‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RAPPORT CONCERNANT UNE PARTIE DE LA CÔTE MERf*

DIONALE ET DES DISTRICTS DE l'iNTÉRIEUR M

RORNÉO, PAR M*. S. MÛLLER4

La région qu'a explorée, en 1856, la commissioii d'Histoire Naturelle pendant son séjour de quatre mm et demi sur la côte méridionale de Bornéo, peut étrt considérée comme formant deux parties fort distinctes, tant sous le rapport de l'état physique que des peuples qui l'habitent.

Dans l'une de ces deux parties, qui est de beaucoup la plus considérable, le sol se compose ^n général de terres d'alluvion basses, tout unies, et qui s'étendent le long du rivage de la mer, depuis l'embouchure du grand fleuve de Banjermasing jusqu'aux environs de Kotaringin, et dans l'intérieur du pays jusqu'à l'Equateur et par delà. La moitié méridionale de cette vaste éten« due de terrains alluviaux ne s'élève guère que de quelques pieds au dessus du niveau de la mer, et se trouve partiellement inondée chaque jour à l'époque des hautes marées, ou pendant la mousson d'Ouest lorsque les fleuves sortent de leur lit. Plus au loin, dans l'intérieur du pays , c'est*à-dire à la distance de plus de 40 milles géographiques de la large embouchure du Soengi Ban-

djir ouDoeson, l'on rencontre, sur ia rive gauche de ce fleuve, la première élévation du terrain, le Goenong Rantauw, colline de 80 pieds de hauteur, offrant à la vue une formation diluvienne, consistant en puissantes couches horison taies d'un conglomérat quartzeux, dans lequel les galets de quartz sont liés par une pâte rouge, renfermant en abondance de l'oxide de fer qui forme du tout une masse compacte. Cette pâte ^u ciment se montre fréquemment en morceaux isolés, sous l'apparence de fer hydroxide, dans le Doeson et dans plusieurs de ses affluentSé Les flancs du Goenong Raniauw, ainsi que de quelques autres élélvations que l'on rencontre le long des bords du fleuve en le remontant, présentent ça et là, dans les couches de ce conglomérat quartzeux, des lits d'une glaise bleuâtre renfermant des amas d'anthracite, dans lequel on reconnaît encore les fibres végétales parfaitement conservées: cet anthracite offre le plus fréquemment des fragments d'une sorte de résine, qui a une grande analogie avec certaine espèce de damar brun. Cette formation géol(^ique, qui sous certains rapports peut être assimilée à la formation tertiaire européenne et spécialement à la plus récente, est remplacée, dès que l'on remonte le Doeson à 8 ou 10 milles géographiques plus loin , par de tout autres formations rocheuses, consistant en un calcaire compact de couleur grise, en une marne noirâtre alternant avec d'épaisses assises d'un grès le plus souvent jaune et d'une texture serrée, etc.

L'autre partie, dont la superficie est infiniment moins considérable et qui est située au Sud-est de la premiè-

re, comprend la contrée dite Tanah-lawut (pays de la mer), ainsi que plusieurs districts du Sultan. Cette région, qui est en partie montueuse^ est entrecoupée de plusieurs chaînes de collines et de montagnes courant parallèlement du Sud au Nord. La plus considérable de ces chaînes est celle qui a reçu le nom de Goenong Ratoes (les cent montagnes) à cause des innombrables sommités qu'elle renferme. Ces chaînes sont le plus souvent formées de rochers dans lesquels le feldspath et l'amphibole sont les substances dominantes, c'est-à-dire de syénite, de gabbro ou serpentine et de diorite. Le granité ainsi que le mica-schiste d'un yert sombre, se montrent également çà et là par masses plus ou moins grandes dans le lit des rivières. Souvent toutes ces roches s'entrecroisent, se confondent sans qu'il soit possible, d'après leur stratiGcation, de reconnaître la succession régulière des âges de leur formation. Elles sont généralement riches en fer magnétique, et ce métal s'y découvre, à l'état de pureté en masses plus ou moins grandes auxquelles les indigènes ont donné le nom de batoe-brani (littéralement pierre courageuse). Lorsque partant de Banjermasing l'on remonte pendant cinq jours la rivière de Martapoera qui, plus haut, prend également le nom de Soengi Rieam-Kiwa (c à. d. rivière des cataractes de gauche), l'on trouve, d'après les renseignements qui nous ont été donnés, dans un district montueux et couvert de vastes forêts, de puissantes couches d'excellent charbon de terre qui, en beaucoup d'endroits, ont été mises à jour par l'action des eaux des torrents.

Mais ia plus grande partie des grèves plates ou on-* duleuses qui s'étendent à l'£st et à l'Ouest de la chaîne des Ratoes (dont la hauteur moyenne est de 1000 mètres et qui forme en cet endroit la crête de partage de l'eau), présentent une formation diluvienne qui, selon les localités, offre principalement un conglomérat plus ou moins récent de quartz et de fer hydroxide, ou de paissants amas d'une glaise fortement coloriée en rouge par l'oxide de fer, et renfermant une strate de galets quartzeux ainsi que des diamants, de l'or et du platine, ou simplement de l'or en paillettes.

Les terres dont nous venons de parler sont presque exclusivement habitées par des Mahométans, parlant un dialecte particulier qui se compose principalement de mots javanais, malais et boeginais, tandis que la popu« lation des terres partiellement inondées et marécageuses dont nous avons fait mention en premier lieu, se compose pour la plus grande partie de Dajaks, peuple abongène, et qui sous le rapport des moeurs et des usages, de la langue et du degré de civilisation qu'ils ont atteint, offrent le plus frappant contraste avec les étrangers qui plus tard sont venus s'établir dans leur pays.

Parmi les nombreuses rivières qui, dans cette région, entrecoupent les terres basses, il s'en trouve quelques unes d'une grandeur considérable , et qui , recevant leurs eaux de l'intérieur par une multitude d'affluents, coulent dans la direction du Sud avec autant de lenteur que de majesté vers la mer. Les principales de ces rivières, en allant de l'Est à l'Ouest, sont: le Bandjir ou Soengi Doeson, le Kahajan ou Grande-Dajak , le

Soengi Sibangaa, Soengi Mandawei, Soengi Sampit, etc.

Le peu de chute de ces rivières jusqu'à 50 milles géographiques et plus dans l'intérieur des terres, leur profondeur considérable qui est presque partout de 3 à 6 brasses et au delà, et la qualité du fond en gêné-* rai mou et vaseux, sont autant d'avantages qui favorisent les communications avec presque toutes les parties de l'intérieur, et rendent faciles non seulement les opérations du petit commerce, au moyen de prakoe construits en bois de fer et portant d'un à einq io-' jariy mais surtout le transport d'immenses quantités de rotan qui descendent les rivières par trains auxquels on donne quelquefois plus de 300 pieds de loih' gueur.

Le rotan, ainsi que la plupart des autres productions venant de l'intérieur, telles que les nattes tressées de rotan, la cire, les nids de salangane, plusieurs sortes de damar(l), une petite quantité de sang-dragon etc. sont fournis par les Dajaks, et le commerce d'échange dans l'intérieur de la contrée est entretenu non seulement par quelques Chinois, mais encore par un grand^ sombre de Mahométans habitant Banjermasing ainsi que les rives du Doeson. Ces derniers spé-

(1) Datnar en Malais, Njating en Dajak, est le nom collectif de certaines résines provenant de plusieurs espèces d'arbres sortoot de la famille des Diptërocarpees, et dont le datnar poetih ou damar blanc et le datnar rasak , qui est brun, sont les sortes 1^ plus communes et celles qui ofirent le plus d'intérêt poar le coo* mcrcc.

Paiement, qui sont connus sous le nom général d^Orang Pekoempaï ou Pekoumpais, ont établi leurs demeura sur des rakit ou radeaux flottants. Mais il en est d'autres qui se sont fixés dans les ladang (terrains défrichés dans les forêts), ou qui habitent certains villages ou hameaux concurremment avec les Dajaks. Ces hommes ont été appelés Orang Pekoempaiy du nom de leur principal village actuel: dans l'origine, ce nom était celui de la partie du Dœson où ils s'étaient fixés autrefois, et qui s'appelait plus particulièrement le Soengi Pekoempaï, d'une espèce de graminée aquatique à haute tige et de la nature du roseau, qui croit en abondance dans tous ces lieux le long des rives du fleuve.

Les relations multipliées auxquelles donne lieu le commerce d'échange dont nous avons déjà parlé, ainsi que l'importance qu'a prise à Banjermasing l'exporta- 4ion des articles ci-dessus dénommés, articles auxquels il convient d'ajouter encore quelques pierreries, ainsi qu'une certaine quantité de poudre d'or provenant des districts du Sultan et des terres de Lawut, seraient bien dignes d'attirer notre attention, et doivent surtout exciter notre étonnement, lorsque nous considérons cette pq>ulation à demi-barbare , dair-semée sur l'immense étendue du pays qu'elle habite, ne formant le plus souvent que des agrégations fort peu nombreuses; et qui, «n outre, à raison de la simplicité de ses mœurs, vit en quelque sorte sans besoins, dans l'état de liberté à ^u près le plus absolu et à l'abri de tout souci.

Les Dajaks (nom général sous lequel ce peuple est

le plus ordinairement connu) forment un grand nombre de tribus, qui se distinguent plus ou moins entre elles par les moeurs, les idées religieuses, le dialecte etc., et qui reçoivent des appellations particulières. Il n'existe pas moins de quatre ou cinq branches diverses de ce peuple sur la seule côte méridionale, ainsi que sur les terres qui, à partir de ce point, s'étendent à quelques degrés dans l'intérieur. Quelques unes sont sédentaires et industrieuses, et s'adonnent à la culture du sol ainsi qu'à la fabrication du fer: d'autres sont nomades et vivent du produit de leurs rapines ainsi que des productions spontanées de la terre, absolument de même que certaines hordes de naturels de l'Amérique méridionale ou d'autres contrées encore peu civilisées. Parmi les peuplades agricoles, les unes ne tiennent au sol que par un intérêt passager, et n'étant contenues par aucune loi, elles se sont fixées, pendant quelque temps, dans certains districts d'une étendue déterminée où elles habitent les bords d'un ou de plusieurs fleuves ou rivières.

C'est ainsi qu'à quelques journées de voyage en remontant le Doeson, l'on trouve la tribu de Dajaks connue sous le nom d^Oeloe Doesan ou hommes du Doeson, peuplade qui se distingue de la plupart des autres en ce que les hommes qui en font partie ne sont généralement point tatoués comme leurs voisins. Plus haut encore, à un demi degré environ au nord de la ligne: les bords de ce fleuve ainsi que les rives de ses affluents équinoxiaux, le Soengi Laoeng et le Soengi Bomban dans le district de Sieang , sont habités par d'autres tri-

bus de Dajaks qui offrent à l'oeil un élégant tatouage, et qui du reste se sont rendus célèbres chez leurs voisins par leur amour du pillage.

A quelques milles à l'Ouest du grand «fleuve Banjer ou Soengi Baritto, se jette dans la mer la rivière ordinairement appellée Dajak Kitjil ou petite-Dajak , à peu de distance au delà de laquelle on arrive à l'embouchure du Dajak besar ou grande-Dajak (Soengi Kahajan). La petite-Dajak ^ également connue sous le nom de Soengi Bejadjoe et de Soengi Poeloe-petak , n'est pour ainsi dire qu'un bras du Doeson, et se rattache à la grande Dajak par un antassan (canal naturel) fort sinueux. Toutes ces rivières, au nombre desquelles se trouve encore la Soengi Kapoeas qui se réunit à celle de Poeloe-petak , forment le domaine des Dajak Bejadjoe qui, autrefois et avant que ces contrées fussent soumises à l'autorité immédiate du gouvernement néerlandais, vivaient en état permanent d'hostilité avec les habitans du Doeson , • du Moeroeng et avec d'autres tribus.

Les Dajaks Bejadjoes de Poeloe-petak qui habitent non loin de Banjermasing , et qui par conséquent ont de fréquents rapports avec les Chinois et les Banjerais, ne pratiquent plus guère le tatouage : mais ceux qui se sont fixés dans le haut de la rivière de Kapoeas ainsi que sur les bords de la grande Dajak ou Soengi Kahajan, paraissent avoir encore toujours un goût trèsprononcé pour cet embellissement corporel.

A partir de ce district et en s'avançant vers l'Ouest, on trouve le tatouage généralement de plus en plus en

honneur chez les Dajaks de Mandawei, de Sampit etc.; et cette pratique semhie s'allier parfaitement avec le caractère plus ou moins barbare de ces peuplades.

L'opération du tatouage commence chez les Dajaks dès le jeune âge, et les premiers dessins se tracent d'ordinaire sur les mollets, les bras et la poitrine. A mesure que l'individu avance en âge, l'opération se continue et s'étend sur toutes les autres parties da corps, de sorte qu'il se trouve quelques hommes qui, depuis le menton jusqu'aux pieds, sont entièrement couverts de lignes et de figures représentant des fleurs disposées en festons.

Non contents de pareils ornements, de leur nature si durables, les hommes portent encore dans le lobe de l'oreille des rondelles de bois qui ont quelquefois deux ou trois pouces de diamètre, et qui donnent à cette partie de leur corps une extension démesurée. Cet ornement ne plait pas moins aux femmes, si ce n'est que les disques ou rondelles qu'elles emploient sont d'une moins grande proportion, et souvent chez elles ces disques sont enjolivés dans leur partie antérieure d'une légère plaque d'or.

L'usage de ces disques, auxquels on donne différentes grandeurs et qui sont sculptés de diverses maniée res, est commun à presque tous les Dajaks, à l'exception de ceux qui habitent le haut de la rivière de Naga^ ra, près de Tabalong et ses environs: en outre ces der-^ niers ne sont point généralement tatoués, d'où il résulte qu'ils ne se distinguent guère des Mahométans qui habitent les mêmes villages qu'eux, si ce n'est

qu'ils portent un vêtement beaucoup plus simple qu'eux, Tétement absolument restreint à ce qui suffit pour couvrir le milieu du corps.

Chez toutes les tribus de Dajaks de la partie méridionale de Bornéo, les hommes ne portent habituellement, depuis l'âge de puberté jusqu'à la vieillesse la plus avancée, d'autre vêtement que Vewa qui ne couvre que le milieu du corps, ainsi qu'une espèce de bandeau qui maintient leur chevelure. Ces deux articles de leur toilette sont ordinairement fabriqués d'écorce d'arbre , quoiqu'ils emploient également quelquefois pour cet usage des bandes d'étoffe. Aux jours de fête ou d'apparat, ils ajoutent à ces deux objets d'une simplicité si primitive une veste d'indienne, ou (ce qui est bien plus somptueux à leurs yeux) une veste de 'drap rouge ouverte par devant, ce qui complète leur ajustement. Jamais ils ne font usage de culottes (1), et ce n'est que pour certaines danses qu'ils se couvrent la ceinture d'un sarong ou du kajing pandjangy pièce de toile de forme oblongue.

Le tatouage n'est point en usage parmi les femmes. Elles portent un fort petit sarong^ d'une étoffe grossière qu'elles tissent elles-mêmes et qui ne descend que juste au dessous des genoux, et ce vêtement est tellement étroit qu'il n'y a réellement que l'habitude qui puisse

(1) Bien entendu qne je ne décris ici que le costume national proprement dit des Dajaks , car qaelqaes chefs et d'autres personnes de rang, qui ont d'assez fréquents rapports avec les employés néerlandais, portent le plus souvent, lors de leurs entrerues avec ceux-ci, de louons caleçons d'indienne.

lear permettre d'y entrer. Par dessus leur sarang^ elles s'enveloppent les hanches d'une sorte de ceinture formée de rolans refendus et teints en rouge, nommée Untoeng, et pour le haut du corps elles le couvrent également d'une courte veste ou camisole avec ou sans manches. Les avant-bras sont ornés de gros bracelets de cuivre jaune, sorte de parure que ne dédaignent point non plus les hommes: les deux sexes paraissent attacher également du prix' à leurs colliers qui se composent ordinairement de cornalines longues de deux t trois pouces, et entremêlées de petites balles d'or creuses intérieurement comme nos grelots. La plupart des cornalines que l'on trouve chez les Dajaks, leur auront probablement été apportées à une époque antérieure par les négociants arabes qui commerçaient avec Bornéo.

Je ne parlerai ici ni de quelques autres objets d'ornement d'un usage moins général, ni de la variété des costumes que portent les Dajaks à certains jours de fête, ou lorsqu'ils sont armés en guerre, ou dans d'autres occasions encore, parce que cela m'écarterait beaucoup trop de mon sujet. Quant aux armes les plus généralement usitées chez ces peuples, ce sont le mmh dau ou coutelas, et le sipet ou sarbarcane dont ils se servent pour lancer avec une adresse étonnante, de petites flèches empoisonnées à 30 ou 40 mètres de distance. Cette sarbacane, qui est surmontée en outre d'un fer aigu, leur sert en même temps de lance. Un bouclier de bois assez grand et presque plat, que supporte le bras gauche et que les Dajaks sont fort habiles à manier, préserve leur corps des coups de flèche

et de sabre lorsqu'ils en viennent aux mains avec l'ennemi. Jamais un Dajak ne sort sans- ses armes : en Yoyage, aux champs, dans les bois, en un mot quel* que part qu'il aille, toujours il est pourvu de son mandau et de sa sarbacane ainsi que d'un étui rempli de flèches.

La substance dont est enduite la pointe de ces petites flèches de bambou, est composée de deux poisons différents connus sous le nom de siren et de ratœs ou ipae. Tous deux sont préparés avec des matières végétales, bien qu'ils soient fournis par des arbres d'espèces fort différentes. Le poison s'extrait par décoction du suc que fournissent l'écorce, les rameaux et les feuilles de ces arbres, et après qu'on a laissé reposer et fermenter convenablement cette décoction, on la mélange avec le suc d'autres plantes et arbrisseaux; puis on la conserve pour l'usage. Le poison extrait du 9iren est beaucoup plus actif, plus violent et plus dangereux que celui que fournit /'tpoe, mais il parait que sa préparation offre plus de difficulté que ce dernier. Il provient d'un arbre de haute futaie qui pourrait bien être le même que le Pohon œpas (l'arbre à poison) de Java. Le ra^oe^ ou ipoe, au contraire, s'extrait d'une espèce de plante grimpante qui parait être assez commune dans l'intérieur du pays.

Les Dajaks font la guerre à tous les animaux qu'ils peuvent tuer avec leurs flèches empoisonnées, et dans leurs chasses, la lance ne leur sert que d'arme défensive. C'est ainsi que la chasse leur fournit des oiseaux, des singes, des cerfs, des cochons sauvages etc., et ils

n'épargnent pas même les vieux Orang-oetans non plus que la Panthère (Uhan {Felis macrocelis). Us se livrent à cet exercice avec d'autant plus d'ardenr, qu'ils font usage de la chair de presque tous les animaux sauvi^ ou domestiques, et ils recherchent surtout celle 'des singes, spécialement celle duNasique {Semnopithecusiuui' cus)j ainsi que celle de l'Orang-oetan quand il est gras.

Les poissons, et surtout ceux du genre Ophiocéphakj ainsi que ceux de la nombreuse famille des CyprinéeSj qui se trouvent en si grande abondance à Bornéo et contribuent pour une si lai^e part à la substance des Dajaks, se prennent à l'hameçon ou se harponnent avec une espèce de lance: pour la pèche, ces peuples font également usage de filets ou de nasses.

Les Dajaks sont généralement bien conformés; leur chevelure est épaisse, noire et luisante, et leur teint est d'un jaune tirant sur le brun: chez quelques individus la teinte en est plus foncée et tirant sur le bran de suie, tandis que chez d'autres au contraire elle est beaucoup plus claire.

Les hommes sont presque tous musculeux et d'une stature moyenne , bien qu'il s'en trouve parmi eux quelques uns d'une taille assez élevée; mais en général leurs formes sont grêles. Ils ont en outre des yeux pleins de feu et une grande vivacité dans leurs mouvements.

Les femmes sont généralement de petite taille, et offrent rarement cet extérieur avantageux et cette pnK portion dans les formes qui distinguent la plupart des hommes. Outre les fièvres et autres maladies plus on moins communes dans les contrées indiennes^ les Di<

jaks sont principalement sujets à des affections cutanées qui paraissent provenir de leur état habituel de nudité partielle ainsi que de la malpropreCé dans laquelle ils croupissent. Il se trouve parmi eux, aussi bien que chez les habitants des Nias, chez les Papous et au*très nations demi-sauvages, des individus attaqués d'une espèce d'ichthyose,.etde même que ces derniers ils exhalent pour la plupart une odeur désagréable.

Le plus grand obstacle qui s'oppose à ce que les Dajaks puissent être assujettis à se fixer quelque part, provient précisément de la nature du pays que la Pro* vidence leur ar assigné pour séjour. Comme nous l'avons dit ci-dessus^ cette contrée ne consiste guère qu'en terres alluviales basses et marécageuses^ entrecoupées d'innombrables rivières^ et renfermant en outre une infinité de lacs répandus ça et là: ajoutons encore que le pays est presque partout couvert de forêts impénétrables et de vastes déserts. Une partie considérable de ces forêts se trouve, comme on l'a vu plushaut, plus ou moins submergée pendant toute l'année, et durant la mousson d'ouest les hautes terres ellesmêmes, à proximité des rivières, sont couvertes de plusieurs pieds d'eau pendant des semaines et même des mois entiers. Delà vient que d'immenses espaces, séparés les uns des autres par le lit des fleuves, sont totalement inhabités, et que toute la population s'est agglomérée dans des hameaux situés le long des rivières: aussi est ce dans leur voisinage et à proximité des habitations, que se trouvent les champs de riz^ de maïs, les plantations de cannes à sucre, de cour-

ges, de melons d'eau/ de patates et autres. Cependant, comme dans des espaces d'une superficie habituellement aussi restreinte, la fertilité des terres s'épuise assez vite, la population se voit contrainte, au bout de quelques années, de défricher de noureaux terrains qu'assez souvent il faut aller chercher à une grande distance des établissements déjà formés, ce qui entraine presque toujours un déplacement total de la population. Quelquefois des tribus entières émigrent a la fois pour des causes de ce genre, ou bien une partie seulement abandonne les anciens établissements et cherche à en former d'autres ailleurs. C'est ce qui est arrivé récemment encore dans le district de la rivière Bejadjoe (la petite Dajak) dont, depuis sept ans, une tribu habite les rives entre le Moewara Makatip et le Moewara Kapoeas, tandis qu'avant cette époque elle avait résidé durant un grand nombre d'années sur les bords de l'Ântassan Loepak, à une journée de voyage en aval du lieu de son séjour actuel.

Cette espèce d'existence nomade, que mènent les Dajaks , est vraisemblablement la principale cause pour laquelle ces peuples s'attachent si peu à se construire de bonnes et solides habitations: ordinairement leurs demeures ne consistent guère qu'en un bâtis de troncs de palmier Nibong, et les parois ainsi que le toit se font avec les feuilles du Nipa. S'agit-il de transporter ailleurs ses foyers, on démonte cette charpente que les prahoe transportent facilement partout où l'on veut, et d'ailleurs dans ces terres basses et marécageuses de pareils matériaux se trouvent partout.

Au reste, celte existence n'est point celle de toutes les tribus de Dajaks: il en est d'autres au contraire qui sont éminemment sédentaires; tels sont celles par exemple qui habitent les bords du Doeson, et surtout celles qui se sont fixées dans les rillages situés dans le haut de la rivière, villages presque exclusivement peuplés de foirerons , tels que les hameaux de Troesan ^ Siekan y Laloeniauw, Roedjej, Panoeatawan etc. La raison en est que le minerai de fer qu'ils travaillent s'extrait, à proximité de ces villages, du lit même de la rivière du Doeson lorsque les eaux sont basses, et principalement le long de la rive droite du fleuve, près de l'embouchure de la petite Soengi Patakej. Ce minerai se trouve répandu, comme nous l'avons déjà dit, dans le limon du fleuve, et s'y présente par masses, de 5, de 10 et même de 100 livres et plus.

Les habitations des Dajak Bejadjoe à Poeloe-Petak sont construites sur de nombreux piliers de Nibong, à quatre ou cinq pieds d'élévation au dessus du sol, attendu que le terrain y étant bas et marécageux , est exposé à de fréquentes inondations à l'époque des hautes eaux.

Ces habitations sont généralement d'une forme oblongue; le toit en est assez bas, et le plus souvent elles ne peuvent recevoir qu'une seule ou tout au plus un fort petit nombre de familles. Quelques villages sont retranchés et pourvus d'une forte palissade formée detroncs de Nibong, ce qui les met à Tabri d'un coup de main en cas d'hostilités imprévues.

Les mêmes mesures de précaution ont été prises

également pour quelques uns des grands villages situés dans le haut de la rivière du Doeson j si ce n'est qtt l'enceinte palissadée, au lieu d'être construite en troncs de palmier Nibong, consiste en fortes palissades de bob de fer. Les habitations des Dajaks y sont pareillement beaucoup plus exhaussées au dessus du sol, c'est4-dii« sur des piliers de 12 à 15 pieds d'élévation , et en outre elles offrent quelquefois des dimensions considérables, par exemple de 140 pieds et plus; les murs ainsi que le toit ne consistent le plus souvent qu'en lanières d'écorce d'arbre. Une habitation aussi considérable renferme quelquefois 12 ou 15 familles, de manière qu'elles abritent par fois plus de 40 ou 50 individus. Les Dajak Pari ou Parei, célèbres par les courses aventureuses qu'ils font chez leurs voisins ainsi que par la sauvagerie de leurs moeurs, et qui habitent l'intérieur des terres vers la rivière de Koeti qui se jette dans la mer sur la côte orientale de Bornéo, ont, à ce qu'il parait, des cases de plusieurs centaines de pieds de longueur, et qui renferment 4 ou 500 individus. Delà vient que souvent leurs villages ne consistent qu'en un ou deux hangars d'aussi colossales dimensions.

L'on peut dire en général que les habitations des Dajaks sont aussi mal construites, qu'elles sont sales et misérables. Un tronc d'arbre grossier, dans lequel on a pratiqué des entailles, leur sert ordinairement d'échelle pour arriver à l'entrée de leur case. Au dessous des habitations se trouve la basse-cour qui renferme de nombreuses volailles ainsi que des troupeaux de

porcs. Ces animaiix se noarrissent en partie des immondiees qui tombent à travers les interstices du plancher à claire-Toie de ces cases, et finissent par confertir en une yéritable mare de boue ce monceau de débris qu'ils fouillent et retournent incessamment. Les Dajaks possèdent peu de bui&es, et ceux qu'ils ont sont uniquement réserrés pour les repas qu'ils font à certains jours de fête. D'ailleurs ces animaux sont d'an prix élevé, parce qu'ils leur sont amenés des districts malais.

Outre les cornalines dont nous avons déjà parlé, ftinsi que certains autres ornements d'une moindre valeur, et quelque peu de poudre d'or qui se recueille dans différents cours d'eau , le principal luxe des Dajaks consiste encore dans la possession d'une espèce de ^nd vase de terre qu'ils prétendent provenir du royaume de Modjopahit dans l'ile de Java, mais qui, piant à moi, m'ont généralement paru d'une fabrication chinoise. Ce qui me confirmerait bien plus encore dans mon opinion, c'est la ressemblance que j'ai trouvée depuis entre certaines figures de dragons à longue queue dont ces vases sont ornés, et les figures à peu près semblables pour la forme et l'attitude, qui se roient sur d'anciennes monnaies de la Cochinchine. (Quoiqu'il en soit, ces vases paraissent fort anciens, et sans doute il ne s'en fabrique plus maintenant, sans ^oi il est apparent qu'à raison de leur prix élevé, les Chinois ne manqueraient pas d'en faire un objet de spéculation. Chez les Dajaks, ces vases se transmettent de père en fils comme des joyaux sacrés: la va-

leur considérable qu'ils attachent à ces objets les rend pour eux d'une grande importance, et lors même que ces vases sont félés en plusieurs endroits, qu'il y manque quelque pièce, ou qu'ayant été briisés, les morceaux ne tiennent plus ensemble que par des ligatures de rotan, leur prix n'en reste pas moins considérablement élevé.

Les Dajaks distinguent plusieurs espèces de ces vases, qui ont leurs noms propres et dont les principales sont:

lo. Le Balanga^ vase mâle, d'une valeur de 1000 a 5000 florins et au delà, selon sa beauté et ses dimensions. Un Bahnga que j'ai mesuré avait 70 centimètres de hauteur, 48 centimètres de diamètre au milieu, et 24 c. à son orifice. Le haut du vase supportait, de chaque côté, deux dragons en forme de serpents, ayant trois pattes recourbées sous eux.

2<'. Le Hattoe-Halimau y vase également mâle, valant, selon les Dajaks, de 500 à 2000 florins. Les deux serpents à tête du dragon qui étaient contournés autour du vase avaient quatre pattes.

3^ Le Pasiran-tiean j ou vase femelle, et qu'on n'estime valoir que de 100 à 300 florins. Ces vases ont du reste à peu près les mêmes dimensions que les deux précédents; mais le haut ofire pour anses quatre figures de Gecko ayant chacune quatre pattes.

Les Dajaks sont généralement d'un naturel actif, gais, sensés, entreprenants et persévérants dans leurs desseins; mais d'un autre côté ils ne sont pas exempts de fausseté et même de perfidie; ils sont en outre vin-

(licâtifs et voleurs, et pour satisfaire leurs mauvaises passions, ils ne reculent pas devant le meurtre ou d'autres crimes aussi graves.

La barbare coutume en usage dans ce pays, je veux dire celle de couper des têtes et de les rapporter en triomphe dans les villages au bruit des chants et de la musique, puis ensuite de les exposer devant les habitations comme autant de glorieux trophées: cette coutume, disons-nous, s'est presque entièrement perdue dans les districts soumis à l'influence ou à l'autorité immédiate du gouvernement néerlandais. L'on s'est livré à de nombreuses conjectures sur les causes qui ont donné naissance à ce sanguinaire usage. L'on suppose communément qu'il doit son origine à ce qu'aucun jeune homme ne peut prétendre à la main d'une jeune fille qu'après lui avoir fait hommage d'une tête humaine, gage de sa valeur: mais cette idée est contredite par tous les Dajaks dignes de foi que j'ai consulté à cet égard. Il résulte de la plupart des renseignements que nous avons recueillis à ce sujet, que cette affreuse coutume est encore l'un des fruits de la superstition religieuse qui a enfanté tant d'autres monstruosités du même genre. Ainsi, par exemple, lorsqu'un Dajak coupe une tête, il ne fait qu'accomplir un voeu fait par lui dans quelque circonstance difficile ou importante; et par suite, la malheureuse victime, inopinément assaillie dans une forêt, ou dans le cours d'un voyage ou durant le travail des champs, et tombant sous les coups d'un fanatique assassin, est offerte par lui aux mânes de quelque parent récemment décédé, ou au gé-

nie de la superstiiion auquel il attribue son rétaUissement d'une maladie ou le succès d'une entreprise oa d'un lointain voyage etc. Du reste, qu'importe ta meurtrier qu'il atteigne son but par un acte de bn- Toure et une attaque à force ouverte, ou bien par h trahison et le guet-apens? que lui importe '^[alemeDt que l'être qu'il sacrifie soit un jeune homme ou an yieiliard, une femme d'âge ou une jeune fille, même un enfant? Il a promis à ses divinités une ou phisieurs têtes, il les lui faut, et sans aucun remords il les rapporte en triomphe dans son village. Dans ces tristes événements, un rôle important est réservé aox Bilian ou chanteuses publiques, qui cumulent arec ces fonctions celles de devineresses, de magiciennes, de sorcières, de conjuratrices des mauvais esprits, de sages-femmes et de diseuses de bonne*aventure, en uo mot qui ont des moyens infaillibles pour toutes les difficultés marquant le cours de la vie, et provenant de causes soit naturelles soit en apparence surnaturelles. Aucune entreprise ne peut se faire avec quelque espoir de succès, aucun mariage ne peut se conclure, aucun enfant ne nait, aucun malade ne se rétablit, aucun mort ne peut être inhume, personne même ne peut mourir en paix , sans la présence de quelques Bilm. Dans ces occasions, ces femmes chantent pendant plusieurs jours de suite, ou pour mieux dire elles crient à lue-tête en s'acconipagnant d'un tambourin sur lequel elles frappent avec les doigts ; en niéme temps elles rendent des oracles. Tout cela est accompagné, suivant le but de la cérémonie pour laquelle elles sont ap-

pelées, de difenes jongleries: aÎBsi, par ample, elles répandent à terre do riz non noodé, pais après elles aspergent d'ean â plasieors reprises l'oliget poor lequel leur concours est invoqué. Par întenraHes elles prononcent à Yoix basse, avec on risage composé, certaines prières mystiqœs, pois de temps â aotre elles invoquent à grands ms l'oiseau AmUuig {Fako fiomàice* riaaw^ ou d'autres génies. Toutes ces cérémonies qui d'ordinaire durent plusieurs jours, sont accompagnées de festins et de divertissements, tels que la musique, la danse ,' les détonnations d'armes â feu etc. , et il s'y fait une grande consommation d'arack et â défaut de celui-ci, d'une autre liqueur enivrante préparée par les Dajaks eux-mêmes et qu'ils nomment dœak-katan (1).

De pareilles fêtes sont fréquemment suivies de nouveaux meurtres ou d'autres scènes sanglantes, par exemple quand elles sont générales, et que les Bilian célèbrent par leurs cbants la conquête d'une nouvelle tête. Celle-ci est déposée sur une natte au milieu de l'babitation, et les BUian ainsi que la plupart des hommes qui assistent à la cérémonie, dansent autour avec des contorsions diaboliques. Le vainqueur reçoit des

(1) Cette boisson se prépare principalement avec le katan (espèce de rk) dont on mélange la décoction avec plosieors plantes amèrm nommées pawak doeak. Ce mélange se conserve pendant 2 , 3 00 4 semaines dans de grands vases où il fermente. Au bout de temps, il fonmit nne liqueur (rouble et blanchâtre, d'un goût iort désagréable ponr le palais de l'Européen qui n'y est ps habitué y et qui , de même que le vin en fermentation , possède dei^ qaalilés enivrantes.

louanges exagérées sur la valeur qu'il vient de déployer, ce qui ne manque pas d'exciter au plus haut degré b jalousie des autres, et ne les détermine que trop bcî* lement à mériter le plus tôt possible, par les mêmes moyens, d'aussi flatteuses distinctions.

La religion des Dajaks consiste, sauf les légères modifications qu'offrent les diverses tribus, en un mélange d* Antropomorphisme et de Fétichisme: ils ont recours aux Fétiches lorsqu'ils veulent connaître l'avenir, et pour leurs autres divinités, ils les regardent comme étant chargées de veiller à leurs personnes et à lears biens et de les protéger.

A la tête des divinités de la première classe se tnmvent les dieux Djata et Sang-jang: celui-ci gouvernant le monde supérieur y l'autre le monde inférieur. Les Dijaks se figurent ces divinités comme des génies invisi* blés, mais ayant cependant une forme humaine, et auxquels, à raison de l'éminence de leur rang, il n'est permis d'avoir recours que dans les cas extrêmes. Oa invoque leur appui en répandant à terre du riz non mondé ou en leur offrant d'autres sacrifices. Il existe un autre génie d'un ordre inférieur nommé Temporalelon^ qui est considéré comme le conducteur et l'esprit gardien des morts, et que les Dajaks, dans leurs trtditions et leurs chants ont souvent célébré: les offrandes qu'on lui fait consistent le plus souvent en riz bouilli, en poules ou en d'autres substances alimentaires. Telles sont également les offrandes qui se font à Kaloeè à kamhi et à Djinkapir^ trois génies malfaisants qui habitent les entrailles de la terre et les eaux, ^t

'on doit se concilier par des sacrifices pour être prérvé.des maladies et d'autres calamités.

Ces six divinités sont celles qui sont le plus géné« lement connues parmi les Dajaks, et surtout chez ax de la tribu des Bejadjoes. Quelques uns de ceux-ci lUS parlaient encore d'une autre divinité nommée 6oee et Maharadja: termes qui aussi bien que celui de mg-jang cité ci-dessus, rappellent à l'esprit l'ancien Ite Indou, autrefois suivi par les Javanais et par lutres insulaires de l'Archipel indien, ou du moins j lui ont été empruntés. Au reste, je ne doute point le des recherches plus approfondies, faites sur cette itière parmi les diverses autres tribus de ces abonnes, ne nous fassent connaître par la suite d'autres nnités encore, et vraisemblablement celles dont nous nons de parler se révéleront à nous avec d'autres •ms encore, d'autres attributs et d'autres qualités, en est ainsi dumoins chez la plupart des peuples de* i-sauvages: chez eux, la tranquillité de l'âme repose r une suite de superstitions qui s'enchaînent de la inière la plus absurde , attendu qu'elles ne s'appuient te sur des traditions orales qui dépendent de la sûrede la mémoire, du jugement naturel, ainsi que des Qtiments particuliers de l'individu.

Outre un grand nombre de petits oiseaux dont les Da- £8 banjerais, dans une multitude d'occasions mais surit en voyage, observent avec le plus grand soin le vol, chant etc., leur Antang remplit un rôle remarquable ns toutes les entreprises importantes qu'ils ont en vue, isi que dans les événements décisifs de leur existence.

VAntang est une espèce d'oiseau de proie d'un beau brun marron vif; il a la tête, le cou et la poitrine blancs, ou gris de perle. C'est V Oiseau de ban au^tire, si fameux chez les Indous, et qui s'appelle en Sanskrit Kshemankara et Kshemankariy ce qui signifie faisant le bonheur ou le bien-être ^ ce qui lui a fait donner au Bengale le nom de Brahmanikite. L'Antang plane or* dinairement à une grande élé?ation, et c'est d'après son vol que les Dajaks augurent du plus ou moins de succès de leurs desseins. Us ont une foi entière dans les bons ou les mauvais présages qu'ils tirent des mosvements de cet oiseau, surtout lorsqu'ils l'ont invoqué expressément dans de certaines circonstances, on ta moment qu'ils répandent du riz etc. —

Les naissances', les décès et les funérailles sont accompagnés, chez les Dajaks ainsi que chez tous les peuples de l'Inde, d'une multitude de cérémonies et d'autres usages auxquels la coutume a donné force de loi. Mais pour ne pas m'étendre inutilement sur ce sujet, je me bornerai à exposer succinctement les diffé* rents modes de funérailles le plus généralement usités parmi les Dajaks, et je décrirai tout aussi brièvement les diverses effigies en bois qui servent à leur culte idolâtre, ainsi que les petites cases tumulaires ou céDotiphes que renferment quelques hameaux, des Dajab Bedjadjoes.

Cette grande tribu a deux manières de rendre aox morts les derniers honneurs: ou ils sont inhumés, ce qui a lieu le plus communément, ou bien les cadams, après avoir été conservés pendant plusieurs années, sont

réduits en cendre, et le peu qui reste de leurs ossements est déposé dans de petites cabanes de planches construites à cet effet, et que l'on nomme SanUmg toelangj littéralement, chambre d'ossements.

Biais cette dernière manière d'honorer la dépouille matérielle des morts étant accompagnée de nombreuses cérémonies , entraine à de grandes dépenses : « aussi a'est-elle en usage que parmi les riches ou les famil* les puissantes. Le cadayre est déposé dans une caisse laite de planches nommée Kakoerœngy ou dans un tronc d'arbre creusé, Rauœn^ et dont le couvercle est hernràtiquement fermé au moyen du damar tampoereb (espèce de résine) dont il est enduit. Cette opération n'a communément lieu que 36 heures ou plus après le décès, parce que ce laps de temps est nécessaire pour construire le cercueil , et que d'ailleurs il n'existe point dans ce pays d'ouvriers s'occupant uniquement de ce travail.

Les inhumations au contraire se font généralement 12 heures après le décès, et sont accompagnées de bien moins de cérémonies. Le cadavre est lavé et simplement enveloppé de nattes, ou bien après avoir été enseveli dans une toile blanche recouverte de feuilles de pisang, le tout reçoit encore une dernière enveloppe de bambous refendus. Quelquefois aussi les corps sont déposés dans une bière.

Le cadavre est couché sur le dos, ayint les bras rassemblés sur la poitrine. Avant l'inhumation, on verse du riz non mondé sur la partie supérieure du corps, et les jambes sont en outre frottées de curcuma. La

iélc est tournée à TEst, de manière à ce que les yeux, qui sont découverts, regardent le soleil couchant.

Les Dajaks Doeson' enseyelissent également leurs morls, ou bien ils les brûlent et en recueillent les cendres qu'ils conservent dans un tronc d'arbre creusé à cet effet.

Outre les ossuaires ou cénotaphes faits de planches dont nous avons parlé ci-dessus, il existe encore cbei les Dajak Bejadjoe une multitude de grandes idoles de bois nommées Hampatongy ainsi que d'autres objets que le culte ou la superstition ont consacrés. Chaque habi* tation chez cette tribu , ainsi que chez celles du Doesoo, renferme de plus différentes petites idoles de bois qni sont censées garder l'habitation , protéger la récolte da Hz, préserver les habitants des maladies, et enfin remplir d'autres fonctions analogues. Les Dajaks rassemblent encore dans le même but, des crânes d'ours, de singes, de chais sauvages etc., qu'ils conservent dans de petites caisses carrées nommées Kamantoha et qu'ils suspendent à l'intérieur ou à l'entrée de leurs cases.

Les districts Banjerais proprement dits, et quelques autres habités par des mahométans de la race malaie, forment la partie Sud-est de Bornéo. La constitution géologique de cette partie de l'ile diffère, comme on a pu le voir plus haut, essentiellement de celle que nous avons décrite ci-dessus en parlant des te^ res basses et toutes alluviales qu'habitent les Dajaks.

Plusieurs chaînes de collines et de montagnes, qui se rattachent plus ou moins entre elles, et qui élèvent leurs cimes à diverses hauteurs, depuis 300 jusqu'à 1100 mètres au dessus du niveau de la mer, entrecoupent cette contrée à partir de la pointe Sud de Bor* Jàéo (Oedjoeng Salatan), et s'avancent, dans la direc« lion du Nord et du Nord-est, jusque dans l'intérieur 2tt pays; elles forment ainsi en partie la ligne de par* tage des eaux entre les plages orientales et la côte mé« ridionale. Les principaux sommets de ces montagnes sont: le Goenong Sakoembang, le Goenong Kamokoes et la chaîne de montagnes des Ratoes, consistant toutes en roches feldspathiques et amphiboliques, surtout im syénile, diorile et ophiolite.

Outre cette formation et celles dont nous avons parlé ^-dessus, certaines localités et notamment le lit de laelques rivières, présentent encore en masses plus Ml moins considérables, le calcaire à polypiers, le mi- ^schiste, divers conglomérats et différentes espèces de iprèsj etc. Quant à des substances volcaniques récentes, nous n'en avons, à proprement parler, trouvé nulle part dans cette ile. Du reste le sol de cette région , si riche en or, en platine, en diamants et autres pierres jirécieuses, consiste pour la plus grande partie en >laines arides et couvertes (Palang-alang.

La partie méridionale de cette région, connue sous e nom de Tanah-lautj à été en 1826 cédée en toute propriété par le Panembahan Adam au Gouvernement léerlandais. Les autres districts situés plus au Nord, brment le domaine de ce prince qui s'est toujours

conduil eu vers nous eu fidèle allié. Ci-deTant, son auioFÎté s'étendail sur presque toute la partie méridionale de Bornéo , c'est-à-dire depuis la côte orientale jasqu'à Textréme pointe Sud-ouest de l'ile. Mais l'esprit sauvage et turbulent des Dajaks, l'état perpétuel d'hostilité dans lequel ils vivent entre eux, leurs incursi<»is sans cesse renouvelées dans les districts mahométaos voisins, avaient à tel point affaibli avec le temps l'influence et le pouvoir du Sultan, qu'il a dû se trouva fort heureux de pouvoir céder à notre gouvernement, la plus grande partie de cet immense territoire a?ec sa remuante et indisciplinable population, afin de s'assurer à lui-même par ce moyen un constant et ferme appui qui lui garantît son repos et sa sécurité. Depuis cette importante cession, le domaine du Panembahan se borne à un territoire de deux degrés en largeur sur un degré en profondeur. Toutefois les terres du Sultan appartiennent à la région la plus populeuse de toute la côte méridionale de Bornéo. Ses habitants sont pour la plupart raahométans, et ce n'est guère qu'en s'avançant vers le Nord et spécialement le long des rives du Nagara, que l'on trouve un assez grand nombre de hameaux peuplés de Dajaks.

Autrefois il existait en différents lieux, dans les terrains montueux et les plaines de Tanah-laut, des plantations considérables de poivriers dont la culture avait surtout reçu une extension considérable sous le règne du Panembahan Soleiman, ainsi que sous celui de son prédécesseur. Il paraîtrait qu'à cette époque les environs de Palaihari seuls fournissaient annuellement de

5 à 8000 pikol de cette denrée : mais le Sultan , qui quelquefois manquait d'argent, ayant fini par ne plus Touloir payer au planteur qu'un florin par pikol, il en est résulté que depuis, cette culture est tombée dans une décadence complète, et ce n'est que depuisquelques années qu'elle commence à se ranimer.

Outre le doerian, la mangue, le pisang, et quelques autres espèces de fruits, Bornéo produit assez de riz pour la subsistance des populations indigènes et des étrangers. Lorsque le riz est à bon marché, le pikol ne se paie quelquefois qu'un florin ou fl. 1.50 en monnaie d'argent; mais le plus ordinairement il vaut 2 florins ou fl. 2.50.

Au reste, ni dans les districts mahométans de Banjennasing, ni ailleurs le long de la côte méridionale de Bornéo, on ne connaît les sawahs ou rizières arrosées. Tout le riz se cultive dans les ladang ou champs défrichés dans les forêts, qui, selon qu'ils ont été plus ou moins fertiles, sont abandonnés au boul de â, 3 ou 4f ans au plus, et remplacés par d'autres terres. Le riz de Bornéo a le grain généralement plus petit et moins nourri que celui de Java et il ne se conserverait pas aussi longtemps, de sorte qu'il n'est point propre à l'exportation. Après l'achèvement de la récolte du riz, une partie de la population mahométane va travailler aux mines de diamants pendant la seconde moitié de l'année, tandis que d'autres s'occupent plus spécialement du lavage de l'or ou se livrent au commerce etc. —

L'exploitation des mines de diamants est fort simpU>

et se trouve presque exclusivement entre les mains des Banjerais ou sujets mahométans du Sultan ^ qui l'entreprennent soit avec l'autorisation, soit au profit du Panembahan lui-même, de son fils aine et successeor au trône (le Soelthan moeda^ jeune Sultan), du Pangeran Mangkoe Boemi (premier ministre) , et d'autres membres de la famille souveraine, ou bien ils exploitent pour le compte du Gouvernement.

Dans le premier cas, les mineurs reçoivent, outre l'or qu'ils extraient, la moitié de tous les diamants qu'ils trouvent et qui pèsent moins de deux carats; mais pour les pierres d'un poids plus considérable, ils sont tenus de les livrer, à un prix déterminé par carat, au propriétaire de la mine. Les mines qui appartiennent à la famille souveraine, sont ouvertes depuis un grand nombre d'années à Goenong-lavirak et à Oedjongmoeroeng: ces deux localités sont situées à environ 5 milles géographiques au Sud-est deBanjermasing. Le sol y est peu onduleux et abonde en cours d'eau. Des mines , au nombre de plusieurs centaines , couvrent de toute part le terrain argileux d'une couleur rouge claire. Elles consistent en puits carrés de 4 ou 5 pieds de diamètre et de 6 à 8 brasses de profondeur. L'argile sablonneuse et peu solide qui forme les parois de ces puits, est contenue à l'intérieur par une charpente dont les interstices sont garnis de nattes faites de l'herbe alang-alaiig y ce qui suffit, pour prévenir les éboulements. La mine est généralement approfondie jusqu'à ce que l'on parvienne au terrain stérile, com-* me le nomment les indigènes^ ou jusqu'à ce que le

eaux ne pouvant plus être maîtrisées, ne permettent plus de s'enfoncer davantage. Une mine de cette nature est ordinairement exploitée en commun par des ouvriers au nombre de 12 à 18. Les matières s'extraient au moyen de petits seaux, et tout le travail, . qui est fort grossier, est accompagné de beaucoup d'embarras et d'incommodités, au nombre desquelles ^il faut mettre surtout la difficulté de se rendre maître des eaux, attendu qu'on ne construit pour les écouler ni canaux ni rigoles.

Au dessus de la couche de terrain qui recèle les diamants, se trouve un lit d'une argile grasse et rougeâtre plus ou moins mélangée de sable, et dont l'épaisseur varie depuis 5 à 4 pieds jusqu'à 6 ou 7 brasses. Immédiatement après vient une couche de terre, également, d'un pied à une brasse d'épaisseur, et •qui contient des débris ou fragments de roches ainsi que des galets de quartz, mais qui cependant consistent aussi en diverses sortes de syénite, de diorite et autres roches de même espèce qui constituent les monts Ratoes. Quelquefois ce sol, où la pierre est alliée à la marne, présente également des restes de madrépores et de coquilles marines fossiles, d'espèces encore vivantes des genres Ostrea et Cardû -iifit(l). C'est ce terrain, auquel les mineurs ont donné

(1) Le Pangeran Manglcoe Boemî, frère aine du Saltan rêvant 1I0Q8 conunoniqua à ce sujet un fait fort intëresaant, c < quelque tempa auparavant, on avait trouve dans le terrain d taire d^Oeàjoeng-ntoeroeng ^ à plus de cinq brasses de pro une ancre en fer^ mais presque entièrement consommée

le nom de ianak-batoe (sol pierreux) qui recèle ki diamants, disperses çà et là dans un sable renfermaiit du fer magnétique, de l'or et du platine en piillettas: il se rencontre également dans le même terrain de petits morceaux de fer natif.

Les indigènes considèrent comme l'indice le idu sûr de l'existence des diamants dans cette coucke pierreuse, la présence d'une espèce de cailloux n»lés nommées batœ titimalian ou, par contractioD, simplement baloe timahan. Ces galets qui, dans rorigine, ont été indubitablement une gangue pierreo* se, offrent assez fréquemment une forme allongée, et sont d'une extrême dureté et difBciles à rompre au 'marteau: leur couleur est brune, et souTcnt elles présentent à l'oeil une multitude de petites aspérités pyriteuses ou d'une substance métallique de la couleur du plomb, qui pourrait bien être du platine: la surface de ces pierres laisse voir en outre quantité de petits enfoncements dont quelques uns sont triangulaires, comme si un diamant octaèdre y avait été précédemment enchâssé.

Aussitôt qu'en creusant, les mineurs rencontrent de ces pierres, les terres extraites sont avec soin rassemblées en tas, ce qui se pratique jusqu'à ce que, continuant d'approfondir la mine, les petites pierres cessent de se montrer. Au dessous de la couche qui

temps, de façon qu'on n'avait pu en rccocillir que quelques parcelles de lAëtal , le reste ne consistant plus guère qu'en une rouille limoneuce.

recèle les diamants, Ton retrouve de nouveatt un lit d'argile fine et d'un brun clair.

Les mines qui appartiennent à la famille régnante occupent pendant la plus grande partie de Tannée de 4 à 600 individus; mais quelquefois ce nombre s'aug- , mente jusqu'à plusieurs milliers.

La poudre d'or qu'ils retirent du lavage est d'une pureté extraordinaire, et ce métal est regardé comme le meilleur que fournisse cette contrée. Le platine, qui se trouve assez abondamment sous la forme de paillettes et qui est connu sous le nom de mas kodokh (or de grenouille), est rejeté par les mineurs comme n'ayant aucune valeur, parce qu'ils ignorent l'art de traiter ce métal.

Les plus importantes mines de diamants qui appartiennent au Gouvernement, sont situées à Pagatan^ sor la côte orientale de l'île.

Outre l'exploitation des mines de diamants, les Banjerais et les Chinois se livrent encore à la recherche de l'or dans diverses localités du pays de Tanah-laut: ce métal s'extrait du lit de plusieurs rivières et ruisseaux, ou provient de certaines mines creusées à une grande profondeur: nous citerons entre autres la mine de Batoe Betjandjang, au pied du versant septentrional du mont Sakoembang, ainsi que celles qui sont situées à l'Ouest et au Sud-ouest de cette montagne, dans la plaine de Poeloe-nangka , à Palaihari, et en d'autres lieux soumis à l'autorité néerlandaise. Dans le voisinage des Kampongs de Poeloe-nangka et de Palaihari, le métal est actuellement extrait exclusive-

ment par des Chinois qui, par leur activité naturelle, leur esprit d'entreprise et leur expérience, sont à même de se livrer, avec infinement plus de succès et sur une bien plus vaste échelle, à l'exploitation des mines. Les populations soumises au Panembahan, habitent pour la plupart les rives du Soengi Nagara, du Soengi Martapoera et du Soengi Karang-intan, les trois plus importantes rivières qui traversent et arrosent les do- . maines de ce prince indigène, et celles qui en mè* me temps facilitent le plus les opérations du com*» merce intérieur entre les diverses parties de son territoire. Chaque sujet mâle , aussitôt qu'il arrive a . l'âge de puberté , doit au prince une capitation de 5 florins. En outre le Sultan perçoit un droit d'entrée et de sortie sur le sel, la cire etc.; son revenu s'augmente encore du produit de quelques cavernes qui fournissent des nids de Salangane, et qui sont situées dans le haut de la rivière de Nagara; à tout cela on peut ajouter plusieurs autres impôts d'une importance tout à fait secondaire. Au reste , on prétend que les revenus actuels de ce prince ne s'élèvent pas k plus de 25 à 50,000 florins par année, revenus qui paraîtront sans doute relativement bien modiques: mais cet état de choses tient indubitablement à l'irr^ularite et aux vices de l'administration du prince. Quoique la population mahométane du pays soit d'un caractère paresseux et indolent, et qu'en outre elle ait fort peu de besoins, il est permis de croire cependant que quand ce ne serait qu'à raison du nombre, il serait possible de tirer d'elle de bien plus grands avan-

iages, si les moyens mis en oeuvre dans ce but étaient employés avec prudence et discernement, et surtout s'ils étaient adaptés à l'esprit et au caractère des populations.

Le Panembahan actuel, Adam, dont le règne date de 1825, est un homme d'un naturel paisible et doux, qui se tient pour satisfait dès qu'il voit la tranquillité et le repos régner dans ses états, et. qu'il peut, sans inquiétude et sans souci , se livrer au plaisir de la chas* se ou assister à d'autres divertissements publics. Du reste, c'est un homme d'un esprit assez borné, chez lequel il n'y a ni ruse ni finesse, qui ne sait ni lire ni écrire , et dont la physionomie dénote assez le défaut d'intelligence.

Le Panembahan réside à Martapoera (séjour des mortels) , qui est situé à 5 milles géographiques environ de Banjermasing , et qui est assis sur l'une et l'autre rive du fleuve de ce nom. Le kratan se compose d'un grand nombre d'habitations resserrées, irrégulièrement disposées, vieilles et en mauvais état, fort différentes de grandeur et de forme, et dont quelques unes sont construites en bambous et d'autres en planches. Cette résidence est entourée d'une enceinte de hautes et fortes palissades, consistant pour la plus grande partie en troncs de palmier Nibong. Cette enceinte régnait primitivement tout autour du kraton^ mais par l'effet du temps elle tombe en ruine en plusieurs endroits. Nulle part peutêtre on ne voit plus qu'ici le contraste frappant de la richesse et du luxe alliés à une telle incurie, et à une malpropreté aussi grande que celle qui règne au dedans

et au dehors des habitations. Portant des vêtements de soie jaune et couvert de diamants de la tête aux pieds , le Sultan reçoit ses visites d'apparat dans un appartement sale et délabré qui mériterait bien plutôt le nom de grange.

La distance qui sépare Martapoera de Banjermasing se parcourt ordinairement en six heures avec une embarcation à rames. A quelques heures de voyage au delà de cette ville se trouve le confluent du Soengi Rarang-intan et du Martapoera, et bientôt après, en remontant le premier, Ton atteint le grand et populeux village de Karang-intan , où le Sultan possède une maison de plaisance et où se trouvent aussi réunis les tombeaux de ses ancêtres. Ces monuments n'offrent absolument rien de remarquable, et ressemblent du reste assez bien à des cimetières mahométans. Une autre maison de plaisance du Panembahan est située à Martaraman, sur la rive droite du Soengi Martapoera, où son Altesse se rend de temps à autre pour quelques jours afin d'y chasser le cerf.

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