‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 16 sur 19 · SUD-EST PAR LA MARINE ANGLAISE · texte numérisé non relu

SUD-EST PAR LA MARINE ANGLAISE

À mesure qu'on avance dans la direction de l'Est et que l'on a dépassé les îles disséminées en grand nombre dans la vaste étendue de mer à l'orient de Célèbes et des Moluques, on voit diminuer granduellement les traces d'une civilisation bienfaitrice: il existe bien encore quelques idées de sociabilité parmi les habitants des groupes cités en dernier lieu dans l'article précédent, mais plus on approche des côtes inhospitalières de la

Nouvelle-Guinée, où la race polynésienne noire rempla* ce la souche jaune , plus aussi le caractère et les moeurs des aborigènes deviennent insociables, et même étrangers à toute idée de civilisation. L'habitant de la grande terre qui s'étend à l'orient de ces nombreux archipels, végète dans un état d'abrutissement complet: plusieurs de ces hordes sont yagabondes et vivent de rapine; un petit nombre, accoutumé à une vie plus sédentaire suit, par instinct plus que par règle sociale, les ordres de nombreux chefs, dont l'autorité n'est respectée qu'autant que le comporte l'intérêt des subordonnés; toutes ces hordes sont à peine douées du dernier degré de cette intelligence qui peut servir de ligne de démarcation ou de transition entre notre espèce et les brutes. Toutefois, l'habitant de la Papouasie se trouvé placé sur un échelon plus élevé dans l'ordre social, que le misérable et hideux sauvage de la Nouvelle-Hollande, qui parcourt les forêts n'ayant pour tout abri que de simples auvents formés de branches d'arbres réunies au sommet, pour le garantir des vents glacés qui sont le partage de ces terres méridionales: des vêtements faits grossièrement de peaux cousues ensemble avec des fibres d'écorces, ne servent qu'imparfaitement à le garantir du froid; l'apprêt de ces couvertures dégoûtantes, la connaissance qu'ils a des moyens de faire du feu, la confection peu soignée de la sagaie , du casse-tête et de la hache de talc; voilà à quoi se borne toute son industrie. Aussi à-t-il fallu abandonner tout espoir de policer le sauvage habitant de l'Australie et de la Tasmanie. Le Papou serait-il plus susceptible que ces der-

niers de faire des progrès dans la civilisalioû ? Je serais porté à y répondre afiSrmativement , mais il faudrait nécessairement faire usage de moyens différents de ceux dont on a l'habitude de se servir de nos jours, pour opérer les louables améliorations, dont s'occupe la philantropie«

Toute tentative d'établissements agricoles ou industriels faite par des missionnaires seuls, ne produira que des résultats sans importance: l'introduction du christianisme rend sans contredit l'homme meilleur en lui inculquant des principes de moralité, mais il ne le pousse point vers le travail qui est le domaine exclusif de l'industrie. Nos missions Evangéliques , sans en excepter celle des frères Moraves, dont la congrégation suit une voie différente et plus sûre que celle parcourue par les autres associations de ce genre, paraissent toutefois Be réussir guère mieux les unes que les autres à donner aux populations sauvages, sur lesquelles on les voit opérer depuis si longtemps, le goût d'adopter les principes de nos moeurs et de nos institutions sociales. C'est, qu'au lieu d'en faire des cultivateurs du sol qui les à vus naître , et de s'appliquer à préparer leur bien* être par le moyen du commerce avec des peuplades voisines, elles préfèrent leur enseigner des règles de con* duite, des préceptes et des dogmes; c'est qu'en somme elles se montrent plus enclines à cultiver Tesprit, qu'à opérer des réformes dans les habitudes. C'est toutes fois, dans cette partie purement matérielle de l'existence, qu'il s'agirait de porter les premiers secours. Ce ne sont pas des mystères ni des dogmes, mais des

éléments humains qu'il s'agit d'exploiter, parmi ces peuplades abruties et barbares (1).

Afin de parvenir à ce but, chez un peuple qui depuis longtemps s'est mis plus ou moins en contact d'intérêt ayec les Malais de Céram, qui fait des échanges des productions de son sol avec les insulaires des petits archipels orientaux, et parmi lequel les premières no-' tiens de transactions commerciales et de navigation ont déjà été mises en pratique, il ne s'agirait que d'étendre et de multiplier ces moyens de trafic. La voie la plus simple et la moins dispendieuse pour tenter leur réforme, serait d'établir provisoirement, sur quelques points les plus fréquentés par les navigateurs des îles voisines, un petit nombre de Malais commerçants et industrieux , choisis parmi les peuplades des iles soumises à notre pouvoir, comme il s'en trouve dans le grand nombre des habitants des Moluques et des Archipels Orientaux qui suivent, même avec ardeur, les préceptes du Christianisme. C'est par l'intermédiaire de ces peuples qu'il faudrait faire l'essai d'introduire parmi les Papous le goût pour la culture des terres, et leur apprendre à utiliser, par la voie d'une vie active et laborieuse, les ressources que le sol leur ofire en productions spontanées, ainsi que celles plus pré-

(1) On troave des détails caricaz à consulter, et qui font foi da zèle outré et mal entendu des missionnaires, dans les Annales de la propagation de la foi; puis des renuurques fort justes contre la tendance fatale dans l'enseignement religieux chez les peuples barbares , dans le journal la Phalange et dans lee Esquisses sur la colonisation française dans FOcéanie.

icieuses cachées encore (l^ns le sein de la terre. Les habitants des archipels, issus de la race malaise, sont mieux que les Européens à même de mettre la première main à la réforme sociale des Papous: ils inspireront moins de déûance à ces peuples abrutis, yu que des relations commerciales les ont déjà mis plus ou moins en rapport. Le langage, les moeurs et les habitudes offrent plus de moyens de contact; la couleur moins disparate de la peau et plus de similitude dans la manière de se vêtir, les porteront à fraterniser plus facilement; en somme, il y aura plus de sympathie et de cordialité entre le Malais et le Papou, qu'entre celui-ci et le colon Européen.

Il est de iait qu'en procédant de cette manière, la réforme sociale d'une partie de la Papouasie serait encore lente à s'établir; elle ne peut réussir dans l'intérêt de l'Etat ni être utile à ce peuple^ qu'autant que le Gouvernement voudrait faire la dépense de surveiller et de protéger ces colonies naissantes, par quelques bâtiments de guerre légers, régulièrement croisant entre Âmboine et les côtes de la Nouvelle-Guinée. Lorsqu'on verrait que les premières tentatives des Mabis offrent des chances de succès, que ceux-ci auront défriché et assaini le sol autour des établissements, que des relations amicales avec les indigènes auront été solidement établies, alors le colon européen ou javanais y trouverait, par cette voie, des moyens préparés qui lui permettraient- de s'établir dans ces lieux. Il s'y verra à l'abri des dangers auxquels il se trouverait nécessairement exposé, s'il devait prêter la main aux premiers tra-

vaux qu'exigent les besoins d'un établissement de ce genre, dans une contrée sauvage et sous l'influence des miasmes d'une terre récemment défrichée. Aussi faut-il attribuer la non-^réussite d'une première tentative faite, il y à quelques années, dans le but de for*mer un établissement sur la côte occidentale, à tous ces agents destructeurs auxquels ont été exposés les premiers occupants. Elle a fourni la preuve, que la co^ Ionisation opérée par des Européens et des Javanais offre peu de chances de succès, à cause des travaux assidus, des besoins et des maladies violentes et meurtrières qui décimèrent, en fort peu de temps, ces premiers explorateurs; désastres qui ont fait prendre au Gouvernement la résolution de supprimer provisoirement cette factorerie nouvelle, en se réservant de former un autre établissement sur un point plus convenablement situé de cette grande étendue de terre, dont la consti^tution physique nous est encore fort peu connue.

Pour le choix d'un autre point, propre à l'établissement d'une nouvelle factorerie, il sera nécessaire de connaître plus exactement les localités, et de proGter des connaissances acquises déjà sur la constitution physique du pays et sur le caractère et les moeurs des habitants. Pour se mettre à l'abri des attaques des indigènes, il serait prudent de s'établir d'abord sur quelque petite ile non loin du continent Papou, aûn que de ce point on soit mieux à même de juger des avantages qu'il serait possible de tirer d'un établissement sur la grande terre, et des mesures les plus efficaces à prendre pour s'y fixer solidement. Sachons utiliser les

'moyens à notre portée, en nous servant aussi, aux fins de civiliser et de coloniser une partie de la Papouasie, de la grande population malaise occupant la vaste étendue de l'Asie océanique soumise à notre pouvoir. Bon .nombre de ces Malais suivent déjà de fait ou au moins ostensiblement les dogmes et les préceptes du Christianisme. L'on pourrait employer ces auxiliaires, et tenter par leur intermédiaire la réforme sociale d'une partie de la Nouvelle-Guinée.

Quelle que puisse être le mode de colonisation qu'on veuille établir, dans une contrée dont la population est plongée dans cette parfaite ignorance de Phomme à l'état sauvage, il est nécessaire d'avoir égard aux conditions qui doivent servir de base à toute tentative de ce genre. — D'abord il est nécessaire de s'assurer de la nature du sol, du genre et de valeur de ses productions spontanées. Il s'agit de connaître le caractère des indigènes et leur penchant naturel pour l'une ou l'autre industrie, aûn que les premières lueurs de civilisation qu'on introduira parmi eux puissent trouver quelque sympathie. Il est urgent de connaître la situation locale propre à faciliter l'exportation des produits, d'où dépendra la possibilité d'intéresser le commerce et la navigation à visiter ces lieux et à y faire échelle. Mais il convient aussi d'envisager la colonie, t^omme entrepôt futur d'un commerce étranger dont elle pourrait être à même de faciliter les transactions. La puissance fondatrice ne manquera point de calculer la nature et la quotité des dépenses que devront occasionner les établissements à former, en comparant 'celles-ci aux

avantages qu'elle peut en retirer, soit sous le point dh vue potîlique ou stratégique, soit sous celui de son commerce et de sa navigation.

Placée sous la zone tropicale et sous le même degré de latitude que les iles de la Soende, la Nouvelle-Guinée offre le spectacle d'une végétation puissante et féconde, même jusqu'à la cime des montagnes fort élevées, disposées en amphithéâtre sur la partie occidentale de son littoral; ces montagnes, graduellement plus élevées vers te centre de l'île y forment un plateau^ probablement comparable à celui des Andes d'Amérique, situées à l'opposite de ce vaste plateau océanien^ ce qui porte à conjecturer que ces roches primitives renferment aussi des richesses métalliques fort importantes. Dans la direction Sud, s'éteifdent des plaines dont la végétation ne le cède à celle d^aucune des îles de l'Archipel, tandis que des rivières nombreuses y entretiennent la fécondité. L'avenir probable qu'une ile si richement dotée par la nature est appelée à occuper, lorsque quelque lueur de civilisation pénétrera parmi ses habitants, ne pouvait mai^uer d'atfirer l'attention de la puissance la plus intéressée à coloniser cette terre vierge. Il est conséquemment désirable que le Gouvernement continue l'oeuvre commencée, en se fixant militairement sur l'un des points de la côte occidentale , dont sa marine a pris possession depuis quelques années.

La prospérité dont jouit l'Inde néerlandaise, commandait au Gouvernement de ne rien négliger pour s'assurer d'une limite naturelle, exactement circonscrite

dans l'exlréme orient, où ses possessions , formées d'iles disséminées sur une vaste étendue de l'océan, n'ont de point d'appui qu'au centre de ces nombreux archi* pels, dont Âmboine est la principale place d'arme. Les passages du Nord-Est et du Nord des Moluques étant défendus par Batjan, Tidor, Ternate et Dodingo, il serait de la plus grande importance pour les maitres de l'Archipel, que le drapeau protecteur flottât également à l'extrémité orientale de leur domaine colonial. C'est dans ce but qu'ils firent prendre pos* session en 1828, d'une partie fort étendue de la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée: c'était là le seul moyen de préserver les Moluques et les Archipels orien« taux de toute atteinte hostile, ainsi que de toute tentative d'enhavisftment de la part des puissances européennes, dont les agents rodent sans-cesse dans ces parages. C'était aussi la voie du progrès, qui tend à protéger efficacement le commerce et à créer de nonveau points de transaction pour la navigation , en leur assurant à l'une comme à l'autre un appui dans l'ex* trême orient. Il entrait également dans les vues du Gouvernement de tendre une main secourable à ces peuples sauvages, déjà trop longtemps privés de tout contact avec la civilisation, qui étend de plus en plus son influence salutaire vers les parties orientales de la Malaisie.

On ne manquera point d'objecter des raisons spécieux ses contre l'accomplissement d'un tel projet de colonisation: il serait même difficile de réfuter avec succès tout ce qu'il ofire de difficultés à vaincre, sans comp*

ter les dépenses nécessaires à sa réalisation. En mettant hors de ligne les avantages qui ressortent pour la métropole d'Une colonie militaire, créée dans le but unique de protection pour son commerce, les ressources que le Gouvernement peut obtenir par l'accroissement de l'agriculture, du commerce et de l'iiH dustrie, doivent toujours équivaloir à peu près aux dépenses. Mais toute colonie naissante ne saurait qu'être fort dispendieuse pour le gouvernement qui la. fonde, ou sous le protectorat duquel elle s'établit; les avantages ne peuvent affluer immédiatement, et l'on doit semer avant de pouvoir fonder son espoir sur une bonne récolte. L'Angleterre n'a guère pu prévoir que la Nouvelle-Hollande et la Terre de van Diemen (l'Australie et la Tasmanie) , offriraient jamais des ressources incalculables à l'industrie métallurgique, et quo le commerce de l'Océanie pourrait atteindre le développement remarquable auquel il est parvenu et dont il jouit aujourd'hui. L'histoire nous montre aussi que Java était loin d'offrir des avantages pécuniaires à ses premiers explorateurs, qu'on ne pouvait dès lors prévoir l'importance de cette possession pour la métropole d'Europe, ni calculer les ressources nombreuses que l'industrie agricole était appelée à exercer sur l'immense population de cette ile. Certes, dans le commencement de notre siècle, les plus clairvoyants parmi nos hommes d'état n'auraient pu se faire la moindre idée qu'un jour le trésor, dans la mère-patrie, se verrait réduit à dépendre en quelque sorte de nos possessions de l'Inde, et à compter annuellement sur le boni

que celles-ci apportent au budjet et versent au trésor : fait, peut être unique dans les annales des possessions d'outre-mer qui n'ont point été colonisées. Amsiy quel avenir nouveau et prospère^ et combien de ressources inconnues de plusieurs genres ne s^ ouvriraient point pour ces belles et fertiles contrées ^ si la métropole européenne savait se passer ^ pour les besoins de son biuljety de Vexcédant colonial annuel!

Dans le nombre des îles situées entre les tropiques, il ne s'en trouve point dont les côtes aient été aussi peu visitées que celles de la Nouvelle-Guinée: quelques unes des expéditions nautiques, en opérant le relèvement des points principaux où elles ont pris terre, n'ont fourni jusqu'ici qu'un tracé géographique encore imparfait de cette île; elles n'ont abordé dans ces parages que sur deux ou trois points de cette vaste étendue du littoral, et elles ne s'y sont livré à aucun genre d'exploration dans l'intérieur.

La première idée de former un établissement permanent sur cette grande terre est due au gouvernement colonial de la Néerlande, et plus spécialement au zèle infatigable de l'honorable Merkus, à cette époque gouverneur des Moluques, qui devint depuis Gouver* neur-Général : poste éminent qu'il remplissait depuis quelques années, lorsque la mort l'enleva à sa patrie reconnaissante des services qu'elle lui doit, et à ses amis nombreux qui le regrettent vivement. Avant de parler de cette expédition qui eut lieu en 1828, nous donnerons un aperçu chronologique des tentatives faites par les navigateurs de toutes les nations, dans

le but de reconnaître les côtes de la Nouvelle-Guinée. Nous empruptons une partie ces détails à l'ouvrage de M. S. Mùller (1).

Suivant quelques auteurs, les Portugais A. Abreu et F. Serrans seraient les premiers Européens qui auraient vu la Nouvelle-Guinée en 1511: mais il parait beaucoup plus certain que c'est à G. de Ménésès que revient l'honneur d'avoir découvert ce pays en 1526. Envoyé' aux Moluques par le vice-roi de Goa, Lopez de Sampoja,. pour réprimer quelques mouvements et prendre le commandement de Ternate, Ménésès fut poussé par les tempêtes et par de forts courants jusque sur les côtes de la terre des Papous. Il y fut retenu pendant plusieurs mois, sans que l'on sache au juste dans quelle partie du pays il aborda. Les écrivains Espagnols lui contestent l'honneur de la découverte de cette contrée, qu'ils attribuent à Alva de Savedra, qui, en retournant de Tidor à la côte occidentale de l'Amérique, jeta l'ancre en 1528 dans un grand golfe, près de certaines iles qu'il nomma les iles d'or, vraisemblablement sur la côte septentrionale de la Papouasie.

En la même année, Ant. Urdanatta eut également connaissance de cette ile, et il est présumable que ce fut également la partie septentrionale de cette contrée qu'il découvrit.

En 1543, Bern. Délia Torre, allant des Philippines

(1) Verhandelingen over de natuurlijke geschiedeniê der Ne* derlandsche overzeesche bezttiingen; partie géographique et eth<nograpbicjue.

en Amérique, rangea la côte Nord-Est des Papous dans . l'espace d'un grand nombre de milles ;^ et si ce que d'aociennes relations de voyages disent de celui-ci est vrai, Délia Torre doit avoir abordé à la hauteur de l'ile d'Ârimoa: mais les documents que nous possédons à cet égard sont fort incomplets. On peut en dire autant du voyage d'Unigo Ortez de Rez ou Retha qui aurait visité cette contrée en 1545 conjointement avec Délia Torre, et qui l'aurait nommée Nouvelle-Guinée, parceque les habitants de ce pays ressemblaient à des nègres. Le Dr. G. Hassel (1) dit que^ dans le recueil Grand-Ducal des cartes à Weimar, il se trouve une vieille carte espagnole de l'année 1558 qui indique les^ contours de cette ile, mais sans aucune désignation de nom. Alv. de Mendoza et Alv. de Mendana, qui parcouraient la mer du Sud en 1567, semblent déjà avoir connu dès lors cette contrée sous le nom qu'elle porte ac-tuellement; ils disent, dans la relation de leur voyage^ que les iles qu'ils reconnurent après être partis depuis trois mois des côtes du Pirou, furent nommées par leurs équipages lies de Salomon, parce qu'on les croyait riches en or et qu'ils ks supposaient voisines, de la Nouvelle-Guinée.

Les voyages de découvertes faits depuis le commence*^ ment du dix-septième siècle, nous ont fourni sur cette contrée des lumières plus précieuses par leur importance historique. — Le navire hollandais de Duif-hen envoyé de Bantam en 1605 à la recherche de nouvelles

(1) Handbuch der Neuesien Erdbcschreibung , Tom. 23. po;. 313..

terres, découTrit l'année suivante la pointe S. 0. de la Nouvelle-Guinée à laquelle ou donna le nom de Yakche Kaap (faux Cap), parce qu'on s'était imaginé d'abord qu'après avoir doublé cette pointe, on trouverait la mer ouverte vers l'Est; mais l'attente fut trompée.

On ne sait si L. Vaz de Torrès a vu ou non la côté méridionale de la Papouasie, lors du voyage qu'il fit la même année dans le détroit qui porte actuellement son nom , parce que l'incomplète relation de ce voyage est fort obscure sur ce point.

Guillaume Corneille Schouten et Jacques Lemaire se trouvèrent, en 1616, inopinément en vue de ces côtes, dans le cours de leur voyage aventureux autour du Cap-Hoorn et dans la mer du Sud. Ils rangèrent la Nouvelle-Guinée pendant plusieurs jours dans la direction du N. 0, et finirent par jeter l'ancre à proximité de trois îles basses, couvertes de nombreux cocotiers et qui semblaient fort peuplées: les habitants nommaient ces lies Moa, Insou et Arimoa. Ces deux voyageurs ayant voulu y débarquer, ne prirent pas les mesures commandées par la prudence, ce qui fit que leur chaloupe fut assaillie d'une grèle de flèches qui blessèrent seize hommes. Le 20 du même mois, ils continuèrent leur voyage portant continuellement au N. 0., et quelques jours après ils découvrirent une grande et belle ile à laquelle ils donnèrent le nom de Schouten; depuis on a appris que les habitants la nomment Misory.

Les anciens gouverneurs hollandais, pleins de zèle pour les intérêts de la Compagnie des Indes, et qui

avaient formé de vastes plans pour étendre son eomv^ merce, expédièrent bientôt d'autres bâtiments destinés à l'exploration des pays situés au Sud et à l'Est des lies Moluques: les chefs de ces expéditions devaient faire des recherches pour apprendre à connaître les habitants et examiner les produits du sol. A ces fins, deux yachts mirent à la voile en 1603 pour ces contrées. Ces deux bâtiments paraissent d'abord avoir abordé quelque part à la côte méridionale de la Papouasie: J. Carstens, l'un des commandants, y fut traîtreusement attaqué par les naturels, et il y perdit la vie avec huit de ses gens^ de là, les deux bâtiments mirent le cap sur la côte Nord de la Nouvelle-Hollande, et s'étant engagés dans le grand golfe auquel on a donné le nom de Carpentaria, ils découvrirent dans la partie occidentale de ce golfe, une terre à laquelle ils donnèrent le nom d'Arnheim.

En 1636, le Gouverneur-Général van Diemen fit partir pour la Nouvelle-Guinée deux petits bâtiments, sous le commandement de G. Pool, qui partit de Banda le 17 Avril, et aborda à la côte occidentale vers le 4^50' de latitude Sud. Là, il descendit à terre avec l'écrivain du navire et quelques matelots: mais à peine débarqué, il se vit enveloppé par les naturels et perdit la vie avec trois de ses gens.

En 1642, van Diemen envoya l'intrépide Abel Tas^ man avec deux vaisseaux pour aller faire des découvertes aux terres australes: ce voyage eut d'importants résultats pour la navigation et la géographie, mais comme nous n'avons à nous occuper ici que de la partie

-de ce mémorable voyage qui a rapport à la Nouretle- <juinée, nous nous bornons à dire que Tasman, après avoir fait le tour de la Nouvelle-Hollande, rangea la côte orientale de la Papouasie, relâcha pendant quelques jours près des iles Moa et Insou, puis passant en vue de l'ile Schouten, il doubla la partie septentrionale de cette grande terre , et fit voile vers les Moluques.

Depuis cette époque, il se passa bien des années sans qu'aucun navire' visitât ces contrées habitées par la race Polynésienne noire. Les annales des voyages nous apprennent que ce n'est qu'en 1663, que deux Sloops furent envoyés de Banda à la Nouvelle-Guinée. Le commandant Yink se trouvait à la tête cette expédition. Il visita quelques hameaux situés dans la partie septentrionale du pays d'Ohin. La grande baie dont parle Vink, est vraisemblablement le Mac-Cleurs inlet des cartes nouvelles. Selon sa relation, le sol des deux côtés de la baie est élevé, quoique bordé en quelqnes endroits de terrains bas; tout au fond il est marécageux et plat dans une grande étendue. Un grand nombre de petites iles sont répandues tout le long du rivage et il s'y fait sentir un fort courant: la marée y monte et y descend quelquefois d'une brasse et demie. Du reste, cette relation est aussi pauvre en apperçus sur les productions du pays et sur ses habitants, que celles de tous les voyages dont nous venons de faire mention.

Le voyage du supercargue Keyts qui vint après le capitaine Yink, et qui partit de Banda en 1678 pour la Nouvelle-Guinée avec deux Yachts et un Sloop, contient également fort peu de particularités. Keyts visita

à peu près les mêmes points de la côte occidentale que ses prédécesseurs avaient vus avant lui. Valentyn en fait mention dans sa description de Banda. Il y est dit que la côte occidentale, entre les 3 et 4^ de latitude Sud, est en partie assez haute et montagneuse. Elle offre quantité de golfes et de baies, et un grand nombre d'iles plus ou moins étendues sont répandues le long du rivage. Dans l'intérieur d'une baie spacieuse que Keyts nomma baie Speelman, en l'honneur de celui qui, à cette époque, était Gouverneur-Général, se voyait un écueil situé dans la partie orientale: sur l'un des côtés de cet écueil, Keyts vit un grand nombre de crânes humains placés sur des perches ainsi qu'une statue d'homme; et il aperçut des caractères inconnus tracés à la craie rouge. Il lui parut que les habitants de Céram faisaient un grand traûc avec ce pays, et qu'ils y portaient surtout du riz et de la verroterie en échange contre des esclaves et de l'écorce de Massoy. Les naturels se montrèrent artificieux et méûants, et un jour qu'on se disposait à remplir les futailles à une aiguade sur la petite ile de Namatote située près de la côte, l'équipage de la chaloupe, qui était sans armes ^ fut assailli et en partie massacré par eux.

Dampier parcourut les eaux de la Nouvelle-Guinée en 1700. La partie N. 0. fut d'abord visitée par lui; 41 doubla ensuite la partie septentrionale : après avoir croisé longtemps près de quelques iles situées un peu plus à l'Est, et qu'on avait crues séparées de la grande, ce dont il s'assura; il se rapprocha encore une fois des côtes orientales qu'il longea de nouveau en s'élèvant dans le

Nord à partir d'un promontoire élevé qu'il nomma King William^s cape. Il donna le nom de Nouvelle-Bretagne à la grande ile située à l'opposite de cette pointe.

En 1705, le navire Hollandais de Geelvink fit voile vers la côte orientale. Il découvrit, dans la partie septentrionale, la grande baie connue aujourd'hui sous ce même nom de Geelvink, et reconnut ensuite, vers le Sud, quelques parties des côtes qui furent explorées un demi*siècle plus tard par de Bougain ville, et que celui-ci nomma Louisiade.

L'on voit, par le peu de détails qui ont été publiés sur le voyage de Roggeveen dans l'Océan Pacifique et dans les mers de l'Inde en 1722, que ce navigateur visita les îles de Moa et d'Ârimoa, et qu'il longea la côte septentrionale en se tenant à une distance assez grande de la terre. Le sol de ce pays lui parut, en général, élevé et fertile.

Carleret et de Bougainville , qui rangèrent les côtes orientales et septentrionales, l'un en 1767 et l'autre l'année suivante, semblent n'avoir observé que quelques points de cette grande terre. Sonnerat a publié en 1776 la relation d'un voyage à la Nouvelle-Guinée: il y décrit un grand nombre de plantes et d'oiseaux de ce pays, et il a principalement recueilli les matérieaux de. son ouvrage dans l'ile de Jobie, située près de la pointe méridionale de la grande baie de Geelvink, pendant le cours du voyage d'exploration dont il faisait partie en 1771.

Mais de tous les navigateurs, celui qui, dans le cours du IS"" siècle, a le mieux fait connaître le pays

dont nous nous occupons, c'est Forest. Ce capitaine fut envoyé en 1774 par la Compagnie anglaise des Indes-Orientales, dans un but d'utilité pour le commerce; il devait surtout rechercher s'il existait des cannelliers, des muscadiers et d'autres productions précieuses, dans quelques parties des Moluques ou dans les contrées situées au N. £. de ces iles, qui n'étaient pas sous la dépendance des Hollandais. Outre l'île de Waigiou qu'il visita sur plusieurs points, il se rendit aussi, au com* mencement de 1775, dans la baie de Dorey dépendante de la Nouvelle-Guinée, et y recueillit une foule de renseignements sur la géographie, l'ethnographie, la navigation et le commerce de cette contrée.

Depuis Forest, des voyageurs français ont, à plusieurs reprises, visité la même baie, et ils nous ont fourni des notions pleines d'intérêt sur l'état de cette contrée, sur ses végétaux, ses habitants et ses animaux. Nous leur devons aussi quelques cartes et un grand nombre de beaux dessins. Les relations des voyages des deux corvettes la Coquille et VAsWDlabey surtout, se recommandent sous ce rapport. Outre ces deux expéditions accomplies sous les ordres de M. M. Duperrey et Dumont d'Urville depuis 1822 jusqu'en 1828, d'Entrecasteaux , dans son voyage de 1793 si glorieux et en même temps si désastreux, a reconnu une partie des c^tes o)*ientales et septentrionales de la Nouvelle* Guinée, tandis que les iles de Rawak et de Waigiou ainsi que quelques autres points de la contrée, ont été visités par le célèbre navigateur Freycinet, qui a achevé d'en déterminer la situation.

Par ces nombreuses explorations, auxquelles la ma'* rine française prit la part la plus active dans l'intérêt des sciences, les contours des côtes orientales et septen^ trionales de la Nouvelle-Guinée nous sont bien mieux connus que ceux des parties occidentales et méridionales de cette grande ile. Les nombreux récifs de corail et les bancs de sable qui bordent la côte en quelques endroits, et qui, sur d'autres points, s'étendent presque sans interruption depuis la partie la plus rapprochée de la Nouvelle-Hollande jusqu'à la N. G., rendent la naviga*^ tion dans ces parages extrêmement dangereuse. On a tenté, sur plusieurs points, la traversée du détroit de Torrès: mais partout on a eu à lutter contre de nombreuses difficultés, et un grand nombre de bâtiments s'y sont perdus malgré tous les efforts des équipages et l'habilité des capitaines, unis a la plus grande circonspection.

La meilleure route que l'on connaisse jusqu'à présent pour le passage du détroit est celle qui a été indiquée par le capitaine Flinders, c'est-à-dire qu'il faudrait doubler le cap York en serrant la terre, et ranger les lies élevées qui sont situées le long de cette presqu'ile septentrionale de la Nouvelle-Hollande. C'est le chemin que suivit cet habile navigateur, lorsqu'il traversa en quatre ou cinq jours, la partie la plus difficile du détroit. Parmi les bâtiments qui ont entrepris ce passage en rangeant plus au Nord la côte de la Nouvelle^ Guinée, nous citerons les navires anglais PHormuzcer et le Chesterfield. Ces deux bâtiments naviguaient de conserve dans le détroit en 1793, et leurs équipages fu^

Tent exposés dans ce trajet, à bien des privations et des dangers. Quelques iiommes furent massacrés sur la petite ile de Darnley. Cette expédition a beaucoup contribué à nous faire connaître la côte méridionale.

Quant à la c6te occidentale de ce pays, elle a été "visitée à différentes époques, dans l'espace des deux derniers siècles, surtout par les navigateurs Hollandais et Anglais qui ont déterminé la situation de quelques unes de ses parties. En 1775, le capitaine Cook abor- <da à la Nouvelle-Guinée, au 6<>15' latitude Sud; après un court séjour, Gook jugea prudent de se rembarquer et d'abandonner la côte.

Il parait que le lieutenant Mac-Gluer releva une partie de ces côtes. Sa mort prématurée n'a pas permis aux sciences géographiques de s'enrichir des observations qu'il avait faites. Il séjourna pendant plusieurs mois de suite dans ces parages, et la carte publiée en 1792 par Dalrymple, semble être le seul fruit que l'on connaisse de ses travaux.

Depuis ce dernier navigateur et pendant une période de trente années, pas un seul navire n'a abordé aux plages de la partie S. 0. de cette terre, dans le but d'y faire des recherches scientiflques. Mais en 1826, le brik Néerlandais Dourgay commandé par le lieutenant Kolff, fut expédié vers ces parages. Get officier avait pour mission d'explorer une partie de la côte, et d'examiner l'état du pays ainsi que la situation dans laquelle se trouvaient les habitants.

Kolff partit d'Amboine, mettant le cap sur la pointe S. 0. de la Nouvelle-Guinée; il découvrit, à environ

24 milles au Nord du Valsche Kaap, une large ouverture qu'il crut être l'embouchure d'un fleuve à laquelle il donna le nom de son bâtiment; puis il porta au N. 0., jusqu'au près d'une petite ile nommée Lokahia, située non loin de la côte, à environ 134^50' de longitude Est du méridien de Greenwich. Delà, il fit voile pour les îles Tenimber, après qu'il eut eu à repousser une attaque de la part des naturels de Lokahia, qui lui tuèrent un homme de son équipage.

Au commencement de 1828, le Gouvernement néerlandais expédia de nouveau deux bâtiments de guerre vers cette contrée. La corvette Triton et le schooner Iris furent envoyés de Batavia, dans le but d^explorer la côte occidentale, d'y choisir un lieu propre à la fondation d'un établissement, et de prendre possession au nom du Roi d'une partie de cette côte. L'expédition commandée par le capitaine de frégatte Steenboom, ayant à son bord un commissaire royal ainsi que plusieurs membres de la commission scientifique, arriva en Mai devant 1^ large canal qu'on supposait être l'embouchure du fleuve Dourga: après avoir remonté le courant pendant plusieurs jours dans la direction de l'Est, l'incertitude où l'on se trouvait de pouvoir atteindre le but de l'expédition, en pénétrant plus avant, détermina le commandant à regagner la mer; s'il eût continué sa route, il aurait fait la découverte que le large canal qu'on avait pris pour l'embouchure d'une rivière, est un détroit, découverte faite plus tard en 1835. L'expédition continua d'explorer la côte plus au Nord, elle fit le relèvement de plusieurs points, examina l'état de la

centrée et eut -occasion d'entrer souvent en communication avec les indigènes; elle parvint enfin à découvrir une baie profonde et très-spacieuse, renfermée entre des terres élevées et <l'un a^ect pittoresque. Là, on se détermina à fonder le nouvel établissement, et à mettre la première main à la construction d'un fort qui fut nraimé Fort du Bus ^ en l'honneur du Vicomte du Bus de Ghisignies, alors Commissaire-Général aux Jndesnéerlandaises: on prit, le 24 Août 1828, anniversaire de la naissance du Roi, possession de la côte occidentale à partir du 141 <> de longitude orientala, et delà, en remontant vers l'Ouest et le Nord-Ouest jusqu'à la pointe Nord désignée -sous le nom de Cap de Bonne Espérance. Le pavillon Néerlandais fut alors arboré pour la première fois sur le {sol de la Nouvelle-Guinée et la prise de possession eut lieu avec toute la solennité requise en pareille circonstance (1).

x(l) Noas donnons la tradaction toitaelle de la prodamation faite à cette occasion.

S. M. le Roi des Pays-Bas , Prince d'Orange-Nassau , Grand Doc de Lnxembonrg , etc. etc. etc. , ayant ordonne par rescript ministériel la prise de possession de la cftte de la NonTelle-Guinëe , depuis le 140® de longitude Est du méridien de Greenwicb sur la côte méridionale, et delÀ en remontant vers l'Ouest et le Nord, jusqu'au Gap de Bonne Espérance situé sur la côte septentrionale.

Nous, Arnold Jean yan Delden, autorisé à cet effet par le Gouverneur des Iles Holuques , en vertu d'une résolution de S. E. le Gouverneur-Général des Indes, prise en Conseil le 31 Décembre 1827, avons publiquement, et en présence des commandants des bâtiments de S. H. la corvette le TW/on, le brick Siewa et le scbooBcr ririSf et de H. H. les officiers de ces bâtiments, du

Èa Taste baie où- l'établissement fut fondé,, reent l6 nom de baie du Tritouy et la passe qui y conduit celui de détroit de V Iris y en commémoration des deux bâtiments qui en firent la découverte.

M. Mûller nous apprend dans son récit fort intéressant, que toute la plaine au fond de la baie du Triton ^ était couverte d'épaisses forêts renfermant des arbres d'une dimension gigantesque; ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'on parvint à défricher un espace assez étendu, propre à la construction du fort et de l'établissement. Après un travail incessant de sept semaines, un grand nombre d'hommes des équipages, pkr

oommandaDt et des officiers da détachement mililaire, de. H. H. les fonctionnaires composant la commission d'histoire naturelle, ainsi qae des équipages des bâtiments de S. H. et da détachement susdit , déclaré , au nom de S. H. le Roi dé Pays-Bas , Prince d'Orange-Nassau , Grand Duc de Luxembourg etc. etc. etc. , prendre solennellement possession de la partie de la Nouvelle-Guinée et des terres qui en dépendent , à partir du 141^ de longitude orientale du méridien de Greenwich , sur la côte méridionale , et delà , en remontant vers l'Ouest, le Iford-Ouest et le Nord, jusqu'au Cap de Bonne Espérance situé sur la c6te septentrionale, sans préjudice des droits que le Sultan de Tidor pourrait avoir sur les districts de Hansary, Karongdefer, Ambarassura et Amberpgn.

Et afin qu'il puisse en tous temps, oonster dé* cette prise de possession , il en sera par nous- dressé procès-verbal , pour servir à ee que de besoin*

Ainsi fait aujourd'hui, vingt quatre Août dix^huit cent vingf-

hoit

Le Commissaire délégué pour la prise de possession

de la cdle Occidentale de la Nouvelle-Guinée. Signe, VAN DELDEN.

sieurs officiers ainsi que quelques membres de la commission scientifique, ne tardèrent pas à éprouver les suites fâcheuses de l'insalubrité du lieu qu'on avait choisi: des fièvres chaudes, des dyssenteries et des affections rhumatismales opiniâtres, décimèrent en peu de temps ces premiers occupants d'un sol vierge, bas et couvert d'épaisses forêts séculaires. D'abord, on n'attribua le fléau qui sévissait, qu'aux exhalaisons d'un sol récemment défriché , ainsi qu'au travail excessif et sans relâche, plutôt qu'au climat même de la contrée. Toutefois, une occupation de plusieurs années, pendant lesquelles la mortalité ne cessa d^exercer des ravages effrayants^ fit prendre la résolution d'abandonner cet établissement et de le transporter sur un autre point . de cette côte.

Le capitaine Dumont d'Urville, qui visita la baie du Triton en 1839, fournit quelques détails sur cette localité choisie par l'expédition néerlandaise. -^ »Le paysage de la baie Triton, dit-il, nous avait paru grandiose et pittoresque ; celui du havre Dubtis (Merkus) n'est ni moins accidenté ni moins varié, mais les terres paraissent plus riches, plus fécondes et beaucoup plus propres à la culture. Au pied de la montagne Lamanstjiri^ on aperçoit de la rade un plateau affectant une forme triangulaire, et qui a été défriché à une époque peu reculée. C'est là que les Hollandais avaient établis leur ville (un poste) et fondé le fort Merkus (Dubus) en l'année 1829 (1828), lorsqu'ils tentèrent de coloniser la Nouvelle-Guinée. A droite la plaine parait s'étendre, mais elle est couverte par une foret épaisse

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qui, du mouillage, masque entièrement l'embouchure de la rivière. Cet emplacement, resserré entre la mer et la montagne, dont les flancs perpendiculaires sont, cependant couverts en grande partie par une foule d'ar* bres verts, semble peu propre à la fondation d'un premier établissement. La terre y parait féconde, mais la vue y est bornée. Dominé par les sommets qui le rétrécissent, les pluies doivent y être abondantes; les alentours sont bas et marécageux, la vie doit y être triste, et le climat peu salubre, à cause surtout du voi» sinage de la rivière, dont l'embouchure est garnie d'une forêt de palétuviers qui ont pris racine sur les vases et les sables que les eaux ne cessent dé déposer, au moment ou elles perdent leur vitesse en se mêlant à celles de la mer. Sans doute l'aspect de la vaste baie Triton, qui semble oflrir un abri parfait aux plus grandes flottes du monde, et qui cependant a partout trop de profondeur pour permettre d'y mouiller, l'ancrage excellent que l'on trouve au havre Dubus (Merkus), dont les eaux sont si tranquilles que l'on pourrait y entreprendre, par tous les temps, les travaux de carénage qui s'exécutent seulement dans les bassins fermés; tous ces avantages,, joints à la proximité d^un grand cours d'eau, fixèrent le choix des premiers fondateurs de ce comptoir; mais je crois qu'il eût été fa» cile de trouver sur ces vastes terres, un point plus convenable sous le point de vue du climat, et qui eût présenté les mêmes avantages. La Nouvelle-Guinée est riche en plaines étendues où l'air peut se renouveler par les brises, dont les montagnes n'arrêteraient plus le cours;

ses côtes sont tellement découpées qu^elles doivent oP frir à chaque instant des ports excellents; et enfin ces terres sont trop vastes et trop accidentées pour ne pas être arrosées par de nomlnreux cours d'eau."

Cette digression sur la prise de possession ainsi que sur Paspect d'une partie de la côte occidentale, nous ayant détourné du narré succinct des tentatives faites par les navigateurs dans l'intérêt de la partie géographique de la Nouvelle-Guinée y nous en reprenons le fil.

Sous le point de vue géographique, ce sont principament les découvertes opérées dans la partie Sud-Ouest, durant le cours de 1835, par les schooners de guerre néerlandais Postillon et Sirène ^ qui présentent un grand intérêt. Le premier de ces bâtiments était commandé par le lieutenant de marine Langenberg Kool, le second par le lieutenant Banse. Cette expédition avait reçu la mission expresse de se rendre de Java à la Nou* velle-Guinée pour accomplir l'exploration de la Dourga : elle devait s'assurer, si effectivement c'était une rivière ou bien un bras de mer, et dans ce dernier cas, reconnaître si le détroit offrirait un passage sûr et commode entre les mers de l'Inde et l'Océan Pacifique.

Pourvus de ces instructions, les deux bâtiments mirent à la voile en Avril 1835 pour ce point de la côte Sud-Ouest, où l'on avait cru reconnaître l'embouchure d'une grande rivière désignée sous le nom de Dourga. Ils donnèrent dans celte ouverture en la remontant, faisant route dans la direction du Sud-Est et du Sud, et après une navigation de quinze jours, ils débouquèrent de nouveau en mer, à près d'un degré et demi du

Vakche Kaap (faux cap). Ainsi , fut résolue cette supposition erronnée des deux expéditions précédentes^ et l'on acciquit la certitude que la terre dont le cap mentionné forme la pointe Sud-Ouest, est une iie, à la* quelle on donna le nom d'ile du prince Frédéric-Henri, tandis que le nouveau passage reçut le nom de détroit de la Princesse Marianne.

En 1839, lors du voyage mémorable des corvettes V Astrolabe et la Zélée au Pôle Sud et dans POcéanie, le capitaine de vaisseau Dumont d'Urville, après avoir visité la partie septentrionale de la Nouvelle-Hollande, dirigea ses corvettes vers la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée, et vint mouiller pendant plusieurs jours dans la baie du Triton: là, l'expédition s'occupa du relèvement de la baie, travail qui mérite d'être cité, surtout pour son exactitude; le reste du temps fut employé à parcourir les lieux abandonnés, depuis peu d'années, par la colonie Néerlandaise; puis, quittant brusquement cette côte, l'expédition française fit voile vers l'ile de Céram.

Depuis ce temps, les journaux Anglais ont annoncé la tentative faite par le navigateur Earle, connu par ses courses aventureuses dans les mers de l'Inde et de la Malaisie, et ayant pour but d'explorer les terres de la Papouasie dans la direction du détroit de Torrès. Earle fit voile du port Essington, mais surpris par des vents impétueux, il eut le malheur de perdre son bâtiment et la vie dans ce détroit.

Le Moniteur des Indes de 1847 annonce que les journaux anglais contiennent une nouvelle qui a été

reproduite dans quelques journaux français et hollandais^ et qui donne lieu à des commentaires de la part de ces derniers. Voici la teneur de l'article en question.

The South Australian Register annonce que le com* mandant du Schooner the Bramble^ de la marine bri»tannique^ a pris possession de la Nouvelle-Guinée au nom de la reine Victoria. Cette circonstance y ajoute le journal que nous venons de citer, tend à confirmer la nouvelle déjà accréditée que le gouvernement anglais songe à former une colonie pénale dans cette île si vaste.

On a été informé plus tard^ qu'en effet le Bramble et le Castlereagh de la marine royale anglaise avaient pris solennellement possession^ au nom de la reine Victoria,, de la partie de le Nouvelle-Guinée, située à l'£st de l'ile Bristow,^ située par 9<>12' de latitude australe et 143^27' longitude orientale de Greenwich. Cette par* tie est située hors des limites du territoire néerlandaisà la Nouvelle-Guinée, qui ne comprend que la moitié* Ouest de l'île, et ne s'étend, dans une direction Est que jusqu'au l^O® degré de longitude orientale de Greenwich. On peut donc admettre comme inexact, l'article* des journaux anglais qui ferait croire à une prise de* possession de toute la Nouvelle-Guinée.

La rédaction du Moniteur des Indes fait à ce sujet la* remarque ))que les antécédants de nos voisins les Anglais dans l'ÂrchipcI des Indes, et le langage tenu constamment par les organes réputés ministériels, sont peu propres à inspirer la confiance (on se rappelle la prise de possession de Singaporc en 1818 et celle de Labocan en 1846, ainsi que le ton peu amical de plusieurs jour-

naux); cependant l'usurpation de nos droits serait ici trop ouverte pour que nous puissions y ajouter foi. Aussi pourrait-on tout aussi facilement venir nous arracher les autres iies de l'Ârchipei, Java ou Sumatra, par exemple, car nos droits sur ces points ne sont pas plus incontestables que sur une partie de la Nouvelle- Guinée. Depuis un temps immémorial, une grande partie de la côte Nord-Ouest appartient à la Néerlande comme ressortissant au domaine du sultan de Tidor; les habitants de ces contrées en reconnaissent la suprématie, et paient régulièrement des tributs: aussi tous les ouvrages de géographie, tant étrangers que hollandais ^ sont-ils d'accord pour considérer comme hollandaise la partie Ouest de la Nouvelle-Guinée. Au reste toute espèce de doute à ce sujet se trouve levé par l'occupation de fait de ces contrées qui eut solennellement lieu en 1828."

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