ILES QUI FONT PARTIE DU GROUPE GEOGRA- PHIQUE DE SUMATRA
Les îles qui entourent les côtes de Sumatra sont en fort grand nombre; la seule côte occidentale comprend plus de 300 îles ou îlots dans son rayon littoral. Toutes ces terres, dont Sumatra est environnée, sont plus ou moins peuplées; une partie est régie par des chefs indigènes soumis ou tributaires au pouvoir européen. L'importance qu'ont ces iles pour le gouvernement est proportionnée à leur étendue et au produit des terres; quelques unes sont occupées militairement. Les groupes de Nias , de Batoe , de Riouw ou Linga , de Bangka et de Bilitoen sont les seuls occupés administrativement; les Nias font partie de la résidence des Batakhs, chef-lieu Tapanœlie , et le groupe de Batoe est compris sous la résidence de Padang; les autres forment deux résidences distinctes. Nous ferons mention particulière de ces quatre groupes, et nous indiquons les autres iles par leurs noms. Ce sont, à l'occident: Hogei ou Babie, Banjak, les Nias, les Batoe, Mintas, Manselars, Penner, Matav^i ou Pora, Pagai ou Poggy et Engano. En vue de la rade de Padang, le groupe des sept-iles, nommément: Âjer, Pandang, Toran, Bindelan, Pisang, Tias et Sibontar; puis plusieurs autres inhabitées. Â l'orient, dans le détroit de
Malacca: les groupes de Roepat, Bangkalis, Padang, Pontjor, Rantauw; le groupe de Riouw ou Lingga , dont le rayon comprend 125 iles ou ilôts; celui de Bangka, Billiton et leurs dépendances, qui sont en grand nombre.
Les iles Nias forment , avec les groupes nombreux que nous venons de nommer, une succession non interrompue d'iles de second et de troisième ordre, qui s'étend parallèlement à la côte sud-ouest de Sumatra. Elles paraissent former une chaîne montueuse, dont la base sousmarine suit la même direction que la chaîne des montagnes primitives du Boekit Barisan qui traverse Sumatra dans toute sa longueur, et s'étend depuis la pointe d'Atchin jusqu'au détroit de la Soende.
Le nom de Nias est sans doute un dérivé de Tano Niha {terre des hommes) ^ sous lequel cette île est connue de ses habitants: ils se nomment eux-mêmes Ono Niha {enfants des hommes).
De la grande Nias à la côte, la distance est environ de 28 milles; son étendue du nord au sud est de 38 milles et sa laideur moyenne de 20; la superficie est calculée à 41,1 myriamètres D. Excepté quelques chaînes de montagnes peu élevées et dont la plus haute ne dépasse pas 800 pieds, tout le reste de l'ile est une plaine ondulée de 50 pieds d'élévation au dessus du niveau de la mer; de belles rivières, au nombre de 14, et quelques torrents traversent ces plaines dans toutes les directions , et servent à répandre partout la fertilité ; une v^étation abondante et vigoureuse couvre jusqu'à leur sommet les montagnes gracieusement découpées. Le sol de ce beau pays est composé de calcaire, de terre
Tégétale, d'une couche de schiste ardoisier et de grès rouge et jaunâtre, ce qui rend ce mélange propre à toutes les cultures tropicales; il est abondamment pourvu d'irrigations naturelles, et la terre, sans cesse remuée par des milliers de bras, produit en abondance le riz, le maïs, la patatte douce, la racine dejam, nourriture favorite des indigènes, le gingembre, le coton et le plus grand nombre des fruits propres à ces régions. On peot^ selon l'opinion émise par M'. Oppe, y cultiver avec espoir de succès le poivre, le tabac, la canne à sucre, l'indigo et le café ; il est toutefois possible , dit-il , que le cafier n'y prospère pas, vu que les montagnes sont peu élevées et qu'elles ne sont pas exposées à une température brumeuse convenable au développement de cet arbre.
Les Nias fournissaient autrefois les esclaves à Sumatra et à plusieurs autres parties de l'Archipel, et ce honteux trafic se fesait régulièrement par plusieurs cen« taines de prahoe; maintenant les habitants vont prendre service chez les Européens ainsi que chez les Malais de la côte. Le Niassais est exact à remplir ses devoirs, il est serviteur fidèle et dévoué. La population indigè* ne de ces iles est évaluée par M^ Oppe à 250,000 ou 300,000 âmes; les Malais, maîtres du littoral, sont au nombre de 5000, et les Atchinais, qui s'y sont fixés, comptent 550 individus.
La population indigène des îles Nias est sans nul doute d'origine étrangère à la Malaisie; le Niassais difiere du Javanais et du Sumatranais par la couleur de la peau qui est plus blanche, même semblable à celle de l'Européen du midi; par sa taille plus élancée; par le
nez moins épaté et les traits plus réguliers du visage; contrairement aux peuples de la malaisie , il ne suit pas les préceptes du Coran; sa croyance religieuse est bornée à Finfluence superstitieuse qu'exercent sur son imagination les bons et les mauvais génies auxquels il croit, sans qu'on puisse dire qu'il suive un culte déterminé. On présume qu'une colonie chinoise est venue se fixer dans ces îles , et que leurs habitants actuels doi • Tent leur origine aux expéditions maritimes de cette grande nation, dont l'histoire nous apprend qu'elle visita plusieurs fois dans les premiers siècles de notre ère, et bngtemps avant les Malais et les Européens, différentes parties de l'Archipel.
Le caractère des insulaires de Nias est enclin à la douceur, à la patience et à la bonté, miiis ils sont pusillanime et entêté; ils redoutent les querelles et évitent les différends à main armée. Au physique l'indigène est bien proportionné, fort et nerveux; il aime le travail et se voue particulièrement à l'agriculture; les îles qu'il habite sont en effet de nature à favoriser en lui cette prédilection pour les travaux agricoles ; aucune des parlies de la vaste étendue de Sumatra n'offre d'aussi beaux terrains; la fertilité de la grande Nias semble égaler, sinon surpasser, l'étonnante force productive du sol de Java. Ajoutons encore, qu'elle est exempte des dévastations que suscitent ailleurs les animaux féroces et les grands pachydermes qui ne s'y trouvent pas; on éprouve aussi fort rarement dans cette ile les effets du tonnerre, mais les commotions du sol et les tremblements de mer y sont très-fréquents.
La catastrophe fort récente de Janvier 1843, à laissé des souvenirs bien pénibles dans la mémoire des habitants de ces iles. Le désastre effroyable qui a eu lieu pair la commotion violente de la terre et de la mer dans ces parages, a duré neuf minutes, et la population en a cmellement souffert; une montagne, le mont Harifa, tout un village et une multitude de maisons isolées ont disparu en quelques instants dans le gouffre; les bâtiments à l'ancre dans la rivière ont été enlevés par le flot à 160 pieds de distance de ses bords, quoiqu'ils fussent éloignés de plus d'une lieue de l'endroit où la montagne et le village ont été engloutis.
Les kampongs ou grands villages des Niassais sont si* tués dans l'intérieur de l'ile; leur population est considérable, et les demeures aérées et commodes se trouvent placées de la manière la plus pittoresque jusque sur le sommet des montagnes, couvertes d'une végétation riche et variée. Les indigènes entourent ces kampongs d'une enceinte de terre ou d'une haie. La pique, le kle- Wang (sabre), ou l'arc et les flèches sont leurs armes. On voit le long des côtes les villages des Malais au nombre de 14, dont Goenong-Setoelie est le plus considérable; il est défendu par des fortifications, vu que c'est là que résident les employés civils et militaires du gouvernement. Les chefs de tous ces villages malais obéissent aux ordres du Radja ou chef de Goenong Setoeli; c'est aussi la demeure de leur Imam ou grand-prétre.
Les Âtchinais forment une portion peu importante de la population; ils sont soumis aux Malais dont ils ^suivent le culte: les chefs protègent clandestinement
le commerce illicite des esclaves, que ces étrangers font en contrebande avec leurs compatriotes du royaume d'Âtchin, et nonobstant les ordonnances sévères du gouvernement, qui devrait exercer une surveillance plus efficace sur ce trafic au moyen de ses bâtiments de guerre, et mettre ainsi un terme à ce fléau qui pèse sur la pq)ulation laborieuse de cette contrée florissante. Le Malais qui sait profiter habilement de toutes les occasi* ODS et de tous les moyens de pressurer l'indigène, abuse de sa confiance en fait de transaction commerciale; le Niassais se voit promptement grevé de dettes, et ne par- Tient à solder le compte avec son usurier qu'en lui ce* dant une grande partie de sa récolte de riz \ quelquefois lui ou bien l'un de ses parents devient dupe ou Tictime de l'adroit Malais qui les réduit en esclavage; ees malheureux sont ensuite vendus aux Âtchinais qui les transportent d'une ile à l'autre, et ils saisissent le* moment favorable pour les conduire de nuit dans leurs repaires sur la côte d'Âtchin.
Depuis un temps immémorial la population malaie a prélevé dans le pays un droit de sortie sur les produits, ainsi que sur chaque prahoe une somme proportionnelle à la grandeur du bâtiment. Le gouvernement perçoit an droit de sortie et d'entrée, de port et d'ancrage^ ainsi qu'une taxe sur l'opium et la poste aux lettres. Les mêmes droits se payent sur toute la côte de Sumatra.
On ne sait rien de la zoologie ni de la botanique de ees îles qui n'ont pas encore été explorées scientifiquement. Les animaux qu'on dit exister sur ces terres sont le cerf, une espèce de sanglier , un porc-épic et un hé-
risson ^ ks e8pèce$ a'en sont pas délérmioées^ Les oiseaux y Tiveot en grand nooibre et s'y trouvent es ea* pèces nombreuses ; toutefois nous n'en connaissons positivement aucune. Les Niassais mettent beaucoup de soin à rélève du bétail ; le buffle {karbo)y le boeuf dor mestique, les chèvres et les cochons de race siamoise prospèrent abondamment parmi eux; ils élèvent avssà un grand nombre de volailles^ dont on fiiit le eomnaeree. Les lies Pontjan y situées dans la grande baie de Tapanœlie^ jouissent d'un air salubre et de beaux sites; elles n'ont qu'un défaut^ c'est le manque d'eau potaUe; elles sont occupées par une poste militaire de 2S à 30 bommes commandés par un sous-ofiBcier.
Au sud des Nias, entre ces îles et la grande Mintaa ou Sibiroe, se trouve un petit archipel finrmé de plus de cinquante îles ou îlots; il est connu administrativement sous le nom de groupe de Batoe, et a pour ile principale Poeloe Telo, où réside l'employé délégué par le Gouvernement. Ces iles, situées en face de la baied'Ayer- Bangies^ sont distantes de la côte de Sumatra de 16 à 20 milles; leur étendue en longueur est de 10 et en largeur de 6 milles. On peut les diviser en îles plates et en îles montagneuses. Les premières sont au nombre de 55 et les secondes de 20; ces dernières ont une om deux chaînes de cdlines, qui varient de 40 à 200 pieds au dessus du niveau de la mer; les élévations sont toutes couvertes d'une épaisse végétation Sorestfêre. Les iks plates ne montrent que des grèves sablonneuses et l'in-
teneur est couvert de forêts; toutes sont entourées d'un récif de corail. La masse de leurs végétaux, jusqu'ici inconnus , se compose de plusieurs sortes d'arbres à bois blanc, et d'autres espèces précieuses pour l'ébéniste* rie; dans les parties marécageuses se trouvent des forêts de palmiers, parmi lesquels le sagoutier est le plus commun et sert aussi de nourriture principale aux ba« bitants; ils cultivent aussi le riz, la canne à sucre et Poebi ou pomme de terre douce. On assure que la cultare du cafier y réussirait parfaitement. Parmi les végétaux nombreux de ces iles, croit, dans quelques unes des plus grandes, un arbre qui fournit abondamment un baume désigné sous le nom de tninjakh lagam^ qui aurait , dit-on , les mêmes qualités que le Balsamum copaivae d'Amérique.
Les hôtes sauvages qui peuplent les forêts comptent dans la dasse des mammifères 9 espèces, parmi lesquelles 3 singes. Les oiseaux qui y vivent peuvent être portés à 50 espèces, toutes propres à la grande ile de Sumatra, mais on n'y voit point de gallinacées. Les reptiles en petit nombre n'y comptent pas de grandes espèces. La mer offre une étonnante quantité de poissons; mais ce sont principalement les zoophites et les crustacés qui s'y font remarquer par la diversité des formes et le nombre des espèces; de manière que la Faune sous-marine de ces iles égale, sinon surpasse en richesse celle des Moluques; les coraux et les polypes, TUS d'une profondeur de deux ou trois brasses, éta« lent tout le luxe d'un parterre émaillé de fleurs, et l'oeil ne peut se lasser de contempler la diversité de leurs
formes, ainsi que les couleurs vives et variées, doot cette création sous-marine est parée. Sept espèces différentes d'holothuries, dont quatre sont comestibles, s'y trouvent en grand nombre; mais la pèche du iripang est aujourd'hui moins suivie , vu que le prix de cet article vient d'éprouver une baisse considérable sur les marchés de la Chine.
La population des Batoes est peu nombreuse en proportion de l'étendue que ces îles occupent, et qui, calculée à 50 milles géographiques carrés , ne compte que 3000 âmes. La majorité de ces habitants se dit être originaire des îles Nias; il est sûr au moins, qu'aujourd'hui plusieurs Niassais vont s'établir dans les lies Batoe, tandis que quelques habitants des Batoe passent à Nias. A Boeloera et à Tana-Massa demeurent aujourd'hui 170 Malais, 50 Boegis et 50 Chinois; ces derniers se sont emparés de la presque totalité du commerce de ces iles; les Malais et les Boegis s'adonnent à la culture du riz, à la pèche du tripang et du carret. Les habitants des Nias et des Batoes sont continuellement en rapport les uns avec les autres, tandis que les derniers ne communiquent jamais avec les habitants du groupe des iles Pagai, situées à quelques milles dans le Sud; ces terres , ainsi que les groupes composés d'un grand nombre d'iles et d'ilôts qui s'étendent parallèlement à la côte occidentale de Sumatra jusqu'au détroit de la Soende, n'ont pas encore été visitées. L'attention du Gouvernement se portera sans doute très-prochainement sur ces parties ^de son domaine, et il ordonnera d'en faire la reconnaissance nautique ainsi que l'exploration scienti*
fiqoe dans l'intérêt de la navigation et du commerce; mais particulièrement aussi dans le but d'empêcher, lorsqu'il en est temps encore, que ces iles ne deviennent le rendez-vous des pirates, dont le nombre ne peut tarder à devenir plus considérable dans «es mers, en raison du développement des relations commerciales, ainsi que de la navigation entre l'ile de Java et la côte occidentale de Sumatra. Il serait aussi nécessaire de faire explorer dans le même but, les iles ou plus exactement, les archipels de Sibiroe, les Pora et Sepora, les Pagai et plusieurs autres le long de la côte occidentale; ensuite Roepat, Bangkalis, Padang, Pantjor et Rantauw, toutes situées non loin de la côte orientale , et séparées par des chenaux fort étroits des états de Siak et d'Indragiri. Nous n'avons, pour le moment, rien à consigner ici sur la constitution physique de ces terres, qui ne sont encore tracées qu^en blanc sur nos cartes Je r Archipel.
L'archipel de Riejoe, Riouw ou Rio des Portugais, était autrefois régi par un Sultan redouté de ses voisins, puissant par le grand nombre de prahoe armés en course , qui infestaient constamment ces mers: ce prince exerçait aussi le pouvoir sur les provinces de Djohor et de Pahang situées sur la côte orientale de la presqu'île de Ifalacca, où a son extrémité méridionale a été élevée, sur une petite ile, la populeuse et florissante ville de Singapore fondée en 1819. Cet archipel de Riouw présente au commerce néerlandais une position fort avan*
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tageuse; situé entre la péninsule de l'Inde et Sumatra ^ il commande le détroit de Malacca dans sa passe la moins large, de manière à pouvoir servir de poste avancé, capable au besoin d'entraver toute la navigation dans cette route principale, qui conduit aux mers de la Cbine. De Riouw ou Tandjong-pinang, port-firanc de la Néerlande, à Singapore , port-franc principal des possessions anglaises dans rinde, il ne se trouve que le détroit du même nom qui serve de limite à ces deux conmierces rivaux, qu'une longue paix permet de fraterniser. Nous formcms des voeux pour que ces deux pavillons voisins soient longtemps unis par une paix solide et de longue durée.
Le cadre adopté pour cet ouvrage ne nous permet pas d'y comprendre la partie historique concernant les princes de Djohor et de Riouw, ni de remonter à Torigine des habitants qui forment aujourd'hui b population de ce vaste archipel ; on peut d'ailleurs consulter pour ces détails, l'écrit publié par le missionnaire M^ Rôttger (1).
La plus considérable de ces iles porte administrativement le nom de Riouw ou Riejoe ; les indigènes la désignent par celui de Bintan, nom emprunté de la montagne la plus élevée de l'intérieur. Sa position géographique est entre le 104<' 9' à bT longitude orientale, et 0<> 43 à lo 15' latitude nord. Bintan a une superficie de 21 milles géographiques ou 11 myriamètres Q. La superficie de Lingga est de 18 milles ou 10 myriamètres D* Bintan est arrosée par cinq grandes et sept petites riviè*
(1) Berigien omirent Indië, gedurende een tienjartg verbiyf aldnar. Deventer 1849.
res , dont la pente est peu sensible , et qui prennent leur source dans les montagnes; quelques unes sont navigables jusque dans l'intérieur. Les montagnes forment une chaîne élerée de 1000 pieds seulement, et qui s'étend depuis Siam , Singapore et Karimon jusqu'à Bangka et BiUiton. Tout ce groupe d'iles et d'Ilots , qu'on porte à 125, (mais dont le nombre est sans doute bien plus considérable et n'est pas exactement connu), forme une multitude de canaux et de passes; ces détroits ainsi qu'une quantité d'iles inhabitées servaient de refuge et de rendez-vous à ces intrépides pirates qui infestaient jadis cet archipel^ et qui rendent encore de temps en temps la navigation dangereuse dans ces labyrintes maritimes. L'époque la plus chaude en même temps que la plus sè« che de l'année est de Janvier jusqu'en Mars; le changement de mousson a lieu en Avril, et c'est alors que le tonnerre et les pluies régnent jusqu'en Décembre. Les Iles les plus remarquables après Bintan sont Linggay Batang, Singkip, Sbar, Boelang, Timiang, Penjing, Dryon, les Karimon et quelques autres. Le chiffre approximatif de leur population se trouvait porté en 1S40 à 88,000 âmes; le tiers environ de cette population est d'origine chinoise. Binlang et Linga comptaient en 1843^ environ 30,000 habitants, parmi lesquels on trouve, comme population flottante, de 10 à 13 mille Chinois^ qui arrivent et s'^i vont ailleurs, suivant les profits qu'ils peuvent calculer sur la culture et la vente du gambir ou cachou.
Les seuls produits remarquables de ces iles, ceux notamment dont la culture puisse offrir quelque intérêt ,
sont le poivre et le gambir {Nauclea gambir)y nommé improprement terra japonica. La culture de ces plantes fournit des moyens de subsistance à treize ou à cpiatorze mille individus. Ces iles peuvent exporter, année commune, de 18 à 20 mille pikol de poivre, et la quantité de gambir qu'on y fabrique est calculée à 80 ou 100 mille pikol; la première qualité coûte de 6 à 7 florins et la seconde de 5 à 6: les iV parties du gambir que ces iles fournissent sert a la consommation de la seule ile de Java. Le gambir le plus estimé vient de Bintan; celui de Lingga et de Singapore est moins recherché. On trouve à Bintan des plantations de cafiers; la canne à sucre et l'indigotier prospèrent également dans quelques localités. La culture du riz n'y est pas pratiquée d'une manière régulière; on importe de Java, de Siam et de Sumatra, le riz nécessaire à la consommation qui s'en fait annuellement. Le sagou est de moindre qualité que celui des Moluques; le pinan ou l'arecquier et le cocotier fournissent abondamment aux besoins de la population; on exporte aussi de ces iles des bois de charpente et pour la mâture.
La population malaie se divise elle-même en cinq castes {Saekoe)y sous les noms de: Orang darat (hommes du littoral), Orang lawut (hommes de la mer), Orang selatan ou selat (hommes du sud ou des détroits), Orang perampokh (hommes de rapine ou pirates) et Orang benoea (hommes du pays).
Pour tout ce qui a rapport et qui est du domaine des trois règnes de la nature , on n'a point trouvé jusqu'à présent de différence remarquable entre ces iles et les
côtes orientales de Sumatra. Les grands quadrupèdes, méaie ceux de taiHe moyenne, tel que le Cerf munijak n'existent pas dans les iles Riouw. Le cochon sau- Tage, que nous ne connaissons pas encore, diffère probablement des deux espèces de Sumatra. Les autres mammifères connus sont: deux espèces de singes, identiques à ceux qu'on trouve à Sumatra; le Chevrotain kanijUj un Manisy et quelques espèces de Rongeurs ^ également connus comme habitants de la grande ile précitée. Il est remarquable que, dans ces îles réputées à juste titre pour malsaines, et dont l'atmosphère est Duisible aux Européens, les animaux soient attaqués d'épidémies mertelles qui portent tous les caractères du choiera morbus; ces épidémies (sampar) font périr, l'ane année toutes les volailles domestiques, l'autre tous les porcs, l'autre enfin tous les chiens et les chats ^ ou bien la mortalité s'étend sur le bétail. Lorsque ces mages ont lieu parmi les animaux, la santé des habitants est rarement compromise; les mois de Novembre, Décembre, Mai et Juin sont réputés les plus malsains. Les amphibies, les poissons et les insectes vivent en grand nombre dans ces iles, dont la Faune n'a pas encore été étudiée par des naturalistes de profession. La minéralogie y attend aussi des explorateurs.
Le chef civil européen des iles Riouw réside à Tandjong-pinang; ce port franc, quoique situé avantageusement pour le commerce de la Malaisie de l'Inde et de la Chine, ne saurait lutter avec la splendeur commerciale de la puissante Singapore. Le Sultan de Linga a cédé tous ses droits sur les revenus de ces iles
moyennant une indemnité annuelle de soixante mille florins; ce princQ réside aujourd'hui dans l'Ile de Lingga.
La Compagnie des Indes s'empara de ces iles en 1784 et en expulsa les Boeginais qui s'y étaient fixés; depuis ce temps, les princes malais ont reconnu cette nouvelle autorité et ont juré fidélité et obéissance à la Compagnie. Riouw a été déclaré port-franc, par décret royal du 10 Avril 1824
Le revenu des produits mis à ferme a été en 1819 de 10,200, en 1820 de 16,920, en 1821 de 22,980, en 1822 de 54,600, en 1823 de 54,060 et en 1824 de 157,560 florins. La grande difierence numérique entre les années 1823 et 1824, provient de ce que le gambir et le poivre avaient été vendus jusqu'en 1823 pour le compte du gouvernement; en 1824 ces denrées ont fait partie des produits mis à ferme. Les dépenses de cette année étaient calculées à la somme de 120,000 florins.
Les comptes de 1845 indiquent les recettes et les dépenses des iles de Riouw, comme suit: