UTILITÉ DE CETTE SCIENCE
Le temps s'est chargé de cacher sous un voile prèsque impénétrable y les détails des vexations et des cruautés commises dans ces iles, pour y assurer à la Compagnie le monopole des épiceries: nous ne prendrons point à tâche de soulever ce crêpe funèbre, étendu sur la conduite des principaux agents du pouvoir européen qui ont consommé la ruine ou la destruction d'une population de 15,000 habitants, chiffre auquel, dans le 16°^ siècle, on évaluait la population du groupe de Banda. L'histoire nous apprend qu'en 1609, l'amiral Yerhoeven et quarante-cinq des principaux officiers de son escadre, forent massacrés dans l'ile de Banda-Neira, par suite d'une trahison infâme. A partir de cette époque, une guerre d'extermination a dépeu-
plé complètement toutes ces iles, où l'on ne compte plus aujourd'hui de population aborigène.
Lorsqu'en 1621, les Hollandais furent parvenus à évincer les Portugais de toutes les parties de l'Archipel de St. Lazare, et que les différends avec la Compagnie anglaise se trouvèrent applanis à l'amiable, le Gouverneur Koen dirigea toutes ses forces, contre les iles aux épices; mais ce ne fut qu'en 1627, que la possession incontestée d^ ilesi de Banda demeura dé-^ Tolue en toute propriété à ceux qui en avaient détruit ou expulsé tous les habitants.
Nous n'agiterons point la question du droit, pour juger si les représailles terribles dont on usa envers la population aborigène du groupe de Banda, étaient équitables et humaines: elles paraissent avoir été infligées à ces habitants, pour venger d'une manière éclatante le meurtre horrible et prémédité de l'amiral Verboeven et de ses principaux ofiSoiers. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la Compagnie des Indes, à la suite d'une lutte opiniâtre et sanglante, acquit par le droit de la guerre la possession incontestée de ces iles, et qu'elle a pu disposer de cette conquête dans l'intérêt de son système commercial, qui n'admettait aucune concurrence«
D'après ce que nous venons de dire, le monopole des produits du muscadier dans les iles de Banda, se présente sous un point de. vue différent de celui que la Compagnie établit dans les autres iles des Moluques: son origine et sa tendance difierent essentiellement de celui qu'elle imposa aux habitants soumis à
son pouvoir dans le rayon administratif d'Amboine. Dans ces contrées, elle gouvernait des populations qui s'étaient soumises volontairement à son pouvoir, et au bien-être desquelles son devoir et son intérêt lui commandait de veiller; mais à Banda, où elle avait fait table rase, toute espèce d'organisation conforme à ses intérêts pouvait convenir. Nous verrons en effet que le monopole établi à Banda sur la culture du muscadier, ne donna point lieu, comme celui du giroflier à Amboine, à des corvées imposées sur les habitants, et que le cultivateur n'est point contraint à des livraisons forcées, comme il l'était dans les îles réservées à la culture du giroflier: à Banda, le monopole est basé sur un contrat synallagmatique , et voici comment.
Lorsque la Compagnie se flattait d'être parvenue au but, en vue duquel elle s'était lancée dans cette guerre d'extermination, et qu'elle croyait pouvoir exploiter sans concurrence, au profit de son trésor, les riches produits des arbres à épices dans ces îles privées de leurs habitants, elle dut se convaincre promptenient d'un mécompte dans sa spéculation , ainsi que de la stérilité de sa conquête. Son premier soin fut de disposer de ces terres en faveur de ceux qui avaient combattus sous son drapeau. Le sol des iles de Banda fut partagé entre un certain nombre d'élus, auxquels on donna le nom de perkeniers (fermiers de parc); ceux-ci obtinrent la possession de ces enclos ou parcs à titre de fief héréditaire et transmissible, mais sous l'obli* gation de livrer le produit des muscadiers, selon un taux convenu, à la direction de la Compagnie. Celle-ci
se chargea de la construction des habitations et des ateliers dans chaque ferme ou enclos; pour suppléer au manque de bras dans ces îles dépeuplées, elle se chargea de fournir aux fermiers le nombre nécessaire d'esclaves selon l'étendue de la propriété; en outre, elle promit de pourvoir le fermier de la quantité nécessaire de riz, afin de pouvoir nourrir cette population nouvelle, ainsi que des vêtements pour la couvrir; le tout à des prix fort modérés, à la charge du contractant. L'on plaça ces fermiers sous la surveillance des chefs et de leurs subordonnés; ceux-ci avaient pour mission de surveiller la culture du muscadier, et de maintenir les fermiers dans les règles du devoir, tant envers leurs esclaves, qu'à l'égard des conditions stipulées par les actes de cession. Ces ordonnances et ces contrats semblent avoir été observés assez exactement de part et d'autre, et il parait que les fermiers ont su se créer des profits qui leur permettent de jouir des aisances de la vie, toute monotone qu'elle doive être nécessairement.
En 1809, le Gouverneur-Général Daendels renouvela ces contrats sur les mêmes bases; mais depuis ce temps^ l'abolition de la traite ayant mis le Gouvernement dans l'impossibilité de continuer à livrer le nombre nécessaire d'esclaves aux fermiers qui en avaient besoin, il a pourvu à ce manque de bras, par l'envoi dans ces îles d'un nombre déterminé de déportés pour un long terme.
Il est dès lors évident que la teneur de ces contrats impose au Gouvernement l'obligation de maintenir le
monopole à Banda, ou bien de dédommager les 54 fermiers établis de génération en génération dans ces îles, attendu que la suppression de ce droit porterait entrave* à leur industrie et les ruinerait complètement.
Les anciens documents de la Compagnie des Indes, font mention du produit fort considérable des noix muscade et du macis récoltés dans ces iles. L'année 1708 parait avoir fourni au commerce de cette association 696,000 livres de noix etr74,000 livres de macis: mais le produit a considérablement diminué depuis ce temps; à la suite des ouragans de 1778, il n'a été que de 525,000 livres de noix et 118,000 livres de macis. Un tableau soumis en 1786 aux directeurs, porte le nombre des arbres que l'on cultivait alors dans les îles de Banda, comme suit: *
Arbres en plein rapport 159,035.
Id. d'un âge moyen 185,794.
Id. jeunes 315,354.
Total arbres... 660,183;
dont le produit annuel était calculé à 600,000 livres de noix et 160,000 livres de macis. — On peut admettre qu'actuellement, année commune, ces iles peuvent fournir 500,000 livres de noix et 125,000 livres de macis. Nous ne sommes pas à même de fournir des données exactes sur le produit des récoltes annuelles dans ce temps, ni sur le chiffre. des valeurs qu'elles ont offertes; mais on peut admettre que , sur ces denrées , une somme de quatorze à quinze cents mille francs rentrait annuellement au trésor; montant duquel il faut déduire
neuf cent mille francs^ plus ou moins^ comme frais de dépenses générales; ce qui laisserait un bénéfice de cinq à six cents mille francs.
Ces îles auraient sans doute été plus productives pour la Compagnie, si elle eut eu la bonne idée de se soumettre les habitants au moyen de procédés doux et conciliants, et si elle n'eut pas prohibé par des lois barbares toute autre sorte de culture que celle du muscadier. En agissant ainsi*, elle aurait pu épargner des sommes immenses consacrées à des expéditions formidables, tant en vaisseaux qu'en troupes, en bâtisse de forts, entretien de fortes garnisons etc.; le tout pour s'assurer le monopole sur un très-petit nombre d'articles de commerce. Dans tous les cas, elle devait nécessairement prévoir que la consommation de ces denrées précieuses en Europe, serait toujours fort limitée, et que tout calcul fait, elle ne serait jamais à même de couvrir, par le revenu annuel des produits, les dépenses nécessaires à l'entretien du matériel de guerre et des employés commis à la surveillance, sans même porter en ligne de compte les intérêts des capitaux fournis pour s'assurer la possession de ces contrées. Un juge éclairé et consciencieux, M. le comte de Hogendorp, dit à ce sujet: » Jamais la Compagnie n'a pu vendre, an- »née commune, en Europe, pour plus de deux millions j»de florins de clous de girofle, de noix muscade et de ))macis, tandis que pour les obtenir elle dépensait sou- » vent plus de trois millions, tout en ruinant ces belles » contrées, dont elle aurait pu retirer d'immenses avan^ »tages sous une bonne administration."
Tout ce que la Néerlande y a gagné pour le présent, c'est qu'elle se voit en possession d'iles de la plus haute importance sous le point de vue stratégique, et non moins importantes pour son commerce à l'orient des îles de la Soende. Situées au centre de nos archipels orientaux, ce sont, de tous nos domaines dans ces mers, ceux que l'on peut considérer comme pouvant être défendus avec le plus de succès contre les attaques les plus vives d'une puissance maritime. Les forteresses construites sur ces îles sont celles de Belgica, Nassau et Hollandia. Ce sont aujourd'hui les seules parties colonisées, possédées par l'Etat, dans toute l'étendue du vaste Archipel soumis à son pouvoir.
Ce second rayon administratif du gouvernement d'Amboine, est formé par le petit archipel de Banda, régi par un résident établi à Neira, mais qui possède en outre une habitation agréable dans l'ile Lonthoir. Les iles principales de ce groupe sont Banda-Neira, Poeloe Run , Poeloe Ai , Goenoeng-api , la grande Banda ou Lonthoir et Rosingein ; celles d'une moindre importance, dont plusieurs inhabitées, sont Poeloe Krakke, Kapal, Pisang^ Ron et Sawanggi; puis sont soumis à cette résidence, la partie occidentale de Géram, les iles Keifing, l'Archipel de Géram-lawut, ceux de Noesa Telo, de Key et d'Aroe, et enfin l'Archipel de Wetter qui en fait partie depuis 1824.
Les iles de l'Archipel de Banda sont situées entre le 30 50' et le 4<>40' latitude Sud; M. Melvill de Garnbée donne la position du fort Belgica au A^Zl" latitude et au 129054' 20' longitude Est de Greenwich.
Le dénombrement fait en 1840 de la population dans les îles de Banda, est comme suit:
UesdeBanda-NeiraetGoenong-Âpi 1,223 âmes.
Grande Banda ou Lonthoir 372 »
Poeloe Ai 148 »
Poeloe Run 42 »
» Rosingein 84 i^
Esclaves dans les 34 enclos .... 2,183 d
Déportés 1,029 »
Total « . . 5,081 âmes.
Ajoutant à ce chiffre constaté, celui qui n'est qu'approximatif pour les autres groupes compris sous la résidence de Banda, savoir:
Total ci-dessus de Banda .... 5,081 âmes.
Archipel de Goram 80,000 »
Archipel d'Aroe 80,000 »
Groupes des archipels orientaux 40,000 i>
Total pour la résidence de Banda 205,081 âmes.
Les trois iles principales qui. servent à la culture, Banda-Neirà, Lonthoir et Poeloe Ai, sont exclusivement réservées à la culture du muscadier, devenu pour Banda ce que le giroflier est pour le rayon d'Amboine. On y fait aussi comme article de commerce, de l'huile de canarium qui y est d'une meilleure qualité qu'à Céram; la bouteille se vend à raison d'un florin.
Une belle rade, parfaitement défendue, est formée par Banda-Neira, Lonthoir et le Gôenong-api (montagne de feu): ce terrible volcan exerce son influence
dévastatrice non seulement par des éruptions violentes, mais aussi par l'insalubrité qu'il occasionne dans tout le rayon de ce groupe. Les tremblements de terre effroyables qui suivent ou précèdent les tourmentes de la montagne, ont exercé et exercent encore les plus affreux ravages par les bouleversements qu'ils ont occasionnés, et ils menacent continuellement ces terres, sans nul doute produites par les commotions sous-marines qui les tourmentent sans-cesse, et qui peuvent devenir un jour la cause de leur destruction totale. L'élévation de ce volcan n'est que de 2,000 pieds au dessus du niveau de la mer.
Aujourd'hui on récolte à Banda annuellement, environ 400,000 livres de noix, en malais boea pala, et 130,000 livres de macis, kambang pala. L'arbre qui fournit ces deux denrées si recherchées, est un des plus agréables à la vue. Le muscadier atteint une hauteur de trente-cinq à quarante pieds; il a quelque ressem* blance avec le poirier d'Europe; sa feuille est d'un vert foncé et luisant, quand la fleur tombe, elle est remplacée par la noix; celle-ci a besoin de plusieurs mois pour acquérir sa maturité ; elle est alors de la grosseur et de la forme de l'abricot; son écorce d'un vert jaunâtre s'entr'ouvre, et laisse voir la muscade recouverte de son macis, d'une belle couleur rouge. Commençant à porter des fruits vers la huitième année, l'arbre produit pendant plus d'un demi-siècle , si l'on a soin de l'abriter convenablement, ce que l'on fait à Banda en le l'entremêlant dans les jardins ou enclos (perken)^ d'arbres de canarium, Canarium (xmmuney ou de musca-
diers sauvages que les habitants nomment pala boehi; ceux-ci ont la même feuille et la même fleur ^ mais ils ne donnent point de fruits. On calcule le produit annuel et moyen d'un arbre, à 5 ou 6 livres de noix; il en est cependant qui en donnent jusqu'à 15 et 20 livres. Le gouvernement paye aux planteurs 221 cents on 47 centimes pour la livre de noix de première qualité et 21 cents ou un peu plus de 5 centimes pour les noix maigres; puis 521 cents ou 1 franc 10 centimes pour le macis. On trouve dans ces îles 34 parcs réservés à la culture soignée; ils peuvent contenir environ 500,000 arbres dont on fait la cueillette. Quoique le muscadier porte des fruits pendant la majeure partie de l'année, la grande récolte se fait en Août, et une seconde en Novembre ou Décembre. Ces récoltes sont sujettes à réussir plus ou moins bien: de bonnes noix sont quelquefois mal pourvues de macis, et souvent en revanche, des noix très-médiocres et grêles sont recouvertes d'un macis supérieur. J'épargne au lecteur la description des travaux du fermier {perkenier)^ les détails relatifs à la cueillette et à la récolte, ainsi que des procédés en usage pour la préparation des noix et du macis destinés pour le commerce; ces détails se trouvent dans le plus grand nombre des livres où il est fait mention de Banda et d'Amboine. On obtient aujourd'hui un profit assuré des noix cassées et de rebut, en les utilisant pour la préparation du savon et de l'huile; ces denrées obtiennent faveur dans la commerce et offrent aux entrepreneurs un débouché lucratif. Voir pour les détails Tijdschrifï voor Neérlands Indie^ année 1840.
Voyons de plus près la vie solitaire et monotone des planteurs (perkeniers). Renfermés dans le petit cercle de leurs familles, ayant des moeurs d'une extrême sim*plicité et travaillant d'un bout à l'autre de l'année d'après la même règle, ces gens traînent leur existence dans une incroyable monotonie. Les propriétaires des parcs ou enclos de muscadiers , presque tous descen* dants d'Européens, cultivaient leurs plantations avec l'aide des esclaves fournis par le Gouvernement; aujour* d'hui, ils sont secondés par des bannis que l'on a transportés dans ces iles pour y subir leur peine. Les habitations des planteurs sont ordinairement entourées d'un mur de pierre, ce qui leur donne l'apparence de petites fermes. Sur des échaffaudages de bambous, hauts de huit à dix pieds, se trouvent des claies de bambou refendu, sur lesquelles on étale au soleil les noix muscade récemment tirées de leur brou ainsi que de leur macis. C'est à surveiller cette préparation des noix et à un grand nombre d'autres soins tout aussi minutieux, que le planteur doit consacrer son temps.
La base du volcan Goenong-api couvre toute la surface de l'îlot auquel il donne son nom; il s'élève en cône à pente douce et parait sortir du fond de la mer: son élévation augmente, dit-on, visiblement à la suite de chaque éruption qui a lieu assez fréquemment; sa pointe est applatie et les bords du cratère sont peu escarpés. La montagne est couverte d'une végétation superbe, qui s'étend à partir de l'endroit ou la lave, en se refroidissant, cesse de couler, jusqu'à la côte maritime: depuis la cime jusqu'au pied du mont, on
Toit les traces des torrents de lave qui, se frayant un passage à travers cette végétation, y déposent successivement des matières volcaniques, au milieu desquelles paraissent, comme des fantômes, les troncs d'arbres plus ou moins consumés par le feu. Au pied du volcan croissent des forêts de cocotiers et autres arbres fruitiers de ces contrées. On ne trouve, sur cet îlot, qu'un petit nombre de familles timoriennes qui y demeurent. Le muscadier n'y est point cultivé.
Lors du tremblement de terre arrivé en 1629, les vagues en furie s'élevèrent dans les détroits, jusqu'à vingt-cinq pieds au-dessus de la hauteur qu'alteigfient les fortes marées. Bon nombre de maisons, construites sur la pointe orientale du poste de Nassau , furent arrachées de leurs fondements et entrainées à la mer avec leurs habitants. Un canon de gros calibre du poids de 3500 livres, fut entrainé à une grande distance de la jetée ou il était placé, et les carcasses de trois vaisseaux, que l'on avait coulés bas pour assurer cette jetée, disparurent sans que l'on pût en retrouver les débris. Plus tard, en 1691, l'éruption volcanique fut suivie de secousses si terribles, que les habitants émigrèrent et s'établirent à Makassar, à Aaboîne et dans quelques autres iles.
L'aspect qu'offre ce fameux volcan doit sans doute varier considérablement, selon la nature et la force des éruptions qui se répètent très fréquemment; circonstances qui me paraissent assez concluantes, pour que je ne fasse aucune mention de la description topographique de ce volcan , sans doute le plus actif parmi le grand
nombre de montagnes ignivomes qui se trouvent réunies dans le rayon circonscrit de l'Inde archipélagique^ Voyez Yerluindelingen etc. y partie historique , pi. 22 (1).
Il me parait plus intéressant de relater brièvement l'aspect que présente la base du Goenong-api, vu que ces détails sont nouveaux et qu'ils font partie des observations récentes faites par nos voyageurs naturalistes, M. M. Macklot et Mûller, pendant leur voyage à la Nouvelle-Guinée.
»Nous fimes, dit M. Mûller (2), le tour du Goenong-api en canot, et voici le résultat de nos observations. Ce volcan, dont le pied baigne dans la mer, a une forme conique très-régulière; le pied seul de la montagne est en pente douce, et d'une largeur disproportionnée avec la hauteur. En quelques endroits les bords de la mer sont élevés et accores: des falaises de rochers d'environ soixante pieds de hauteur, formés d'une lave compacte d'un gris clair mélangée de petites
(1) Voyez aassi les dcscriptioos fournies par Valeotyn, Olivier , Verhuell , etc.
(2) Notre ami Hacklot, membre de la commission scientifique, n'a pa jouir, comme son compagnon de voyage, de la satis&ctioQ de publier les résultats des travaux exécutes en commun avec H. Millier; il périt k Java dans la province de Krawang, peu de temps après son retour, Tictime d'une révolte de quelques ëmeutiers chinois. H. Van Oort , autre membre de cette commission et dcssinalcar dé l'expédition , ne revit point non plus sa patrie pour y recueillir les fruits de ses travaux, et pour publier les résultats de ses obserrations scientifiques; tâche qu'en mourant, il ]c{j;uà à son compa[jnon, M. Millier, demeure aujourd'hui le seul narrateur de leurs recherches dans ces contrées si peu connues.
raies d'un feld-spath vitreux et d'olivine granuKforme; des blocs solides ou dispersés çà et là d'une lave poreuse et boursoufflée ; des quartiers de roche d'une lave formée de scories; des monceaux de pierres plus petites présentant de nombreuses transitions de densité et de pesanteur, évidemment lancées par le volcan et que les pluies ont détachées de la montagne; puis du tuf volcanique et du sable noir: voilà quelles sont les principales matières que le pied de la montagne offre partout aux regards. Sa base forme quelques pointes qui s'avancent dans la mer, surtout vers le Nord-Ouest, et c'est là que se voient les rochers les plus massifs et les plus élevés, contre lesquels les flots brisent avec une extrême violence. Dans les temps ordinaires, la mer baisse et monte ici de dix pieds, tandis que ses vagues s'engouffrant dans les anfractuosités des rochers, rejaillissent au loin en formant des nuages d'écume."
)) C'est précisément en ces endroits que la pierre se montre par couches horisontales légèrement inclinées en dehors. Ces couches sont de diverses couleurs; la lave de l'une des plus basses à beaucoup de rapport avec quelques unes des laves les plus récentes du Vésuve. Du même côté il existe, au fond d'une anse spacieuse, une petite colline de pierre d'environ cent pieds de lar* geur qui s'étend le long du pied de la montagne, jusqu'à l'endroit où ses flancs commencent à s'élever: ce monticule est dépourvu de toute végétation et visiblement d'une formation récente en un amas de grands et de petits blocs de lave, entassés les uns sur les autres, d'une substance moins poreuse, presque noire à la su-
perfîcie, mais d'une couleur plus claire intérieurement, et mélangée de points blancs d'un feld-spath vitreux. Quelques quartiers de cette pierre sont couverts d'une légère couche de souffre. Cet amas s'est formé lors de l'une des dernières éruptions; les insulaires prétendent que c'est celle de 1820; mais personne ne sait au juste comment cette formation a eu lieu. On croit généralement qu'elle doit son origine au soulèvement du sol; ce qui est d'autant plus vraisemblable, qu'un bassin rempli d'eau de mer, que des blocs de pierre détachés environnent de toutes parts, aurait pu difficilement se former ainsi, si ces pierres eussent effectivement été lancées par l'explosion volcanique. M. le professeur Reinwardt trouva ce monticule encore chaud en 1821, et à cette époque des vapeurs s'exhalaient d'entre les pierres. En 1828 cette chaleur n'existait plus."
» A l'époque de la même éruption, Poeloe-Wai ou Ai, qui est située à près d'un mill& et demi à l'ouest du Goenong-api, avait été témoin d'un phénomène absolument opposé. Là, un grand espace de terre s'était enfoncé au milieu de la foret; un gouffre s'y était formé, de façon qu'on ne voyait plus apparaître que la sommi« té des arbres qui avaient été engloutis: événement moins étonnant pour ceux qui savent, qu'à Banda-Neira, le sol résonne en plusieurs endroits sous les pas des chevaux, ou lorsqu'on frappe dessus."
)iLa partie inférieure du Goenong-api présente aussi un grand nombre de larges crevasses et de cavités plus ou moins profondes. Une caverne assez spacieuse, éloignée de deux cents pas de la plage, pénètre, à une
grande profondeur dans la montagne; la pierre qui s'y trouve ne difiere pas de celle observée sur les falaises le long de la mer, si ce n'est par la couleur qui est d'un brun-rougeâtre. Des Chéiroptères, tels que le Cephalotes Peronii, le Nycticejus Temminckii et le Vespertilio blepotis habitent cette caverne."
» L'espèce de pierre qui forme la pente septentrionale des montagnes de Lonthoir ou Grande-Banda , consiste également en lave le plus souvent rouge, et quelquefois se présentant sous la forme d'un agrégat dans lequel les morceaux de lave sont unis par une pâte argilo-siliceuse. Cette pierre est très-friable à sa surface, de manière que son détritus a déjà fécondé le sol en beaucoup d'endroits" (1).
La botanique et la zoologie ne nous offrent dans ces iles qu'un petit nombre d'objets remarquables. Le Psittacus ruber se plait dans les arbres de canarium dont il mange le fruit, consistant en un petit noyau oléagineux dont on extrait l'huile de canarium. La Columba perspidilata (planches coloriées 246) est un grand pigeon, d'un vert foncé métallique, et qui porte un petit cercle blanc autour du globe de l'oeil: c'est le dévastateur le plus actif du muscadier, ce qui l'expose aux poursuites incessantes des planteurs, quoiqu'il soit fort difficile à tirer, attendu qu'il se perche pendant le jour à la cime des muscadiers; le soir il vole dans les plantations parmi les arbres, et c'est alors seulement que la chance d'en faire la capture est plus favorable; cet-
(1) Voyez Verlvandelingen etc, partie hisloriquci pag. 115.
te espèce est fort recherchée comme un mets savoureux. Une seconde espèce moins grande que la première, la Columba qeneay nuit également aux récoltes; mais l'une et l'autre sorte contribuent à la reproduction de cet arbre à épiceries en des lieux où il n'existait pas. On y trouve encore la Columba javamca et diademata (pi. col. 254) qui ne nuisent point au muscadier; puis quelques autres espèces du genres Muscicapa et Nectarinia.
Dans le nombre de ces oiseaux, dont le vol rapide et soutenu leur donnent le moyen de se transporter prompteraent d'une ile à l'autre, l'on trouve encore dans le rayon des Moluques, indépendamment des deux grandes espèces de Pigeons précitées, plusieurs autres espèces plus petites de ce groupe ,^ de même que quelques unes du genre Calao, qui vivent principalement des fruits du muscadier, du giroflier et du canari. Ce n'est pas précisément la noix muscade que recherche leur appétit, mais bien t'enveloppe de cette noix ou le macis. Tous ces oiseaux des genres Columba et BuceroSj auxquels il faut ajouter le grand Casoar de Cérara, vont assidûment à la recherche de ces fruits qu'ils avalent, lorsque l'enveloppe s'entre-ouvrant laisse voir la noix entourée de son macis rouge; c'est après en avoir digéré la partie charnue et substantielle, qu'ils rejettent par les organes de la digestion la noix muscade , le noyau du canarium et la graine du clou de girofle.
C'est ainsi que la Nature .prit soin de veiller, au moyen d'un procédé fort simple, à la propagation de tous ces végétaux aromatiques, et qu'afm de maintenir l'équilibre nécessaire entre la destruction et la re-
production, elle en confia le soin, dans cette vaste région archipélagique , à des oiseaux dont le vol rapide et soutenu leur donne la faculté de se transporter facilement d'une lie à une autre; tandis que sur la grande terre de Géram , le Casuarius ^ emeu remplit ces mêmes fonctions dans ses courses rapides, et satisfait, selon les mêmes vues, à la reproduction des végétaux sans cesse dépouillés de leurs fruits, par une multitude d'espèces qui en font leur nourriture principale.
Si la Compagnie des Indes, dans ces temps d'un souvenir fatal pour la philantropie , eut su obtenir, par l'entremise de ses agents, les plus légères notions relativement aux voies admirables que suit la Nature, pour le maintien de tout ce qui existe dans la création, certes, elle n'aurait pas inventé un système aussi destructeur, ni même pu se flatter d'établir un monopole sur les épiceries: elle n'aurait pas recherché les moyens d'extirper une végétation que de chétives créatures servent à propager sans cesse au loin et comme en dépit de ses ordonnances les plus rigides. La tournée du hongi (1) n'eût pas été inventée pour le tourment de ces peuplades, et des flots de sang humain n'eussent pas été répandus sur une terre que la Nature prenait soin de rendre féconde en nombreux rejetons d'arbres aromatiques, seulement
(1) Noas avons déjà dit ailleurs que cette tournée du hongi consistait en une croisière de bâtiments armés, tels que Orembaiy Kora-kora, Padoeakans, Djongkos etc., se rendant annuelle* ment d'une île à l'autre pour y extii|)er les arbres à épiceries.
par la manière de vivre et de se nourrir d'un petit nombre d'espèces d'oiseaux.
On voit par cette courte digression, que l'opinion émise quelquefois sur le compte de l'étude des sciences naturelles n'est point équitable. Jadis peu considérée et comme reléguée dans l'ombre, cette science n'était cultivée que par un fort petit nonibre de médecins: de nos jours encore, on la voit à peine admise par le vulgaire au rang des sciences secondaires; elle mérite ton* tefois d'obtenir plus de faveur dans la série des travaux dont s'occupe l'esprit bumain. En supposant aux délégués de la Compagnie dans les Indes, seulement des connaissances élémentaires dans les différentes parties de ces études, ils se seraient trouvés en état d'éclairer les idées et de guider les démarches de leurs commettants, et l'humanité n'aurait pas eu à déplorer des actions honteuses, que l'histoire transmet à la postérité en les marquant du sceau de la réprobation universelle.
Poeloe Manok ou Boerong (l'île de l'oiseau), forme également partie de ce rayon; elle est situé à 5^29' latitude Sud et 130ol'23" longitude Est. Elle s'offre, vue de la mer, comme une haute montagne solitaire s'élevant du sein de l'océan; le sommet en est tronqué: l'ile est déserte et parait servir de refuge à une foule d'oiseaux de mer qui y viennent nicher; ils y déposent une si grande quantité d'oeufs, que ceux qui visitent l'île y trouvent pour quelques jours une nourriture abondante. La seule substance de quelque valeur qu'elle produise est le soufre dont la terre et les rochers sont couverts: cette substance volcanique fait présumer que
Poeloe MoDok est un volcan éteint, bien que la chaleur du sol qu'on y observe encore, puisse faire douter de l'inactivité des matières ignées, vu qu'en plein jour et lorsque le soleil darde ses rayons, le soufre se trouve dans un état à demi liquide. Cette substance se vend à raison d'une piastre le pikol de 125 livres. — La petite île de Seroea, située à 14 milles environ au Snd-£st de Manok, est devenue oéièbre par les phénomènes volcaniques dont elle a été le théâtre en 1683; l'ébranlement épouvantable qu'elle éprouva fit disparaître dans les flots une partie de cette lie avec tout ce qui se trouvait à sa surface.
Il sera fait mention des autres îles du rayon administratif de Banda dans le chapitre suivant.