NATURELLE
On peut admettre que Célèbes n'a été explorée scientifiquement que dans une portion fort peu étendue de sa superficie. £n effet, les entrepôts principaux du commerce, tels que Makassar, Menado, Kema et Gorontalo, sont en quelque sorte les seuls points territoriaux où la science ait pu recueillir quelques ren* seignements relatifs à la constitution physique de ce pays; ce sont aussi les seuls endroits qui ont été visités par des observa teurs de la nature. M. le professeur Reinwardt y fit une apparition de courte durée en 1822, lorsqu'il parcourut les mers des Moluques à bord de la corvette theExperinicîitj équipée pour une croisière scientifique. La relâche de la coryette françoise V Astrolabe à la factorerie de Menado , et l'excursion d'une couple de jours faite par les naturalistes français au lac de Tondano, n'ont offert, à l'une comme à l'autre expédition scientifique, qu'une récolte peu nombreuse de plantes, ainsi que la capture d'un petit nombre d'animaux. Toutefois, le naturaliste a découvert dans ces acquisitions, a peu-près autant d'espè-
ces nouTelles à faire connaître, qu'il s'est trouvé d'ol> jets rassemblés, presque sans choix préalable; on a été non moins surpris des résultats qu'elles ont offerts à la science. Ces conquêtes, quelque minime qu'elles soient par le nombre, servent nonobstant à nous donner un aperçu du vaste champ d'étude que la nature présente aux perquisitions plus suivies, ainsi qu'aux travaux intéressants et utiles qui s'ouvrent devant les pas de l'explorateur judicieux, sans qu'il soit nécessaire d'énumérer toutes les acquisitions nouvelles et importantes, que les musées nationnaux et l'étude de la nature dans le règne organique, sont en droit d'en attendre; surtout, lorsqu'enfin on pourra se résoudre d'ordonner une enquête scientifique dans toutes les parties encore inconnues de nos possessions intertro^ picales. Feu M. Merkus, ci-devant Gouverneur des Moluques, qui a été depuis promu au Gouvernement^ Général de l'Inde , et qui avait su apprécier à sa juste valeur toute l'utilité qu'on peut attendre pour ces contrées, des résultats que promettent les voyages de découvertes, envoya le Dr. Forsten, l'un des membres de notre commission scientifique à Menado, dans le but d'explorer toutes les parties de la péninsule septentrionale de Célèbes. Ce savant, quoique en état de remplir avec succès cette tâche importante, se vit frustré, dès le début de sa carière dans l'accomplissement de ses desseins, par la maladie grave qui le conduisit peu de mois après au tombeau. Malgré l'état déplorable de sa santé, les perquisitions et les travaux aux* quels il lui fut possible de se livrer, nous ont valu des
additions fort intéressantes à la connaissance très-superficielle qu'on avait pu acquérir jusqu'ici de cette contrée.
Quelques bornées que soient jusqu'à présent nos connaissances relatives aux productions de cette grande et intéressante ile, nous pouvons nonobstant apprécier la valeur des richesses en histoire naturelle qu'elle promet de fournir, lorsque toutes ses parties auront été visitées. Sa Flore offre un caractère vigou* reux et grandiose, et sa Faune produit cette multitu* de de formes particulières et d'espèces variées, dont les contrées archipélagiques de l'Inde sont si abon« damment dotées.
D'épaisses forêts couvrent le pied des montagnes et même une grande partie de l'île. On y trouve le chê* ne et l'érable, le cèdre et le tek, dont on se sert pour la construction des navires, ainsi que VoepaSy dont le suc sert aux indigènes pour y tremper leurs flèches, et sur le compte duquel quelques auteurs se sont plu à dé« biter un grand nombre de contes ridicules et d'histoires inventées à plaisir. On y trouve aussi le giroflier et le muscadier qui y croissent sans culture; ils paraissent former des espèces différentes de celles cultivées à Banda et à Amboine: le sagoutier servant d'aliment principal aux habitants; le saguer, dont le suc fournit une liqueur noirâtre et sucrée; le palmier dont on extrait une huile agréable et une liqueur enivrante; le poivrier, l'ébénier, le sumak ou arbre à perruque, le calambang ou espèce de noyer; l'odoriférant sandal, ainsi que celui qui étant fraichement coupé, fournit une
teinture . d'un rouge très-beau et très-solide; Iq warin^ guin sacré, dont un seul arbre présente l'aspect d^une forêt; enfin le bambou, qui s'élève jusqu'à quarante pieds de hauleur et sur deux ou trois de diamètre. Les naturels coupent les jeunes branches du bambou par tranches et les mangent en ragoût ou en salade; les jeunes pousses servent à faire de Va^ar ou conserve au vinaigre. Lorsque ce graminée colossal est arrivé à sa maturité, son écorce est très-dure, et quoique le tronc en soit creux, il est tellement solide qu'on l'emploie à la charpente des maisons. On y voit des forets de cocotiers, l'arbre le plus utile, en ce qu'il sert à la nourriture, au vêtement et au logement de plusieurs tribus; il forme des colonnades, dont chaque colonne a son chapiteau couronné d'un élégant parasol. Le chou-palmiste y est commun aussi bien que le manguier, arbre qui ressemble à notre noyer; son fruit délicieux et sucré a presque le goût de la poire de bon-chrétien, et ses feuilles broyées ont l'odeur de la fève de tonca. Le palmier aren^ dont les filaments extérieurs de l'écorce donnent un fil souple et fort, qui sert à fabriquer les cordages renommés sous le nom de goemoeioe^ et dont la solidité et la durée les font rechercher comme agrès pour les navires. Le bananier, le gingembre, le palmier éventail {corypha ombraculifera) y le fromager {bombax céiba)^ le lingoay le tanjoung (mimusops elhenghi)^ le badeaUy de l'amande duquel on extrait l'huile tant vantée et prônée sous le nom d'huile de Makassar; le calier, le bétel ^ l'arékier et plusieurs autres. On plante et
cultive partout le riz, dans les clairières des forêts défrichées à ces fins; il en croit de trois sortes ou espèces: du riz-vert, blanc ou fin, du noir de deux qualités , différentes, puis du riz connu dans le pays sous le nom de padi'poeloej dont la fécule est si grasse qu'on ne peut s'en servir que pour les pâtisseries. Après le riz, la nourriture favorite des Alfoeres est le djagong on maïs : la qualité n'en est pas aussi bonne que celle qu'on cul* tive à Ternate. Nous avons déjà fait mention des cultures qui demandent plus de soins, telles que celles du cafier, dh cacaotier et de l'indigotier; le tabac y est excellent; la canne à sucre, la racine de manioc et la résine benjoin y croissent aussi.
Nous ne sommes point à même de donner ici un aperçu analytique de la belle végétation qui couvre le sol fécond de cette île: différentes parties du littoral ont bien été visitées par des voyageurs commerçants; mais dépourvus qu'ils étaient de connaissances en botanique, on ne pouvait s'attendre de leur part, qu'à l'exposé des impressions qu'a pu éveiller en eux la vue de cette végétation grandiose, ainsi qu'à des souvenirs présentés sans aucun ordre systématique. La Flore de ce beau pays mériterait également d'être étudiée et connue.
De même que la botanique, la géologie et la minéralogie attendent des explorateurs instruits qui puissent nous fournir des notions scientifiques sur ces parties de la constitution physique de l'ile. Nous avons donné, dans les chapitres précédents, quelques détails relatifs au règne minéral, en indiquant les substances métalliques que recèle le sol, et qui servent à l'usage des habi-
tants ou bien alimentent le commerce et donnent lien à des exportations plus ou moins importantes : quelques indications plus spéciales ne^ seront pas superflues.
Les Minahasses, ainsi que plusieurs districts de Go* rontalo, sont riches en mines d'or: les terrains aurifères les plus remarquables se trouvent à Totak, Kotta-boena, Pagoeat , Loenoe-oe , Pogoe , Deloepie y Àtingola et Soemolatta ; toutes les mines connues se trouvent dans la péninsule septentrionale; l'or en paillettes ou en grains est obtenu au moyen du lavage tel qu'on le pratique à Bornéo, et il s'en perd beaucoup par le procédé imparfait de cette manipulation. On trouve à Gorontalo de l'or à 22 carats; ailleurs il vari de 20 à 18 carats. Le minéral s'y trouve en dépôts de 20 à 30 pieds de profondeur; il est accompagné de cuivre, probablement aussi de platine, mais les ouvriers ne savent pas distinguer cette substance. On peut calculer, qu'année commune, cet article rapporte au gouvernement un bénéfice de 60 mille francs. On dit, qu'au 17b« siècle, des morceaux d'or dans leur gangue, du poids de quatre à douze livres, ont été trouvés dans les vallées. Il est aussi fait mention de diamants trouvés presque à la superficie du sol , et de plusieurs autres pierres précieuses dans le sable des torrents. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'aujourd'hui on n'entend plus parler de ces trouvailles merveilleuses et fortuites.
Des mines de cuivre existent dans plusieurs parties de l'ile; les habitants des districts du nord en font usage pour leurs ustensiles du ménage, et ce métal leur sert a confectionner plusieurs objets de luxe. L'étain
s'y trouve aussi ; on dit que la qualité de ce minerai est de beaucoup inférieure à celui des mines de Bangka; toutefois, l'on pourrait en tirer parti s'il était exploité régulièrement. Quelques montagnes fournissent du cris* tal. L'acier, le fer et le pamoTy minéraux qui se trouvent dans plusieurs localités montagneuses, servent aux armuriers pour en forger ces lames de sabres et de poignards, élégamment damasquinées et d'une trempe excellente ; il paraît que la combinaison ou l'alliage convenable de ces métaux donne à ces armes la valeur que les indigènes! y attachent. Le pamor des indigènes est une substance métallique, qui n'est pas connue sous ce nom dans les catalogues méthodiques.
Les productions connues dans le règne animal ont été mieux étudiées, que celles du domaine de la bota-* nique et de la minéralogie. Malgré l'étendue peu considérable des contrées qui ont été explorées dans cette Ile, l'on peut admettre comme à peu-près certain qu'il n'existe aucune espèce de grand carnassier à Gélèbes et peut-être pas même un seul animal du genre chat (felis). Les grands pachydermes, tels que l'éléphant, le rhinocéros et le tapir, ne s'y trouvent point non plus. Dans les singes nous énumérons comme espèces nouvelles, le papio nigerj d'un noir intense sur toutes les parties du corps, excepté les cuisses, qui sont d'un noir grisâtre; sa face toute noire et sa queue très-courte servent à le distinguer de tous ses congénères: une seconde espèce ou race voisine, provisoirement nommée papio ni* grescens^ diflere de la précédente par sa face plus comprimée, par une queue fort peu ap*parente, et par des
calosités étendues en deux lobes ou masses, tandis que le papio niger a ces parties divisées en quatre compartiments. Le pelage du papio nigrescens est d'un noirbrunâtre; cette dernière teinte domine sur les épaules et sur le dos: les formes totales de ces deux singes semblent assigner, à ces quadrumanes anomaux, un rang intermédiaire entre les macaques et les cynocéphales proprement dits qui sont du continent africain. On y trouve aussi cette espèce de quadrumane cosmopolite, le Cercopithecus cynomolgusj qui parait affecter dans cette ile une légère différence dans la couleur de son pelage. Le Tarsius spectrum (1), jusqu'ici l'unique espèce du genre, se tient de préférence dans les bois humides des plaines où il se cache dans les plus épais fourés du feuillage: lorsqu'il est poursuivi, on le Toit sautant de branche en branche et de buisson en buisson , absolument à la manière des grandes grenouilles, dont il imite la pose à l'état de repos. Malgré la douceur de son naturel et ses moeurs inoffensives, il est regardé par les habitants malais comme un être voué au mal, qui vient en secret et pendant la nuit, les inquiéter pendant le sommeil et causer plusieurs maux; ces peuplades superstitieuses croient déduire le pouvoir
(1) Le Tarsius Daubentonti est un doable emploi da même animal, et Thrsius bancanus du Dr. Honfield a ëté établi sor un jeone sajet de l'année de cette espèce. La même espèce se trooTe aossi dans les parties méridionales de Bornéo; toutefois elle parait former une variété locale propre à cette ile. Le Tarsius spectrum de Céièbes a le boat on flocon terminal de la queae noir, celai de Bornéo a cette partie d'an cendré-fanve.
magique, dont ce petit être serait doué à un très-haut degré, non seulement de sa vie nocturne, mais aussi parce qu'il est muni de très-grands yeux ronds et proéminents. Plusieurs espèces de Chéiroptères y dont quelques unes sont nouvelles, habitent cette île: dans l'or« dre des Carnassiers on ne peut citer jusqu'ici aucune espèce. Les Phalangers et les Couscous j animaux à bourse, Iju'on ne voit nuUepart dans les limites des iles de la Soende, fournissent ici leurs premiers représentants: ils sont, pour l'ancien continent, ce que sont les Sarigues et les Didelphes xlans les contrées parallèles du Nouveau Monde. Célèbes nourrit aussi la singulière espèce du cochon cerf [Sus babirussa); le crâne du mâle, muni de grandes défenses recourbées, est connu depuis longtemps dans toutes les collections d'histoire naturelle, sans qu'on sût positivement à quelle espèce on devait le rapporter. Ce mammifère singulier n'est connu et n'a été exactement déterminé et décrit, que depuis l'époque du voyage de circumnavigation de la corvette française l'Astrolabe: les naturalistes de cette expédition furent favorisés par le gouverneur de^ Moluques, M. Merkus, des premières dépouilles parfaites qui aient été transportées en Europe (1). Le ba-
(1) Voyez poar les détails intéressants sar ces animaux , Zoologie
du voyage et partie historique de VAetrolahe^ où la remise des ba-
birussas a l'expédition française se trouve il lustrée par une planche ,
Atlas, pi. 216, et les belles iconographies du mâle et de la femelle
de ce rare mammifère; Zoologie, planches 22 et 23. Depuis on en a
reçu des individus vivants au jardin zoologique d'Amsterdam , et ils
y ont produit de même que dans le Jardin de Plantes à Paris; ce qui
semble prouver que l'espèce peut se propgcr en captivité. 3 8
i)irussa Tit dans les parties Est et Nor4-£st de l'ile; il se trouve aussi dans le petit archipel de Xulla, particulièrement dans les îles Mangoli et Bangai; mais il n'est nuUepart aussi commun qu'à Boeroe, où il habite les marais et les forêts les moins accessibles: on ne le trouve dans aucune des iles de la Soend&, pas plus qu'à Âmboine, Céram et Timor. On voit encore à Célèbes un ruminant remarquable, l^ Antilope depressicornisy le sapi oetan des Malais ou anoeang des indigènes ; cette espèce nous offre une forme nouvelle dans ce genre de grands ruminants, dont les différents groupes se lient à des genres voisins par des caractères plus ou moins anormes. P Antilope à cornes plates paraît former la transition des antilopes proprement dites aux boeufs; c^est en effet une petite espèce de boeuf, à cornes droites fortement déprimées et pointues, et dont les deux 3exes se trouvent munis. Elle habite la partie méridionale de l'ile, et se plait dans les lieux solitaires, très-boisés et éloignés de la fréquentation de l'homme; on le trouve aussi dans la presqu'île septentrionale. Nous devons la connaissance des premiers sujets, consacrés à la science, au voyage du professeur Reinwardt dans les Moluques. Nous manquons encore en ce moment de bonnes figures du mâle et de la femelle à l'état adulte et armés de cornes parfaitement développées. Un jeune de l'année a été figuré dans l'atlas du voyage de la corvette la Coquille. Nous avions le projet d'en fournir des lithographies faites sur des sujets adultes et sur les vivants, et qui devaient être publiées dans la partie
zoôlogique de l'ouvrage sur notre Inde arckipélagique; mais, le nombre des planches qui était limité, nous a fait donner la préférence à des espèces moins connues.
Célèbes produit en abondance une race de chevaux très-estimés dans l'Inde. On en transporte à Batavia, Madras, Calcutta, et même jusqu'aux iles Maurice et Bourbon. Ils sont de petite taille, admirablement faits, pleins de feu, et leur allure est douce.
Parmi les oiseaux de Célèbes et des petits archipels dont cette grande ile est partout entourée, il s'en présente plusieurs, dont les formes sont totalement différentes de celles qu'on rencontre dans la classe allée des îles de la Soende. On trouve même dans ce rayon des ilôts qu'habitent certaines espèces qui ne se sont répandues plus loin, et dont l'existence semble confinée au petit point du globe qui les a vu naître, et sur lequel ils continuent à vivre et à se maintenir; tandis que quelques genres, tels que les Barbus y les Eurylaimes^ les TimalieSy qui sont nombreux en espèces distinctes à Bornéo, à Sumatra et à Java, n'existent plus dans le rayon de Célèbes: là, comme aux Moluques et jusqu'à la Nouvelle-Guinée, on ne voit en mer ni Goéland ni Mouettej malgré la prodigieuse ri« chesse en poissons, crustacés et mollusques dont ces parages fourmillent. On y trouve aussi des représentants de quelques groupes également particuliers au rayon Soendaique; mais ce sont alors assez généralement des espèces différentes, ou bien des types légèrement anormes; tandis que quelques autres groupes, tels que ceux des fissipèdes et des palmipèdes, offrent
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dans «elle ile , comme partout ailleurs , certaines espè^ ees très-répandues, ou bien qui se propagent sous des formes identiques et sous les mêmes conditions d'exi* stence en des lieux très-distants, ainsi que sous l'influence notablement difllérente des climats et des tenipératures. On a obtenu de cette ile des Oiseaux de proie ^ des Calaos et des Coucals de grande taille des Echenilleurs remarquables; plusieurs espèces de Brèves qui diffèrent toutes par les formes, de leurs congénères des iles de la Soende; plusieurs espèces nouvelles de Perroquets^ chez lesquelles les teintes vertes semblent dominer comme couleur principale de leur plumage; tandis que dans les Moluques proprement dites, des teintes d'un rouge vif et d'un cramoisi pur revêtent la livrée des Perroquets de ces parages. Célèbes nous fournit encore trois types de genres nouveaux dans la classe des omnivores; des Martin-pécheurs et chasseurs à teintes vives et pures; puis, une multitude d'espèces inédites de Pigeons à plumage richement paré. Cette ile est la première du groupe de la Malaisie où se trouvent les Mégapodes , section anorme dans l'ordre des gallinacées, et à laquelle vient se joindre le genre nouveau du Maleo {Megacephalon). Ces deux genres, avec ceux des Talégalles et du Leipoa^ forment un petit groupe dont les espèces n'incubent point leurs oeufs. Ces oiseaux remarquables nous fournissent matière à une remarque très-curieuse, en ce qu'ils forment, parmi les pulvérateurs, (très apts à la reproduction et à la ponte d'un grand nombre d'oeufs, et très-assidus dans l'acte de l'incuba-
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tion et fort attachés à leur progéniture) un groupetotalement disparate par des moeurs et par des ha-^ bitudes très-différentes: car, à l'instar des reptiles, ils ne se livrent point à l'incubation de leurs oeufs, qu'ils déposent et enfouissent isolément dans desmonticules de terre, de boue, de feuilles et de graminée qu'ils entassent à cette fin, et que souvent ils élèvent à plusieurs pieds aa dessus du niveau du sol, soit le long du rivage de la mer, ou bien dans les fourrés les plus épais des bois, dû le couple demeure caché durant le jour. Ils abandonnent les soins de Pincubation à l'influence de la chaleur produite et excitée par la fermentation et la décomposition des matières végétales employées dans la construction.de ces monticules; laissant ainsi à la chaleur persistante de l'atmosphère environnant, le soin de faire éclore successivement tous les oeufs déposés dans ces nids en forme de tumulus. C'est au moyen d'un de leurs pieds ^ qui sont munis de doigts plus ou moins préhensiles , qu'ils élèvent le sol, ou bien qu'ils transportent les matériaux nécessaires à la formation de ces grands amas en forme de monticules. On doit présumer, d'après ces habitudes, que ces oiseaux ne prodiguent au^ cune espèce de soin à leur progéniture, et qu'à cet égard ils s'éloignent aussi beaucoup des moeurs des gailinacées, même de toute la classe ailée, pour se rapprocher des habitudes insociables des reptiles.
Les rivières, surtout celle de Goa, sont peuplées de Crocodiles de l'espèce biporcalus, également indigène aux parages des îles de la Soende : plusieurs espèces
de serpents et quelques lézards sont différentes, quoique à tout prendre, l'Erpéthologie n'offre aucune forme nouvelle digne de fixer spécialement l'attention, du moins à en juger par le rayon fort circonscrit parcouru par nos naturalistes.
Les mers, dans les parages de cette ile, fournissent à la consommation une infinité d'espèces de poissons, très-variés par les formes; ce qui fait que les marchés de Makassar sont pourvus de plus de trois cents espèces qu'on peut se procurer journellement, et qui, séchées sous des hangards de bambou , servent de nourriture principale aux habitants, ainsi que d'objet de trafic avec les autres insulaires, dont les côtes sont moins poissonneuses. L'on y trouve aussi ce grand nombre de Mollusques qui servant d'aliment, occupent une population nombreuse à la pèche du tripang, et donnent lieu au commerce très-lucratif qu'on fait de cette denrée. Dans ces mers se trouvent plusieurs espèces de Crustacés et de Mollusques à coquille, fort recherchées par les amateurs de curiosités, et parmi lesquels on énumère an grand nombre d'espèces inédites. Les côtes sont fréquentées de temps en temps par les Dugons (Halkore dugon)y animal marin qu'on supposait fabuleux, sur le compte duquel les navigateurs se sont plu à débiter jadis ces contes fantastiques sur les syrènes, mais dont le genre de vie, ainsi que les formes naturelles, sont parfaitement connus aujourd'hui. Le nom malais du dugon est Parantpoean-lawut; il est aussi connu des insulaires sous le nom de Doejong; sa chair est blanche, tendre et
savoureuse, et le goût est à peu près semblable k celle du veau.
Les eaux, dans ces régions, sont d'une transparence remarquable; lorsque la mer est calme et unie,, on distingue facilement, même à plusieurs brasses de profondeur, les champs magnifiques de Zoophytes qui étalent leurs différentes formes si belles et si variées, et présentent ces parterres sous-marins émaillés des couleurs les plus fraiches et les plus vives. A mesure que les branches de zoophytes se développent, elles changent de couleur, ce qui fait qu'elles offrent celte variété de nuances du rouge vif au rose tendre^ passant au violet, puis étalant ça et là des teintes éclatantes, de vert brillant, de bleu azur, ou de blanc pur, et dont les groupes divers forment, au fond de la mer, un tapis d'une richesse sans égale. Sur ces masses de corail vivent des Echinodermes des genres Astérie et Ophiure , non moins éclatantes par leurs belles couleurs. Sur des bancs voisins, moins couverts de coraux et plus rapprochés de terre, se propagent toutes ces différentes espèces d^HoloturieSy dont la penche attire sur ces côtes des flotilles de grandes et de petites embarcations, montées par des milliers d'indigènes, et par cette race de pécheurs déterminés, les Orang-badjOj dont l'occupation incessante (comme nous l'avons fait remarquer dans le chapitre précédent), consiste dans la capture du Tripang, holothih ria ananas y (Bêche de mer), et dans la préparation de ce comestible, dont les Chinois font une ample consommation : cette pêche forme une des principales braur-
ches du commerce d'exportation de ces parties de la Malaisie. La pèche de la tortue caret, testtido imbricatUy à laquelle s'adonne aussi leur industrie, fournit également de nombreux moyens d'existence à cette race de marins. Les belles tables moirées, au nombre de treize, que fournitr chaque carapace de cette tortue, forment un article très-important d'exportation pour les marchés de la Chine: la valeur de cet article dépend en grande partie du goût capricieux des Chinois, et selon que ces tablettes d'écaillé sont nuancées ou tachetées, plus ou moins épaisses ou plus ou moins grandes.
Le phénomène de la blancheur lactée des eaux de la mer, dans certaines localités et à certaines époques de l'année, me semble devoir être attribuée, soit à la présence d'une affluence immense de très-petits mollusques microscopiques, dont la mer se trouve couverte jusqu'à une certaine profondeur, soit qu'elle emprunte cette blancheur de la décomposition des matières visqueuses et animales de cette prodigieuse et vraiment étonnante quantité de tripang et de caret y dont les entrailles sont rejetées à la mer par les flotilles de pêcheurs Orang-badjOj qui préparent et dépouillent journellement des milliers de ces animaux, que l'on sait être pourvus de viscères très-volumineux et de facile décomposition. C'est aussi assez habituellement dans l'espace de temps consacrée à la pêche la plus active des holothuries, que la mer se trouve colorée de cetjte manière, et cette époque coincide avec la mousson régnante qui fait refluer les eaux dans les
détroits. Peut-être doit on attribuer cette blancheur de la mer à la réunion des deux causes que je viens de signaler; au moins est-il sur, que Peau puisée dans ces localités par quelques navigateurs, curieux d'approfondir ce phénomène, n'a offert à l'oeil nu aucun indice de la présence d'animalcules marins, ni rien qui puisse faire soupçonner l'existence d'une décomposition animale; quoique le sillage du vaisseau à travers ces mers lactées, leur ait fourni les indications les plus probables, qu'elles empruntaient cette couleur à l'existence d'un dépôt ou d'un résidu animal quelconque, sans la présence desquels, il eut été impossible d'expliquer la phosphorescence très-remarquable qu'on observe dans ces parages. Nous invitons conséquemment les navigateurs et les naturalistes qui visiteront de nouveau cette partie des mers des Moluques, à soumettre l'eau qu'ils puiseront à un examen plus sévère, à l'aide du microscope et par la certitude du résultat qu'on peut attendre de son analyse chimique.
Mr. Muller, dans la traversée qu'il ûi d'Amboine à la Nouvelle-Guinée, rend compte de cette blancheur de la mer dans quelques détroits; il observe que la teinte lactée des eaux est surtout très-forte dans les parages où se fait la principale pèche du tripang, et que c'est dans la dernière moitié de la mousson d'Ouest et à l'époque du renversement subséquent des moussons, ou entre les mois de Janvier et de Mai, que cette blancheur de la mer est remarquable.
L'intérieur de Célèbes présente un très-vaste champ aux recherches dans les trois règnes de la nature.
l'Homme entreprenant, doué des talents nécessaires qui tenterait de pénétrer dans les parties montueuses, y ferait sans-doute des découvertes importantes; puisque, à juger par les excursions faites dans quelques districts, tels qu'à Menado, Gorontalo et Kema, cette ile promet à l'observateur de la nature une moisson fort riche en objets nouveaux. Les parties de cette ile à compter de l'équateur jusques au quatrième degré de latitude Sud, n'ont point été explorées.
GROUPE GEOGRAPHIQUE
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HALMAHERA^