‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

TENTATITES FAITES DEPUIS 1816, DANS l'iNTERÊT

DES POSSESSIONS DE l'eTAT A BORNEO.

REPRESSION DE LA PIRATEtllE.

Nous avons vu que, lors de la découyerte- d'une par* iie de la côte septentrionale de Bornéo par les navi^^ f^teurs européens, l'exaltation de quelques esprits ^^it suis pour conduire le public à se former une ée extrayagante des trésors que cette terre de proi^sion résenrait à la cupidité des premiers explo- ^^urs. De là nous ayons porté un coup-d'oeil sur les 'Coques différentes pendant lesquelles les Compagnies ^l landaise et anglaise exercèrent tour à tour le pou- ^ir, tant à la côte occidentale que dans les états des ^^ties méridionales. Il nous reste à passer succinc- '^ïient en reyue ce qu'a fait l'autorité néerlandaise, ^ns l'intérêt de ses possessions à Bornéo, depuis l'épo- ^e où tous les Archipels de la malaisie sont rentrés ^ns sa domination.

En 181 4f, ces anciennes factoreries de la Compagnie ^gettaient sans développement et ne formaient point 'ïîe large voie commerciale avec les aborigènes, reçusses dans l'intérieur du pays par suite de la mau- ^^ise foi et des vexations des Malais, maîtres des cô-

les. Les gouTernements des princes islamites, jusqu'alors indépendants, se trouvaient privés d'énei^ie et de for ce, et leur faiblesse croissante avait fini par anéantit complètement les principales ressources du pays. Le commerce languissait dans un état déplorable, et se trouvait en but aux déprédations des chefs indépendants. La piraterie, exercée en grand et organisée sui un pied redoutable à la navigation, éloignait de plus en plus de Boriléo tous les rapports commerciaux ave( les autres îles de la malaisie ; elle inspirait uni crainte sérieuse et fondée aux navigateurs ainsi qu'aux caboteurs, dans les parages même fort éloignée des repaires accoutumés de ces écumeurs de mer. L's narchie et le défaut de sûreté étaient sur le poin d'anéantir toutes les sources de prospérité, vu que m^ me jusqu'aux jonques chinoises se voyaient forcées d renoncer à des entreprises trop aventureuses. Les aban gènes ou Dajaks, courbés sous le joug de leurs opres seurs, fuyaient de plus en plus le voisinage des côtaf où des vexations révoltantes étaient leur partage, et où la mort planait sans cesse à l'entour de leurs misera* blés réduits. — Tel était à peu près l'état de souffrais ce auquel Bornéo se trouvait réduit à l'époque dont nous venons de faire mention, lorsque les trois Commissaires, envoyés par le gouvernement de la Néerlande, arrivèrent à Java pour reprendre possession des iles de l'Archipel.

Nonobstant l'empressement des Commissaires-Généraux à s'assurer par l'envoi de commissions spéciales, tant à la c^te occidentale que dans les états de Ban-

jermasing, des ressources que ces contrées peuvent offrir, et quoique le zèle des employés, chargés de l'exécution de leurs projets, ne fût pas douteux, ces missions n'ont point répondu aux intentions louables du gouvernement, et l'attente publique a été déçue. On pouvait en quelque sorte s'y attendre. En eifet, Bornéo était encore à cette époque, pour l'Europe, une terre inconnue: toutefois on présumait pouvoir réorganiser ce pays, d'une étendue aussi vaste, seulement par l'emploi de mesures administratives, sans que celles-ci eussent passé au creuset de la science. Les intentions louables qui avaient pour but, d'y rappeler la navigation et d'y raviver le commerce, n'avaient point pour auxiliaire la connaissance nécessaire des ressources de ses contrées. Tout ce que pouvaient Satire les commissaires dans l'intérêt des habitants, c'était d'y établir, comme ils l'ont fait, un système plus libéral de commerce, en répudiant celui du monopole introduit par la Compagnie. Mais aucune mesure ne fut prise pour acquérir des renseignements positifs sur la constitution physique du pays; il n'était pas question d'y entreprendre des travaux lopographiques, et le sort misérable des populations répandues dans l'intérieur n'avait pas été pris en considération; apparemment qu'alors on manquait de renseignements à leur égard. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les Commissaires envoyés à Bornéo depuis 1817 jusqu'en 1821, ont rempli des missions qui offrirent quelques résultats satisfaisants sous les rapports adittinistratifs, financiers et mercantiles, mais qui ne con-

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tribttèrent en aucune manière à la prospérité du piTs et de ses habitants; elles laissèrent l'île de Bornéo tout aussi peu connue sous le point de Yoe moral et physique de sa population , qu'elle l'était du temps de la Compagnie. Le gouvernement, il est vrai, eierçait l'autorité sur la plus grande partie d'une ile, h seconde du globe par son étendue; mais il s'y troanit établi, sans qu'on eût acquis sur le pays et sur les ressources qu'il peut produire, aucune de ces notions scientifiques dont il était toutefois fort important qu'il prit connaissance, ne fut-ce que dans l'intérêt de ces possessions, désormais appelées à participer à la prospérité dont jouissait la métropole indienne, l'ile de Java.

Il parait que le Gouyemeur-Général , Baron van der Gapellen, fut parfaitement conyaincu de la nécessité et de l'utilité de ces explorations scientifiques. Lorsqu'on 1819, Mr. van der Gapellen prit les rênes da gouvernement colonial, Bornéo fut le point principal vers lequel il dirigea l'attention des employés cha^ gés d'accomplir ses desseins. Il s'agissait de faire dans cette lie des relèvements topographiques, particulièrement d'obtenir des notions positives sur le cours des principaux fleuves, et de reconnaitre les localités oa ils cessent d'être navigables ; d'établir des relations ami^ cales et des rapports commerciaux avec les princes el^ les chefs de l'intérieur; de pénétrer au centre du pay^ aussi loin qu'on pourrait s'y aventurer; de rassemble^ des renseignements sur la nature du sol et de se^ productions etc. —

Le Major Georçes Mûller, natif de Mayencc, ancie:^

capitaine da génie dans les armées de l'empereur Napoléon , ^ partit en 1822 de Batavia, chaîné de remplir la mission, dont nous Tenons de noter les points principaux relatifs à l'instruction qui lui fut donnée. Mûller se rendit dans la province de Sambas, partie occidentale de l'île où le fleuve Kapoeas se jette à la mer à quelques milles de Pontianak; après plusieurs courses sur les affluents nombreux de la rivière prin* cipale, il remonta ce large courant pendant environ deux mois, et déjà il se flattait de réussir dans le projet de franchir les chaînes montueuses de l'intérieur, puis de se rendre par cette voie à la côte orientale et de parvenir ainsi à traverser Bornéo dans son étendue la plus large; des obstacles qui ne sont pas connus, mais qu'il rencontra dans la chaîne où le Kapoeas prend sa source, le mirent dans la nécessité de retourner à Pontianak. Il revint à Java , mais il n'y fit que le séjour strictement nécessaire pour les préparatifs d'une seconde tentative, par laquelle il se flattait d'atteindre son but. Il prit cette fois son point de départ de la côte orientale, et choisit le fleuve Koeti, pour se rendre par cette voie au versant opposé de la chaîne des monta* gnes, devant laquelle il s'était trouvé dans la nécessité de revenir sur ses pas, lors de la non-réussite de sa première expédition. Ce second voyage eut lieu en 1825. G. Mûller s'embarqua sur le fleuve Koeti ; quatre bateaux indigènes armés, montés par douze soldats javanais et par vingt bornéens, formaient l'expédition. Depuis son départ de la côte orientale, qui eut lieu en Août, jusqu'en Juin de l'année suivante, on n'obtint

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aucune nouvelle concernant cette expédition ; mais i cette époque on vit arriver à Pontianak un seul sol dat javanais, qui s'annonça au résident comme étan échappé seul, par le plus heureux des hasards, ai massacre du major et de toute son escorte. L'expédi tion, en remontant le courant du fleuve précité, étai parvenue au point le plus élevé où le Koeti cess d'être navigable; dans cet endroit, Mûller avait s déterminer une centaine de Dajaks à lui servir de ga de, et à lui prêter leur assistance pour l'aider à frai chir^es chaînes des montagnes qui le séparaient d versant opposé, où le Kapoeas a sa source. Arrivé lâ il avait formé le projet de faire construire des embai cations, afln de suivre le courant de ce fleuve et d'e/ fectuer de cette manière son retour par la côte occidentale ; ce devait être, à ce qu'on présumait , dans ce voyage de l'une à l'autre rivière que l'attentat aurait été commis.

Un autre rapport sur cet événement sinistre diffère de celui que je viens de citer, en ce qu'il laisse conjecturer que Mûller, après un voyage de deux mois qu'il employa à remonter le Koeti, abandonna ce cou rant à l'endroit où il cesse d'élre navigable, que de M il prit sa direction à travers les montagnes, pour s< rendre au Kapoeas. On assure qu'il parvint eflective ment sur les bords de ce fleuve, sans avoir rencon tré d'obstacle: qu'il y fit construire trois embarcations travaux pour lesquels une troupe de deux cent Dajak: lui prêta assistance; mais qu'au début de la navigatioi vers la côte occidentale, il fut assailli par une honI<

inconnue de Dajaks qui massacrèrent Mûller et les siens. Deux Javanais parvinrent à se soustraire aux poursuites des a^esseurs, en gagnant à la nage l'autre bord du fleuve. Une lettre reçue d'un Anglais, trois années après la mort fetale de Mûller, vint confirmer l'authenticité de ce rapport: elle rend compte de cet événement, et attribue le motif du meurtre à la per> fidie du Sultan de Koeti où bien à la jalousie de ses ministres, puisque Mûller tomba sous les coups du fils de l'un de ces princes, et que tous les objets de quelque valeur, dérobés par suite de ce forfait, tombèrent en partage au Sultan; celui-ci, à ce qu'on assure, s'étant repenti d'avoir conclu et signé un acte de cession d'une partie de ses domaines en faveur du gouvernement néerlandais, parait avoir ordonné ce massacre et la spoliation qui s'en est suivie. Cette trahison à ce qu'on assure, demeura impunie, tandis qu'il eût été du devoir de l'autorité européenne d'en tirer une vengeance éclatante, ne fiit-ce qu'afin d'intimider les princes voisins et leur donner une leçon pour l'avenir, car de telles perfidies ne sont que trop communes parmi les despotes malais de Bornéo.

Ce voyage, quoique infructueux pour les sciences, a offert pour résultat la certitude acquise, qu'il ne se trouve point d'obstacle naturel difficile à surmonter dans les montagnes de la zone intérieure, et que le voyage de l'une à l'autre côte est praticable; toutefois on demeure dans l'incertitude sur l'étendue de la haute chaîne dont l'île est traversée du nord au sud; sur l'élévation et la formation de ces montagnes,

ainsi que sur la nature du sol et la direction des vallée qui s'y trouvent. Tous les manuscrits de Mûller^ 1 tracé de sa route, les relèvements du cours du fleuv et ses nombreuses esquisses, ayant été détruits ou dû percés, sont perdus pour la science. On s'est procoi par l'entremise du frère de ce voyageur, quelques fra( ments du journal, ainsi que les cartes en esquisse d la première expédition, faite dans les états de Ma tan et de Simpang; documents dont un écrit mensuel hollandais {de Indische Bij)j à rendu compte. Noos en donnons les détails principaux, dans le chapitre suivant.

Le gouvernement de l'Inde avait apprécié les talents distingués de G. Mûller. Dès la première expédition qui eut lieu en Septembre 1816, dans le hut de prendre possession du royaume de Samhas sur la côte occidentale de Bornéo, ce fonctionnaire zélé fut nommé résident dans cette contrée, et Mûller prit possession du pays au nom du Roi et conclut un traité avec le Sultan. Il assura aussi, par de sages mesures, la tranquillité de cet Etat et veilla à la rentrée exacte des impôts, au paravant toujours payés négligemment, parce que le: dilapidations des chefs absorbaient les recettes. Par sei soins, les bâtiments malais, jadis armés en course, ar borèrent les couleurs de l'Etat: ils furent transformé par lui en navires destinés pour le commerce, tandi que ceux qu'il jugeait convenables comme bâtiments d guerre reçurent la mission de combattre les pirates, e de punir les peuplades voisines, livrées à ce métier de vastateur qui fut toujours l'industrie favorite des Ms

lais. Les résultats obtenus par ces dispositions furent en tout point favorables; mais à mesure que la prospérité du pays faisait des progrès, l'on vit affluer de toute part des arenturiers chinois qui vinrent se fixer dans les districts miniers; bientôt leur grande réunion deyint la cause de l'esprit d'insubordination qui se manifesta parmi ces hôtes turbulents, toujours avides de richesses; de la turbulence ils passèrent rapidement à la révolte et aux voies de fait contre l'autorité ; de manière que les mesures savamment combinées par le résident se trouvèrent entravées, faute de moyens de répression à opposer à ces aventuriers. Mûller n'ayant P^s été secouru à temps par des forces plus nombreu- Ks, vit éclater une révolte sérieuse, qui ne put être domptée plus tard que par l'emploi des moyens de répression à main armée. Cet incident lui suscita une défaveur de courte durée; il occupa, pendant ce temps, ^ emploi secondaire à Banda. Bientôt après le gouvernement lui confia l'exécution des deux expéditions dont nous venons de faire mention, et dans lesquelles, le titre d'inspecteur des contrées de l'intérieur de Bornéo, lui fut déféré.

Les instructions données par le gouvernement à son délégué à Bornéo, prouvent, qu'un but philanthropique a dirigé l'autorité, et qu'il a servi de base aux mesures prises pour étendre notre pouvoir sur ce pays.

Il y est dit, entre autres: — que les couleurs néerlandaises seront arborées partout où les souverains réclameront la protection du gouvernement. Des mesures

énei^iques seront prises pour combattre et anéant la piraterie, et pour s'opposer aux vexations que I ehefs subalternes se permettent d'exercer sur les p pulations de l'intérieur. Parmi les paisibles habitan on s'attachera à faire renaître la confiance et à enco rager efficacement l'agriculture et le commerce, en i faisant peser sur les aborigènes que des charges qi leur soient faciles à porter, et dont la râleur pniss être estimée fort au dessous de la garantie qui leur ei désormais assurée pour leurs personnes et leurs bien:

Le désastre survenu en 1825, à l'homme le mien à même de remplir les intentions du gouvernement n lativement à Bornéo, fit suspendre temporairement 1< recherches scientifiques dans cette ile; elles durent éti remises indéfiniment à cause des troubles qui désolèrei Java pendant environ cinq années, durant lesquelles révolte du prince Dhipo Negoro, suscita des craint sérieuses pour le maintien du pouvoir européen dai ces contrées.

La tranquillité rétablie dans la métropole indieni permit, en 1830, de s'occuper de rechef des intérêts i Bornéo; Mrs. Francis et le Major de Henrici y fure envoyés avec le titre de commissaires; le premier a résidence de Pontianak avait des fonctions administra ves à remplir; le second était chargé d'y faire des i lèvements topographiques, travaux qu'il avait missi de continuer dans les possessions du littoral sud. C recherches potamographiques et topographiques mé taient par leur intérêt une publication spéciale. Il < à regretter que l'auteur des mémoires mentionnés

été enlevé dans la force de la santé, peu de jours après son retour en Europe, où il avait le projet de publier les firnits de ses travaux.

£n 1836, trois membres de la commission scienti] fique de l'Inde , Mrs. S. MûUer zoologiste , Korlhals boi taniste et Borner minéralogiste, ont reçu de Mr. Baud, Gouverneur-Général par intérim (1), la mission de faire des recherches scientifiques dans la partie méridionale, résidence de Banjermasing ; le fleuve Doeson (le Banjer des cartes), leur a été désigné comme offrant la voie la plus sûre et la plus facile pour se rendre dans l'intérieur, jusque là peu ou point connu. Montés sur trois prahoe armés et ayant à leur disposition trois embarcations légères, ils étaient chargés, chacun dans sa partie, de faire des observations, de reconnaître le pays dans le voisinage de la rivière et de rassembler des collections dans les trois règnes de la nature ; ils avaient également pour mission, de continuer les travaux potam(^raphiques et géographiques interrompus par le départ du colonel de Henrici pour l'Europe.

Deux de ces membres de la commission scientifique avaient été chstf^gés précédemment de recherches en histoire naturelle, le premier à la Nouvelle-Guinée, à Amboine, à Timor et à Sumatra; le second également dans cette dernière ile. Lorsqu'ils entreprirent leur voyage dans l'ile de Bornéo, ces naturalistes n'avaient que quatre mois à consacrer aux recherches dans ce pays; le terme de leur séjour dans l'Inde étant alors à peu

(1) Hr, Baud est aiijoord'hai ministre des Colonies.

près expiré, et leur retour en Europe se trouvant fii^ par leurs instructions, les y rappelait, pour rendr^e compte de leurs travaux, et publier les fruits de leurs recherches. S'ils avaient eu plus de temps i consacrer à ce voyage, ils auraient pu tirer parti de la circonstance favorable qui les rapprochait des contrées où aucun Européen n'avait pénétré, et qni leur ouvrait l'accès du plateau élevé au centre de l'ile, | où le Doeson, ainsi que plusieurs autres rivières remarquables, ont leurs sources. Des découvertes importantes, surtout d'un grand intérêt pour la géographie physique, les attendaient dans ces régions montagneuses de l'intérieur; mais ils durent revenir sur leurs pas et se rendre à la câte, alors que ce voyage semblait promettre à la science des renseignements précieux, ainsi qu'une série d'observations intéressantes. Le beau travail, fruit de plusieurs années de séjour dans l'Inde , que Mrs. Mûller et Korthals viennent de publier, chacun pour sa partie, et qui se trouve réuni en un corps d'ouvrage (1), offre la preuve du zèle consciencieux de ces naturalistes-voyageurs. La tâche de ceux qui se vouent à des travaux scientifiques dans les régions tropicales, est sans nul doute di£Bcile, et elle mérite la protection spéciale du gouvernement qui a intérêt à ce genre de recherches. En effet, l'oeuvre du naturaliste-explorateur, indépendamment de ce qu'elle l'expo*

(1) Ferhandelingen over de Natuurlijke geschiedenis der Nedcriandsche overzeesche bezittingerij trois volumes in folio; accompagnes de 170 planches de zoolo^e et de botanique, ainsi qae d'au aibuia historique et de cartes au nombre de 90 planches.

s^ sans cesse à maintes privations , est presque toujours

accompagnée de dangers pour lui en minant sa santé

<^U menaçant sa yie: elle est également méritoire par

i^ dévouement y car le savant qui va chercher au loin

^eique gloire obscure, souvent douteuse, n'a même pas

^'assurance de la payer de sa vie, puisqu'à sa mort

^ réputation reste incomplète avec son oeuvre. Nous

Mettons que ce sort ait atteint le manuscrit sur

Bornéo, du minéralogiste Horner; ses travaux dans

cette île sont perdus pour la science; après sa mort,

qui eut lieu à Sumatra, ses manuscrits tombèrent en

des mains inconnues. Des spoliations de cette nature

ne se renouvelleront plus, grâce aux mesures prises à

cet effet par le ministre actuel.

Nous mettons une pleine confiance dans les talents qu'on reconnaît à Mr. Schwaner, membre de la commission scientifique, qui se trouve depuis quelque temps à Bornéo, où il est principalement chargé de recherches en géologie et en zoologie. Mr. Schwaner s'y est livré jusqu'ici à l'exploitation des dépôts de charbon de terre dans les états de Banjermasing. On sait que celte substance existe dans plusieurs localités des iles de nos Archipels, tels qu'à Java, à Sumatra et à Célèbes; mais elle s'y trouve en couches d'anthracite et de lignite trop rapprochées de la surface du sol , et point assez profondes ni assez étendues, pour qu'on puisse en entreprendre l'exploitation avec chance de succès, de nature à rendre désormais inutile l'importation coûteuse des houilles d'Europe, qui arrivent dans l'Archipel comme lest.

On doit présumer que les dépôts de charbon de terre, trouTés par Mr. Schwaner an nord de Bfatânmw ainsi qu'a Amoejapoe, sont effectivement des houilles compactes ou grasses, les seules qu'on puisse employer avec succès pour les usines et. pour les bâtiments a npeur. D'après les expériences faites à bord des pyroscaphes de la marine-, ces houilles de Bornéo ont offert des résultats plus satisfaisants que n'en ont donné celles trouvées à Sumatra, ainsi que celles de quelques localités à Java (1). Toutefois, c'est moins leur qualité bitumineuse et leur incandescence qu'il s'agit d'éprouver; les conditions principales dont il coavient de s'assurer, surtout dans l'état où se trouve aujourd'hui ce pays inexploré et faiblement peuplé, sont, que les couches houillères puissent être exploitées dans le voisinage d'une rivière navigable dans toutes les saisons de l'année, et qu'elles ne soient pas éloignées de son embouchure; puis, qu'au moyen de sondes nombreuses et profondes, faites sur une grande superficie, on ait acquis la certitude que le terrain qu'on veut exploiter est formé de couches compactes et d'une grande étendue, afin que la quantité de houilles qu'on peut se flatter d'extraire, puisse dédommager des frais d'exploitation, et que le prix des charbons soit au dessous du taux des houilles qu'on importe d'Europe. Quels que soient les résultats qu'on puisse obtenir de l'exploitation de ces mines, il est certain que

(1) Voir, Tijdêekrift voor Nieérlandi Indien Zevende Joëtgong. 8', Ajlevering,

couTerte de ce combustible, dans le voisinage du al sud de Bornéo, est d'une valeur incalculable, at dans l'éventualité d'une guerre maritime par lie nos Archipels se trouveraient réduit à leurs es ressources.

ns ce résumé sur les recherches scientifiques, n'avons pas jugé nécessaire de parler des décou* '* faites à Bornéo, dans les difierentes parties de )ire naturelle, par les membres de la commission, Diard, Korthals', Mûller et Horner; nous n'en apins pas moins leur dévouement, ainsi que l'actiit la constance dans leurs recherches, qui ont été anées par des acquisitions d'un grand intérêt pour 3nce. Nous ne doutons pas non plus qu'à l'exemple i hommes de mérite, Mr. Schwaner ne s'empresse ntinuer Teurs travaux, particulièrement dans les

contrées où aucun Européen n'a pénétré dans un tientiflque (1).

ce résumé sur les travaux scientifiques exécutés néo, nous passons à l'exposé de considérations générales relatives à cette contrée, 'avènement du Général van den Bosch au pouvoir l'Archipel, Pile de Java (ainsi que nous l'avons

\n moment de mettre sous presse^ nous recevons la nouvelson Excellence le GouTerneur-Gënëral Rochussen, vient de à Mr. Schwaner la mission de remonter le fleuve Banjer méridionale de Bornëo) jusqu'à sa source, puis de se rendre 6 yers un des confluens du Kapoeas et de reQafrner h côte aie, en suivant le cours de ce (jrand fleuve qui a son en»* e à quelques milles de Pontranak.

ÙAt remarquer dans le premier Tolume de cet onvrage^j fut l'objet des efforts non interrompus de ce Gourerneur-Général; la prospérité de toutes les classes d'habitants s'accrut au moyen de l'étonnante activité qa'il parvint à introduire dans les travaux agricoles ^ ainsi que par les soins nombreux et assidus donnés aux cultures des différentes denrées précieuses. Ce nouveau système des cultures^ créé par le Général van den Bosch, porta les productions de Java à une abondance jusque là inconnue , et mit l'agriculture à ' même de livrer aux marchés de l'Europe, une plus grande quantité de denrées coloniales que n'en produisaient jusque là les possessions intertropicales d'aucune des autres nations commerçantes. Toutefois, ce système a trouvé des cri* tiques qui ne sont pas complètement dénués de fondement, mais qu'il n'est pas de notre tâche d'examiner, en ce qu'elles sont étrangères au sujet que nous traitons ici. Il n'en est pas de même par rapport à la politique suivie par ce Gouverneur Général.

Avant de porter un jugement et d'émettre notre opinion sur cette politique, relativement aux autres possessions en dehors de Java, il sera nécessaire de faire connaître en peu de mots, l'état alarmant dans lequel Java et ses dépendances se trouvaient réduits, à l'époque où cet homme d'état prit en mains les rênes du gouvernement colonial. ,

La guerre contre Dhipo Negoro, poursuivie pendant cinq années, continuait toujours, au commencement de l'année 1850, d'exercer ses ravages à Java. L'année 1829 avait offert un déflcit d'environ 6 mil-

lions de florins, sans compter les frais de la guerre quf retombaient à la charge de l'Etat de Djokjokarta. La nou- Telle ordonnance royale stipulait, qu'à partir de l'exercice de 1831 , l'Inde serait tenue de couvrir ses dépenses, sans le concours du trésor de la métropole d'eu* rope. La guerre à Sumatra était balancée par des succès et des revers, et les troupes engagées dans la latte contre les padrisj avaient été appelées pour la plus grande partie sur le théâtre de la guerre à Java. 11 fallait par conséquent qu'on prit incontinent des me-^ sures énergiques pour assurer la tranquillité à JaVa. Le déficit devait être comblé avant 1831, et les recettes devaient excéder les dépenses. La guerre commencée à Sumatra demandait à être poursuivie, et elle était nécessaire, attendu notre position équivoque dans cette lie.

Doit-on être surpris dès lors que, dans des circonstances aussi graves, le Général van den Bosch se soit préoccupé exclusivement de ta pensée d'aviser au moyen de faire face à toutes ces nécessités, et qu'en créant son système des cultures, il ait trop exclusivement voué son attention aux ressources immédiates qu'une partie de ces possessions pouvait offrir au trésor, tandis que ses vues politiques et sa sollicitude ne s'étendaient pas aussi directement sur le sort à venir des autres possessions de l'Archipel. Si nous nous formons one juste idée de la tendance de cette politique, nous <^royoDs qu'elle peut être définie ainsi: assurer aux fOisessions de V Archipel , par une organisation nouvelle ^ travaî(j: de V agriculture ^ la faculté de livrer des

produits d^un débauché certain 9ur les matdtis d^Eth rope; encourager par ce moyen Pindustrie des indigènes j et mettre le commerce et la navigation à même d^en retirer des bénéfices y en assurant en même temps au trésor de la métropole des revenus considérables. En d'autres termes : le général consacra tous ses soins à ^o^ ganisation de son système dans Pile de Java, comme étant la plus productive, et il limita les dépenses aa strict nécessaire, pour toutes les autres îles qui ne rapportaient pas un bénéfice certain. Comme une des conséquences de cette politique, il paraissait contraire aux vues du Gouyerneur-général , d'étendre les relations avec les princes de la Malaisie au delà de celles qu'il trouvait établies , non plus que de s'immiscer dans les affaires de ces princes avec les indigènes , attendu qu'il voulait maintenir provisoirement le statu quoy dans les grandes dépendances de Java.

Il résulte, selon notre opinion ^ de celte manière d'envisager les intérêts de la Néerlande dans l'Archipel, que Bornéo n'obtint qu'une faible part dans la sollicitude du Général van den Bosch, et que se reposant sur la bonne foi de V Angleterre à maintenir V esprit et la tendance du traité de 1824, il différa, ou remit à un avenir plus propice, le soin de prendre des mesures plus énergiques dans l'intérêt de cette vaste possession de l'Etat. Cette politique, que nous ne nous permettons pas de stigmatiser du nom d'imprévoyante, comme l'ont fait certains critiques, nous parait au contraire prudente et sage, surtout à l'envisager du point de vue des circonstances peu favorables dans

lesquelles le général se trouvait alors placé , tant à Java qu'à Sumatra* Nous ne lui imputons pas non plus de ne pas avoir tenu compte des considérations émises dans les rapports faits par quelques commissaires envoyés à Sambas et à Pontianak, rapports par lesquels ceux-ci recommandent à l'attention de l'autorité, de for* mer un établissement sur la côte septentrionale de Bornéo: le major G.Mûller insistait même dans son rapport, sur ce que le gouvernement s'établit d'une manière plus décisive à Boméo*propre , afin que, par des démonstrations plus significatives, il se vit à même de réprimer la piraterie avec plus de chance de succès qu'on ne pouvait le faire à Sambas ou à Pontianak.

L'on prétend également que le commerce dans l'Inde s'est adressé à la Haute-régence de Batavia, afin d'engager l'autorité à conclure un traité avec le Sultan de Bornéo-propre; mais il parait que la politique suJTJe par le Général van den Bosch s'est constamment opposée à ce que le gouvernement étendit ses relations avec les princes de l'Archipel, ou qu'il s'immisçât davantage dans les rapports de ces princes avec les populations indigènes, autres que celles existantes à Java et à Sumatra. On nous a assuré encore, mais nous n'avons aucune certitude du fait, qu'en 1837, l'autorité à Java soumit au gouvernement de la métropole le projet d'entamer des relations avec le Sultan de Bornéo-propre, en lui envoyant dans ce but une ambassade, afin d'ouvrir avec cet £tat des rapports commerciaux: toutefois, cette proposition n'eut aucune suite, et il paraît qu'on s'en tint alors à la politique

suivie jusque là par le GouTerneur Géaéral van den Bosck j qui à cette époque , se trouTait chargé du portefeuille du ministère des Colonies.

Nous n'avons point à nous occuper ici de» conséquences que cette politique aurait exercées sur les événements qui ont eu lieu dans l'Archipel, surtout pendant les dernières années qui viennent de s'écouler; et cela d'autant plus que nous avons le projet d'entretenir le lecteur, dans les chapitres subséquents, des tentatives faites par l'Anglais Brooke, ainsi que de la série des faits accomplis par l'Angleterre, et principalement aussi des droits incontestables de la Néerlande sur l'ile de Bornéo.

Ce qu'il est nécessaire de dire encore, c'est qu'en 1858, le gouvernement avait le projet de conclure des traités avec les princes des états sur la côte septentrionale de Bornéo; mais il s'est vu inopinément entravé dans son action par les démarches des agents anglais, Earl et Brooke, surtout par les actes que se permit James Brooke à Sarawak, actes qui furent promptement suivis par les expéditions hostiles, entreprises coup sur coup par les bâtiments de guerre, envoyés à Bornéo par le gouvernement indo-britannique, et qui eurent lieu sans communication préalable faite au gouvernement néerlandais.

Pour ce qui est relatif au commerce à Bornéo, nous voyons que le gouvernement a pris dans ces dernières années des mesures propres à raviver et à étendre le trafic des peuples de l'Archipel, ainsi qu'à rappeler le commerce, sous tous les pnvilIwiSj vers la céi^

occidentale, en mênoe temps qu'il s'est appGqoé a y protéger la navigation qai s'en détournait de plus en plus. Le 1 Janvier 1834 a paru le décret de franchise de tous les droits dans les établissements de Pontianak et de Sambas; le commerçant n'y est tenu qu'à la déclaration de la valeur des marchandises qu'il importe ou qu'il exporte, et les navires ne payent qu'un droit d'ancrage fort modique, mais qui est porté au double pour les navires sous pavillon étranger. . Par cette mesure, aussi salutaire que* remarquable, le gouvernement s'est empressé d'ouvrir une large voie dans l'intérêt du commerce en même temps que dans celui de Bornéo ; il s'est mis ainsi le premier à même de tirer profit des productions de cette île, tandis que l'industrie manufacturière y trouvait Clément son compte, par le débouché certain de ses produits dans ce vaste pays. — Qu'il nous soit permis maintenant, d'adresser aux commerçants dans la métropole d'Europe , les questions suivantes: se sont-ils empressés de répondre à cet appel du gouvernement, et comment se fait-il que ces ports libres de la cote occidentale n'ont pas été plus assidûment visités par des navires européens sous pavillon néerlandais, qu'ils ne l'ont été avant la franchise accordée à ces ports? Nous croyons pouvoir assurer que, depuis les douze années que les ports de Ponliauak et de Sambas jouissent de la liberté, pas un seul navire frété par le commerce d'Amsterdam et de Rotterdam ne s'y est présenté.

En parlant de Singapore et de Riouw, pages 115 et 114 de ce volume, nous nous sommes permis d'adresser

des reprobhes au commerce national sur la torpeur a laquelle il se résigne, ainsi que sur le peu d'efforts * qu'il fait pour soutenir de ses capitaux, les mesures libérales du pouvoir, particulièrement lorsque celui-ci fait des concessions dans l'intérêt direct et bien enten* -du du commerce et de la navigation. Nous sommes convaincu que, sans la participation énergique et le concours des capitaux du commerce néerlandais^ ces ports libres de Bornéo, pas plus que celui de Riouw, ne jouiront d'aucune prospérité, et que le pavillon britannique ne rencontrera 'qu'un bien faible rival dans celui de la Néerlande, partout où le génie commercial des Anglais trouvera que leur intérêt les porte à profiter des avantages offerts à tous les pavillons étrangers dans nos ports francs de la Malaisie.

Espérons toutefois que nos commerçants sauront profiter avec plus d'ardeur et de résolution du nouvel établissement qui leur est ouvert, par la déclaration fort récente du gouvernement qui vient d'accorder la liberté de port à Macassar (île de Célèbes). Une nouvelle voie vient de leur être ouverte; ils ont la faculté et tout le temps de se mettre en mesure afin d'être les premiers à tirer parli de cette circonstance favorable, et surtout afin de ne pas se laisser prévenir ni déborder par le génie commercial des Anglais (1). Mais afin que, dans aucun cas , la concurrence étrangère ne puisse porter ombrage

(1) Consulter, les articles publiés & ce sujet dans le Journal eu commerce à^Amtterdam (Handelsblad), cfe« 4, S'e^ 10 Féwritf

à notre payitlon dans PÂrchipei, ne serait-il |>as (nous le demandons peat-étre trop inconsidérément,) dans Pintérét de la Société du commerce {Handelmaatschajh P9), dé prendre l'initiative, en établissant à Macassar une maison de commerce qu'elle soutiendrait par ses fonds de réserve? Peu importerait pour lors que des commandites de Singapore vinssent se fixer à Macassar , pourvu que les maisons néerlandaises y occupassent le premier rang, et que la navigation principale se fit sous le pavillon qui couvre l'Archipel de sa protection.

Envisagé sous le point de vue politique , il est regrettable que la mesure prise à l'égard du port de Macassar n'ait pas été adoptée il y à 18 ans, lorsque l'établissement de Riouw fut déclaré port-franc (1); car il est probable dès lors que Singapore ne serait pas parvenu à ce haut degré de splendeur commerciale, auquel il se trouve placé aujourd'hui. Nous aurons à nous occuper encore de cet important sujet, dans la partie de notre ouvrage qui sera consacrée à l'ile de Géièbes. Les conjonctures actuelles rendent cette digression opportune; mais revenons au sujet qui nous occupe maintenant.

Depuis que le gouvernement, à dater de 1824, a établi des employés civils et des postes militaires dans ^ états des Sultans de Bornéo qui ont reconnu sa suzeraineté, et que des traités conclus avec ces princes ^surent à ceux-ci un revenu solide et durable, la pi-

(1) Rîociw a été déclaré port-franc par arrêté royal da 10 A»H1 1828.

raterie a diminué considérablement smr ces cdtes: prî- Tes de leurs plus fermes soutiens et redoutant la sa^ yeillance sévère que les croisières de l'Etat exercent dans ces parages, les radjas et les chefs des forbans craignent de prêter la main à ce métier; quelques-uns de ces anciens chefs de pirates , en arborant sur leurs prahoe le pavillon de l'Etat, servent aujourd'hui couh me auxiliaires, et contribuent par leur exemple, à réprimer l'audace des écumeurs de mer. Ceux-ci ne trouvant plus de connivence chez ces princes, ni de facilité à se défaire des marchandises capturées dans les lieux principaux où résident maintenant des employés européens, se voyent réduits à exercer la pi« raterie dans des proportions bien moins redoutables pour le commerce de cabotage. L'établissement mieux entendu et plus solide du pouvoir néerlandais sur les côtes occidentales et orientales, a eu pour résultat, non seulement de mettre un frein à la piraterie qui allait sans cesse croissant et devenait de plus en plus meurtrière; mais il a également imposé aux sultans l'obligation de traiter les aborigènes selon des principes plus équitables. Ces tribus qui reconnaissent leur autorité, ne sont plus en but, comme par le passé, à leur caprice brutal, ni exposées aux vexations qu'exerçaient sur elles les chefs malais: on n'entend plas parler de ces expéditions sanguinaires, ni de ces brigandages, dont les scènes horribles répandaient encore naguère la terreur parmi les paisibles Dajaks de l'intérieur. Les dépenses que le gouvernement colonial est dans la nécessité de supporter, pour organiser ce nouveau ré*

gime administratif sur les côtes occidentales et orientales, ainsi que les armements dispendieux contre les pirates, excèdent pour le moment les recettes; mais il est également constaté qu'une île d'une étendue aussi yaste que l'est Bornéo, ne peut manquer d'offrir des ressources nombreuses pour le commerce et le dé?eloppement de l'industrie de la métropole. Toutefois , ces mesures ne pourront être appréciées à leur juste valeur, et elles ne peuvent contribuer efficacement à maintenir l'équilibre entre les dépenses et les recettes, que lorsqu'on aura pu juger, avec meilleure connaissance de cause qu'aujourd'hui, des produits du sol qui sont propres à l'exportatioD, ainsi que des ressources que ce sol, vierge encore pour la plus grande partie, peut offrir à des cultures plus soignées.

Le commerce de cabotage ayant obtenu en 1834, sur cette côte, un point central favorablement situé, affran-^ chi de toute entrave, il sera plus facile de ranimer dans ces contrées, la navigation indigène des prahoe qui s'en détournait de plus en plus, et à laquelle il était nécessaire d'ouvrir de nouvelles voies. Les Dajaks de l'intérieur, protégés d'une manière plus énergique contre les spoliations clandestines que les radjas leur font subir, nonobstant la surveillance des agents européens, se verront plus à l'aise, et totalement libérés de toute entrave despotique ; ils pourront se livrer avec plus d'ardeur et de succès à l'agriculture, et ils feront sans doute affluer leurs produits vers la côte, par le moyen des rivières nombreuses qui arrosent leurs

Il ne s'agit pas pour le moment d'agiter la question financière et de calculer froidement de quel côté penchera la balance. Nous avons à remplir un devoir envers l'humanité; l'Europe nous demande compte de h civilisation de ces peuples , et l'Archipel malais peut à juste titre réclamer une part des sommes qu'il verse an* nuellement dans les caisses de l'Etat, pour être em- 4)loyée au bien-être matériel de ses nombreuses popolations, à la propagation des lumières, ainsi qu'à l'établissement de l'ordre social dans la vaste région sur laquelle la Néerlande exerce son influence.

Relativement aux efibrts qu'a fait depuis 1816, le gouvernement des Pays-bas pour réprimer la piraterie dans les mers de l'Archipel (1), on ne saurait, sans être aussi injuste que le sont à cet égard quelques feuil* les anglaises, imputer à notre marine militaire quelque relâchement dans la surveillance des écuraeurs de mer, dans les parages du grand Archipel de l'Inde. Nous pouvons dire, sans redouter aucune réfutation, que de toutes les nations commerçantes, aucune ne s'est donné, depuis trente années, autant de peine que la n^tre pour combattre- les forbans malais jusque dans leurs repaires; témoins l'organisation des prahœ armés en course, les nombreuses expéditions de nos croisières, celle surtout, très-glorieuse, du pyroscaphe PHéddj dont les détails vinrent fort à propos démentir les allégations du journal anglais the Globe. Mais il &ut

(1) Voir auwïy sur la piratene dans les parages de Pile de hnt le l^ Tolame de cet écrie, pge 344.

iher la source de ces attaques mal fondées, dans milles commerciales de Singapore et de Poeloe Pi* y écrites dans un style toujours hostile au com* e néerlandais, tandis qu'on peut attribuer à la eu- \ mercantile de Singapore, une grande part dans ace des écumeurs de mer dans ces parages, sur« lorsqu'ils attaquent à Timproyiste les bâtiments le sont pas couverts par le pavillon britannique, este , quiconque connaît les mers de l'Inde se gar« bien de dire qu'il est facile d'y réprimer la piraterie, ôtes de l'ile de Bornéo se prêtent à merveille à l'exer* ie cette industrie; d'un abord difficile pour les nade guerre à voiles ou d'un fort tirant d'eau, elles it aux prahoe des pirates une infinité de petites baies ses par des îlots et défendues par des récifs. On ;oit de loin des flottes de pirates reposant tranquille- . sur leurs ancres. Si l'on dirige vers ces bandits les rcations d'un vaisseau, ils s'échappent bientôt, grâce gilité de leurs rameurs et à leur, parfaite connais* î des lieux. Les parages à l'est du détroit de Mai sont parsemées de milliers d'ilôts et de récifs, is-fonds, de bouches nombreuses des fleuves, d'an^ t de criques où les pirates peuvent se cacher avec as grande sécurité. Ce n'est que lorsqu'ils sortent mrs repaires pour se livrer au pillage, ou pour re leur butin, qu'on peut les atteindre; mais il pas toujours facile de les convaincre; il faut pour es prendre en flagrant délit; c'est alors seulement 'on peut intervenir par la force, les couler à fond, apturer et faire sur eux main-basse, ou bien les

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liyrer à la rigueur des lois. Dans toute autre circonstance, la mesure équivaudrait à une extermination que Thumanilé repousse; on ne saurait en faire usage sans s'exposer à confondre les prahoe livrés au cornmerce avec ceux des pirates; ce serait aussi mettre on pouvoir discrétionnaire, illimité, entre les mains des officiers de la marine, et un moyen facile de ruiner la navigation des peuplades de l'Archipel, dont les pra* Aoe fréquentent des ports, vers lesquels l'intérêt commercial pourrait les empêcher de conduire leurs cargaisons.

Cerait-ce, parce que le gouvernement néerlandais dans l'Inde observe les lois de la justice et de l'équité et qu'il n'enfreint point les traités conclus, qu'on l'accuse, comme le font quelques écrivains, de manqua de la force nécessaire ou de se résigner à une torpeur fatale en fait de répression de la piraterie? Les ordonnances émanées de l'autorité de la Compagnie des Indes, celles promulguées sous le gouvernement néerlandais, depuis 1816 jusqu'aujourd'hui, réfutent suffisamment ces imputations; tandis que les faits principaux de répression, dont nous donnons le sommaire dans leur ordre chronologique, servent à les repousser victorieusement. Les indications sont empruntées à des publications récentes (1).

(1) Voir, Ttjdschri/t voor NeérlaniTs Indië, 6*. en 7«. gangenj et Notices historiques sur les pirateries commises dans l'Archipel indien oriental. Voir, le Moniteur des Indes, n®. 8, 9etl Mr. Cornets de Groot, Secrétaire-Gënëral au Ministère des Colonies est l'auteur de cette histoire détaillée sur la piraterie, nous en

Nous Toyons que, dès 1705, la Compagnie des Indes ^t pris des mesures pour réprimer la piraterie; on rait fixé le nombre des hommes d^équipage et des issagers pour tous les bâtiments indigènes. — Une ormnance du 29 Juillet 1708, constate que quelques pi* ites avaient été remis au Sultan de Bantam pour être mis. — Par résolution du 8 Février 1726, que la Gom* ignie avait entre les mains des pirates des parages de imor. — La résolution du 19 Avril 1751, fait encore ention de trois bâtiments croiseursy qui étaient soutenus ur des bâtiments armés aux frais des princes de Ghé* bon; ils donnèrent la chasse à dix-sept corsaires sur

cdte de Java. — Le schooner , le lion de mer {de Zeestitr), monté par 24 hommes, croisait en Novembre 1769 ins la baie des Lampongs. — La résolution du 25 Fé* ier 1755, renouvelle les mesures prises par celle I 1705, par rapport au nombre fixé de matelots et \ passagers à bord des bâtiments indigènes; les prints sont tenus de munir leurs bâtiments de passe- )rts, indiquant la grandeur, l'armement, ainsi que 1 force de l'équipage. Les passagers sont soumis au mtrâle, et il doit être fait mention de leur départ et e leur arrivée. Les armes à bord sont soumises à ine visite comparative avec le texte du passe-port. Enin il est décidé qu'au lieu de croiseurs ayant la forme l« galères vénitiennes, on se servira de bâtiments Qarchant à la voile ou à la rame , et qui sont nommés

^ Dnc notice succincte, en nous bornant aox faits principal ^quels nous ajoutons quelques observations.

iiiille-pieds {duizendbeenen)^ montés par six Européens ' et le reste d'indigènes. — La résolution du 4 Novembre \ 1760, établit qu'une croisière sera stationnée yers les bouches du Jambi , sur la côte de Sumatra. — Par ré- ! solution du 26 Mars et du 20 Août 1760, le Sultan de ! Bantam fut sévèrement repris sur les relations qu'il entretenait avec les pirates: on l'avertit de veillera réprimer ces brigandages et de défendre à ses sujets d'acheter][aux pirates leurs captifs. — La résolution du 18 Juin ; 1773, porte qu'on signifiera aux Sultans de Djohor et de ' Pahang (Malakka) que , puisqu'il est évident qu'ils soutiennent les pirates et prennent part au butin, la Ck>mpagnie leur enjoint de rompre avec les brigands et de détruire les bâtiments armés en course; sinon, qu'on a pris la ferme résolution de pénétrer à main armée dans les états de ces princes. — Déjà du temps de la Compagnie, on avait créé une marine coloniale qu'on réorganisa sous le gouvernement du Baron van | der Capellen, mais qui depuis ce temps, a été rem* placée par la marine royale.

N'oublions pas de mentionner ici que la Compagnie des Indes forma des établissements dans plusieurs pa^ ties de l'Archipel, non seulement dans le but de protéger le monopole des épiceries, mais aussi afin de réprimer la piraterie. Tous ces postes militaires, placés comme autant d'avant-gardes dans quelques îles des Moluques et 4es Archipels orientaux, sont encore maintenus de nos jours, et plusieurs autres poini-^ sur les côtes des grandes lies, n'y ont été établis ^ grands frais, qu'avec le but principal de protéger ^^

de défendre la navigation et le commerce contre lesr attaques des pirates, ainsi que pour empêcher les chefs malais de prendre part à ces brigandages ou de recèle n les objets capturés.

Dans les premières années qui suivirent la dissolu-* tion de la Compagnie, le gouvernement d'alors statua^ par sa publication du 16 Mai 1806, que nonseulement on n'accorderait aucun passe-port aux capitaines, armateurs ou propriétaires de bâtiments con-> BUS sous les noms de penjajap, de kakap ou de balorOy mais que toutes les fois que des bâtiments de cette construction se montreraient dans quelque rade ou port de l'Archipel, on les arrêterait comme suspects. Plusieurs rencontres sanglantes eurent lieu pendant ce temps avec les pirates et les croiseurs de l'état. — Pendant les trois années que dura l'admini« stration du Gouverneur-Général Daendels, 1808 — 1811, on travailla sans relâche à Combattre les pirates. — En 1810 on avait équipé une flotille de quarante pror hoBj armés dans le but spécial de protéger les côtes de Java. — Dans son arrêté du 22 Août 1810 fut décrété la formulé du serment imposé au Sultan de Bantam. Le prince promettait qu'il ne souffrirait aucun pirate, et que s'il lui en tombait entre les mains, il leur infligerait une punition exemplaire.

Le Gouverneur Janssens, par son arrêté du 6 Juin

iSll, adjugea aux capteurs une part dans les prises et

le butin fait sur les pirates. Quant aux pirateries et à

\ ^01 qui s'en rendraient coupables , ou simplement com^

plices, comme aussi à l'égard de toute spoliation,, de

tout pillage ou vol commis en pleine mer, sur le navire ou la cai^ison, les hautes-cours de justice, ainsi que les cours inférieures , deyaient prononcer leur jugement après les enquêtes nécessaires, en se conformant au droit des gens, au droit politique admis en Eorope et en particulier dans l'empire firançais, sans toutefois se départir des lois et usages établis dans la colonie. Pendant Tadministration anglaise à Java, les mers qui baignent les côtes de cette ile furent plus que jamais infestées par les pirates. En Mars 1812, ces brigands furent vivement attaqués par le schooner de guerre anglais le Wellington y capitaine Gromey, soutenu par deux chaloupes canonnières et par sii bâtiments armés des indigènes. Le plus grand navire corsaire accosta le Wellington ^ qui n'échappa qu'avec peine à l'abordage. Au mois de Mai suivant, les pirates soutinrent un combat contre les chaloupes armées du navire de guerre le Modeste. Nombre de pirates fréquentaient les eaux des iles Kangean et y faisaient même des descentes. Le Coromandel ayant échoué sur la côte de Bornéo, fut pris et brûlé par des pirates. La Mathilda aperçut ailleurs dix-sept grands prahoe corsaires, et l^Helen en vint aux mains dans le détroit de Bangka avec un bâtiment dont l'équipage se composait xl'environ 80 pirates; un feu de mitraille bien nourri le préserva de l'abordage. En 1813 et 1814 plusieurs pirates ont été poursuivis en mer par des croiseurs anglais; mais on ne trQUve marqué nulle part que quelque mesure aurait été prise pour attaquer les repaires de ces écumeurs de nier.

La Hollande ayant recouvré ces possessions en 1816, il fut expressément statué par l'article 38 du règlement gouvernemental établi en 1818, que le Gouverneur-Général aurait à veiller à la sûreté des personnes et des colons, contre les pirateries des peuplades indigènes. L'un des premiers actes du gouvernement néerlandais, après sa restauration, fut d'améliorer* la marine coloniale et de la mettre en état de protéger efficacement le commerce. On assigna aux bâtiments de cette marine des stations fixes, où ils devaient rester en croisière. Le Gouverneur-Général van der Capellen ne négligea aucune occasion pour obtenir des renseignements positifs sur les pirates et sur les cas de piraterie; plusieurs documents officiels que nous ne relatons point ici, en font foi. — £n'1817 et 1818 on contracta de nouvelles alliances avec les Sultans de Banjermasing et de Lingga, et en 1819 avec ceux de Pontianak, de Mampawa et de Sambas. Ces princes s'engagèrent solennellement à réprimer la piraterie, et le gouvernement leur enjoignit de seconder les opérations des croisières coloniales stationnées à cette fin le long des côtes de Bornéo. Les mêmes clauses furent stipulées dans les contrats passés avec les^ chefs indigènes de Gélèbes.

Nonobstant toutes ces mesures et les soins assidus de l'autorité pour l'organisation des moyens de répression, les cas de piraterie se renouvelèrent de manière i susciter de vives alarmes, et maintes captures ïui^nt faites par les écumeurs de mer. En 1819, ils attaquèrent le schooner le Lucifer qui n'échappa qu'à

peine aux forbans. A la même époque le brick de commerce Susanna Barbara^ fut attaqué par cinq prahoe; plusieurs autres attaques et la prise de quelques navires sur les côtes de Java, excitèrent l'audace des pirates qui ne craignirent pas même d'infester de leurs déprédations l'ile de (Noesa) Kambangan (1). Depuis 1816 jusqu'en 1820, les tentatives des pirates ont été nombreuses et fort souvent elles ont été couronnées de succès; ils firent à plusieurs reprises des descentes sur la côte septentrionale de Java, enlevèrent des hommes et brûlèrent les relais de la poste; d'autres points de l'ile de Java, ainsi que celle de Madura , devinrent également le théâtre de leurs méfaits. L'insuffisance de la marine coloniale, instituée comme elle l'était, pour réprimer la piraterie, une fois bien reconnue, on crut qu'il serait plus utile, comme s'exprime l'arrêté du 11 Octobre 1821, d'augmenter, le long des côtes de Java, le nombre des bâtiments armés indigènes, et d'établir une distinction entre ces bâtiments et les navires de guerre de la marine coloniale. Non seulement on reconnut que 1q nombre des bâtiments en service ne suffisait pas, mais que leur construction ne répondait pas au but; c'est pourquoi l'on ajouta aux forces existantes un certain nombre de prahoe indigènes , d'une marche rapide ; ils furent échelonnés le long des côtes de Java, et confiés à la

(1) Dans le premier volume p. 333, il est dit que le nom de celle île siipifie Pile du rocher fleuri; c'est incorrect, car IVoesa Kambangan traduit liltéralement est : ile flottante.

surreillaDce des régents indigènes , sous l'autorité immédiate des résidents européens. Lorsque les circonstances locales le permettraient , l'organisation qu'on venait d'établir à Ja?a, serait également exécutoire dans tous les établissements de l'Archipel où de petits bâtiments seraient jugé nécessaire. Pour s'assurer que les croisières ne pouraient par leur présence troubler les commerçants paisi» blés, mais leur prêteraient une assistance efficace, il fut ordonné qu'elles porteraient chacune un numéro, de la grandeur de deux pieds, peint au vernis sur leurs voiles. — L'arrêté du 31- Octobre 1821 porte que la marine coloniale proprement dite sera composée de: 5 corvettes de 20 à 24 canons; 8 bricks ou grands schooners de 16 à 18 canons; 14 schooners de 12 à 14 canons; 2 navires de garde ou de dépôt.

On assigna à cette marine diverses stations et croisières pour protéger le commerce le long des côtes de Java, ainsi que dans les Moluques et dans les eaux de Célèbes, Sumatra, Bangka et Bornéo. Le gouvernement ne se borna point à ces mesures. En 1821, à la suite de la soumission de Palembang, l'ile de Bilitoen reconnut notre pouvoir. La population dont l'industrie principale consistait dans la piraterie, et dont les />raAa6« pouvaient atteindre au chiffre de 200, s'engagea à ne plus commettre de brigandages; les chefs prêtèrent serment de fidélité et d'obéissance au gouvernement.

L'année 1822 fut remarquable par une expédition 'tXiportante dirigée contre les pirates de Tontoli et de

quelques autres endroits de la côte de Cél&bes. Cette expédition était composée de la fr^te royale le Mdampus et de cinq bâtiments de la marine coloniale, arec mille hommes de troupes auxiliaires indigènes, repartis dans 24 padoeakan. Un grand nombre de repaires et de yillages des pirates furent réduits en cendres, SO de leurs prahœ détruits, 23 pièces de canons capturées, et 40 pirates perdirent la yie. Nonobstant ce succès, l'année suivante 1823, un brick marchand fot enlevé sur la côte septentrionale de Java par sept corsaires.

La répression de la piraterie, but constant du gouvernement, fut le sujet d'une clause expresse dans les contrats passés en Juin 1823, avec le Sultan de Matan et le panembahan de Simpang. Le Radja Akii, ancien chef de pirate, passé depuis au service du gouvernement, commandait alors sous le titre de major, une flotille de prahoe^ stationnée sur les côtes de Bornéo, afin d'y repousser la piraterie. Déjà alors il était question d'établir ce commandant indigène à Earimata ou à Succadana, mesure qui ne fut prise qu'en 1828.

Le Gouverneur des Moluques, Merkus, voulut, dès son entrée en fonctions, consolider la tranquillité et la paix dans cette partie de l'Archipel qui n'est pas immédiatement soumise à notre domination, et où la piraterie semblait avoir pris racine ; certain Radja Djilolo venait même exercer ses violences jusque sous le feu du fort Victoria à Amboine. Cependant Mr. Merkus échoua d'abord dans ses eflbrts pour soumellre ce bri-

gand, qui avait constrait un fortin {benting) à Hatiling sur la côte de Céram. Deux corvettes royales, la Pauhwna et la Komeet, partirent d'Âmboine et vinrent sommer Djilolo de se rendre: on leur répondit à coups de canon y sur quoi les corvettes ouvrirent leur feu sur la forteresse et les Âlfoures en firent l'assaut. On rasa le benting; on s'empara de 80 prahœ y et on construisit au même endroit un fort capable de protéger le commer* ce des paisibles habitants âlfoures de cette île. Mais le Radja Djilolo et plusieurs de ses adhérents avaient pris la fuite dans l'intérieur de l'Ile. Le gouvernement résolut de le gagner par des propositions conciliantes: le gouverneur Merkus ouvrit en 1825 des négociations avec ce radja; elles eurent pour résultat que ce chef rebelle consentit à s'établir avec sa suite sur la côte septentrionale de la grande Géram, sous la protection du gouvernement. L'on put se convaincre depuis, de l'heureuse influence qu'avait exercée sur ce pirate jadis si redouté, la modération et la douceur, montrées dans cette circonstance.

Une année avant cette époque, avait été conclu, le 17 Mars 1824, le traité remarquable entre la Néerlande et l'Angleterre, destiné à mettre une terme aux différends survenus entre les deux puissances par l'occupation simultanée de difierentes parties de l'Inde. L'article 5, relatif au sujet qui nous occupe, porte:

Leurs Majestés britannique et néerlandaise s'engagent de la même manière à concourir efficacement à la ré* pression de la piraterie dans ces mers. Elles n^accorderont point de refuge ou de protection à des bâtiments

exerçant la pirateriey et elles ne permettrent^ en oitcum casj que les navires ou marchandises ca^uris par de tels bâtiments soient itUroduitSy déposés ou vmdus en aucune de leurs possessions.

' Article complètement snperflur pour ce qui concerne la Néerlande, poisqu'à Singapore on se trouvait par^ faitement au courant de tout ce qui se passa (hns l'Archipel y et qu'on savait que le gouTemement néerlandais agissait conformément à ce que ce paragraphe exigeait de sa part: en effet, tout ce qui Tient d'étrs arancé plus haut le montre clairement.

Il est de (ait que l'alliance conclue avec l'Anglete^ re a eu pour résultat , de la part du gouvernement née^ landais, l'envoi d'un fonctionnaire à Singapore, chargé de s'entendre avec le résident anglais sur les moyens à employer pour réprimer la piraterie par la force des armes, et d'entrer immédiatement en rapport avec les princes de Lin^a. Il ne parait pas que, de son côté, le gouvernement anglais ait pris des mesures quelconques.

En 1824, à l'occasion du renouvellement du contrat, connu sous le nom de Bongaisch contracta avec les princes de Gélèbes, il fut stipulé: que les hâtimenls de ces princes, pour se voir admis dans les possessions néerlandaises, devront désormais être munis de passeports néerlandais, et qu'ils seront soumis aux règlements sur le commerce et la navigation.

Dans cette même année furent conclus des traités avec les Sultans de Ternate et de Tidor, par lesquels ces princes s'engagèrent à assister le gouvernement d'hommes et* de bâtiments contre les pirates.

Le journal de Batavia de 1824, fournit le résumé de tout ce qui a eu lieu en fait de répression de la piraterie sur les côtes de Java, dans le courant de cette année. — Les mesures pour la sûreté de nos côtes contre les pirateries, ont en général donné d'excellents résultats. Le commerce de cabotage et les habitants des côtes n'ont pas éprouvé de pertes importantes. — Pendant le mois de* Juin, soixante-dix corsaires papoes ou céramais se montrèrent dans le voisinage de Banjoewangi^ mais une. petite escadre de la marine coloniale et l'arrivée de la corvette royale Komeet les fit disparaître, avant qu'ils eussent eu le temps de commettre quelques brigandages. — Vers le même temps les îles de Kangean à l'est de Madura, furent inquiétées aussi par la flotille qui avait été vue à Banjoewangi; mais les bâtiments de la marine coloniale lui donnèrent si vivement la chasse, qu'elle quitta aussitôt ces parages où elle n'a plus reparu. — La chaloupe canonnière n^. 15, rencontra une partie de cette flotille; mais la nuit qui survint, l'empêcha d'obtenir aucun avantage 5ur ces prahoe. — Le schooner de Circé reprit sur quelques pirates, au nord de Madura, un bâtiment chargé de sel et le rendit à son propriétaire. — Des pirates se montrèrent dans la baie de Panaroekan; la canonnière n^. 18 en vint aux mains avec un de leurs prahoe j qui, malgré de fortes avaries, échappa à la &veur du calme plat. — On découvrit aussi des pirates près de Ghéribon. Les schooners le Castor et VEmma^ envoyés aussitôt contre eux, les firent bientôt disparaître.

Ce journal termine: Un état de choses si longtemps

dédré et si favorable au commerce indigèiie, doit ébe attribué à FactiTité qu'ont montrée à l'envi, dans l'exercice de leurs fonctions, les commandants de diyers bâtiments en station et de la marine coloniale. Les commandants indigènes des prakce du gonTeme» ment,' ont prouvé en plusieurs circonstances, qu'ils ne sont nullement inférieurs en courage à l'ennemi qu'ils avaient à combattre. Les pirates ont eu le dessous dans chaque rencontre.

En 182S, deux vaisseaux du commerce frétés par le gouvernement, ayant à bord divers transports militaires qui devaient faire [lartie de l'expédition contre l'état de Boni (Célèbes), rencontrèrent en mer deux grands bâtiments pirates qui croyaient pouvoir s'emparer de ces navires, ne les supposant pas capables de faire résistance. On laissa arriver les pirates à portée de fiisil; l'un des prahœ prit feu et coula , l'autre perdit beaucoup de monde, mais il échappa à force de rames.

Dans cette même année, le gouvernement de l'Inde envoya Mr. van Ângelbeek à Singapore et à Riouw, pour obtenir de la part du gouvernement indo-britannique, quelque coopération pour la répression de la pirate* rie^ car, bien que le besoin ne s'en fut point encore fait sentir, ce concours était désirable sous tous les rapports, surtout pour prévenir des difficultés qui pou^ raient naitre entre les deux gouvernements, relativement à leurs possessions dans l'Inde.

Dans le rapport du 12 Avril 1825, Mr. van Ângel* beek rend compte de sa mission au Gouverneur-Général, Baron van derCapelien, dans ces termes: »J'ai cru

leur emploi; mais il r^ardait la complète expulsioii des pirates, au moyen des croisières ordinaires, comme fort di£Scile, pour ne pas dire impossible. Il vent que ces bateaux croisent toute l'année entre Jaia et Poeloe Pinang; ils devraient parcourir sans cesse les détroits de Malacca, Riouw, Bangka et enfin les câtes de Jaya et de Bornéo, pour les purger des piratesT: ceuxci, fatigués de voir leurs entreprises échouer partout, seraient enfin forcés de chercher d'autres moyens de Subsistance, et ce terrible fléau cesserait."

» J'ai constamment , dit encore Mr. van Angelbeek dans son rapport général du 14 Août 1825, mis sous les yeux du vice-roi à Riouw, Radja Jafar, que pour parvenir à un certain degré de prospérité et de bienêtre, il était nécessaire d'adopter un système de gouvernemenl plus énergique et en même temps plus généreux , et je lui ai donné l'assurance que le gouvernement était disposé a l'assister dans cette aflaire. J'ai toujours mis en première ligne que le principal moyen à employer serait de réprimer et même d'étouffer la piraterie."

Aux mêmes fins, Mr. van Angelbeek conclut un traité avec le Panghoeloe Hamba, radja de Bilitoen, traité qui fut ratifié à Batavia le 4 Octobre 1825; ce traité est conçu à peu près dans ces termes :

Tout bâtiment équipé pour la pêche du tripang et de Vagar-agar^ sera muni d'un passeport revêtu d'un sceau tout particulier, et dont on ne pourra fpire usage dans aucun autre cas. — Aucun bâtiment destiné à la pêche ne portera d'autres armes que celles qui sont né-

eessaires pour pécher le trijMmg. — Les prahoe seront sous le commandement d'une personne de confiance. L'armement en sera clairement décrit dans les passeports, et le nom du commandant y sera mentionné. — Ayant le dépai^ de la flotte y le Panghoeloe fera connaître au résident européen le nombre des bâtiments armés dont elle sera composée, ainsi que le nom du commandant. — Tout prahoe appartenant à cette flotte, s'il rencontre un croiseur néerlandais, sera tenu de s'approcher au premier signal, et d'exhiber son passe* port etc.

La mort de Mr. yan Ângelbeek, peu de temps après son retour à Batayia, le départ du Gouyemeur-Général yan der Capellen^ et la guerre contre Dhipo Negoro qui éclata en 1825, étaient des éyénements inattendus qui empêchèrent probablement des démarches altérieures auprès du gouyernement anglais, qui de son côté garda un gUence complet à cet égard.

On ne saurait disconyenir que les années 1826 et 1827, même jusqu'en 1829, n'aient été fatales pour la nayigation et le commerce dans les mers de l'Archipel; plusieurs captures faites dans ces années par les pirates, constatent ce fait. Nous passons les détails de ces éyénements sous silence; mais ils senrent toutefois de preuye, que les économies trop séyères qui eurent lieu pendant le gouyernement du Commissaire- Général Vicomte Du Bus de Gissignies, exercèrent une jBicheuse influence sur la répression de la piraterie, et que par le relâchement dans le seryice, l'audace des écumeurs de mer augmenta progressiyement.

. Vers la fin de 1829, les forces de la marine eciùsiale étaient réduites à 2 stationnaires, 5 bricks, 9 schooners et 9 chaloupes canonnières. Les prahùB croiseurs, construits à grands frais, serraient de. bâtiments de transport dans les résidences, ou avaient été supprimés.

Toutefois, en 1827, on prit une mesure énergique envers le Sultan de Matan (côte occidentale de Bornéo). Ce prince continuait à soutenir les pirates. Il fit une descente armée dans Pile de Karimata, pour s'emparer des restes d'un navire échoué sur la côte. Il .fit mas* sacrer Batin Galang qui y commandait, et emporta en triomphe à Matan le drapeau néerlandais. Le capitaine de marine Dibbetz, de la frégate BelUmaj (ùt chai^gé de venger cette insulte. Le Sultan fut détrôné, et le Radja Âkil établi comme Sultan de Succadana sur les états réunis de Matan et de Simpang.

Pour remédier aux calamités suscitées par les expé* ditions fréquentes des écumeurs de mer, le Gouverneur- Général van den Bosch réunit, en 1830, les prahe croiseurs en disponibilité, et y fit ajouter quelques schooners d'un petit tirant d'eau; il en confia le commandement à Mr. Kolfi*, officier distingué de la marine coloniale. Ces bâtiments, de concert avec ceux de la marine royale, devaient faire à époques fixes des excursions contre les pirates, visiter annuellement leurs repaires, en faire une justice exemplaire, détruire leurs bâtiments, enlever leurs armements et répandre ainsi l'épouvante parmi eux. On trouve indiqué dans les documents officiels qu'en Mai 1830, il fut résolu de

tbettre en oonstniction 20 bâtiment^; en Août 1831 , il s'en trouvaient 16 prêts à prendre la mer; à cette époque il fut ordonné qu'on en construirait encore 14.

Aux termes du traité conclu avec le Sultan de Lin^ ga, celui-ci chargea, en Juillet 1830, son fils d'une expédition dans les parages de Boeya: le succès répondit à l'attente; deux des principaux chefs furent faits prisonniers, et condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Un nouveau traité conclu avec le Sultan de Linga avait pour but d'engager ce prince à seconder plus éneigiquement encore les mesures prises par le gou* Ternement. Il s'engageait à punir de mort ceux qui, dans ses états, se rendraient coupables de piraterie.

D'après les ordres du Gouverneur-Général en date h 9 Décembre 1830, M. M. Praetorius, résident de Palembang et Du Buy, résident de Bangka, fournirent dans leurs rapports du 17 et du 29 Janvier 1831, des indications importantes sur les pirates de Djambi, de Rélé et de quelques autres endroits situés sur la côte orientale de Sumatra, renseignements dont on fit usagie dans l'expédition contre les Atchinais.

En Mars 1831, le gouvernement de l'Inde ratifia le traité conclu avec Radja Akil, élevé par lui à la dignité de Sultan de Succadana; ce traité renferme plusieurs Micles relatifs à la répression de la piraterie. A la mente époque Mr. Hardy de Yicques dirigea de Macassar vne expédition contre les pirates, et le gouvernement lendit justice au courage de ce fonctionnaire. En Septembre de la même année, nos troupes eurent à soutenir un combat acharné contre les brigands d'Atchin ;

cette lutte eut lieu dans les eaux de l'île Ongé sur la côte de Sumatra. Le lieuteuant Eyerts y perdit la ne et le délégué Bonnet fut blessé grièyement; il obtint du roi, en récompense de sa bravoure, la décoration de l'ordre de Guillanme.

L'audace des pirates dans le détroit de Malacca nuisait beaucoup , à celte époque, aux intérêts du conuneree anglais dans ces parages, et quoique les autorités de Singapore se fussent opposées contre toute mesure combinée de répression, même après les démarches da f ouvernement néerlandais en 1825, les maîtres de l'Indebritannique jugèrent à propos d'inviter le gouvernement de l'Archipel , par leur lettre du 4 Mars 1831 , à rémtr leurs efforts y pour mettre un terme à cette calamité. Il est fort remarquable que le gouvernement indou-britannique ne fit, à cette occasion, aucune mention des propositions de notre part sur la demande de combiner les efforts des deux nations y en mettant de cette manière à exécution les articles du traité de 1824 relatifs à la piraterie. Il parait que le gouvernement de Java sentit dès lors quel fond il pouvait faire sur la coopération da gouvernement de Calcutta. La réponse du général van den Bosch à celte communication eut lieu sous la date du 29 Décembre, en ces termes: i^ Je n^ aurai pas besoin de vous assurer y Mylordy que je ne suis pas moins disposé que Votre Excellence à coopérer à des mesures pour la sûreté des côtes j du commerce et de la navigation j et que je ferai usage de tous les moyens pour parvenir à ce 6u^" On était instruit à Batavia que le désir mettre à exécution le traité entre les deux puissances

n'était pas le but réel de la démarche faite par le gou»yemement indou-britanntque, mais qu'un incident secondaire, dû au simple hasard, y avait donné lieu.

Nous passons sous silence plusieurs rapports soumis au gouyernement par quelques fonctionnaires, tant européens qu'indigènes, sur les moyens les plus efficaces à opposer aux tentatives des écumeurs de mer ; ces documents ont été publiés par le Moniteur des Indes du mois de Février de cette année. Ils n'offrent point un intérêt direct pour notre relation historique.

Gmtinuant l'analyse du manuscrit de Mr. Cornets de Groot sur la répression de la piraterie dans les mers de l'Inde, nous voyons que les parages des Moluques étaient infestés en 1832 par des bâtiments pirates des iles de la Papouasie. Le Sultan de Ceram établi à Wahaay, où se trouvait également son frère le radja de Gilolo, s'étaient l'un et l'autre révoltés contre l'autorité l^itime du Sultan de Tidore. Ces princes s'étaient retirés à Céram pour se soustraire aux poursuites de leur souverain. Le Gouvernement de l'Inde les fit arrêter avec tous leurs adhérents et les fit conduire prisonniers a Java, ce qui eut pour résultat que la piraterie fut réprimée pour quelque temps dans ces mers et que la tranquillité fut rétablie dans le pays. Les désordres de ce genre y avaient à tel point pris le dessus, que le commerce des eselaves et le brigandage, tant sur terre que sur mer, s'y pratiquaient sur une grande échelle et nuisaient au commerce du pays ainsi qu'à la sûreté de ses habitants.

Les écumeurs de mer qui s'étaient fixés à Djambi,

côte de Sumatra , furent forcés d'abandonner ees parages et on établit un fort sur l'emboucbure de cette riYière,

En 1833 des pirateries se commettaient sur les côtes de Java. Plusieurs croisières se portèrent sur ces for* bans et leur donnèrent la chasse; dans une de ces ex* péditions, on eut à regretter la mort du commandant indigène de cette escadrille, mais on parvint à éloigner les pirates.

A cette époque, le Gouvernement fit des tentatives pour organiser une colonie à Tana-Tjampea , une des îles du groupe de Saleyer, dans le but de procurer, a ceux qui s'adonnaient à la piraterie , des moyens de sub* sistance et la faculté de se livrer a un travail honorable.

Les forces de la marine coloniale étaient en 1833, de deux stationnaires , trois bricks, onze schooners et six chaloupes canonnières; en outre on attendait l'arrivée de quelques pyroscaphes qu'on avait fait construire en Europe. Plusieurs rapports furent adressés à cette époque au gouvernement sur les moyens les plus efficaces pour réprimer la piraterie, but constant de ses efibrts, ainsi que de sa surveillance active.

Toutefois, on ne doit pas omettre de dire qu'à cette époque de 1830 à 1833, les événements politiques en Europe eurent une grande influence sur la marche moins progressive des affaires de l'Inde. La défection de la Belgique en 1830, avait fait mettre l'embargo sur les navires néerlandais: on ne pouvait prévoir dès lors toutes les conséquences auxquelles cette mesure conduirait, et il était nécessaire de concentrer les forces

eontre one attaque maritime qu'on redoutait; cela fut cause que la vigilance ainsi que l'actirité se trouve* rent en quelque sorte paralysées, du moins distraites de la piraterie, pour veiller à des intérêts plus directs; tandis qu'à Java toute la sollicitude de l'administration était captivée par la mise à exécution du nouveau sys* téme des cultures.

Il était réservé à la direction du Gouverneur-Général par intérim, Mr. Baud (1834 à 1836), de prendre des mesures plus énergiques dans ces temps où l'horison politique commençait à s'éclaircir en Europe.

Dès le commencement de l'année 1834, les bricks de la marine royale: Meermin et les schooners de la marine coloniale Janus et Pilades furent envoyés en reconnaissance dans les parages de Bali et de Lombok , où le croiseur Iris avait été aux prises près de l'ile Gilboang avec dix-sept prahœ pirates qui s'étaient emparés d'un bâtiment commerçant. Cette expédition combinée avec quelques bâtiments armés par le Sul* tan de Linga, combatit les pirates qui avaient pris station à l'embouchure de l'Indragirie sur la côte orientale de Sumatra. On s'empara à cette occasion de huit chefs de pirates, dont trois furent exécutés à Linga tandis que les autres furent condamnés aux galères.

En Avril de cette année, on fit une expédition à Batoe-poetie et à Berow sur la côte orientale de Bornéo aous les ordres du capitaine Annemaet, commandant ^Ime flotille composée de la corvette Heldifij du brick aSîeimt et des schooners Castor et Crocodile avec quelques prahoe armés. Quoique cette croisière ne parvint

pas & atteindre les écumeurs de mer, dlo n'en défista pas moins leurs repaires et on livra a\ix fiâmes ploaienrs de leurs bâtiments échoués sur la c^te. Nous avons déjà fait mention de la convention qui fut conclue a cette époque avec les princes de Goenong-teboer et de Boelongan. Dans cette même année le schooner colonial Pilades nettoya les mers à l'orient de l'île de Java, et enleva un bâtiment marchand des mains des] pirates.

Le 24 Octobre 1834, un détachement de huit cents hommes, commandé par le Colonel Elout, s'embarqua pour se rendre maître d'un fort, nommé Radja gepek, construit dans le but de protéger les pirates de la c6te des Lampongs et des îles de Linga. Cette expéditioa fut couronnée d'un plein succès.

. Comme preuve que la soilicitudei du gouvernement néerlandais dans l'Inde, ne s'étendait pas exclusivement aux tentatives de répression contre les flibustiers qui nuisaient à son commerce de cabotage, mais que des expéditions avaient également lieu dans le but de garantir les pavillons étrangers des attaques des écumeurs de mer, nous avons à citer que dans ce temps un brick portugais, le Dourado^ avait fait côte sur Bintaug, rile principale du groupe de Riouw. Cette nouvelle ayant été communiquée au résident européen , celui-ci en traversant toute l'île, se transporta immédiatement, à la tête de cinquante militaires et de quelques indigènes armés, vers le lieu où le bâtiment se trouvait naufragé; il avait été abandonné par l'équipage, et les pirates se mettaient en devoir de le piller; quelques embarcations armées que le résident avait dirigé par mer vers le

lieu do sinistre parvinrent, à sauver la plus grande partie de la cargaison.

Le 3 Février 1835 , le résident de Riouw , Mr. H. Cornets de Groot reçut la nouvelle qu'un navire anglais s'était perdu sur les rochers de la partie orientale de Bintang. La mousson ne permettant pas d'envoyer des secours par mer, il prit une escorte de quelques militaires, auxquels il joignit une partie des équipages des bâtiments croiseurs, et se faisant accompagner par le Yice-roi de Riouw et par le Commandant du port, cette troupe se fraya un ][>assage par les districts sauvages qui les séparaient de €:ette cdte inhabitée. Parvenu à l'endroit où le vaisseau se trouvait échoué, ils y trouvèrent le capitaine du Sylphe y qui s'était jusque là opposé de son mieux contre les attaques de quelques pirates. Son navire frété au Bengale, portait une cargaison de 1000 caisses d'opium en destination pour la Chine» Quelques aventuriers du pays s'étaient déjà rassemblés sur la côte pour se livrer au pillage du bâtiment en détresse ; mais la présence du résident avec ses troupes paralysa les intentions malveillantes des pirates et des brigands accourus vers ce point. De Singapore on avait envoyé également assis* tance au bâtiment naufragé. La corvette Clive vint, non sans peine ni sans périls, participer au sauvetage de la riche cargaison; mais les dangers qu'elle courait de tomber sur les récifs, ne lui permirent pas de prêter un secours très-efficace. Le résident demeura quinze jours sur cette côte, temps nécessaire pour opérer le transbordement sur des navires envoyés à cette fin de Singapore. — Il est juste de faire mention

qu'en cette circonstance, le gonveniemeiit de Singapon reconnut le service rendu, par une lettre fort obl^euh te écrite au résident, et que les deux commerçants de Calcutta, dont les biens aTjaient été mis sous la sauve» garde du pavillon néerlandais, envoyèrent a ce fonctionnaire un beau vase d'argent portant des inscriptions relatives au service qu'il venait de leur rendre. Le Roi des Pays-Bas récompensa le résident de Riouw, en loi accordant la décoration de l'ordre de Guillaume.

En 1855, une seconde expédition partit de JaTa, pour la cdte orientale de Bornéo. Le brick royal Daurga et les schooners Vliegende Visch et Haaij accompagnés de quelques croiseurs, purgèrent les eaux de Poelo^ Swangi et de Laut-poeloe des pirates qui y exerçaient leurs dépradations ; on se rendit maître dans ces lies de plusieurs embarcations et de quantité d'armes et de munitions; les brigands furent poursuivis jusque dans l'intérieur et on parvint à libérer 156 captifs. De là on se porta sur Tjantong, où certain Hadja Djawa était connu comme chef de pirate: les Kampongs furent incendiés, on s'empara des embarcations, et 37 Javanais ou Madurais captifs obtinrent la liberté; l'expédition détruisit 63 prahoe pirates; elle s'empara de 19 pièces d'artillerie et 11 brigands perdirent la vie. Les croiseurs des résidences de Java coulèrent à fond dans celte même année près des îles Karimon Java plusieurs bâtiments suspects.

En 1836 , la force navale destinée principalement à la répression de la piraterie, et qui se trouvait prête à prendre la mer au premier signal, était composée,

(indépendamment de3 navires en station, faisant paitîe de Fescadre royale) , ainsi qu'il suit :

2 corvettes coloniales; — 5 bricks; — 10 schoo* ners; — 12 bâtiments plus légers; — 4 schooners des résidences de Java; — 6 chaloupes canonnières et 47 prahœ ou croiseurs armés.

En Avril de cette année, la direction du gouverne* ment de l'Inde néerlandaise fut confiée au général de Eerens, venu à cette fin d'Europe.

Comme oa continuait à nourrir quelques soupçons sur la conduite équivoque du sultan de Linga dans les délits commis par les pirates, et que difierentes populations des îles ressortisants de son autorité participaient plus on moins à ces actes de brigandage, on convint avec ce prince qu'il enverrait des chefs, munis de ses pleins pouvoirs, dans les îles principales placées sous son autorité, afin de veiller à ce que les habitants ne prissent aucune part soit directe ou indirecte, ou bien ne se vouassent à cette industrie. On lui fit adopter en même temps des mesures plus décisives par rapport aux bâtiments du commerce, ainsi qu'à ceux destinés à la pèche du tripang et du caret , attendu que ces bâti«ments se permettaient de commettre des brigandages lorsque l'occasion leur paraissait favorable. Afin d'in^ demniser le sultan des sacrifices qu'on lui imposait par ces mesures, le gouvernement lui accorda franchise de tous les droits sur une quantité de 2500 pikol de gambir on cachou , qu'il lui serait accordé d'introduire annuelle- DDtent dans les ports de Java, et moyennant que cette im* portation eût lieu sous certificat d'origine en due forme.

Lorsque ces nouvelles mesures commençaient à être mises à exécution, les autorités anglaises à Singapore, envoyèrent inopinément, en Juin 1836, le bâtiment de guerre Andromache sur la rade de Riouw. Le résident de Singapore qui s'était embarqué sur ce navire, fit part aux autorités. de Riouw, qu'en vertu des ordres du gouvernement de l'Inde britannique, il venait réclamer l'assistance immédiate, conformément à la teneur du traité de 1824. Les informations qui lui furent données par le résident néerlandais, sur les mesures qu'on venait de prendre relativement aux délits imputés aux sujets du Sultan de Linga, ne parvinrent pas a détourner le capitaine du navire anglais d'agir arbitrairement; il se dirigea vers l'île de Galang, l'une des dépendances de Riouw, et y exerça de son cbef une dévastation complète. Un second bâtiment anglais, le Raleighy arriva également fort inopinément, le 28 Juin, en rade de Riouw, manifestant l'intention de se rendre a Linga pour y faire des représentations au sultan: toutefois, les autorités néerlandaises surent détourner le capitaine d'efiectuer ce projet, et celui-ci se contenta d'envoyer une lettre au prince de Linga.

Le Gouverneur-Général porta plainte auprès des au» torités de l'Inde britannique sur cette violation flagrante du territoire, et celles-ci se contentèrent de déclarer simplement: que le capitaine de P Andromache avait outrepassé ses instructions.

Le gouvernement néerlandais, quoique blessé au vif par l'intervention intempestive de la marine anglaise, crut devoir saisir cette occasion pour s'assurer la coo-

péralîon franche et cordiale de l'Angleterre, afin de réprimer d'nn commun accord le fléau qui entravait le libre commerce des deux nations. A ces fins on nomma, en 1837, une nouvelle commission chargée de s'entendre avec l'autorité britannique , de Singapore; on envoya en même temps deux bâtiments de guerre dans les eaux de Riouw, et ceux-ci furent mis à la disposition des oommissaires.

Dans le rapport fait par cette commission, et par lequel elle rend compte des nouvelles mesures adqptées, il est statué qu'indépendamment des conventions Sûtes en 1836, avec les princes de Riouw et de Linga, ils auront à mettre en service chacun deux bâtiments de guerre, équipés convenablement et prêts à prendre la mer au premier signal: que les chefs nommés par le sultan de Linga pour veiller sur les délits de piraterie dans les îles commises à son autorité, seront choisis et recevront leur mission d'un commun accord et sous l'autorisation du résident européen: qu'en outre des appointements accordés à ces chefs montant a 14,400 florins, il sera payé annuellement à ce prince 20,000 florins pour subvenir aux frais extraordinaires des armements contre les pirates. Quelques autres dispositions de moindre importance sont prises dans ce rapport, sur le mode de gréement et de la composition des équipages des prahoe du commerce ainsi que de ceux destinés a la pèche. En outre, on augmenta la garnison dans la résidence de Riouw, et les bâtiments spécialement destinés en croisière dans ces parages furent la corvette Castor et les schooners KrokodUy Argo et

JUiobéj auxquels deraient se joindre les prakoe dèlkti^ sidence, ainsi que les -deux bâtiments du Tice-roi ds Riouw et ceux du sultan de Linga.

L'une des clauses de ce rapport fit naître quelqu'espiîr que dès lors on pouvait compter sur la cofipération fria* che et eflScace de la marine anglaise dans les entrepri*' ses contre les pirates; car l'assurance fut donaée qu^aucun bâtiment anglais n^ effectuerait de descente dM les tlesy ni ne se livrerait à la répression de la fkêterie dans les mers placées sous le pouvoir néerlandm, sans en avoir donné connaissance à ce gouvernement et avoir obtenu son assentiment.

Les années 1836 et 1837 sont remarquables par la mise en liberté de 52 Javanais et de 200 autres individus capturés par les pirates.

Dans le courant de ces années on signala des bâti* ments pirates, au nombre de 14, dans les environs de Sumanap. A Kotaringin, 25 prahoe, montés par 155 de ces forbans, étaient entrés dans la rivière; on pa^ vint à leur couper la retraite, et l'on réussit, grâce au concours du Sultan de Kotaringin, à détruire toutes ces embarcations; on s'empara du plus grand nombre des bandits, dont 54 furent conduits comme prisonniers à Java.

Nous dépasserions trop le cadre adopté pour cet écrit en ne donnant que l'analyse seulement des détails, empruntés aux différents journaux de ce temps; ces considérations auxquelles se livre l'auteur du mémoire que nous consultons, pour les faits principaux de répression de la piraterie, ne sauraient trouver place ici.

fioas n'àfmis pas non plus à nous occuper du con« tenu des notes diplomatiques échangées entre le gou* Ternement et les autorités anglaises de Singapore. Toutefois 9 celles-ci servent d'indice que déjà à cette époque, on méditait à Singapore une violation du ter* ritoire qui plus tard fut réalisée, nonobstant sa contradiction manifeste avec la tendance du traité conclu le 17 Mars 1824, ainsi que contrairement à la pro* messe renouvelée en 1837, de ne point agir contre les pirates dans les mers de l'Archipel, sans s'être entendu à ce sujet avec les autorités de l'Inde néerlandaise.

Un. fait qui se rattache au sujet que nous traitons, [^'est qu'on parvint en 1837 à déterminer à peu-près iOO écumeurs de mer de Tobello, dans la baie de Tolo, il se fiier dans l'ile de Saleyer au sud de Gélèbes, pour B'y vouer à l'agriculture; en attendant qu'on put preU'- Ire des mesures pour assurer leur existence, le gouvernement leur accorda des subventions selon les besoins ia moment.

Nous ne devons pas non plus omettre de dire qu'à Mtte époque furent mis en service dans l'Archipel quelques bâtiments à vapeur, dont deux en fer.

En 1838, la corvette royale Boreas reçut pour mission de se rendre dans les eaux de Timor, afin d'exiger BÉtisfaction du meurtre commis à Maubara sur le capitaine et le maitre charpentier dejs navires anglais Kingdom et Japan^ conformément à la demande qui en ivait été faite par le capitaine du brick de guerre anglais Ytcfor. Il fut constaté que ces individus avaient

concouru eux-mêmes k s'attirer la perte de leur ne. Dans sa navigation le Boreas trouva occasion de châtier séyèrement quelques villages cdtiers dans l'île deFloris^ où les habitants avaient pris part à des courses de brigandage et à la spoliation de bâtiments naufragés.

Dans cette même année, on stipula avec quelques princes feudataires, tels que le Sultan d'Indragiri (Sumatra), le Sultan de Sumanap(Madura)et le chefs d'fitide (Floris), qu'ils équiperaient des croiseurs armés et qu'ils auraient a exercer une surveillance active sur la piraterie dans les mers, dont leurs îles sont entourées.

Dans ce temps on fut également inquiété par l'apparition de bâtiments pirates aux Moluques, particulièrement dans les parages de l'ile de Geram. Le brick colonial NautiluSy accompagné de quelques Kora-kom du Sultan de Ternate, fut envoyé en croisière dans ces eaux. La corvette de la marine royale Triton reçut la mission de montrer le pavillon protecteur dans les parages de l'archipel de Riouw, à Pontianak, à Sambas, à Malacca, ainsi que le long d'une partie des cetes de Sumatra; on équipa aussi une escadrille armée pour faire des courses autour des lies de Bali et de Lombok, où les forbans s'étaient permis d'exercer leurs dépradations tant sur terre que sur mer; ils s'étaient, entre autres , rendus coupables du pillage des bricks du commerce Twee Gebroeders et Teksing, naufragés sur les côtes de ces iles. On parvint k libérer 59 individus capturés par les insulaires.

Le département des Colonies dans la métropole d'Europe, s'était occupé spécialement de donner en consi»

dération aux autorités dans l'Inde, d'aviser conjointement avec celles de l'Inde*brilannique , au moyen le plus convenable d'empêcher les bâtiments commerçants des indigènes de se livrer à la piraterie pendant leurs excursions mercantiles, surtout, lorsque l'occasion de commettre quelque attentat pourrait leur paraître favorable pour l'accomplissement d'un coup de main. On proposait à ces fins: qu'aucun bâtiment indigène portant au delà du nombre de 10 hommes d'équipage ne fut admis à naviguer dans aucune des parties de l'Archipel, à moins qu'ils ne fussent munis de passeports néerlandais, anglais, chinois ou siamois. — Les résidents de Riouw et de Singapore ayant été invités à donner leur opinion sur ce point important, ce dernier opposa des objections si nombreuses, particulièrement à l'égard du commerce indigène, qu'on dut se résoudre à ne pas donner suite à ce projet. La seconde proposition soumise à l'examen, était relative à la construction des bâtiments : on avait formé le projet d'interdire à la navigation indigène l'emploi des bâ* timents portant les noms de penjajap (1), de balora et

(1) On nomme penjajap, nn bâtiment de consinictîoii lë^re, étroit et trè»-long , dont la grandeur varie et qui porte deux mâts avec des Toiles qnadrangalaires. II est muni à l'avant de denx pièces de fort ealibre; les grands penjajap ont des canons à pivot reposant sur le plat-bord. Vingt à trente rameurs, accroupis sur des bancs et pcmmis d'avirons courts , impriment à ces bâtiments un mouvement rapide» en avant comme en arrière.

Le kakap est un bâtiment fort léger, ouvert, pourvu d'un aviroD de queue, et mis en mouvement par buit ou dix bommes. Il

autres de cette forme, et de n'admettre comme tnfi* quants, que ceux dont la marche moins rapide les mettait dans l'impossibilité d'atteindre les navires étrangers, ou bien d'échapper à la poursuite des crois^in armés ; mais des considérants nombreux de la part da autorités locales firent qu'on ajourna ce projeL

Comme l'on ne pouvait, avec les moyens disponibles, détruire les pirates qui avaient établi leurs repaires sur plusieurs points de l'immense étendue de l'Archipel indien, et par conséquent aussi sur les côtes septen* trionales de Bornéo, et que dC ailleurs œ but ne pautHÛt être atteint qu^ autant que nos voisins les Anglais^ agiraieiU de concert avec nous y et coopéreraient franchement et avec énergie aux mesures qui seraient prises en conmitin, le gouvernement néerlandais résolut de ne rien négliger de son côté pour combattre le mal par tous les moyens possibles et tout au moins pour l'atténuer. A cet effet, toutes les occasions furent mises à proflt.

Au commencement de 1839, la corvette de S. M. Nehalennia et le schooner colonial Castor furent envoyés à Macassar pour croiser, concurremment avec le brick Siewa, dans les parages de cette ile ainsi que dans les

ne porte qu'un mât avec une voile carrëe; il tire pea d'eau et accompagne toujoui-8 le penjajap; il e«t monté par les hommes les plus détermines de l'équipage de celui-ci, dont il dépend.

Le lanongy le plus grand des bâtiments dont les pirates font usage, a de 60 à 70 pieds de long; il porte deux ou trois rangs d'avirons; il est armé de deux pièces sur l'avant et de quelques canons à pivot de côté; il est d'un fort tirant d'eau et d'une marche lente et lourde.

de Boeton: l'expédition avait spécialement pour ion de garantir les états du Sultan de Boeton con* ine attaque dont ils étaient menacés de la part des ^es. Dans le cours de cette même année, une mul^ le d'individus avaient été enlevés sur les côtes de -ibon, de Tagal et de Pakalongan et réduits en ivité, et cinq navires indigènes, chargés de sucre e machines pour les sucreries, étaient devenus la ) des pirates: mais deux bateaux^croiseurs de la on de Tagal en étant venus aux mains avec eux^ nrates prirent la fuite en abandonnant les navires urés par eux , ainsi que 27 des Javanais qu'ils em-^ aient en esclavage*

iir d'autres points il est vrai^ nous ne fûmes pas i heureux. Le schooner Petrondla fut enlevé à »rdage sur la côte septentrionale de Gélèbes; les mes de l'équipage ainsi que les passagers, au nom« desquels se trouvaient trois Européens, tombèrent e les mains des pirates et furent massacrés; et la côte orientale de Sumatra nos troupes furent illies le 28 Juin 1839, non loin de la mer, par les pages de plus de 200 bâtiments pirates qui furent imoins repoussés.

e schooner Haai^ stationné à Sambas sur la côte }oméo, eut une rencontre avec des pirates Dajaks tant une trentaine de prahoe^ et les mit en fuite s leur avoir fait éprouver des pertes sensibles. Les s de Pontianak, qui avaient eu beaucoup à souffrir i de la présence de ces Dajaks, furent également ^ins de leur défaite, à la suite d'un sanglant combat

qui se livra non loin de Mampawa. Le gouverneur de cette province , Sjerief Mohammed , ayant appris que neuf bâtiments pirates, montés chacun de 30 à 40 hommes, se trouvaient à l'embouchure de la rivière, résolut d'aï* 1er les combattre avec trois bâtiments seulement. Les deux partis en vinrent aux mains de si près, que des deux côtés on ne Gt usage que du klewang. Sjerief Mohammed perdit 37 hommes de ses équipages, et l'ennemi en eut environ 80 hors de combat L'on a su depuis que ces Dajaks provenaient de Saribas, village qui, depuis les menées des Anglais dans ce pays, est devenu mieux connu sous son nom actuel de Sarawak, et dont l'approche est du reste inaccessible pour tout autre bâtiment que les embarcations de ces pirates qui sont fort légères, d'une construction allongée^ et dont toute la charpente n'est assemblée que par des ligatures de rottin.

Que l'on ne dise donc point que l'administration néerlandaise ne faisait absolument rien pour la répression de la piraterie sur la côte Nord-ouest de Bornéo! Cette administration serait graduellement allée plus loin, et bientôt elle se serait mise en rapport avec le Sultan de Bornéo-propre, si les Anglais n'eussent pris pied dans cette contrée, et surtout si les bâtiments anglais n'eussent agi arbitrairement sans en prévenir l'administration néerlandaise, et par conséquent sans se concerter avec elle.

Au reste, ces menées de l'Angleterre datent de loin , et sans parler des inutiles efforts que firent les Anglais, après la restitution des colonies en 1816, pour garder

leors positions à Bornéo, contentons*nous de rappeler qu'en 1821 ils tentèrent de négocier avec le Sultan de Matan, sur la côte occidentale de Bornéo, relativement a l'abandon des îles de Karimata, voisines de cette pro^ vince, et que peu de temps après, deux bâtiments anglais se montrèrent sur la côte de Bornéo-propre, dans le but (à ce que l'on assurait alors) de négocier avec le Sultan au sujet de la cession de quelques terres. Bien que cette négociation eût pareillement échoué, elle eut du moins pour les Anglais ce résultat favorable que dès lors le commerce de Bornéo-propre prit la route de Singapore, au grand détriment de Sambas, par suite de quoi les navires de cette provenance arrivant à Sin« gapore, furent affranchis, en 1824, du payement de tous droits d'entrée.

En 1829, et postérieurement en 1835, la conclusion d'un traité entre le Gouvernement des Indes-néerlandaises et le Sultan de Bornéo-propre forma l'objet des sérieuses délibérations de notre administration, traité qui du reste, n'avait d'autre but que la répression de la piraterie: mais par suite des événements politiques de l'époque, ce projet ne put être mis à exécution. Il est vraisemblable cependant qu'en 1859 il aurait été repris et mené à bien , surtout après que des députés de Sarawak furent venus implorer la protection des autorités néerlandaises, si les démarches des Anglais dont nous avons ci-dessus parlé, n'y eussent apporté des obstacles imprévus.

Nous voyons qu'en l'année 1840, on Qt un change* ment remarquable dafns le matériel des forces navales»

de l'Inde. La marioe coliMiiale toi diasoQta rt les lâtîments qu'elle comptait, iiiraDt confiés à des officrars di la marine royale; on avait aussi le projet d'augmenter celle-ci. lies bâtiments du service oivil, tels que schooners et autres croiseurs armés, furent maintenus soss une administration distincte, quoique sons les ùtim du commandant de l'escadre.

Nonobstant les échecs nomlnreux sobis par les pin* tes sur mer, et la dévastation qu'on avait étendue jns* ques dans leurs repaires, ainsi que dans les kampfmgj (A Us vont vendre leur butin, leur audace semblait aug« menter en raison de l'insuccès des tentatives si souvent renouvelées. En 1841, ils parvinrent par leur nombre et après un combat acharné, à se rendre maîtres d'un croiseur dans les eaux de Java; le schooner JDorji n'échappa que fortuitement à un sort semblable, tandis que quelques autres rencontres avec les écumeurs de mer étaient couronnées d'un plein succès.

Les attaques recitérées des populations mahométt* nés qui vivent de rapine, engagèrent le gouvernement en 1843 , à purger les mers de Java et des îles plus à l'est, des forbans qui les infestaient d'une manière alarmante pour le commerce. Le pyroscaphe Jfeo/a, le brick Postillon et les schooners Zephtr et Egnumd^ sb mirent à la recherche des pirates dans les passes et les canaux des iles Moluques et de celles dont Célèbes est entourée, A Saleyer, ces bâtiments détruisirent deux repaires ou refuges temporaires des brigands^ Continuant leur exploration, ils brûlèrent SAprahoe dans le détroit de Bonnerate; puis ils donnèrent chasse à 17 grands bt<

timents pirates de Bfagindano, dont deux fureat détruits; ceux-ci portaient 100 hommes d'équipage, et l'un d'eux était armé de 15 pièces de canon.

En 1843, le bâtiment à Tapeur Phoenixy étant en croisière dans les parages de Solombo, de Poeloe Lawut, de l'Archipel de Kangean et de quelques autres îles, rencontra six bâtiments suspects près de Poeloe Lawak, qui tâchaient de gagner la cdte à force de rames. Le rapport du lieutenant de Marine StoU contient en substance que les six bâtiments furent coulés et qu'un septième, auquel on donna chasse le jour suivant, subit le même sort ; 70 brigands perdirent la yie dans cette rencontre, et 20 furent faits prisonniers.

. Des nouTelles parvenues de Riouw firent connaître que des pirates, après avoir exercé leurs brigandages jusqu'à Poeloe Pinang et qui avaient fait un grand nombre de captifs, s'étaient retires dans la rivière Toengkal, état de Djambi (Sumatra). On expédia contre eux le brick royal Windhandj le schooner Jantis avec trois croiseurs et les prahoe du vice-roi de Riouw. Les bâtiments de guerre ne pouvant entrer dans la rivière en firent* le blocus, tandis que les prahoe armés la remontèrent ; mais ils ne purent atteindre les flibustiers ; toutefois, l'expédition parvint à rendre la liberté d'abord à 29, et plus tard à 50 autres individus, la plupart natifs de Poeloe Pinang et par conséquent sujets de l'Inde britannique.

Quelques autres expéditions de moindre importance et dont nous ne faisons point mention, eurent lieu dans cette année à Kalaotoeab, dans les eaux de Bang-

ka, et dans les iles dépendantes da Sultan de Ternate. Les rencontres ayec les pirates dans le courant de l'année 1844, n'offrent également aucun fait d'arme remarquable. Néanmoins la presse hostile de Singapore s'évertuait à élever la voix contre l'insuffisance des moyens de répression qu'elle attribuait à la marine néerlandaise; on imputait au manque de surveillance le désastre que venait d'éprouver sur la rivière Koeti (côte orientale de Bornéo), deux navires anglais, the Young Queen et the Anne. Le gouvernement, en apprenant cette nouvelle, donna incontinent ordre au pyroscaphe Heklay aux schooners Zephir^ Egmond et Janus^ ainsi qu'aux bricks Postillon et Arendy de se rendre de Macassar à Koeti, pour y prendre connaissance de l'événement, et, s'il y avait lieu, pour punir le Sultan. Il résulte de- l'enquête que l'échauffourée avec les Anglais n'avait eu aucun but malveillant, et que la piraterie n'y était pour rien, mais que l'Anglais Murray avait été tué, par suite de la tentative qu'il avait faite pour former un établissement sur cette partie de la côte de Bornéo, après qu'il eut essayé quoique sans succès, de commettre le même attentat sur la côte de Célèbes. — Nouvelle méthode assurément d^ exercer la piraterie, et Vun des moyens auxquels la presse anglaise ne se fait pas défaut d^exciter et d*encourager la nation à se rendre coupable. Quelques autres délits de piraterie furent commis vers la fin de cette année et dans le commencement de 1845. Dans toutes ces tentatives, les autorités locales s'empressèrent de poursuivre et de punir les malfaiteurs. Ces actes isolés de brigandage se renouvelleront pro-

bablement fort longtemps encore, parmi des peuples pour lesquelles l'oisiveté est le bonheur suprême, et qui errent sans cesse sur les eaux, souvent comme passetemps et sans aucune intention criminelle; mais dont le caractère fourbe et le penchant au vol et à la rapine les portent à profiter d'une occasion favorable pour se livrer à leur industrie favorite.

Un seul fait d'arme remarquable eut lieu en Mai 1845. — Le gouverneur de Mangkasar (Macassar), ayant été informé que des pirates avaient commis des actes de brigandage dans les eaux de l'Archipel de Sa* leyer et qu'ils avaient le projet d'attaquer Bonerate , en concentrant à cette fin leurs forces près de l'île Kalaotoeah, il résolut de les surprendre dans le repaire où ils se trouvaient réunis. Â cette fin, le brick Haai reçut l'ordre de se porter vers l'ile désignée. Le lieutenant t'Hooft commandant ce bâtiment, réussit en effet à attaquer à l'improviste huit de leurs prahoe à l'ancre, sous le vent de l'île. Le rapport fort détaillé, par lequel cet officier rend compte au gouvernement du résultat de cette expédition, porte sommairement: qu'il parvint non seulement à détruire ces bâtiments, mais que le lendemain de l'action il opéra une descente dans l'île où les restes des équipages échappés au combat de la veille s'étaient retirés: il les fil poursuivre jusques dans les bois, leur tua un grand nombre d'hommes, détruisit tout le village en livrant également aux flammes deux grands prahoe qui s'y trouvaient en construction^

On peut encore citer un autre fait qui eut lieu en

Juin 1845 à Menado (Célèbes). Un major indigène, au service du gonvemement, parvint à s'emparer, par surprise, d'un grand bâtiment des pirates de Magii* dano dont l'équipage avait pris terre sur la cAte s^ tentrionale, et qui, quoique attaqué à Pimproviste^ prtféra la mort plutôt que de se rendre a discrétion; oa trouva dans ce bâtiment vingt et un captiis qui obtinrent la liberté.

Mr. Cornets de Groot termine sa notice historique par l'indication des forces de la marine royale en station dans l'Inde, en Octobre 1845, savoir: Les frittes Ceres et Jasan; la corvette Boreas; les bricks Zmluw^ Haaij Arend^ Windhondy LantieTy Hwsaar et Dolphyn; les schooners Zéphyr j Janusy Kamdeimy Circe et Argo; la chaloupe canonnière n9. 14. Les pyroscaphes Merapiy Bramo et Hekio; les stationnaires Triton et Vliegende Visch.

Il est en dehors de la compétence de la partie historique sur la piraterie, dont nous nous occupons maintenant, d'agiter la question, si cette force navale èaa VInde est ou n^est point assez nombreuse pour faire respecter et maintenir Vaulorité du gouvernement neerlondais dans ses possessions de V Archipel (1). Ce qu'il y s de sûr, c'est que le nombre des bâtiments de guerre qui y sont maintenant en station, suffisent au maio* tien de l'ordre et à l'exercice de la police sur la piraterie dans ces mers.

(1) Voir, Btjdrage toi de hennis onzer maniie, par le contreamiral Ariens ; et De seemagi beschouwd in verband tnet de 0» lbêMiningen van het R^k.

Les journaux de 1846 , nous ont fait connaître que pendant le cours de cette année, des croiseurs sont sortis deMacassar pour aller réprimer l'audace des pirates. Ces expéditions ont toutes été couronnées de succès. Entre antres le brick Lansier a délivré trois bâtiments indigènes attaqués par des pirates. Quatre autres flibustiers ont été détruits par le feu de ce brick.

On avait découvert qu'un indigène, nommé Oea Salena, établi à Allas dans l'ile de Fioris, se rendait coupable d'actes de piraterie. Son extradition fut demandée au Sultan de Sumbawa ; ce prince s'y montrant peu disposé, y fut cependant contraint par les mesures que l'on prit: le coupable transporté à Bima fut puni suivant la sévérité des lois. Quelques points principaux de Sumbawa ont été occupés depuis, et le Sultan de Bima s'est engagé à faire construire des fortins à Barie et à Terang, et à entretenir le nombre de troupes nécessaire pour repousser les attaques des pirates.

L'expédition que le Gouverneur-Général de l'Inde vient de diriger contre les princes insoumis de Bali, tendra à inspirer plus de crainte aux écumeurs de mer, et servira à persuader les chefs indigènes qui leur prêtent assistance, à ne plus participer clandestinement aux bénéfices de cette industrie infâme. Ce châtiment sévère exercera vraisemblablement aussi une influence salutaire sur les autres chefs islamites des îles soumises à la Néerlande. C'est là tout ce que nous pouvons nous permettre de dire sur des événements qu'on ne sau« fait mettre encore au rang des faits accomplis. Tout ce que nous venons de dire en substance rela«

tÎTement à la répression de la piraterie par la marine néerlandaise, est parfaitement connn dans .tons ses détails à Singapore, et cependant on feint de Pignonr complètement: il y a plus, c'est que quelques jonmiax s'efforcent d'en imposer au public par des déclamatioBi outrées, par des sorties furibondes contre l'insuflSsanei des moyens employées par la Néerlande pour pui||«r les mers de l'Archipel des brigands qui les infestent Nous concevons que des folliculaires, qui ont intérêt i ce vil métier de calomniateur, nous conceTons que ki contrebandiers déboutés de Poeloe Pinang et de Singipore (dont les autorités ne peuvent même réprimer les actes de brigandages et les meurtres qui se commettait souvent jusque dans la banlieue de la ville), nonscoacevons, disons nous, que de pareils bommes ne se mon* trent pas fort scrupuleux sur les moyens de dénigrer une nation rivale à laquelle ils portent envie, et que dès lors il se livrent à d'interminables invectives contre notre marine marchande, à des calomnies contre notre gouvernement dans l'Inde, à d'injustes accusations contre notre marine militaire: en agissant de la sorte, ces hommes suivent une ligne de conduite adoptée, et qui semble leur tenir lieu de toute vertu ainsi que de principes d'équité Mais qu'un ministre anglais, investi

de la confiance de son gouvernement, et aux paroles duquel les fonctions qu'il remplit donnent une grande autorité, méconnaisse sa propre dignité et s'abaisse jusqu'à se faire l'écho des pamphlétaires de Singapore, que par les oi^anes de sa politique il dise, à propos des actes du gouvernement néerlandais relatifs à la répres-

sion de la piraterie , que ce gouverneinent est un corps sans âme, que notre nation est incapable de se faire respecter dans TArchipel; que notre marine militaire se laisse enlever ses bâtiments par de vils écumeurs de mer; nous le demandons, n'y a-t-il pas là de quoi révolter au plus haut degré l'honneur national? Mais les faits ^e nous venons d'énoncer sommairement , mis sous les yeax d'un juge impartial, répondront victorieusement à d'aussi malveillantes déclamations ; et du reste nous sommes convaincus, qu'en ceci aussi bien qu'à l'égard de la politique suivie dans ces derniers temps par le cabinet britannique, relativement à nos possessions indiennes, l'équitable et magnanime nation anglaise ne manquera pas de répudier avec indignation une ligne de conduite qui n'est suivie que dans de purs intérêts commerciaux actuels; mais qui au fond se trouve en opposition avec tout principe de justice et d'équité; qui porte atteinte à la base fondamentale du traité entre les deux nations, et qui rompt l'équilibre que ce traité de 1824 établissait entre elles.

Le thème sur lequel Lord Palmerston établit son droit à l'envahissement présent, et sur lequel il semble fonder ses vues d'usurpation future de tout l'Archipel, a été communiqué par le Morning Chronicle do '27 Janvier en ces termes: )) La Néerlandcy dit cette feuille , a été jusqu^ici impuissante dans V Archipel indien: loin d^avoir été en mesure de pouvoir protéger les biens et la liberté de ses sujets contre les pirates y cet état n^a pas même pw empêcher le pillage de ses proprès bâtiments de guerre J^

Quel contraste entre cette allégation mal fondée, et les expressions bienfeillantes pour la Néeriande, émisât par Lord Aberdeen en 1832: nNous awms^ dit le nriils lord, entretenu la liaison la plus intime avec la naiim hollandaise^ liaison qui a toujours été considérée comm éminemment propice pour la sûreté des deux étatSy com me formant le meilleur soutien pour les Ubertés de PjEvropcj et comme étant non seulement encore mainteiimt en harmonie avec les intérêts réciproques des deux pay$^ mais indispensable pour leur prospérité communeJ^

Remarquons encore qu'à cette époque, la Néerlaode se trouvait réduite à ses anciennes limites, et se Toyait accablée sous le coup que Tenaient de lui po^ ter les grandes puissances européennes, démolissant l'édifice politique élevé par elles quelques années aupiravant, et annulant dès lors une des clauses principiles du traité de Vienne.

Pour compléter cet aperçu sur la piraterie , nous faisons mention des brigandages auxquels se livrent les insulaires des iles nombreuses situées entre le Philippines et Bornéo, ainsi que les états indépendants de cette île, et qu'ils pratiquent sur une grande échelle dans les mers de l'Archipel. Nous empruntons, à cette fin, les détails fournis récemment dans la Revue des deux mondes y tom. 2. Ces faits sont relatés dans les extraits du journal de James Brooke, par le capi^ taine anglais H. Keppel (1).

(1) Expédition to Bornéo of H. M. S. Dido, for ihe Muppre^ êion of piracy : by Capiain H. Keppel; 2 vol 8^. London 1846«

»Les trik» |Pudtes se divisent en deux classes: cel* es «pi possèdent des prahoe de haut bord et entre* prennent de long yoyages, telles que les Illanuns, les Bdagnini, et celles qui, sur des barques plus légères, se bornent, comme les Sakarrans et les Sa rébus, à des excursions sur des rivages voisins, et visent a surpren« dre leurs ennemis plutôt qu'à les attaquer ouvertement. La tribu des lUanuns est remarquable par la beauté de sa race. Ces hommes athlétiques et robustes ne croient iju'à la force; ils se montrent amis ou ennemis au pré de leur intérêt ^du moment. Ils habitent vers le Nord-est de Boi^néo , ont de nombreuses flottes et s'en vont roder vers Singapore et les détroits sur la route du commerce des lies. Les Balagnini, tribu plus féroce encore, résident habituellement sur quelques Ilots situés dans la voisinage de Soeloe, où ils viennent vendre leur butin. Us sont placés sous la dépendance du Sultan de Bornéo, dépendance purement nominale qui ne les embarrasse guère. Leurs flottes font souvent le tour de l'ile, visitent Célèbes, Gilolo et les autres' Holuques, et même la Nouvelle-Guinée, où elles enlèvent des esclaves de la race papoue, à la chevelure laineuse, particulièrement estimés des Bornéens. Quand les Balagnini approchent d'un navire, ils se servent pour attaquer leurs ennemis de longues perches munies d'un crochet court et aigu. A l'aide de cet instrument manié avec une agilité extrême, ils enlèvent les hommes et les attirent soit dans la mer, soit sur leur bord. Quelquefois plusieur tribus se réunissent afin d'agir de concert et parviennent à former des flottes de plus de

cent prahoe^ montés par plus de deux mille cinq cents hommes. Les Sakarrans etlesSarebus, résidant à l'embouchure des rivières du même nom, étaient puissants et redoutés avant les dernières expéditions des Anglais. Ils se distinguent des autres peuplades Dajaks par la coutume bizarre de porter à leurs oreilles une énorme quantité d'anneaux de différentes grandeurs. Ils aiment beaucoup du reste les ornements de tous genres, sans faire preuve d'aucun goût dans leur grotesque parure. Us se coiffent de toques de drap rouge, tantôt carrées, tantôt pointues, tantôt garnies de bords retroussés; une touffe de cheveux noirs ou rouges, des coupons de drap ou des plumes, ornent ce capuchon bizarre. Leur coiffure devient encore plus ridicule par l'usage de couper les cheveux en suivant les sinuosités du bonnet, en sorte qu'au moindre déplacement on aperçoit le crâne chauve et nu. Une fois sur leurs prahae^ ces hommes, si puérils dans leur ajustement, développent les qualités les plus mâles, l'audace, le mépris de la souffrance et de la mort. Après une rencontre avec les pirates, les Anglais s'emparèrent un jour d'un bateau sur lequel gisait, blessé mortellement, un jeune chef Dajak. Plusieurs balles l'avaient frappé à la tête et a la poitrine ; ce chef n'en gardait pas moins un air hautain et vraiment héroique; il essayait de parler comme s'il avait eu quelque chose d'important à dire, et le sang étouffant sa voix, arrêtait sur ses lèvres expirantes une parole de vengeance ou un dernier adieu d'amour. Quand il sentit arriver le moment fatal il croisa tranquillement les bras sur sa poitrine ensanglantée, et dé-

tournant les yeux des étrangers , dont il était enrironné ; il les reporta doucement sur cet océan, théâtre ordinaire de ses exploits et témoin de ses triomphes ; puis il mourut sans pousser un seul gémissement. — Les bateaux des pirates portent en général de trente à quarante hommes d'équipage. Leur armement consiste en une ou deux pièces de 6 à l'avant, une pièce de 4 à l'arrière et un grand nombre de fusils, de mousquetons, de lances, d'épées etc. De fortes planches divisent chaque embarcation en plusieurs parties. Les femmes et les enfants sont placés à fond de cale. Les pirates essaient toujours d'aborder un navire et de l'enlever par le nombre; si un vaisseau marchand ne réussit pas à les maintenir à distance, il est irrévocablement perdu. Le commandement des flottes est confié 3 nn chef supérieur; celui des prahœ à un capitaine syanl à l'entour de lui de cinq à dix hommes libres, pris dans sa famille; le reste de l'équipage, dépassant l^s quatre cinquièmes, se compose exclusivement d'esclaves plus ou moins forcés de suivre ce genre de vie. !^s esclaves y prennent goût généralement, et s'y li- 'fent bientôt avec une passion égale à celle des hom- Des libres; ils sont d'ailleurs intéressés à la lutte; ils nt comme leurs maîtres, le droit du pillage. La projeté du butin est régie par la vieille maxime, primo ocupantij à l'exception de quelques articles réservés au bef et à ses compagnons. Les communautés vouées à I piraterie, regardent leur profession héréditaire comte la plus noble et la plus digne que des hommes lissent adopter. Il faut voir avec quelle émotion de rest 18

pect et d'oi^ueil ces hardis forbans montrrat les épéet et les armes de leurs ancêtres, ainsi que les trophées glorieux, dont ils doivent soutenir l'éclat. — Les pirates ne se contentent pas de piller sur les mers; ils descendent sur les îles de l'Archipel et sur les cdtes de Bornéo même; ils surprennent les tribus paisibles, en* lèvent les femmes, les enfants, les hommes dont ib ont besoin; ils s'éloignent ensuite avec leur cargaison et vendent ou déposent dans une autre ile le firuit de leur brigandage; ils placent par exemple à l'ouest de Bornéo les esclaves pris a l'est, ceux du nord au midi. Les maux, dont ils accablent la Malaisie, les dommages qu'ils occasionnent, les obstacles qu'ils apportent au commerce sont incalculables."

On le voit: c'est seulement à dater de Juin 1843 que l'Angleterre prit des mesures sérieuses pour dompter la piraterie sur les mers que, depuis son attaque injuste contre la Chine, elle s'était adjugé le droit de couvrir seule de son pavillon protecteur. Tandis que la Néer* lande continuait à respecter les prérogatives des princes indépendants de Bornéo, on voit l'Angleterre prendre tout à coup une attitude hostile contre ceux-ci, par l'envoi d'un de ses bâtiments de guerre, the Dido, qui arriva à Sarawak pour soutenir les prétentions de James Brooke, qui s'y était établi dans le but avoué de porter et d^étendre la civilisation parmi les tribus aborigènes.

La première expédition contre les pirates des fleuves Sakarran et Sarebus eut lieu sous les auspices du Radja Moeda Hassim, prince faible, délégué à Sarawak par son

cousin le Sultan de Bornéo-propre, et qui, déjà circonvenu par l'influence que James Brooke était parvenu à exercer sur lui, se prêta à seconder l'oeuvre de destruction que les Anglais avaient hâte d'accomplir et dans laquelle ils réussirent au gré de leurs désirs (1). Une seconde expédition du même genre eut lieu en Août 1844. Les mêmes scènes de carnage y sont répétées avec toutes les cruautés compagnes des expéditions de cette nature, dans lesquelles les féroces indigènes servent d'auxiliaires à des commandants européens, se disant les protecteurs des aborigènes opprimés , et qui cherchent ainsi à mettre leurs projets ff envahissement mus Végide de Poeuvre de la civiliscUion des peuples sauvages.

Un but fort différent, étranger à toute tentative de répression de la piraterie et sans aucun rapport direct avec la civilisation des peuples de Bornéo, distingue l'expédition anglaise dirigée contre le Sultan indépendant de Bornéo-propre. Il s'agit d'un traité, d'un pacte, d'une cession volontaire de territoire, que l'on vient imposer à ce prince avec un armement formidable, et c'est à coups de canon qu'il plait à l'Angleterre de prendre possession de la petite île de Laboean!

Nous aurons à nous occuper encore de ce fait accompli par le gouvernement britannique ; mais avant de jeter un eoup-d'oeil sur la scène politique, nous mettons sous les yeux du lecteur des rapports officiels formant le sujet

k (1) Consulter la relation publiée dans Tou^Tagc précité, par le ^ Qipilaine Keppel.

des deux chapitres suivants : ils serrent en quelque sorte de complément aux notices fournies dans celui-ci sur ce qu'a fait le Gouvernement néerlandais, depuis 1816 y dans l'ile de Bornéo.

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