‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 7 sur 19 · MOEURS ET COUTUMES DE SES HABITANTS · texte numérisé non relu

MOEURS ET COUTUMES DE SES HABITANTS

Célèbes est élevée, montagneuse, principalement à l'intérieur et au nord, où se trouvent plusieurs volcans encore aujourd'hui en ignition. La constitution physique de ce beau pays offre assez générale* ment un hasalte en décomposition, recouvert d'une couche de terre végétale de dix à vingt pieds d'épaisseur. Au nord, un grand nombre de terrains appartenant aux districts de Mongondo et de Menado, ont été bouleversés par de fréquents tremblements de terre; ils renferment une immense quantité de souffre. La chaîne montueuse au dessus de laquelle s'élève le mont Lampo-belang, forme, dit-on, le point culminant de l'ile; sa hauteur est de 7000 pieds environ au dessus du niveau de la mer: près de Menado est le mont Klabat, dont l'élévation est de 6000 pieds, le Sepontang de 5000 pieds, le Roemanga, et quelques autres de 3 à 4 mille pieds au dessus du niveau de la mer; l'on voit aussi dans cette presqu'île du nord, plusieurs autres montagnes et quelques volcans éteints de 3000 à 3600 pieds de hauteur.

Cette lie 9 quoique montagneuse sur la presque tota- ^ » 6

litédesa surface, offre en même temps, le long de ses côtes, de grandes plaines couvertes de broussailles et de belles vallées, dont quelques unes renferment des caspiennes plus ou moins étendues; ces bassins limpides occupent des situations très-élevées , entourées d'une végétation brillante, ou bien de hauteurs richement boisées et s'élevant en amphitéatre. Ces lacs, nous dit un témoin oculaire, présentent des sites pittoresques d'une beauté ravissante, plusieurs rivières intarissables qui coulent en pente doucç Ters la côte, baignent de leurs eaux fécondes des vallées et des plaines d'une étonante fertilité, et servent de décors à te patiorama magnifique où le luxe de la végétation intertropicale se montre dans toute sa splendeur; tandis que les districts très-étendus, où le commerce et les progrès rapides de la civilisation ont pu répandre leur influence bienfaisante, offrent une succession non interrompue de champs en pleine culture, et d'un grand nombre de villages, de hameaux, le plus souvent dérobés à la vue, sous l'ombre des palmiers ou des forêts séculaires, au dessus desquelles dominent en amphithéâtre les hautes montagne^ boisées de l'intérieur, encore yierges pour l'observateur de la nature. Enfin , Célèbes possède un avantage sur toutes les autres îles du grand archipel de l'Inde, en ce que les pâturages y abondent et sont séparés des bois.

Parmi ces lacs et ces belles rivières, dont nous venons de dépeindre les situations pittoresques, on dis* tingue le beau bassin de Tondano situé dans le district de Menado, à deux mille pieds au-dessus du

niveau de la mer. Un autre lac, beaucoup plus grand que celui-là, est situé dans l'intérieur de la grande péninsule du Sud-Est; son élévation au-dessus de la mer n'est que de cent pieds. Une troisième Caspienne, plus étendue que les autres, existe vers la limite septentrionale du royaume de Boni ; le Tempe ou^ Tempa* rang-kabaja offre une vaste sur&ce d'eau de la profondeur de trente pieds et à cent pieds d'élévation. Plusieurs rivières coulent de l'intérieur vers la côte; la plus grande est le Sadang qui a son embouchure dans le district de Temparang, et prend, dit-on, sa source dans le lac Kanangoen; le Maros et le Goa qui se jettent à la mer dans la direction de l'Occident, après avoir baigné le sol fertile de Makassar; puis le Boli terminant son cours à la côte septentrionale. Toutes sont navigables à plusieurs milles de la mer pour les bâti* ments de peu de tirant d'eau, mais les navires ne sauraient les remonter; toutefois, les Orem 6at de guerre des princes malais peuvent se rendre assez avant dans l'intérieur. Le sol étant en grande partie formé de détritus d'origine volcanique, qde recouvre une terre végétale plus ou moins profonde, on peut confier à ce fécond terroir des cultures de tous les genres. Gélèbes est peu peuplée proportionnellement a son étendue: on calcule que, relativement à la populeuse Java, la plus grande partie du sol de Gélèbes peut être laissée pendant quatre et même cinq années en jachère, tandis qu'à Java, pour subvenir aux besoins de la population, le sol ne saurait demeurer plus d'une, tout au plus deux années en jachère; même dans beau-

coup de localités, les cultures se suiyent et se succèdent sans interruption; d'ailleurs les terres, dans l'une •et Pautre de ces îles, sont si fertiles, que jamais on n'éprouvera la nécessité de les mettre en jachère.

Il est probable que l'antique civilisation des Indous a pénétré à Célèbes avant le mahométisme; on en retrouverait probablement des traces non-seulement dans les manuscrits, dans les lois écrites, mais encore dans les monuments, s'il en existe dans cette île, ce qui n'est pas encore certain. On dit que l'ancien idiome -de Makassar a des nombreux rapports avec le Sans- •crit.

La population de €élèbes est composée des Alfoeres, aborigènes de cette contrée; puis des Orangmalajoe (hommes errants), malais nomades, probablement originaires de Sumatra, et qui, à Célèbes, ainsi que dans quelques autres îles de l'Archipel, ont envahis le littoral, s'y sont établis par la force des armes, et ont refoulé dans l'intérieur les aborigènes de ces contrées. Il est probable que la péninsule du Sud, ou le pays des Makassares, s'est trouvée la première envahie par ces conquérants, et que delà ils se sont répandus le long des côtes dans les autres parties, où leur nombre n'est pas à beaucoup près aussi considérable. Les Makassares et les Boeguinais, aînés de la civilisation malaie, ont 'assujetti toute cette péninsule sous leur domination, et le petit notnbre d'Alfoeres échappés au glaive des envahisseurs, a été

contraint d'adopter les coutumes et de^ suivre le cultereligieux des nouveaux maîtres: delà résulte le mélange des races ainsi que l'origine de quelques tribus, distinctes de Malais. Nous allons d'abord nous occuper de celles qui habitent les parties méridionales de l'ile,. puis nous ferons mention des Alfoeres Minahasses du Nord.

La race malaie qui habite les côtes de Célèbes et généralement tous les indigènes des contrées soumises au Gouvernement, sont vaillants, intrépides et agiles; mais ils sont hautains, vindicatifs et traîtres. Tant que les procédés envers eux sont marqués du sceau de la justice, leur fidélité est constante et à toute épreuve; mais elle fait place au désir immodéré de la vengeance dès que le contraire a lieu (1). Les miliciens de Makassar forment l'élite des troupes coloniales et sont les soldats les plus courageux de l'armée; ce sont aussi des chasseurs déterminés, qui courent le cerf, montés à poil sur leurs petits chevaux d'une agilité remarquable; à cette fin, ils sont munis, pour toute arme, de lacs attachés à leur pique de bambou et noués par le bout à la bride de leur monture. Les Alfoeres mahométans de l'intérieur sont aussi vaillants que les Malais de la côte; ils n'ont pas les vices de ceux-ci qui se trouvent en contact plus direct avec les Européens. Ces Alfoeres prétendument convertis à l'Islamisme, sont loin d'avoir abjuré les pratiques de l'idolatrie; des préceptes nombreux du Coran, ils n'adop-

(!}. Vaa Hogcndorp, Coup-tToeil sur File de Java.

tent que la circoncision et l'abstinence de la chair de porc, et ils négligent d'observer les autres; l'on ne voit non plus chez eux ni culte, ni temple.

Le Capitaine Dumont d'Urviile nous apprend que les lois, ou plutôt les coutumes, de l'ile de Célèbes accordent aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes; c'est là une anomalie frappante chez des peuples mahométans, dont la religion assigne un rôle si infime au sexe féminin. Du reste, cette anomalie ne s'étend ailleurs que dans l'ordre politique ; car à Célèbes les femmes paraissent être avec les hommes presque sur un pied d'égalité, et sous ce rapport, le peyple de Makassar semble être bien supérieur aux autres Malais. Tous les naturels de cette partie de Célèbes se distinguent des autres races roalaies par la blancheur de leur peau, par leur taille élevée, et une supériorité physique remarquable; leurs traits annoncent aussi une intelligence supérieure.

Des racés perfides et sanguinaires occupent les contrées où l'influence européenne ne s'est pas encore manifestée; ces tribus sont connues par leur penchant au meurtre et au brigandage. Le premier devoir du Gouvernement est de s'occuper sérieusement et avec énei^ie de leur civilisation: son intérêt doit le porter à mettre un terme aux dissensions intestines qui les tourmentent sans-cesse, ainsi qu'à faire cesser les brigandages, dont ils se rendent coupables sur mer. Tout nous porte à croire qu'il parviendra à atteindre ce but, par des secours accordés à la culture plus assidue et plus régulière des terres, par la protection, dont il fera

jouir le cultivateur, en lui donnant la garantie de 1» libre disposition des fruits de son travail, désormais^ dégrevé de la contrainte et des vexations que lui imposent les chefs indigènes; par l'assurance donnée à ceux qui vivent de la pèche, qu'ils peuvent s'adonner à cette industrie sans avoir à redouter aucune atteinte hostile sur mer: car, de l'anéantissement dp ce vil brigandage dépendra le retour à l'ordre, inséparable du bien-être futur des habitants de ces contrées. Ceuxci, sans-doute, viendront chercher refuge et soutien autour ou dans le voisinage du poste ou de la factorerie que l'autorité prolectrice aura choisi: des familles, des tribus dispersées au loin sur cette vaste étendue de pays, se réuniront vers ce point central de l'ordre et du pouvoir; des règlements et des lois équitables auront pour effet de régulariser le travail et à encourager le commerce; ils coopéreront efficacement à la reforme sociale de ce peuple, parmi lequel des coidumes barbares, perpétuées de génération en génération, lespor-* tent à décorer leurs demeures d'une portion du crâne des victimes. qu'ils vont chercher au loin, ainsi qu'à oraer leur redoutable klewatig, d'autant de touifes de cheveux qu'ils comptent d'individus terrassés et sacrifiés à leur homicide penchant. Depuis plus de deux siècles, le pouvoir européen, dans la Malaisie, s'est occupé principalement des intérêts du trésor de la métropole; il est temps qu'un gouvernement plus libéral s'applique enfin à consolider le bien-être des peuples soumis par nos ancêtres; c'est à notre temps qu'est réservé l'honneur de les faire jouir des bienfaits de-

la civilisation, et la postérité accordera sans doute son suffrage à ceux qui auront accompli cette oeuvre méritoire et philantropique.

Dans les chapitres précédents, nous avons fourni plusieurs détails qui ont mis le lecteur à même de prendre connaissance des actes des pirates, ainsi que des pratiques en usage parmi les coupeurs de têtes; nous le renvoyons à ces articles.

Au milieu de ces Malais, au regard perfide et au maintien menaçant, vit une race vo^abonde, sur laquelle M. Yosmaer a communiqué des détails curieux, dont nous donnons le résumé. — » Les Orang-badjo sont marins dans toute la force de ce terme. L'on' distingue parmi eux deux classes ou castes: les uns n'ont d'autre habitation que le bâtiment dans lequel toute une famille est réunie; les autres, lorsqu'ils, vont en mer, laissent leur femme et leurs enfants à terre. Les premiers n'habitent jamais à terre, et leurs petites • flotilles inoffensives sillonnent sans cesse la mer. Craintifs, mais d'une grande probité, laborieux et servtables, ils vivent paisiblement et en famille dans leur prahoe. Voués à l'idolâtrie, il est rare qu'ils contractent des unions avec les Malais mahométans; mais ils vivent en bonne intelligence avec eux: des chefs, Orang-tocahj choisis dans leur caste, sont les seules autorités auxquelles ils obéissent; le vol et le meurtre sont des vices rares parmi eux; lorsqu'ils ont lieu, la punition consiste en une amende infligée en faveur de la partie lésée. Il ne leur est permis d'avoir qu'une femme, et les mariages ont lieu par convention entre les

parents: la dot à fournir par le fiancé se règle selon le rang de la fiancée; leurs enfants, dès l'âge le plus tendre, sont initiés à la vie active et aux travaux des parents: il n'est pas rare de voir de petites pirogues, telles qu'on s'en sert pour la pêche, conduites par des enfants de l'un ou de l'autre sexe, âgés de 6 a 10 ans seulement; ceux-ci vont avec les femmes

à la recherche des holothuries {tripang), sur les bancs et les bas-fonds le long des côtes, tandis que les hommes pèchent à l'hameçon, ou vont prendre des tor* tues de différentes espèces , s6it au filet, ou au moyen dé la javeline, ou* bien en faisant usage de lignes, pourvues d'un gros morceau de plomb de 15 à 20 livres, armé d'un hammeçon solide. Les plus simples procédés de l'art de guérir les maladies leur sont inconnus: des individus, ordinairement de vieilles femmes, nommées SauroeSy conjurent l'esprit malfaisant en lui faisant l'une ou l'autre offrande , le plus souvent de vin ou d'huile de coco qu'on répand à la surface de la mer, tandis qu'elles font maintes contorsions, accompagnées de cris et de chants discordants. Les préceptes du Coran n'ont exercé en aucun temps quel* que influence sur cette race; l'interdiction de se nourrir de la chair de tortue réputée immonde parmi les sectateurs de l'Islamisme, ainsi que l'abstinence de toute boisson fermentée, rie sauraient convenir à ce peuple qui fait un usage journalier de cette chair, et qui boit, souvent immodérément, de l'arak anisé, qu'on distile à Batavia. Le prahoe ou le soppe^ qui sert d'habitation à une &mille, est ordinairement

de 7 à 8 lastes; deux ou trois esquifs légers, qu'un seul homme peut diriger et qu'ils emploient pour la pèche sur les hancs, accompagnent chaque prahoe.

L'autre caste des Orang-badjo est connue, dans les iles soendanaises, sous des noms divers; c'est ainsi que dans le groupe de Riouw et à la côte occidentale de Bornéo*, ces marins porteat le nom de Orang-raja; dans le groupe de Bangka celui de Orang-sekùj à Poeloe-lawut, côte Sud-£st de Bornéo, Orang-djohor ; les Boeguinais les nomment Orang-ivadjo ou Orang-badjo; (hommes se réunissant en troupe); les Makassares Tau-ri'djene (hommes de l'eau); les Javanais Wongkambang (hommes qui flottent). Ceux-ci ont, à. terre, des demeures situées sur les bords de la mer; elles servent de séjour aux femmes et aux enfants, lorsque les hommes sont à la. mer, car dans leurs excursions marritimes, ils ne sont jamais accompagnés de leur famille. Cette manière de vivre les met en rapport plus direct avec les insulaires malais, ainsi qu'avec l'autorité du lieu qu'ils habitent; delà résulte aussi qu'ils ont adopté la religion et plusieurs coutumes des Malais; leurs moeurs se ressentent également de ce contact, car ils sont méchants et traîtres. Lorsqu'ils se disposent à quitter le rivage pour quelque temps, plusieurs bâtiments se réunissent en une petite flotille, dont un des chefs prend le commandement ; les bâtiments , dont ils se servent pour ces courses, sont des padewakan de 10 à 15 lastes, construits de manière à pouvoir embarquer plusieurs pirogues légères, pour s'en servir dans les localités où la pèche doit se faire, et tandis

que le grand bâtiment se trouve hâlé sur le rirage ou bien abrité dans un havre. Ces pécheurs de profession connaissent parfaitement la méthode convenable pour la préparation des qualités premières du tripang, connues sous les noms de Koenling ou Koeding-aring , de Kai-dja^ wa (probablement l'île Melville) et de Marege^ dans le golfe de Garpentarie qui sont les plus recherchées çn Chine. La pèche du poisson qu'ils font sécher sous des hangards, fournit à leurs besoins journalières.

Nonobstant les recherches que fit Mr. Yosmaer, il ne lui fut pas possible d'obtenir des renseignements positifs |sur l'origine des Orang-badjo. A juger d'après les formes corporelles et les trails du visage, l'on doit présumer qu'ils sont issus de la grande souche malaie; toutefois, leur idiome diflere essentiellement de la langue des autres malais; ils assurent eux-iDémes que la leur n'est point en usage parmi les peuples du littoral, et l'on ne trouve non plus aucune indice que cette langue ait été parlée jadis dans aucune des parties de l'Archipel, à moins qu'elle n'ait quelque aiBnité avec le Polynésien. Les conjectures auxquelles M. Yosmaer se livre ultérieurement, reposent sur des indices trop vagues, et nous les passons sous silence (1).

(1) Mr. Yosmaer noas commanique dans son mémoire, des nolions fort intéressantes sur les différentes préparations qu'on fait subir aux espèces distinctes des holothuries commestibles , connues sous la dénomination collective de tripang; puis il indique les noms sous lesquels cette marchandise circule dans le commerce. Il

Les Alfoeres Minahasses de la péninsule Nord de Célèbes sont généralement bien constitués, de taille médiocre, nerveux et d'une mine avenante. Leur peau est d'un brun fort clair ou seulement bazanée; ils sont complaisants, sensibles au dévouement qu'oa leur porte et soumis à l'autorité établie sur eux. L'on rencontre parmi les chefs, ides hommes plus ou moins civilisés, qui parlent, lisent et écrivent le malais, et qui ont adopté les manières et les usages des Européens, même f dans la manière de se vêtir.

Les habitants des parties montagneuses de l'intérieur entretiennent peu ou point de rapports avec les Malais des côtes: leurs moeurs sont simples, et ils sont d'un caractère doux et conciliant; tandis que ceux des villages du littoral ont adopté plusieurs vices inhérents à la race malaie, ainsi que des coutumes empruntées aux étrangers au milieu desquels ils vivent habituellement. En outre, les Minahasses sont laborieux et actifs, ce que dénotent leurs champs bien entretenus ^ ainsi que les soins qu'ils apportent dans la construction des habitations, qui sont en général solides et propres. L'opinion, à leur égard, leur est moins favorable relativement à la moralité: le père ne se fait pas scrupule de

donne aussi plusieurs détails sor la pèche des tortues. Voir, Vef» handelingen van het Bataviasche GenooUckap^ deel 17 pag. 61 : Korte beêchrijving van het ZuidrOoêtelijk êchieretland van Celebes.

vendre à prix d'argent l'honneur de sa fille , et ce qui devait faire sa gloire et sa joie devient pour lui l'objet du plus vil des trafics. Les jouissances matérielles sont les dieux qu'ils encensent; à l'instar des Javanais et des Malais qui font usage d'opium, le Minahasse boit immodérément son saguweer ou vin de palmier; les combats de coqs et les paris ruineux qui s'en suivent, sont remplacés par des fêtes non moins bruyantes, nommées yb^^o, dans lesquelles ils passent des jours entiers à danser, à jouer, à s'enivrer et à dépenser leur avoir. Leur crédulité est extrême et leur superstition ne l'est pas moins ; elles portent ces idolâtres à toutes sortes de pratiques plus ridicules les unes que les autres: tout projet, toute action qu'ils ont en vue, dépend du sifflement que fait entendre une espèce d'oiseau du genre chouette (strix), nommée par eux Bakeker; lorsque l'Alfoere se met en route et qu'il fait la rencontre d'un serpent, son premier soin est de retourner au logis. S'il trouve un serpent sur le sol qu'il se propose de défricher, il abandonnera ce lieu pour en chercher un autre. Il ne videra point complètement la gamelle dans laquelle il mange le riz, lorsqu'il est sûr que celle-ci ne sera plus remplie de nouveau, et ainsi plusieurs autres crédulités semblables. Quand l'Alfoere construit une habitation, des prêtres, nommés Wallianj s'associent à ce travail; ils ont soin déplacer, en dessous des quatres pilliers faisant les angles, ainsi que sous le pillier du centre de la maison, une assiette de fayence; sur celle du milieu, ils placent un morceau de cuivre avec un alliage d'or, et sous l'invoca-

tion, que la soUdilé de la maison y et la prospérité de la famille destinée à V habiter ^ soient aussi impérissables que ce fragment de métal : cette offrande superstitieuse consistait auparavant dans le dépôt de crânes humains au lieu des assiettes, qu'on place maintenant sous les piliers. On voit par là, qu'il serait facile de faire adopter à ces peuples doux et hospitaliers, des usages moins absurdes, et que la civilisation ferait parmi eux des progrès rapides. Nous passons sous silence plusieurs autres coutumes analogues à celles que nous venons de mentionner, et qui sont mises en pratique dans le plus grand nombre des événements de leur vie , ou bien qui sont en rapport avec leurs travaux domestiques; toutefois, nous ferons une mention succincte des cérémonies qui ont lieu lors du mariage, à la naissance et après la mort. Le rapport fort circonstancié de M. Pietermaat, ancien résident de Menado, nous servira à ces fins.

Les cérémonies usitées dans le mariage sont différentes, selon que les futurs époux demeurent dans le même district, ou bien que l'union a lieu entre individus de districts différents; elles le sont aussi dans les classes distinctes de la population. Lorsque le fils d'un chef se propose de demander en mariage la fille d'un chef dans un autre district, il en fait part à ses parents; leur assentiment ayant été obtenu, un membre de la famille que l'on munit d'un présent consistant le plus souvent en étoffes manufacturées dans le pays, se rend auprès des parents de la jeune fille pour la demander en mariage , ce qu'ils nomment dans leur langue sinupany et en malais boeka-moeloes (litté-

ralenient, ouvrir la bouche); lorsque ceux-ci consentent et acceptent le cadeau, on règle incontinent la dot, ce' que les Alfoeres nomment toemoeoeroek-mehe' rok et les malais kasth-arta (donner une dot). Au jour fixé pour les noces, les parents du fiancé se rendent chez ceux de la fiancée, et ils leur remettent la dot dont on est convenu; mais il est rare que ceux-ci n'exigent pas un supplément en sus, ce à quoi l'on acquiesce ordinairement. Au jour arrêté pour l'union les parents de deux cotés se réunissent et font festin; à cette réunion assiste un prêtre wallian^ par lequel l'union est consacrée, ce qui a lieu en plaçant les futurs époux l'un à coté de l'autre; le wallian leur met à chacun entre les mains un peu de pinang, du sirie et du tabak; puis il déclare leur union légitime, ce qu'il accompagne du voeu, quHl plaise aux Dieux de bénir le mariage en leur accordant grand nombre d^ enfants^ quHls puissent jouir de richesse et de considération y et quHls vivent longi^ années dans Vunion la plus parfaite; après quoi les époux échangent entre eux le pinang qu'ils viennent de recevoir de la main du prêtre; celui-ci les conduit alors à l'écart dans un endroit convenu hors du village; là, un jeune homme offre aux époux des feuilles d'un arbre nommé pakoy dont on fait usage comme légume, et en outre il leur remet un petit morceau de bois, qu'ils doivent placer au dessous de leur habitation. Les deux familles demeurent encore réunies pendant quelques jours; puis tous les convives s'acheminent vers la demeure des parents du marié, où de nouveau cadeaux

sont reçus par la mariée, après quoi les époux sont conduits dans l'habitation garnie et meublée qui leur servira de demeure, et pour laquelle les parents du jeune mari ont dû faire tous les frais.

L'on observe moins de formalités parmi les classes inférieures: dès que la bénédiction nuptiale a eu lieu, les époux sont unis légalement, et ils peuvent jouir de leur droit, même avant que la dot ait été payée aux parents, ce qui fait qu'ils ont souvent plusieurs enfants avant que cette dot soit acquittée complètement; dans ce cas les parents conservent tous leurs, droits à cette redevance; lorsqu'on se refuse à la payer, les parents rentrent dans leur pouvoir sur leur fille qui revient chez eux avec ses enfants; ceux-ci sont alors censés n'avoir plus de père.

A la naissance d'un enfant, la coutume veut que le cordon ombilical soit suspendu aux chevrons du toit de l'habitation. Si le premier né est un garçon ,. l'accouchée se rend avec son enfant à la rivière, tandis que le père paré de ses plus beaux habits, armé en guerre et muni de trois petits roseaux, attend le retour de sa femme: celle-ci étant revenue, le mari entre dans la rivière pour y faire ses ablutions; au sortir de l'eau, les voisins, munis de joncs, l'attendent et le frap* pent jusqu'à ce qu'il soit parvenu à sa demeure; arrivé là, il prend son arc et décoche par dessus le toit de sa maison les trois roseaux dont il s'était mi^ni; en même temps il prononce ces paroles: je souhaite beaucoup de bonJieur à mon fils y et quHl dmenne un homme vaillant. Lorsque le premier né est une fille,

la mère va à la rivière sans y emmener son enfant^ mais elle est accompagnée de ses parents; le père se dispense pour lors de prendre part à la cérémonie, qui se termine par un festin. On *conçoit que le wallian (prêtre) préside à toutes ces sollennités.

Dans quelques autres districts, la mère, accompagnée de la femme qui vient de l'assister dans ses couches, porte le nouveau né dans la partie du dessous de la case, où se trouve un wallian prêt à égorger un cochon; avant de le tuer, il met les pieds de l'enfant en contact avec le cochon; puis il lui lave la tête avec de l'eau, et le touche à trois reprises avec un poulet et une branche de l'arbre nommé tawaan; alors il égorge le porc, enduit la main droite de l'enfant du sang de la victime ; puis il en examine le coeur et déclare que cet organe n'oifre aucun indice défavorable pour l'enfant; finalement, le prêtre et les convives font bonne chère de la béte immolée.

Les cérémonies en usage lors des décès et à l'enterrement d'un chef, ont lieu de différeiites manières et selon les coutumes locales. Lorsqu'un chef de district meurt, on enveloppe le cadavre dans une couverture de prix; il est placé sur une chaise, les pieds relevés à la hauteur du corps et les bras croisés; puis on assujetit le corps avec des bandelettes, pour empêcher qu'il ne s'affaisse. Alors l'épouse du défunt fait part du décès aux parents ainsi qu'aux autres chefs, en les invitant à se rendre le lendemain à la demeure du mort: lorsqu'ils sont réunis, on commence par enve-

lopper le cadavre , depuis les pieds jusques au cou , de bandelettes de soie nommées patollas; on orne le t:ou de plusieurs rangs de coraux , et la tête est en* tourée d'une pièce d'étoffe , nouée de façon que la partie supérieure du crâne demeure découTerte; puis on l'orne de différentes sortes d'étoffes, sur lesquelles on place un couyre-chef fait de feuilles de sUar. Entre-temps, tous les instruments de musique du lieu se trouYenl réunis à l'en tour de la demeure; ces appareils bruyants, tels que les koelintanÇy les gomgom et les iifa^ font entendre, à un signal donné par un Ulla (petit canon), un vacarme épouvantable augmenté par les cris discordants de la multitude. Alors la veu* ve embrasse le mort, et elle demeure dans cette atti* tude jusqu'à ce que les femmes présentes l'entraînent dans une autre pièce du logis, où celles-ci restent auprès d'elle jusqu'à la fin de la cérémonie de l'enterrement. Le cadavre ayant été apporté hors de la demeure, est placé sur un brancard porté par les parents, qui font processionnellement le tour du village; les enfants suivent le convoi tout en criant à tue* tête: tnaintenant notre père est mort; où retrouverons nous un aussi bon père. Les femmes qui sont demeurées auprès de la veuve, ne cessent de lui répéter ces mots: veuve I votre esprit ne doit point suivre celui de votre mari qui vient de quitter cette terre. Le con* voi étant arrivé au lieu de la sépulture, on dépouille le mort des ornements accessoires, en observant de ne pas enlever la pièce d'étoffe nouée autour de la téte; puis on lui passe un kabaai d'indienne et on lui met

un mouchoir dans la main droite. Un grand vase de terre cuite et de forme carrée tient lieu de bierre; dans cette demeure dernière le cadavre est posé dans une position accroupie; les. parents étendent une pièce d'indienne sur Touyerture qu'on ferme au moyen du couvercle; celui-ci est ensuite orné de fragments d'étoffes en forme de petits drapeaux, de bouteilles , d'assiettes, de chaises, <le poignards etc. Le corps étant enterré de cette manière, le convoi retourne à la demeure du défunt, où il est reçu par des danseuses, tandis que la fête mortuaire a lieu cinq jours après l'inhumation. Â cette fête , que les Âlfoeres nomment fogsB romomaky sont invités tous les notables du village; plusieurs cochons sont destinés au festin et leur graisse est distribuée aux chefs, tandis que les prêtres forment des voeux pour le bonheur de la veuve et des parents. La fête étant terminée, la veuve prend du finang j du strie et de la chaux, et accompagnée de plusieurs femmes; elle se. rend à la rivière, y jette les objets susdits, en disant; mon mari est parti et je $uia restée seule. Elle revêt alors les habillements qu'elle portait au jour de l'enterrement, entre toute vêtue dans la rivière, change d'habits et mange un peu de pinang avec ses compagnes; puis, étant retournée au logis, elle jette au feu un petit morceau de bois que les femmes viennent de lui remettre, et en chauffant ses mains à la flamme elle s'écrie: maintenant foi chaud; ce qui signifie, que dès lors elle a le droit de contracter un nouvel engagement. Le deuil de la veuve ou du veuf se porte une année; les dix premiers

jours le survivant porte une étoffe bleue, qu'on fait teindre en noir pour le reste du temps.

Les obsèques des gens du peuple ont lieu d'une manière beaucoup plus simple: on jonche le corps de padie ou riz non mondé, étales parents sent invités à prendre part au vacarme et aux contorsions qui ont lieu auprès du cadavre. On enterre aussi dans des bierres.

Avant l'occupation &e ces contrées par les Européens, la coutume existait de décorer le tombeau des chefs de deux têtes humaines; afin, à ce que l'on assure, que le défunt ne se trouvât point dans la nécessité d'abandonner seul cette terre, et que leurs parents aient la certitude qu'il serait accompagné de ses victimes. On attachait même tant de prix à cette barbare coutume, qu'on immolait deux esclaves, lorsqu'aucun autre moyen ne se présentait pour obtenir les deux victimes voulues. On n'oserait même affirmer positivement que cet usage barbare soit totalement aboli jusques dans les districts les plus éloignés; nonobstant toutes les mesures prises par le Gouvernement contre les actes criminels des coupeurs de têtes y ils se commettent encore, quoique très-rarement. .

Les Âlfoeres Minahasses croient à un être suprême nommé par eux Epongy ainsi qu'à plusieurs autres divinités secondaires qui influent sur toutes les actions humaines, et qui sont censés résider, soit dans certaines espèces d'arbres, dans quelques rivières, ou bien dans quelques espèces d'oiseaux.

Ils croient à la métempsycose, et pensent que l'âme passe dans le corps de quelques animaux, particulièrement dans celui des porcs, ce qui ne les empêche pas d'en manger la chair. Les prêtres exercent une grande influence sur leur esprit: ces prêtres sont partagés en deux classes, les Wallian et les Tenaseh; on a recours au service des premiers en cas de maladie et pour la célébration des fêtes, et des seconds lorsqu'on construit une habitation ou bien pour tout ce qui est relatif à l'agriculture; parmi les Wallian se trouvent des hommes et des femmes; dans le district Ae Sangoang les femmes seules ont droit à l'exercice de la prêtrise.

La manière de prêter un serment n'est pas moins sin« gulière parmi les Alfoeres; cela a toujours lieu en présence des prêtres. On place sur le sol un fusil chargé, ayant la crosse tournée vers le sud, tandis que dans la direction de l'orient on étale une pièce d'étoffe: un prêtre prend une bayonette; un autre muni d'un sabre, plante ces deux objets en terre, de ma<nière qu'ils se croisent; puis un troisième prêtre, ayant dans la main droite la canne à pomme aux armes de l'Etat, insigne que portent les chefs de district', se place, le visage tourné vers l'orient, devant les deux armes susdites, et trace sur le sable neuf raies parallèles; puis il explique le motif du serment qu'on exige, en demandant aux dieux de faire mourir lé parjure au moyen des armes posées à terre. Alors ri compte à haute voix jusqu'à neuf, trace encore neuf Mies sur le soL et passe entre les deux armes eroir^

sées; il remet ensuite la canne a un autre prêtre qui, après avoir rempli les mêmes formalités, passe la canne à celui qui est appelé a prêter serment; en même temps il l'exhorte de nouveau à dire la vérité; celui-ci rend alors compte de l'affaire, et dit: qu^au cas que ce quHl avance ne soit pas V exacte vérité ^ il se soumet à la mort par les armes posées devant lui; alors il trace neuf raies en les comptant à haute voix, après quoi il passe entre ces armes. Lorsque la cérémonie est terminée, l'on décharge le fusil, et ceux qui ont reçu le serment, partagent la pièce d'étoffe entre eux.

Les habitations des Minahasses sont vastes, aérées et spacieuses; toutes sont élevées sur des pilliers ou pilotis; quelques maisons sont construites totalement en bois; d'autres de lanières d'écorce d'un arbre nommé woka. La plupart des habitations comptent deux, trois et jusqu'à dix familles réunies sous un même toit. Dans le district de Langoan chaque famille habite une case séparée. Leurs meubles et ustensiles de ménage se bornent à quelques tables, des bancs pour s'asseoir et des bahuts pour couchettes; des nattes, élégamment tressées, recouvrent le plancher; quelques pots de terre cuite pour faire la cuisine et des jattes de noix de coco en guise d'assiettes. Les chefs subalternes et les gens aisés ont tous leurs us* tensiles de ménage en cuivre, et les parois de l'habitation sont ornées de différentes sortes d'objets de ce métal. Les principaux chefs font usage de meubles et d'ustensiles à la manière européenne.

Les Minahasses, do mémo que les Malais, sont le

plus habituellement pourvus d'armes. Crawfurd, dans sa description de l'Archipel malais, nomme à juste titre les habitants de la Malaisie une population armée. En effet, les armes des Alfoeres sont nombreuses; ils ont des javelines de plusieurs sortes nommées sago* sagOy trois sortes de sabres, Ip parangy le klewang et le pedak; ils se servent habituellement d'un couteau,. badé-badé; comme arme défensive, ils ont le bouclier long, salawakoy en cuivre ou en bois garni de coquil* lages; puis une cuirasse, badjoe-lalie, de peau de buffle ou tressée des filaments du goemoetoe.

Les Chinois (1) qu'oa rencontre partout dans l'Ar»

(1) L'occasion de faire mention des Chinois, de leurs moears et usages , ainsi que des arts industriels chez cette nation , né devant plus se présenter dans les indications qui nous restent à fournir, nous donnons ci dessous une notice succincte des inventions les plus remarquables qu'on attribue à cette nation industrieuse; nous croyons devoir la livrer sans autre commentaire à nos lecteurs.

11 résulte de documents authentiques déjà publies ou faciles à produire, que 2700 ans avant Jësus-Chnst les Chinois avaient inventé l'art d'élever les vers à soie; 1000 ans avant, la boussole pour les voyages de terre et de mer; 400 ans avant, l'encre et le papier à écrire; 1^ poudre de guerre un siècle avant l'ère chrétienne^

Suivant le père Amyot, après J. C, l'imprimerie, avec des planches de bois entre 581 et 593; avec des planches de pierre gravées en 904, et avec des types mobiles entre 1041 et 1049. La porcelaine dans le 8" siècle; les puits forés dits artésiens; l'art d'éclairer et de chauffer avec le gaz inflammable, puisé au sein de la terre et conduit à de grandes distances; les ponts suspendus en rottins ou en chaînes de fer; les pompes k incendie; les cartes à }ooer l'an 1120, et le papier-monnaie entre 1260 et 1341.

En médecine, ils traitent avec succès ob grand nombre de oiala-^

chipel, là où se trouve quelque industrie à exploiter, sont, proportionnellement à l'étendue du pays, moins nonibreux à Célèbes que dans les îles de la Soende. Ces hommes industrieux suivent à Célèbes le même genre de vie, et ils observent à peu-près les mêmes usages que leurs compatriotes dans les autres îles où ils sont établis. Nous n'avons pu nous procurer des renseignements exacts et récents sur le chiffre de la population de Célèbes; plusieurs autres indications de statistique nous manquent également; il est probable que les documents qui y sont relatifs, se trouvent dans les archives du Gouvernement à Batavia.

dies incurables en Europe. Us ont sa atteindre et transformer le liquide qui colore toute le système pileux, et donner aux cheveux roux et blonds une teinte noire qui se maintient jusque dans Và^e le plus avance.

En économie rurale et agricole, ils obtiennent, par les engrais et les irrigations, et par une multitude de moyens qui leur sont propres, des résultats constants et réguliers, qui, lorsque les travaux du cultivateur ne sont point détruits par des catastrophes imprévues, suffisent pour nourrir une population de 336 millons d'habitants. En horticulture , ils savent changer la couleur des fleurs sur pied, hâter la floraison et la fructification- des arbres etc.

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