AUTRES ÎLES PEU CONNUES. FORMA- TION DES ÎLES MADREPORIQUES
Quoique les groupes nombreux des îles dont nous occuperons le lecteur dans cet article, se trouvent placés provisoirement sous l'administration civile du Gouverneur des Moluques résidant à Amboine, sous la juridiction, sans doute trop étendue duquel, les groupes de Céram, de Halmahera et de Banda se trouvent également compris, il n'en est pas moins certain qu'on ne saurait réunir géographique ment toutes ces terres, dont quelques unes sont fort étendues, avec le grand nombre d'iles de moindre circonférence et d'ilols dissémi-
nés dans ces mers à l'orient et au sud de Ccram; vaste superficie océanienne où l'on compte environ trois cents de ces iles, tant habitées que désertes, et parmi lesquelles il s'en trouve plusieurs dont la position n'a pas été indiquée jusqu'ici sur les cartes nautiques, récemment publiées. Le plus grand nombre de ces terres ou de ces amas madréporiques de formation récente, se trouvent tracés sur la nouvelle carte générale des possessions néerlandaises dans Tlnde orientale, par Mr. le baron Von Derfelden van Hinderstein: ces groupes y sont désignés sous les noms d'iles du Sud-Ouest et du Sud- Est {Zuidrwester en Zuid-ooster eilanden), et sont formés par les archipels de Wetter, de Tenimber, d'Aroe, de Key, d'Orange Nassau, de Matabella et de Céramlawut, comme aussi de celui de Banda, iles que nous venons de comprendre dans le rayon de Moluqucs proprement dites.
En réunissant sous le nom (T Archipels orientaux j toutes ces portions de terres disséminées sur la vaste étendue de mer qui s'étend entre le 3"* et le 4*^ degré de latitude Sud, le but de l'auteur de ce Couprd'oeil n'est pas de les rassembler dans un même groupe géographique, mais seulement de les comprendre sous une même rubrique, afin d'en pouvoir tracer l'esquisse avec plus de suite et de facilité; laissant aux géographes le soin de les répartir selon les données et les règles de cette science, dans laquelle il ne saurait avoir la prétention de s'ériger en novateur. S'il s'est permis de proposer la séparation de Halmahera et de ses dépendances, du grand nombre d'iles comprises jusqu'ici
sous le nom de Moluques, c'est qu'il y a été porté par l'idée • qu'un jour le Gouvernement appréciera toute la valeur des iles de ce groupe, tant sous le point de Yue stratégique que sous celui du commerce et de la navigation, et que son propre intérêt, ainsi que le bien-être des populations soumises à son pouvoir, le décideront à prendre des mesures convenables pour y étendre et consolider son autorité, et se mettre en état d'unir par des relations plus directes, avec la métropole de l'Inde, toutes ces iles qu'on peut mettre au rang des conquêtes les plus précieuses que firent nos ayeux sur les Portugais!
La possession de ces archipels orientaux date des premiers temps de l'établissement de la Compagnie des Indes orientales, qui s'en était assuré la domination par la construction de petits forts établis sur les iles les plus considérables: points fortifiés et armés, dont le but était de protéger le commerce exclusif et le monopole des épiceries. L'abolition de ces mesures rigoureuses fut cause que ces iles n'offrirent plus dès-lors qu'un faible intérêt au Gouvernement, et que les relations directes et sociales avec ces peuplades devinrent moins fréquentes. Il parait même que du temps de l'occupation anglaise tous les rapports commerciaux avaient également cessés d'exister, de manière que pendant cette époque, quelques petits forts, maintenus et armés par les insulaires, continuèrent toujours d'arborer le pavillon hollandais, et que le chiffre de la Compagnie servait d'insigne aux chefs de ces peuples, comme marque distinctive de leur pouvoir. Aussi, les premiers bâtiments
de la marine royale qui reparurent dans ces mers après la paix iparitime, y trouvèrent-ils les habitants parfeitement disposés à reconnaître la nouvelle autorité , qu'ils croyaient saluer de nouveau sous le nom de V ancienne Compagnie des Indes {Toewa Kompania); titre dont ils ont depuis fait usage et dont quelques chefs se servent encore aujourd'hui, pour désigner l'autorité coloniale: preuve évidente que les lois arbitraires de cette ancienne administration, toutes vexatoires qu'elles nous semblent, n'avaient cependant fait germer dans les idées de ces peuples aucune espèce de souvenir haineux ou désagréable.
Ces îles disséminées sur une étendue fort considérable de l'océan oriental, sont très^importantes sous le rapport de leur position géographique: l'intérêt commercial qu'elles peuvent offrir par la suite, sera sans doute très-remarquable, particulièrement lorsque la ci* vilisation et la navigation qui s'étendent de plus en plus vers l'extrême orient des mers de l'Inde, auront uni, par une voie mercantile plus directe, les terres encore vierges de la Papouassie et de l'Australie avec les populeuses contrées situées au nord de l'équateur.
Nous empruntons les données principales sur ces tles à l'ouvrage publié par le capitaine de corvette Kolff (1), qui ût une croisière pendant plus d'une année dans ces mers, ainsi qu'à des documents plus récents des archives coloniales.
(1) Reize door den toeinig bekenden suidelijken Molukachen Archipel^ en langs de geheel onhekende zuidwe$tku$t van Nieuw-Guinea,
L'ile de Wetter, la plus grande de l'archipel de ce nom, devrait être comprise géographiquement dans le groupe de Timor, son éloignement de la côte seplen* trionale de cette ile étant peu considérable.
Wetter est une ile de troisième rang. La partie septentrionale est montueuse, bien qu'elle soit fort riche par le luxe de sa végétation spontanée. Les habitants de cette côte, où la Compagnie avait un établissement, sont maintenant adonnés au vil métier' de pirates. La côte méridionale offre des plaines riantes, boisées et entrecoupées de rivières. Le bois de sandal, la cire des abeilles sauvages et le maïs forment les produits d'exportation. Le principal village est Sauw, situé sur une petite baie, où existent encore quelques vestiges d'un ancien fort. Plusieurs chrétiens vivent dans cette ile, et c'est parmi eux que les habitants payens choisissent leurs chefs Orang-Kaja (littéralement homme riche); ils ont aussi des Orang tocah (vieillards ou anciens). Ces chefs se plaignirent amèrement au délégué du gouvernement de se voir frustrés de tous rapports directs avec l'autorité coloniale, et puis qu'ils se trouvaient sans cesse exposés aux brigandages des "habitants de la côte septentrionale, ainsi qu'aux attaques par mer des insulaires du voisinage, qui viennent les piller et les réduire en esclavage: triste sort qu'ils sont constamment exposés à subir, par le manque de forces maritimes suffisantes pour en imposer aux pirates qui riîdent sans cesse dans ces parages. Cet état d'abandon avait fait prendre à un grand nomlure d'habitants la résolution désespérée de quitter l'ile. Du reste, ils
vivaient en paix avec les Alfoeres de l^intérieur, qui considèrent les habitants des côtes comme leur étant supérieur en moyens intellectuels.
Qu'il en coûterait peu au Gouvernement, de protéger plus efficacement des populations dont les moeurs sont si paisibles, qui sont d'un caractère aussi doux, et parmi lesquelles la civilisation a déjà fait des progrès si remarquables! Si la nation portugaise possédait encore le sentiment de son ancienne splendeur et plus que le souvenir de sa gloire passée, elle se verrait en état de nuire avec succès à notre commerce dans ces mers, en s'emparant d'une ile située presque aux portes de son établissement de Dieli, côte septentrionale de Timor. Nous paraissons compter sur l'inertie de ce gouvernement, et nous laissons cette belle ile de Wetter abandonnée à son sort! Les exemples que viennent de nous fournir Singapore et Laboean sont cependant encore de fraîche date; ils font voir ce que peut, ce que doit faire un gouvernement qui veille sans cesse au bien-être de ses sujets, et qui se montre le protecteur éclairé du commerce et de la navigation , dont il connaît les intérêts et les besoins. Disons également que le commerce anglais sait apprécier à sa juste valeur, les efforts que l'administration fait en sa faveur, et qu'il répond dignement aux premières avances qui lui facilitent les moyens d'étendre ses relations et d'augmenter les ressources de son industrie manufacturière: mais, helas! nos commerçants ont
perdu cette énergie et ce patriotisme, caractères distinctifs de nos ayeux, à la persévérance desquels nous devons ces possessions importantes dans les mers de l'Inde.
Ne perdons point non plus de vue que le Gouvernement britannique ne s'est établi sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Hollande, qu'avec le dessin de nuire à notre commerce de cabotage dans toutes ces parties reculées et peu visitées de l'Archipel. La persévérance anglaise ne s'est pas laissé décourager dans cette entreprise par l'aridité du sol de cette partie de l'Australie: les dé^ penses considérables que le Gouvernement anglais s'est vu dans la nécessité de faire à l'ile Melville, à Port-r Essington et tout le long de cette côte inculte, pour y fixer des colons et y établir des factoreries; les difficuU tés de plusieurs genres qu'il lui a fallu surmonter, non plus que les eifets pernicieux de ce climat brumeux et in^ salubre, n'ont pu le détourner du but qu'il se proposait, celui d'attirer sur cette côte le commerce principal des insulaires de ces nombreux archipels, et de se rendre maître du trafic des holothuries {tripang). La pèche fort importante et très-productive de cette substance comes* tible a lieu sur toutes les îles de corail des archipels orientaux; ce commerce augmentera sans doute considé^ rablement, à mesure que les relations de la Chine avec l'Australie acquièreront un plus grand développement, et que la navigation suivra une voie maritime plus directe entre les deux pays. Puis il s'agit d'une population de 82,000 âmes (1), aux besoins de laquelle l'industrie an*
(1) Ce chiffre approximatif, foami par les chefs indigènes, est prohahlement fort an dessous de l'état réel de la popalatioo, car les radja et les orang-kaja sont toujours portes à cacher à la connaissance de l'autorité européenne, l'état ciTectif des populations de leurs lies.
glaise se promet sans doute de pourvoir; population che£ laquelle les besoins de première nécessité doivent naturellement augmenter considérablement, en raison des progrès rapides qu'elle a déjà faits par elle même, et t{u'elle se montre toute disposée à faire encore dans les voies de l'ordre et de la civilisation. Tous ces bénéfices, toutes ces sources de bien-être ont été négligés par les maîtres de l'Archipel; tandis qu'il eût été si facile et peu dispendieux de prévenir nos rivaux, dès l'époque qui vit renaître notre pouvoir et notre prépondérance dans ces mers, seulement, en montrant plus souvent le pavillon protecteur dans ces parages , en purgeant ceux-ci de la piraterie, ainsi qu'en rétablissant les principales factoreries et les postes militaires les plus importants que la Compagnie des Indes y maintenait de temps immémorial, -et dont les voeux unanimes des populations de ces îles demandaient le rétablissement comme une faveur, à ceGou* Ternement qui les prenait de nouveau sous sa protection. L'île de Kisser est située par le 8^12' latitude Sud et le ISO^' longitude Est de Greenwich. Elle n'a que deux endroits convenabler pour l'ancrage. Vue de loin on la croirait basse, mais en approchant, les côtes se présentent accores et rocheuses. C'était, du temps de la Compagnie, la résidence du chef civil des lies du Sud- Ouest. Comme à Wetter, les habitants chrétiens vivent le long des côtes et les Âlfoeres occupent l'intérieur. On y trouve le fort Yollenhoven^ que les indigènes paraissent maintenir en bon état et sur lequel ils arborèrent le drapeau de la Compagnie à l'arrivée du brik Dourga, commandé par le major Kolff; de tou-
les parts la population accourut au devant de cet officier et sa réception y fut des plus amicales. Dans les principaux villages tous les habitants sont chrétiens, et la population cultive de belles terres; mais l'élève du bé* tail parait leur convenir particulièrement et c'est là leur occupation favorite. On exporte de Eisser un grand nombre de buffles, de cochons et de chèvres, et le traûc de cabotage s'y fait aussi avec beaucoup de succès. Tous les chefs, Orang-kaja^ vinrent avec leurs subordonnés, rendre hommage au nouveau délégué du Gouvernement, sous la protection duquel ils se flattaient qu'un bien-être durable serait désormais leur partage; plusieurs de ces insulaires parlent un dialec^ te hollandais, à peine intelligible, mais qui prouve le désir qu'ils ont d'entretenir des relations amicales avec les blancs, ainsi que les progrès qu'ils ont faits par eux-mêmes dans la voie de la civilisation. Les habitants de Kisser sont laborieux, et paraissent avoir surtout de bonnes dispositions pour le service militaire.
Letti est une ile de ce groupe située plus à l'orient, vers la pointe Nord-Est de Timor; elle est entourée de récifs de corail, mais l'intérieur est couvert de belles montagnes boisées^ et la plage l'est de cocotiers. Cette ile, quoique plus appauvrie que Kisser et habitée comme cette dernière par une population laborieuse, est im* bue des principes de la civilisation.
Moa, beaucoup plus grande que Letti, est située à l'orient et à petite distance de cette dernière île. Suivant un ancien adat (coutume), les bâtiments de l'ancienne Compagnie ne venaient jamais ancrer devant
-Moa , mais les ' employés descendaient à terre dans la rade de Letti; là, Vorang kaja de Moa venait les prendre avec son Oremrbaij pour les conduire ensuite avec des marques ostensibles <ie respect au Heu de leur résidence habituelle. M. Kolff, voulant se conformer à cet usage, mouilla son bâtiment devant Letti où le chef de Moa vint le complimenter, et lui offrit son embarcation pour se rendre à Tombra, chef-lieu ^de cette lie, où il fut accompagné processionelleraent par une «multitude de prahoe des indigènes. Sa réception à terre y fut aussi cordiale, aussi amicale que dans les autres parties de cet archipel; tous les habitants rivalisèrent en procédés bienveillants, et ils témoignèrent leur dévouement a l'ancienne Compagnie par des marques d'un sincère attachement. Â son débarquement, M. Kolff lut surpris de trouver, parmi ceux qui le reçurent, plusieurs indigènes revêtus du costume européen du siècle dernier, vêtements d'honneur que des générations s'étaient transmis les unes aux autres, en signe de vénération et d'attachement pour l'ancienne Compagnie des Indes. Ces insulaires avaient pris soin du fort et des constructions élevées par les Européens; ces constructions, quoique dégradées par le temps, se trouvaient dans un état qui témoignait des soins qu'ils en avaient pris. Quelques descendants de sous-officiers hollandais vivent paisiblement au milieu de cette population; ces métis portent dans les iles de cet archipel, le nom de Anak-Kompania (enfants de la Compagnie).
Les insulaires de Moa s'occupent principalement de l'élève du bétail; les buffles, les cochons, les moutons,
les chèvres et la volaille sont pour ces peuples des ot^ jets d'exportation , tandis que les produits de leur agriculture servent à leurs propres besoins. De même que dans les autres iles, on calcule que plus du quart de la population, la portion la plus puissante de celle-ci, professe le christianisme. L'argent monnayé n'y a point de cours, tout le trafic se faisant par échange. La pêche n'est guère pratiquée sur une grande échelle, quoique ces mers offrent tous les moyens d^exploiter avec succès cette branché d'industrie.
Roma, Roma-kitjil et Mitta font aussi partie de ce groupe: la première est élevée et montagneuse; sa circonférence est de six milles; une petite rivière y forme une bonne aiguade. Roma est entourée de plusieurs petites lies dont quelques unes sont désertes; l'ile principale ainsi que celles qui en dépendent fournissent de forts beaux bois de construction. Les habitants ont les moeurs douces et sociales des autres insulaires dont il vient d'être fait mention: les produits du sol sont aussi les mêmes; ils exportent également une fort grande quantité de cire et d'écaillé de tortue; un kattie (environ cinq quarts de livre) de cire se vend à raison de 65 centimes. La presque totalité des insulaires professe le christianisme. Ce sont de bons marins qui vont assez loin en mer avec leurs bâtiments caboteurs, Padoeakan et Orem-bai. M. Kolif installa de nouveau un chef dans cette île, et leur laissa un maître d'école pour soigner l'éducation de la jeunesse.
Un détroit de peu d'étendue sépare Moa de Lahor, ile de formation madréporique ne s'élevant que de vingt
pieds environ au dessus de la surface de la mer. Cette île est faiblement peuplée; l'on y compte à peine un millier d'habitants; elle est couverte de cocotiei^ et de broussailles, et nourrit une grande quantité de moutons ainsi que quelques buffles.
Loean, située dans la même direction et à l'orient de Lakoi, est entourée d'un banc de corail et de plusieurs ilôts récents; sa population se compose de deux à trois cents familles qui vivent principalement des produits de la pêche du tripang y denrée qu'ils Tendent aux caboteurs des Moluques, sur le pied de 20 à 25 florins le pikol de 125 livres. Les moutons et les chèvres que l'Ile produit, servent aussi de moyens d'échange. Le cocotier et le sagoutier y abondent ainsi que plusieurs autres palmiers. Quelques anciens documents de la Compagnie, que M. Kolff trouva entre les mains des indigènes, portaient la date de 1777; depuis cette époque aucun européen n'avait visité leur ile; toutefois les dogmes du christianisme n'avaient pas discontinué de germer parmi eux, à la vérité sous des formes très-imparfaites; mais les indigènes étaient dévoués à ce culte par les traditions de leur adat. Leur attachement à l'ancienne Compagnie se montrait de la manière la moins équivoque, et leur désir de se voir de nouveau compris sous la direction du gouvernement colonial, se manifestait dans toutes leurs actions ainsi que par leurs discours.
Damme ou Damma, autre ile plus considérable de ce groupe, est située à une plus grande distance vers
le nord. La baie de Koelevalta, où les navires trouvent^, de bons mouillages, est situé par le 7^4' 30'' latitude Sud et le 128^46' longitude Est; elle s'ouvre sur la côte orientale; son entrée est spacieuse et profonde, et elle s'étend environ à une lieue dans l'intérieur. Cette île est fort montueuse; un volcan de temps en temps en ignition, s'élève dans la partie Nord-Est, et son pic ou point culminant est visible à une grande distance en mer. L'on trouve au pied de ce mont quelques sources chaudes sulfureuses. Le fort, de même que les bâtiments de la Compagnie, n'olTrent plus que des ruines au milieu de belles terres jadis cultivées avec soin, et qui sont maintenant couvertes d'une végétation sauvage et vigoureuse, au milieu de laquelle serpente une belle rivière d'une eau limpide. Les villages conservent aussi les traces de l'abandon dans lequel les nouveaux maîtres de cet archipel laissent végéter la population, et ils semblent vouloir condamner ces belles terres à la stérilité. Parmi les habitants vivent, plus ou moins isolément, quelques familles se disant chrétiennes.
Delà , l'expédition se dirigea vers la baie de Guillaume, où se trouvait jadis la résidence de l'autorité civile de la Compagnie. Les habitants de cette partie de Damme sont plus déGants que ceux des autres iles; ils ne se dessaisirent de leurs armes que lors que M. Kolff leur fit part du but de sa mission: en apprenant son titre d^Orang Wolanda (homme hollandais), trois d'entre eux s'empressèrent de l'accueillir avec les marques d'une bienveillance sincère. Depuis plus de trente ans le Gouvernement ne s'était point occupé du sort de ces
peuples: le manque d'enseignement dans les écoles joint à l'abandon dans lequel ils vegettent, sont les causes des pas rétrogrades qu'ils ont faits dans la civilisation et dans l'instruction religieuse. La Compagnie, nonobstant ses vues étroites en matière d'administration civile qui ne se trouvait point en rapport direct avec son commerce exclusif, avait cependant veillé pour leur bien-être»
Damme est fortement boisée; la végétation y est magnifique, surtout en arbres de haute-futaie; elle produit aussi en abondance des canarium et des muscadiers, mais dont les indigènes font peu de cas; toutefois, le nombre de ces arbres à épices s'augmente annuellement par la manière de vivre et de se nourrir d'une espèce de Pigeon, Columba globicera, dont les moeurs sont les mêmes que celles des deux autres espèces dont nous javons ci-dessus fait mention dans l'article descriptif des îles de Banda. On trouve dans cette île plusieurs animaux rares et inconnus; le naturaliste y trouverait un vaste champ d'étude à expbiter. Les plaines sont fertiles, et l'élève du bétail oifre de bons moyens d'échange. Quelques secours pécuniaires accordés à cet archipel par le Gouvernement, ainsi que l'envoi d'un petit nombre d'employés subalternes, bien choisies et d'un caractère conciliant, qu'il serait nécessaire de fixer au milieu de cette population active et dévouée, seraient, n'en doutons point, des moyens suflisants pour hâter la régénération d'une ile où la civilisation a fait jadis des progrès très-rapides. Espérons que le passage du respectable marin Kolfl'dans ces régions, ainsi que les
soins qu'il prit pour le sort futur des habitants, tendront à rendre leur avenir meilleur.
Plusieurs petites iles de formation madréporique entourent Damme; elles sont très-riches en tortues caret, Testido imbricata; l'on y trouve aussi la grande espèce de Sphargis mercurialisj dont le poids dépasse souvent 800 livres.
Sermatta, Xeon, Nila et quelques autres îlots moins connus et de peu d'importance, font également partie de cet archipel. Seroea est célèbre par les phénomènes volcaniques destructeurs dont elle a été le théâtre. Valentyn dit qu'en 1683, lors du violent tremblement de terre de Banda, Seroea également fut ébranlée d'une manière épouvantable, et qu'une grande portion du sol fut engloutie avec tout ce qui se trouvait à sa surface.
On trouve encore dans ce même rayon l'île Babber, et plusieurs autres moins grandes que celle-ci, telles que Wetang, Daay, Dawera, etc. Ce petit groupe est peu visité par les navigateurs européens; la Compagnie n'y entretenait point de relation suivie, quoiqu'elle y eût un petit fort, et que les habitants se rappellent encore que plusieurs de leurs ayeux suivaient les dogmes du christianisme: aujourd'hui tous sont payens; ils ont des moeurs plus barbares que les autres insulaires dont nous venons de faire mention, et leur caractère est beaucoup plus enclin à la défiance.
Babber est montagneuse et couverte d'une végétation primitive. Wetang ou Goekal a été défrichée par les habitants de Babber, qui y cultivent dans leurs jardins des plantes potagères; le cocotier et l'aréquier servent
également à leurs besoins; les cochons et les chèvres abondent dans ces îles, où se trouvent avssi plusieurs espèces d'animaux inconnus jusqu'ici aux naturalistes.
Les îles très-nombreuses du groupe de Tenimber^ forment un archipel composé de terres d'une étendue plus ou moins considérable; la plus grande est Timorlawut. Larrat^ Yordate, Moelo^ Maro et Karro sont beaucoup plus petites, et les autres ne sont que des ilôts ou des récifs de corail. L'on peut consulter le Memoire analytique de la carte du baron von Derfelden pour la position des points principaux de ces îles.
Toutes ces îles sont basses, de formation madréporique, et entourées de bancs et de récifs de corail; Vordate est plus élevée, et quelques monticules y alternent avec des espaces planes; les navires n'y trouvent qu'un très-petit nombre d'endroits où ils peuvent ancrer avec sûreté. Les villages sont situés le long de la plage sur des élévations d'une nature calcaire; les habitations sont aunombre de vingt à cinquante, contigues et construites sur pilotis de six à huit pieds de hauteur. Tous les habir tants de cet archipel ont un même dialecte; ils ne difierent point entre eux par les moeurs et les habitudes. Leurs formes corporelles sont généralement agréables; leur peau est plus claire ou plus blanche que celle des in« sulaires des autres groupes ; ils ont même dans leur extérieur plus d'analogie avec les Européens qu'avec les Malais, mais ils ressemblent à ces derniers par leur teint cuivré. Les femmes sont aussi d'une taille élan-
cée, bien faites et généralement belles dans leur jeunesse; elles portent pour tout vêtement, une pièce d'étoffe bleue nouée autour des reins. Les deux sexes aiment à se parer les bras et les oreilles d'ornements d'argent ou d'or, et les femmes y joignent des colliers et des bracelets de corail rouge. Les travaux les plus pénibles sont remplis par celles-ci, tandis que les hommes s'occupent du maniement des armes, de la pécha et du commerce. Les insulaires des basses classes n'ont aucun vêtement; les chefs, les anciens et les commerçants qui vont à l'étranger, se couvrent seuls le corps. Leurs guerres se bornent à quelques démonstrations hostiles, tels que le rapt des femmes, la dévastation des champs et les rencontres qui ont lieu sur les récifs ou ils vont pécher; des combats en masse n'ont jamais lieu parmi-eux. Lorsqu'un insulaire a commis quelque méfait, une ancienne coutume veut qu'il soit contraint d'abandonner l'ile pour quelque temps: à la suite de cette expiation du délit, il est reçu de nouveau après un terme d'un ou de deux ans. Lorsque des maladies contagieuses se déclarent parmi eux, ceux qui en sont atteints doivent être relégués dans l'île de Moelo, d'où ils ne peuvent retourner chez eux qu'après leur complète guérison, ce qui est cause que la mort vient frapper plusieurs de ces malheureux, qu'on abandonne impitoyablement à leur sort. Ils entretiennent une grande propreté dans l'intérieur de leurs demeures, et sont très soigneux à maintenir la netteté de leur corps et de leurs vêtements; leurs villages sont bien peuplés et l'activité y règne partout. Les habitants se montrèrent
confiants et bien intentionnés dans l'accueil qu'ils fi<rent à l'équipage du Dourga; ils témoignèrent au commandant de ce bâtiment, le désir d'être admis de nouveau à faire partie intégrante du domaine de la Compagnie, dont ils se disaient être les enfants (anak Kompania)'^ preuve que, nonobstant l'abandon dans lequel ils avaient vécu pendant plus de trente ans, le9 bienfaits que les premières lueurs de la civilisation avaient répandus parmi eux, se trouvaient encore profondément gravés dans leur mémoire.
Ces iles sont en parties défrichées par les indigènes, bien cultivées, couvertes de jardins et de champs; ceuxci sont entourés de petits murs de blocs madréporiques; des sentiers bien entretenus circulent autour de ces plantations et offrent de fort beaux sites; quelques cours d'eau limpide servant à entretenir la fécondité et égayent ce paysage et ses sites enchanteurs. Des troupeaux de cochons et de chèvres ainsi que des volailles fournissent aux besoins journaliers des habitants. Quoique munis d'instruments imparfaits et grossiers, leur pèche est aussi variée qu'abondante; elle augmente les ressources que ces peuples trouvent constamment à leur disposition. Aussi ne connaissent-ils aucun besoin, et leur vie s'écoulerait d'une manière douce et heureuse, si de petites dissensions entre les villageois ne venaient, quoique rarement, troubler la paix qui règne ordinairement dans ces belles contrées.
L'archipel d'Âroe est situé au nord-est de celui*
de Tenimber; la position géographique des principaux points de ces iles se trouve indiquée dans le Mémoire analytique précité. Ces iles vues de la mer paraissent basses; aussi doivent-elles leur origine aux amas ma^ dréporiques, dont il sera fait plus ample mention dans cet article.
Un dénombrement approximatif, fixe le chiffre des habitants dans les iles orientales qui ressortissent im« médiatement du pouvoir colonial, comme suit:
Les îles dont nous venons de
faire mention 35,000 âmes.
L'Archipel d'Aroe 20,000 »
» de Key 15,000 »
» de Tenimber 22,000 »
Total . . . 82,000 âmes.
On calcule que le chiffre approximatif de toutes les populations des iles qui font partie de la juridiction de Banda, peut être porté à 205,000 âmes. La superficie de toutes ces îles est calculée à 455 lieues géographiques D ou 249 myriamètres n«
Depuis un grand nombre d'années le groupe d'Aroe n'avait pas été visité par des employés de l'autorité néerlandaise, lorsque le Gouverneur-Général van der Capellen y envoya en croisière les Schoeners Daphné et Pollux^ à bord de l'un desquels se trouvait M. Bik, employé civil du Gouvernement, qui avait pour mission de visiter ces iles, de présenter un rapport sur l'état où se trouvait alors cette possession lointaine, et d'assurer les habitants des bonnes dispositions de l'autorité
à leur égard. Peu de temps après parut aussi, dans cet archipel, le brik Dourga commandé par le Major Kolff de la marine coloniale, dont la narration, citée plus 4iaut , me sert de principal guide pour l'aperçu que je donne de ces différents groupes d'îles.
L'abandon du gouvernement avait plongé les habitants de cet archipel dans une misère toujours croissante; le manque d'une autorité prépondérente était cause que les commerçants Makassares et Boegis se permettaient toutes sortes de rapines, et naviguaient vers ces parages plutôt dans le but de piller et de vexer ces peuples que dans l'intérêt bien entendu d'un trafic utile aux uns comme aux autres. De plus les contrebandiers et les baleiniers anglais qui parcourent ces mers, tâchaient, par toutes sortes de moyens, d'attirer sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Hollande la navigation et le commerce de ces insulaires, toujours accoutumés à pourvoir à leurs besoins dans nos îles des Moluques: preuve évidente et réitérée que le commerce anglais ne perd jamais de vue ses intérêts, ni ne laisse échapper la plus insigniûante circonstance favorable qui se présente, pour étendre de plus en plus ses relations, et qu'enfin il sait profiter spontannément de toutes les chances opportunes qui lui sont ouvertes, soit par l'insouciance, soit par la parcimonie des commerçants rivaux, pour étendre son influence comme un réseau, sur toute la surface du globe.
Les îles d'Âroe, ou Ârau des cartes françaises, sont visitées assidûment par les navigateurs indigènes, principalement dans le but d'y faire le commerce des holo-
thuries et des tortues, dont la pèche est très-productive, puis celui des huitres perlières et nacrées, et celui non moins lucratif des nids d'oiseaux dont on fait une abondante récolte. Les marchands distinguent jusqu'à vingt espèces diiférentes de tripangy servant de nourriture: dans ce nombre le tripang pasir ou holothurie de sables, est l'espèce la plus recherchée (1) en Chine, où elle se paye à raison de 160 florins ou 338 francs le pikol de 125 livres ; les espèces de qualité inférieure se ve«ident au prix de 30 florins ou 63 francs 50 centimes. Cette pêche occupe des populations nombreuses, et oifrait, sous les lois du monopole, un trafic très-avantageux pour les commerçants de Banda et de Makassar. L'ile Workay, et plusieurs autres moins grandes, situées dans le Sud de ce groupe, sont celles dont les parages ofirent les pêcheries les plus productives en holothuries ; toutes les autres productions marines y sont également nombreuses et variées.
Les lies Aroe sont presque inabordables du côté de l'est, vu l'étendue des bancs de corail qui s'avancent fort loin en mer, ce qui est cause que plusieurs des lies de ce grand archipel n'ont pas encore été visitées par les navigateurs. Les principales sont Kobroor, Wor« kay, Kre, Tranna, Maykor; puis plusieurs autres moins grandes, telles que Babie, Wammer, Wokan, Wadyer, Wassier, Warria, tola et un grand nombre d'ilôts ma*
(1) Je ne fais pas mention ni de tontes ces qaaiitës, ni de la manière dont cette pèche est pratiquée; plasienrs ouvrages répandas fournissent à cet égard des données utiles & coosalter.
dréporiques. Ces iles ont fait partie du domaine de. la Compagnie depuis 1640. Par un contrat portant la date de 1645, les habitants s'imposèrent l'obligation de ne trafiquer exclusivement qu'avec les iles de Ban* da, et la Compagnie se réserva le monopole des grandes kuitres à nacre, Avicule perlièrcy qu'elle destina à son commerce avec le Japon.
La Compagnie avait un fort sur l'ile de Wokan; cette place n'est maintenant qu'un amas de décombres; les murs en sont encore élevés de vingt pieds au-dessus du sol. Les indigènes offrirent à M. Kolff de remettre cette forteresse en bon état, pourvu que le Gouvernement voulût consentir à leur accorder une garnison, et leur garantir la protection qu'ils sollicitaient pour leur commerce ainsi que pour l'instruction religieuse, dont l'état de décadence provenait de l'oubli et de l'a* bandon dans lesquels ces insulaires ont vécu depuis un grand nombre d'années. Chez toutes ces populations existe une tendance prononcée à embrasser non seulement les dogmes du Christianisme, mais aussi à adopter les moeurs et à suivre les usages des institutions sociales: les chefs Orang-kajay que leurs relations corn* merciales mettent fréquemment en contact avec les Européens et avec les populations chrétiennes des Mo* luques, sont les premiers à donner cet exemple. Les populations alfoeres de plusieurs de ces iles, accoutumées à suivre les ordres de ces chefs chrétiens, ne demandent pas mieux que d'embrasser le culte de la civilisation; ils ne s'opposent point à ce que leurs enfants fréquentent les écoles, tenues par des maîtres
Âmboinais chrétiens; les temples qui existent encore dans quelques parties de ces îles, ne manquent point de visiteurs, et les cantiques du Roi-Prophète y sont entonnés par des voix qui rendent hommage au Tout-Puissant.
Avec d'aussi bonnes dispositions dont tous ces insulaires sont doués, on est en droit d'attendre des résultats favorables et un progrès constant vers le bien, lorsqu'on voudra s'occuper sérieusement du sort temporel et de l'éducation religieuse de ce peuple, qui s'est placé, secondé seulement par des moyens très-imparfaits, sur la bonne voie qui conduit à la civilisation. Mais il faut se hâter d'en profiter^ vu qu'au milieu de ces paisibles insulaires, habitent plusieurs sectateurs de l'Islamisme, dont les prêtres fanatiques tâchent, par tous les moyens à leur disposition, de porter les Alfoe^ res d'Aroe à embrasser leur culte: il est même probable que ces populations des Archipels orientaux ne tar-» deraient pas à prêter l'oreille à ces insinuations, s'ils n'étaient point aussi encleins à se livrer à leur goût dominant pour les boissons enivrantes, et si l'usage de la chair de porc, dont ils font grand cas, ne se trou*^ vait porté au nombre des interdictions consacrées par les lois du Prophète de la Mecque.
Dans tous les cas, sachons profiter de ces inclinations heureuses d'un peuple disposé à se ranger sous l'étendard de la civilisation: que la philantropie prête la main à cette oeuvre, elle trouvera plus de chance de succès dans ces parages qu'au milieu de la masse des races Malaises et Javanaises, trop fortement imbues des
préjugés séculaires qui émanent du culte de Mahomet, pour qu'il soit possible de leur faire adopter une autre croyance. Le culte que les Malais et les Javanais professent est, sans nul doute, en harmonie parfaite avec les anciennes traditions de leur adat, dont il serait très-imprudent de les détourner, et leur Coran est bien mieux approprié aux habitudes et aux moeurs adoptées comme règle de conduite par ces nations puissantes de l'archipel, que tout autre croyance religieuse qu'on voudrait leur imposer, dans le but principal vers lequel tendent toutes nos associations religieuses, celui du zèle outré de faire des nombreux prosélytes.
Entre Wokan et Wammer n'existe qu'un détroit d'un quart de mille de largeur. Les bâtiments caboteurs peuvent ancrer, suivant la mousson, soit à l'est ou à l'ouest de cette île. L'on voit arriver dans les eaux de Wammer une foule de commerçants des Moluques, de Key, de Goram et des autres iles de ces archipels afin d'y trafiquer; ce qui a lieu avec.assez d'ordre mais sans aucune garantie pour les propriétés. La pointe Dobo forme un cap que M. KoliT juge très-convenablement situé pour l'établissement d'un fort: la position offre toutes les ressources désirables à cette fin; l'air y est pur et parfaitement salutaire à la santé, et les mers sont d'une richesse prodigieuse en poissons et en mollusques; ces iles produisent en outre tout ce qui est nécessaire aux besoins de la vie, tandis qu'on n'a rien à redouter de l'indigène, et que le commerce attire dans la baie Dobo, une multitude de bâtiments légers, dont les armateurs trouveraient appui et secours auprès de l'employé
civil du gouvernement qu'il sagirait de placer à demeu* re dans cette ile.
Les embarcations ou Padoeakan des insulaires Alfoeres sont très-longs et offrent peu de bord au dessus de l'eau ^ leur longueur est de soixante-dix pieds sur dix pieds de largeur ; au milieu est construit une estrade où ils font la cuisine: ces esquifs mus par des pagayes nagent sur les eaux avec une célérité éton* nante; ceux appartenant aux insulaires chrétiens sont plus forts, mais aussi plus lourds, ils sont construits par les habitants de l'archipel de Key. La monnaie d'or et d'argent qui a cours dans notre Inde archipélagique est reçue dans les iles Âroe, le plus souvent pour ser* vir à en faire des pendants d'oreille et quelques autres ornements.
L'ile Wassier sert de limite à la partie Nord-Ouest de ce groupe, elle est toute couverte de broussailles, et la côte septentrionale est inhabitée; les récifs s'avancent très-loin en mer.
L'île Wadjir, séparée de Wassier par un canal, est habitée par des sectateurs de l'Islamisme; leur nom* bre proportionnellement à l'étendue de l'île, est inférieur aux habitants Chrétiens des autres parties de ce groupe. Leur naturel est plus turbulent, et l'accueil qu'ils firent à la mission du gouvernement, n'offrait point le caractère de bonhommie ni le dévouement cordial, dont les autres populations de cet archipel s'étaient empressées d'offrir des preuves nombreuses: )) toutefois, dit le capitaine de corvette Rolff, dans les » termes que j'emprunte à son rapport, la demande d'à-
)> voir au milieu d'eux un résident du Gouvernement et ))un détachement militaire, m'a été fait unanimement »dans toutes ces iles où j'ai conduit mon bâtiment, et » les habitants d'Aroe comprennent parfaitement qu'une » telle mesure, serait le plus sûr moyen d'augmenter i^ieur bien-être et leur prospérité. Sous ce rapport les » Chrétiens, les Mahométans et les Alfoeres forment les » mêmes voeux."
Les iles fort nombreuses de cet archipel sont séparés les unes des autres par plusieurs canaux Soengiy dans lesquels la marée monte et descend irrégulièrement; le grand canal du milieu qui sépare l'ile principale de toutes les autres, est nommé soengi-kobit'WatOy celui du nord maber-wato et celui du sud maikor-wato.
Le capitaine Dumont d'Urville qui visita cet archipel en 1839, fournit quelques notions sur les iles Aroe et sur la baie de Dobo, ile de Wammer. — »Le havre Dobo est le rendez-vous habituel des navires de commerce qui fréquentent ce groupe; il est formé par les iles Wammer et Wokan. Ces deux iles, de médiocre grandeur, sont, comme toutes les terres du groupe, basses et uniformes. Le canal qui forme le havre Dobo peut avoir trois milles de longueur; à l'ouest, il est presque fermé par une longue pointe de sable près de laquelle se trouve le véritable mouillage. Sur la pointe de sable se trouve un village considérable, entièrement bâti par des Malais qui sont venus créer là une véritable colonie, spéculant sur le tripang, les perles, les tortues, les nids d'hirondelles et aussi sur les four-
nitures qu'ils peuvent faire aux bâtiments de commence qui visitent ces parages."
))La végétation des iles Aroe parait pleine de vie et de sève; sur le rivage, la forêt est presque impénétra^ ble; des arbres immenses élèvent leurs branches à de grandes hauteurs, et des milliers de lianes, en les entourant de leurs plis, semblent les unir comme pour en former un faisceau qu'il est bien difficile de franchir. Sous la voûte que forment les branches, on respire un air frais et salutaire, de tous côtés on distingue les beaux arbres fruitiers qui font l'orneoient des zones tropicales et qui, en même temps, donnent la nourriture à de nombreux habitants. Enfin les iles Aroe semblent, par la vigueur de leur végétation, se rapprocher en tout point de la Nouvelle-Guinée, et s'éloigner de la Nouvelle-Hollande."
))Les insulaires reconnaissent la souveraineté de la Hollande; mais les Hollandais l'exercent avec le moins de frais possible, ils se contentent d'entretenir dans ces iles quatre maîtres d'école eavoyés d'Amboine. Ceux-ci, pour un modique salaire, exercent à la fois les emplois d'agents politiqnes, d'instructeurs' du peuple et de ministres de la religion, dans tous les villages chrétiens."
i>Sans aucun doute, toutes les Mes Aroe furent, à une époque peut-être assez rapprochée, séparées les unes des autres par des bras de mer assez étendus et peut-être même assez profonds. Mais peu à peu les palétuviers gagnèrent ces rivages; ils prirent pied dans ces eaux tranquilles et arrivèrent bientôt, par leurs dé-
bris, à élever le terrain sur lequel ils étaient nés. Ces conquêtes sur la mer devinrent d'autant plus rapides que les détritus de ces premiers venus aidant la croissance des rejetons sortis de leurs racines se sont multipliés à l'infini. Déjà les canaux de Wokan de Trana, n'offrent plus que peu de profondeur, leurs rivages sont formés par les palétuviers qui tendent constamment à rétrécir leurs dimensions, et ne tarderont peut-être pas à les combler. Nous avions pour mission de reconnaître ces parages; le peu de profondeur des eaux que la sonde y accusa, ne tarda pas à nous convaincre qu'ils ne pouvaient être d'aucune utilité pour la haute navigation" (1).
Les Alfoeres sont les aborigènes de ces îles; ils habitent aujourd'hui les parties orientales du plus grand nombre, tandis que les iles occidentales sont habitées par des Malais chrétiens. Il est contraire à la vérité que ces Alfoeres d'Aroe soyent un peuple sauvage et de moeurs sanguinaires; ils forment au contraire une nation populeuse, menant une vie paisible et patriarchale, s'occupant principalement de l'élève du bétail et cultivant de petits carrés de terre; ils habitent de nombreux villages, peu considérables à la vérité, mais régis par des coutumes sociales, et dans lesquels l'un des plus anciens Orang-toeah exerce l'autorité. Leurs cultures consistent en bâtâtes (obi); en citrouilles (laboe) qui ont le goût des nôtres, mais qui ne sont pas aussi
(1) Voyage au Pôle Sud et dans POcéanie sur les corvettes r Astrolabe et la Zélée, Vol. 6, pag. 82 et 99.
grandes qu'un melon, en maïs, en riz rouge et blauc et en un peu de canne à sucre; leur nourriture principale est la chair de porc, puis un grand nombre d'espèces de poissons dont ces mers abondent.
Leur habillement est des plus simples; une bande d'étoffe blanche, bleue ou à grand dessin, en forme tous les frais pour les deux sexes; les hommes passent ce morceau d'étoffe, qu'ils nomment tjidakoj entre les jambes, s'en entourent les reins et il se trouve assujéti par un noeud; puis des ornements de cuivre dans les oreilles, des bracelets de coquilles aux bras et de coraux autour du cou. Les femmes, assez jolies et avenantes, portent autour des reins une chaîne de cuivre; le morceau d'étoffe est suspendu entre cette chaîne en forme de tablier: une petite natte leur sert au même objet par derrière, des colliers d'un beau corail pendent au cou et couvrent la poitrine, et des coraux noirs sont implantés dans de nombreux petits trous pratiqués dans les oreilles; ils en font aussi des bracelets. Les cheveux des femmes sont abondants et fins; ceux des hommes sont rudes et ébouriffés, par l'habitude qu'ils ont de les laver avec de l'eau de chaux et une lessive de cendres; quelques uns les lient par derrière et les relèvent au moyen d'un peigne de bambou.
L'archipel de Key est situé à l'occident de celui d'Aroe et au Nord-Ëst de l'archipel de Tenimber; ces iles sont plus ou moins réunies en chapelet avec plusieurs autres atollons qui vont se lier par une série de
petites îles, ilôts et ilets, à la partie orientale de la grande Cérani. Ces amas de petits îles forment les ar« chipels de Noesa-tello, de Tisandie, de Matabello, les iles Manowolko, Salawatto, Goram, l'archipel de Céram-lawut et celui de KeiBng.
L'archipel de Key est formé de la grande et petite Key, de Keywatela, Yerdool, Ketember et plusieurs autres formées d'amas madréporiques. Ces iles sont plus élevées que celles d'Aroe, couvertes d'une végétation riche et vigoureuse, mais faiblement peuplées comparativement à leur étendue. La grande Key est occupée par des habitants qui professent le culte de Mahomet; dans les autres, c'est un mélange de populations différentes par les moeurs comme par le culte: des émigrés de Céram , des fugitifs de Banda , quelques races de Malais et d'Alfoeres vivent pêle-mêle dans ces iles peu visitées, et dont on ne saurait apprécier encore les avantages qu'elles peuvent offrir un jour au commerce et aux débouchés de l'industrie manufacturière. Des villages côtiers, tels que Doela, Elie et plusieurs autres forment les principaux lieux d'étapes des îles Key; ils sont visités annuellement par un certain nombre de padoewakans et de djonkoos des Moluques, de Makassar, de Boni et des Tenimbres; ces caboteurs y viennent acheter du tripang, des huîtres perlières et nacrées, de l'écaillé de tortue, des nageoires de requins et des nids d'oiseaux; ils vont trafiquer de ces objets ou bien augmenter leurs cargaisons aux iles d'Aroe. Tout ce commerce se fait par échange; mais ces peuples sont très souvent exposés aux vexations des patrons, Nachodas^
de ces bâtiments; ces procédés deviennent souvent les causes de représailles meurtrières et de spoliations à main armée: tristes conséquences de l'abandon dans lequel vivent ces peuplades, et de la distance qui les sépare du pouvoir civil et militaire résidant à Banda, où ils sont dans la nécessité de porter leurs plaintes et de recourir en justice, et d'où ils doivent attendre protection ainsi que des secours en cas de besoin.
» Quelques villages de la côte, aux îles Key, sont habités par un grand nombre de Mahométans et d'autres étrangers, qui s'y sont établis peu à peu et qui sont originaires des lies de Banda, de Tenimber, d'Amboine et de Céram, Ces villages, qui forment les principaux lieux d'étapes des îles Key, sont visités annuellement par un grand nombre de navires indigènes padoewakan\ de Banda, de Céram et d'autres îles de ces contrées, ainsi que par des bâtiments de Makassar et de Boni, qui viennent y acheter du tripangy de l'écaillé de tortue des nids de salanganes j des huitres perlières, des nageoires de requins, des oiseaux de paradis, des porcs etc. Après s'être approvisionnés dans ce pays, selon que les circonstances le permettent, les marchands se rendent en partie aux îles Aroe et en partie directement à la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée. Parmi les lies Aroe, ce sont particulièrement les îles Wadjer, Wokan, Wamer et Maikor qui leur servent de lieux d'étapes: là, ils tirent leur navire sur la plage, et ils restent dans le pays jusqu'au retour de la mousson d'Est. Afin de porter les naturels à rassembler tous les articles de commerce que les marchands
recherchent , les Nachodas ou patrons leur font des avances en marchandises de toute espèce. De petits bricks et des schooners de Java, de Bornéo et d'autres lieux de l'Archipel, visitent fréquemment les iles Aroe dans le même but, celui de faire le commerce d'échange, ce qui rend extrêmement animés, pendant le renversement de la mousson, les parages de ces groupes d'Iles que les marins du pays nomment parages de l'Ouest, par opposition aux parages de l'Est qui sont au levant."
C'est à Elie sur la grande Key que l'op construit le plus grand nombre des embarcations employées pour le commerce dans ces mers; elles sont solides, bien travaillés, d'un beau bois dur qui est fort approprié pour la construction navale: celles qu'on fait aux îles Aroe et dont se servent les Alfoeres sont plus légères, mais elles ne sauraient rivaliser en solidité avec les bâtiments des lies Key.
Les autres iles rangées en chapelet jusqu'aux iles Kefiing, telles que les Noesa-tello, Koor, Kauwer, Boen^ Tokor, les Matabello, Manowolko, Salawatto, Goram etc. sont à peine connues de nom; leur position géographique et l'étendue qu'elles occupent ne sont pas encore indiquées exactement. Des peuplades adonnées au pillage et à la piraterie habitent ces petites terres; ces habitants ne montrent aucune inclination pour la vie sociale, différents en cela de ceux qui vivent dans les archipels dont nous venons de faire mention. Nous ne saurions non plus offrir.au lecteur, la moindre notion positive sur la constitution physique des iles qui forment le groupe d'Orange-Nassau.
Les possessions insulaires, dans ces régions éloignées de la métropole de l'Inde, occupent une si vaste étendue de l'océan oriental, qu'il s'écoulera sans-doute encore bien du temps, avant qu'elles soient toutes explorées scientifiquement; seul moyen de connaître parfaitement toutes les sources de bien-être et de prospérité qu'elles . pouront par la suite ouvrir au commerce et à l'industrie. Cette région peut aussi à bon droit être considérée, comme offrant un champ aussi vaste que fertile aux recherches géographiques, et à l'étude des sciences naturelles; car les parties intérieures de ces belles iles ne sont pas connues, et les côtes le sont à peine. Quant à la constitution du sol, aux productions animales et végétales que ces iles peuvent receler, nous n'en savons absolument rien; jusqu'ici l'on n'en a pas même ordonné le relèvement hydrographique; les habitants de plusieurs de ces possessions nous sont inconnus. Tous ces points importants pour la navigation, pour le commerce et pour les sciences, offrent presque autant de lacunes à remplir.
Dans cette grande étendue de mer se trouvent ces îlots nombreux de formation madréporique , plus au moins couverts de végétation ou qui émergent à peine à la surface des eaux. La nature y semble, de nos jours, encore occupée du grand acte de la création. L'on voit paraître, vers la surface de cet océan, des écueils nouveaux dont l'étendue progressive est due au rassemblement prodigieux de Zoophites, qui élèvent par un travail lent et successif leurs demeures pierreuses, et parviennent de cette manière à hérisser la plaine liqui-
de de ces récifs ou bancs madréporiques, si fatals aux navigateurs: ces amas se couvrent lentement de végétation, mais finissent par former avec le temps, des lies boisées, des masses de feuiUage formée d'arbres de haute-futaie, sous l'ombre protectrice desquels les animaux viennent chercher asyle; l'homme qui vient aussi s'y choisir une demeure, transporte sur cette terre nouvelle les arbres utiles et nécessaires à ses besoins; il peuple ces lieux désormais ravis à l'océan, d'animaux domestiques, et cherche à s'y préparer un avenir plus ou moins heureux, mais toujours incertain.
Le plus grand nombre des îles dont il vient d'être fait mention dans ce chapitre doivent leur origine au travail incessant des animaux marins, et les coraux deviennent chaque jour plus envahissants: une chose digne de remarque, c'est que la présence des courants d'eau douce s'oppose aux empiétements des polypiers. Aussi ce n'est que dans les anses dans lesquelles se déchargent des rivières et des torrents, ^fua les navires peuvent aborder; toutes les autres parties de ces îles sont hérissées de bancs de coraux qui s'avancent fort loin en mer, surtout dans les parties orientales de ces îles. Les groupes d'iles basses dont l'océan est parsemé dans le voisinage de l'équateur, sont le couronnement de montagnes sous-marines , dont la formation singulier re et toute moderne semble appartenir à l'époque présente de la formation du globe. Ces montagnes s'élancent du sein de l'abîme; leur cime forme des plateaux submergés, qu'une large digue, élevée sur leur contour, convertit en autant de bassins, dont les plus étea-
dus semblent être les plus profonds; les moindres se comblent entièrement et produisent chacun une île iso* lée, tandis que les plus vastes donnent naissance à des groupes d'iles disposés circulairement et en chapelet sur le récif qui forme* leur enceinte.
Tel est en résumé l'origine et la formation des iles de corail. Les opinions émises par les savants qui ont traité cette matière, peuvent être considérées comme diiférant plus ou moins entre-elles; toutes s'accordent aujourd'hui dans le principe dont je viens d'esquisser les traits principaux. L'on peut consulter, pour de plus amples détails sur la formation des iles de corail, les notices fournies par les savants Chamisso et Ehrem* berg, ainsi que par les circumnavigateurs français.
Dans les parages des iles Aroe et de Rey, on observe aussi le phénomène de la blancheur de la mer; j'en ai déjà fait mention à l'article du groupe de Célèbes: c'est en Juin, Juillet, Août et Septembre que cette teinte lactée se manifeste, mais elle n'affecte pas de grands espaces , et a toujours lieu dans les détroits qui forment les points de jonction des courants, particulièrement lorsque le vent est fort et que la mer est houleuse.
La botanique et la zoologie de toutes ces iles offrent sans nul doute une mine abondante à exploiter; mais nous ne sommes pas encore à même d'en apprécier la valeur, aucune tentative n'ayant été faite jusqu'ici pour en connaître les productions. // sera probablement réservé aux nations étrangères d'^en donner connaissance aux maîtres de l^ Archipel malais!
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