‹ Coup d'oeil sur l'évolution séculaire du trade-unionisme anglaisChapitre 2 sur 12 · V. BEANTS · texte numérisé non relu

V. BEANTS

L’es Unions profitèrent de la loi et le nombre s’accrut considérablement.

Pendant les premières années, qui suivirent les lois nouvelles, on ne se fit d’abord pas beaucoup enregistrer, la publicité soulevait des défiances. D'autre part, l’esprit de coinbattivite, l’esprit agressif n’avait pas abandonné les Unions, et plusieurs grèves surgirent pendant ces années. Mais les chefs du mouvement prenaient de plus en plus des allures diplomatiques, eL préféraient l’action pacifique. Tout en réclamant un programme déterminé, ils penchent vers la négociation et la conciliation avec les patrons. Certes, il y a des Unions, qui fraternisent avec les mouvements Socialistes et Marxistes, mais la partie dirigeante vient de préférence à l’action méthodique, conciliatrice et pratique.

Au programme figurent des mesures politiques et surtout des lois sociales ouvrières. Mais les Unions mêmes alors demeurent éloignées de la politique proprement dite; it n’y a pas de parti ouvrier organisé et distinct et on préfère agir sur les partis existants.

Le but que poursuivent les Unions pendant cette période est double; c’est la période brillante de ce qui porte dans cette Ins- Loire le nom de Vieux Trade-Unionisme, celui de 1850, associant deux fins : les Tradepurpose ou buts professionnels et les Friendiy benefu pur pu s es ou assurances mutuelles, etc.; les sommes versées constituaient pour les Unions un fonds important.

Cette période, dont le caractère de prévoyance, de conciliation est dominant, se poursuit jusqu’en 1889, sans qu’il faille d’ailleurs en conclure que le programme de réformes en fût fort atténué ni la grève abandonnée, mais la force des Unions augmentant, elles obtinrent des résultats considérables parles voies plus pacifiques.

L’organisation des forces ouvrières devient très importante, et il y a lieu, dès lors, de mentionner les systèmes d’organisation de salaires, basés sur des ententes collectives entre patrons et ouvriers. Les Unions apparaissaient désormais comme mie sorte de facteur reconnu de l’activité économique. Elles furent la base

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d’une série d’ententes qui avaient déjà commencé auparavant, et qui donnent au système de conciliation une forme plus complexe. Les conseils de conciliation ou d’arbitrage se multiplient et notamment dans les grandes industries métallurgiques et houillères se forment des comités permanents; pour l’industrie sidérurgique du nord de l'Angleterre, le conseil de Middlesborough, fondé en f86fi, marque une date; le système prit de grands développements, n’étant pas limité à certains établissements mais embrassant un groupe industriel. L’organisation dépassa ses frontières d’origine et finit par devenir nationale, subdivisée en districts ayant chacun leur tribunal arbitral électif; les questions de salaires lui étaient soumises, on les réglait par conciliation ou arbitrage, parfois en adoptant une base fixe et une échelle mobile.

La pratique de la conciliation et des conseils avait fait naître partout, dans les professions organisées, surtout dans les grands corps d’industrie tels que les houillères et la métallargie, le système des Collective bargaining ou conventions collectives entre groupes patronaux et ouvriers.

Issus de la seule coutume, ces agreemcnls n’avaient aucun caractère juridique. Toute leur force reposait, repose encore sur la volonté loyale des groupes et la solidité de leur discipline. L 'échelle mobile avait précisément dû sa fortune à des conventions de ce genre, et tant que les Unions eurent leur forte organisation en même temps que la volonté sincère de respecter les engagements, le système eut grande efficacité pacificatrice. Sans doute, il y avait des heurts, des exigences, mais la conciliation, mère de Vagreement, veillait sur son enfant, et les comités d’expli calions constitués par la convention, sous des formes très diverses, aboutissaient à éviter de nombreux conflits. On comprend sans peine que ce système ait séduit des observateurs, qu’on ait voulu le naturaliser hors de son lieu d’origine, sans toujours y trouver les mêmes conditions de succès; on sait la difficulté que rencontre sur le continent la diffusion de ces arrangements collectifs. Us requièrent avant tout, sous un régime extra légal, que l’honneur professionnel fasse loi souveraine et sûre.

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Quel était le programme des Unions en matière économique?

Le contrat de travail est l’objet principal de leurs efforts : salaires et durée du travail. Mais leur théorie, ou du moins leur pensée dominante sur ce salaire, n’a jamais été clairement proclamée. Leur conduite d’abord, très longtemps et en bien des cas, s’inspire de l’idée du fonds des salaires (labour fund) ; restreindre l’activité de chaque ouvrier leur paraît un moyen d’augmenter leur emploi; les machines (labour-saving)sont une concurrence anti-ouvrière en épargnant la main-d’œuvre, etc., toutes idées qui devaient aboutir à un sabotage plus ou moins conscient, sans égard à ce facteur capital : la valeur produite. Celle vue étroite de l’ouvrier anglais perce encore souvent, malgré les écrits des économistes comme Marshall, Smart, Schloss, etc., cl même de socialistes de l’école réformiste ou fabicnne comme Sidncy Web b (I). lie là des entraves, du ralentissement, ce « Go’ easy » qui ralentit l’essor de la richesse publique. Mais même quand on se place au point de vue de la productivité et du dividende national, leur attitude prit des formes variées oii des idées contradictoires se heurtaient. L’idée toute concrète et pratique d’un minimum convenable hantait les esprits, mais on cherchait des combinaisons, sans s’arrêter à un système théorique. La formule longtemps populaire et acceptée de l’échelle mobile (Sliding Scale), est en soi toute empirique, mais fournissait les éléments d'un ordre préétabli. L’échelle mobile proportionnait la hausse ou la baisse du salaire à l’oseillaLion du prix des produits, par exemple de la tonne de houille; ce mouvement semblait rationnel, bien que le parallélisme du prix de vente et du salaire ne soit nullement scientifique; il donnait une base concrète, facile à constater, mais il manquait de vraie logique économique, le prix de vente étant influencé pas bien d’autres éléments. Quoi qu’il en soit, l’échelle mobile lut en vogue pendant longtemps; il fallut une dépression dans certains milieux pour changer les dispositions et mettre à l’ordre du jour la question directe du salaire d’entretieri (living icagc).

(1) Ainsi appelés, oïl le sait, parce que temporisateurs comme Fabius Gunctator, ils sont d’ailleurs nettement socialistes de doctrine, mais par leur tactique prudente ont énormément contribué à la diffusion de leurs idées en Angleterre.

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