NOTICES SUR LA STATISTIQUE DE BORNEO. LIMITES
DES CONTREES SOUMISES OU DEPENDANTES. PRÉ- CIS SUR LES ÉTATS DE LA CÔTE OCCIDENTALE.
LES CHINOIS. PRÉCIS SUR LES ÉTATS DU LITTO- RAL SUD ET ORIENTAL. APERÇU SUR LES DO- MAINES DES PRINCES INDÉPENDANTS.
Les renseignements relatifs à la statistique ne reposent point encore aujourd'hui sur des données positives et officielles; nous les offrons telles qu'il nous a été possible de les emprunter aux rapports des employés du gouvernement de l'Inde, qui ont rempli différentes missions dans quelques parties des possessions de l'Etat à Bornéo.
Un chiffre établi très-vaguement porte le nombre présumé de tous les habitants de Bornéo ^ non compris celui des iles du groupe géographique j à SjOOOjOOO; mais ce chiffre me parait exagéré , vu qu'il est certain que les parties de l'intérieur sur lesquelles on a pu obtenir des renseignements, sont très-peu peuplées, relativement surtout à l'étendue considérable de ces districts qui ne comptent qu'un petit nombre de hordes établies le long des rivières: quelques parties basses, exposées aux débordements des fleuves et de^ grands lacs de
l'intérieur, sont complètement inhabitables; le pays, le long des côtes, est généralement bas et de formation alluviale; l'immense étendue des deltas boisés, qui s'étendent partout à plusieurs milles de distance des bouches des principaux fleuves, lesquels parcourent le pays dans toutes les directions, fait qu'une grande partie du littoral méridional, occidental et oriental forment autant de contrées habitables seulement durant quelques époques de l'année et lorsque les rivières sont rentrées dans leurs lits; pendant ce temps elles peuvent servir de séjour temporaire à quelques hordes nomades. Les parties élevées de l'intérieur, celles occupées par les chaînes des hautes montagnes d'où proviennent les grandes masses d'eau que les fleuves nombreux portent à la mer, nous sont encore inconnues; elles ne sauraient conséquemment faire partie du calcul dont nous nous occupons. Restent pour lors, comme parties de Bornéo sur lesquelles on puisse baser une estimation relativement à leur population : en premier lieu , les villes et les villages dans les possessions de l'Etat et dans celles des princes dépendants, situées sur les trois côtes ci-dessus mentionnées; secondement, les possessions sur tout le littoral nord, telles qu'elles se trouvent partagées entre les Sultans de Brauni ou Bornéo-propre et celui de Soeloe, ainsi que l'état de Sarawak; troisièmement, les bords des fleuves, des rivières et des lacs trèsnombreux dans le pays, ainsi que les contrées encore inconnues de l'intérieur; quatrièmement, les parties habitées le long des côtes. Or, si l'on prétend admettre dans ce rayon, le nombre approximatif de
rois millions d'habitants, on ne saurait obtenir ce chiffre qu'en attribuant une très-forte population aux [Mirties septentrionales de l'Jle, ce qui n'est pas pro* bable, ni même admissible, en raison du très-petit nombre d'habitants qu'un calcul plus exact, basé sur la consommation de sel, semble accuser dans les possessions de l'Etat, réunies à celles des princes qui dépendent de son autorité: contrées dont la superficie occupe les deux tiers de l'Ile, et dont, néanmoins, le nombre approximatif ne saurait atteindre le chiffre de 1,350,000 âmes: resteraient ainsi 1,650,000 âmes pour la population de l'autre tiers de la superficie de Bornéo, ce qui ne me parait guère présumable.
Nous trouTons dans les mémoires du Commissaire Tobias, sous la date du 50 Novembre 1825, que le dénombrement de la population dans la résidence de la eâte occidentale pouvait être porté approximativement, ainsi qu'il suit, indépendamment des Européens dont le nombre n'est pas indiqué:
Malais et Arabes 134,946 âmes.
Boeguinais 11,360 »
Dajaks dépendants. ..... 237,720 »
Chinois 36,074 »
Dajaks indépendants 80,000 )>
Total . . . 590,100 âmes.
On comptait en 1836, dans le seul district principal de Pontianak, partie dépendante et chef lieu de la susdite résidence, savoir:
Européens • S2 âmes.
Arabes • 319 »
Malais 3,001 »
Bouguinais 2^11 »
Dajaks 13,391 »
Chinois 17,693 »
Total • • . 36,637 âmes.
La population de Sambas, de Succadana, de Matan, de Landak, deMampauwa, celle repartie sur les fleuves Eapoeas et Melawi , ainsi que de plusieurs autres petits états dépendants de cette résidence , ne se trouvent pas indiquées dans cette notice. Il n'y est pas non plus question du dénombrement dans les îles considérables et fort nombreuses faisant partie de ces possessions.
Les renseignements les plus récents relatifs au dénombrement de la population des vastes contrées qui font partie de la résidence des côtes méridionales et orientales^ font partie des rapports administratifs des années 1836, 1837 et 1838: bien entendu que toutes ces données ne sont fournies que par approximation.
Le colonel de Henrici donne par estimation aux états soumis au Sultan de Banjermasing une population de ... . 60,000 âmes.
Aux possessions du gouvernement dans cet Etat 40,000 »
On peut admettre que l'Etat de Banjermasing compte en Dajaks indépendants .500,000 »
A reporter . . . 600,000 âmes.
Report .... 600,000 âmes:
Les états de Mandaweî, Sampit et
Pamboean 45,000 »
Pasir, Koeti et Berow 45,000 »
Les grands et petits Dajaks 40,000 »
Kotaringin, Sintang, Lawi et Djeli. 5,500 »
Pagatan , Tanabœmbai , Batoelitjin et
Laut 1,100 »
Les îles le long des côtes 22,000 »
Chiffre approximatif de cette rési^
dence 758,600 »
Chiffre de celle de la côte occidentale 590,100 » Total des Etats dépendants . . . 1,348,700 âmes.
Le manque de données certaines sur les parties élevées et les chaînes montueuses du centre de Pile, nous impose le silence relativement à cette immense étendue de pays, dont la connaissance offre le plus grand intérêt pour la science, et qui semble devoir payer avec usure les avances à faire par le gouvernement, dans le but d'une exploration régulière et sys* tématique de cette vaste partie de ses possessions. Le major néerlandais G. Mûller, dont les sciences déplorent la perte, et qui a été assassiné avec toute son escorte dans les districts montagneux des états de Koeti, s'il eût réussi dans son projet de traverser Bornéo de l'orient à l'occident, se serait trouvé à même de nous fournir des notions exactes, nécessaires pour la réussite d'une exploration scientifique dans ces contrées sauvages. Nous avons le projet d'entretenir
«ncore nos lecteurs des tentatives faites par cet officier pour pénétrer dans l'intérieur.
Dans les premiers temps de l'occupation de quelques parties de cette ile par la Compagnie des Indes orienta* les, cette occupation n'avait, comme partout ailleurs dans l'Archipel, d'autre but que la possession de factoreries établies sur différents points des côtes. Depuis qu'a Bornéo, de Hïéme que partout où elle vint se fixer dans un but purement mercantile , la Compagnie s'était vue contrainte par les circonstances, ainsi que par les événements que celles ci firent naître , d'agrandir son Jomaine et d'étendre ses possessions; ce territoire qui augmentait au fur ^t à mesure en étendue, et dont le rayon s'étendait de plus en plus, porta cette association de marchands, a'aviser aux moyens d'y établir une administration civile. On vit bientôt cette direction s'arroger le pouvoir et conclure des traités avec les princes indigènes, ses voisins. Quelques infractions réelles ou supposées faites B ces conventions, la mirent dans l'alternative ou de se voir dépouiller de ses belles possessions, ou bien de défendre celles-ci à main armée; c'est ainsi que de paisibles traficants ils devinrent' guerriers. La chance des t^ombatsleur ayant été favorable, ils en profitèrent, toujours dans l'intérêt du commerce, pour augmenter leur influence et imposer leur domination autour du rayon de leurs factoreries principales, et on les vit, les armes à la main^ étendre et organiser leurs vues mercantiles. Ainsi faisant ils s'érigèrent en maîtres, presque sans s'en appercevoir, et ils devinrent sans le vouloir les arbitres du sort et des destinées de plu-
sieurs princes, ainsi que les dominateurs de vastes eoo»trées, tandis que des populations nombreuses se trouvaient soumises à leurs lois. Les belles et florissantes possessions que la Compagnie des Indes à léguées au Gouvernement de la Néerlande, doivent leur origine k ce principe, qui dominait parmi les membres de cette société mercantile. Cet héritage précieux acquis par l'Etat s'est augmenté depuis en étendue territoriale,, et le pouvoir s'y est consolidé, étendu et affermi par des victoires et par des traités.
Bornéo n'est pas la moins importante partie des possessions dans l'Archipel de l'Inde, que le Gouvernement présent doit à la courageuse persévérance de nos aïeux. Afin qu'on soit à même de s'en convaincre , nous allons faire part des dispositions que le Gouverneur- Général Rochussen vient de prendre pour l'organisation territoriale dans cette ile: cette indication des limites nous servira à donner un aperçu historique des Etats les plus marquants qui dépendent immédiatement et médiatement de la Nécriande.
Un arrêté du ministre d'Etat, Gouverneur-Général des Indes-néerlandaises, en date du 28 Février 1846, a décidé que les côtes méridionales, orientales et occidentales de l'ile de Bornéo, où les autorités néerlandaises sont établies, formeront désormais un gouvernement particulier, et en conséquence a nommé gouverneur de Bornéo M*^. A.L.Weddik. Les instructions nécesssaires ont été données aux employés néerlandais dans Tile de Bornéo, afin qu'ils aient à obéir au gouverneur nouvellement institué et à continuer jusqu'à nouvel ordre l'administration
des contrées dépendant de leur district.
Les dispositions préliminaires de cel arrêté sont ainsi conçues: Considérant que les tentatives essayées jusqu'ici pour faire sortir la population indigène de Bornéo de sa situation arriérée, n'ont pas répondu au but qu'on s'était proposé, principalement par un manque d'unité des liens et des rapports entre les diverses subdivisions de ce pays; — que la commission envoyée dernièrement à Bornéo a fait connaître plus clairement encore combien il était important, pour le développement régulier de l'administration et pour les intérêts de l'industrie et du commerce, d'utiliser de plus en plus les éléments que cette île possède; — et considérant, enfin, que les connaissances acquises par cette commission sur la situation gé(^raphique et politique de Bornéo, ont mis le gouvernement à même de pouvoir arrêter la circonscription de la division territoriale de l'île de Bornéo; le Gouverneur-Général, d'un commun accord avec le Conseil des Indes, a décidé la réunion sous un seul pouvoir administratif de ces diverses parties de l'île. Nous reproduisons ci-après les dispositions de cet arrêté en ce qui touche la division territoriale de Bornéo.
lo. La côte occidentale de Bornéo comprend les deux résidences de Sambas et de Pontianak;
a. Sambas comprend le territoire de la côte, depuis Tandjong Datoe jusqu'à l'embouchure du Soengi Doeri, et les îles suivantes qui en dépendent, à savoir:
Poeloe Baroe; Poeloe Lomboekoetan; Poeloe Pena* tah besar et ketjil; Poeloe Kabong; Poeloe Saloewar;
Poeloe Landias; Poeloe Pika; Poelee Pontianak et Poeloe Kambang, Poeloe Toewah et Poeloe Gading près de Palo.
Dans l'intérieur, depuis le sommet du mont Pangi, le haut-pays de Tandjong Datoe, passant par le commet des montagnes £oemai et Djangoeï, Raja et Goebang, jusqu'au mont Bajang, que l'on désigne aussi sous les noms de Krimbang, Baratjeh et Soenjang; du mont Bajang à celui de Sebahoe et de Pandan, au Sebakal et le Sempoeroe, et ensuite dePahoedjan le long de la rive gauche du Soengi Doeri jusqu'à la mer;
Sous la domination de Sambas est compris seulement l'empire de ce nom.
b. La résidence de Pontianak comprend les côtes depuis l'embouchure du Soengi Doeri , jusqu'au mont Penampœngang (sur la côte orientale), qui^ forme la frontière entre Matan et Kotaringin, et de là, droit à la mer. Les iles suivantes en dépendent, à savoir:
Poeloe Setienjang, Damar, Penemboengon , Temadjoe, Datoe, Koembang, Malang-merakit, Nanas, Antoe, Masa-tiga, Karimata, Togong-perangin , Togongkrawang, Semoer, Oemah, Ajer, Oebang, Pappan (quatre iles), Maladang (trois iles), Mentiegi, Lajak besar et ketjily Pandan besar et ketjily Lesing, Grisek, Balangoer, Genting, Besi, Boerong (deux iles), Auwer (deux iles), Aro laut et darat, Seroetoe, Bilian, Boesong, Goenong, Genteng, Sorong-gading, Boeloe (deux lies), Boelat-kebajang, Kerra, Lintang, Bakaa besar et ketjUy Karimata-toewah, Boewan, Nibong, So«
kot-oeloi, Melapis (quatre îles), Boeleh, Genting, Sirih, Panambangan , Troesan-hadji, Léman (quatre îles), Pelintoean, Salanama, Datoe, Djoanta, Katoeng, Penjam, Nibong, Lalang, Agoen-Pisang , Sambadin laut et darat, Tjampedak laut et daratj Tjibeh, Tjam* bedak-salat, Langgir, Pananggon, Tjoekoes, Toekangmangkoedan, Sawi, Djamboh, Koeljing, Nanas, Loe* koetkera, Djeras, Langan, Bauwat, Gilang, Penamboen, Mangkob et Batoe-titi.
Puis les frontières de Sambas, ainsi qu'il est indiqué plus haut, depuis l'embouchure du Soengi Doeri jusqu'au mont Bajang.
Ensuite, la frontière des Etats feudataires et alliés de l'empire de Broeni longeant la rivière Kapoeas, indépendamment de points particuliers à indiquer plus tard, et sous la réserve des droits de souveraineté de l'Etat sur les parties non encore occupées, est fixée provisoirement à partir des monts Bajang, passant par le sommet des montagnes d'où coulent au Nord les rivières qui se dirigent vers la côte de Broeni et celles qui se jettent dans le Kapoeas.
Puis, passant par les monts Batoe-loepar et les monts où le bras gauche de la rivière du Kapoeas et les courants qui y affluent, prennent leur origine; ensuite, dans la direction Est et Nord-Est jusqu'à la haute chaîne de montagnes qui forme la frontière intérieure du Berow, au point où le Berow est coupé par une ligne parallèle de 5^ W latitude septentrionale.
Ensuite, le territoire dePontianak est délimité, sauf une désignation spéciale ultérieure, par les montagnes
i|ai déterminent la frontière intérieure du Berow, et au Sud, par les monts Anga-Anga, là où ces monts se réunissent avec la chaîne de montagnes connue sous le nom de Keminting (Madei ou Poenam), et d'où coulent au Nord les courants qui se versent dans le Kapoeas, et qui au Sud , ont leur affluent sur la côte méridionale de Bornéo; ensuite, en passant par la chaîne de montagnes désignée sous le même nom, allant dans la direction Sud, Ouest et Ouest-Sud-Ouest jusqu'à la montagne Pabaringan-badakh, vers le mont Batoe-hadji, le Penampoengan et de là à la côte en ligne directe.
Du territoire de Pontianak dépendent les districts: Pontianak, Mampauwa, Landakh, Koeboe, Simpang, Succadana, Matan, Tajan, Meliauw, Sangauw, Sekadauw, Sintang, Melawi, Sepapoe, Blitang, Silat, Sa^ limhauw, Piassa, Djongkong, Boenot, Malor, Taman, Ketan, Poenam et un certain nombre de tribus nomades de Dajaks qui habitent dans l'intérieur du territoire désigné.
Parmi les royaumes ou districts ci-dessus nommés, rassortissent immédiatement au gouvernement néerlandais, ceux de Sambas, Mampauwa, Pontianak, Landak, Koeboe, Simpang, Succadana et Matan, tandis que les autres lui appartiennent médiatement.
2<^. Jusqu'à ce que l'organisation de la côte orientale ait lieu, les royaumes et pays qui sont situés sur cette côte, restent réunis à la côte méridionale, et celte diyision contient la division de la côte méridionale et orientale, qui forme ainsi le territoire littoral, à partir de l'Ouest de la rivière de Kotaringin (désignée ci-
dessus près de Pontianak), suivant la direction Ouest ^ Nord-Ouest et Nord, jusqu'au Kampong Atas,/oraiant la frontière du royaume Boelongan, y compris les pays de Tidoeng ressortissant au Berow, et situé à environ 5<>20' de latitude septentrionale:
Dans celte désignation sont comprises les iles suivantes, savoir:
Poeloe Damar, Poeloe Datoe, Poeloe Laut et adjacentes, Poeloe Ldinl'ketjil y les Moresses, le Dwaalder, Poeloe Nangka et les iles de la côte, Poeloe Meang, Poeloe Mataka , Poeloe Bilang-bilangan , Poeloe Balikoekoep, Poeloe Maniboera, Poeloe l^andjang, Poeloe Derawan, Poeloe Roba, Poeloe Samama, Poeloe Taba^ Poeloe Kakabang et Poeloe Maratoewah.
Ensuite, dans l'intérieur, ainsi qu'il a été désigné dans la division Pontianak, à partir de la réunion des chaînes de montagnes Anga-Anga et Keminting vers l'Ouest et l'Ouest-Sud-Ouest jusqu'à la frontière déjà désignée du royaume de Kotaringin.
Dans l'intérieur de ce territoire est situé le royaume de Banjermasing comme un état dépendant, très intime allié; celui-ci est soumis, pour ce qui concerne les Orientaux, les étrangers et les Européens, à la juridiction néerlandaise; ce royaume est délimité ainsi qu'il suit:
Le long de la rive septentrionale de la Kween , transversalement par la rivière de Martapoera , en passant du Soengi Mesa, le long de la source du Soengi Baroe et du S. Loembak; de là par Tambak-linik vers Liangangan , et le long de la rive droite de la Mertoeha jusqu'à la montagne Pernaton, passant par le sommet
des monts qui coupent ces rivières jusqu'à la montagne Langapan, et de là vers le Loeang (l'un et l'autre appartenant à la chaîne de montagnes Ratoes), allant du Loeang le long des sources du Soengi Sentalan, Ajoen et Najoen et du Soengi, Napo, Sihong et Pako jusqu'à l'endroit nommé Naujon , et de là à l'opposé de Kwala Makatip.
A l'opposité de Kwala Makatip, le long de la rive orientale de la rivière Banjermasing jusqu'au Tjeroetjoe sur la Kween et ensuite le long de la rive septentrio* nale de la Kween elle-même, ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Dans le territoire de la division du littoral méridional et oriental, sont compris les royaumes Berow, formés de Boelongan, Goenong-Teboer et Tandjong-Koeti , Pasir, Tanah'boemboe (où se trouvent: Bangkalan, Tjingal, Menoengoel, Tjantong, Sampanahan, Poentoer laut, Batoe-litjin, Koesan, Pagatan et Sambanban), Mandawei, Sampit, Pemboeang et Kotaringin.
Le territoire du littoral méridional et oriental contient, outre les districts du gouvernement: Tanah-Laut, Doeson hoelœ et hielir^ Pekoempai, Poeloe-Petak (petit Dajak), Kahajan (grand Dajak) et Kapoeas, et les autres lieux qui sont habités par diverses tribus de Dajaks, dont il sera fait plus ample désignation.
Parmi les royaumes ci-dessus désignés ressortissent au gouvernement néerlandais: Berow, Tanah-boemboe , Tanah-Laut, le Doeson, le grand et petit Dajak et Kapoeas, Mandawei, Sampit, Penboeng et Kotaringin, et les autres appartiennent médiatement au pouvoir néerlandais.
Les parties de Bornéo sur lesquelles la Néerlande n'exerce aucune influence, sont:
a. Les Etats du Sultan de Broeni ou Bornéo-propre ; s'étendant à l'ouest depuis Tandjong-datoe jusqu'à la rivière Kemanis à l'est, situés sur la côte Nordouest, environ au 115^50' longitude orientale.
6. L'Etat du Sultan des îles Soeloe, ayant pour li* mites à l'occident la rivière Kemanis, les côtes Nord et Nord-est, jusque vers le 3^ latitude Nord, où il a pour limite la rivière Atas, formant l'extrême frontière vers le Nord, de l'état de Berow dépendant de la Néerlande.
c. Toutes les iles des côtes septentrionales de Bornéo.
Le premier Hollandais qui attérit à Bornéo fut Olivier van Noort, d'Utrechl; il y arriva le 13 Septembre 1598 avec quatre vaisseaux; le 14 Décembre 1600, il coula à fond deux vaisseaux espagnols et se rendit le 26 du même mois dans la baie de Broeni ou Bornéopropre; les habitants le reçurent amicalement, il y traCqua avec quelques jonques chinoises et après y avoir séjourné jusqu'à 5 Janvier 1601 , il reprit de nouveau la mer.
En 1604 l'Amiral Wybrand van Warwyk, ayant sous ses ordres cinq vaisseaux, arriva sur la côte méridionale; de là il se rendit dans les iles Karimata, et envoya un bâtiment en reconnaissance à Succadana; il ne rapporta que pour une valeur de cent piastres en
diamants ; mais le prince lui fit offrir la liberté de commercer dans ses états.
Dès le 20 Août 1603 le souverain de Bantam avait cédé à van Warwyk quelques terres dans l'ile de Java pour y construire une factorerie; il en nomma chef François Wittert, Vun des oiBciers de ses navires en rade; dans l'instruction qui lui fut délivrée, cet officier reçut l'ordre de visiter les côtes de Bornéo, où le lapis bezoar et les diamants se trouvent en grande quan» tité. Ce chef envoya en effet, le 14 Février 1606, un agent à Banjermasing, qui y fut assassiné avec tout l'équipage de son bâtiment. Le nommé Yerschoor en- Toya en Janvier 1607, un agent de commerce à Succadana; la grande quantité de diamants que cet agent, nommé Hans Roef, y avait rassemblés provoqua un arrêté du conseil de Bantam, en date du 12 Octobre 1608, qui ordonna l'établissement d'une factorerie sur la côte de Bornéo: Bloemmaertz en fut nommé le chef, et il lui fut accordé le pouvoir de conclure des traités avec les princes des états de Sambas, de Landak, de Banjermasing et de Bornéo-propre.
Une femme, nommée Ratoe Boenko, gouvernait alors les états de Succadana; le chef de la nouvelle factorerie hollandaise se présenta à elle, muni d'une lettre du Prince Maurice des Pays-Bas, adressée aux souverains de Bornéo, ayant pour but la conclusion d'un traité avec ces princes; mais Ratoe Boenko s'y refusa, disant que le trafic dans son pays était libre à m chacun y quoique à cette époque elle se trouvait en gaerre avec quelques autres états de Bornéo, ainsi
qu'avec le Sultan de Palembang à Sumatra. Ce négociateur fut plus heureux à Sambas, où un traité conclu en 1609 avec le Sultan Mohammed Djala oed-Din, autorisa la Compagnie à construire, une factorerie, et lui accorda le droit du commerce exclusif dans ses états de Sambas, ainsi que dans ceux de Kambauwa et de Landak. En 1615, l'agent de la Compagnie Uenry Vaak était le chef de la factorerie de Sambas; mais on Toit que cette loge a été supprimée en 1623. Lors de l'arrivée des Hollandais à Sambas , cet Etat se trouvait sonmis à des pirates malais, et c'était le principal repaire choisi pour l'exercice de ce métier.
Le désir d'amasser promptement une grande fortune, avait fait de toute part jeter les yeux sur Bornéo, comme un pays à même de satisfaire les plus belles espérances, vu principalement la quantité énorme de diamants et même de bézoards, dont alors on supposait les terrains de Bornéo fort abondamment pourvu. Les princes se fesaient entre eux une guerre continuelle, afin de capturer le plus grand nombre possible de pierres précieuses, ou pour obtenir le monopole des grands diamants du poids de 5 carats et au-delà, dont ils s'adjugeaient le droit de possession. Le bézoard, alors renommé en Europe pour les étonnantes vertus médicales qu'on lui attribuait, se payait au pair des pierres précieuses, car on ignorait dans ce temps que c'est le produit d'une sécrétion animale (1). Les princes faisaient
(1) Le bëzoard portait en médecine le nom de pedro del porco; oa en fiùsait aiage oonmie nne espèce de panacée.
surveiller les boaches des rivières par des Prahoe armés, ce qui donnait lieu à des combats et à maintes agressions 9 sans toutefois empêcher le trafic illicite. Le Sultan de Palembang avait déjà tenté plusieurs fois d'étendre son autorité sur les côtes occidentales de Bornéo; celui de Bantam y réussit en 1770, en saisissant habilement l'occasion que lui présentaient les diflPérends entre Succadana et Landak: les Bantamais avaient prêté secours à ces derniers, et ils avaient cédé au Sultan de Bantam trois districts pour qu'il put jouir de leur revenu en diamants; mais ce prince s'appropria ces districts, et prétendit en outre au payement d'un impât en pierreries. Le Sultan de Landak se refusant à y satisfaire, celui de Bantam lui fit savoir qu'il viendrait réclamer cet impôt en personne, à quoi le prince de Landak fit la réponse suivante: si le tigre ne se présente pas^ jenHrai pas P appeler'^ sHl vient ^ je ne le redoute pas; le tigre peut hardiment essayer ses griffes sur le poroépicj [Landakh est le nom malais du porcépie). Toutes ces forfanteries n'eurent aucune suite.
Depuis le traité conclu en 1609 entre la Compagnie et le Sultan de Sambas, celte association mercantile ne parait avoir occupé que des factoreries, et on ne la ▼oit agir et faire acte de souveraineté qu'après 1778, en vertu de la cession faite le 26 Mars de cette année. Cet acte, par lequel le Sultan de Bantam remet entre les mains de la Compagnie toutes ses possessions sur les côtes occidentales, est devenu la base fondamentale de son pouvoir sur cette vaste partie de Bornéo.
La Compagnie envoya un résident à Pontianak, où
elle fit confirmer le Sultan Âbd oel-Rahman dans l'exercice de l'autorité; puis un traité fut conclu le 5 Juillet 1779, par lequel lui et ses descendants reçoÎTent l'investiture à titre de fief héréditaire; mais la Compagnie se réservait la juridiction directe sur les habitants javanais, chinois, malais et autres qui s'y trou^ valent établis. Elle avait aussi fait insérer dans ce traité une clause prudente, pour limiter l'admission des émigrés chinois; mais Âbd oel-Rahman, reconnu souverain , n'exécuta pas très-scrupuleusement ce traité, qui, tout désavantageux qu'il lui était pour la forme, lui assurait du moins le pouvoir dans des contrées trop éloignées de l'administration supérieure de la G)mpagnie , pour qu'elle pût les surveiller et y faire prédomi^ ner son autorité. Ce prince employa les secours qu'on lui avait promis pour agrandir ses états et pour humilier les princes ses voisins: c'est ainsi qu'en 1786, avec les auxiliaires fournis par la Compagnie, Âbd oel-Rahman envahit les états du Sultan de Matan et ravagea de fond en comble la ville de Succadana; plus tard il plaça son fils aine Sjarif Easim , à la tête du pays de Mampauwa. Il mourut en 1808; Easim lui succéda: durant son règne il avait admis indistinctement tous les Chinois qui s'étaient présentés; leur nombre avait tellement augmenté, qu'il s'était trouvé hors d'état de les tenir en respect. Aussi ne tardèrent-ils pas à deve* nir redoutables aux autres princes, qui s'empressèrent en 1816, lors de la remise des colonies au gouvernement néerlandais, d'envoyer des députations à Batavia pour solliciter le rétablissement des anciennes rela*
lions, ainsi que des fonctionnaires civils, et quelques tronpes pour administrer le pays et pour y maintenir l'ordre et le repos.
Il parait que cette humeur belliqueuse ^e son vassal ne convenait guère aux finances déjà fort délabrées de la G)mpagnie, et qu'en général, le maintien de l'autorité qu'elle exerçait sur les provinces de la côte occidentale, devenait de plus en plus dispendieux, surtout en proportion des avantages qu'elle pouvait en retirer par son commerce ; car elle prit, le 8 Octobre 1791, la résolution de rappeler ses agents de Succadana, de Mampauwa, de Pontianak et deLandak. Toutefois, il parait qu'elle a continué d'entretenir des rapports avec les princes, puis qu'en 1792, le Sultan de Sambas porta plainte à Batavia relativement aux intrigues et aux abus de pouvoir d'Abd t>el-Rahman, ainsi que de son fils le Panembahan de Mampauwa: aussi, lorsque celui-ci succéda en 1808 à son père et qu'il devint Sultan de Pontianak, il en fit part à la Haute-Régence à Batavia et lui demanda sa sanction.
Après la prise de Java, le gouvernement intermédiaire anglo-indien ne s'est pas occupé des intérêts des priuces non plus que de ceux de la population. On voit ({ue, pour toute manifestation d'autorité sur cette côte occidentale, le Gouverneur Rafiles se contenta d'envoyer en 1813 quelques agents anglais à Pontianak, qui y demeurèrent plusieurs mois, probablement dans le bat de surveiller la conduite du Sultan, pendant le temps qu'une expédition armée avait été envoyée à Sam-
bas, pour tirer vengeance d'un attentat commis par les pirates de cet endroit.
Ces contrées restèrent conséquemment abandonnées à la conduitç des chefs, et elles furent en but à tous les désordres inhérents à un pouvoir exercé arbitrairement par des princes malais. Les hostilités incessantes entre Pontianak et Sambas, l'état continuel de trouble et d'agitation, mais principalement la conduite turbulente de la population chinoise menaçaient ces états de l'anarchie. Les princes, sans tenir compte des leçons de l'expérience, et contrairement à la teneur des traités avec la Compagnie, avaient toléré dans leurs états le débarquement continu des Chinois; leur nombre s'y était accru d'une manière alarmante pour le maintien de leur autorité, et ils ne se trouvaient plus en état de leur opposer quelque résistance. Ils virent censéqiiemment avec satisfaction le retour parmi eux de nos autorités, ainsi que l'arrivée de l'expédition armée qui venait en 1818, reprendre possession des anciens droits' de la Néerlande sur ces contrées.
De nouveaux contrats passés avec Sambas, Mampauwa, Pontianak, Matan, ainsi qu'avec plusieurs autres princes des états limitrophes, servirent à nous assurer l'exercice des droits de suzeraineté sur cette partie de Bornéo: toutefois, par ce fait, le gouvernement se vit aussi placé dans une position fort scabreuse envers l'immense population chinoise, peu disposée à se ranger sous ses lois. On parvint, non sans maintes difficultés suscitées par l'insubordination des
Chinois de l'intérieur, à y rétablir l'administration de la justice et de la police, ainsi que la direction des reyenns et la levée des impôts; on se vit aussi en état d'exercer une influence plus immédiate sur la popula* tion indigène.
Mais des princes fort peu soucieux du bien-être de leurs sujets, et accoutumés à disposer arbitrairement de leurs personnes et de leurs biens, se trou- Tèrent frustrés dans leurs espérances , lorsqu'au lieu d'une association de marchands, ne demandant qu'un commerce exclusif et sans prétentions à l'autorité, ils se virent avoir à faire à un gouvernement libéral mais juste, qui prenait à coeur les intérêts du peuple à l'égal de ceux des princes; un gouvernement voulant l'indépendance de la justice avec une procédure régulière, et une perception équitable et réglée des revenus publics: de là les discussions et les embarras continuels dans la marche des afiaires, ce qui rendit nécessaire l'envoi de commissaires extraordinaires.
Suivant les rapports de ces commissaires du gouvernement, il parait évident que , durant la suppression de nos établissements, les souverains de la côte occidentale vivaient continuellement en désunion, particulièrement ceux de Sambas et de Pontianak qui se faisaient une guerre incessante. Le Sultan Easim de Pontianak, fils d'Ab doel-Rahman, ne se sentant pas en état de réduire celui de Sambas, saisit une occasion qui lui sembla opportune pour exécuter le plan qu'il méditait. Un vaisseau anglais ayant fait naufrage sur une des iles Karimata, les deux Sultans s'arrangèrent
amicalement pour s'en partager les dépouilles: mais celui de Pontianak eut l'adresse d'accuser de ce fait le Pangeran Hanoem de Sambas; il offrit aux Anglais de les seconder dans la vengeance que ceux-ci se proposaient d'en tirer. Ce fut ce motif Trai ou supposé qui provoqua l'apparition soudaine de plusieurs bâtiments de guerre devant Sambas: toutefois, cette première tentative échoua; les Anglais reparurent en 1813 avec des forces plus redoutables, s'emparèrent de Sambas et s'y établirent; mais ils jugèrent à propos d'en agir de même à Pontianak. A la paix générale qui eut lieu en 1814, ces deux états retournèrent sous la suzeraineté de la Néerlande. Après le départ des Anglais, en 1816, les deux Sultans donnèrent de nouveau cours à leurs vues ambitieuses; mais voyant leur pouvoir de plus en plus compromis, ils prirent en 1818 le parti de se mettre sous la dépendance du gouvernement, ce qui eut pour effet d'assurer le sort futur des princes et de rendre le repos aux aborigènes de ces contrées. Un grand nombre d'émigrés malais rentrèrent dans leurs foyers, et ces états, jadis en proie à toutes les calamités de la guerre, virent renaître au fur et à mesure l'ordre et la tranquillité: les habitants peuvent désormais nourrir l'espoir de goûter un bonheur et une prospérité plus durables, sous un. gouvernement dont le but est de faire renaître l'agriculture et le commerce intérieur, dans un pays ravagé par la discorde, et rendu inculte par les lois oppressives de ses anciens domina* teurs.
Quoique les états de Malan et de Simpang fussent
censés dépendre de la résidence dePontianak, et qu'anciennemenl ils eussent été compris dans les états de Succadana, le gouTernement jugea toutefois nécessaire de faire ratifier et de renouveler ses droits à la suzeraineté sur ces états , et cela surtout , depuis que le pouvoir dans l'Archipel était passé pour un temps entre les mains des Anglais. — George Mûller, qui se trouvait à cette époque Chargé d'affaires à Bornéo, reçut ordre en 1822, de se rendre auprès des Sultans de Simpang et de Matan, afin de renouveler les contrats avec ces princes. Cette mesure paraissait d'autant plus nécessaire, qu'on était en droit de soupçonner quelques princes malais de la côte occidentale, d'avoir pris une part active aux pirateries qui s'étaient commises dans les dernières années sur cette côte, et que l'attentat récent sur le cutter néerlandais VHmriette^ dont l'équipage avait été massacré, rendait une enquête nécessaire. L^on savait aussr par des renseignements , que des ' agents anglais s'étaient présentés chez ces princes de la part du Gouverneur RafHes, établi à Bangkahoeloe dans l'ile de Sumatra, depuis la remise des possessions en vertn du traité de paix de 1814 1 circonstance plus ou moins en rapport avec l'apparition en 1818, à Pontianak, d'un bâtiment portant pavillon anglais, et dont le chef avait pour mission de s'entendre avec le Sultan de Riôuw et de s'établir sur les iles Earimata: projets, dont l'exécution n'eut pas de suite, vu qu'à cette époque se trouvait devant Pontianak une flotille de sept petits bâtiments de guerre néerlandais (1).
(1) Bioi que CCS tentatives et ptosieurs autres faites par l*an-
Nous ne suivrons pas' l'agent diplomatique dans sa navigation sur les fleuves Mendauw, Meliauw, Simpang, Katapan etc., pour se rendre à Simpang et de là à Bengadong, résidences respectives du Panembahan de Simpang et du Sultan de Ma tan (1). Les nouveaux contrats furent ratifiés de part et d'autre le 23 Novembre 1822 à Simpang , et le 3 Décembre suivant, la même formalité eut lieu avec une grande pompe accompagnée des plus belles promesses de dévouement de la part du Sultan de Matan. A son retour, G. MûUer renouvela la prise de possession de Succadana, en y plantant le mât de pavillon de la Néerlande. En 1824 le gouvernement de l'Inde prit solennellement possession des îles Karimata et y fit arborer les couleurs nationales.
Nous ne faisons pas non plus mention, dans ce chapitre, des explorations faites par le major Mùller des différentes rivières qui ont leur embouchure sur cette côte, ni
cien Gouvemear anglais, Sir Thomas Stamford RafHes, dans le but de conserver un pied-à-terre dans les mers de 1* Archipel, aient été dësapprouviées par TAngleterre, V occupation de Singapore fCen demeura pas moins un fait accompli! Le traité du 17 Mars 1824, entre l'Angleterre et la Ncerlande a mis, il est vrai, un terme à ces empiétements du commerce britannique, ainsi qu'aux tentatives de ses missionaircs ëvangeliques et de ses agents philantropes \ mais la Nëerlande n'a-t-elle pas aujourd'hui de sérieux motifs d'envij«ager avec sollicitude les événements qni viennent d'avoir lieu fort récemment à Bornéo?
(1) Gajong est le chef-lieu de l'état de Matan , mais le Sultan habite ordinairement Bengadong.
de ce qui est relatif a la constitution physique du pays. Cet officier termine son rapport au gouvernement, par le projet d'établissement de quelques postes militaires, qu'il juge utile et nécessaire à l'influence néerlandaise dans ces contrées. L'intérêt qu'ofire ce rapport nous engage à consacrer un chapitre de cet ouvrage aux nombreux détails que G. MûUer fournit sur les états de Simpang et de Matan.
On a vu dans les pages précédentes qu'à la renaissance de notre pouvoir dans l'Inde, le Gouvernement prit des mesures sérieuses et qu'il désirait le prompt rétablissement de nos droits sur la côte occidentale: mais le caractère turbulent et indocile des Chinois, qui depuis longtemps ne connaissaient plus de frein, s'ar« rangeait mal de ce nouvel ordre de choses; ils virent avec peine diminuer l'influence qu'ils avaient déjà acquise sur la population et même sur les princes auxquels ils ne payaient plus qu'un faible tribut annuel. Us entravaient de toutes les manières les eflbrts du Gouvernement, dont le but était, comme il l'est encore aujourd'hui, de soutenir et de protéger les malheureux Dajaks, d'encourager parmi eux les tra veaux de nature à améliorer leur bien-être matériel. Les contrats et les traités passés avec les princes renferment des clauses précises à cet égard; des ordres positifs donnés à ces fins à tous les employés européens, commandent à ceuxci d'y tenir la main. Les princes sont aussi tenus de s'opposer de tout leur pouvoir à ce que le Dajaks ne soient plus en but au caprice des chefs malais; ils doivent empêcher qu'aucune manifestation guerrière n'ait lieu
parmi les indigènes; ils sont chargés da soin de les concilier et de prévenir les actes de barbarie auxquels ils sont enclins envers leurs ennemis; finalement, la protection qu'ils sont tenus d'accorder à l'agriculture, leur est facilitée au moyen d'avances faites par le gouvernement. Ces ordonnances avaient aussi été prises dans le but d'établir une justice impartiale, protectrice des personnes et des biens; de relever la considération des princes indigènes plutôt que leur pouvoir, surtout en augmentant leurs revenus proportionnellement à ceux de l'Etat; de favoriser le commerce et la navigation; d'améliorer le bien-être matériel de toute la population, en lui faisant apprécier les ressources que la fertilité du sol offre à l'agriculteur, enfin de tâcher d'unir plus étroitement Bornéo a Java par les mêmes institutions libérales. Mais ce louable but a sans-cesse été contrarié par la résistance des Chinois, au point même que le gouvernement dut avoir recours aux armes, pour réprimer les soulèvements et faire rentrer dans l'ordre les fauteurs de troubles.
II parait que cette turbulence des Chinois et leur nombre toujours croissant à Bornéo, sont les causes principales qui mettent entrave à l'établissement paisible du gouvernement néerlandais dans cette vaste et belle partie de ses possessions. Les immigrations des individus de cette nation, y amènent annuellement des multitudes de ces vagabonds, qui viennent augmenter sanscesse le chiffre de cette population étrangère, laquelle, depuis fort longtemps, a su se faire craindre des Malais, et qui exerce un pouvoir tyrannique sur les indigènes.
Les émigrations des Chinois ont lieu des provinces méridionales du céleste empire. On porte à 8 ou 9 mille le nombre d'hommes (car jamais il ne se trouve des femmes) qui s'expatrient annuellement. Année commune Java en reçoit de 1800 à 2000; le reste se dirige sur Bornéo, Sumatra, Riouw et Bangka. L'équipement de l'aventurier ne se compose que des habits qu'il porte, d'une natte, de quelques vieilles bardes et de deux petits bâtons qui tiennent lieu de cuiller et de fourchette. — Si les lois chinoises ne s'opposaient point sévèrement à l'émigration des femmes, la Malaisie deviendrait bientôt un second empire chinois.
Ces étrangers sont parvenus a rendre à peu près nul le pouvoir des petits souverains avec lesquels leurs devanciers, retournés riches dans leur patrie, firent jadis des contrats. Les nouveaux aspirants aux richesses finissent par ne payer aux princes que des taxes à leur convenance; de manière que ceux-ci sont devenus en quelque sorte dépendants de ces intrigants, qui exploitent à leur profit les branches les plus lucratives du commerce, et qui s'approprient plus des deux tiers des revenus des mines et du lavage des diamants également exploité, par leur industrie. Ces forbans voyant s'accroître annuellement leur nombre et s'agrandir leur puissance, finirent par devenir redoutables à ces peuples peu soucieux de jouir des richesses que le sol leur prodigue, surtout s'ils se voient obligés d'en recueillir les fruits par un travail assidu. Les princes, qui n'obtiennent qu'un impôt payé selon la convenance de ces usuriers, ne trouvent d'autre
ressource ni d'antre moyen de se faire obéir, qu'en sollicitant dans leur détresse, l'assistance du gouvernement néerlandais: celui-ci, quoique à même de les secourir et de les protéger efficacement , ne se trouve pas toujours disposé a faire respecter son pouvoir lorsqu'il est réduit à la nécessité d'user de moyens violents. Ceux de ces petits potentats, dont les états ont été assez heureux pour se voir compris dans le rayon du pouvoir européen, jouissent déjà des avantages que leur procure les premières lueurs d'ordre et de civilisation; tandis que les princes, par l'abandon volontaire d'une autorité éphémère, (dans le fait à peu-prés nulle sous la domination des immigrants chinois), se trouvent fort heureux de jouir, aux titres de contrats et de traités équitables, ainsi que d'un payement régulier, des sommes convenues avec le gouvernement, de tous les honneurs dûs à leur rang, ainsi que des avantages qu'ils trouvent dans une protection efficace, aussi bien que de toutes les douceurs d'une vie oiseuse, aisances, dans lesquelles les sectateurs de l'Islamisme font consister leurs principaux délices.
Le nombre de ces aventuriers chinois à Bornéo n'est porté, dans quelques documents de la Compagnie, qu'à 50,000; Crawfurd Testime à 36,000 et Raffles à plus de 60,000, chiffre que Mr. de Hogendorp juge fort au dessus de la réalité, mais en quoi il est dans l'erreur, car le calcul approximatif fait en 1856, porte le nombre des Chinois dispercés dans les états de la côte occidentale à 150,000; l'Anglais Earl donne pour chiffre approximatif 150,000, dont 90,000
habitent les districts chinois, tandis que les 60,000 autres se trouvent répartis dans les établissements néerlandais. Le gouTcmeur chinois de Montrado apprit à Earl que la population chinoise des districts, sous ses ordres, comptait 110,000 âmes; mais celui-ci assure que cette estimation est fort exagérée.
Dans les contrats passés avec les princes, il était stipulé qu'ils n'admettraient dans leurs états qu'un nombre limité de Chinois, et moyennant qu'ils fussent pourvus de permis délivrés par les employés de la Com« pagnie: aussi les princes s'engageaient-iis a remettre entre les mains de l'autorité tout Chinois manquant d'un tel permis; mais il paraît que ces ordonnances n'ont jamais été observées rigoureusement.
Selon la teneur des anciennes ordonnances encore en vigueur, les Chinois sont considérés comme sujets néer* landais, en ce qu'ils ne font point partie de la population indigène soumise à l'autorité de princes malais: toutefois le gouvernement de la Compagnie ne s'est jamais mêlé des affaires communales des Chinois. A Pontianak et à Sambas , chefs-lieux des sous-résidences de la côte occidentale, ils sont soumis à des chefs nommés par le gouvernement; mais, plus indépendants dans les districts fort étendus de l'intérieur, ils se sont constitués en petites réunions démocratiques, nommées KongsieSj régies par des chefs élus par la communauté : ces sociétés sont administrées selon leurs lois et usages, et elles se sont engagées par contrats passés avec le gouvernement de la Compagnie, au payement annuel d'un contingent; ce devoir qu'ils savent éluder de
toutes les manières, et qu'ils nomment don volontaire, est fort imparfaitement rempli, et ils] s^entendent à merveille à ne pas solder le montant des sommes convenues.
Le nombre moins considérable de Chinois fixés dans les sous-résidences du littoral sud et oriental, fait que les ordonnances peuvent y être maintenues, et que l'autorité n'éprouve pas de résistance sérieuse de leur part.
Les sacrifices considérables faits de 1816 à 1825, pour soumettre les parties occidentales de Bornéo aa pouvoir immédiat du gouvernement et pour y introduire le système régulier des impôts et des douanes, n'ont pu conduire à un résultat satisfaisant, principalement par l'opposition des Chinois qui refusaient obstinément de se soumettre à nos lois.
Depuis ce temps, le Gouverneur-Général van dcn Bosch, guidé par un système difierent de celui de ses prédécesseurs, a cru agir plus prudemment en évitant de s'immiscer dans les affaires communales des Chinois, dumoins pour autant qu'elles avaient rapport aux districts de l'intérieur, et qu'elles concernaient l'intérêt administratif de ces communautés. — Vavenxr nous apprendra, si ce système de laisser faire sera salutaire ou funeste dans ses conséquences , pour le maintien de notre influence politique et de nos rapports commerciaux à Bornéo?
Pour empêcher le débarquement des Chinois, dont le plus grand nombre se compose d'aventuriers et de mauvais sujets qui viennent annuellement chercher fortune dans l'Archipel, il serait nécessaire de rendre
applicable, ponr Bornéo, les lois et les ordonnances suivies à Java. Là, il n'est permis qu'à un nombre limité de nouveaux arrivés par les jonques chinoises, de débarquer dans l'ile et de s'y fixer: si de telles mesurent n'avaient été prises pour réprimer l'immigration trop nombreuse de ces étrangers, nul doute qu'alors Java n'eut subi le même sort que Formose, et qu'elle ne fut maintenant subjuguée par les Chinois. Sous la protection de ces ordonnances, on pourrait attendre du temps une diminution remarquable dans la population trop forte des Chinois, établis principalement dans les (fistricts de la côte occidentale de Bornéo; ce résultai serait obtenu par le retour des nouveaux enrichis vers leur patrie, ainsi que par les décès parmi la population existante, et ces deux causes suffiraient pour décimer leur force numérique. Les Dajaks, qu'il s'agirait de former par degré et insensiblement aux travaux du sol, y réussiraient tout aussi bien que les Javanais: ils s'y adonneraient en stimulant leur intérêt et en leur ouvrant un débouché facile et certain pour leurs produits. Ces paisibles Dajaks s'habitueront à des travaux qui leur permettront de satisfaire à un grand nombre de leurs besoins; ils deviendront industrieux et prendront part à l'exploitation de métaux précieux; la direction de ces travaux étant confiée à des Européens, munis de toutes les ressources que nos arts prêtent à l'industrie, il deviendra désormais facile d'obtenir, du layage plus soigné de ces métaux, de l'exploitation mieux dirigée des mines, une plus grande abondance de produits qu'on n'en peut
attendre des Chinois, au moyen des procédés imparfaits dont ils font maintenant usage.
Nous empruntons aux archives ainsi qu'au récit de Mr. de Hogendorp (1) quelques indications relatives à l'origine du pouvoir que le gouvernement néerlandais exerce sur la côte méridionale de Bornéo.
L'établissement néerlandais dans le sud de Bornéo est formé par les états du Sultan de Banjermasing (2) et par les districts appartenant au gouvernement en vertu de la cession faite en 1787.. Le traité conclu sous cette date avait déjà eu pour eifet d'établir la transition des arxienâ rapports purement mercantiles, à ceux de l'intervention directe dans les affaires de l'administration civile de cet état.
Les principales subdivisions sont, le long de la côte: celles de Koemi, de Kotaringin, de Pamboean, deMandawei, le grand et le petit Dajak, le Banjer, la presqu'ile de Tanah-laut; dans l'intérieur, les districts de Ta tas, Martapoera, Karangintan, Rieam-Kanan, Rieam-Kiwa, ainsi que le Doeson, nom donné en général au pays situé à l'intérieur, sur les deux bords de la grande rivière. Le Sultan de Banjermasing
(1) Coup-iToetl sur Pile de Java,
(2) Banjermasing; ou Bandjirmâsing; est forme def mots Bandjer on Bandjir (inondation) et mâsing (habituellement ou souvent); ces deux roots réunis signifient sujet à des inondations fréquentes , apparemment occasionnées par les débordements périodiques des fleuves et par les marées montantes qui recouvrent les terres basses de la côte de plusieurs pieds d'eau.
réside à Martapoera (yille des mortels), grand Kampang^ sitoé sur la rmère Tatas.
Ici , comme dans l'Etat de Pontianak , les bords de la mer sont habités par des races malaies, des Boeginais, des Arabes et des Chinois ; mais ces derniers n'y sont pas en aussi grand nombre, le Sultan de Banjermasing ayant pris à temps des mesures énergiques pour empêcher les Chinois de s'y établir en trop grande masse. La population indigène consiste principalement en Dajaks indépendants qui ont conservé les moeurs et les usages de leurs ancêtres, et en Dajaks-Pekoempais,^qui ont adopté l'islamisme et se sont rapprochés des côtes.
Vers la fin du 14^ siècle , époque où florissait à Ja- Ta l'empire de Modjopahit, Banjermasing en était une dépendance, et les souverains de Java y envoyaient des régents pour lever les tributs. L'un d'eux, nommé Pangeran Soerja Nata, du sang royal, se déclara indépendant; ses successeurs régnèrent après lui, sous le titre de Sultan, jusqu'à la septième génération, ou jusque vers le milieu du 18<^ siècle, que le trône fut usurpé par un prince nommé Pangeran Nata, cousin de l'héritier légitime du trône confié à sa tutelle ; cette circonstance donna lieu à des guerres intestines et à des cruautés inouies, exercées envers les partisans de la l)niQche déchue qui cherchaient à la rétablir sur le trône.
Un document officiel, remis par un prince Banjerais 9 M^ S. Mûller, lors de son séjour dans la partie luéridionale de Bornéo, contient les faits suivants: —
Lors de la grande révolution politique qui s'accomplit à Java, en 1478, par la prise de la ville impériale de Modjopahit, qui succomba sous les forces armées dont disposait l'islamisme, les nouveaux sectataires chassèrent du trône les souverains indous et portèrent les derniers coups au pouvoir du culte de Bouddha. L'autorité à Banjermasing se trouvait alors confiée à un prince ambitieux, nommé Pangeran Soerja Nata, qui, instruit des événements survenus à Java, sût profiter de ces circonstances pour se déclarer indépendant, et qui devint le fondateur du royaume de Banjermasing; son fils cadet, Raden Gangga Wangsa, lui succéda; celui-ci remit à sa mort les rênes de l'état entre les mains de sa fille, Poetri Kala Wande; après elle régnèrent successivement trois autres princes de race indoue, sous les titres de Raden, Maharadja et Pangeran: vers ce temps la croyance au Coran fut introduite dans ce pays et s'installa à la place du culte de Bouddha, événement qui eut lieu sous le règne du septième descendant, nommé Soelthan Soerja Angsa, dont le Panembahan Adam, qui monta sur la trône en 1825, est le douzième descendant mahométan.
Ce document authentique constaterait que l'islamisme n'a été introduit à Bornéo que vers l'an 1600. Ce culte a été adopté par les Macassares et les Boeginais (Célèbes), en 1605, et des prêtres de Sumatra en ont été les apôtres; avant ce temps les Macassares et les Banjerais suivaient le cuite de Bouddha.
Les chroniques javanaises nous apprennent qu'en 1643, une ambassade de Banjerais arriva à Java à la
cour du Sultan Agoeng de Mataram , pour rendre hommage et soumission à ce puissant prince; événement duquel il résulte que les princes islamiies de Banjermasing ont rempli à l'égard des souverains javanais mahométans les actes de soumission que les souverains bouddhistes de Modjopahit étaient en droit d'exiger de leurs vassaux, quoique des écrivains, sans doute mal informés, assurent qu'ils avaient secoué le joug des princes de Java.
Il n'est pas certain que le Portugal ait entretenu des relations commerciales avec les parties méridionales de Bornéo, du temps que Banjermasing était gou- Terne par des princes indous de Modjopahit, car les Portugais de l'Inde ne se sont établis dans ce pays qa'en l'année 1690. Ils firent des tentatives pour s'y fixer et pour étendre leur commerce entre Macao et Banjermasing; mais ces relations paisibles ne furent pas de longue durée; la perfidie des habitants malais et le meurtre de leurs agents furent les causes de l'abandon de lears factoreries, ce qui eut lieu vers la fin de 1691. La G)mpagnie des Indes Orientales hollandaise avait dès le' commencement du 17'°« siècle, en 1606 et 160S, formé des établissements de commerce à*Banjermasing; elle était attirée dans ces lieux par l'abondance de poivre et de l'or en poudre qu'elle trouvait à s'y procurer; mais le caractère faux et sanguinaire des habitants malais, joint à l'attitude hostile du Sultan, l'engagèrent à plusieurs reprises, et en dernier lieu en 1669, à cesser les relations amicales avec ce pays. La
Compagnie anglaise, qu'on ne peut disculper du blâi 12
me d'ayoir intrigué sourdement auprès du Sultan pour expulser les Hollandais, en fit la triste épreuve à son tour, lorsque, cédant en 1698 aux prières des princes, elle y forma un établissement, dont tous les employés ainsi que la garnison furent massacrés en 1707. Après cet événement le Sultan s'adressa de non* veau à Batavia , dans le but de renouer les anciennes relations; mais la Compagnie s'y refusa constamment jusqu'en 1735, qu'un nouveau traité fut conclu avee Banjermasing. Ce traité, de même que ceux conclus depuis en 1746 et 1756, furent autant de fois éludés ou rompus de différentes manières; ce qui engagea le gouvernement de l'Inde, lors de l'usurpation du pouvoir par le Pangeran Nata, en 1780, à accorder son soutien aux prétentions que ce prince faisait valoir, et à mettre par là un terme à la guerre ci* vile qui désolait ces belles contrées. Ce prince, d'un caractère ferme, prit les rênes du gouvernement sous le nom de Panembahan Batoe. Par reconnaissance do service éminent qu'il venait d'obtenir, il conclut le 15 Août 1787, un nouveau traité avec la Compagnie, moyennant lequel elle obtint la souveraineté de tous les états du Sultan , et celui-ci en reçut l'investiture a titre de fief héréditaire; elle se réserva toutefois lapossession directe des parties fort étendues de l'intérieur, sur lesquelles le pouvoir des Sultans n'avait été jus([ue là que très-précaire, et qui ne leur avaient jamais of" fert aucun avantage pécuniaire; elle acquit par ce traité l'autorité sur une vaste étendue de pays, comprenant les deux tiers du Doeson, y compris le pays desDajaks
l'ouest de cette rivière jusqu'à Kotaringin ; puis Poee Laut, Tanah Pasir et quelques districts sur la ite orientale. La Compagnie se chargea de Padminiration des douanes et des mines, dont les revenus avaient être partagés avec le Sultan; toutefois les mi« \s des districts de Doekoe ou Rieam-Kanan et de Doe* le ou Rieam-Kiwa demeurèrent exclusivement au prince. La Néerlande occupa ce pays, civilement et militaiment, depuis 1787 jusqu'en 1809, époque à la quelle Gouverneur-Général Daendels se vit réduit à la néces« té, faute de moyens pécuniaires, de supprimer tem« »rairement la direction des établissements de Banjerma* Qg, et deux années après, les Anglais en prirent pos* ssion par le droit de conquête, et à la suite de la redtion de l'ile de Java. L'autorité indou-britannique y ivoya de nouveau des agents civils, puis elle conclut, 1 1812, un traité avec le Sultan qui fait cession de la [qs grande partie de ses possessions, et se reconnaît épendant du contrôle européen dans l'administration le la partie qui lui reste échue à titre de fief.
C'est pendant l'occupation anglaise qu'eut lieu l'épisode singulière que nous avons relaté brièvement dans le premier volume, à la note de la page 104. — Un uni intime du Gouverneur RafQes, Alexandre llare, d'un caractère indépendant et d'une humeur aventureuse, tétant formé l'idée chimérique d'une indépendance ttns bornes, était parvenu à se faire céder en toute propriété un district fort étendu dans les états du Sultan de Banjermasing; il prétendait gouverner et exploiter^ ee pays selon son caprice , et ce chef improvisé exer-
çait une autorité absolue sur les habitants; il avait aussi arboré un drapeau et organisé des milices. Sa singulière manie n'aurait inspiré aucune crainte sérieuse, et le nouveau Don Quichotte se serait seulement rendu ridicule, s'il n'eût abusé du pouvoir dont le Gouverneur Raffles l'avait investi, en lui. accordant le droit de disposer de tous les gens sans aveu ainsi que des vagabonds saisis par la police, tant à Java que partout ailleurs. Muni de cette autorisation, Hare réussit à s'emparer d'une multitude d'individus; plusieurs centaines d'habitants paisibles des campagnes de Java forent enlevés à leurs familles sous prétexte de vagabondage, et devinrent les serfs du despote anglais, dont l'autorité cessa d'exister, lorsque les archipels de l'Inde rentrèrent sous le pouvoir de la Néerlande. Ce Hare^ évincé de sa principauté à Bornéo , n'en persista pas moins à vouloir être souverain, il vint s'établir dans l'ArcUpd des Cocos, qui forme un groupe d'iles fort petites, situées entre les côtes de Sumatra et de Java. L'on fut dans la nécessité de le faire déloger une seconde fois de cette nouvelle possession, sur laquelle il n'avait pas plus de droit que sur la première. — Si l'administration locale eût exercé la même surveillance sur les agents anglais qui sont venus, depuis ce temps, rôder autour de nos îles de l'Archipel de l'Inde, il est probable que des événements dont nçus rendrons compte dans cet écrit, n'en seraient pas venus au point de porter atteinte aux traités conclus avec l'Angleterre.
Le traité conclu avec le Sultan et les Anglais
1612, fiit ratiCé en 1817, par notre gOHvernenient ; puis il fut renouvelé en 1824 et 1826. Le pouvoir de ce Sultan se trouve limité aujourd'hui aux états que nous venons de désigner; il les a obtenus à titre de fief, et la succession à cette autorité éphémère, ainsi que la nçmination du premier ministre {Rijksbestuurder), dépendent du gouvernemeni. Par ce traité ont été abolies toutes les entraves qui pesaient sur le commerce dans ces contrées, connues sous le nom de taliam. — ^ De tous les habitants de ces vastes possessions, les aeuls Banjerais ressortissent immédiatement de l'administration et de la jurisdiction du Sultan , mais avec injonction de ne pas appliquer les mutilations, autrefois si fréquentes: en cas de délit envers le gouvernement européen^, les Banjerais sont justiciables d'un tribunal mixte; le reste de la population est soumis aux tribunaux européens. Les cultures du café et du poivre dans les états du Sultan, sont surveillées par l'administration* du gouvernement.
Il n'existe dans ce pays vierge , que fort peu de Toies de communication par terre; indépendamment de quelques sentiers élevés, tracés en grande partie sous l'autorité européenne, toutes les communications à l'intérieur ont lieu par eau. Le bourg de Banjermasing est construit sur un bras du Banjer, et il repose sur pibtis, car le sot environnant est exposé journellement aux inondations du flux de la rivière. Ces pilotis sont élevés de trois pieds environ au dessus du niveau du terrain marécageux; les maisons communiquent entreelles au moyen d'un plancher tenant lieu de rue; une
grande partie des habitations reposent sur des radeaux y ou rakits; le côté des maisons fesant face à la rivière sert d'échope ; les jours de marché , le fleuve est couvert de petits esquifs, montés par un seul individu col*
portant les denrées, tandis que les marchandises sont exposées en vente sur les radeaux; la population y e^t sans cesse en mouvement sur les eaux, car toutes les communications ont lieu sur la rivière; les choses nécessaires à la vie s'achètent sur les marchés flottants et les afiaires commerciales se font sur l'élément liquide; c'est enfin, dans toute l'acception du terme, une ville flottante, ou l'on ne trouve ni voitures ni chevaux; les seuls animaux qu'on y élève sont des cochons, des chèvres, des oies, des canards et des poules. Les habitations des employés européens, les bâtiments du gouvernement et les forts sont construits partie en pierres, partie en troncs d'arbres; pour les palissades, dont les fortifications sont entourées, l'on se sert des troncs du palmier nibong; les toitures des édifices sont couvertes en tuiles, les autres maisons le sont enatoj), ou feuilles du palmier nipa. Le fort Tatas comprend l'habitation du résident, les magasins et les casernes; des fortins sont établis à Marabahan, à Taboeniano et vers la pointe méridionale de Bornéo, où se trouve le fort de Tuyll.
L'état de Kotaringin fait partie des provinces appartenant autrefois aux Sultans de Banjermasing, mais sur lequel ces princes n'exerçaient qu'un droit de suzeraineté. Depuis le commencement de notre siècle, les princes de Kotaringin se sont déclaré indépendants du
Sultan et ont contracté avec le gouvernement; Soeka^ boemi est le chef lieu de cet état.
Les' terres y sont très-productives, mais elles manquent de bras pour les faire valoir. Les principaux produits sont, des rottans, du fer, de la cire, des écorces de garae et de sintoky des résines, du riz, et, pour les constructions, des bois recherchés, nommés par les indigènes bUang , djirang , arto , benoa et sanda : plusieurs terrains sont aurifères , mais on ne se- livre point à l'exploitation de oe métal, vu le manque d'ouvriers chinois.
Les possessions néerlandaises ou plutôt les vastes éten* dues de pays faiblement peuplées ou en grande partie désertes et inhabitées, cédées à différentes époques par les Sultans deBanjermasing au gouvernement de l'Inde, sont la province de Laut , le Doeson , Pekoempai, le grand et le petit Dajak, Ta tas, Taboeniauw, Kotaringin, Lewai, Djelai, Sintang, Pagatan et Poeloe Laut; ces contrées fort étendues sont peuplées approximativement cbmme suit: L'ile Tatas et ses dépendances 2,758 âmes.
Le petit Dajak 1,178 »
Le grand Dajak .•••«»•• 1,851 n
Le Doeson 4,629 »
Pekoempai 2,257 »
Le pays de Laut . • 5,142 )>
Kotaringin ........... 1,500 r>
Lev?ai, Djelai et Sintang . . * 2,800 i>
ToUl . . . 20,115 âmes.
Les provinces qui sont soumises immédiatement au
Sultan de Banjermasing , quoique plus circonscrites ea étendue, se trouvent mieux peuplées; mais elles sont fort loin de l'être en rapport avec l'étendue très-vaste qu'elles occupent. Tous les états de ce prince sont à-peu-près totalement enclavés dans les possessions du gouvernement, excepté vers le nord-est, où ils ont pour limite les parties inconnues de l'intérieur, peuplées des hordes insoumises des Dajaks. Le fort de Marabahan commande le fleuve principal qui coule dans ces états, tandis qu'à Tatas on est maître des communications avec Martapœra, résidence ordinaire de ce prince; à Taboeniauw on peut intercepter toute communication par terre.
Les relations entre le gouvernement néerlandais et le Sultan , sont établies sur un pied durable depuis la délimitation et le renouvellement des traités passés sous la date du 18 Mars 1845: ils ont été ratifiés par un arrêté du gouvernement en date 28 Février 1846, arrêté par lequel les parties de Bornéo où les autorités néerlandaises sont établies, forment désormais un gouvernement particulier; par suite M^ Weddik a été nommé gouverneur de Bornéo.
Le Moniteur des Indes attribue aux états compris sous Banjermasing, une superficie de 280 milles géographiques D ou 154 myriamèlres D. La population peut être évaluée à 120,000 âmes.
Quoique les princes de tous ces petits états soient liés par des traités et reconnaissent la suzeraineté du gouvernement, ils se livreraient ouvertement et sans bornes à la piraterie, s'ils ne craignaient de se compromettre et d'encourir le châtiment réservé à leurs mé-
; mais la mauvaise foi des souverains et des princes Toisins, qui ne se font aucun scrupule de partager clandestinement avec les forbans les bénéfices de leur infâme métier, rendent souvent illusoires toutes les mesures répressives, ou bien elles ne sont efficaces que pour peu de temps. On ne parviendra à dompter les pintes et à les priver totalement de la protection clandestine des princes, que par l'occupation armée des bouches des principaux fleuves, où ces forbans trouvent un refuge assuré.
Nonobstant les difficultés que l'administration locale a éprouvées à difierentes époques à Banjerniasing, les revenus du gouvernement ont augmenté remarquablement, et la population indigène s'est vue en état de jouir d'une sûreté parfaite et d'une prospérité toujours croissante; maintenant elle n'est plus exposée aux vexations, et elle est à l'abri de pénurie des premiers besoins de la vie qui pesait sans cesse sur elle sous le despotisme des princes malais.
En 1822, les difierentes recettes se sont élevées à florins 171,928; dans laquelle somme, les droits d'entrée et de sortie sont portés pour fi. 59,585, tandis que les dépenses n'ont été que de fl. 154,828.
En 1845, les recettes se trouvent portées à fl. 281,827, dans lesquelles les droits d'entrée et de sortie figurent pour fl. 40,887 , et le total des dépenses s'élève à fl. 88,059. Il y a par conséquent un progrès fort remarquable dans les finances.
On voit par Fexposé qui vient d'être fourni sur les provinces de l'état de Banjermasing, que les possessions de la Néerlande dans cette partie de Bornéo peuvent rivaliser d'intérêt et de richesse avec celles qu'elle occupe dans les autres grandes îles de l' Archipel. En résumant les ressources nombreuses que ces possessions peuvent offrir dans un avenir lointain, on ne rencontre qu'un seul obstacle qui, du moins pour le présent, et peut-être pour longtemps encore, empêchera le gouvernement de recueillir des avantages matériels de ces vastes possessions; c'est le manque de population dans des contrées où la main de l'homme laborieux sera obligée de se créer les principaux moyens d'existence. En effet, nous énumérons d'abord la position avantageuse de ces domaines de l'état, au moyen desquels l'accès est assuré vers toutes les parties centrales de cette île, l'une des plus grandes du globe; les facilités qu'y éprouveront les pyroscaphes pour la navigation sur les larges et nombreux fleuves, dont le pays se trouve arrosé dans toutes les directions, et dont les principaux sont navigables jusqu'à plus de cinquante milles de leur embouchure; les ressources ouvertes pour le commerce sur une superficie qui surpasse en étendue celle de la France; la variété du sol en terres basses et en terrains élevés; la fécondité d'un pays encore vierge et d'une fertilité inépuisable; les richesses à exploiter à peu de frais et sans de grands travaux du sein de la terre, telles que la poudre d'or, les diamants, l'antimoine etc.; les produits spontanés pour les besoins journaliers, ainsi que ceux propres à l'exportation et qui
Jouissent d'un débit facile et assuré , sont des ressources incontestablement acquises, qui font de cette partie de Bornéo, une des contrées de nos archipels, les mieux situées, en même temps qu'on peut les citer comme remarquable à raison des richesses dont elles sont dotées par la nature. L'homme trouverait à s'y créer de nombreuses ressources pour subvenir à ses premiers besoins, tandis qu'une perspective de prospérité croissante servirait d'encouragement à ses labeurs, et lui assurerait pour l'avenir une existence aisée, qu'il pourrait transmettre à ses enfants: mais, c'est précisément le manque presque total d'une population la* borieuse qui est la cause première de l'état d'abandon et de la défaveur qu'éprouvent ces contrées, où la main de l'homme est nécessaire pour exploiter les trésors de la terre, ainsi que pour élever des barrières contre l'envahissement des eaux sur la plus grande étendue des bouches des fleuves. En somme, ces vastes possessions présenteront encore longtemps des difficultés à vaincre, et des dépenses indispensables seront requises avant qu'on puisse nourrir l'espoir d'en tirer quelque avantage. L'on ne parviendra à surmonter les obstacles résultant du manque de bras, ainsi que de quelques causes physiques inhérentes à ce pays, qu'en s'appliquant avec énei^e à hâter la civilisation des aborigènes, et en protégeant par des mesures convenables les migrations de l'étranger vers cette partie peu peuplée de la Malaisie.
Les états de la côte orientale , sur lesquels le gouvernement néerlandais exerce depuis 1824, une influence
immédiate basée sur des traités , qui loi ont déféré les droits de suzeraineté, sont les états de Pasir, de Koeti et de Berow.
L'état de Pasir, quoique régi par son^ propre Sut tan, est toutefois compris parmi les contrées soumises au pouvoir du Sultan de Banjermasing; il £ut, depuis 1824, partie des possessions du gouvernement.
Les traités conclus à difiTérentes époques avec le Sultan de Koeti, portent les dates de 1812 — ^1817, 1824f et 1826; tous ces contrats viennent d'être renouvelés en 1845, à la suite de l'envoi d'un commissaire chargé spécialement de la révision de ces actes, et ayant pour mission de prendre sur les lieux des renseignements positifs sur des faits qui venaient d'avoir lieu récemment sur la rivière de Koeti, où un agent anglais, nommé Erskine Murray, avait, dit-on, été massa* cré. Les autorités anglaises se plaignirent à notre gouvernement que cet individu avait été assassiné par les habitants, mais l'enquête officielle vint à constater que l'Anglais, après avoir violé le territoire, s'était permis des voies de fait contre la population; qu'à la suite de ces démêlés il avait perdu la vie, et qu'on n'avait pu trouver d'indice que ce meurtre eût été commis à l'instigation du Sultan, qui se justifia complètement de l'attentat qu'on croyait être en droit de lui imputer, d'autant plus que l'on prétend avec quelque fondement qu'il n'avait pas été étranger au meurtre, commis sur le Major G. MûUer, qui périt en 1824 avec toute son escorte. Nous ferons connaître quelques particularités sur cet attentat, dans la suite de ce récit.
Le SuHan de Koeti réside ordinairement à Kotakngon. Le nouveau traité par lequel ce prince recon* nail la suzeraineté de la Néerlande à été conclu à Samarinda, le 12 Octobre 1845; il a été ratiGé de part et d'autre au bruit du canon, ainsi que par la remise du pavillon' néerlandais, que ce prince a le droit d'arborer sur ses bâtiments. Des cadeaux ont été offerts au Sultan et aux princes de la cour. Ce nouveau contrat renferme en outre le règlement de la succession au pouvoir; la délimitatioA de l'état; l'engagement formel du Sultan de ne pas participer directement ou indirectement à la piraterie et d'empêcher de toute son autorité, ainsi que par tous *les moyens en son pouvoir qu'elle ne se fasse dans ses états. La perception des impôts aura lieu sur le même pied qu'auparavant, mais il est interdit à tout bâtiment venant de la mer de remonter, sans autorisation , la rivière de Koeti au delà de Samarmda.
Sous le nom de Berow se trouve comprise une vaste partie des contrées orientales de Bornéo, situées entre l'état de Koeti au midi et les possessions sur lesquelles le Sultan des lies Soeloe exerce l'autorité dans la partie septentrionale de cette grande terre.
Les états de Berow formaient jadis un fief dépendant des Souverains de Banjermasing; ceux ci contractèrent en 1750^ et plus tard en 1812, lors de l'occupation temporaire des Anglais, avec le gouvernement de l'Lide britannique relativement à la cession de ce droit eo faveur de PAngleterre. Depuis la restitution de nos possessions et en vertu du traité de Londres, la Néer-
lande étant rentrée dans l'exercice de ses droits sur ces parties de Bornéo, elle s'est immédiatement occupée du renouvellement des anciens contrats avec les princes, et les traités conclus successivement en 1816, en 1823 et en 1826 lui assurent l'exercice de cette autorité. Lorsqu'en 1844, on jugea nécessaire d'envoyer à Bornéo un commissaire chaîné de la réorganisation de l'administration dans cette ile, celui-ci envoya le lieutenant van Capellen en mission à Berouw pour y renouveler les anciens contrats ; cet officier conclut en effet, le 11 Octobre 1844, avec les princes un nouveau traité dont les principaux articles sont, que le Gouvernement reconnaît la Sultan régnant et le place provisoirement sous la juridiction administrative de son résident établi sur la côte Sud-est de Bornéo.
Il est enjoint au Sultan de protéger le commerce et les commerçants dans ses états, et de ne tolérer aucune infraction au libre trafic des indigènes.
Il est interdit au Sultan ainsi qu'aux princes de prendre part à la piraterie, ou d'entretenir des relations quelconques avec les pirates étrangers.
Le Sultan ne pourra accorder le droit de séjour dans ses états à des Européens autres que les sujets néerlandais, à moins qu'ils ne soient munis d'une autorisation délivrée par le résident de Banjermasing.
Il est accordé à tous les princes des états de Berow reconnus par le gouvernement, d'arborer le drapeau néerlandais à côté du pavillon de leurs états, et ils ont obtenu comme marque dislinctive de leur dignité, une canne à pomme d'or, portant les armes royales*
L'état de Berow est dirisé en provinces on états x>ndaires, sous les noms de Goenong-teboer , Tan« >ng, Batoe-poetih et Boelongan. La nyière principale t le Berow; on compte sept grandes îles dans ce nie y et plusieurs autres petites qui sont désertes; le oond fleuve considérable de cet état est le Soengi S^ ; prend sa source dans la chaîne des monts Loeangi, lignée à-peu-prés de 35 journées de voyage de la te; puis le Koewalla qui se jette à la mer par trois uches, dans lesquelles se trouvent quelques îles et ts; plusieurs rivières moins considérables arrosent ce ys. Le fleuve Atas, situé vers le 3<^0' latitude nord, rt de limite entre les états de Berow et la partie ptentrionale de Bornéo, soumise au Sultan des îles eloe. Une chaîne de hautes montagnes, connues sous nom de Goenong Sakoeroe, forment les limites vers Sud , entre les états de Berow et de Koeti ; le cap injongan en forme l'extrême pointe, située vers le . latitude nord.
La population de Berow est répartie comme suit:
GOENONG-TEBOER.
Malais et Boeguinais • . • 2,500 âmes.
Dajaks 12,500 »
Tandjong.
Boeginais 500 »
Dajaks 900 n
Boelongan.
Malais 2,000 »
Boeginais 200 i>
Dajaks . 8,000 d
Total .... 26,600 âmes.
Les principales productions du pays sont les nids de Salangane, dont le prix courant est de fl. 40 le Kattie, pesant 1} livres; la cire des abeilles sauvages à fl. 40 le pikol; le damar, sorte 'de résine; les rottans à fl. 10 la botte de 100 pièces. L'or en poudre à fl. 80 le thaH, En outre la mer fournit le tripang qui se vend à raison de fl. 50 le pikol.
Les articles d'importation sont le sel, le tabac, les cotonnades blanches et de couleur, des mouchoirs boeguinais, des sarongs ou surtouts, de l'opium, du fer et quelques autres articles, tels que poteries et porcelaines de la Chine.
Nous venons de donner un aperçu sur les possessions que le gouvernement occupe civilement et militairement sur les côtes de Bornéo, ainsi que des états qui lui sont soumis en vertu des traités conclus avec les princes malais. Pour compléter la partie historique et l'étendre de manière à y comprendre toute la superficie de cette vaste partie de l'Archipel soendanais, il nous reste à faire mention des états sur lesquels la Néerlande n'exerce aucune influence et avec lesquels elle n'a jamais conclu de traités, ni même entretenu en aucun temps des relations commerciales avec les habitants. Quoique la Néerlande ne se soit point immiscé jusqu'ici dans les aflaires des princes de la partie septentrionale de Bornéo, et que les circonstances ne lui aient pas encore permis de mettre par des traités ou par des moyens répressifs un terme à la piraterie et au trafic des esclaves, qui ont lieu dans ces mers, il n'en est pas moins certain qu'à elle seule
appartiennent ces droits incontestables, droits qui lui sont reconnus et assurés par les motifs inscrits dans les considérations , servant de base fondamentale au traité conclu entre l'Angleterre et la Néerlande, sous la date du 17 Mars 1824.
Nous aurons à discuter ces droits et à les faire va* loir dans la suite de cet écrit, ne pouvant nous occuper ici que de la partie historique des états du nord de Bornéo.
Nous avons dit précédemment que le Portugais Lo-
renzo de Gomez fut le premier navigateur européen qui
prit terre à la côte Nord-ouest de Bornéo; il reconnut
cette côte en 1518, dans son voyage vers la Chine,
et la nomma Boumé ou Brauni. — Les compagnons et
les successeurs de Magellan, abordèrent à Brauni en
1521, lors de la découverte importante du passage qui
conduit dans l'océan pacifique. Etant à la recherche
des Moluques , Gonzales Gomez de Espino parvint à at-
térir sur les côtes septentrionales de Bornéo.
En 1577, un roi de cette contrée, nommé Sirela, vint implorer du secours chez les Espagnols, de Manille contre son frère qui avait usurpé son trône, offrant, si on l'y replaçait, de reconnaitre la suzeraineté du roi d'Espagne. Le gouverneur des Philippines, don Francisco de la Sanda, lui accorda sa demande et réussit à chasser l'usurpateur, après quoi il envoya uue expédition contre les iles de Mindanao et d'Iolo, dont elle s'empara. Olivier van Oort, commandant quatre vaisseaux hollandais, arriva à Brauni en 1598; il détruisit en 1600 sur cette côte deux vaisseaux espagnols des Phit 13
lippines qui y faisaient le commerce , et séjourna dans la baie de Brauni jusqu'en 1601.
On ne trouve indiqué nulle part dans les relations anciennes, que l'Espagne ait fait valoir l'acte, par lequel la suzeraineté sur l'état de Brauni lui a été déféré en 1577, ni qu'elle ait exercé depuis ce temps aucune autorité sur ce pays : depuis cette époque jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle, nous ne croyons pas que les Européens se soient occupés de rapports directs avec cette partie de la côte; elle entretenait des relations commerciales très-suivies avec la Chine; tout^ fois l'émigration chinoise ne s'est pas portée en nombre aussi considérable vers l'état de Brauni, que du cété des états occidentaux où leur influence a toujours été redoutable aux Malais , et où le pouvoir qu'ils sont parvenus à se créer, vient encore fort souvent mettre des entraves à l'influence et à l'action régulière du gouvernement européen. Une partie des Chinois établis autrefois à Brauni étaient employés à la culture du poivre; ils étaient parvenus à y défricher une étendue fort considérable de terres: une autre partie se livrait à la construction de grandes jonques, bâtiments qu'ils vendaient avec un bénéfice de cent ®/o en Chine, vu que de fort beaux bois, propres à la construction navale, se trouvent en abondance sur les bords des fleuves. Mais l'active industrie de cette nation demandait, pour condition nécessaire à ses progrès, que la paix et l'ordre fussent établis dans le pays, tandis que l'anarchie le désolait , de manière que, dans les premières années de ce siècle , les jalousies des radjas et des pange-
ransy ainsi cpie Pautorité méconnue du Sultan, donnèrent lieu à des luttes sanglantes entre les différentes tribus: en outre la piraterie, exercée sur une grande échelle et organisée partout sur les mers de Mindore et de Soeloe, détermina les Chinois et les Européens à interrompre toute relation mercantile arec cette contrée, et l'immigration chinoise prit une autre direction, au point même que les Chinois qui s'y étaient établis abandonnèrent cette côte inhospitalière. L'anarchie et le défaut de sécurité ont sinon anéanti, du moins considérablement diminué les exportations des produits. Les jonques chinoises qui jadis visitaient chaque année et en très-grand nombre la ville de Brauni, se sont vus forcés de renoncer à des expéditions trop cfaanseuses.
L'Anglais Earl nous apprend que la ville de Bornéopropre est située sur les beiges d'un large fleuve, moins considérable toutefois que le Sambas et le Pontianak de la côte occidentale. Ce bourg difiere fort peu par l'apparence de ceux des autres endroits de la côte où lés Malais sont établis, et le gouvernement y est de la même nature. Les habitants sont plus basannés et d'une stature plus^ élancée que les Malais; ils ressemblent aux natifs de Magindano, avec lesquels ils paraissent former une même race, probablement issue du mélange du sang mogul et philippinien.
Le Sultan de Bornéo-propre prétend au droit de possession sur toute la côte septentrionale, à partir de la nyière Koemanis, à quarante milles dans le nord-est de ^ Tille , jusqu'à la pointe Api , située à l'extrémité
nord-ouest. Earl dit qu'il n'a pu découvrir sur quelle base est fondée cette prétention; elle ne l'est certes pas sur le droit de conquête: aussi, la contrée autour de la ville ainsi que le bourg Dajak de Sarawak sontils les seuls territoires sur lesquels le Sultan exerce un pouvoir qui ne lui soit pas contesté par les radjas et les pangerans indépendants, sans parler des droits du Sultan de Sambas sur la plus grande partie du pays de Sarawak.
La licence et les vexations de tous genres qu'exercent les pangerans (princes ou chefs malais), ne connaissent aucun frein soit à Bornéo-propre soit dans tous les autres états qui ne sont pas soumis à l'influence européenne. La population malaie n'y jouit guère d'une plus grande protection que les autres habitants chinois, -cochinchinois et boegis, et le sortie plus déplorable est réservé aux Dajaks, les aborigènes de cette vaste contrée. Les droits du faible n'y sont point défendus, les excès du fort nullement réprimés. Une incertitude perpétuelle plane sur l'existence des aborigènes. Tantôt les tribus se font la guerre entre elles, tantôt elles subissent de la part des Malais des incursions meurtrières qui les forcent d'abandonner leurs demeures et de s'enfoncer plus avant dans l'intérieur; ou bien, les pangerans les pillent, leur enlèvent leurs femmes ou leurs enfants pour les réduire au plus rude esTclavage; quelquefois ils sa contentent de les faire rançonner par leurs agents sub-^ alternes. Au sein de tous ses désordres l'autorité de^s? Sultans est méconnue; ils possèdent de nom le pouvoir*" absolu et sont censés exercer l'autorité sur des
jets qu'ils considèrent comme leur propriété ; mais leur puissance est chimérique et elle s'^étend à peine à quel*ques lieues de leur résidence habituelle. L'état de trouble continuel dans le pays, la difBculté des comt munications par la seule voie des rivières, l'absence de tout ordre politique et administratif, les intrigues our->> dies par le grand nombre de radjas et de pangerans insoumis, et les guerres que les tribus se font entre eller, sont les causes de l'embarras et de la faiblesse d'un gou- Temement qui ne possède aucun moyen de se faire craindre, et de commander le respect à ses subordonnés.
La province de Sarawak, sur laquelle le pouvoir est remis à l'Anglais James Brooke qui l'exerce depuis «pielques années, iait aussi partie des prétendues possessions du Sultan de Bornéo-propre. Nous avons le projet de consacrer quelques pages du présent écrit,, à la relation des événements les plus remarquables qui viennent d'avoir lieu fort récemment dans cette partie de Bornéo.
Les contrées que les Sultans de l'Archipel de Soeloe s'attribuent a Bbrnéo, forment la pointe nord-est de cette lie: on les dit fort productives; pour le sol et le climat elles ne le cèdent point aux autres contrées septentrionales ; eKes égalent celles-ci en productions du règne minéral; de vastes forêts couvrent une partie du sol, tandis que d'autres parties offrent d'immenses plaines entrecoupées de rivières nombreuses. A peu près à quarante milles dans l'intérieur s'élève le mont Kinibaloe, au pied duquel se forme une vaste Caspienne, dont le nir '^eau est très-élevé au dessus de la mer.
On assure que dans les dernières années qui viennent de s'écouler, des immigrations de Cochinchioois, Tenants de Palawan , se sont établies sur le littoral de la baie de Malloedo, ce qui serait un événement fort heureux pour ce pays, vu que ce peuple jouit de la meiVleure réputation comme industriel et agricultear*. L'on prétend aussi que les Dajaks de cette partie de Bornéo sont parvenus à un degré plus élevé de civilisation que ceux des autres états de cette île, attendu qu'ils entretiennent des rapports directs et suivis avec les insulaires de Soeloe.
Nous ferons mention de la cession de territoire faite à l'Angleterre en 1774, par le Sultan de Soeloe, ainsi que de l'établissement des Anglais dans l'ile de Balambangan, au cbapitre réservé à la description des iles du groupe géographique de Bornéo.