Théophile Gautier, Y Orient, II
î. Comme exemple, on peut citer la façade du Hammam de Paris. Bien que les détails en soient très-purs, elle produit peu d'effet et ne donne aucune idée de l'architecture arabe, parce que le programme imposé à l'architecte est le banal et stérile modèle de la location parisienne : la grande caisse à compartiments pressés dont la face plate peut être plus ou moins gaufrée sans que l'architecte le plus habile puisse donner carrière à son génie d'invention.
comme trois fois la place de la Concorde ou à peu près comme l'intérieur du Champ de Mors. Aride au printemps, il se transformait bientôt en lac,
ii de M. C. Uauu.)
grâce aux eaux du Nil qu'on y amenait au moment de la crue. Les luxueuses demeures orientales, dont la place était entourée, devenaient
alors de véritables palais à la vénitienne, dont les péristyles ouvraient sur ce lac, rendez-vous perpétuel de fêtes nautiques et d'illuminations aux flambeaux. En hiver, quand les eaux se retiraient, l'étang devenait un champ de verdure, d'où émergeait çà et là le feuillage plus sombre des sycomores.
Méhémet-Ali, le grand réformateur, fit dessécher l'Ezbékiyèh, une fois pour toutes, et son héritier Ibrahim, le guerrier-planteur, acheva de le couvrir ^d'arbres qui, en 1863, à l'avènement de son fils Ismaîl, avaient acquis une force et une majesté séculaires. Mais rarement en Orient le fils respecte l'œuvre du père, si même il ne la détruit; Ismaîl, séduit, tourmenté même par ce qu'il avait vu faire au parc Monceaux (et embarrassé, bien à tort, des assassinats que les Grecs de bas étage commettaient entre eux sous les arbres de son père!), Ismaîl livra l'Ezbékiyèh à tous les excès de la civilisation et aux horreurs de la spéculation. Des quartiers modernes s'élevèrent sur le pourtour et dans les angles de la place, tandis qu'au milieu on engloutissait des millions à faire, défaire et recommencer des essais de jardin public.
On commença par remblayer fortement le terrain, ce qui en fit disparaître tous les vieux arbres. Au milieu on éleva une montagne et on y planta des fondations formidables pour la statue équestre d'Ibrahim pacha. A l'entour coulait une rivière sur laquelle on avait établi, pour la régénération industrielle du peuple égyptien, toute une fourniture de ponts variés : ponts droits, ponts biais, ponts de bois, ponts de fer, ponts de pierre. Le démon du mieux continuant à souffler, Barillet fut appelé : il arriva du Bois de Boulogne, armé de son système, et bouleversa montagne, ponts et rivière. A la place de la montagne, un lac; la rivière changea de cours et alors naquit le jardin actuel, dont l'existence coûte 80,000 francs d'eau par an, sans que l'on puisse y faire réussir les vertes pelouses de gazon anglais, base du jardinage occidental. Enfin, on suppléa ingénieusement aux arbres abattus et à ceux qui devaient pousser, par des réverbères en forme de tulipes géantes, aux pétales de verre coloré, aux feuillages de fonte, qui pouvaient encore instruire le peuple en lui parlant des temps antédiluviens.
Dix ans se sont écoulés : le jardin anglais, peuplé d'essences délicates et variées, donne déjà de beaux ombrages, grâce au climat et aux arrosements. Mais, que des révolutions suivies de désordres financiers se produisent, en un mot que l'eau cesse d'arriver, et l'Ezbékiyèh se change en désert. La forêt plus rustique d'Ibrahim pouvait au moins défier l'incurie et, sans dépenses folles, s'embellir d'arbres nouveaux. On y voulait une rivière, il lui fallait une clôture : que ne faisait-on de la rivière une
enceinte? Elle n'eut pas, comme la grille actuelle, masqué ta vue du jardin. Sur le pourtour immédiat on voulait des maisons? Il fallait en bannir les locatis de paccotille et les froides perspectives d'alignements à
ÉTiT RM 18*5.
(Deaiia da M. C. Hiu
quatre étages pour n'y tolérer, comme à Ismùlièh, que des habitations isolées au milieu de jardins pourvus encore des grands arbres de l'Ezbékiyèh; ce qui convenait là, c'est le caprice et l'absence de symétrie. Quant à la statue équestre (dont on eut grand'peme à déraciner les
fondations inutiles, tant elles étaient solides), on la mit loin du jardin, devant le Palais du Tribunal, et, pour lui faire place, on démolit la moitié de la grande et belle mosquée de l'émir Uzbek ben-Tatasch qui, au xv 9 siècle, donna son nom à l'Ezhékiyèh ; pendant longtemps les restes à demi enfouis de sa chaire magnifique, de bois précieux com partis, servirent à attacher les baudets de louage qui, d'un coup de tête en arrière, en arrachaient de grandes pièces. Un certain pacha ayant su que le désir du khédive était, pour l'heure, de se faire construire une maison de style arabe, fit enlever pour son souverain ces débris qui pouvaient être utilisés, et ils disparurent avec le caprice qui aurait dû les sauver. Sur la place occupée par la mosquée on installa donc la statue d'Ibrahim et, par économie, on la hissa sur un énorme piédestal de bois. Le bra9 levé de cette figure de bronze devait menacer encore la Turquie, mais la prudence politique commanda de tourner la statue en sens inverse. La main d'Ibrahim montre aujourd'hui, pour les maudire sans doute, les créations fantasques et ruineuses qui ont contribué à endetter le pays et à gâter l'aspect de sa capitale : le nouvel Ezbékiyèh, la salle de l'Opéra qui fléchit après dix années d'existence, le Théâtre français qui tombe en ruine, le Cirque et l'Hippodrome qui n'existent plus, fantaisies éphémères avec lesquelles on a cru imiter, séduire et enchaîner l'Europe! Pourquoi l'infortuné Ismaïl n'ar-t>-il pas compris plus tôt le*geste prophétique de son père?
Arrêtons-nous cependant : la critique s'en prend ici moins aux innovations qu'à la manière dont elles ont été conçues et réalisées. En pariant de la salle d'opéra, je n'entends pas la maudire car elle est charmante et tient déjà une grande place dans les fastes du Théâtre. C'est pour l'inauguration de cette salle que le Khédive Ismaïl demanda à notre compatriote Mariette-Bey, fondateur du Musée de Boulaq, le sujet d'un opéra égyptien. Une nuit, comme il était au désert dans son ancien campement du
Serapéum de Memphis, Mariette (je le tiens de lui-même) composa et écrivit le scénario d'Aida qu'allait immortaliser Verdi. La mise en scène de l'œuvre se fit au Caire avec un éclat et une recherche qu'on ne reverra jamais. Mariette y présidait : pour la composition des costumes et des bijoux égyptiens, il se livra à de véritables études archéologiques ; il fit paraître de vrais Nubiens comme figurants et, pour motifs de décors, choisit des vues exactes de sites et de monuments de l'Egypte antique 1 .
1. Voy. notre notice sur Mariette, au catalogue de ses ouvrages, dans la Gazette des Beaux-Arts de septembre 4884; et, sur l'historique d'Aïda, le Journal des Débals, revue musicale du 26 mars 4880, par E. Reyer, article que l'auteur a réuni à ses Notes de musique. Paris, Charpentier, 4875. Pages 485-423.
Une conception réellement utile et bien placée est la création par Ismaïl du quartier européen qui porte son nom, entre l'Ezbékiyèh et les palais de la rive du Nil, sur remplacement des plantations abandonnées d'Ibrahim pacha. Tous ces terrains, nivelés et partagés en lots, ont été d'abord concédés gratuitement et à perpétuité à ceux qui s'engageaient à y bâtir dans un court délai. Là où il n'y avait qu'un désert parsemé de quelques bouquets d'arbres, on trouve aujourd'hui un échiquier formé de longues avenues déjà bien ombragées et bordées de maisons jolies ou bizarres, sises au milieu de jardins verdoyants. Sans la Compagnie des eaux constituée par Ismaïl pour alimenter tout le Caire, la création de cette ville de plaisance eût été impossible. Au point de vue pratique, on ne saurait reprocher à ces avenues que le manque d'orientations bien ménagées pour les maisons et l'oubli persistant de noms de rues et de numéros. Au point de vue du goût, on doit regretter ces tracés rectilignes dans un quartier de luxe et d'agrément où quelques courbes modérées, bien dessinées, eussent donné des aspects de parc et procuré des orientations variées. Enfin , là comme ailleurs, mais seulement au nom du pittoresque et des souvenirs,, on peut encore regretter que tout absolument ne soit pas resté à l'état vierge!
Un des grands « embellissements » du Caire, un de ceux dont on était le plus fier, est le Boulevard Méhémet-Ali. Comme une fusée trop tôt lancée, il partit un beau jour de l'Ezbékiyèh, sans savoir où il allait, et vint s'abattre à deux kilomètres de là, sur l'angle formidable de la mosquée de Sultan-Hassan, dont il ne sut pas éviter la rencontre. En partant il avait enlevé une colline chargée de maisons et de mosquées. Dans sa course folle, il en emporta bien d'autres; mais à mi-chemin, sur le canal, le météore laissa choir sa charge de décombres et ainsi naquit, dit-on, le palais de Mansour pacha, l'inévitable Palais-Mamour : de quelque point que l'on vienne, où que l'on aille, on ne saurait éviter le carrefour où git cet énorme bolide d'une nuance rose-pastèque indéfinissable et dont la masse anéantit tout le quartier voisin. Devant ce phénomène, on se rappelle ce que disait Paris à l'apparition du dôme de son Tribunal de commerce. La grande et bonne ville, pour s'excuser, rappelait l'aventure de cette cité des Mille et une Nuits qui, un beau matin s' éveillant, fut bien étonnée de voir dans ses murs l'œuf monstrueux qu'un rokh en volant avait pondu et laissé tomber au plus bel endroit !
Pour en finir avec les gaietés de ce boulevard, disons qu'il eut encore la force, après cette équipée, d'enlever l'encoignure énorme de la mosquée de l'émir Koussoun (1329), l'une des plus grandes et des plus belles. On para la plaie, on la cicatrisa en ajoutant à l'édifice mutilé une façade
biaise en pan coupé d'environ 30 mètres et de style néo-arabe. Depuis lors, le reste du monument n'a cessé d'être dévasté et mis en démolition, de sorte qu'il n'en subsiste plus que ce pan de façade neuve mais inachevée.
Bien que le cœur de la ville arabe n'ait pas été atteint par cette brutale trouée, faite pour la promenade des canons de la Citadelle, mais qu'on croirait faite par eux, le vaste ensemble oriental d'autrefois a été détruit; le Caire est aujourd'hui comme un vase brisé, dont les deux fragments, de plus en plus effrités, émiettés sur leurs bords, ne peuvent plus se rejoindre ni correspondre. Ces longues et séduisantes ruelles qu'il fallait suivre pour aller du nord au sud de la ville, vers les mosquées d'Ibn-Thouloun, de Setti-Zeynâb, sont toutes coupées de biais vers leur milieu, et, par la brèche, le vandalisme pénètre et s'étend. Lorsqu'on les parcourt encore dans toute leur longueur, il faut brusquement sortir de l'ombre et des mystères de beauté qu'on a pu leur laisser pour tomber en pleine lumière dans les laideurs et les banalités de ce faubourg de barrière; alors le charme est rompu et toute vision du passé s'évanouit.
Si au moins cette percée, qui a dégagé assez maladroitement les abords de la grande mosquée de Hassan, avait assuré l'entretien et le maintien de ce chef-d'œuvre du xiv e siècle, on pourrait peut-être l'excuser, mais il n'en fut rien. En 1868, Auguste Salzmann avait accepté de faire ce travail pour le compte du gouvernement égyptien, et, avec le talent supérieur dont il était doué, il en dressait le projet et le devis. On dit qu'alors le Ministère des travaux publics trouva ses chiffres trop modestes pour une œuvre aussi importante, aussi nécessaire : Salzmann se serait laissé entraîner à des projets plus ambitieux et plus coûteux qui, comme il fallait s'y attendre, firent reculer le chef de l'État. .
On préféra dépenser le double pour construire à côté l'énorme mosquée du scheikh Riffaye, un santon vénéré du peuple et que, par erreur, on croyait enterré à cette place. L'architecte égyptien, Husseïn-pacha, chargé de ce travail, a déployé de la science et du talent pour composer un édifice moderne en style arabe ancien. Malheureusement, il avait pour chef immédiat, pour surintendant, le nommé Khalil-Agha, chef des eunuques noirs de la vice-reine- mère, au nom de qui se faisait la dépense. C'était un personnage extraordinairement riche et influent, ignorant et présomptueux comme un nègre ; il ne cessa de contrarier l'architecte et finit par l'obliger, malgré ses protestations, à poser une lourde coupole sur des appuis trop faibles. A peine terminé, l'ouvrage menaçait ruine et, sur le théâtre même de l'accident, l'eunuque faisait de
■ M. Pinl Oiirdin, 18-™.)
publics et sanglants reproches à l'architecte irresponsable, que Ton emporta quasi mort d'un coup de sang. L'édifice est resté inachevé et le sera probablement toujours, tandis qu'à côté la vraie merveille continue de tomber en ruines.
Puisque nous sommes auprès de la mosquée de Sultan-Hassan, faisons quelques pas pour jeter un coup d'œil sur la place de Roumeïleh, qui s'étend du pied de sa coupole à celui de la Citadelle, la forteresse, la cité des palais féeriques de Saladin et des sultans mamlouks, la résidence des pachas turcs et de Méhemet-Ali, mais qui n'est plus que ruines et casernes, si on excepte la fastueuse mais bien médiocre mosquée funéraire du dernier de ces potentats. Voici ce que nous pouvions dire en 1865 : « La placede Roumeïleh a grand air, située comme ellel'est entre les masses imposantes de la Citadelle, de la grande mosquée de Hassan et de plusieurs autres qui l'entourent; mais, hélas I elle ne conservera pas longtemps sa physionomie ! Il est à craindre que d'ici à peu d'années sa vieille et inégale surface, où s'étagent si bien les groupes de fellahs, que ses antiques chemins usés par le passage des caravanes ne soient nivelés, puis transformés en square parisien avec grilles et réverbères de fonte. Pourquoi, tout simplement, n'y pas planter des arbres un peu en désordre, comme à l'Ezbékiyèh? » La prédiction s'est réalisée, mais ce square chétif est resté incomplet et ses bassins sans eau , ses rochers factices , ses grilles et ses trottoirs inachevés ajoutent quelque chose de sordide à sa banalité, dans ce site entouré d'édifices d'un autre âge et d'un grand caractère» Il est vrai qu'on s'est efforcé de les moderniser; ainsi H-Azhâb, la porte arabe de la Citadelle et l'opulente mosquée Mahmoudiyèh, qui restèrent juchées à une assez grande hauteur du sol de la place, par suite des nivellements, ont été affublées de perrons : le premier dans un style de casino prétentieux, l'autre incomplet, qu'on croirait emprunté à quelque mairie de province. Enfin, on a recrénelé les murs et la porte de la Citadelle avec de petits merlons et de petits mâchicoulis à peine saillants, vrais cartonnages de théâtre auxquels manque l'illusion. D'autres points encore de la montagne, comme le corps de garde du grand Canon de midi, n'ont pas échappé à l'intrusion de l'architecture cartonnière et militaire des gares de chemin de fer des bords du Rhin.
Ces bévues, ces prodigalités destructives du règne passé, ont été arrêtées avant d'avoir ravagé tout le Caire et ruiné la fortune publique ; mais l'élan est donné, les mauvais exemples sont patents, et, maintenant que la prospérité renaît, on cherche qui pourrait modérer ou diriger ce zèle transformateur. Une sorte de surveillance des monuments historiques est déjà confiée, par le Ministère des Wakfs, à un architecte
allemand rempli de bonnes intentions, Franz-Bey ; mais, à en juger par ce que l'on voit faire, certainement ce fonctionnaire n'est pas muni de
(Main do VI. Paul CWdin, 18T8.)
pouvoirs assez étendus pour empêcher les restaurations maladroites et arrêter les destructions violentes ou naturelles.
Devant l'ignorance, la cupidité, le mauvais vouloir de la population,
il faudrait des forces collectives dirigées par un Comité des monuments historiques fonctionnant comme celui de Paris, c'est-àrdire pourvu d'une autorité suffisante pour balancer les pouvoirs émanés du Ministère des travaux publics, si ce dernier en abuse, comme on le voit en France dans l'affaire du Mont-Saint-Michel S Ce Comité pourrait être composé de fonctionnaires égyptiens et d'architectes européens choisis avec soin pour leur compétence dans l'art oriental : il y faudrait des hommes tels que M.Ambroise Baudry, architecte français au Caire, dont nous aurons à parler plus loin ; que M. Mauss, architecte du ministère des affaires étrangères, qui a passé quinze années en Orient pour des restaurations commandées par le gouvernement français; enfin, que M. Jules Bourgoin, de l'Institut archéologique de France au Caire, qui s'est fait connaître par ses beaux travaux sur les arts arabes. Il n'en faudrait aucun qui, dans ces questions, fît passer l'intérêt personnel ou la paresse avant le respect de l'art.
11 est difficile de savoir si ce projet, reconnu d'utilité publique par le Contrôle européen, trouve une opposition systématique chez les musulmans qui, chargés de la gestion et de la garde des monuments religieux, étaient souvent des premiers à en vendre les dépouilles aux infidèles ; mais il est singulier que ce soient ces Infidèles qui demandent protection pour les édifices musulmans, en craignant que leur requête n'arrive trop tard 1 .
Quelques mesures favorables à la conservation ont pu être déjà prises par Franz-Bey : ainsi la mosquée de Thouloun, la plus ancienne du Caire (ann. 879, V. page 17), a cessé d'être une cour des Miracles, un repaire livré depuis une trentaine d'années aux infirmes et aux vagabonds, et rendue méconnaissable par cet usage; en revanche, il est devenu impossible d'y entrer pour l'étudier. Mais à côté, on laisse à l'abandon un chef-d'œuvre du xv* siècle, la perle des édifices du Caire, la mosquée du sultan Kaït-Bây qu'on pourrait encore sauver 8 (p. 25) .
Dans les ruines de la mosquée du khalife El-Hakem (990-1012) où naquit la religion des Druzes, où tant de prisonniers chrétiens furent gardés au temps des Croisades, Franz Bey a fondé un Musée arabe où
4 . Sur le litige du Hont-Saint-jtf ichel, Cf. De l'influence de V opinion publique sur la conservation des anciens monuments, par Y. Ruprich-Robert , inspecteur général des monuments historiques. Paris, Morel, 4882.
2. Sur l'état actuel des monuments arabes du Caire et sur la formation d'un Comité des monuments historiques, voir les excellents articles de M. Gabriel Charmes, dans le Journal des Débats des 2, 3 et 4 août 4884 : VArt arabe au Caire.
3. Si la mosquée de Kaït-Bây (extra muros) a subi des restaurations un peu aventurées, de la main de maçons qui ont perdu toute tradition, celle du même sultan (intra muros) dont il était question ici, a été réparée pour en empocher seulement la ruine, ce qui est le parti le plus sage, le plus sûr, le plus économique. (Mai 488S).
viennent se grouper les objets d'art et les débris que l'on trouve encore à glaner. On doit citer surtout une collection de cinquante-huit lampes en verre émaillé; une dizaine de lustres de mosquées, en bronze; la porte en bois sculpté de la mosquée du sultan Salih-Ayyoub (1249) et celle du Grand-Moristan de Kalaoun, qui provient sans doute du palais occidental des Falîmites établi précédemment sur le* même lieu ; des débris de bois et de pierre sculptés de l'art arabe primitif; deux merveilleux coursi ou trépieds de cuivre ajouré, incrusté d'argent; enfin, le très ancien vase de marbre dont M. J. Bourgoin me communique ce dessin inédit. Devant ces recherches tardives on se rappelle avec tristesse qu'il y a douze ans, avant d'avoir vendu tous les bronzes des mosquées, le khédive avait donné à feu Auguste Salzmann la mission de créer un Musée arabe. A cette époque, le pillage du Caire n'était pas commencé et il n'y avait qu'à choisir et à prendre; mais la barbarie et l'intrigue rendirent ce projet impossible et l'on fut tout aise de se débarrasser de l'intelligent et désintéressé Salzmann sans lui donner l'indemnité a laquelle il pouvait prétendre et qu'il eût été de la plus simple convenance de lui remettre. H était né pour l'œuvre qu'il avait entreprise, mais 11 n'eut pas, comme notre Mariette, la force de résister à la barbarie et la joie de triompher de l'ignorance !