guérison des rhumatismes et de la goutte; deux forts, celui de Hoorn et de Zelandia, protègent militairement les détroits. Le giroflier y est cultivé.

Plus loin à l'orient se trouve Honimoa, plus connue sous le nom de Saparoewa ou Saparœa , sous le 128<> 34' longitude et 3<>42' latitude; le chef-lieu est Saparoea. Cette ile produit une plus grande quantité de clous de girofle que toutes les autres îles réunies: sa population est de 12,000 âmes, dont plusieurs se disent chrétiens. Nonobstant les préceptes de cette religion de paix et de concorde, on à vu éclater en 1817 dans cette ile, une émeute à la tête de laquelle se trouvait un ci de-

Tant sergent-major au service de l'Angleterre nommé Matulesia, Malais d'origine et converti au christianisme, dont il se vantait d'être un des plus zélés néophites; son second, nommé Rhebok appartenait à une famille malaise distinguée; le troisième chef, Sajetappi, était maître d'école à Saparoea. Cette révolte, dont on paraît ignorer jusqu'ici le vrai motif qui la fit naitre, débuta par le massacre de tous les blancs dans cette ile. Le résident van den Bergh en devint la première victime, sa femme enceinte, tous ses enfants excepté le plus jeune, trouvé mourant parmi les cadavres et dont une Malaie prit soin, tous les employés subalternes et la garnison du fort Duurstede périrent victimes de cette trahison.

Les secours envoyés promptement d'Âmboine auraient suffi pour étouffer cette révolte dans sa naissance, si l'officier placé à la télé de l'expédition eût été plus habile; la défaite de cette troupe excita la hardiesse des mutins; elle fut cause que l'émeute devint générale dans le rayon de cette ile. Pour y mettre un terme, le gouvernement dût équiper une flotille, et dans l'année suivante toutes ces peuplades rentrèrent dans le devoir; on s'empara du chef et des principaux complices, qui subirent à Amboine le châtiment dû à leurs méfaits.

La résidence de Saparoea comprend aussi sous sa juridiction les petites îles de Noesa-lawut et de Melano; leur population réunie à celle de Saparoea est portée à 20,000 âmes; on y compte vingt-deux villages, dont deux seulement habités par des Malais professant l'Islamisme; les autres habitants sont Chrétiens, en Ma

lais Serani; on désigne les sectateurs de Mahomet sous le nom d^ Islam. Les églises, les mosquées et les villages détruits ou incendiés pendant la révolte, ont été rebâtis; l'habitation du résident également détruite et la belle forteresse Duurstede^ qui avait soufferte du violent tremblement de terre du 21 Janvier 1837, se trouvent maintenant en bon état. Â Noesa-lawut se trouve le fort Beverwyh. L'île produit, outre le giroflier, des bois de construction fort estimés; l'on dit que le sol contient des gangues de cuivre.

Sous le régime du monopole du produit des girofliers, les lois protectrices du fisc et celles en faveur du trafic réservé, étaient fort sévères: indépendamment des ordonnances générales, il était interdit à ces insulaires, de transporter les clous de girofle de nuit; l'on n'accordait aucune espèce de permis de navigation aux petits caboteurs, pendant tout le temps que la récolte des clous avait lieu; aucune demeure temporaire ou abri de quelque nature que ce fût, ne pouvait être construite ou élevée dans les forêts, et maintes autres ordonnances de la même nature, pour la contravention desquelles on sévissait, par le moyen de châtiments graves, contre le coupable. Pour veiller au maintien du nombre nécessaire d'arbres en plein rapport, que chaque district était tenu de cultiver, ainsi que du nombre de ceux à ajouter annuellement comme plantation nouvelle, on avait eu le soin de diviser la population en familles, nommées dati; chaque dati était tenu de veiller à l'entretien d'un certain nombre de girofliers.

L'ile de Saparoea divisée en 691 dati^ devait entretenir 34,550 arbres. — Noesa-lawul en 298 dati^ entretenait 14,900 arbres. — Haroeko en 564 dati^ entretenait 28,200 arbres. — Hila en 584 dati^ entretenait 19,200 arbres. — Larique en 188 dati^ entretenait 9,400 arbres et Âmboine divisée en 774 dati, entretenait 38,700 arbres en rapport; ce qui fait un total de 144,950 arbres, chiffre que Ton conçoit qu'il n'était guère possible de vérifier exactement, et qui dépassait le plus souvent celui que nous venons d'indiquer.

On calculait x[ue ce nombre d'arbres rapportait, année commune, 400,000 livres de clous de girofle. En admettant ce chiffre et le prenant pour base du calcul, il en résulte que , taxant la valeur numérique du pikol de 125 livres à 350 francs, le produit total s'élevait à 1,085,000 francs; desquels il faut déduire 112,200 pour les frais de culture et payement aux habitants cultivateurs; puis la part due aux chefs, montant à 11,000; finalement les frais d'enmagasinage, de transport et de fret montant à 21,000 francs; ce qui fait que le total à déduire sur la somme susdite s'élevait à 144,200: le bénéfice net se trouvait être conséquemment de 920,800 francs , que la Compagnie prélevait sur le monopole du produit des girofliers, dans les iles du rayon admini stratif d'Amboine.

A l'orient de ces iles productives, où les girofliers

sont cultivés avec le meilleur succès, se trouvent la

grande et la petite KefBng, deux iles peu connues et dans 3 17

lesquelles les girofliers ont été extirpés du temps de la Compagnie; elles sont bien peuplées de Malais professant l'Islamisme et régies par des chefs de villages qui y exercent l'autorité eu nom du Gouvernement; ces radja ou chefs nommés orang-kaja portent, comme insigne du pouvoir dont ils sont revêtus, des cannes munies d'une pomme d'or ou d'argent,, aux armes de la Néerlande. Le commerce de cabotage avec les archi* pels de Nassau^ de Key et de Tenimber, puis avec Géram et la Papouasie, forme la principale occupation de ces peuples;' ils vendent lés produits de leiïr pèche, consistant en caret ou écaille de tortue et en plusieurs espèces différentes de ^npan^ (bêche de mer), aux Balinais et aux Ghinois; ceux-ci portent les cargaisons à Singapore et en Chine. Les navires baleiniers visitent assidûment toutes ces iles, où ils trouvent à bon compte des rafraîchissements pour les équipages. Les iles de KefiSng sont basses et peu productives; les villages et les terres de leur dépendance sont séparés entre eux par des murs de corail.

Non loin de Keffing et vers la pointe orientale de Céram sont les tlots d'Akat, Parang et Maderang, et plus vers l'Orient Kelwarie et le groupe de Céram-lawut: dans tous ces îlots la Compagnie avait soin de faire extirper régulièrement à des époques fixes tous les arbres à épiceries; ces expéditions destructives portaient, comme nous l'avons dit, le nom de tournées du hongi.

Vers la pointe occidentale de Céram se trouvent les iles Bonoa, Kelang et Manipa, peu visitées par les navires européens et peuplées par des habitants dont

les moeurs et les coutumes difierent peu de ceux des Céramois: des j)etits forts en assuraient la possession à la Compagnie, et servaient à surveiller les insulaires adonnés à la piraterie; ce sont aujourd'hui autant de postes abandonnés, gouvernés par les chefs indigènes.

De toutes les possessions de l'Etat qui font partie du gouvernement des Moluques, il n'en est aucune aussi remarquable que la grande et belle lié de Céram, terre de promission pour les travaux du philanthrope et du naturaliste et qui, par sa position favorable pour le commerce, sa vaste -étendue sous un climat sâlubre, la vigueur remarquable de la végétation gigantesque qui la couvre, ainsi que la fécondité de son sol, dédommagera le Gouvernement des dépenses qu'il devra faire pour mieux utiliser les ressources d'une île, négligée par la Compagnie des Indes, qui ne la fit occuper militairement que dans le but de maintenir et de protéger le système du monopole accordé aux seules lies du rayon circonscrit d'Amboine et du petit groupe de Banda; îles auxquelles des sommes immenses ont été sacrifiées pour la construction des forts et l'entretien de fortes garnisons: ces postes nous offrent maintenant une ligne défensive redoutable et une prépondérance assurée dans tout l'Archipel.

Cette position avantageuse dans les archipels à l'orient de Java, de laquelle le Gouvernement se voit à même de faire aujourd'hui un meilleur usage que n'en

firent ses devanciers, peut lui offrir des revenus assurés, plus durables pour l'avenir que ceux sur lesquels la Compagnie avait fondé ses spéculations.

Il nous semble qu'à cette fin, on devrait maintenir dans ces mers un plus grand nombre de croisières, pour être toujours en état de s'opposer avec énergie contre la piraterie (1) des insulaires, ainsi que pour empêcher le trafic illicite des caboteurs étrangers, qui s'empressent, au détriment de notre industrie manufacturière, de fournir à ces peuples une foule d'objets de première nécessité, dont ceux-ci éprouvent de plus en plus le besoin, à mesure que leurs relations avec les Européens deviennent plus nombreuses et plus régulières. On a pu s'assurer de l'efficacité d'une telle mesure, par la joie et le dévouement que manifestèrent les peuplades des archipels de Tenimber, d'Aroe, de Key et de Wetter , à la présence dans ces mers du pavillon protecteur, lorsque le brik Dourga^ commandé

(1) Le Goaveraement s^est en^^é solemnellement , par le traite de Yienne, de réprimer la piraterie dans le grand Archipel d'Asie, rentre à cette époque sous sa domination: dans notre second volume, page 224 et suivantes , nous avons fourni la notice succincte des mesures énergiques qui ont été prises , ainsi que des faits d'armes qui ont eu lieu contre les dëpradations des écumeurs de mer; l'on peut dire hautement que le pacillon néerlandaù n^a point for^ fait à rengagement qu'il i était imposé par ce traité. Toutefois, il est nécessaire que l'ardeur de combattre la piraterie ne tiédisse pas, surtout devant les exigences éPune économie poussée à r excès ^ mise à l'ordre du jour, et qu'on Toit pi'édominer d'une manière affligeante dans le Département de la Marine.

par le Lieutenant de l^ classe de la marine coloniale Kolff, fit, à deux époques peu éloignées, des courses* dans ces eaux parsemées d'un si grand nombre de petites îles. Ces expéditions, ainsi que celle de la goélette V Iris y avaient pour but de- renouveler avec les insulair res les anciens traités, et celui d'assurer la paix et l'orrdre parmi ces tribus souvent désunies entre elles.

En adoptant cette mesure, dont le but serait aussi de montrer plus souvent notre pavillon dans ces mers, le Gouvernement se verrait également à même de faire valoir sa prépondérance acquise sur Céram , afin d'y protéger d'une manière plus efficace les populations chrétiennes et mahomélanes contre l'usurpation et les dévastations qu'exercent sur elles les habitants alfoeres de l'intérieur. Des cultures plus soignées et plus productives réussiraient, n'en doutons point, sur un sol tout aussi fécond que celui de Java, si même il ne le surpasse pas sous plusieurs rapports. Le commerce et l'industrie manufacturière y trouveraient une grande population à pourvoir, et nos rivaux établis sur la côte septentrionale de l'Australie, où ils se sont fixés comme à Singapore et à Laboean, dans le but bien reconnu de nuire à notre commerce dans l'Archipel, verraient s'échapper de leurs mains une prospérité dont nous les laissons jouir pleinement, par suite d'une économie poussée au delà des bornes, et préjudiciable à nos vrais intérêts.

Il semble que l'intérêt du commerce demande aussi l'établissement d'un port-franc sur un des points les mieux situés à cette fin, comme dans la partie Sud-Est de Céram , à Batoetuoriu , Salangur ou Razakel ,, ou

bien sur l'une des iles Kefiing. Un établissement de ce genre dans le voisinage de la grande terre des Papous, non loin des Archipels de Nassau, de Key, d'A« roe, de Tenimber, de Wetter, de Banda et de Céramlawut attirerait vers la côte de Céram les caboteurs de toutes ces iles fortement peuplées, et qu'habitent les marins les plus déterminés de tous nos archipels; ces nautoniers entreprenants n'iraient plus s'aventurer à la côte septentrionale de la Nouvelle Hol« lande vers Port Essington , voire même jusqu'à Singapore, dans le but d'y traflquer de leurs denrées et de s'y pourvoir en objets de l'industrie manufacturière tinglaise. Nous ouvririons par ce moyen une voie nouvelle au débit de nos^ produits nationaux ;, le commerce de cabotage qui s'éloigne de plus en plus de nos p(H*ts dans l'Inde archipélagique s'y trouverait ramené insensiblement, et nous apprendrions à mieux connaître des terres depuis des siècles en notre pouvoir, mais qu'on a vu négligées presqu'aussi longtemps par leurs possesseurs. Aussi le Gouvernement s'est-il contenté jusqu'ici de ne montrer le pavillon national dans ces mers que sur les Kora^kora ou les Orembai des princes indigènes, presque les seuls bâtiments sur lesquels il se trouve arboré, sans qu'on prenne soin de le déployer sur les navires à vapeur de la Marine Royale, les seuls qui puissent protéger efiScaeement notre commerce dans ces mers: mais ceux-ci ne sont pas même assez nombreux pour remplir les divers services commandés par la plus stricte nécessité.

Céram, ou Sirang des indigènes, peu lai^e du nord

au sud y occupe une vaste étendue de l'orient à l'occident. Sa position est comprise entre le 127o59' et le 130o44' de longitude orienlale et du S^âO' au 5o40' latitude Sud. Sa superficie est de 309 lieues géographiques D, ou 169,5 myriamètres Q.

Une chaîne de montagnes fort hautes s'étend sur toutes les parties de l'intérieur , depuis la pointe occidentale à celle orientale: ces montagnes ont une élévation variant de 6,000 à 8,000 pieds; quelques pitons s'élèvent d'avantage, sans qu'on puisse juger de leur hauteur, ni donner une idée de leur formation, ou bien savoir s'il existe des volcans dans cette ile. Un grand nombre de rivières ont leur embouchure à la côte méridionale; le nord de l'ile est plus montagneux et la côte y est moins abordable, étant élevée et accore. Le sol y est couvert d'une végétation magnifique, non seulement en arbres à épiceries qui y croissent sans culture, mais aussi en précieux bois de charpente et d'ébénisterie ; la nature y est prodigue de ses dons les plus recherchés, et de tout ce qui est capable de servir d'aliment et de flatter la vue; dans aucune autre ile ne croissent des forêts aussi étendues de sagoutiers, dont la cime s'élève à plus de cent pieds de hauteur. Parmi ce grand nombre de sortes de bois utiles ou précieux, il ne s'en est point encore trouvé qui puisse servir aux constructions navales. La Compagnie faisait exploiter pour son compte les forêts de la côte méridionale, et elle avait un poste fortifié dans la baie d'Amahoy, afin de surveiller les coupes et enmagasiner les bois. Celte factorerie a été supprimée sous

l'administration anglaise, et elle n'a point été rétablie depuis.

Cette île a été occupée depuis plus de deux siècles par des agents subalternes de la Compagnie, commis à la garde de petits forts qui servaient de remparts aux détachements militaires peu nombreux, qu'on y envoyait d'Âmboine, afin de maintenir l'ordre dans les villages soumis à la métropole, et pour veiller à l'exécution des ordonnances prescrites par le système de monopolisation. Â ces rapports prolongés avec les Européens, doit être attribué la conversion des habitants de plusieurs districts côtiers aux dogmes du Christianisme. C'est aussi à cause de ces rapports fort anciens des habitants de Céram avec les autorités hollandaises, que les Alfoercs de l'intérieur montrent un certain respect pour les agents du Gouvernement, qu'aujourdhui encore ils connaissent et reçoivent sous le titre de Compagnie: ce nom est traditionnel parmi eux, et quiconque se trouve muni du signe révéré, la canne à pomme (Tor ou (T argent aux armes de VEtat^ est certain de ne pas être molesté au milieu de cette population à demi sauvage, dont les habitudes sanguinaires ne sont cependant pas fort rassurantes pour les Européens qui se rendent parmi elle.

L'excursion de quelques jours faite en Avril 1846, par le sous-résident de Saparoea M. Scherius, peut servir à confirmer l'exactitude des faits mentionnés. — Cet estimable fonctionnaire, ayant à remplir des devoirs relatifs à sa charge au village de Wahai (côte septentrionale de Céram), et ne voulant point profiter

de la Yoie maritime qui lui offrait toutes les aisances de voyage, entreprit, à ses risques et périls, d'exécuter cette course en traversant Pile de Géram du Sud au Nord. A cette fin, il choisit son point de départ du village de Makarike sur la côte méridionale, où il se rendit en quelques heures de traversée par mer, depuis sa résidence dans l'ile de Honimoa.

»Nous fûmes, dit M. Scherius, reçu en débarquant sur le rivage de Céram, par le régent et le maître d'école accompagnés de jeunes filles qui entonnèrent des chants à notre bien-venue. Le village de Makarike où nous primes terre, compte une population de 620 âmes, dont 438 sont Chrétiens, 11 Mahométans et 171 Alfoeres ou idolâtres. Ce lieu offre un aspect riant, mais la civilisation de ses habitants est encore fort arrière; les chrétiens ne le sont que de nom; de fait ils s'adonnent à tous les préjugés et suivent plusieurs coutumes des Alfoeres idolâtres des montagnes, avec lesquels ils ont journellement des rapports plus ou moins directs: aussi faut-il convenir que l'instruction de la jeunesse y est complètement négligée ; l'école n'est visitée par les enfants qu'autant que les parents s'y voient forcés par le régent indigène ou orang-kaja. ))Le lendemain, accompagné d'une escorte assez nombreuse et de V orang-kaja du village, nous nous mimes en marche vers la chaîne montueuse qui s'étend sur toute la largeur de l'ile de l'orient à l'occident, et qui forme le point culminant duquel se dirigent vers le Nord ainsi qu'au Sud, plusieurs rivières et un grand nombre de torrents dont l'ile est arrosée: la route qu'on suit

est indiquée par des sentiers étroits qui conduisent dans l'épaisseur des forêts, ou bien suivent le cours, même souvent le lit , des torrents qui se frayent passa* ge entre les rochers ammoncelés et les arbres de ces forêts séculaires. Deux journées d'une marche continue et pénible nous firent atteindre le point le plus élevé du passage; une autre journée employée à traverser ce plateau nous mit en rapport avec les Alfoeres de l'intérieur, dont les villages occupent les plateaux les plus élevées et de difficile accès, mais qui sont couverts d'une végétation puissante, et qui offrent dans le lointain la vue des deux mers dont la côte Nord et Sud de l'ile sont baignées. Les Alfoeres du bourg de Horalic, après la première surprise excitée par notre apparition imprévue, et à la suite d'explications sur le motif de notre voyage, nous reçurent parfaitement et sans manifester aucun signe de méfiance. Ge village d'un aspect riant est construit dans un site pittoresque; il est formé de cases assez spacieuses, distantes les unes des autres, construites en bois et en gabba-gabbay élevées sur des pieux à six pieds de terre et ayant une galerie extérieure. L'intérieur de ces habitations est propre et d'une simplicité patriarchale ; quelques ustensiles de ménage grossiers, deux fusils de fabrique anglaise et trois grands sabres ou klewang, formaient tout l'ameublement; puis cinq crânes humains suspendus aux traverses du logis, servaient d'indices que le maître de cette habitation n'avait pas abjuré ses coutumes sanguinaires. Dans le bialOy sorte de maison de commune où se traitent les affaires, nous trouvâmes

quelques pierres sacrées, plusieurs autres objets de yénération y et Gnalement un trophée de 56 crânes humains qui sont la propriété de la communauté. Le nom* bre des individus de cette tribu était de 500, dont 100 environ en état de porter les armes et qui possèdent 60 à 70 fusils.

» Les femmes s'occupent des travaux agricoles; les hommes n'y prennent part que lorsqu'il s'agit de défricher le sol. Les produits de cette industrie consistent, comme nourriture principale en djagang (mais), puis en pisang^ obie^ kombiliej kaladie^ katjan^ labo et quelques autres denrées comestibles dont ils trouvent un débit facile dans les bourgs du littoral: le provenu de ces ventes est employé en achats d'armes à feu, de munitions, de sarong d'indienne et autres objets pour se vêtir ou de pure fantaisie, et Varak ou autres boissons fermentées. Les hommes, quand ils vivent en paix avec les tribus voisines, vont à la chasse du sanglier et du cerf; ils chassent aussi les grands serpents et les civettes qui sont pour eux des mets de prédilection; le reste du temps est consacré aux soins qu'ils prennent de leurs armes, et à boire de Varak ou du sagaweer (vin de palmier). — La continence est l'une des vertus caractéristique des Alfoeres montagnards; l'adultère leur est presque inconnu, et il ne pourrait se commettre parmi eux qu'en encourant la peine de mort.

Les détails peu nombreux fournis par M. Scherius sur les moeurs des Alfoeres, nous portent à renvoyer pour ceux-ci au mémoire de M. Bik , auquel nous empruntons

les données relatives aux coutumes en usage chez ces peuples.

Céram est partagée entre plusieurs chefs; ceux de la partie occidentale sont compris sous la résidence d'Amboine; ces districts ont pour chefs-lieux Hatiiing, Wahai , Sawai et Caibolo : ceux de la partie orientale ressortent de Banda; les chefs-lieux sont Waroe, Kenbar, Hetewai et Tobo; mais une partie du centre de l'ile se trouve sous les ordres d'un prince indigène revêtu du titre de Sultan de Céram, mieux connu sous celui de Sultan Djelalo; il a été tributaire du gouvernement et jouissait d'une pension. Ce potentat de nom, résidait à Sauwai ou Sawai sur la côte septentrionale; son palais ou dalam était protégé par un fortin muni d'une garnison néerlandaise, qui veillait à ce que ce prince ne se livrât point à la piraterie, métier qu'autrefois il exerçait avec succès et presque impunément. Les déprédations qu'il exerça depuis ce temps clandestinement, le firent mettre sous la surveillance du poste de Wahai; mais en 1832, on se rendit maître de sa personne ainsi que de tous ses affidés ou complices, et ils furent déportés à Java.

Les côtes sont habitées par des Malais, navigateurs, hardis, commerçants entreprenants, qui ne craignent pas de s'avanturer fort loin sur les mers dans leurs prahoe ou pirogues à balancier, fendant l'onde avec une rapidité étonnante, ou qui, pour commercer aa loin , entreprennent des voyages aux îles de la Soende , à Singapore et vers le nord de l'Australie, montés sur de grands bâtiments {Korakorà) qui sont mus par les

bras de 50 à 40 et jusqu'à 60 rameurs, et qui vont trafiquer dans tout l'Archipel, des produits de leurs pé* chéries très-lucratives.

Les hautes montagnes de l'intérieur ainsi que quelques lies des archipels orientaux, sont habitées par des races d'origine différente de celle des Malais de la côte de Céram. Ces Âlfoures ou Harafoeras paraissent n'avoir aucun culte, pas même celui des idoles; ils n'ont qu'une idée vague d'un mauvais génie qu'ils désignent par le nom de Sawangi; encore occupe-t-il rarement leur pensée: nonobstant cette absence de tout frein dans leurs actions, il est remarquable que ces peuples vivent entre eux dans une harmonie aussi parfaite, et que dans leur rapports sociaux comme dans les différends suscités par le droit de propriété, ils s'en rapportent sans objection et se soumettent même sans contrainte à la décision des anciens de la tribu, dont l'opinion chez eux tient lieu de loi; ces jugements sont dictés par les coutumes de leurs ancêtres, traditions auxquelles ils semblent porter une vénération toute particulière.

Pendant le séjour que M. Bik, auquel j'emprunte quelques observations, fit parmi les peuplades alfoeres, il ne fut témoin d'aucune querelle ni désunion dans les familles; aucun procédé malveillant n'eut lieu parmi les habitants des différents villages dans lesquelles il séjourna, quoique ces peuples soient peu modères dans l'usage des liqueurs fermentées, et que la pèche du tripang les place souvent en conflit d'intérêt.

Un Alfoere ne peut se marier qu'en payant une dot.

hartdy aux parents de la fiancée; celte dot consiste en dents d'éléphant, en gongons de cuivre, en porcelai^ nés, en étoffes etc., ce qui fait qu'un père est réputé riche lorsqu'il a un grand nombre de filles. Le plus souvent le jeune homme n'est pas en état de payer de suite la valeur convenue; dans ce cas il parcourt les villages voisins, ou bien il passe sur une autre île: il est d'usage qu'on lui fournisse, à titre de prêt, les objets qu'il doit déposer entre les mains du père de la fiancée avant de pouvoir célébrer la noce. Les dettes contractées de cette manière sont sacrées pour TAlfoere; il se priverait plutôt du nécessaire que de manquer à cet engagement. Les noces sont célébrées par une fête bruyante et sont accompagnées d'une musique assourdissante de gongon, à la quelle on ne fait trêve que pendant les libations fréquentes d'arak, dont il se fait une immense consommation.

Il n'est permis à aucun Alfoere d'entrer dans l'habitation d'autrui lorsque le propriétaire est absent; une contravention à cette étiquette suffit, pour faire imposer une amende d'une coudée d'étoffe ou autre objet de cette nature. En cas de contestation le jugement est prononcé par un ancien du village, et l'offensé a le droit d'exiger le payement; il peut même le réclamer partout où l'individu qui a commis le délit oserait se présenter; cette amende est désignée sous le nom de poekoeUdende. L'attouchement d'une femme mariée fait encourir une punition semblable.

L'Alfoere réputé riche en dents d'éléphant, en étoffes, en ustensiles de cuivre on de porcelaine, parait

n'avoir d'autre vue en amassant ces trésors, que de les faire servir au bien-être de son semblable, on bien d'en faire occasionnellement un usage louable, soit en acquittant par leur moyen la dot de ses parents moins fortunés, soit en payant les dettes contractées par des villages voisins. Il ne se vante point de ses richesses, mais se dit heureux d'avoir de quoi payer la harta pu l'amende encourue par des parents ou des amis.

M. Bik fut témoin du fait suivant, qu'il relate dans son ihânuscrit à peu-près dans ces termes. — Un Âlfoere qui était absenté pour peu de jours de chez lui, et qui n'avait laissé à sa femme que le strict nécessaire pour subvenir à ses besoins pendant ce temps limité, prolongea son absence bien au delà du terme fixé; la femme dépourvue de moyens, s'adresse dans sa pénurie à son voisin, qui pourvoit à son entretien ainsi qu'aux travaux domestiques nécessaires. Ces procédés bienveillants donnèrent lieu à une liaison plus intime. Le mari, contrarié par les vents, revint après une absence de deux mois: à cette nouvelle les deux coupables s'enfuient dans une ile voisine. Le mari réclame sa femme auprès des anciens, qui font des recherches, découvrent les fugitifs et les rammènent dans leur île. Le mari se croyant trahi par son voisin , fait en justice une demande exagérée d'indemnité; le coupable s'en référé au jugement des anciens: ceux-ci interrogent la femme, qui avoue, qu'émue par les procédés bienveillants de son voisin, un sentiment plus intime avait remplacé celui de la reconnaissance, et qu'elle s'avouait

aussi coupable que son complice. Les juges , eu égard au cas tout particulier de l'offense, et peut-être aussi aux considérations atténuantes, infligèrent au ravisseur une légère amende, et firent au mari l'admonition de ne plus délaisser pour un si long temps sa compagne , sans laisser entre ses mains des moyens de subsistance. L'Epouse vécut depuis ce temps' en parfaite harmonie avec son mari.

A la mort d'un Alfoere, tous ses parents sont convoqués; lorsqu'ils sont réunis on s'occupe à rassembler tous les objets appartenant au défunt, on les bHse à coup de pierres et les débris sont dispersés, sans distinction , que ce soient ustensiles , meubles ou denrées; ce qui fait qu'on voit des tas de fayence et des débris de vases de cuivre et autres objets devant la demeure du mort. En agissant ainsi, ils se fondent sur ce que les survivants n'ont aucun droit de propriété sur les biens délaissés par le défunt.

Le corps du mort est placé sur une natte, puis appuyé contre une échelle ; on prodigue à ce corps toutes sortes d'exhortations pour lui persuader de prendre des aliments, puis on en remplit la bouche du cadavre: la décomposition sous une température aussi chaude s'opérant promptement pendant la durée de ces cérémonies, on a soin d'enduire d'une couche de chaux les parties les plus infectées, tandis que des fumigations faites avec le damary encens d'une odeur très- pénétrante, servent à rendre la place tenable pour les assistants. En même temps les gongom sont en pleine activité et font un bruit assourdissant; la liqueur fermentée circule à

la ronde, et le mort est de nouveau invité à en prendre sa part. Enfin, lorsque la place n'est plus tenable, on transporte le hideux cadavre dans les bois, où il est placé sur quelques piliers. Cette dernière cérémonie est nommée Soedah boeang, ce qui signifle que le mort a été relégué attendu qu'il n'écoute plus* rien. L'habi*tude assez généralement observée, est de planter un arbre près du lieu où le cadavre est déposé^ ordinairement de l'espèce Pavetta indicay et la coutume exige que cette dernière formalité soit remplie par des femmes.

 la naissance d'un enfant, ils ont l'habitude de suspendre au dessous de l'habitation ^ toujours placée à une certaine élévation sur des piliers, une noix de coco , du poisson , du riz et du sagou ; ces aliments y demeurent jusqu'à ce que la décomposition les fasse tomber à terre. Ils en agissent ainsi avec l'idée que ce charme protégera le nouveau né contre le besoin et la disette.

Qu'il y a loin du narré de ces moeurs, douces et innocentes, aux récits dont nos auteurs modernes nous gratiflent, tout en se copiant les uns les autres, et qui attribuent aux Alfoeres de l'orient, de même qu'aux Dajaks de Bornéo, des coutumes d'Une atrocité révoU tante, dévastatrices assurées du genre humain dans ces contrées, pour peu qu'elles eussent l'ombre de la vérité! Hâtons nous donc de dire, en l'honneur de l'humanité, qu'il n'est aucunement prouvé par des faits, que l'Alfoere pas plus que le Dajak ne peut obtenir les faveurs d^une belle ^ avant que V amant ait déposé à ses pieds cinq ou six têtes d^ennemis. Ces au-

teurs, qui s'empressent de faire étalage de leur philanthropie, et qu'on voit ailleurs s'appitoyer sur le sort des Javanais, sur lesqitels la Néerlande fait peser un sceptre lourd et terne comme le plomb; qui font du rebelle Diepo-Negoro, un héros qui a joué un si beau rôle dans sa patrie^ et de Kjahi Modjo, ce prêtre sanguinaire, un martyr; ces auteurs ne se font ici aucun scrupule d^accuser une race entière, une population de quelques millions d'âmes, des coutumes les plus sanguinaires: coutumes, auxquelles, en les acceptant comme exactement relatées, le bon-sens devrait néanmoins opposer le doute; car adoptons pour un moment la vérité de semblables récits, ne devrait-il pas s'i^nsuivre qu'un vaste pays, qu'une île, qu'un canton, qu'un village, se verraient en fort peu d'années totalement dépeuplés. Si en effet l'habitude existait de célébrer chaque noce par un holocauste de cinq à six têtes du sexe masculin (car ici le beau sexe nous semble être exempt de payer tribut à ces sortes d^ffrandes), il y aurait, dans ces pays, une différence remarquable entre le nombre d'individus des deux sexes; tandis qu'on n'a jamais acquis des renseignements positifs à cet égard. Il est probable aussi qu'on aurait obtenu quelque notion concernant ces barbares coutumes, par les renseignements recueillis chez les auxiliaires alfoeres, de tous les rangs, qui ont servi dans l'armée coloniale lors de la révolte qui eut lieu à Java sous Diepo-Negoro.

Il convient toutefois de faire la remarque, que les moeurs dépeintes par M. Bik ont été observées par lui, chez les habitants alfoeres des iles situées à l'Orient

de Géram. Ces îles, nombreuses, comme celles formées par l'archipel de Nassau, de Noesa Telo, de Key, d'Aroe et de Tenimber, doivent faire partie du groupe de la Papouasie; tandis que les archipels de Géram-lawul et de Banda se relient au groupe des Moluques, et que l'archipel de Wetter, qui s'étend du 126<> jusqu'à peu près au 130^, semble appartenir au rayon de Timor. De quelque façon qu'on veuille accueillir cette division géographique, il n'en est pas moins prouvé que la race alfoere habite depuis Halmahera au Nord, jusqu'aux lies Tenimber ou Timor-lawut au Sud, et que ces insulaires peuvent offrir des différences remarquables par leurs moeurs comme par leurs coutumes, selon le degré plus ou moins élevé auquel ils ont pu parvenir dans la civilisation. Il est au reste prouvé que les Alfoeres du nord de Céram, surtout les Papous de la Nouvelle-Guinée, trahissent, par leur conduite, un caractère plus farouche et un penchant plus décidé à la barbarie que ceux des autres iles; ces derniers ont eu de tous temps des relations plus suivies avec les Malais de la c^e, ainsi qu'avec les Européens qui trafiquent dans ces mers. Le gouvernement colonial exerce aussi une influence plus immédiate sur ces habitants des iies à l'orient de Géram, puisque le chef de canton ou de village, nommé dans quelques iles orang-kaja et dans quelques autres orang-toeahj sont installés par le Gouvernement, qui s'en réserve la nomination en cas de décès.

Les Alfoeres des parties méridionales de Géram ont une physionomie ouverte, une figure avenante, de

grands yeux, le nez bien proportionné, les lèvres larges mais pas proénûnentes , les cheveux longs et crépus. Ils sont généralement d'un naturel doux, sont ser viables et fidèles; à ces bonnes dispositions s'unissent la bravoure et l'obéissance, qualités qui les rendent très^propres au service militaire. Us sont armés d'un large glaive, klewang^ souvent d'une pique, tombakhj et ils portent un bouclier, salawahonÇy fabriqué d'un bois très-dur.

La nature du sol et l'aspect du pays de la côte méridionale ressemblent sous plusieurs rapports à la constitution physique des iles d'Âmboine, d'Haroeko et de Saparoea, mais cette côte est mal peuplée. On attribue le manque d'habitants malais aux dissentions qui surgissent souvent entre eux, aux attaques fréquentes des Alfoeres de l'intérieur, aux déprédations des écumeurs de mer, ainsi qu'aux ravages de la petite vérole: fléaux destructeurs de leur bien-être, auxquels l'autorité européenne parviendrait promptement à mettre un terme, si elle voulait s'occuper, selon son propre intérêt, de rendre à t^es habitants leur prospérité perdue par le monopole, d'y faire revivre le commerce et la navigation, puis de faire respecter les lois qui servent de règle de conduite aux autres populations de l'Archipel, et enfin de purger les mers des brigands qui les infestent.

Les Géramois assurent que la côte septentrionale de leur ile en est la partie la plus fertile, et que sa constitution physique permettrait d'y établir et d'y faire prospérer plusieurs sortes de cultures. L'autorité euro-

péenne exerce seulement quelque influence sur celte partie du littoral; car son pouvoir y est souvent ou méconnu, ou bien négligemment obéi par le radja Djer lolo, qui était parvenu, dans ces derniers temps, à im* poser sa volonté à plusieurs régents: ceux ci manquant d'un soutien convenable de la part du Gouvernement, se trouvèrent entrainés à faire cause commune avec ce chef du brigandage maritime. Depuis que le Gouvernement est intervenu, en établissant de nouveau un poste militaire à Sawai, les déprédations exercées par le radja Djelolo ont été plus ou moins paralysées, et cette mesure a contribué au rétablissement de relations plus pacifiques entre les habitants du littoral; mais de telles mesures transitoires ne sont pas de nature à réprimer complètement la piraterie , de l'anéantissement delaquelle dépend si éminemment la sécurité des commerçants et des navigateurs malais dans les petites lies de l'Archipel. Ces caboteurs, s'ils veulent naviguer avec quelque chance de bénéfices, doivent nécessairement faire usage de bâtiments petits et légers, attendu que les grands, au moyen desquels ils se verraient en état de se défendre contre les attaques des pirates,, exigent des dépenses trop fortes en équipement et en armement, tandis que les petites embarcations qui conviennent à leur genre de trafic, deviendront une proie certaine pour les écumeurs de mer, aussi longtemps que ces parages ne seront point parcourus plus assidûment et plus régulièrement, par les pyroscaphes armés de l'autorité protectrice.

Il ne nous est guère possible de fournir an lecteur des notions exactes sur la constitution physique de Boeroe et de Céram; celles très-vagues et trop imparfaites qui se trouvent disséminées dans quelques rapports officiels des employés civils, ne sont point de nature à fournir des matériaux pour un apperçu scientifique.

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