COMITÉ DE CONSERVATION
tours et la voûte qui soutiennent ces ajoutages sont du domaine des travaux publics.
Or les habitants, marchands et passants, qui fourmillent sous le passage de la porte prétendaient que les minarets tombaient en ruine en jetant sur eux leurs débris ; de là, enquête demandée à un architecte de la ville, lequel, selon l'accoutumance, conclut à démolir huit mètres du fût de ces minarets qu'on a déjà décapités il y a quinze ans. L'habile architecte eût mis à exécution ce hardi projet sHes portions condamnées avaient été dans son ressort; mais elles étaient aux Wakfs qui, contre Franz-Bey, eussent approuvé l'arrêt si la question n'avait été portée devant le comité de conservation. Le Comité aussitôt délégua MM. Ambroise Baudry et Franz-Bey qui prirent la peine de se rendre sur les lieux et reconnurent d'abord que l'architecte égyptien n'avait pas dû y me tire les pieds ; en effet, les minarets, admirablement construits, sont dans un excellent état, et les pierres dont la chute effrayait les passants, proviennent d'un amas de décombres et de rebuts entassés sur la plate-forme des tours et que les g/imins en jouant font tomber par mégarde ou malice.
On le voit, si le Comité de -conservation vient à renaître après les événements de ces jours troublés, il devra se garder des architectes et des ingénieurs des travaux publics ou plutôt des coutumes séculaires qu'ils suivent encore. C'est ainsi que les Arabes ont toujours traité leurs vieux monuments; excepté les mosquées en grande vénération, on les a démolis peu a peu sans jamais les réparer. Les Orientaux ne connaissent pas encore la valeur de ce qu'ils possèdent et la mode du jour efface les grandes traditions du passé. Pour eux, un bâtiment neuf, quel qu'il soit, vaut mieux que n'importe quel chef-d'œuvre ancien. Tels nous étions encore il y a moins d'un siècle, et maintenant que nous sommes plus instruit*, sinon plus féconds, parviendrons-nous à éclairer et à persuader les dépositaires des arts de l'Orient?
Jadis le sultan El-Moëyyed, l'auteur des chefs-d'œuvre dont je parlais, agit avec aussi peu de ménagement qu'on le fait aujourd'hui, quand il chargea de maisons l'ancienne porte de Kahirab. M. Baudry a constaté que ces maisons avaient creusé leurs fosses dans les reins de la voûte comme autrefois à Paris les maisons qu'on avait commencé d'élever sur le Pont-Neuf d'Henri NI. Ici, les pierres du magnifique appareil de notre porte sont toutes gâtées et comme décomposées par les infiltrations fétides de ces fosses qu'il serait urgent de supprimer en ordonnant que les logements ne fussent plus mis en location par l'administration des Wakfs.
De nos jours même, Bab-ez-Zowaïlèh subit un dernier outrage. C'est par cette porte que doit passer, pour monter vers la citadelle, la procession de la rentrée du Tapis qui, pendant un an a recouvert le tombeau de Mahomet à la Mecque. Comme le chameau chargé du pavillon qui renferme le tapis aurait pu heurter son fardeau sacré au linteau de la porte, on avait soin, pour la cérémonie, de baisser le sol malléable de la rue. Il y a une quinzaine d'années, on se lassa de cette dépense annuelle qui était minime et, pour en finir, on arracha le linteau monolithe. Il arriva que les sommiers ou plutôt les claveaux d'angle de l'arc de décharge qui le surmonte glissèrent, menaçant d'entraîner leur énorme fardeau de murs et de maisons. On a dû remplacer le monolithe par un mauvais linteau de bois; je ne sais si le chameau du Tapis se trouve plus à l'aise depuis ce changement, mais la porte des Fatimites en est tout avariée et il faudrait] dépenser peut-être 20,000 francs pour lui refaire un linteau de pierre et rajuster les claveaux de son arc de décharge. ' "
Souvent ici, même dans les travaux d'art des ingénieurs indigènes, on agit avec une égale imprévoyance. Faut-il construire une digue, un barrage, un pont? Au lieu