‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 7 sur 16 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR CETTE IlE.

Les contes exagérés qu'on s'était plu à débiter pendant les premières années du seizième siècle, sur l'immense richesse du sol de Bornéo, attirèrent sur cette contrée l'attention des imaginations faciles à exalter: on se plaisait à prognostiquer à des hommes entreprenants, que cet el dorado de la malaisiey enrichirait promptement la nation assez heureuse qui parviendrait à se fixer dans cette île. Les navigateurs aventureux de ce temps se promettaient les plus beaux succès, et rêvaient déjà les plus belles perspectives d'amasser en peu de temps une brillante fortune; ils présumaient que pour y parvenir, les équipages de leurs

navires n'auraient qu'à attérir sur ces côtes fameuses poui- la richesse de leurs produits; que Por et les diamans se trouvaient presque à la surface du sol, et que les indigènes offriraient une riche proie, par la quantité d'ornements de ce métal précieux dont on les supposait abondamment pourvus. Le temps s'est chargé de faire avorter tous ces beaux projets, et ces rèves d'une imagination ardente n'ont abouti qu'à de graves mécomptes. Aussi, vit-on disparaître successivement de ces mers, les pavillons des nations qui avaient tenté de se ûxer à Bornéo ou dans quelques unes des iles voisines de cette grande terre. La Hollande et après elle l'Angleterre, guidées par un principe commercial moins aventureux, plus solide, trouvèrent ks moyens de former des établissements dans l'Ile principale, ou prirent possession d'iles environnantes; là elles fondèrent des factoreries pour servir de points de réunion , vers lesquels leurs bâtiments de commerce pussent trouver protection et secours dans leur navigation, alors fort incertaine et exposée à plusieurs dangers, des mers de la Chine et du Japon. La Compagnie des Indes hollandaises fut redevable de ses premiers succès dans les mers de la Malaisie, à des fkns combinés avec génie et prudence j et aux vues ie colonisation larges et hardies qui animaient les comr 9ierçants hollandais de ce temps. Les possessions de la Né^lande à Bornéo datent de cette époque mémo- TÛAe dans les annales de sa marine marchande et armée en même temps; son pavillon commandait le respect à ses rivaux dans l'Archipel, rivaux qui n'entreprirent î 9

de se fixer dans ces parages, que dans une ou deux îles où nos courageux marins n'avaient pas jugé de leur intérêt de planter un jalon. Les circonstances furent longtemps favorables à la Compagnie ainsi qu'au main* tien de son commerce exclusif dans les autres parties de l'Archipel, ce qui lui fit perdre de vue et négli* ger les moyens et les ressources que des rapports, plus suivis avec ses factoreries de la côte occidentale de Bornéo, auraient pu de lui ouvrir dans l'intérieur de ce pays ; elle répugnait à l'entretien des forces nécessaires ainsi qu'aux dépenses exigées pour le maintien de son administration , dans une contrée dont les produits, l'étendue territoriale et la constitution physique, n'é-< taient pas de nature à fournir des résultats prompts et lucratifs à son système de monopole; dès lors leur administration prit, sur ces côtes, une attitude stationnaire. Lorsqu'à la suite de nombreux revers et de mécomptes successifs, cette Compagnie marchait à pas précipités vers son déclin , les moyens lui manquèrent pour continuer une oeuvre au dessus de ses forces; elle dut se résoudre à abandonner successivement l'occupation matérielle du plus grand nombre de ses factoreries de Bornéo. La Compagnie anglaise y sans cesse en mesure d^exploiter à son profit les fautes commises par ses rivaiuVj et son commei^ce toujours prêt à profiter avec énergie et détermination de la tiédeur et de V irrésolution des autres nations commerçantes , essaya a plusieurs reprises de s'établir sur les côtes de la grande terre et dans les îles situées au nord; mais les circonstances ne lui furent point non plus favorables, et elle

abandonna ces nouvelles acquisitions peu de temps après leur occupation. Les jalousies incessantes parmi les princes du pays, leurs discordes et les mécomptes qui s'en suivirent, leur firent résoudre de réclamer de nouveau le soutien de leurs anciens alliés. La Compagnie hollandaise reprit de nouveau possession de ses établissements sur les côtes occidentales, méridionales et orientales; depuis ce temps, celles-ci furent de rechef négligés, ou conservés seulement sous un point de vue politique: pendant l'occupation anglaise, la direction dans l'Inde-britannique , ne s'occupa point non plus des intérêts de Bornéo. A la renaissance du pouvoir néerlandais dans l'Archipel, on s'applica avec plus de suite et d'énergie du sort des indigènes; la conduite des princes fut mieux surveillée et on prit des mesures plus directes contre la piraterie: mais l'attention du gouvernement se vit trop souvent détournée de Bornéo par les événements qui eurent lieu à Java et à Sumatra , et l'état mal assuré des finances lui fit remettre à d'autres temps l'accomplissement de ses desseins. Aujourd'hui que son pouvoir se trouve affermi dans ces deux îles, il a pu vouer tous ses soins à mettre Bornéo à même de jouir de l'active protection qu'il étend sur les autres possessions de la Malaisie. Les nouvelles mesures administratives, ainsi que la répression efficace de la piraterie dans les mers entre Bornéo et Célèbes, auront pour effet d'améliorer le sort des habitants de ces îles.

Ce sommaire suffit pour donner une idée superficielle de l'opinion qu'on s'est faite jusqu'ici sur Bor-

néo. Nons consacrons le reste de ce chapitre au dé- Teloppement de quelques idées générales sur cette île, tandis que nous avons le projet de fournir dans les chapitres suivants, la relation plus circonstanciée des événements remarquables qui ont eu lieu à Bornéo y et plus particulièrement ceux qui se lient aux intérêts de l'époque présente.

Bornéo est partagé par Péquateur en deux parties inégales en étendue, et dont la partie septentrionale est la plus grande. Cette île est la plus vaste du globe après ce monde nouveau, entouré de toute part par la mer, et qu'on nomme Nouvelle-Hollande. En comprenant les archipels nombreux dont la grande terre est entourée, on peut admettre que ce groupe occupe plus de onze degrés de longitude sur environ dix de latitude. La position géographique de l'île principale est comprise entre le 7^ latitude Nord et le 4^20' latitude Sud; et entre le 106<>40' et le 116o45' longitude Est du méridien de Greenwich. L'étendue, du nord au sud, serait de 300 lieues et la largeur variable de 2S0 à 150 lieues. Sa superficie a été estimée jusqu'ici à 13,342 lieues géographiques carrées; le calcul plus exact que Mr. Melvill de Carnbée vient de publier dans le Moniteur des Indes, donne à Bornéo 12,743 lieues Q eu 6,992 myriamètres D; ce qui fait qu'elle est de 2,589 myriamètres D plus grande que Sumatra , et de 5,723 myriamètres plus grande que l'ile de Java;

Selon Rienzi^ les insulaires donneraient à leur pays

k nom de Poebe Kalanumtan; tandis que Hamiitôn prétend que Yarouni en serait le nom: c^esty dit-il y un dérivé du sanscrit Yarani (né de la mer), attendu qu'il est incontestable que plusieurs iles, jadis isolées , font aujourd'hui partie de la plage, et qu'elles sont réunies à Bornéo par les dépôts que les fleuves charient et amassent à leur embouchure. Rienzi fait aussi mention de Bornéo sous le nom de Mégalonésie; selon lui, elle serait habitée non seulement par des Chinois, des Dajaks (les Dayas de cet auteur) et des Malais de différentes races, mais aussi, s'il faut l'en croire, par des Papous à cheveux crépus ; par des Pounams , dont quelques uns seraient blancs, d'autres jaunes, basannés, rouges et noirs ; puis par des Biadchus de la côte Nordouest, et des Tiduns occupant les contrées les plus élevées de l'intérieur; enfln par des tribus désignées sous les noms de Kayans, d'Âssums,deMaratsetc. Nous ne discuterons pas la valeur que présentent ces données. Mr. S. Mûller nous apprend que le nom malais de Bornéo est dérivé du sanscrit Bhoemiy c'est-à-dire terre ou pays. Pigafetta est le premier écrivain qui ait fait mention d'une ville du nord de l'île qu'il désigne sous le nom de Burné. Ramusio, auteur vénitien qui a écrit en 1554, orthographie ce nom Bornei, et plus tard Barbosa écrit Bumei; on n'a commencé à faire usage du nom de Bornéo, appliqué à toute l'étendue de l'ile^ que vers le commencement du dix-septième siècle, quoique la partie septentrionale eût été connue antérieurement sous le nom de Boerni, aujourd'hui Broeni^ iBrauni, ou Bornéo-propre.

Les anciens documents nous font connaître que le Portugais Lorenzo de Gomez fut le premier des navigateurs qui abordèrent dans la partie septentrionale de cette ile; il y arriva en 1518, sur le vaisseau St. Sébastien, en destination pour la Chine. On présume qu'il donna à la contrée le nom de Boemi, mais il dit que les indigènes la nomment Bninai ou Brauni. Toutefois, les veyageurs q«i ont pénétré récemment dans différentes parties de l'intérieur, notamment le Major néerlandais G. Mûller, le Colonel de Henrici, les membres de notre commission scientiflque Diard, S. Mûller et Korthals, ainsi que l'Anglais Brooke, assurent que les Dajaks qui forment la population aborigène de Bornéo, ne font pas usage et ne peuvent même avoir aucune idée d'un nom spécial propre à toute l'étendue d'un pays, dont le littoral est même le plus souvent inconnu à ces tribus sauvages et errantes, qui se trouvent éloignées les unes des autres à de grandes distances, et qui sont dispersées par hordes peu nombreuses sur la vaste étendue d'une des iles les plus grandes du globe. Ces différentes tribus se désignent entre elles par les noms qu'elles donnent aux rivières, sur les bords desquelles leurs demeures sont établies; c'est ainsi que tous les Dajaks du grand fleuve Doeson (le Banjer de nos cartes) se nomment Orang Docson (hommes du Doeson) et ceux du fleuve Sampit, Orang Sampit; les mémoires manuscrits du Major G. Mûller et du Colonel de Henrici font mention d'un grand nombre de tribus, désignées par les noms des rivières qui ont leur embouchure à la côte occidentale; dans le

nord de Bornéo, Mr. Brooke fait mention de tribus Dajak sous les noms de Serebus^ de Sakarrans, Loendoe, Sibnoew etc., établies sur des rivières qui portent ces noms.

Il parait que toutes ces tribus, qui habitent aujourd'hui les bords des fleuves nombreux qui portent leurs eaux abondantes dans toutes les directions du littoral , ainsi que celles qui sont disséminées dans les parties élevées de l'intérieur, d'où découlent ces immenses masses d'eaux, tirent toutes leur origine d'une souche commune, et que ce peuple aborigène était répatidu dans toutes les parties de l'ile avant l'époque de l'occupation du littoral par les Malais. Ces conquérants nomades ont sans doute donné le nom de Daijak à ces peuples aborigènes, de moeurs douces et paisibles, qu'ils parvinrent facilement à éloigner des côtes où ils s'établirent à leurs dépens, et sur lesquels ils exercèrent depuis ce temps une domination arbitraire et tyrannique. Après avoir abandonné toutes les parties des côtes de leur ile à ces aventuriers perfides, maintenant leurs maîtres et leurs oppresseurs, ces aborigènes furent contraints de chercher un refuge dans les parties les moins accessibles de l'intérieur; là ils mènent depuis ce temps une vie misérable, remplie de pri- Tations, jusque même à dépendre du caprice des chefs islamites de la côte pour tout ce qui a rapport à leurs premiers besoins, tels que le sel, les vêtements et les ustensiles de ménage, dont les Malais peuvent les priver complètement, lorsqu'ils refusent de se soumettre aux exigences et à la rapacité de ces barbares dominateurs.

Les côtes et une partie de l'intérieur de cette île sont partagées aujourd'hui en états plus au moins indépendants, qui se trouvent régis par des chefs malais dont le métier principal est la piraterie , et qui, comme nous venons de le dire, oppriment de la manière la plus inhumaine la population inofTensiye des Dajaks, établie dans le rayon de leur domaine. Les bâtiments commerçants des nations européennes ainsi que les caboteurs des populations de l'Inde redoutent le voisinage et les abords des côtes de plusieurs parties de l'ile, principalement ceux du littoral du nord et de l'est , le long desquelles ils se voient en butte à toute la perfidie des chefs maîtres de la côte, et où ils sont exposés à tomber au pouvoir des bâtiments pirates qui infestent les parages des îles Soeloe et de Célèbes: ces forbans sont toujours certains de trouver soutien et protection chez les princes indépendants, qui eux-mêmes prennent souvent une part active à tous ces vols à main armée. L'intérieur, ou plutôt les contrées du centre de l'île n'ont pas encore été parcourues par des voyageurs instruits, aux relations desquels on puisse accorder une pleine confiance; car, comme nous le verrons plus tard, les récits exagérés ne manquent point, tant sur la nature du pays que relativement au caractère de ses habitants; on s'est plu à représenter ceuxci comme de hideux sauvages, avides de sang et de carnage et se faisant un devoir d'orner leurs demeures de trophées humains. Ces contes viennent d'être démentis par les relations de ceux de nos compatriotes qui ont pénétré dans quelques parties du pays, où les

aborigènes n'avaient jamais eu de rapports avec les Européens. Mais Bornéo occupe une trop vaste étendue pour qu'un gouvernement européen quelconque, puisse réussir à faire exploiter toutes les parties de l'Ile dans l'espace de quelques années. Toutefois nous pouvons le dire hautement et avec conflance, le Gouvernement néerlandais a déjà accogipli, sous ce rapport , une belle et noble tâche: il vient encore récemment de prendre des mesures efficaces pour étendre et consolider son pouvoir dans l'intérieur, et pour faire respecter son autorité par les princes malais qui lui sont soumis, ainsi que par ceux sur lesquels il exerce son influence par les traités et les contrats qui les lient au pouvoir européen. On se flatte que ces mesures auront pour résultat immédiat de réprimer la piraterie, et s'il est possible, de l'anéantir complètement; mais surtout, de tendre une main secourable à la population indigène, qu'il est de notre devoir, aussi bien que de notre intérêt, de soustraire à la domination des despotes malais.

A peine trente années se sont écoulées depuis l'époque oii notre gouvernement a repris possession de nos anciennes factoreries; alors Bornéo était à peuprès une terre inconnue à l'Europe: Sir Stamford Raffles la désignait même dans ses écrits, comme formant un espace blanc sur la carie du monde! Maintenant, cette vaste portion du globe ne se trouve plus indiquée par quelques lignes incertaines tracées sur le papier; mais cette grande terre, dont la superficie est de 12,743 lieues géographiques Q, commence a occuper

une place remarquable dans les annales de la géographie et de l'histoire des peuples. Quelques parties, naguère totalement inconnues, ont été explorées par nos naturalistes; ils y ont aussi marqué leur passage par la reconnaissance des cours de quelques fleuves, dont la navigation pourra ouvrir de nouvelles routes à exploiter pour le commerce de la côte méridionale avec les parties de l'intérieur. Des of&ciers supérieurs de l'armée de l'Inde, ont eu pour mission de remonter les principales rivières qui ont leur embouchure à l'est ainsi <ju'a l'ouest, et de faire le relèvement de ces deux côtes. Des missions diplomatiques ont eu lieu pour renouveler les anciens traités avec les Sultans alliés, et des contrats nouveaux passés avec plusieurs princes malais du littoral oriental, consolideront notre pouvoir , en même temps qu'ils ont pour but de protéger les indigènes et de réprimer la piraterie dans les mers contenues entre Bornéo et Célèbes. Mais ce ne sont là encore que des mesures préparatoires pour arriver aux fins qu'on doit se proposer. L'avenir promet au Gouvernement des résultats bien plus importants, pour peu qu'il veuille continuer à consacrer quelques sommes de l'excédant annuel que Java verse au trésor, en les utilisant pour étendre son influence à l'intérieur de Bornéo. Qu'à celte fin il n'épargne aucun moyen pour acquérir des notions certaines sur la constitution physique de ces contrées, et qu'il prenne à tâche de pénétrer de plus en plus au centre du pays, qu'il s'agit avant tout de connaître exactement: lorsqu'il aura fait apprécier son influence au milieu des populations indi-

gènes et que les Dajaks éprouveront protection et soutien de la part de l'autorité européenne, alors celle-ci pourra dicter ses lois, et maintenir son pouvoir sur les princes malais de la côte qui lui sont soumis, ou sur lesquels des traités lui accordent le droit d'intervention. Connaître exactement et assurer par des relèvements le cours des principaux fleuves et de leurs a£Quents; déterminer leur profondeur et indiquer jusque où ils sont navigables, sont des mesures indispensables, dans un pays qui ne présente aucune autre voie de communications à l'intérieur. On devra s'assurer aussi, quels sont les fleuves que les populations indigènes fréquentent le plus assidûment et sur les bords sinueux desquels le plus grand nombre de leurs villages sont établis ; il faudra se livrer à des recherches, pour obtenir des renseignements exacts concernant quelques villages principaux que les Dajaks peuvent s'être choisis comme entrepôt pour leur petit traflc d'échange avec les Malais des côtes, et cela particulièrement dans le but d'y établir nos postes ou petites factoreries, et afin de se mettre ainsi en rapport avec les tribus qui viendraient s'y pourvoir des objets de première nécessité, articles dont il s'agirait de connaître avant tout la nature et le genre voulu ou recherché parmi les habitants. Le plus grand nombre de ces tribus ont sans aucun doute leurs habitations construites dans le voisinage ou le long des bords de ces grands fleuves; probablement aussi elles sont situées dans des localités où d'autres cours d'eau rejoignent la rivière principale; c'est là

qu'il faudrait fonder provisoirement l'étaUissement op chef-lieu de nos transactions commerciales avec ces peuples; il serait nécessaire, pour autant que la localité le permit, que cette factorerie principale fut établie au centre du pays. Depuis que la navigation fluyiale fait usage de pyroscaphes construits en fer, il n'exi« ste plus, ce nous semble, aucune difficulté qui puisse entraver matériellement une tentative de cette nature, laquelle parait être en même temps la seule voie propre à nous ouvrir l'accès des parties intérieures de Bornéo. Nous aurons encore quelques observations à communiquer sur ce même sujet en nous occupant des projets d'exploration et de colonisation dans cette lie.

La position géographique de Bornéo relativement aux autres possessions de l'Etat dans ces mers; le trèsgrand nombre de ses rivières navigables jusque fort loin dans l'intérieur; la richesse de ses produits et la fertilité du sol; les trésors cachés dans le sein de la terre; son climat qu'on dit être salubre; sa position avantageuse pour le commerce dans les mers de la Chine et du Japon; son immense étendue en même temps si faiblement peuplée, et qui la rend propre à la colonisation; mais plus que tous ces avantages matériels, l'intérêt que doivent nous inspirer ces peuples de l'intérieur courbés sous le joug des Malais, dont le sort misérable fait gémir l'humanité, et pour lesquels la philantropie réclame l'intervention des nations civilisées, paraissent autant de motifs pour engager le gouvernement néerlandais, de mettre promptement h

main à l'oenvre, en accordant sa protection efficace à ces Dajaks opprimés, et qu'au dix-neuvième siècle, nous voyons encore plongés dans toute l'ignorance compagne de l'état de misère, ainsi que du dénuement de tout secours spirituel qui sont le partage des peuples sauvages. S'il est vrai qu'on doive pardonner au gou« vemement de l'ancienne Compagnie des Indes de ne pas avoir pris, pendant environ deux siècles qu'elle exerça le pouvoir dans l'Archipel, des mesures plus salutaires pour assurer le bien-être de celte population aborigène de Bornéo; il est également manifeste qu'aucune considération atténuante ne saurait plus nous servir d'excuse aujourd'hui, si on négligeait plus longtemps ^ remplir un devoir que l'humanité semble réclamer de nous: car les maîtres de la florissante métropole de l'Archipel ne peuvent plus se permettre aucun délai qui remettrait à d'autres temps, l'accomplissement de cette oeuvre, à laquelle l'honneur national se voit intimement lié. La sympathie dans les opinions, manifestée à ce sujet par les difierents pouvoirs dans la métropole européenne, joint à l'intérêt que la nation entière attache aujourd'hui à nos bclleâ possessions intertropicales, sont des motifs puissants pour engager les autorités dans l'Inde, à prendre les mesures le plus efficaces pour que les Dajaks puissent jouir promptement des bienfaits de la civilisation; en même temps disons que ces mesures sont également nécessaires, au maintien des droits incontestables de la Néerlande y sur Vile de Bornéo. Au milieu de l'élan général des nations commerçantes, ainsi que du mouvement

qui se manifeste dans l'archipel indien, et qu'augmentera de plus en plus le développement que le commerce européen doit nécessairement éprouver dans les mers de la Chine, il est de notre intérêt de ne pas nous présenter les derniers a ce concours; car PInde, la Chine, la Malaisie et l'Australie sont les points capitaux vers lesquels te commerce paraît disposé à diriger ses principales spéculations. Sachons mettre à proflt, lorsqu'il en est temps encore, l'héritage riche et fécond en ressources que nous devons aux efforts persévérants de nos ancêtres, et qu'une intelligente sollicitude veille autour de ces possessions de la Malaisie, presque les seuls restes de l'ancienne splendeur commerciale et des riches colonies que la Néerlande possédait autrefois, restes précieux, qu'elle a eu le bonheur de conserver au prix des plus larges concessions, ainsi que des plus durs sacriflces!

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