‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 10 sur 16 · PANG, PAR FEU LE MAJOR G. MÛLLER · texte numérisé non relu

PANG, PAR FEU LE MAJOR G. MÛLLER

EXTRAIT d'un RAPPORT DE M*. GRENOVIUS.

Le royaume de Mataa a été cennu des premiers Européens qui abordèrent à Bornéo en 1520. Succadana, l'un des chefis-lieux de Matan , s'était acquis une certaine célébrité par la prospérité de son commerce, et delà Tient que la province actuelle de Matan était connue sous le nom de Succadana. Elle occupait une grande partie de la côte occidentale de Bornéo, car elle comprenait aussi les districts de Koeboe, Mampawa, Simpang, Lebai et Succadana, auxquels vinrent s'annexer par la suite les îles de Karimata.

Ce royaume était borné au sud et à l'est par la mer;, au nord par les rivières de Poengoh , Olah-olah , les Kapoeas, la célèbre Mendauw et la fabuleuse Lebai; au Nord et au Nord-est par les montagnes de Menjorah et de Sekadouw ; à l'Est et au Sud-est par les territoires des Dajaks libres ainsi que par les Dajaks de Banjermasing et de Kotaringin: toutes ces terres occupaient en totalité une superficie de mille milles D.

A l'époque actuelle 1825, on peut assurer que 1er

royaume de Matan ne s'étend p^int aa delà des (NX et 2o33' de latitude sud, et des 119oS2' et llloSO'de longitude est du méridien de Greenwich. U est limité au Nord-est par les montagnes de Palongan , Bfaham et Sekadouw^ à TEst, jusqu'à 20 milles d'Allemagne daos l'intérieur, par les terres des Dajaks libres, et par celles des Dajaks que le sultan de Banjermasing oomfie au nombre de ses sujets; au Sud-est par le pays de Kotaringin; au Sud et à l'Ouest par la mer. Il n'i plus guère actuellement en superficie que 660 milles CL

Les lies de Karimata qui depuis des siècles jouissent d'une si grande célébrité parmi tous les habitants de Bornéo, font partie du royaume de Matan à l'ouest doquel elles sont situées. Il y a 60 ans à peine qu'elles étaient encore fort peuplées, et elles étaient alors regardées comme des iles fortunées. Bféme dans leur état actuel de décadence, elles excitent encore l'enyie des naturels du pays et l'admiration des étrangers.

Les principales rivières de Matan sont: le Succada* na, le Melingsan, le Sidoh, la Poetri, le Djamborakan, le Blandongan, le Pasir-tjina, l'Awang, le Bakau, le Karbouw et le Katapan, (ces deux dernières formant deux branches du Gajong, ordinairement appelé le Matan); l'Ambang, le Segah, le Petong, le Siri, le Sagoen, le Tandjar, le Gajong-lawut , le Bako, le Bendawal , le Kendawangan , le Pangingan , le Simbar (ou Sambar), le Molekh, l'Ajer-itam et le Djelaj. Toutes ces rivières sont navigables, et vont se jeter dans la mer dans la direction de l'ouest et du sud-ouest. Quelques unes prennent leur source dans les hautes montagnes

qui s'élèvent dans le nord et dans l'intérieur de Ma* tan sur les frontières de Sekadouw; une ramiQcation principale de ces montagnes y c'est-à-dire la chaîne des monts Palongan, s'étend jusqu'aux plages de la côte occidentale où elle se termine par les sommets du Boegit-Laut, du Poengalon, du Palirangan, du Succadana^ du Datoe et du Melingsan.

Les formes de la côte sont déterminées par les caps de Melîngtang près de Boekit Lawut, Rawang, Malam^ Blohoh, Telaja, Toedjoe, Datoe-melingsan , Bolei, Boeti, Tandjong Pada-goenong, Awang, Karbouw^ Bri-boeroe, Simbar et Boetin.

Il paraîtrait qu'autrefois un bras de mer séparait de la terre-ferme la partie de la contrée qui est actuellement arrosée par le Kapoeas^ le Melawi et l'Aroet^ et que cette dernière formait une ile dont les points culminants étaient les monts élevés de Malan, Menjorah, Mengalat et Lebai, lesquels donnaient naissance aux rivières de Sekadouw, Meliauw, Lebai, Simpang et Matan (Gajong). Nous trouverions au besoin la preuve de ce fait dans la présence des lacs, qui existent dans les hautes terres de Kotaringin. La série des montagnes ainsi que leur enchaînement cessent tout à fait entre Sekadouw et Sintang.

Cette province jouit d'un climat tempéré; l'air y est raffraichi par les vents de mer, par le voisinage des hautes montagnes qui s'élèvent dans l'intérieur, et en* fin pas les courants atmosphériques qu'entretiennent un si grand nombre de rivières. — Le climat est favora* ble à la végétation d'un grand nombre de plantes, et

il n'est point insalubre pour les indigènes , panni les* quels il s'en trouve un assez grand nombre qui atteignent à un âge fort ayancé. Dans la province de Hatan y la succession des saisons , la nature du sol , la culture et les productions sont absolument les mêmes que dans celle de Simpang.

Ce pays renferme peu d'animaux carnassiers. Le chattigre et l'ours de petite taille paraissent être les seuls de cette classe qui l'habitent, bien que quelques personnes prétendent qu'il se trouve également des tigres dans les hautes montagnes: mais jusqu'à présent rien n'est venu justiQer leur assertion, chose d'autant plus remarquable que ces animaux existent en grand nombre dans toutes les grandes iles environnantes ainsi que sur le continent indien, mais non point à Bornéo.

Le pays ne compte qu'un petit nombre d'animaux domestiques, et à l'exception de quelques bêtes à cornes des chèvres et des poules, le reste ne mérite aucune mention.

La mer fournit en abondance, le long de la cote, du poisson et de l'algue, et au mois d'Août et de Septembre il se prend à l'embouchure des rivières une espèce de poisson qui, pour la forme et le goût, se rapproche beaucoup de notre saumon.

C'est dans les cavernes des montagnes et des rochers de la province deMatan,que se trouvent les nids de Salangane les plus blancs de tous ceux que produisent les contrées indiennes, après ceux que l'on recueille à Bornéopropre ; quelques personnes même les préfèrent à ces derniers. Ce sont principalement les Dajaks qui se livrent à

la recherche de ces nids, et ils les vendent à bas prix aux Pangerans et à d'autres chefs y qui le plus souvent n'en rendent que 50 à 60 kati (de If®) au Sultan. Celui-ci estime qu'annuellement il sort en fraude au moins 5 pikol de ces nids de la première qualité et il pense que l'on en récolterait inûniment plus, si l'on voulait s'en donner la peine. Le kati de cette espèce se paie à fifatan même 30 ou 40 piastres, et ce produit, transporté à Sambas et à Pontianak se vend aux jonques chinoises sur le pied de 70 à 85 piastres.

Autrefois, et même encore en 1789, les jonques chinoises entraient dans la rivière de Katapan. Les marchandises qu'elles apportent dans le pays sont fort recherchées, et quelques unes même sont devenues des objets de première nécessité, tels que le thé, la porcelaine commune , les tasses et les assiettes , les vases à l'eau et beaucoup d'autres ustensiles de ménage qui se vendent même en très-grande partie aux Dajaks de l'intérieur.

Au nombre des articles de commerce les plus demandés, nous citerons en outre: le bois de garoe^ le rotlin à lier, le fer, l'écaillé, le tripang et beaucoup d'espèces différentes de racines et d'écorces propres à la médecine. De petits navires, au nombre de 12 à 16, se rendent annuellement à Riouw, Singapore, Tringano , etc. Un prahoe de 12 lasts peut charger et transporter par mer 8,000 bottes de rot tin. Les 100 bottes, chacune de 50 cannes, s'achètent à Matan pour 8 réales (1), et se vendent à Singapore de 18 à 20 réaies.

(1) Le rëal vaut 4 francs 25 centimes.

Le pays paraît fort riche en métaux; mais jusqu'à présent l'on n'a tiré aucun parti des gisements de métaux précieux.

Il n'existe qu'un petit nombre de mines de diamants, et la plupart du temps c'est plutôt au hasard que l'on doit la découverte des diamants, qu'à l'expldtation régulière des mines. L'on dit que deux pierres d'un poids et d'une valeur considérable se trouvent en la possession du prince de Matan, et que depuis des siècles ces deux diamants se transmettent dans sa fitmille de père en fils; Segima est le nom de la plus grande de deux pierres; la plus petite a reçu celui de Danoe Radja. L'on raconte qu'un Dajak, nommé Sipak y a trouvé le premier en péchant dans un ruisseau marécageux. Ravi de joie, il s'empressa d'aller trouver son prince , le Panembahan Gieri Koesoema , souverain de Songi et de Succadana, et lui offrit cette pierre, ne lui demandant pour toute récompense que d'être reçu dans son intimité. Le prince lui fit toutes sortes de présents et crut par là l'avoir satisfait; mais Sipak lui rendit tout ce qu'il en avait reçu, remercia le prince et insista de nouveau sur ce qu'il lui acco^ dât sa demande. Gieri Koesoema, que cette prétention embarassait, mais qui cependant la trouvait apparemment justifiée par l'immense valeur du présent qu'il avait reçu, finit enfin par tendre la main à Sipak, et dès ce moment l'abject Dajak partagea la de* meure et la table du Panembahan, le premier des princes de la côte qui eût embrassé la religion de Mahomet: et l'on vit ainsi l'impure main qui s'était de-

puis si longtemps souillée en mangeant de la chair de porc 9 puiser au même plat de riz que le Qdèle sectateur du prophète, sans que Koesoema s'en inquiétât d'ayantage que ne le feroit actuellement un pieux Imam, si un malheureux hasard le mettait en rapport avec une belle et jeune fille de la nation des Dajaks.

D'autres au contraire, prétendent que le Segima fut trouvé dans la province de Landak, et qu'il fut donné en présent par un prince de ce pays a sa fille qui épousait un prince de Succadana. A cette même occasion, le pays de Matan aurait également enlevé ou dérobé le Danoe-Radja à celui de Landak.

L'on dit que le Sultan de Matan porte constamment ces diamants sur lui , et qu'il répand à dessein le bruit qu'ils sont confiés à la garde de sa femme Ratoe Séria, afin d'empêcher qu'il ne soit assassiné, et qu'on ne lui ravisse son trésor: chose qui ne serait point impossible, car on sent qu'il ne peut, comme sa femme, être toujours environné d'une suite nombreuse. Sjerief Kassim, Sultan de Pontianak, avait marié son fils Pangeran Moeda à Oeddin Timah , fille du Sultan de Matan, afin de se ménager l'occasion de se rendre maître de ces deux précieux joyaux. Mais s'étant convaincu qu'il ne réussirait jamais dans son dessein à cet égard, son fils le Pangeran Moeda se sépara de sa femme.

Dans les années 1821 et 1822, le bruit courut cependant que Pangeran Adi Mangkoerat, qui avait épousé la femme répudiée de Pangeran Moeda, était devenu possesseur dn Danoe-Radja , et qu'il consentait à céder la moitié de sa valeur , pourvu qu'on lui aidât à devenir

Sultan de Matan; quant à l^autre moitié ^ il se réservait de l'employer au bien-être des peuples de cette province.

L'ile entière de Bornéo retentit de la célébrité de ces deux pierres, et il y a une douzaine d'années que le Sultan de Matan se rendant à Pontianak, voulut frapper de son kris quelqu'un, qui avait osé exprimer des doutes sur leur valeur. En un mot, le peuple de Matan croit que le salut du Royaume est attaché à la possession de la plus grande de ces deux pierres, de même qu'autrefois les Troyens attachaient la même idée à leur Palladium.

Quant à moi, tout ce qui se raconte à ce sujet me fait croire que l'histoire de ces deux pierres n'est qu'une allégorie, dont par la suite on aura fait un petit roman. Poetri Boenkoe^ fille de Landak et son héritière, aussi distinguée par sa beauté que par son esprit, avait attiré l'attention du Panembahan Koesoema, prince de Songi et de Succadana, qui prétendit à sa main. Ratoe Praboe, qui dans l'origine ne se souciait pas beaacoup de marier l'héritière de Landak à un prince régnant, finit cependant par consentir au mariage, et conduisit sa fille à Songi où il remit la fiancée aux mains de son futur époux, et c'est ainsi que le plus grand et le plus précieux trésor que possédait Landak, passa en la possession de Succadana.

Lorsqu'on Novembre 1822, le Sultan de Matan ac^ compagne de Ratoe Soerja vint rendre visite au Panembahan de Simpang, on me montra deux pierres que l'on offrit même de me vendre. La plus petite arail

1 pouce \ de long sur |. de pouce de diamètre; elle était hexagone et se terminait par le haut en pyramide; du reste, ce n'était qu'un morceau de cristal de roche. La plus grande était tout à fait sphérique, entièrement brute à l'extérieur^ sauf en un seul endroit qui était taillé, et par lequel on apercevait au centre de la pierre une bulle d'air. Cette pierre, qui peut-être n'était autre chose qu'une bille de verre, pouvait peser 3 piastres ou 1440 carats. La somme qu'on me demanda, pour ces deux prétendus diamants était si minime, qu'à peine aurait on pu obtenir pour le même prix un diamant de 6 ou 7 carats.

Les productions du sol , ainsi que les besoins des habitants, sont les mêmes que dans la province de Simpang, si ce n'est qu'elles peuvent être quatre fois plus considérables. La consommation du sel s'élève à la quantité de 80 à 100 kojan; mais si le commerce de cette denrée prenait de l'extension dans le pays des Da^ jaks, qui n'appartient que nominalement à la province de Matan, cela irait bien à 500 kqjan. La consommation de l'opium, qui se fume dans tout l'Archipel indien, ne s'élève actuellement ici qu'à quelques caisses. Les pirates, auxquels il s'en vendait autrefois beaucoup, ne trouvant plus de refuge sur cette côte, il n'y k plus que le Sultan, ainsi que sa famille et quelques habitants aisés, qui puissent faire encore la dépense toujours considérable qu'entraîne son usage.

Il s'en faut de beaucoup que cette province soit peuplée en proportion de son étendue. Mais à l'époque où Succadana florissait, la population devait être beaucoup plus

considérable. Les indigènes habitent pihesqoe tons les abords des rivières navigables.

Gajong est actuellement le chef-lieu de h prorâioe de Bfatan. Autrefois ce lieu n'était qu'un TiUage de Dajaksy fondé par le sultan Gieri Loja et agrandi par son fils Endri Loja qui en fit le siège de ses états. Gajong est situé à 10 ou 12 milles allemands des bmtb de la mer, et sur la rivière de ce nom appellée ordinai* rement Bfatan. Pour plus de clarté, nous lui conserrerons à l'avenir ce dernier nom. Les petits navires ont besoin de 3 à 4 jours pour remonter la rivière depnis son embouchure jusqu'à Gajong, à cause de la force des courants; quant à ceux d'un fort tonnage, ils mettent de 8 à 15 jours pour remonter jusque là.

La rivière de Matan (Gajong), prend sa source daas les hautes montagnes situées entre Sekadouw et Uatan, et en reçoit dans son cours plusieurs autres d'une moiadre importance, entre autres le Gajong, qui se jette dans le Matan au dessus de la ville et qui a donné son nom à la grande rivière elle-même. A trois milles environ avant de se jeter dans la mer, le Matan se difise en deux branches ; celle qui coule au nord s'appelle le Karbouw (buffle), d'après la singulière conformation de la presqu'île située en ce lieu; la branche méridionale, au contraire, porte le nom de Katapan, à cause da grand nombre d'arbres de ce nom qui croissent le long de ses bords.

Gajong se compose des villages ou quartiers suivants:

Sur la rive droite, Gajong hœloe (supérieur), aree 100 habitations formant les villages de Pangrah et Da*

lam y sous Us chefs Matemata Itam et Pangeran Djaga di Laga.

Gajong hielir (inférieur) avec 200 habitations réparties dans les villages de Kowm , Prihaj et Maja , administrés par Pangeran Dein Tjalah, Pangeran Dein et Pangeran Djaga di Laga ainsi que par le Kjai Soedanah.

Sur la rive gauche, le village de Sablang, qui a pour chef le Pangeran Soema Inda.

Gayong peut avoir une population totale de 500 Malais en état de se servir du kris. Cette façon de parler, dont ils se servent eux-mêmes pour se désigner, dénote assez à quel métier ils se livrent. A ce chiffre nous ajouterons 40 Bouguinais, 10 Arabes ou descendants de cette nation, 300 Orang-Boekit ou Anak Soengi, c'est-à-dire des paysans Malais qui se sont mêlés aux Dajaks, et enfin 250 Boedakh ou esclaves répandus parmi les habitants, ce qui forme pour la population de Gajong un total de 1100 hommes en état de porter les armes ou propres au travail.

Parmi les habitants de Gajong il s'en trouve un grand nombre qui sont alliés à la famille régnante. Plusieurs ont reçu, soit pour leur entretien, soit à titre de fiefs, des terres situées dans le pays des Dajaks, ce qui les met en état, lorsqu'ils se donnent quelque peine, de vivre dans une assez grande aisance. Mais l'usage immodéré de l'opium, toujours d'un prix fort élevé, l'entretien d'un grand nombre de femmes et d'une nombreuse famille, mais surtout leur indolence, sont autant de causes qui rendent leur existence assez misérable. n en est fort peu à qui le commerce avec les Dajaks

ainsi que Texportation à Tétranger des prsductioas do sol, produisent quelque avantage.

Durant la mousson d'été, une partie de cette p(^lation prend part annuellement aux expéditions des pirates, ou sert comme matelots à bord des navires appartenant aux gens les plus aisés: un nombre de 12 à 16 prahoey transportaient autrefois les productions da pays à Malacca, Riouw, Palembang et Tringano, et se rendent actuellement presque tous à Singapore. Chaque matelot a le droit d'embarquer pour son compte une petite quantité de marchandises; mais durant tout le voyage il ne reçoit du propriétaire du navire ni gages ni nourriture; pendant tout le temps qu'ils sont tu pays étranger pour les affaires de leur commerce, ils travaillent à la journée, ou tressent des nattes, des sacs et autres objets du même genre. De cette manière un matelot qui n'a emporté avec lui que pour 6 ou 8 florins de marchandises, revient souvent avec un gain de 15 à 20 florins. Mais lorsqu'ils s'embarquent, c'est plus spécialement avec l'espoir que dans le cours do voyage ils pourront s'emparer de quelque navire étranger, ce qui leur rapporte des bénéflces bien autrement importants. En retournant chez eux, ils font également quelque traflc de contrebande avec les Dajaks; ils prennent en retour, pour leur propre consommation, autant de riz qu'il leur en faut pour leur entrelien pendant la mousson pluvieuse.

Une autre partie de la population de Gajong et de Bengadong, parcourt dans de légères embarcations on sampang les petites îles situées le long de la côte vers

l'embouchure du Mataa, et recueille de la cire, du miel, des nids comestibles, du bois de garocj du tripançy de Pagar-agar ou algue marine, des tortues ainsi que leurs oeufs etc. Dans les mauvais temps, ils se réfugient derrière quelque îlot ou tirent leurs embarcations sur la plage. Pendant leur séjour forcé à terre, ils fabriquent avec des graminées du pays, du rottin ou du bois, toutes sortes d'ustensiles de ménage, et font des voiles, des cordages, des planches, des mâtures et des courbes pour leurs navires. En même temps ils guettent les navires qui fréquentent ces parages, et souvent ils sont plus dangereux encore que les autres pirates.

Le katnpong Katapan est situé à un mille d'Allemagne en amont de l'embouchure de la rivière de ce nom. Sa population se compose d'une soixantaine de Bouginais, mais qui, ayant leurs femmes et leurs enfants dans d'autres pays, n'ont point ici d'établissements fixes; de 40 malais habitant le village même, et de 100 Malais et Orang Boekit cultivant les rizières de Bengadong ; il s'y trouve de plus 2 Arabes , 80 esclaves travaillant aux rizières, ainsi qu'une douzaine de Chinois: en tout 294 hommes en état de porter les armes. Le village, qui ne consiste qu'en deux quartiers, a pour chef le Pangeran Dein Tjelah, sous lequel administre Anachoda Kadar qui fonda ce village en 1816.

L'embouchure du Katapan et l'îlot voisin de Tandjong Brie, sont assez souvent fréquentés par un grand nombre de pirates de la tribu deslllanuns, espèces de bohémiens sans cesse errants sur mer. Ils construisent

à leur manière sur la plage des Irattes de kafjms él d^atapy quMls emportent arec en! lorsqu'ils se rembir^ quent, pour aller passagèrement s'établir ailleurs.

Kendawangan appartient à titre de patrimcnne k Ptt* geran Tjakra. Le haut de la riiière ainsi que les ter res de l'intérieur sont habités par un grand nombre de Dajaks. Autrefois, quelques Bfalais s'étaient étaUis a l'embouchure de la rivière; mais depuis , ce lieu n'a j^os servi que de refuge à des pirates qui se mettent en ma arec 8 ou 9 bâtiments. Pendant qu'ils font la course, leurs femmes et leurs enfants, ainsi que les vieillards et les esclaves, restent sur la rivière dans de petites em* barcations. L'une des plus grands prahœ reste en croisière devant l'embouchure de la rivière pour signaler les dangers, et pour les recevoir au besoin; trois ou quatre de ces femmes ainsi restées à terre, habitent ensemble une de ces petites embarcations avec leurs enfants et un vieil esclave. Elles vivent du produit de leur propre pé* che, des feuilles que leur fournissent certains arbres du rivage, et d'un peu de riz que leur ont laissé leurs maris. Leurs enfants proviennent pour ainsi dire de la mer, et beaucoup d'entre eux ont vécu des années sans avoir mis le pied sur le rivage. Us grandissent au mi* lieu des scènes de la piraterie, jusqu'à ce qu'enfin h piraterie devienne leur métier habituel. Si l'on vent compter ces bohémiens de la mer parmi les habitants de Kendawangan, leur nombre s'élèvera à 2 ou 300.

Les principaux chefs des pirates de Kendawangan sont: Oewan Ismaîl, marié à la 611e de Ringom, Badin à Karimala, Panglima Mati, P. Sapala, P. Tengan et

Anachoda Rogan. Tous ces pirates sont pauvres et possèdent tout au plus de quoi vivre. Au commencement de la mousson pluvieuse, ils retournent à Kendawangan et Bengadong, après leur campagne. Nous vîmes en ce der* nier lieu des bâtiments ainsi que des indigènes de plusieurs provinces de Bornéo, de Riouw, Lingga, Bilitoen^ Bangka, ainsi que de la côte orientale de Sumatra. Ceux de Bornéo-propre nous ont cependant paru les plus puissants: leurs navires qui portent de 80 à 9(ykojanj ont un nombreux équipage et sont bien armés. Comme, pendant leurs courses, ils font quelque commerce et sont munis de passeports de leurs princes ou chefs, il sera diflScile de réprimer les actes de piraterie auxquels ils se livrent, aussi longtemps que nous n'aurons point établi d'une façon plus signiGcative notre pouvoir à Bornéo-propre.

Aux. environs de Gajong, c'est à dire à deux ou trois journées de voyage plus loin, demeurent environ 1000 Orang Boekit ou paysans malais entremêlés avec les Dajaks.

Les Dajaks ou habitants originaires de la contrée peuvent se diviser en deux classes. Ceux qui ne sont point immédiatement assujettis au prince de Matan, et sur lesquels celui-ci règne plutôt de nom que de fait, forment un total d'environ 30 ou 35,000 âmes. Ils ne payent aucun tribut, et ne rapportent quelque avantage direct au prince et aux grands que par le peu de commerce qui se fait avec eux; aussi ne comptent-ils que pour mémoire. Les autres Dajaks qui reconnaissent l'autorité du Sultan et lui payent tribut, s'élèvent au chiffre de 10 ou 12,000 hommes en état de porter les ar-

mes. Ils habitent pour h plupart les bmrds des riviMs GHlessiis nommées et qui tontes sont narigaUes^ depuis le Helingsan jusqpi'au Soengi Djelaj, h dernîiie des riyières habitées le long de la cAte méridimak. Os «ultirent le riz sur les montagnes et quelquefins auni dans les plaines sèches pour leur entrelien et celui de leurs familles 9 mais en trop petite quantité pour satis- &ire Tayidité et la friponnerie des Malais. Le prince et ses grands leur extorquent d'abord la moitié de leur récolte , tandis que les Malais de la basse classe leur en enlèyent encore une partie en les trompant dans le commote qu'ils font avec eux, de manière que le plus sou?ent ces pauvres gens sont réduits pour leur subsistance, pendant des mois entiers, aux légumes de leurs jardins^ aux racines, aux feuilles et à l'écorce des arbres.

Les Dajaks habitant le bord des petites rivières qui se rendent directement à la mer, vivent d'ordinaire disséminés, et forment de petites agglomérations de 30 à 40 individus au plus. Ceux au contraire que l'on trouve dans l'intérieur des terres, habitent de grandes cases oblongues qui réunissent 70 ou 80 familles. Ces habitations, construites sur des poteaux de bois de fer, s'élèvent de 2 à 4 brasses au dessus du soL de façon qu'elles se défendent facilement contre un coup de main. Aussi les habitants de ces demeures n'ont-ils guère de peine à se soustraire aux avanfes des princes et des chefs malais, qui n'osent rien entreprendre à une si grande distance de leur résidence habituelle. Cependant, lorsque l'un de ces Dajaks, trompé par l'oubli apparent dans lequel on le laisse, ou se persuadant qu'on lui

a pardonné 9 $è hasarde à descendre dans les terres, basses, il est bientôt enlevé , condamné au payement d'une forte amende ou maltraité de toute autre façon ^ par suite de quoi il se voit obligé d'émigrer et de s'enfoncer encore de plus en plus dans l'intérieur de la contrée.

Dans le haut de la rivière de Matan et le long des petits cours d'eau qu'elle reçoit, habitent:

300 Dajaks, sur le Matan même, 150 » » la rivière de Kineabar, 300 » D D » D Bengaras, 30 Dajaks et 90 Orang Boekit sur le Samandang, appartenant au?

Pangeran Âria, 60 Dajaks et 80 Orang Boekit sur la Djeka, appartenant au Pan^-

geran Dein Tjelah, 20 dans le village de Laya, 50 Dajaks et 30 Orang Boekit, sur la rivière Blan-

gahan, appartenant au Pangeran Tjakra, 30 Orang Boekit, 10 Chinois et 50 Dajaks sur le Batoe Besi, appartenant aux Pangerans Tjakra et Âdi Mangkoerat.

50 Orang Boekit et 50 Dajaks sur la rivière de Katoengau (Katoengan?) à cinq milles de la mer^ en tout 1280 âmes.

Dans l'intérieur ainsi qu'à l'Est et au Sud-Est de la rivière de Matan, demeurent 1500 Dajaks. Le long des rivières qui se jettent dans la mer au nord du Matan y nous trouvons:

2000 Dajaks sur le Soengi Sidoh, égafeinmt appelé le Doelah Sidoh. Aatrefois l'embouchure de cette rivière était habitée par des Malais gouyemés par Demang Mahos Kasip. A trois journées de voyage, en s'ayançant de la mer yers les terres de l'intérieur, on rencontre les premiers Dajaks. Ils fondent et forgent en barres une assez grande quantité de fer qui se yend a Pontianak et dans d'autres pays.

60 Dajaks, sur la rivière de Poe tri.

j» Tjamborakan,

» Blandongan,

» Pasir-tjina,

» Awang,

» Bakau.

Total 2280.

Au Sud de la rivière de Matan habitent:

80 Dajaks, sur la rivière d'Ambang, 70 » » » » deSegah,

» Petong,

» Siri,

» Sagoen,

» Tandjar,

» Gajong-Lawul,

» Bako,

» BendawaI,

reporter

Report S46

800 Dajaks, sur la rivière de Kendawanga%

)> » PangiDgan, » » Simbar, » » Moli, » » Âjer-itam. (Le nom que l'on a donné a cette rivière lui vient de la quantité de fer qui se trouve sur des bords et que l'on y travaille. Ce district appartient au Pangeran Adi Mangkoerat).

2000 Sur la rivière de Djelaj. C'est dans ce lieu que se trouvent rassemblés le plus grand nombre de Dajaks, habitant ensemble. Ils vivent surtout du produit de la récolte des nids de Salangane, ainsi que de la fabrication du fer qui s'exporte sous le nom d'acier de Matan, vers les districts du Nord-ouest de Bornéo et en particulier vers Pontianak.

tal . . . 5046.

Dans les montagnes et les terres basses situées à st de Kendawangan et de Djelaj , l'on compte en outre 800 à 1000 Dajaks, de façon que la population toe de cette partie de la province s'élèverait à 11 ou ^000 hommes en état de porter les armes.

Le pays de Matan s'étend depuis Djelaj, et même is à l'Est encore, jusqu'à Tandjong Boetoe (nommé ssi Boetin), qui forme la limite entre Matan et Ko-

taringin; mais cette partie de la proYince est tout-a* fait inhabitée.

De même que les habitants de Simpang, ces Dajaks s'appliquent avec soin à l'agriculture, ainsi qu'à quelques autres branches d'industrie, d'où il suit aussi qu'ils sont plus civilisés que les autres. Ils ne donnent point non plus, comme ces derniers, une préférence exclusive a la couleur rouge pour leurs vêtements. Du reste, aussi longtemps qu'ils dépendront absolument du caprice de leurs princes qui leur imposent arbitrairement des tributs exorbitants, aussi longtemps qu'ils ne pourront pas même librement se rendre à la résidence pour leurs opérations de commerce, mais qu'ils seront contraints d'acheter, a des prix exagérés, tout ce dont ils ont besoin et que leur vendent les cupides pangerans sons l'autorité desquels ils gémissent, toute amélioration dans le sort de ces peuples est à peu près impossible. En résumé, il résulterait de ce que nous avons dit ci-dessus que la population de cette province se composerait de:

840 Malais, 100 Bouginais, 12 Arabes, 22 Chinois, 1,680 OrangBoekit, 12,010 Dajaks, 530 Esclaves, formant un total environ de 15,000 hommes en état de porter les armes, ce qui, avec leurs familles, présenterait un chiffre de 38 ou 40,000 âmes.

Le nombre des Dajaks à peu près indépendants peut aller à 35,000, et en tenant compte en outre des 45,000 individus environ qui composent leurs familles, nous trouvons que ces tribus offrent un total de 80,000 âmes.

Les revenus du Sultan sont fort indéterminés. Ils proviennent de la même source que ceux du souverain de Simpang, et l'éducation qu'a reçue ce prince, comme on peut bien le croire, ne lui permet point de discerner si le mode de leur perception est équitable ou non. Les amendes et les emprunts sont les principaux moy* ens par lesquels il s'enrichit. Lorsque, par exemple, l'un de ses sujets se construit une habitation ou un navire qui dépasse les dimensions ordinaires, le prince lui impose une amende, et lui dit: »I1 faut que vous m'ayez trompé d'une ou d'autre manière, sans quoi vous n'auriez pu construire ce bâtiment ou cette habitation. Mais j'aime mieux vous faire sentir ma clémence que les rigueurs de ma justice, et au lieu d'ordonner une enquête sur la source de vos richesses, je me contenterai de vous faire payer une légère amende (par exemple de 10 à 500 piastres)." S'il s'aperçoit que quelque homme de condition ou quelque chef, qui ne se laisserait pas aussi facilement dépouiller, a fait une opé« ration qui lui a rapporté un certain bénéfice, il lui emprunte autant d'argent qu'il peut lui en arracher. L'on sent bien que cet argent n'est jamais rendu ; le prince attend jusqu'à ce que le préteur puisse être accusé de quelque délit pour le condamner à l'amende. Si celui-ci entend ses affaires et agit judicieusement, il se rend bientôt après coupable de quelque légère contravention, sur

quoi il se roit condamné non seulement à perdre l'argent qu'il a prêté au prince , mais encore à lui UTrer un esclave et une certaine quantité de riz : cela le fiut tout à fait rentrer en grâce auprès du Sultan qui ne tarde point en outre à lui accorder toute sa fiiyeur.

Les Dajaks tributaires sont soumis à des prestations en nature et à des conrées, et fournissent au prince du bois de charpente et de construction, des planches^ des nids comestibles etc. Chaque homme adulte est tenu de lui livrer en outre annuellement un pikol de riz, pour lequel il reçoit du prince un petit morceao de fer nommé serah^ valant un quart de florin, et assez grand pour servir à la fabrication d'une petite hache. Autrefois cet échange de produits était fondé sur une convention réciproque. Mais lorsque les princes devinrent plus puissants, ils contraignirent les Dajaks à acheter d'eux a très-haut prix le fer, le tabac, le sel, etc. dont ils avaient besoin, et comme ces derniers n'avaient point d'argent à leur donner, il fut convenu qu'ils payeraient leurs achats avec du riz. L'on sent que le plus souvent le prince ne borne point ses extorsions à un simple pikol, ce qui fait que beaucoup de Dajaks quittent le pays ou refusent de payer un tribut plus considérable.

Si les revenus se percevaient régulièrement, le Sultan et sa famille, ainsi que les grands de l'état, vivraient dans une grande aisance. Mais ce prince se mêle fort peu de l'administration ainsi que de la perception régulière des impôts ; aussi les grands s'en approprient-ils la plus grande part possible, et le Sultan lui-même voit

l'année en année décroître son revenu, sa considéraion et son pouvoir. Delà vient que plusieurs grands possèdent une fortune propre, plus considérable que :elle dont jouit le prince ; ajoutons qu'ils exercent égaement une grande influence sur les affaires de l'état, le manière qu'assez souvent le Sultan n'ose ou ne peut les punir, attendu qu'il partage d'ordinaire avec eux le fruit de leurs rapines.

Quant au caractère en général des indigènes du pays, il ne se montre point sous un aspect bien favorable. Les Dajaks, voisins de ceux de Banjermasing et des tribus indépendantes, sont constamment en état de mutuelle hostilité, et selon l'ancienne coutume ils font encore des expéditions sur le territoire ennemi , uniquement pour couper des têtes. Le chef sanglant d'un en- Demi est pour un Dajak le plus précieux des trophées, et la jeune fille qu'il a distinguée entre ses compagnes. D'à dès lors plus rien à lui refuser; mais aussi il perdrait l'estime des siens, s'il ne la reconnaissait point pour sa femme légitime.

L'habileté et la prud'hommie d'un Malais au contraire se mesure et s'estime d'après la manière dont il manie le kris. Les hommes de cette nation qui habitent la côte, s'adonnent presque tous à la piraterie et n'ont point de demeure fixe. C'est un mélange de Malais, de Ja« Fanais, de Bouginais et de plusieurs autres peuples, qui tous professent le Mahométisme, et qui dans ce pays s'appellent Malais pour les distinguer de ceux qui se sont alliés aux Dajaks. De même que les Dajaks convertis, ils sont appelés Orang Islam y c'est-à-dire Ma-

liométans ou Islamites. Ces Dajaks, qui habitent kt bords des petites rivières ou le pied des montagnes dans l'intérieur des terres, ont reçu pour cette raison le nom d^Anakh Soengi et d^Orang Boekity c'est-à-dire enfants ou habitants des rivières et des montagnes. Us se liyrent à la culture des terres y et sont d'un caractère plus paisible que les autres habitants de cette contrée. Aussi sont-ils regardés avec quelque mépris par les autres Malais, qui, par une distinction humiliante et comme s'ils n'étaient Mahométans que de nom, ne les appellent jamais que Slam.

Le gouvernement de Matan se trouve entre les mains d'un administrateur en chef, le Panembahan de Simpang, et de deux administrateurs en sous-ordre, Pangeran Djaga di Laga et Pangeran Dein Tjelah. Le Sultan délibère avec le Panembahan et les deux autres administrateurs sur les afiaires d'intérêt majeur, par exemple sur les questions de guerre et de paix, sur les rapports à entretenir avec les princes étrangers, sur les troubles qui s'élèvent de temps à autre dans l'intérieur du pays, et dans d'autres cas analogues. Le sentiment du Panembahan, homme d'un esprit naturel remarquable et d'un excellent jugement, et qui en même temps a beaucoup d'empire sur le Sultan, fait presque toujours loi.

Les autres affaires sont traitées par les deux Pangerans. Djaga di Laga, qui appartient à la famille souveraine, est à proprement parler le premier personnage à Matan après le Sultan. En même temps il est gouverneur de la résidence de Gajong; mais il se contente

da titre et laisse l'autorité au Paugeran Dein Tjelah^ rasé Bouginais et arrière-petit-fils de Dein Merewa; celui-ci était le frère d'armes de Dein Menganbong, et tous deux ont remis sur le trône le Sultan Sajid oed-Din qui en avait été dépossédé. Dein Tjelah est le seul homme, après le Panembahan de Simpang, qui possède la confiance du Sultan et qui administre les affaires intérieures de l'état. Quoique plusieurs autres Pangerans soient d'un rang supérieur au sien, il a su jusqu'à présent se maintenir avec succès dans son poste.

Si l'administration civile est fort irrégulière dans les autres états de Bornéo ainsi qu'à Matan, l'administra* tion de la justice n'y est pas moins défectueuse et arbitraire. L'homme de basse condition ainsi que le pauvre y subissent les plus sévères punitions et^y sont souvent réduits en servitude: le riche au contraire ainsi que l'homme puissant se rachètent de tous les délitSy et même du fratricide, au moyen de l'argent. Pangeran Dein prononce dans toutes les affaires qui intéressent les habitants des résidences de Gajong et de Bengadong. A la vérité, les hommes de rang essaient assez souvent de résister au pouvoir qu'il s'arroge; mais le rusé Dein a un art merveilleux pour s'assujettir par ses artifices même jusqu'aux principaux Pangerans. Quant aux affaires minimes, elles sont décidées par les chefs des villages.

Les Orang Boekit et les Dajaks sont gouvernés par les membres de la famille régnante- on par d'autres chefs qui les ont reçus comme apanages ou à titre de

Il n'existe point un code de lois invariables et précises. S'il s'agit de prononcer à l'égard d'un homme de considération, plusieurs chefs s'assemblent et siègent comme conseillers; mais celui qui préside le cou* seil , après avoir recueilli les avis et les avoir loués et approuvés, ne fait au bout du compte que ce qu'il lui plait, et si quelquefois il arrive qu'il ne puisse^ sans une apparence d'injustice, donner suite sur le champ à ses desseins, il finit toujours (comme cela se pratique du reste aussi ailleurs) par atteindre son but en remettant à d'aulres temps la décision de la cause, sous prétexte qu'il n'est pas suffisamment éclairé. Dans les affaires qui intéressent la religion, l'iman a le droit d'imposer des peines disciplinaires et des amendes.

Le prince régnant actuel est Mohammed Djamal oed- Din, auquel son père Endra Laja a dû abandonner le gouvernement en 1790. Le prince de Ma tan s'intitule Sultan d'Erak Ma tan (de tout le pays de Ma tan, sans ^utre fixation de limites). Lorsqu'il parait en public ou qu'il donne audience, l'on porte devant lui, comme signe de l'indépendance de son pouvoir, un sabre nud et une demi-pique ayant quelque chose de la forme d'un sceptre. Lorsque ses sujets lui adressent la parole, ils lui donnent le titre d^Enkée au lieu de ToewankoCy et ils ne s'approchent de lui qu'en rampant sur les mains et les genoux, après quoi ils vont s'asseoir à quelque distance de sa personne, les jambes croisées sous le corps, les mains jointes au dessus de la tête: aussi souvent qu'ils donnent ou reçoivent une réponse, ils courbent la tête jusqu'à terre.

Sultan Djamal oed-Din est âgé de près de 60 ans^ maigre de petite stature et d'un extérieur usé, ce à quoi auront sans doute contribué les excès de femmes et d'opium, ainsi que les dérèglements de tous genres auxquels il s'est lin*é. Au premier abord sa physionomie n'a rien d'avenant. Ses longs cheveux noirs lui pendent souvent en désordre sur le visage et les épaules, de même que nous le voyons chez les chefs des Dajaks, qui cherchent de cette manière à se donner un air plus terrible, lorsqu'ils vont en course pour couper des têtes. Sa mise au contraire est soignée et presque toujours même d'un grand prix. Il a la tête quelquefois découverte, et assez souvent coiffée d'un mouchoir brodé d'or. Une veste d'indienne d'une grande finesse ou d'une étoffe d'or ou de soie, qui lui descend jusqu'au dessous des hanches, un long caleçon brodé d'or, un salendang de Palembang, broché du même métal et valant de 100 à 150 piastres ou bien un surtout des plus fines étoffes de Bougui ou de Macassar, enfin un kris orné de diamants dans un fourreau de sœwassa ou or de bas alois, complètent son costume. D'ordinaire il porte à la main son kris recouvert d'un mouchoir de prix. Assez souvent aussi il s'enveloppe d'un manteau de couleur rouge, s'attache un grand shawl autour de la tête et porte des pantoufles à la manière arabe.

Le Sultan ne manque point d'un certain esprit naturel, et il sait parler de différents sujets qui supposent chez lui des connaissances acquises. Il s'entretient volontiers de ses ancêtres ou d'expéditions guerrières tant

isur mer que sur terre. Dans ces occasions , il gesticule beaucoup des pieds et des mains, tire son krisj et &• nit par s'exalter tellement, que plusieurs fois ceux qui se trouvaient ie plus rapprochés de lui ont perdu la vie, et que le Panembahan de Simpang a du intervenir pour prévenir de plus grands malheurs: triste effet du trop fréquent usage de l'opium auquel il se livre sans réserve ainsi que toute sa famille. Du reste, il se lève avec le jour, et à toute heure il donne audience. Il ne dédaigne point les travaux manuels, et à ses heures de délassement, il s'occupe quelquefois de la construction d'une embarcation ou d'une case.

Lorsqu'il donne audience aux grands de ses états ou à d'autres de ses sujets, il ôte sa veste, s'assied sur une natte et fume de l'opium en les écoutant. Les officiers qui portent son sabre et sa pique, comme signes de sa puissance, se tiennent à proximité de sa personne. Cependant lorsque, dans de pareilles occasions, il juge de sa politique de faire une impression favorable sur ceux qui assistent à ses audiences, il sait très-bien prendre des manières pleines de dignité, et alors il inspire à ses auditeurs une telle confiance, que ses paroles font bientôt oublier tout ce qu'il y a de sombre dans les traits de son visage.

Il a deux femmes légitimes, qui toutes deux portent le titre de Ratoe Sultan di dalam Negriy c'est-à-dire Reine dans le pays. Les princesses régnantes au contraire prennent le titre de Ratoe di atas Negri on Erak^ Reine du pays. Comme ces deux princesses ont le rang de Ratoe Sultan et sont entretenues confo^

mément à leur titre, les sujets du Sultan lui donnent de grands élevés; ils le vantent comme un bon prince , et disent de lui : Sultan ada bajikh , dia pqara doea bini seperti Ratoe^ c'est-à-dire, le Sultan est un excellent homme; il entretient deux épouses selon leu^ rang. La première femme est Oeddin Apam, fille de Goesti Bandar de Riouw, l'autre Oeddin Soerja, sœur du Panembahan de Simpang. Outre ses deux femmes, il en entretient encore, dans son Dalamj un assez bon nombre d'autres qui sont de basse extraction. Du res* te, une preuve que les Sultans ne sont pas toujours très-réservés dans leur choix , c'est la faveur dont jouit en ce moment Njai Solima, concubine préférée du Sultan de Simpang, et qui n'est que la femme répudiée d'Anachoda Atjah, chef de pirates de Bornéo-propre actuellement résidant à Gajong.

Le Sultan n'a point eu d'enfiints mâles de ses deux femmes légitimes. Mais le nombre de ceux qu'il a eu de ses concubines est par contre fort considérable: cependant il ne lui en reste plus que sept, dont Pangeran Moeda (ci-devant nommé Goesti Moeda) est le plus âgé. Outre ses femmes, ses enfants, ses serviteurs et ses esclaves, il entretient dans son Dalam plus de 70 personnes.

Les principaux membres de la famille régnante et les personnages qui lui sont alliés par le sang, sont: Pangeran Djaga di Laga et Pangeran Aria, tous deux égaux en richesse et en considération, et Raden Marta Bjaga , fils d'une esclave et du Sultan Endra Laja ; Pangeran Tjakra, fils de Pangeran Mangkoerat Soema

Inda, et Pangeran Adi Mangkoerat, fils du Sultan Endri Laja; Pangeran Soema Inda, tils de Raden Musthafa, frère consanguin du Panenibahan de Simpang et marié à la sœur du Sultan Mohammed Djamal oed-Din; Pangeran Dein, qui a épousé une sœur utérine du Sultan Djamal oed-Din, et qui est 61s de Dein Merewa, mort à Mampawa en 1812.

Les habitations des chefs, aussi bien* que celles des gens du peuple, sont très-simplement construites de feuilles de katjang et d^atapy appliquées sur un bâtis en charpente, et reposent sur des poteaux à 8 ou 10 pieds au dessus du sol.

Le Dalam ou demeure du Sultan est situé sur la rive gauche de la rivière, entre les deux quartiers de Pangrah et de Kawam. Derrière ceux-ci passe un canal qui conduit de la petite rivière de Lawang Akong au Dalam y de façon que ceux qui Thabilent peuvent à volonté s'y rendre ou en sortir en bateau. Le Dalam lui-même est construit sur des poteaux de bois de fer à 12 pieds d'élévation au dessus du sol, et il est entouré d'une clôture du même bois. Quoique le sol soit assez élevé en cet endroit, il est cependant assez fréquemment inondé par les débordements de la rivière à l'époque de la saison des pluies.

Ces inondations ainsi que le changement des saisons, depuis le mois de Novembre jusqu'à la fin de l'année, amènent de nombreuses maladies de poitrine. Les gens de pays sont sujets en outre à une autre maladie d'an caractère fort pernicieux; c'est une sorte de fièvre qui règne en Octobre et en Novembre, et qu'ils s'attirent

eux-mêmes par un usage immodéré de fruits qui n'ont point atteint toute leur maturité : cette fièvre se déclare surtout aux environs de Gajong, où les Orang- Bœkit cultivent en -grande quantité des arbres à fruit. Du reste le sol de cette province produit, aussi sans culture, beaucoup d'arbres dont les fruits sont trèssavoureux.

Quoique Gajong soit d'ailleurs favorablement situé et que ce soit le chef-lieu de la province, jamais le Sultan n'y réside longtemps de suite, et il voyage continuellement de ce lieu vers les terres de l'intérieur, et surtout vers Bengadong où il séjourne volontiers, ou bien il se rend aux iies Karimata et à Simpang. Dans le cours de ses voyages il se fait d'ordinaire accompagner par l'une de ses femmes, quelquefois par toutes les deux, ce qui a fait répandre le bruit que l'une de ces deux femmes, RatoeSoerja, portait toujours sur elle le grand diamant de Matan. Aussi cette vie errante, que le Sultan mène depuis son enfance, est-elle cause qu'il reste à peu près étranger à la situation de son pays; elle le détourne d'ailleurs de l'administration , dont il se mêle de moins en moins à mesure qu'il avance en âge. Il est satisfait, lorsqu'il s'est procuré ce qui lui est nécessaire pour l'entretien de sa maison, pour ses vêtements, son opium et son thé, qu'il a à sa disposition une embarcation rapide et bien armée pour ses tournées, et enfin lorsqu'il sait que son ami le Panembahan de Simpang est en bonne santé: lorsque le Sultan revient fatigué de ses excursions, ce dernier le reçoit chez lui à Simpang; il le traite parfaitement, et lui donne

d'excellents conseils pour remettre autant que possible un peu d'ordre dans ses affaires qui ne sont que trop émbarassées.

La franchise avec laquelle ce prince parle de sa rie passée et de son existence actuelle, ainsi que quelques traits de reconnaissance que l'eu cite de lui, font, à ce qu'il nous semble, favorablement augurer de lui pour l'avenir.

Pour conclusion, l'on me permettra d'exprimer ici mon opinion sur les rapports que nous pourrions entretenir avec la principauté de Matan, ainsi que sur les moyens qui, à mon avis, seraient les phis convenables et les plus efficaces pour que le Gouvernement néeriandais affermit son autorité sur cette partie de l'ile de Bornéo.

La côte entière de Matan est inhabitée: Gajong, le chef-lieu de la principauté, est trop éloigné de la mer pour que nous y fondions avec profit un établissement de quelque importance. En outre les communications avec Gajong sont entravées par la force des courants dans la rivière de Matan, et elles seraient même toutà-fait rendues impossibles par la résistance d'un petit nombre d'hommes conduits avec intelligence. Des prahoe qui ne portent que quelques kqjauj ont besoin de huit et même quelquefois de quinze jours pour remonter contre le courant jusqu'à Gajong. De plus, il serait imprudent de fonder en ce lieu un établissement et d'en faire la résidence d'un agent, sans nous en assurer la possession permanente au moyen d'une force militaire suffisante pour faire respecter notre' autorité,

et contenir les indigènes qui sont d'un caractère turbulent et ne connaissent ni frein ni loi. Cependant om pourrait, sans exciter la défiance du prince et de ses sujets, y établir un poste militaire de quelques soldats indigènes, commandés par un sergent, tandis qu'un agent qui d'abord aurait parcouru le pays, qui se serait assuré de la nature du sol et qui aurait étudié le caractère des habitants, serait ensuite employé avec fruit à l'organisation du défrichement de la contrée.

Un établissement à Bunois Lampat, sur la presqu'île eu le Matan se divise en deux branches (le Karbouw et le Katapan), nécessiterait de grandes dépensés à cause du peu d'élévation du sol au dessus des eaux, et ne BOUS permettrait d'ailleurs que de rares communications avec les naturels du pays.

Des dépenses non moins considérables, des obstacles naturels non moins nombreux^ plaident contre l'établissement d'un poste fortifié néerlandais aux deux embouchures du Karbouw et du Katapan. Mais l'on pourrait à peu de frais et sans beaucoup de peines fendre tout-à-fait innavigable le Karbouw dont l'entrée est difficile et dangereuse , et peut-être que cette opération rendrait plus profond le Katapan , et enlèverait en partie la barre qui existe à son embouchure.

Si les circonstances exigeaient l'établissement d'un poste à l'embouchure du Matan, Bengadong nous pafaitrait parfaitement situé pour cet objet. Il est placé sur les rives du Katapan, à environ un mille d'Allemagne de la mer. Si l'on établissait en cet endroit une vigie, l'on découvrirait delà non seulement l'em-

bouchure de la riTÎère^ mais encore les îles de Karimata, de façon à surveiller les mouTements de toute embarcation qui se trouverait dans ces parages. £a peu de temps, des navires grands ou petits pourraient delà descendre la rivière ou la remonter, ce qui serait d'ui^ grand avantage pour le commerce. Le courant de 1^ rivière n'est pas refoulé bien loin par le flux, et si à^s navires étrangers et indigènes qui chargent plus de S kqjatiy venaient charger ou décharger à Bengadong, les principaux habitants de Gajong viendraient bientôt s'y établir, ce qu'apparemment ils auraient déjà fiiit depuis longtemps s'ils n'étaient retenus par la crainte des hostilités ou d'une surprise. Enfin un établissement à Bengadong n'exigerait point un poste militaire aussi considérable qu'à Gajong, où il se trouve actuellement un assez grand nombre de mécontents.

Kendawangan, à dix milles au Sud de la rivière de Matan, et qui appartient au Pangeran Tjakra, sert actuellement de refuge à tous les pirates de Matan, et il serait fort désirable que cet état de choses fut modifié, quand bien même on ne voudrait point pour l'instant fonder un établissement permanent sur le resta du territoire de cette principauté. Si l'on promettait an Pangeran Tjakra un subside de 40 ou de 50 florins par mois, à condition qu'il ne permettrait plus anx pirates de débarquer dans la rivière de Kendawangan et dans la partie méridionale de Matan, je crois pouvoir assurer que ces derniers s'éloigneraient bientM, et que beaucoup d'entre eux, qui sont alliés par le sang au Sultan et aux autres chefs, contraints parle

besoin, se laisseraient facilement persuader de Tenir s'établir à Kendawangan avec le Pangeran Tjakra. Cela contribuerait éminemment à la prospérité de l'établis* sèment, et donnerait de l'essor au commerce avec les Dajaks de Djelaj et les autres tribus répandues le long des rivières.

Si l'on songeait à occuper les îles Karimata, il se* rait utile, pour le repos de la principauté de Matan ^ que l'on confiât l'administration de l'une des trois grandes îles au Pangeran Adi Mangkoerat qui déjà s'est TU déçu dans ses espérances. Le Major Radja Akil avec sa famille, dont les ancêtres ont autrefois habité Ka* rimata et Soeroetoe, y trouverait, en temps de paix, une résidence convenable ainsi que d'utiles relations. Badin Galang, parent du prince de Simpang, pourrait être également amené à venir s^y fixer avec sa tribu.

Toutefois, comme en plantant notre pavillon sur le sol de cette contrée et en réprimant la piraterie, nous aurions déjà accompli en partie les projets que nous avons sur l'ile de Bornéo; le défrichement des terres de Matan et Simpang, qui ne s'exécuterait qu'à grands frais, pourrait être remis à d'autres temps, jusqu'à ce que nous trouvassions une occasion favorable pour nous indemniser des dépenses que nous aurions faites de ce chef.

Les conventions et les traités faits avec les princes^ ainsi que les subsides qui leur sont accordés, auront pour effet qu'ils rompront toutes relations avec les pirates, et qu'ils amèneront leurs peuples à embrasser un autre genre de vie. Si cet état de choses ne produisait^

au GouTernement aucun ayantage pécuniaire, ancun reyenu, il est incontestable d'un autre côté qu'il en résulterait un grand bien; il préviendrait d'abord ime multitude de maux y en même temps que par là . nous nous éviterions une guerre avec ces tribus, guerre qui ne pourrait qu'être coûteuse et nous rendrait plus hos* tile encore l'esprit de ces populations. Cependant, si les circonstances exigeaient que nous nous établissions enfin dans le pays de Matan et de Simpang, ce serait certainement Succadana qui mériterait la préférence pour la fondation de notre principal établissement. Si le Goa- Ternement rétablissait la liberté du commerce dans ces pays et qu'il y introduisît également le système du revenu des terres, Succadana nous offrirait, pour atteindre ce double but, une excellente situation ainsi que des terres fort étendues, susceptibles de fournir les plus ricbes productions de la nature , et dont la culture pourrait avec le temps prendre une remarquable extension.

L'établissement de notre autorité à Succadana amènerait bientôt aussi la prospérité des îles Karimata. Mais avant tout, il faut que nous soyons d'abord maîtres de Simpang et de Bengadong. Simpang ne nous occasionnerait point de grandes dépenses: outre les frais à faire pour la construction de forts et d'habitations, Succadana et Bengadong exigeraient encore une dépense mensuelle de 8000 florins. Si nous ne pouvions disposer de cette somme, ce qu'il y aurait de plus avantageux serait d'abord l'occupation de Simpang et de Bengadong: et si par ce moyen le Gouvernement avait fa-

vorisé les relations du commerce de ce pays avec ses autres possessions et protégé la sûreté de ses sujets dans cette partie du monde, il se serait déjà assuré des avantages considérables.

Je n'oserais me prononcer a l'égard des avantages pécuniaires que produirait le défrichement des terres dans ce pays. Pendant bien longtemps sans doute encore, les habitants à demi-barbares de ces contrées attendront de la générosité du Gouvernement un adoucissement aux charges qui leur ont été jusqu'ici imposées, adoucissement qui doit être proportionné à leurs moyens: car les indigènes de Bornéo, qui sont pour ainsi dire dans un état voisin de l'enfance, ignorent complètement tous les avantages de la civilisation, de cette civilisation que nous avons la glorieuse mission de propager dans l'Archipel indien, et qui, plus que toute autre chose, contribue et contribuera encore à y aflTermir notre puissance.

Le précis du voyage de G. Mûller dans l'état de Simpang fournit en substance les détails suivants.

Cette contrée, qui est située entre le 0^i& et le 1<>15' de latitude Sud, et le 109<>22' et 110û42' de longitude Est du méridien de Greenwich, a plus de 180 milles géographiques D de superficie.

Elle est bornée au Sud et à l'Ouest par la mer, au Nord-Ouest par le district de Koeboe, dont elle est séparée en partie par la rivière de Padang Tjikar, au Nord et au Nord-Est par les districts de Tajang, de Meliau et

de Sekadauw , et enfin elle touche , à l'Est et au Sud- Est, à celui de Ma tan, dont elle est séparée par les hautes montagnes de Palongan.

Le prince de Simpang prétendait en outre à la possession des îles Karimata, en commun avec le souverain de Ma tan.

Les principales rivières de cette province sont: le Padang Tjikar, le Mendauw qui reçoit le Lebai, le Kwalon et le Gerodoh, et se jette dans la mer par plusieurs embouchures à l'Ouest et au Sud; puis le Sidiau, le Matan-roempeh , le Boeloe et le Samandang; toutes ces rivières se déchargent dans le Simpang, lequel à son tour va se perdre dans la mer au dessus de Boekit Lawut.

Une chaîne de montagnes coupe le pays du Sud- Ouest au Nord-Est. Elle prend son origine à Boukit- Lawut situé au dessus de Succadana, et y forme l'extrémité du Palongan; cette chaîne s'étend jusqu'à 20 ou 25 milles Allemands dans l'intérieur des terres, et y forme une suite de montagnes fort élevées au dessus desquelles se dressent encore les sommets du Batong, du Sepontiak, du Lajang, du Pangang, du Mandjora, du Mengalat et du Lebai: toutes ces montagnes donnent naissance à différentes rivières qui arrosent une partie du Tajang, ainsi que les districts de Meliauw, Sekadauw, Simpang et Matan.

Cette haute chaîne de montagnes parait avoir formé le centre d'une ile autrefois isolée, mais qui depuis sera venue s'unir à la côte occidentale de Bornéo. Les rivières de l'intérieur, qui prennent leurs sources dans

les versans opposés de la montagne, donnent un grand poids à cette hypothèse.

La partie occidentale de cette contrée, qui forme plus du tiers du pays de Simpang, semblerait être d'une formation alluviale récente; elle se compose de marais arrosés par des rivières qui, n'ayant point de lit bien déterminé, s'étendent a leur gré, et offrent à la vue une multitude d'ilôts sur lesquels se montrent ça et là de petites élévations. Depuis 1750 jusqu'en 1780 et même plus tard jusqu'en 1786, les petites îles et les sommités connues sous les noms de Majang, Boemboe, Batoe-ampar et quelques autres, ont été habitées; mais depuis la guerre que la Compagnie des Indes-orientales soutint contre Matan , ces lieux ont été abandonnés par le peu d'habitants qui s'y étaient établis: aujourd'hui ils ne sont plus fréquentés accidentellement que par des pirates, ou par les naturels qui se livrent à la pèche, ou qui viennent en cet endroit recueillir du miel et de la cire, et couper du rotan qui y est d'une qualité supérieure.

L'air y est sain et la température est rafraîchie par les yents de mer; aussi le séjour sur la côte offre-t-il moins de danger pour les étrangers, que celui des hautes terres de l'intérieur, où ils sont souvent en proie à des fièvres lentes ainsi qu'à la paralysie des jambes et des bras.

Dans la saison des pluies (mousson) le thermomètre de Fahrenheit , à 6 heures du matin , marque 72 à 73^, plus rarement 69 ou 70; à midi, il s'élève à 82 ou 83; à 2 heures, il atteint son maximum qui est de 86 ou

plus une quantité de 8 à 15 kqjan (Iç kojan z=r 40 pikol) de garoe de qualité inférieure, valant de 10 à 25 réaies le pikol. J'ai vu un bateau en transporter seul à la fois 8 kojan. On l'exporte à Pontianak et à Singapore.

Le bois de Laka, d'un rouge foncé, assez semblable par la couleur et l'apparence au bois de Brésil; il est fort abondant et se vend de 1 à 3 florins le pikol. Il s'en débite assez souvent de 400 à 600 pikol.

Le Koelit-Lawang , espèce d'écorce odoriférante.

Le bois de Seraja , ou plutôt les brancbes d'une sorte le plante grimpante.

La racine de Trankenan, provenant d'un arbuste: ces trois derniers produits sont employés dans la médecine.

Le Minjak-Lawang, espèce de beurre que les Dajaks extraient en grande quantité des fruits de Lawang, et qu'ils envoient à Pontianak et ailleurs. On l'emploie dans l'assaisonnement des mets, et pour les lampes au lieu d'huile. Il se conserve pendant plusieurs années, et se moule dans des tuyaux de bambou; dans cet état, il est d'un aspect agréable et ressemble à du soufre en canon d'une couleur claire.

La Noix muscade. Le muscadier sauvage (espèce de llyristica) croit presque partout sur la côte Nord et !ford-ouest de Bornéo. Les fruits de cet arbre sont l'une forme allongée, d'un goût acre et piquant et ressemblent beaucoup aux noix mâles de Banda , si ce n'est que celles-ci offrent sur leur enveloppe extérieure une villosité jaunâtre. Celles qui croissent ici ont au contraire leur enveloppe extérieure ainsi que leur ma-

cis semblables aux Téritables noix de Banda; nutis les feuilles, Pécorce et le bois présentent quelque différence.

Le bois de charpente et de construction, fort abondant, mais dont le transport vers les rivières offre de grandes difficultés. Le bois du Morbauw et du Gladan sont regardés ici comme les plus propres à la construction des navires.

Le sucre, extrait de la canne à sucre ordinaire ainsi que de palmiers. Les Orang-Boekit du village de Me» liau fabriquent un peu de sucre extrait de la canne. Les Dajaks en font également avec la sève de certains palmiers, mais il est fort brun et rempli d'impuretés.

Ces diverses productions du sol de Simpang s'expc»^ tent au moyen des bateaux du pays, vers Koeboe, Pontianak, Riouw, Palembang et Singapore, et sont également fort recherchées par les jonques chinoises, spécialement les rotans de belle qualité, dont nous n'avons point encore parlé; on les appelle S^ah^ et ils sont plus particulièrement employés pour faire des liens. Les 100 bottes, de 50 pièces* à la botte, se vendent 7 ou 8 réaies. Le rotan de Simpang et de Matan est plus estimé que celui de Banjermasing. Il est très-fin et revêtu d'une écorce dure et luisante, aussi lustrée qu'un vernis. Les hautes terres produisent également une grande quantité de l'espèce de rotan nommée rotan soemamboe, qui se voit fort peu dans les terres basses. Lorsque l'indigène se prépare à la récolte dn rotan et surtout du 8oemamboe, il observe toujours quelques coutumes superstitieuses. Ils se construit une hutte dans les lieux qui fournissent du rotan, puis il

oute attentivement l'oracle que prononce le prétendu prit des roseaux, le Boebœnji Antoe, qui le soir et le itiu fait entendre sur un ton sourd les syllabes la )em — la belam. Si l'Ântoe ou esprit prononce lennent son la-ah'belamf la récolte promet, et l'indine procède immédiatement à la coupe de rotan; mais au contraire le là-bëlôm se succède vivement, il se it en quête d'une autre place. Il est assez probable e la di£rérence des sons que font entendre les rolux, provient du plus ou moins de maturité du ro- 1, lorsqu'il est agité par le vent du matin ou du soir. Ce pays produit également de l'or et des pierreries, lis personne ne s'y livre à une exploitation régulière des nés. S'il existe dans la circulation une petite quantité l'un et de l'autre de ces précieux minéraux, c'est qu'ils ront été trouvés bien fortuitement par des Dajaks. Les animaux domestiques, tels que les vaches, les svres, les moutons et les poules, y sont fort peu nom- ;ux: cependant celte contrée nourissait autrefois beauip de bétail, qui depuis s'est dispersé dans les bois qui est devenu sauvage.

Les naturels n'affectionnent aucun costume particur, et portent indistinctement toute espèce de vêtements, pendant on estime particulièrement pour les caleis les étoffes de fabrication boeginaise, et les vestes avenant de ce pays ne sont pas moins recherchées (1 plus. Les indiennes d'Europe à grandes fleurs s'emient pour les camisoles (badjoe), pour les surtouts pour les lits des grands personnages; les toiles ou (ffes de coton blanches pour les camisoles; quant aux 2 21

étoflTes de coton communes à petites flears^ elles sont laissées aux basses classes.

Il s'importe en outre:

des étoffes de soie, de fabrication chinoise, pour les tentures, rideaux de lit et oreillers des gens de con^ dition ;

de la vaisselle de cuivre;

de la porcelaine de Chine d'une qualité commune;

du morris rouge poiyr l'habillement des Dajaks, et du noir pour celui des femmes;

du sel, 40 ou 50 kojan (de 5000 ft), que l'on importe ordinairement de Siam et de Trinkans, et qui se vend de li à 2 florins le demi'pikol ou 8 gantang. Mais actuellement tout le sel doit être importé de Ja^a;

du riz (60 à 70 kqjan), qui ne s'importe cependant que dans les années où la récolte de cette céréale n'a point élé favorable;

de rOpium, tout au plus une caisse;

du tabac de Java, 8 à 9000 kati (le kati faisant un peu moins d'une livre i), ou 400 à 450 krandjang;

de la verroterie, quelques p'/ro/, ainsi que du fil de laiton et des outils de charpentier.

L'on compte ici par réaies, la réale valant deux roupies ou florins, ou quatre francs vingt-trois centimes. Du reste, les indigènes ne prennent guère que quelques espèces de roupies, parce qu'ils s'entendent mieux au commerce d'échange qu'ils ne connaissent la valeur de l'argent monnayé. Les espèces les plus recherchées' sont les piastres d'Espagne ainsi que les pièces de deux sous de Hollande.

Les poids et les mesures en usage sont le kati et la brasse. Cinq pieds font une brasse, et les toiles et autres tissus se vendent par brasses et demi-brasses, souvent aussi par hasta ou coudées. Le kati et le pikol sont les mêmes qu'à Java: 40 pikol font ici un kùjan.

Les revenus du prince se composent:

1<>. de quelques profits qu'il perçoit , en place de droits d'entrée, sur les navires venant de Riouw et Lingga, Bornéo-propre, Sambas, Pontianak, Koeboe, Kotaringin et Banjermasing, ainsi que sur un ou deux navires venant de Java;

2^ de quelques bénéfices sur le commerce que le prince fait lui-même;

3^. de quelques légers impôts levés sur les Chinois;

4^ d'une part qu'il prélève sur les nids de Salangane ;

5^ des amendes arbitrairement imposées;

6^. d'une petite quantité d'or et de diamants trouvés par les Dajaks et dont ils traitent avec le prince;

7^. des prestations et de l'impôt sur le riz, dont chaque Dajak adulte est tenu de lui livrer au delà d'un pikol par an.

Une partie de ces Dajaks se trouvent placés sur l'échelle de la civilisation, au même degré à peu près que les Anakh-Soengi ou paysans malais des autres provinces. Ils construisent des prahoe qui portent de 2 à 4 kùjan, et nous avons vu de ces bâtiments faire le trajet de Mendauw jusqu'à l'embouchure de Simpang, et s'éloigner à plusieurs milles de la côte. Ces embarca-

tions sont construites avec du bois de Gladan et de Marbauw, sans aucun clou ni ferrure, et se vendent de 30 à 40 réaies.

Un grand nombre des Dajaks que j^ai tus ici portai^t pour coiffure un mouchoir tourné autour de la tête; d'autres étaient vêtus d'une veste et d'un caleçon, n^. presque tous n'avaient pour habillement que quelques aunes de toile ou d'étoffe de coton. Ils offraient de nous vendre du bézoard, du cristal de roche et quelques fragments de marbre blanc, et après que nous leur avions acheté quelques bagatelles , ils finissaient par vouloir nous faire prendre des fèves pour du bézoard et de petits cailloux pour des diamants.

Leurs armes consistaient en un bouclier oval, une sarbacane, un carquois rempli de flèches empoisonnées et un klewang ou coutelas. Ils étaient en outre pourvus d'une natte sur laquelle ils dorment, de quelques pots qui leur servent pour apprêter leurs aliments, et d'une espèce de sac de voyage qui renfermait les objets suivans: un hameçon de fer d'une forme triangulaire, un briquet, une pierre et une boite à mèche, un sachet destiné aux amulettes (djimat) orné de dents humaines ou d'animaux sauvages, et plusieurs autres bagatelles du même genre qui , d'après leur opinion , doit les rendre invulnérables. Ils étaient amplement munis de nattes et de tissus d'écorce d'arbre, qui leur servent, pendant la nuit, de vêtement ainsi que de couverture.

Ils étaient vigoureux et bien conformés, mais la plupart avaient une peau squammeuse ou plutôt ils paraissaient affectés de la gale. Ils ne sont point cruels

par inclination , et s'ils observent encore Phorrible cour tume de couper des têtes, cela doit être considéré bien plutôt comme l'une des suites de l'état perpétuel de guerre dans lequel ils vivent avec d'autres tribus, que* comme une preuve de leur caractère sanguinaire, quoiqu'au fond un pareil état de choses finisse par habituer l'être le plus paisible à verser avec indifférence le sang humain. Mais il est absoluBoent faux, comme on l'a* répété si souvent^ que pour pouvoir se marier, ils doivent offrir préalablement à leur fiancée le crâne d'un ennemi. Comment voudrait-on qu'il existât encore un seul Dajak, si chacun de ceux qui veulent prendre une femme, était tenu d'abord de faire à celle-ci Thommage d'une tête humaine?

La polygamie est inconnue chez eux. Ils sont gouvernés par des chefs de leur nation, qui relèvent toutefois des princes de Simpang. Lorsqu'ils se son^t distingués par quelque action d'éclat^ ils sont élevés à la dignité de Singa, et à ce titre vient toujours s'ajouter un surnom, tel que Singa-Matjan ( Singa j le lion), Singa-Matjan moeda {Matjan^ le tigre et moeda =r jeune) ^ Singa Matjan toewah {toewah= vieux) etc. Us sont laborieux, et supportent avec résignation h joug des princes malais qui ne leur imposent que trop souvent de rudes corvées.

, La population est fort restreinte, relativement à l'étendue de la contrée. Sauf le pays des Dajaks, il n'y a qu'un fort petit nombre de lieux qui soient habités. C'est ainsi par exemple que dans la province de Sim.^ pang,. on ne compte que :

580 Malais,

S es

40 Bouginais,

5 Arabes,

90 esclaves étrangers,

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