‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 6 sur 19 · PÉNINSULES · texte numérisé non relu

PÉNINSULES

L'intérêt fort secondaire qu'on a attaché jusqu'ici aux deux autres péninsules de Célèbes, joint aux renseignements peu nombreux qu'il nous a été possible de réunir sur Tadministration y sûr les productions du sol ^ ainsi que relativement aux moeurs et aux coutumes des habitants de la péninsule du Nord-Est , nous font réunir en un même chapitre les détails qui sont parvenus à notre connaissance.

La péninsule qui s'étend dans la direction du Nord- Est est divisée administrativement en deux parties inégales; la partie septentrionale, celle qui est la moins considérable, dépend de la résidence de Menadô, tandis que la partie méridionale^ la plus étendue des 4eux, ainsi que toute la péninsule Sud-Est, ressortissent sous la juridiction du résident de Ternate: du moins, telle était la division territoriale sous l'autorité de la Compagnie, quoique, selon une délimitation plus naturelle et mieux entendue, il cul été désirable qu'el-

Tes fussent placées administrativement sous rautorité^ du gouverneur de Makassar. Lorsque toute la superficie de cette ile aura été explorée, que toutes les parties en seront connues et qu'on pourra y fonder une administration homogène à l'instar de celle établie à Java, on élira sans doute un chef ou gouverneur^ sous l'autorité duquel toutes les différentes partiels de l'Ile pourront être réunies: mais il est probable que plusieurs années s'écouleront, avant qu'on puisse se flatter d'établir à Gélèbes le système des cultures tel qu'il existe à Java, et qu'il soit possible d'y introduire l'organisation administrative en vigueur dans cette métropole. Toutefois, l'on ne doit point perdre de vue que du temps de la Compagnie^ même à l'époque de sa plus grande splendeur, surtout lorsqu'elle s'évertuait à utiliser de la manière la plus profitable à son trésor^, les vastes conquêtes dues à ses armes, l'ile de Java,., aujourd'hui si florissante et si productive , n'offrait point sous tous les rapports, dans l'incertitude de sa destinée future, un avenir plus favorable et plus encourageant que ne le présente maintenant l'ile de Gélèbes. L'introduction des réformes dans Tordre social javanais,., eelle des institutions d'utilité publique^ ainsi que la promulgation des lois et des ordonnances dans l'administration civile et dans celle des cultures, ont puissamment contribué à répandre le bien-être et à augmenter la prospérité dans cette métropole de l'archipel. La base fondamentale sur laquelle on élèvera l'édifice administratif qu'un jour ^on établira dans l'ile de Gélèbes, sera probablement, à quelq[ues modifications près,.

semblable a celle sur laquelle reposent les institutions javanaises: si l'on^ parvient à les faire adopter, nul doute que pour lors Célèbes ne soit appelée à jouir d'un avenir non moins brillant que Java; ear le sol et le climat de Célèbes promettent le plus bel avenir au cultivateur; tandis que sa position géographique, ainsi que le penchant naturel du plus grand nombre de ses habitants pour la navigation et le commerce y lui assurent des sources nombreuses de prospérité.

Gomme complément de ce que nous venons d'avancer, il serait utile et nécessaire de présenter ici l'aperçu comparatif entre les éléments divers qu'offrent ces deux iles: mais il nous manque à cette fin les notions indispensables, et celles-ci ne peuvent être acquises que par le séjour et des excursions dans les différentes parties de ces contrées, ainsi qu'à la suite de relations fréquentes avec leurs habitants.

Nous avons vu que la partie méridionale de la péninsule du Nord-Est est dépendante de la résidence de Ternate. Ce partage de l'autorité dans la même ile, date de deux siècles environ: elle remonte aux temps où les souverains, alors fort puissants, de Ternate et de Tidor, se disputaient le pouvoir sur la vaste étendue de la mer des Moluques k dans les iles nombreuses qui y forment des archipels fort étendus. La puissance de ces despotes déchut successivement dans ces parages, et elle souffrit de rudes atteintes; d'a1}ord

par l'invasion des Espagnols, attirés des Philippines Ters ces régions par les riches productions du sol de plusieurs de ces iles; puis par les excursions commerciales et armées des Portugais, alors les maîtres d'Amboine, qu'un même esprit de conquête et une soif égale d'amasser des richesses poussaient vers ces contrées , que les caries portugaises de ce temps indiquent sous le nom d'Archipel de St. Lazare. Le caractère non moins entreprenant et l'esprit également avantureux des premiers navigateurs Hollandais qui pénétrèrent dans ces mers, donnèrent lieu (à la suite de leurs récits exagérés sur les richeS(;ses du règne végétal dans ces iles), à des armements formidables que la Compagnie hollandaise dirigea contre . les possessions de l'Espagne et du Portugal. Le pavillon aux trois couleurs, après plusieurs années de luttes contre les forces navales de ces états, parvint enfin à remporter la victoire sur ces adversaire;^ puissants, qui avaient arboré leur pavillon dans les iles principales du vaste Archipel de St. Lazare, dont une partie porte aujourd'hui le nom de Moluques. La Compagnie ayant vaincu et soumis les Sultans de Ternate et de Tidor, établit dans la première de ces îles les autorités civiles et judiciaires, ainsi que les forces nécessaires à leur défense; puis, elle reconnut au;^ princes, désormais réduits au rang subalterne de vassaux, le droit de gouverner en son nom les peuples que les despotes leurs prédécesseurs avaient soumis à leur pouvoir. Les deux grandes péninsules de l'Est de Célèbes font aussi partie des conquêtes que ces princes malais ont faites sur les

indigènes Âlfoeres; leur réunion sous le sceptre de 1» Compagnie prend daté du droit de suzeraineté qu'elle n'a pas discontinué d'exercer sur les Sultans de Ternale et de Tidor, et ceux-ci sont aujourd'hui tributaires du pouvoir néerlandais.

La partie du promontoire Nord-Est^ dépendante de la résidence de Ternate, et qui est séparée de la partie du littoral Nord par une chaîne mon tueuse, est fort peu connue; elle est habitée par des Alfoeres idolâtres parmi lesquels on trouve plusieurs individus qui ont adopté quelques préceptes du Coran, tels que la circoncision, les ablutions etc. Le pays est montueux; le sol, à partir de la côte, s'élève granduellement vers l'intérieur où se forme une chaîne de hautes montagnes dans lesquelles on trouve du fer, de l'acier et du pamoTy dont les habitants se servent pour forger ces belles armes damasquinées et d'une trempe excellente^ qu'on trouve partout dans l'Archipel. Les connaissances acquises sur ces contrées, reposent sur des indications fournies par les Malais nomades de la race des Orang* badjoSy qui de temps en temps visitent ces côtes dajis leurs courses vagabondes: nous fournirons quelques détails sur cette race malaie dans le chapitre: Populationy moeurs et coutumes. Le caractère inhospitalier et les habitudes sanguinaires de ces indigènes, en ont tenu éloigné toute espèce de trafic régulier, et nous tenons pour certain qu'aucun Européen n'a visité jusqu'ici cette partie de Célèbes.

On doit au sous-résident Vosmaer des renseignements plus satisfaisants sur la péninsule Sud-Est de-

cette île. M. Yosmaer, chaîné en 1831 du relèvement hydrographique déâ côtes, s'en est acquitté de la manière la plus honorable; ce fonctionnaire distingué y fit la découverte de la baie de Kendari, nommée depuis en son honneur baie Vosmaer; il en a publié en 1855 line carte parfaite , accompagnée d'un mémoire fort intéressant. Par ses soins furent établis dans cette baie les éléments d'une factorerie permanente , et la voie pour des rapports commerciaux fut ouverte par lui dans cette partie peu connue de Hle de Célèbes.

Quoique cette péninsule ne soit pas couverte de hautes montagnes, le sol en est cependant montueux; mais il est aussi entrecoupé de belles plaines; plusieurs rivières le parcourent et y maintiennent une fertilité remarquable, qui n'est pas moindre que dans les localités les plus productives de l'archipel; toutefois, vu de la mer, on ne soupçonnerait pas que l'intérieur de la contrée renferme un sol productif, attendu que le littoral est couvert de hauteurs pierreuses ombragées de forêts, et que l'œil n'y découvre aucune trace d'habitations ni même de terres cultivées. Au delà de ce rempart à l'aspect agreste et aux dehors sauvages, se trouvent de belles terres parfaitement arrosées de cours d^eaux, dont quelques uns sont navigables, et ce sol, caché aux regards du marin, ne demande qu'une population plus nombreuse avec les bienfaits que la civilisation porte avec elle, pour ne laisser que fort peu à désirer à l'homme laborieux qui voudra s'y établir. Si l'on parvient à exploiter et à faire valoir ce sol, nul doute que pour lors des relations

suivies entre les autres parties de Tarchipei n'y fassent apprécier l'agriculture , et par elle, fleurir le commerce* Mais la population, quoiqu'elle soit assez nombreuse et qu'on ne puisse lui reprocher la paresse, ne fait valoir le sol qu'en rapport avec ses besoins : le sort misérable auquel elle se voit réduite depuis un temps im* mémorial , le fléau de la piraterie qui a toujours sévi contre elle, l'abandon dans lequel oh la laisse depuis plus de deux siècles^ joint aux coutumes sanguinaires qui exercent leur influence funeste et dévastatrice sur elle^ ont fait de ce peuple, foncièrement doux et hospitalier, des sauvages farouches, dont le métier principal est de poursuivre leur semblable, afin de se procurer le plus de têtes possible, dans le but d'orner leurs demeures de ces hideux trophées. Ce que nous avons soutenu ailleurs dans cet écrit, relativement à l'habitude des Dajaks et des Âlfoeres coupeurs de têtes y se trouve confirmé par le témoignage de M. Yosmaer , notamment que ce n'est pas un vice inné, un besoin impérieux, une soif de sang, ou bien le désir de se nourrir de chair humaine qui leur servent de motif pour commettre cette action barbare: M. MûUer et plusieurs autres de nos compatriotes qui ont vécu plus ou moins longtemps parmi les Dajaks de Bornéo; M. Yosmaer et quelques autres qui ont visité les contrées peuplées d'indigènes de la race Âlfoere, assurent unanimement que des idées superstitieuses, un motif religieux quelconque , les porte à commettre cette action infâme ; qu'en outre, c'est plutôt une coutume, un usage transmis de père en fils, et auquel ils n'attachent aucune convoitise

anthropophage. On est généralement persuadé qu'on parviendrait facilement, sans employer des moyens de contrainte, à les détourner de cette coutume et à leur faire adopter une opinion différente sur ce point. Nous pouvons citer à l'appui deux exemples remarquables qui tendent à confirmer ce jugement: d'abord les Dajaks banjerais du gouvernement Sud-Est de Bornéo, puis les Âlfoeres qui forment partie de la population de la résidence de Menado, péninsule du Nord de Célèbes; la coutume barbare dont il vient d'être fait mention n'a plus lieu parmi ces habitants paisibles, et les trophées hideux de crânes humains ne servent point de décors à leurs demeures hospitalières: il se peut que de temps en temps, les attaques homicides des coupeurs de têtes se renouvellent dans les districts éloignés ; mais ces faits deviennent de plus en plus rares. Dès lors, on ne saurait, sans être injuste, accuser les Alfoeres. de €élèbes d'anthropophagie ; l'humanité commande de venir à leur aide par tous les moyens dont la civilisation peut disposer; l'abrutissement dans lequel ils sont plongés depuis des siècles , doit avoir un terme; on doit mettre fin à leurs querelles intestines, car ces peuples ont droit à la sollicitude efiScace des maîtres de l'Archipel malais.

Cette péninsule, dit substantiellement M. Vosmaer, est divisée en plusieurs états, continuellement en guerre entre eux. A la côte occidentale sont ceux d'Oessoe, de Lellewaoe et de Bai-konka. A Lellewaoe le dialecte des habitants difïere de celui des deux autres états, et il a quelque rapport avec l'idiome de Taboenkoe. La

culture des champs se fait avec plus de soin à Oessoe que dans les deux autres districts; on y trouve des mines fort riches de fer et on y récolte beaucoup de cire. L'état de Bai-konka forme la pointe méridionale de la péninsule; l'intérieur est couvert de hautes montagnes qu'on dit inhabitées^ la demeure du radja est située dans le fond d'une baie qui forme un vaste bassin couvert d'un grand nombre d'iles, et dans lequel plusieurs rivières ont leur embouchure ; quelques unes sont navigables; la culture des terres occupe un grand nombre de bras; le riz y est abondant, et les forêts fournissent du sagou et des noix de coco; les habitants sont des cath peurs de têtes déterminés; ils font un trafic d'échange des productions de leur sol avec les Boeguinaîs et les insulaires de Salajer: les habitants des districts de Poleang et de Roembia , tributaires du radja de Boeton , commet* tent continuellement des hostilités contre Bai-konka. Les productions du sol consistent en riz, maïs, sagou etc. Elles passent à Boeton en échange des étoffes nmnufacturées dans cette ile; on trouve dans ces districts des forêts très-étendues de bois de Djati (Tek). Â l'Est sont les états de Laiwoei et de Taboenkoe; plusieurs radja ^ chefs de districts, sans cesse hostiles entre eux, y exercent le pouvoir; cette source de dissensions continuelles, ainsi que les meurtres qui ont lieu pour obtenir des crânes humains, déciment la population. Ces contrées très-fertiles et qu'arrosent plusieurs belles rivières, sont généralement bien cultivées; les ressources ne manqueraient point pour alimenter une population fort nombreuse, et elle

trouverait des moyens faciles pour le transport des productions du pays, dans le grand nombre de rivières navigables, dont quelques unes découlent d'un lac très étendu situé dans l'intérieur, et que les indigènes nomment I-opa; plusieurs de cçs rivières ont leur embouchure dans la grande baie de Kendari (Vosmaer), où se trouve un port qui pourrait devenir l'entrepôt d'un commerce très-considérable, du moins, pour peu que l'ordre et la tranquillité fussent garantis aux colons qui viendraient se fixer dans cette baie. Toutes les ressources nécessaires à la vie s'y trouvent en abondance, et des cultures qui demandent plus de soins y réussiraient sans aucun doute, car les indigènes cultivent pour leur propre usage la canne à sucre , le tabac , le sirie et plusieurs autres denrées: les forets, indépendamment des bois de construction, leur offrent le sagoutier, le cocotier et l'aréquier; la contrée est abondamment pourvue de grand gibier et la mer fourmille de poissons, de crustacés et de mollusques. Les habitations, élevées sur des pieux, ne sont jamais réunies en hameaux ou villages^ mais elles sont dispersées çà et là, selon l'étendue du terrain cultivé compris dans l'enclos dont chaque propriété est entourée. La protection efficace du pouvoir européen assurerait à ce peuple cultivateur et laborieux, une existence désormais à l'abri des incursions dévastatrices que les pirates des côtes voisines commettent fréquemment dans leurs retraites solitaires. Pour défricher le sol et planter le riz , ces habitants suivent une méthode de culture toute simple, n'ayant pas la moindre connaissance des travaux que deman-

dent l'irrigation des champs de riz en sawah; ils livrent aux flammes le terrain qu'ils se proposent de mettre en culture: lorsqu'ils y plantent le riz, une coutume superstitieuse les porte à tuer un chien ; ils prétendent qu'au moyen de ce sacrifice, qu'ils font précéder de plusieurs formalités, la terre acquiert un plus haut degré de fertilité et que les travailleurs demeureront exempts de calamités et de maladie. Lorsque la récolte est terminée, les réjouissances et les festins commencent; au bout d'un temps consacré aux réjouissances, les hommes les plus marquants quittent leurs demeures et vont accomplir par le meurtre un devoir religieux, ou bien ils le font dans le but de rendre hommage à la mémoire de leurs parents défunts. Le coupetir de têtes y muni de son klewang (sabre), seul ou bien accompagné de quelques autres individus, se met en campagne, dirigeant de préférence ses pas vers un district ennemi; souvent aussi il va en quête d'une victime le long du littoral, dans l'espoir d'y rencontrer un étranger qu'il puisse faire tomber sous ses coups; le sexe et l'âge de la victime lui sont indifi(érents ; tous les moyens sont bons et peu*^ vent être mis en œuvre pour obtenir la tête convoitée ; lorsqu'il a atteint son but , le meurtrier retourne incontinent chez lui, mais avant d'entrer dans sa demeure, il suspend son hideux trophée à quelque distance du logis; trois jours se passent en réjouissances, puis la tête est transportée sous son toit; on enlève la partie supérieure du crâne garnie de la che* velure; alors recommencent les réjouissances, auxquel-

les des voisins moins fortunés sont invités à prendre part; tous foat processionellement à trois reprises le tour de l'habitation, ayant soin de sacrifier, à chaque tournée , autant de poules qu'il s'est trouvé d'individus ayant pris part au meurtre; puis la coutume veut que la partie scalpée de la tête ou bien une portion du crâne soit suspendue à la porte d'entrée, on bien qu'elle soit déposée sur le tombeau des parents; on termine la cérémonie par le bruit discordant des instruments de musique, des cris et des rejouissances , dont la durée est souvent de plusieurs jours. L'on partage souvent le crâne en plusieurs parcelles, ayant soin d'en offrir un morceau au chef; lorsque la capture a été faite par le chef, celui-ci n'admet point de partage (1).

Au nord du district de Laiwoei se trouve celui de Taboenkoe : son étendue est très-considérable ; le sol y est plus montueux que dans l'état de Laiwoei, et le pays est arrosé d'un nombre moins considérable de rivières ; con* stitution physique de laquelle proviennent l'arridité des terres et le peu de cas que font les habitants de leur culture. Le dialect n'étant pas le même que chez les peuples voisins , et leurs idées religieuses offrant quelques différences, on croit y voir des motifs pour ne pas leur attribuer une origine commune; il est certain que ces disparates donnent lieu à des discordes incessantes entre les habitants de ces états limitrophes. Le chef-

(1) Comparez ce qae j'ai dit dea Dajalt coapears de fétcs Vol. 2«. pnçcs 363 et 385.

lieu de l'état de Taboenkoe est un bourg du même nom, situé au bord de la mer, sur le yersant des montagnes qui s'avancent vers la côte sablonneuse; celle-ci «st encombrée de hauts-fonds et de bancs de sable qui en rendent l'accès difficile; le peu de profondeur de la mer jusque même dans le port, ne rend celui-ci accessible qu'à des embarcations légères. Le commerce de cabotage sur les côtes voisines et sur celles des îles Bongai est entretenu par un grand nombre de bâtiments du pays, tels que des Kùrorkora^ Djerangkan et Padewakan: ce port serait plus régulièrement visité par le traficant malais s'il était certain d'y trouver asile et protection contre le brigandage des écumeurs de mer. Nonobstant l'abandon de toute surveillance dans lequel on laisse ces côtes, plusieurs bâtiments boeguinais et makassarais viennent à Taboenkoe pour y prendre en charge des productions du pays, parmi lesquels les le tripang, l'écaillé de tortue, les nageoires de re* quin et la cire sont les articles les plus recherchés. Ce commerce prendrait une eztention plus considéra* ble sous un pouvoir protecteur qui, unissant la vo* lonlé k la force, contraindrait le radja à accorderplus de sûreté au trafiquant paisible, et détruirait, par ses bâtiments à vapeur, non seulement les prahoe des écumeurs de mer, mais anéantirait aussi la piraterie jusque dans les repaires de ces brigands, où les pirates des iles orientales, connus sous le nom de Tobel* lo, viennent également chercher un refuge. Les districts de cette côte, connus pour leur participation aux actes de i>rigandage sont ceux de Losernareh et de

Tomori: ils sont encore aujourd'hui, comme ils l'étaient jadis, le lieu de refuge d'une foule de gens sans aveu qui y viennent exercer toutes sortes de dépradations, et dont les exploits coupables tant sur terre que sur mer, nuisent au repos des habitants des autres états, anéantissent le peu de prospérité dont ils jouissent et mettent entrave au développement du commerce dans ces contrées. Le radja^ lui-même n'empiéterait point, comme il l'a fait, sur les droits des états voi* sins, en ravissant à celui de Laiwoei le pouvoir sur le district de Lasolo, jadis dépendant de cet état.

Le pouvoir absolu à Taboenkoe est héréditaire dans les deux sexes. L'islamisme compte un petit nombre de sectateurs fort relâchés dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux; mais la plus grande partie de la population est idolâtre. Le meurtre et le briganda* ge ont lieu sous des formes moins cachées que dans les états voisins; les tentatives de cette nature n'ont point lieu individuellement et de guet-apens; mais des expéditions dont le but principal est d'obtenir quelques crânes humains, se font par grandes bandes armées, souvent embarquées à cette fin sur des pirogues; ces meurtries vont répandre la désolation partout où ils présument trouver des têtes à couper, et munis de ce butin sanglant, ils retournent chez eux en triomphe. La domination du radja s'étend jusqu'au fond du golfe de Tolo; elle comprend aussi l'état de Tomaiki, partie de Célèbes sur laquelle on n'est pas encore parvenu à recueillir des renseignements positifs, on l'a dit toutefois riche en or, en fer et en pamor; une Caspienne

très-étendue 'et fort élevée au dessus du niveau de la mer, existe dans l'intérieur; une rivière considérable en découle ; on la dit navigable jusque fort avant dans les terres.

Le radja de Taboenkoe, quoique exerçant le pouvoir absolu dans ses états , et s'attribuant même une autorité illimitée sur ses sujets, a, néanmoins reconnu, en 1826, le droit de souveraineté au Sultan de Temate : une expédition, armée , soutenue par quelques bâtiments du Gouvernement, lui imposa ce devoir, ainsi que l'obligation de payer annuellement au sultan une taxe "Convenue; depuis ce temps, un oetoessar (délégué) du sultan de Ternate est chargé de surveiller la conduite du radja — Cette manière d'exercer la surveillance peut convenir comme moyen économique, toutefois il est permis de mettre en doute l'eificacité de cette mesure au point de vue moral et politique.

La baie de Eendari, aujourd'hui baie Yosmaer, dont nous avons ci-dessus fait mention , est située dans une contrée qu'arrosent deux belles rivières; le sol est élevé, assez bien cultivé par une population peu nombreuse en rapport avec l'étendue du pays qu'elle occupe. Le littoral est couvert de bois propre aux constructions navales et de charpente. Le riz, ainsi que toutes les denrées de première nécessité, y sont à bon compte; la chaleur est tempérée et Pair salubre; depuis le mois d'Avril jusqu'en Août, que M. Yosmaer séjourna dans cette baie , le thermoiAèlre de Fahrenheit se soutint de 70o à 89o. La rade offre au commerce un abri et des ressources convenajbles; la profondeur né-

cessaire aux bâtiments d'un fort tonnage s'y trouve réunie à toutes les nécessités indispensables pour le , ma* rin. Du reste , voici en quels termes M. Yosmaer s'exprimait en 1831, relativement à l'importance de sa découverte. ' — »Une foule de circonstances se réunissent pour faire de Eendari un établissement d'une extrême importance pour nous. Gomme, sous la conduite d'un administrateur éclairé^ ce point de la côte ne peut manquer de devenir l'un des principaux marchés de nos possesdons, notre influence à Gélèbes en recevrait un notable accroissement. Une fois que le commerce se sera fixé à Kendari, les avantages qui en découlent nous auront bientôt rattaché plus étroitement les tribus indigènes soumises au Gouvernement. Un grand nombre de prahoe qui, dans l'état actuel des choses, évitent nos comptoirs tout en visitant cependant les parties les plus riches de nos établissements, et qui entretiennent d'ailleurs des relations fort actives avec les possessions étrangères , viendront s'établir ici et dépendront davantage de nous. Le commerce, encouragé par une habile direction, ainsi que l'établissement d'un pouvoir régulier, agiront favorablement sur l'état des populations de ces lointaines contrées, et surtout ils auront une influence eflîcace sur la sûreté de la navigation dans ces parages , en ce qu'ils amèneront pour les indigènes des moyens plus nombreux d'une existence honorable. Si, comme le Gouvernement se l'est déjà proposé , l'on voulait essayer des moyens de douceur et de persuasion pour tâcher de moraliser les pirates et les ramener dans une meil-

lettre voie, aucun point de la côte ne pourrait être mieux choisi pour tenter une pareille expérience; car au nombre des qualités qui recommandent ce lieu, se trouve aussi la possibilité du choix des moyens pour assurer aux indigènes une existence honorable sans de grands efforts de leur part: condition indispensable, du moment qu'il s'agit de modifier aussi profondément que leur genre de vie ; sous ce rapport Eendari offre de tels avantages, qu'il n'existe pas la moindre raison pour faire douter du succès."

))Pour atteindre ce double but, il n'est besoin que de protection dans une juste mesure. Avec le peu de moyens que j'avais à ma disposition, j'ai vu notre influence se consolider dans la presqu'île du Sud-Est et surtout à Eendari, et pour peu que le Gouvernement prêtât un concours modéré à cette oeuvre, il s'établirait bientôt dans cette partie de Célèbes une adminis'^ tration telle qu'on peut la désirer pour le bien des affaires. L'on verrait bientôt que les dépenses faites pour cet objet ont eu pour résultat l'avantage général, et qu'elles promettent des fruits abondants pour l'avenir."

La baie Yosmaer est vaste et belle, et très-bien située pour le commerce. Elle s'étend de l'Est à l'Ouest. L'entrée est par 5û52'20<> latitude Sud, et par 122« 51' longitude Est du méridien de Greenwich. Le meilleur encrage est à environ deux encablures du rivage, par 10 brasses et le fort portant au Nord- Ouest. Le principal village porte le nom de Kampong Tiworo; plusieurs tribus des alentours sont venues s'y établir sous la protection du pavillon et de la batterie

proyisoire; quelques villages moins considérables donr nent à ces lieux, jadis déserts, un air dévie et de prospérité. Les fertiles alentours de la baie seront bientôt mieux peuplés, lorsque les indigènes auront acquis la conviction que leurs propriétés seront désor* mais jà l'abri des attaques des écumeurs de mer, et qu'ils obtiendront la protection- nécessaire à leur bienêtre sous le pavilion autour duquel ils viennent s'établir; sécurités qui dépendroBi; désormais des mesures qu'il plaira au Gouvernement de prendre dans l'intérêt de ces peuples: plusieurs familles appartenant à l'une des tribus des Orang-badjoe viennent d'y élever leurs habitations, et se montrent satisfaits de leur nouvel établissement. Le pays est sain, montu* eux, agréablement entrecoupé de hauteurs et de vallées; plus avant dans l'intérieur, il y a de vastes plai« nés, où le sol est parfaitement propre à l'élève du bétail; le pays est médiocrement boisé; mais l'intérieur à des forêts plus étendues.

Le lieutenant de vaisseau Basliaanse, qui tsété chargé de visiter ces lieux quelques années après la mort du sous-résident Vosmaer, dit, que la place où on a établi la batterie, est élevée et très-propre à [une vigoureuse défense. La position générale des lieux, le peu de largeur de l'entrée de la baie et l'élévation d'une lie qui la domine, donneraient aussi les plus grandes facilités pour en faire au besoin, un poste militaire tout à fait formidable. La fertilité du pays, et son abondance en fruits, en riz et en denrées de diverse nature, mettraient d'ailleurs ce poste à l'abri

de toute crainte de Ssimine, inconvénient dont nos au« très établissements, tels qu'Amboine, Banda et Ternate ne sont pas exempts. La rade est très-belle, et elle peut offrir un asile assuré, en temps de guerre aussi bien qu'en temps de paix, à un nombre considérable de bâtiments, même de haut bord. La posi* tion, dans son ensemble, serait susceptible, avec peu de travaux et une garnison même peu nombreuse, de devenir une des plus fortes de PInde. Une flotte en* nemie n'en pourrait que très-difficilement forcer l'entrée. La fertilité du pays et ses abondantes ressources de toute nature, mettraient ce poste à l'abri du danger d'être réduit par bloccus ou par famine, comme on pourrait le craindre pour Âmboine, Banda, Temate et d'autres établissements de l'ÂrchipeL En temps de guerre Eendari pourrait fournir des ravitaillements aux autres postes, si les communications avec Java se trouvaient interrompues.

Nous sommes convaincus qu'on n'aura pas négligé de profiter des ressources nombreuses que la baie de Kendari promet au commerce de Gélèbes; depuis que la ville de Makassar vient d'obtenir la franchise de port, on peut s'attendre de la part du Gouvernement à des mesures du plus haut intérêt pour ces contrées. Il se verra dans la nécessité d'augmenter sa marine militaire, surtout celle à vapeur, dans les mers de l'Archipel; l'anéantissement complet de la piraterie en sera la conséquence naturelle. La civilisation de ces peuples , qui se vouent à la rapine et au brigandage et qui sont meurtriers par habitude , deviendra un

besoin impérieux pour l'autorité. Le commerce de* mandera que l'ordre et la tranquillité soient garantis dans le rayon de ses opérations mercantiles. La paix, désormais maintenue parmi les habitants, les portera à s'adonner à l'agriculture et à consacrer plus de soin à l'élèye du bétail. La répression du brigandage sur mer et dans les golfes, engagera une multitude d'embarcations légères des insulaires voisins des cdles à prendre de nouveau une part active à la navigation. Le commerce de cabotage, source féconde de la prospérité dont ces îles ont jouies, reprendra une vie nou* velle; le grand commerce en éprouvera les effets salutai* res, et le navigateur venant de parages éloignés, dirigera désormais son bâtiment, sans la moindre défiance , vers ces côtes de tous temps redoutées par les marins, et si souvent fatales aux entreprises commerciales.

Les deux isthmes orientaux, dont nous venons de nous occuper, .offrent dans les mers qui les baignent des lies nombreuses, dont quelques-unes sont fort étendues et bien peuplées. Nous avons déjà nommé, comme faisant partie de la résidence de Menado, le groupe de Togia ou les lies des tortues, ainsi désignées à cause du grand nombre de tortues caret {Testudo imbricata) qui s'y réunissent au temps de la ponte, et desquelles les compartiments de la carapace sont recherchés pour leur emploi dans les arts de luxe: cet archipel comprend au delà de cinquante îles; elles n'ont pas encore été explorées par des européens. Les autres îles

de la péninsule du Nord*Est semblent former une suite ou chapelet de terres réunies par leur base sous-marine à Tisthme, dont les terres fracturées en iles fort étendues, en ilôts déserts ou en rochers isolés, for< ment, dans l'Est, cette filière d'archipels et d'attolons qui s'étendent dans le bassin de la mer des Moluques. Les principaux détroits entre ce grand nombre de terres, sont ceux.de Balante, de Bangai, d'Albion et de XuUa; les archipels portent les noms de Bataling, Obi ou Talabato, Bangaay et XuUa. Dans la baie de Tomaiki se trouvent quelques iles désertes et peu importantes; celles qui méritent quelque attention soBtles Bangai: ces iles sont remarquables comme entrepôt du commerce du tripang^ du caret et de la cire que les caboteurs Tiennent acheter, et dont ils font trafic dans la baie de Tolo et sur toute la côte Sud-Est de Makassar. Un chef, délégué par le sultan de Temate, réside à Bangai, la plus grande des iles de ce groupe. Le long de la côte Est de l'isthme qui s'étend dans le Sud-Est, se trouvent un grand nombre d'iles dont le gisement et les noms ne sont pas déterminés; les archipels les plus remarquables, sont ceux de Sallabanka, Labenki, Padea, Manoei, Wowoni, Wangi-» wangi, ainsi que les iles remarquables de Boeton, Moena et Kambeina; celles-ci sont entourées de plusieurs autres moins étendues. Entre Boeton et les archipels de Toekang bessi et de Wangi-wan'gi , se trouve le détroit le plus fréquenté comme route commerciale entre la mer de Java et les Moluques; quelques navi^ res y entrent aussi par le détroit de Boeton.

Les grandes îles de Xulla-taliabo , de Xuila-mangolo et de Xulla-bessi, ainsi que les' iles adjacentes s'étendent fort au loin dans la mer des Moluqaes ; elles n'ont jamais été explorées par les navigateurs, qui n'ont pu déterminé qu'un petit nombre des points principaux du littoral: leurs notices font mention deque^ ques rencontres insignifiantes avec les habitants; puis ils nous apprennent que ces iles sont couvertes de forêts de cocotiers et de sagoutiers, et que le bois d'ébène, ainsi que plusieurs autres bois d'ébénisterie, s'y trouvent en un grand nombre d'espèces. Lorsque la Compagnie des Indes s'empara des Moluques, elle établit une factorerie à Xulla-bessi ; plus tard elle y fît construire un fort, dont le commandement et la défense du drapeau furent confiés à un sei^ent et à une vingtaine de soldats. Ces iles font maintenant partie de la résidence de Ternate. Rien n'est encore connu sur la constitution physique de ces iles, sur ce qu'elles recèlent en pro* ductions du sol, ni relativement à tout ce qui est du domaine de la zoologie. Leur population se trouve portée sur les états de 1840 à 7630 âmes.

Padea et Manoei dépendent du radja de Taboenkoe. Eoenawi faisait jadis partie de l'état de Laiwoei. Ces iles n'ont point de rivières; toutefois eUes ne manquent pas d'eau douce , les grands réservoirs dans les rochers, suppléent à ce manque de courants d'eau. Manoei est di* visée en trois districts régis par des chefs ; les habitants s'occupent de la construction de petites embarcations ou padewakan du pays, qu'ils vendent aux Orang badjoe^ et dont ils font eux-mêmes usage pour la pèche du tri-

pang et du caret ^ industrie très- en vogue parmi eux; ils ne s'adonnenrt point au barbare métier de coupeurs de têtes.

Wowoni, lie de troisième rang,' est plus montueuse que Manoei; les pentes des montagnes sont inclinées en amphithéâtre jusqu'aux bords de la mer, plusieurs rivières en découlent. Elle était autrefois habitée par une population paisible et laborieuse, faisant valoir le sol, qu'on dit être productif. Les incursions perpétuelles des pirates connus sous le nom de tobellonais, ont eu pour résultat de dépeupler cette île : une partie de ses habitants à été réduit en esclavage, une autre a émigré, tandis qu'un petit nombre de familles ont pris la fuite dans les parties les plus élevées de l'intérieur, où elles sont maintenant réduites à une existence misérable: conséquence déplorable de l'abandon dans lequel le gouvernement de la Compagnie laissa gémir si longtemps les habitants des petites îles, non productives et soumises à son pouvoir!

On est également en droit de faire à la direction de l'ancienne Compagnie des Indes, le reproche de négligence dans la surveillance des intérêts de la population indigène des îles plus vastes en étendues, telles que Boeton, Moena, Eambina, Wangi-wangi et une multitude d'autres îles moins considérables. Les documents de la Compagnie, ainsi que les traités conclus par elle avec les princes malais^ constatent que le défaut de moyens de répression contre la piraterie, la politique fatale suivie par elle dans le maintien du droit au monopole 9 ainsi que l'insouciance des administra-

leurs subalternes envers les peuples dont le sort leur était confié y sont les causes principales que ces iles ont été en bute au brigandage des écumeurs de mer, que les productions du sol et le labeur des habitants ont été négligés, et que ces insulaires ont tus leur commerce et la navigation anéantis: le concours de toutes ces éléments destructeurs de leur bien-être les mit dans la fâcheuse alternative de subir l'esclavage, de périr en combattant, ou bien d'abandonner le sol natal par une émigration volontaire. La proximité du port libre de Makassar, semble promettre à ces insulaires un meilleur avenir. Pour peu que le gouvernement veuille consacrer quelques fonds à l'exploration scientifi* que des grandes îles de ce groupe, telles que Boeton, Moena, Kambina et Wowoni, il se verra amplement défrayé de ses dépenses, par les ressources nombreuses qu'elles promettent à l'agriculture et au commerce.

Le royaume de Boeton, qui comprend la grande ile de ce nom et les archipels de cei vaste groupe, est gouverné par un sultan et par quatre princes vassaux, placés à la tête des quatre districts, savoir: Moena et Tibore, dans l'Ile de Moena, Koelong-tjoera dans l'île de Boeton , et Keidoepe dans l'archipel de Toekang-bessi. Le sultan réside, soit à Bolio, ou bien dans le bourg de Boeton, vers l'extrémité méridionale de l'île de ce nom, où se trouve aussi le fort Djangan-kata, qui sert de demeure au sous-résident ainsi qu'aux autres employés européens. La superficie de la grande Boeton est de 86' 2" milles D ou 47' 3" myriamètres D. Le chif. fre de la population n'est pas connu, les documents

anciens du 17e siècle donnent à cette ile une population de 50,000 âmes, et aux archipels réunis, le chiffre sans doute fort exagéré de 500,000 habitants.

Les sultans de Boeton ont toujours été considérés comme ayant droit au premier rang parmi les alliés de la Compagnie naissante des Indes Orientales: lorsque celle-ci, maîtresse de la seule ile d'Amboine, préludait à la conquête de l'Archipel malais, Ternate, dont la splendeur et la force étaient à leur déclin , exerçait encore à Boeton une autorité contestée. Cette ile fut plus tard assujettie par les Makassares; mais la présence à Boeton du radja Aroeng Palakka, partisan déterminé, voué aux intérêts de la Compagnie, décida le sultan à se ranger sous la banière des vainqueurs des Portugais. Le premier contrat passé entre la Compagnie et le Sultan date de Janvier 1667. Ce même contrat fut renouvelé Ip 21 Mars 1766: ils sont de même teneur, et renferment à peu près des clauses semblables à celles contenues dans les traités que la Compagnie concluait avec les souverains malais qu'elle ne pouvait subjuguer complètement par la force; tous étaient empreints des caractères de sa poli tique ^ dont la tendance visait au monopole du commerce, exclusivement réservé à son pavillon. Un nouveau traité, sur des bases plus larges, quoique toujours plus ou moins restrictives pour le commerce, a été conclu en 1824 avec Boeton; depuis ce temps on y apporta encore des modifications d'une tendance plus libérale. Le sultan de Boeton ainsi que plusieurs oificiers de sa maison, ont fait partie des troupes auxiliaires du temps de la guerre de Java; les boe-

tonais sont de bons soldats. Le sultan actuel a le rang de colonel, dont il porte les insignes lorsqu'il revêt son costume de gala, et son frère a le rang de major.

Ce qui nous est connu relativement à la constitution physique du sol de Boeton, a été commilniqué par M. 8. Mûller, qui ût une station de très-courte durée sur la rade du bourg de Boeton.

» Cette ile, dit M. Mûller, est montueuse , mais d'une » élévation peu considérable ; elle est formée , pour la plus «grande partie, d'une pierre calcaire d'origine récente, «telle qu'on la retrouve sous différentes modifications en » beaucoup de lieux de l'Inde archipélagique. Ce calcaire «contient en abondance des madrépores, des coquilles et «d'autres animaux marins, et de ces masses sont aussi « composées quelques sommités des montagnes. A en ju- «gerparla végétation à l'en tour de la rade, le sol n'est «pas extrêmement fertile; la flore y est pauvre et lan- «guissante. Parmi les végétaux utiles on compte le Ksh i^pas ou coton (Gassypiutn) qui mérite surtout d'être cité. «Cette plante donne l'une des meilleures et des plus fi- «nés espèces de coton de toutes les Indes. Le palmier «cocotier existe tout le long de la plage. Le Kamiri ^{Aleurites moluccanà) dont le noyau oléagineux four» «nit un combustible, et le bambou si utile à divers «usages domestiques, y croissent en abondance. Dans «la partie Nord-Ouest, en face des côtes de Célèbes, le « rivage est marécageux et couvert d'un inextricable en- « trelacis de mangliers (Rhizophoraé). Le long de côtes «occidentales et méridionales, le rivage est souvent ac- »core et bordé de rochers, à l'exception des baies et

— soldes anses qui offrent d'ordinaire une plage de sable » blanc."

Selon le dire des indigènes , l'ile abonde en sangliers; dans quelques cantons yivent des buffles revenus à l'état sauvage, ainâi que des chevaux d'un brun foncé. -

Cette ile, par son étendue considérable et par sa position géographique, mériterait que le gouvernement s'en occupât plus sérieusement dans l'intérêt du corn merce et de la navigation, ainsi que dans celui des habitants, qu'il faudrait encourager à se vouer de nouveau aux cultures, surtout à celle du coton, précieux par sa finesse et qui est généralement recherché pour cette qualité dans toute l'Inde. Il est certain qu'on n'a jamais acquis quelque connaissance des parties de l'intérieur, non plus que des productions du sol, et que les commissaires chargés en 1824 d'une mission spéciale à Boeton, ont laissé beaucoup à désirer dans le rapport qu'ils ont soumis au Gouvernement, si ce n'est que dans ce rapport, ils appellent l'attention de l'autorité sur l'état misérable dans lequel les habitants se trouvent réduits parles incursions desécumeurs de mer; leurs perpétuels brigandages, leur ayant fait négliger de plus en plus la culture du cotonnier, dont le produit est trèsrecherché et renommé dans tout l'archipel sons le nom de kapas de Boeton. Ce coton est spécialement employé pour le tissage des étoffes de luxe, dont on fabrique les vêtements connus sous le nom de tissus makassars. Le prix-courant de ce coton est huit fois plus élevé que celui du coton de Salajer ou de Makassar.

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