DÉPENSES
Département de la justice, de l'administration civile et de la police f 59,240.
Agriculture, cultes, sciences et arts, . » 2,352.
Finances, cultures etc » 10,318.
Pensions et établissements de bienfaisance ..•••.•• « • )> 564.
Dépenses de différentes nature .... » 60,500.
Total . . . . /'132,974.
l'importation de 1845 en produits de Java et Madura à Riouw, a été:
En marchandises /* 1,995,312.
En espèces . « » 109,632.
Total .... » 2,104,944.
l'exportation de 1845 en produits de Riouw à Java et Madura a été:
En marchandises /*858,082.
et en espèces » 1,400.
Total . . . . /•859,482.
Parlant ici de Singapore, mieux Singhapoera (la ville du lion), nous ne pouvons omettre de faire mention des succès imprévus qui ont contribué à la splendeur d'une ile, autrefois le repaire de quelques pirates de la malaisie, habitée en 1819, par environ 200 Malais. Le chiffre de cette population s'est accru progressivement jusqu'en 1830, lorsque le recensement a donné pour résultat un chiffre approchant de 17,000 habitants;
en 1840, cette population avait atteint le chiffre de 40,000 âmes, parmi lesquels on compte à peine deuxcents Européens. L'ile a environ 10 lieues dans sa plus grande longueur et 5 lieues dans sa plus grande largeur; sa superficie est d'environ 270 milles carrés; son rayon comprend encore quelques îlots déserts (1).
C'est à un système commercial aussi sage que libéral dans son application, que cette ile .doit son étonnante prospérité. Les nouveaux maîtres n'y trouvant aucune espèce de ménagement à observer envers l'ancienne population, ni aucun antécédent de civilisation à respecter, ont eu la faculté d'y introduire leurs règlements et d'v faire dominer leurs vues administratives; aucune coutume {adat des Javanais), tenant lieu de loi écrite ne venait porter entrave à leurs ordonnances, établies dans le seul intérêt du commerce. On n'y prélève aucune espèce de droit d'importation, d'exportation, d'ancrage, de relâche etc. pour couvrir les frais de l'administration; on s'est contenté d'établir quelques droits sur la vente de l'opium, une taxe sur la fabrication à domicile des liqueurs spiritueuses, une autre sur les jeux, et quelques droits sur la transmission des rentes ainsi que sur les frais de la poste aux lettres.
Telle est cette Singapore, rivale tant prônée de notre commerce dans la Malaisie, et dont l'ancien Gouverneur
(1) On trouve des reii8ei{>;nemeDU fort intéressants surSin^pore, ainsi que snr le monvement commercial de ce port-franc, dans la brochure publiée par M**. Maurice d'Argout sous le titre de Java, Singapore et Manille, Paris 1842.
Anglais Raffles est le fondateur. Un juge compétent qui a passé quelque temps dans cette ile, est d'avis que nonobstant la position favorable et bien choisie de cette cité florissante, sa splendeur ne saurait jamais atteindre à la hauteur dont on s'était formé, d'une part une idée trop brillante, et d'autre part, une crainte trop exagérée. Au reste, il n'a tenu qu'au commerce néerlandais de ne pas se laisser prévenir ni déborder dans ces parages par celui de l'Angleterre; mais nos braves compatriotes tiennent trop à suivre les anciennes routes battues, pour se placer spontanément à la hauteur des circonstances, et pour prendre des mesures opportunes. Le Comte de Hogendorp disait, en 1830, dans son CoujHpoeil sur Vile de Java : » Il est nécessaire que le commerce néerlandais fasse, de son côté, quelques tentatives pour exploiter lés avantages qu'offrent nos possessions dans l'Archipel indien , et qu'il sorte de cette apathie désolante qui, dans les quinze dernières années, loi a fait voir avec tant d'indifférence l'établissement anglais de Singapore s'élever, prospérer et attirer presque tout le commerce des lies de l'Archipel!" Plus loin, le même auteur en parlant de Riouvv, a dit: » Notre gouvernement fait de grands et nobles efforts ; c'est au commerce à le seconder; mais s'il ne veut faire pour cela aucune tentative , sans doute le but ne peut être atteint; aussi devra-t-il s'en prendre à lui-mcme et à son long engourdissement."
J'en étais là de ma rédaction, lorsqu' il m'est tombé sous la main un article du journal d'Amsterdam {Handdsblad) de Juillet 1844, dans lequel il est fait allua 8
sion, à peu près dans le même sens, à la négligence du commerce néerlandais, à savoir proGter de la position favorable de notre établissement de Riouw pour les débouchés de notre industrie et des produits de nos iles, et qui attribue à cette insousiance l'état prospère de Singapore, où l'on s'est également appliqué depuis quelque temps à la culture des deux denrées principales, le poivre et le gambir, exportées autrefois presque exclusivement de nos iles de Riouw. Une réfutation de cet article, dont on m'a fait part verbalement, attribue la décadence de Riouw à des causes locales, qui seraient toutes en faveur de la position qu'occupe Singapore. Il n'est pas de la compétence de notre ouvrage d'en approfondir les conséquences.
Un bras de mer sépare Sumatra de l'ile de Bangka; celle-ci est fameuse par les mines d'étain qu'on y exploite; ce métal s'y trouve en abondance; il est d'une excellente qualité, même supérieur à celui que Sumatra et Célèbes fournissent; aussi est-il fort recherché par les commerçants de l'Inde et de la Chine. Son abondance à Bangka est si grande, que les Chinois en fournissent abon-* damment sans qu'il soit nécessaire de faire de grands travaux pour l'obtenir. La découverte de ces mines à eu lieu fortuitement en 1710; on trouve noté, qu'en 1740, elles fournissaient déjà 2S,000 pfeo/, ce quitou* tefois ne me parait guère probable. Les plus hautes montagnes sont de granit; celles d'une moindre élévation sont d'une pierre ferrugineuse rouge; entre ces der-
nières se trouve Tétain dans des dépots d'alluvion noirâtres , rarement à plus de vingt-quatre pieds au dessous de la surface du soi. Comme on n'a jusqu'à présent mis en oQUvre qu'environ 400 milles carrés, on s'est contenté d'exploiter les mines dans la partie nord-ouest: mais il parait que l'étain abonde dans tout le reste de Pile, et si les besoins rendaient nécessaire l'acquisition d'une plus grande quantité de ce métal, l'Ile de Bilitoen serait à même d'en fournir tout autant que Bangka. L'étain est d'une pureté parfaite et n'est pas inférieur à celui de l'Angleterre. Lorsqu'on découvre une mine, après l'avoir sondée, la terre est enlevée et livrée au lavage; opération que facilite un grand nombre de ruisseaux dont l'île est arrosée. La fonte se fait de nuit; une quantité de 6000 livres s'obtient par chaque fonte, on la transforme en lingots de soixante livres. Ces siines sont sous la surveillance d'inspecteurs européens établis à Djeboes, à Blinjoe, à Soengiliat, à Pankalpinang et à Toeboeali (1).
Nous donnons un tableau de l'exportation annuelle de l'étain, depuis 1825 jusqu'en 1850, ainsi que des produits total des mines, à partir de 1851 jusqu'en 1844, en pikol de 125 livres.
(1) Yoîr , pour toat ce qui conscme l'exploitation des mines d'ëtain à Bangka: F. Epp. Schilderung atu Ostindien* Archipel, Hei" delberg 1841.
Exportation,
Produit total.
Le produit des mines dans chaque district de l'ile, est calculé approximativement, savoir à
Muntok 1500 pikol.
Djeboes , 5000 »
Blinjoe 14000 »
Soengiliat et Marawang 16000 »
Pankalpinang 8000 »
Soengiselan bangkakota ....... 4000 »
Koba • 2000 »
Toeboeali 10000 »
Total . . . 60500 pikol.
On donne à cette île une superGcie de 223 milles géographiques D, ou 112,4 myriamètres D. Elle est située
entre le !<> 30' et le 3o T latitude sud , et le lOS^ 9' et le 106<> 54' longitude orientale. Le détroit de Bangka la sépare de Pile de Sumatra; à l'orient, le détroit de Gaspar s'étend entre elle et Hle de Bilitoen. Sa population est, selon le recensement de 1840, de 35,000 habitants, d^nt plus de 18,000 sont Chinois. Muntok ou Muntho en est la capitale; sa population est forte de 3,000 âmes. C'est là que réside le chef civil et militaire de cet Archipel; le fort qui protège la rade a une garnison de 200 hommes. A Djeboes, dans le nord de l'ile, se trouve un administrateur européen ; le fortin n'a que 30 hommes de garnison; dfans le district de Blinjoe se trouvent les magasins, et une forte batterie protège le débarcadère. Soegiliat est aussi défendue par un fort, et un poste fortifié défend l'entrée de la rivière. Batoeroesak, situé sur la rivière de ce nom, sert d'hôpital; il est entouré de palissade; sa garnison n'est que d'une trentaine d'hommes. Pankalpinang est protégé par un fort, dont la garnison en temps de guerre, est forte de 300 combattants. A Koba réside un administrateur européen. Toeboeali, dans la partie sud-ouest , est un kampong populeux , protégé par un fort où une compagnie tient garnison. Soengiliat de fondation nouvelle, est défendu par 30 hommes de garnison; l'administration est soumise à celle de Pankalpinang. L'ile de Bilitoen forme administrativement partie du district de Toeboeali; un poste militaire est chargé de la garde du pavillon.
Bangka est sous l'influence des vents alises; depuis Décembre jusqu'en Avril, règne le vent de Nord-ouest accompagné de fortes pluies; il souffle constamment du
Sud-est de Mai jusqu'en Novembre, et atteint sa plus grande intensité vers le mois d'Août; lorsqu'il est accompagné d'une forte chaleur , les feuilles des arbres se dessèchent et les sources tarissent. De fortes détonnatioQS de tonerre ont lieu vers la fin d'Octobre.
L'élévation des montagnes ne dépasse guère 2000 pieds ; elles sont de formation granitique ; le feldspath , le» quartz, le mica et la tourmaline en moindre quantité forment leur charpente. Cette ile renferme aussi du cristal de roche et del'améthiste; indépendamment de sa richesse en étain, on y trouve aussi du fer, du cuivre, du plomb, de l'argent et de l'arsenic; dans la partie occidentale existent des couches de lignite, mais point de charbon de terre. La végétation forrestière est puissante et les montagnes en sont couvertes jusqu'à leur sommet; mais il s'en faut de beaucoup que la terre végétale y soit aussi abondante et aussi productive que dans la volcanique Java; la végétation des plantes spontanées est en effet très-vigoureuse sur ce sol pierreux mêlé de quarz, dont la plus grande partie de l'île est couverte; mais ce terroir qui se dessèche promptement, n'est nullement propre aux cultures ni au développement des plantes potagères; celles-ci sont chétives et rares, et on a de la peine à les garantir de l'ardeur brûlante du climat. La culture du riz n'y réussit pas même toutes les années, ce qui fait que les habitants ne peuvent compter sur ce produit pour leur nourriture.
Les belles forets primitives dont cette île est couverte, disparaissent à fur et. mesure par les défrichements du sol et dans le seul intérêt de l'exploitation des mi-
mes d'étain ; ces défrichements n'ayant pas été soumis jusqu'ici à un contrôle convenable , il s'en est suivi que plusieurs parties de l'île, jadis couvertes d'une végétation forestière majestueuse, se sont transformées en déserts; ou que les mineurs chinois étendent le ravage au moyen de la hache et du feu, dans toutes les localités *qui leur paraissent convenables à l'établissement d'une mine, et au lieu d'utiliser ces terrains défrichés pour y établir des cultures, on les abandonne, sans en tirer le moindre parti; ce qui est cause qu'entre les villages de Soengiliat et de Marawang, où se trouvaient de belles forêts, on ne voit aujourd'hui que des plaines couvertes de fougères et de hautes herbes {alangalang). Les forêts aromatiques de Bangka fournissent des bois précieux pour les arts, ainsi que des bois de construction et de mâture. Le bois rouge, hematoxyloUy est le plus commun; les arbres résineux s'y trouvent en grand nombre; celui qui fournit la gomme élastique, les myrtacés etc., forment des forets, dont jusqu'ici on n'a pas jugé convenable de tirer un parti utile.
La Faune y est riche, surtout proportionnellement à l'étendue de cette île. Elle est habitée par trois espèces de singes qui vivent aussi à Sumatra : par le mémo Galeofithecus marmoratus qu'on voit à Sumatra ; par le Slenops tardigraduSy les deux Calohatcs^ ainsi que le Pieropus funereus; quelques mammifères de Java s'y trouvent également, tels que la \iverra Indica ^V Hcrpcsies Javanicus^ et les Sus vittatus et verrucosus ; pour ruminanSyle Cervus russa et muntjaky puis le Moschiis hantchih
Les grandes espèces de carnassiers , telles que les Tigres y les Ours etc. ni les grands pachydermes , ne se trouventpas dans cette ile. Les oiseaux sont, à peu d'exceptions près, des espèces identiques arec ceux de Sumatra; le plus petit nombre ressemble à des types javanais; quelques muscivores et un ou deux grimpeurs peuvent être énumérés comme propres à ces iles; on peut en dire autant de quelques espèces d'insectes, mais cette partie de la Faune n'a pas encore été explorée d'une manière scientiflque.
Bangka est habitée par des Malais et des Chinois, par quelques Cipayes du Bengale, mais en fort petit nombre, et un nombre moindre encore de Bougis de Célèbes. Les Malais sont divisés en Orang darat ou goenong (hommes du pays) pécheurs et marins, et en Orang kling (hommes étrangers); ces derniers, la plupart natifs de Sumatra, exercent des métiers ou ils font le petit commerce.
Les Chinois ont commencé à se fixer dans cette île en 1710, époque de la découverte des mines d'étain; depuis ce temps les migrations ont fait affluer un nombre considérable, de manière que cette partie de la population compte aujourd'hui au delà de 18,000 âmes. Ils sont laborieux, actifs, et ne redoutent pas les fatigues du travail assidu dans les mines. Les indigènes offrent sous ce rapport un contraste remarquable; paresseux et négligents, toute espèce de fatigue leur coûte; trois Bangkanais suffisent à peine pour exécuter le travail dont un seul Chinois se chargera aisément. Le Chinois nouvellement débarqué, s'il est bon travailleur.
est certain d'être accueilli amicalement par ses compa* triotes; ceur-ci lui fournissent la nourriture, le logement, quelque avance en numéraire et il obtient neuf florins de gages par mois. Le nouveau venu s'acquitte de cette dette, ordinairement en deux ans; lorsqu'elle est soldée, il participe dans les proGts et devient associé des mineurs; un grand nombre de ces hommes de peine, lorsqu'ils ont pu amasser une petite fortune, retournent dans leur patrie, quelques-uns restent dans le pays, et ils deviennent chefs ou même entrepreneurs des mines, ou bien ils s'adonnent à l'un ou l'autre traflc. Les travailleurs aux mines vivent en communauté se partagent entre-eux les différentes occupations: les uns s'acquittent de travaux domestiques,. les autres de ceux des champs; quelques-uns sont chargés de la coupe du bois, quelques autres de la fonte du métal; la police se fait aussi par des agents de leur nation , et sous la surveillance des chefs des mineurs ainsi que des employés du gouvernement; celui-ci fait souvent des avances considérables aux entrepreneurs pour qu'ils puissent couvrir les frais nécessaires de l'exploitation d'une mine nouvelle; les comptes sont ordinairement appurés au jour de l'an chinois. Le gouvernement reçoit dans ses magasins l'étain en lingots du poids d'un demi pikol; en 1840 il le payait à raison de 7 a 8 piastres le pikol; quelques contrats sont à raison de 9 piastres.
L'île de Bilitoen, quoique environ de moitié moins grande que sa voisine, peut en quelque sorte tenir lieu de succursale à l'ile de Bangka ; les vastes dépôts d'étain qu'on y trouve, pourront un jour et au besoin servir à
l'exportation de ce métal, s'il faut admettre que les dépôts de ce minerai puissent un jour être épuisés dans l'île principale. Le gouTernement ne fait exploiter maintenant à Bilitoen, que le fer et l'acier, substances plus rares que l'étain dans les limites des tropiques. On obtient le fer sans beaucoup de travail; il s'y trouve un peu au dessous de la superficie du sol , sous la forme d'une pierre porreuse contenant du fer oxidulé; lorsqu'il est fondu, on le coule en barres ou bien on en fait des clous. L'île produit les mêmes bois de construction et d'ébénisterie que Bangka. Les habitants, qu'on peut évaluer à 6000 âmes, vivent de la pêche et de 'la vente du tripang, de l'écaille de tortue, de Vagar-agar (sorte d'algue marine), de la cire des abeilles sauvages, de la résine et des nids d'oiseaux. Bilitoen servait jadis de refuge assuré aux pirates hardis et sanguinaires, dont les mers de la Soende étaient sans cesse couvertes au grand détriment du commerce et de la navigation. Le Gouverneur-Général van derCapellen, organisa dans cette ile la construction de prahoe armés en course, chargés de la poursuite assidue des pirates. Aujourd'hui , les navires mus à force de rames n'échappent plus aussi aisément à nos croisières, se portant sur ces forbans téméraires, lorsqu'elles refoulent l'onde par la force puissante de la vapeur. La piraterie a diminué considérablement depuis l'apparition des pyroscaphes dans ces mers, que la Néerlande s'est engagée, selon la teneur d'un article du traité devienne, à purger des forbans dont elles étaient infestées.
Plusieurs petites îles font partie du rayon de Bangka et de Bilitoen; les principales sont, Dapoer, Boe^-
rong, Nangka, Roman, Makoèboe, Classa, Gaspar, Liât, Lipar, Selio, Batoe et quelques autres iles et ilôts.
Plus loin, et presque à égale distance de Sumatra et de Java , se trouve le petit archipel des Cocos. Ce groupe, qui ne se trouve pas indiqué sur toutes les cartes de l'Archipel, a été occupé militairement, en 1829, par ordre du gouvernement de Batavia.
La Compagnie des Indes néerlandaises consentit, en 1668, (à la demande du Sultan qui gouvernait alors l'archipel de Bangka), de prendre ces iles sous sa protection; plus tard, elles échurent en héritage aux Sultans de Palembang. La Compagnie conclut, en 1777, un traité avec le nouveau possesseur qu'elle venait d'élever au rang de Sultan, et par le contrat qui fut passé sous cette date, elle se Gt adjuger le monopole de l'étain dans ces iles. Quelques princes, membres de la famille du souverain de Palembang, envoyés successivement à Bangka avec le titre de Dhipati, s'arrogeaient une autorité arbitraire et vexaient les habitants, vu que n'ayant pas de revenu assuré, ils ne leur restait d'autre moyen de faire face à leurs dépenses, qu'en pressurant la population qui se trouvait sans cesse en but à leurs rapines; les troubles que ces vexations firent naître, furent promptement appaisés par l'intervention de la Compagnie; celle-ci exerça depuis ce temps sa prépondérance morale sur ces iles, tandis que des loges années servaient à lui assurer la jouissance du monopole de l'étain.
Lorsqu'en 1811, tout l'Archipel tomba au pouvoir
— laides forces armées de FInde britannique, le Sultan de Palembang, qui s'était engagé à faire transporter à Java la garnison hollandaise du fort et de la factorerie de Palembang, commit l'infâme lâcheté de faire périr ces prisonniers de guerre en les faisant couler à fond sur les prahae où ils se trouvaient embarqués; ceux qui tâchaient de se soustraire à ce désastre , furent massacrés impitoyablement. Les Anglais profitèrent de cette trahison, et ils s'armèrent de ce motif pour diriger une attaque contre le Sultan de Palembang. Le Colonel Gillespie qui en fut chargé parvint, après une première tentative infructueuse, à se rendre maître des destinées du Sultan; ce prince fut détronné et son frère cadet fut élu à sa place. Il parait toutefois que le but principal de cette expédition des Anglais était de se rendre maîtres de Bangka, ce qui leur réussit effectivement, car ils stipulèrent pour condition du nouveau traité, conclu le 20 Mai 1812, que cette ile leur serait cédée en toute propriété. Les Anglais lui donnèrent alors le nom de Yorks'insel.
• L'Archipel ayant été rendu à la Néerlande, conformément à la teneur des articles du congrès de Tienne et du traité de Londres, cette puissance reprit, en 1817, possession de l'ile de Bangka; mais Sir Stamford Raffles, alors Gouverneur d'une partie de la côte Sud-ouest de Sumatra, continuait à faire valoir les droits de l'Angleterre sur l'ile de Bilitoen; le traité de 1824 mit fin aux différends à ce sujet, et l'occupation de cette ile n'eut lieu qu'à dater de cette époque.
Mais avant ce temps, nous eûmes à soutenir une
guerre contre le Sultan de Palembang; elle fut d'abord balancée de part et d'autre par des succès et des revers, et terminée en 1821 par la défaite totale de ce prince qui perdit son trône et sa liberté. Pendant la durée de cette lutte opiniâtre sur la côte Sud-est de Sumatra, des troubles éclatèrent à la côté orientale de Bangka. Le Dhipati Barin, l'un des chefs les plus puissants de rile, se mit en insurrection contre le gouvernement et offrit en même temps au Sultan de Palembang de le faire rentrer en possession de son ancien domaine. Le Sultan lui envoya l'investiture qui l'élevait au rang de Dhipati de Bangka, l'engageant en même temps à faire main basse sur tous les Européens, et lui donnant l'assurance qu'il lui serait payé, trois années durant, et a raison de 9 piastres le pikoly tout l'étain qu'il livrerait au Sultan.
Le Dhipati Barin fit afiScher cette espèce de manifes* le dans tous les kampong, excitant en même temps les habitants à la révolte contre l'autorité européenne. Le résident qui se trouvait en tournée, accompagné seulement d'un petit nombre de koelisj devint la première victime de cette trahison; il fut impitoyablement massacré, et sa tête fut envoyée comme trophée au Sultan de Palembang. Ce meurtre servit de signal à la rébellion, mais les mesures nécessaires, exécutées avec vigueur par les troupes, servirent à disperser les factieux et forcèrent le Dhipati Barin à chercher un refuge dans l'intérieur. La défaite totale du Sultan de Palembang en Juin 1821, mit un terme à la révolte à Bang* ka; on réussit a pacifier ce pays, même sans effusion de
sang: le Dhipati Barin, réduit à la dernière extrémité, offrit sa soumission qui fiit acceptée; il obtint le généi reux pardon de ses méfaits , et on n'eut depuis ce temps aucun motif de plainte à son égard; depuis, le gouvernement lui accorda même une pension de 600 florins.
A partir de 1828, la tranquillité n'a plus été troublée à Bangka, seulement quelques légers désordres.ont eu lieu parmi les Chinois. La civilisation pénètre et se répand de plus en plus parmi les habitants; le produit des mines d'étain augmente considérablement; des sentiers, ainsi que quelques routes plus larges, parcourent l'île dans toutes les directions principales. Ces moyens de commu* nication ne peuvent pas, il est vrai, être utilisés pour le service du transport à dos de bétes de somme , non plus qu'au passage des voitures, à cause du peu de largeur de ces routes, ainsi que de la nature montueuse du terrain , mais surtout à raison du peu de solidité des ponts jetés sur les nombreux cours d'eau, dont le terrain est entrecoupé. Aujourd'hui encore, tous les transports et les voyages se font à l'aide des koelis ou porteurs.
Ce sont là sans doute des progrès incontestables qui ont eu lieu depuis l'occupation de l'île par les Européens, mais il serait facile au gouvernement de multiplier les ressources, tout en s'occupant en même temps avec plus de succès du bien-être et de la prospérité des habitants. Plusieurs districts, ainsi que le remarque M'. Epp, renferment des terres productives qui sont maintenant en friche; quelques autres, couvertes de plantes spontanées sans aucune utilité pour l'agriculture, et dont l'étendue augmente de plus en plus, envahissent les
espaces <{u'on voyait jadis ornés de forêts majestueuses ; les miasmes malfaisants qui montent du milieu des vastes marais boisés, rendent le séjour de l'ile nuisible à la santé. Mais au lieu de diriger la bâche de ce côté, et de livrer aux fiâmes ces forêts nuisibles , on tolère des coupes et on laisse abattre et ruiner totalement de magnifiques forêts séculaires, nécessaires à la salubrité de la contrée, et qui sont situées pittoresquement dans le voisinage des kampong; des étendues de terrain considérables, dont le produit n'est aujourd'hui d'aucune valeur, pourraient servir utilement à la nourriture des bêtes à cornes, si l'élève du bétail avait été mieux encouragé dans cette ile. L'agriculture y réclame plus de bras et des encouragements, afin d'augmenter par ces moyens le bien-être de la population. Les sentiers arpentés aujourd'hui péniblement par des koelisj faisant l'ofiice de bêtes de somme^, devraient être transformés en routes praticables pour les voitures; nul doute qu'alors, l'ile ne pût nourrir huit ou dix fois plus d'habitants, et en rendant le service des koelis inutile, on gagnerait par ce seul moyen des milliers de bras, qu'on parviendrait facilement à utiliser dans l'intérêt de l'agriculture.