CHAPITRE m
PRÉCIS DE l'histoire NATURELLE DE SUMATRA.
Des rochers de formation primitiye s'étendent dans toute la longueur de cette ile depuis la pointe d'Alchin jusqu'au détroit de la Soende; la chaîne principale porte le nom de Boekit Barisan; elle divise Sumatra en deux contrées distinctes qui différent entre-elles, tant par la nature du sol que par l'étendue du pays jusqu'aux bords de la mer. La partie occidentale est la moins lai^, mais elle est la plus élevée et se trouve divisée par des chaînes latérales qui servent de base aux cinq volcans principaux de cette contrée. Des végétaux maintes fois entrelacés, et dont la croissance est aussi active que leurs formes sont variées, font de ces vastes étendues de forêts des masses de verdure à peu près impénétrables pour l'homme; l'indigène n'avait pu s'y frayer jusqu'ici aucune route praticable, et depuis des siècles, ces lieux solitaires n'avaient retentis que des menaçantes détonations des volcans et du bruit du tonnerre. Les vagues du grand océan qui battent sans-cesse avec violence le littoral de cette côte occidentale, ont miné à la longue cette plage, tandis qu'à la côte orientale elle augmente insensiblement en étendue, et qu'elle gagne du terrain par les dépôts des alluvions qui s'y forment continuellement: on prétend même que les intervalles
qui séparent aujourd'hui de la mer plusieurs villes, telles que Palembang, Djarabi, Indragiri etc. ont été formées par ces dépôts: il est au moins certain que les terrains d'origine alluviale existent à plusieurs lieues de distance des bouches des fleuves qui, dans cette partie du littoral, portent leurs grandes masses d'eaux à la mer.
Le granité, le syénite, le porphyre, dans les états différents de mélange et de transformation , les calcaires et les grès rouges forment les éléments de la chaîne plutonienne, dont la base consiste en roches trachitiques. Quelques lacs , entourés partout de rochers de forme variée , présentent des vues d'une beauté pittoresque. Une de ces caspiennes, connue par les indigènes sous le nom de Danoe Singkara, est située près du village de Siampore; elle est située à une hauteur considérable; son étendue est de vingt milles de longueur sur douze ou quinze de largeur ; sa profondeur est de quatre-vingt brasses et ses bords sont entourés de montagnes. Deux volcans riverains, dont les pitons dominent ces hauteurs, exposent ces districts à des tremblements de terre fréquents: Tlndragiri, un des plus grands fleuves de l'ile, prend sa source dans ce lac. La carte hypsographique d'une partie de Sumatra que M^ Mûller vient de publier, indique un autre petit lac, placé à la hauteur de 5000 toises et situé sur le Goenong Singalang, dans le voisinage du volcan Merapi (1).
(1) Voir, Ferhandelingen over de Natuurlijke geschiedenis der Nederlandsche overzeesche beziitingen. Partie ethnographie que , pi. 83.
Quelques parties septentrionales et orientales de l'ile ont une étendue d'une largeur plus considérable; elles sont formées, comme à Bornéo, par des plaines alluvia* les d'une vaste étendue, qui sont entrecoupées de plusieurs rivières et de marais nombreux ; tous ces districts sont envahis par les eaux et couverts de forêts d'une immense étendue. Les masses de feuillage du palmier riverain qui couvrent ces deltas mettent entrave à toute communication, si ce n'est par les rivières dont les ber« ges sont même inabordables dans certaines localités. Ces contrées sont également inhabitables , à cause des miasmes qui s'élèvent constamment des plaines marécageuses; les indigènes y sont peu nombreux , et la population ne consiste qu'en quelques hordes nomades qui parcourent ces lieux solitaires dans leurs chétives embarcations. Ouelqnes parties de la résidence des Lampongs, sur la côte méridionale , participent aussi à cette défaveur de la nature; mais on y trouve également des distrits fort étendus où le sol est productif et où les terres ont été mises en culture. Les terrains élevés de l'ancien royaume de Palembang, aujourd'hui résidence de ce nom, offrent de riches et fertiles plaines où la culture de tous les végétaux propres aux contrées tropicales réussit parfiaiitement; tandis que les plaines basses , d'origine alluviale, sont entrecoupées de marais et couverts d'une végétation puissante et compacte. Pour transformer ces contrées désertes en terrains productifs, il faudrait que Sumatra eût une population cinq ou six fois plus nombreuse, et que le goût pour les travaux de l'agriculture pût animer cette population; alors, sans
aucun doute, ses resources agricoles offriraient les mêmes résultats qu'à Java, et des sources non moins abondantes de bien-être, de prospérité et de richesse se trouveraient ouvertes dans cette île où la fertilité du sol est égale , si elle ne surpasse celle même de sa voisine. L'île de Sumatra est encore favorisée d'une manière toute particulière pour l'exportation de ses produites , par le grand nombre de rivières navigables qui descendent des versants opposés des hautes chaînes du Boekit Barisao.
De Palembang à Kasamaran, bourgs éloignés à distance calculée de huit jours de navigation sur le Moe* sic, le terrain est partout d'une hauteur inégale et les parties basses , mises en culture , sont exposées aux débordements de ce grand et large fleuve, qui reçoit les eaux de plusieurs autres rivières; il a son embouchure à douze lieues à l'est de Palembang, près du village de Soengsar; les frégates peuvent naviguer sur ce beau fleuve, et les embarcations des indigènes le remontent jusqu'à la distance de vingt journées de la côte; les cinq autres rivières, dont cette partie du Sud-est de l'île est traversée ainsi que les lacs qu'elles forment, servent de moyens principaux de communication et de voie commerciale entre la côte et les contrées de l'intérieur; quelques rivières d'une moindre importance portaient autrefois leurs eaux à cette côte; aujourd'hui leur embouchure est obstruée par les atterrissements qui ont lieu sur toute l'étendue de ce littoral.
Dans une île d'une étendue aussi considérable, on ne saurait déterminer au juste l'état de la température, ni préciser comment et de quelle manière cette tempéra^
— silure exerce son influence sur la santé des habitants ^ et à plus forte raisoA vu la difilérence remarquable que présentent entre elles les localités ainsi que la nature du sol; la plus grande partie de l'intérieur est couverte de montagnes de difierente hauteur, ou de vallées magnifiques et d'une fertilité étonnante , tandis que les autres parties sont envahies par d'immenses districts de formation alluviale, et qu'elles sont couvertes de forêts marécageuses à travers lesquelles les eaux seules ont pu se frayer un passage. Toutefois, la longévité des habitants des districts élevés de Padang et de Palembang semblerait plaider en faveur de la salubrité du climat, et les relations publiées par des Européens qui ont séjourné longtemps dans ce pays, sont parfaitement d'accord sur ce point. Depuis Juin jusqu'en Octobre, le thermomètre de Farenh. indique de 80 à 93 degrés, et d'Octobre jusqu'en Mai la difierence entre l'heure du lever du soleil et le milieu du jour n'est que de 76 à 85 degrés. Les moussons y sont moins régulières qu'à Java et la température y est plus variable.
Sumatra est environnée, à l'orient comme à l'occident, d'un fort grand nombre d'îles de moyenne grandeur, ainsi que de plusieurs archipels: ces iies, telles que Bangka où se trouvent des mines très-riches d'étain, Billitoen et plusieurs autres, établissent les points de contact avec Bornéo. Elle est moins éloignée de la pointe méridionale de Malacca, et séparée de cette partie du continent de l'Inde par un bras de mer couvert d'un grand nombre d'iles et d'ilôts. La pointe Sud-est est terminée par un cap que baignent les eaux du détroit de
— sala Soende. Ce bras de mer semble destiné à servir de limite entre les chaînes de formation plutonienne de Sumatra qui n'ont pas été bouleversées par l'action des feux souterrains , et les montagnes trachitiques de Java exposées jadis à toutes les dévastations des nombreux volcans dont cette ile est couverte.
Quoique plusieurs volcans en activité se trouvent à Sumatra , il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit aussi considérable qu'à Java (1): dans la résidence de Padang s'élève le Goenong Pasaman des Sumatranais ou l'Ophir des Européens; son sommet majestueux, haut de 5000 mètres, forme un des points culminants de l'jle: cette montagne est située exactement sous l'équateur, et se trouve parallèle, sous la même latitude, au Gayamba d'Amérique; dans la même résidence, mais du côté de Bangkahoeloe, se trouve le Goenœng Bongsoe ou Bonko des Anglais (montagne en pain de sucre) dont la hauteur est de 1700 mètres; elle s'élève détachée de de la chaîne régulière des autres montagnes. La végétation sur son sommet porte tous les caractères des plantes alpestres d'Europe; une mousse épaisse tapisse les rochers et les troncs des arbres, et l'on rencontre plusieurs arbustes des espèces particulières aux régions élevées, tels que le Vaccinium^ Rhododendron et autres. On y voit aussi une plante que les naturels regardent comme pouvant remplacer le thé; elle est remarqua-
(1) La saperficie de Samatra est à pea près trots fois et demi plus (p^nde que celle de Java ; on n'y compte toutefois que cinq Tolcans , tandis qu'à Java les principaux volcans sont au nombre de quinze.
ble par ses feuilles épaisses et lustrées; cette espèce forme un genre nouveau dans la famille des Myrtacées. Sumatra est aussi la patrie de cette fleur gigantesque décrite et figuré dans les ouvrages de botanique sous le nom de Rafflesiaj dont Pimmense fleur, ayant la forme d'un choux énorme, pèse quinze livres et offre trois pieds de diamètre. Ce parasite produit la plus grande fleur connue, car P Aristolochia cordiflora^ considérée jadis comme la plus grande, n'a, selon M^ de Humboidt, que seize pouces de diamètre.
On trouve dans plusieurs montagnes de cette ile la stéatite, le granité gris, du marbre, du pétrole et du nappai j sorte de roche savonneuse; l'or, le cuivre, le fer, le soufire, la lignite, le salpêtre, l'étain, ce précieux minéral qu'on exporte comme à Bangka , non seulement en Europe, mais en plus grande quantité en Chine et dans l'Inde; on prétend que l'étain de Sumatra est inférieur en pureté à celui de Bangka. Les Malais de Padang vendent par an de onze à douze mille onces d'or fournies par les terrains des environs. Les mines de Sipini et de Cay donnent de l'or de 18 à 20 karats. M^ Crawfîird porte à 36 mille onces la quantité recueillie dans toute l'ile. Il existe des mines à Tigablas-Kotta , à Soengi-pago, à Serepajong et à Salida. Le soufre est abondant dans certaines localités; on y trouve aussi l'alun et l'arsenic. L'acier de Menangkabo est , dit-on , préférable à celui d'Europe. La petite ile de Poeloe-pisang est presque entièrement formée d'un lit de cristal de roche.
On compte, parmi les végétaux utiles qui croissent à
Sumatra, le poivre, le camphre qui diffère de celui du Japon, le benjoin, la cassia ou canelie commune, les rottans, le coton de soie qui provient du bombaxy les bois d'ébène, de tek, de sandal et d'aloês. Le café y était autrefois médiocre; aujourd'hui, par des cultures plus soignées, semblables à celles qu'on suit à Java, la différence que présente cette denrée recherchée n'est guère considérable. Les autres produits de Sumatra sont: le sucre, l'indigo, le tabac, legambier, la cire, les nids d'oiseaux, le riz et les dents d'éléphant. Le gouverne* ment a été jusqu'ici peu heureux dans les recherches faites pour découvrir le charbon de terre, dont on pré* sumait l'existence dans quelques districts de cette île. Ce combustible ouvrirait une nouvelle source de prospérité dans l'emploi pour les usines et les machines à vapeur, dont le nombre augmente annuellement en raison des grands progrès de l'industrie à Java: il serait aussi d'une grande utilité pour la navigation à vapeur; les croisières de l'Etat, sans cesse occupées à la poursuite des pirates malais, ne seraient plus dans la nécessité de se rendre si fréquemment à la côte pour s'y pouvoir de bois, et d'amples approvisionnements de charbon permettraient à nos braves marins de poursuivre ces 'forbans avec plus d'énergie et de succès.
C'est par conséquent une erreur bien grave des auteurs que d'attribuer au sol de Sumatra l'existence de mines de charbon de terre; tout ce qui a été trouvé en produit de cette nature est d'une formation bien plus récente, et consiste purement en lignite. On trouve dans les berges de quelques rivières une espèce de charbon
l^r, l'anthracite, d'une couleur brune, qui s'enflamme promptement, mais ne donne pas une forte chaleur et cooséquemment développe peu de gaz.
On pourrait être porté à déduire de la proximité de Sumatra avec le continent de llnde au nord, et avec Java par sa partie méridionale, que cette ile nourrit les mêmes espèces d'animaux qui se trouvent dans la presqu'île de Malacca ou dans l'ile de Java. Toute vraisemblable que cette hypothèse puisse paraître, l'expérience vient nous éclairer sur ce point ; car les animaux qui se trouvent à Sumatra forment une faune toute diftrente de celle de Java, et plus semblable à celle de Bornéo, quoique cette dernière île soit plus éloignée de Sumatra que la péninsule de l'Inde, et Java au contraire en est tellement rapprochée qu'on serait porté à croire qu^elle a pu former jadis une içéme terre avec Sumatra, si la constitution physique, différente dans ces deux îles, ne s'opposait point à l'admission de cette prohabilité apparente, et si la disparité remarquable dans le règne animal et dans le règne végétal ne servait de preuve contradictoire
En effet rien de commun, même dans les plus grandes espèces d'animaux, qui vivent dans ces deux contrées situées sous le même parallèle, et qu'un détroit peu considérable sépare l'une de l'autre.
L'éléphant et le Tapir vivent à Sumatra , mais ils sont inconnus à Java. Le Rhinocéros à deux cornes de ces îles diffère considérablement^ par sa taille et ses formes, de son congénère de Java, lequel , quoique muni d'une corne seulement, diflere non moins essentiellement à son tour
du Rhinocéros unicorne du continent de l'Inde. Le Bas banting ou sondaicusj taureau sauvage de Java, qu'il faut distinguer du buffle aujourd'hui domestique, désigné par les insulaires sous le nom de Karbo ou KarbaUj ne se trouve pas à Sumatra. Cette espèce de Bos sondaicus est essentiellement différente du Gaour^ Bos sylhetanus des monts Himalaya. Ces deux espèces primitives différent beaucoup du Karbo, race aujourd'hui domestique dans toutes les contrées de l'Asie orientale, dans l'Inde et dans ses Archipels, et à laquelle nous croyons devoir rapporter les indications de Bos indiens j ami et frontalus formant une seule et même espèce qui vit à l'état sauvage dans les forets de l'Inde continentale. Parmi les cerfs se fait remarquer une fort petite espèce nouvelle d'Axis, notre Cervus Kuhliij propre exclusivement au petit groupe d'îles connues sous le nom de Bavian; on ne la trouve qu'à Java, et elle ne vit pas non plus à Sumatra; mais les vastes forêts de cette dernière ile nourrissent les Cewus rt$ssa et hippelaphiÂS , deux espèces plus grandes que notre cerf d'Europe; la première est également fort commune à Java, mais la seconde ne s'y trouve point. L'espèce d'Ours de ces contrées, Ursus malaianusj est identique à Sumatra, à Bornéo (1) et àMalacca, mais elle ne vit point à Java. Le Sus verrucasus y espèce de sanglier sauvage, caractérisé par ses joues pourvues d'une forte protubérance calleuse et de favoris
(1) On a Youla jeter <pelque doute sar cette assertion bien fbndëe, car F Ursus tnalaianus et eutyspilus n'offrent entre eux aucun caractèi'e dilTcrcnticI.
touffus; le Sw vittatiM de la taille d'un fort marcassin d'Europe, à pelage court et rare; ils diflerent l'un et l'autre d'une troisième espèce propre à Sumatra, mais qui n'a pas encore été suffisamment constatée. rOrang-outan , notre Simia satyrus^ vit a Sumatra et à Bornéo dans les deltas boisés, mais il n'a pu exister eo aucun temps à Java, qui manque de grands terrains d'alluvion. L'espèce du genre Hylobates et celles du groupe Semnopithecus de Java sont H. lettdscus et S. mitratus et maurus; ils ne se trouvent point à Sumatra, qui par contre est la patrie d'un grand nombre de ces quadrumanes: tels sont, H. syndactylus et variegatuSy le même que agilis; S. nasicus, cristatus^ flavimanus, melahphw et Sumatranus; puis VInuus nemestrinm, qu'on élève en domesticité et qui apprend à grimper au haut des cocotiers pour en recueillir les fruits. Les deux espèces de StenopSy quoique voisines par les formes totales, différent toutefois spécifiquement, car le St. tardigradus vit à Sumatra et à Bornéo, tandis que St. kukang ne se trouve qu'à Java. La mystérieuse existence nocturne de ces animaux a fait naître dans l'esprit des indigènes une foule de contes ridicules où les préjugés et le merveilleux dominent. Des trois espèces connues de Galeapithecus j la plus répandue et pour ainsi dire la seule bien connue, se trouve dans tout l'archipel depuis Java jusqu'à Timor et Amboine; c'est le G.variegch tus des méthodes, dont le G. rufus des catalogues n'est point le mâle, mais bien celui de G. marmoratus qui vit seulement à Sumatra. Des quatre espèces du genre Hylogalcj une seule est propre aux deux iles; les trois
autres habitent à Sumatra et à Bornéo, mais ne se trouvent point à Java, On voit, quoique rarement, dans l'une et l'autre ile le petit insectivore de forme trapue, à queue très-courte et grêle, dont M^ Mûller à formé le nouveau genre Hylomys et qu'il désigne sous le nom de H. 8uillu8. Ce n'est qu'à Sumatra et à Bornéo que se trouve la Gymnura Rafflesiij animal fort singulier, qui ressemble par son faciès aux Didelphis d'Amérique, dont il parait être le représentant dans la classe des mammifères insectivores. On présume qu'indépendamment du grand tigre royal (1) des îles de la Soende et de la panthère également propre aux deux îles, il existe un autre grand carnassier à Sumatra qui n'a pas été trouvé jusqu'ici ; on le dépeint comme portant au cou de long poils en forme de crinière; il habiterait les forêts non explorées de l'intérieur; sa force redoutable serait telle, qu'il peut lutter avec succès contre le grand tigre rayé. Nos voyageurs n'ont rien appris à son sujet dans la partie occidentale du sud de l'île; toutefois, il est possible qu'on le trouve dans le nord
(1) Il est probable que le (jrand tigre raye de Samatra et de Jara forme une espèce distincte du tlrre rayé da continent de l'Inde : ce qu'il y a de sûr , c'est que ce sont deux races constantes de l'espèce Felis tigris des méthodes. II -suflîrait de nonmier le premier Felis tigris sondaicus , en laissant à celui de l'Inde continentale le nom de Felis tigris indiens. Le ti^ rayé de l'Asie septentrionale forme la troisième race, qu'on peut nommer JFe/t« tigris altai' eus : c'est le Felis irbis des cataIog;ues méthodiques. Le nom malais du tiQve royal est Matjan besar ou grand tigre. La panthère porte le nom de Matjan toetaely c'est-à-dire: tigre tacheté.
ou dans les forêts de la partie orientale. Le grand chien ^ Canis sumatranuSy qu'également ils n'ont pu se procurer, existe toutefois dans l'intérieur de la partie septentrionale; ce bel et grand animal difiere du Canis rutUans ou Adjak des Soendanais, non seulement par la taille, mais aussi par son pelage d'un roux foncé et ardent, ainsi que par le grand flocon de poils noirs qui termine le bout de la queue. Sumatra est la seule des îles de la Soende qui possède une espèce du genre Antilope; le Kambing oetan (chèvre sauvage) des Malais, A. sutnatrensis des méthodes: elle fréquente les districts forestiers des montagnes; elle vit dans des lieux presque inaccessibles et se plait sur les bords des précipices; son naturel est sauvage et ses allures tellement circonspectes, qu'il arrive rarement que le chasseur puisse venir à portée pour la tirer. On assure que cette grande île n'a point de boeuf sauvage; nos Toyageurs n'en virent aucune trace dans les provinces qu'ils ont pu visiter. Les Suraatranais possèdent la race du Zébu domestique sous des formes plus pures et des couleurs plus analogues à celles de l'espèce sauvage de l'Inde. Leur bétail est aussi d'une taille moins grande que celui qu'on trouve à Java. Le bullle ou Karbo des Malais, n'est point, comme a Java, employé principalement aux travaux de l'agriculture; il sert plus habituellement à la nourriture des Sumatranais.
Parmi les espèces très-nombreuses du genre SciuruSj en malais Toepei^ on ne voit que deux écureuils qui virent dans l'une et l'autre ile. Dans les autres genres des rongeurs, peu étudiés jusqu'ici, se trouveront sans-
doute quelques espèces nouvelles à classer. Nous savons qu'il y a différence spécifique entre les Roussettes j les Pachysomes et les Vespertilions de ces deux îles voisines, tandis que les mêmes espèces vivent à Bornéo et à Sumatra; ces deux vastes parties de la Soende sont particulièrement riches en espèces des genres Hylobâtes et Semnopithecus ; les premiers, d'une allure extrêmement lente à terre, ont les arbres de haute futaie pour demeure habituelle; c'est là que leur agilité se déploie, lorsqu'ils parcourent les immenses forêts où ils se dérobent facilement à toute poursuite et s'éloignent promptement, par la faculté dont ils sont doués de s'élancer d'un arbre à l'autre à des distances qui semblent inconcevables. Quelques Semnopilbèques habitent les forêts des plaines où ils se cachent dans le feuillage, tandis que d'autres vivent dans les forêts montagneuses couvertes de figuiers, dont les fruits leur servent de nourriture. Les uns et les autres se meuvent dans ces entrelacis de branches et de verdure ; ils disparaissent ainsi par des sauts hardis aux yeux du chasseur; ils savent se frayer un passage dans les touffes les plus épaisses du feuillage, et ne craignent point de se lancer jusque dans les broussailles épineuses des rottans. Ces quadrumanes sont, dans l'ancien continent, les représentants des genres Atèle et Alouate du nouveau monde. Le Tapir vil à Sumatra, jusqu'à la hauteur de deux mille pieds au dessus du niveau de la mer; le Cervus equinus vit dans les régions élevées de quatre cents pieds, et les Eléphants, Elephas sumatranus ^ habitent les forêts qui descendent des montagnes vers la
côte maritime. Les insulaires donnent à cette espèce nouvelle d'Eléphant le nom de Gadjah (1).
Tous ces mammifères nouveaux ou inédits, qui ont été observés dans les îles de la Soende, se trouvent décrits et figurés dans le grand ouvrage sur nos posses-
(1) Elbpbas SoMiTRANus Nob, ressemble par la forme gënërale da crâne à rSIëphant du continent de l'Asie^ mais la partie libre des intermaxillaires est beaucoap plus courte et plus étroite; les caTités nasales sont beaucoup moins larg;es ; l'espace entre les orbites des yeux est plus étroit; la partie postérieure du crâne au contraire est plus large que dans l'espèce du continent.
Les machelières se rapprochent , par la forme de leur couronne , plutôt de l'espèce asiatique que de celle qui est propre à l'Afrique; c'est-à-dire que leur couronne offre la forme de rubans ondoyés et non pas en losange: mais ces rubans sont de la largeur de ceux qu'on Toît i la couronne des dents de l'Eléphant d'Afrique; ils sont conséqaenmient moins nombreux que dans celui du continent de l'Asie. Les dimensions de ces rubans, dans la direction d'ayant en arrière, comparées à celles prises dans la direction transversale et latérale, sont en raison de 3 ou 4 à 1 ; tandis que dans l'Eléphant du continent elles sont comme 4 ou 6 à 1. La longueur totale de six de ces rubans , dans l'espèce nouvelle de Sumatra, ainsi que dans celle d'Afrique, est d'environ 12 centimètres , tandis que cette longueur n'est que de 8 â 10 centimètres dans l'espèce du continent de l'Asie.
Les antres formes ostéologiques sont à peu près les mômes dans les trois espèces; mais il y a différence dans le nombre des os dont le squelette se compose, ainsi que le tableau comparatif ci-joint l'éprouTC.
UElephaa africanusz. 7 vertèbres du cou, 21 vert, dorsales, 3 lombaires, 4 sacrées et 26 caudales; 21 paires de côtes, dont Q ▼raies et 15 fausses. VElephas indicus a 7 vertèbres du cou, 19 dorsales, 3 lombaires, 5 sacrées et 34 ciudales, 19 paires décotes, dont 6 vraies et 13 fausses. UElepkas sumatranus a 7 vcrtè-
sions dans l'Inde. Voyez, Verhandelingen over de N(h tuurlijke geschiedenis der Nederlandsche overzeesche bezittingen^ partie zôologique avec planches coloriées (1). Les oiseaux, particulièrement ceux de la classe des Galiinacées et des Pigeons, puis les Calaos j les Brèves j les Barbus^ les Eurylaimes, les Couroucous et toutes les petites espèces qui vivent habituellement sous l'ombre protectrice des vastes forêts, sont, à peu d'exceptions près, des espèces différentes de celles de Java; lorsqu'elles sont identiques, leur taille est plus forte, et les couleurs du plumage, chez les sujets de Sumatra, sont constamment plus pures et plus brillantes. Un très-petit nombre d'oiseaux sont propres à la fois aux deux îles mentionnées, tandis que certaines espèces, dont le genre de vie est erratique, se reproduisent sur toute l'étendue de l'Archipel, et que quelques autfes, plus cosmopolites, n'offrent aucune différence de forme ni de couleur avec leurs congénères qui se trouvent sur la côte d'Afrique: enfin, plusieurs oiseaux de rivage semblent vivre complètement sous tous les climats et dans toutes les
bres du cou, 20 dorsales, 3 lombaires, 4 sacrées et 34 caadales; 20 pires de côtes, dont 6 Traies et 14 faasses.
Ces caractères ont été constates sur trois squelettes de l'espèce non* Telle, un mâle et une femelle adultes et un jeune mâle. Noos n'aTons pas encore été à même de nous procurer la dépouille de cette espèce.
(1) Un aperçu de la Faune de Sumatra, du moins de la côte occidentale de cette île, a été fourni par Mr. S. Miiller, Aanteeke^ ningen over de natuurlijke gesteldheid van Smnatra^s toesikust^ m het Tijdschrifi voor Natuurlijke Geschicdenis y 2^ deel.
parties de l'ancien continent; car ces espèces se trou- TenI en Europe, en Afrique, en Asie jusqu'au Japon et dans toute Plnde, même dans les contrées de l'Australie.
D'une part, cette disparité si marquée dans la Faune de deux îles dont les terres se touchent à peu-près , comme c'est le cas pour Java et Sumatra ; d'autre part , des rapports si nombreux de forme, de couleur et de genre de vie, chez un bon nombre d'espèces qui se trouvent réparties sur une vaste étendue du globe et offrent une identité parfaite, nonobstant la distance des lieux et l'influence que la température et le climat doivent exercer sur leur manière de vivre: a quel vaste champ de recherche nous conduisent des faits de cette nature! Notre intention n'est point d'entrer dans les détails qui s'y rattachent, «mais il parait que ces faits, passées rapidement en revue, servent à combattre victorieusement le système, adopté par quelques savants, sur la probabilité d'une réunion antérieure des iles de la Soende avec le continent de l'Inde.
Dans les classes des reptiles et des poissons, parmi les animaux invertébrés, même jusque dans plusieurs genres d'insectes, il s'en trouve un grand nombre qu'on ne voit point à Java. Cette partie de la Faune de Sumatra offre, de même que celle des mammifères et des oiseaux, le plus de ressemblance avec celle de Bornéo; toutefois, le Crocodillus biporcatus se trouve être de la même espèce que celui connu à Java ; par contre , Bornéo nourrit dans ses grands fleuves des espèces distinctes qu'on ne voit pas dans les eaux des deux autres îles de la Soende. Nous renvoyons pour quelques dé-
tatails aux articles consacrés à la description de Java et de Bornéo.
Sumatra offre encore un champ aussi vaste que fécond aux travaux des naturalistes; elle présente, dans les trois règnes de la nature, des richesses dont il est difficile de ce former une idée, ainsi qu'une profusion d'objets nouveaux pour les sciences et pour l'ornement des musées. Les recherches faites par M". 8. Mûller, Korthals et Homer ne nous ont fait connaître jusqu'ici qu'une fort petite partie de la côte occidentale; l'intérieur, ainsi que toutes les parties des côtes orientales, le pays desLampongs et tout le centre ainsi que le nord de l'île, restent encore à explorer. Espérons que, dans ses vrais intérêts, le Gouvernement ne tardera plus longtemps désormais à diriger sur ces points les travaux de nos naturalistes-voyageurs. Si les autorités différentes qui se sont succédées depuis le commencement du présent siècle dans l'Inde archipélagique , avaient été mieux éclairées par des notions certaines sur l'état moral et physique des populations soumises à son pouvoir, et si elles s'étaient instruites à temps de la constitution physique de ces contrées, ainsi que des ressources que celles-ci peuvent d'offrir au commerce, à l'industrie et aux sciences, il est probable qu'on n'aurait point à regretter maintenant, qu'une partie de ces riches et productives possessions lui soient encore à peu-près inconnues relativement aux produits qu'elles sont à même de fournir, et au parti qu'on en peut tirer pour la prospérité et le bien-être de ses habitants; elles se seraient vues en état d'apprécier, sous
tous les points de Tue, les ressources nombreuses et Tariées dont ces possessions sont dotées par la nature, et les travaux obtenus par le moyen des explorations scientifiques, auraient servi d'indications et formé la base sur lesquelles on aurait pu fonder les opérations mercantiles, ou établir les mesures à prendre dans l'intérêt du trésor, aussibien que dans celui du bien-être des populations indigènes.