‹ Coup d'oeil sur l'évolution séculaire du trade-unionisme anglaisChapitre 7 sur 12 · V. BRANTS · texte numérisé non relu

V. BRANTS

IV-- CAMPAGNE DES UNIONISTES, CONSTITUTION ET PROGRAMME DU PARTI DU TRAVAIL.

La crise ouverte par l’arrêt, des Lavv-Lords fut donc importante. La réaction fut vive, désespérée. Elle amena à la Chambre une représentation ouvrière spéciale résolue à poursuivre un programme arrêté : fixation des privilèges des Unions,ébranlés pat! les Lords. Tandis que jusqu’ici les ouvriers avaient souvent préféré voter pour les membres sympathiques des vieux partis, et se contentaient de quelques rares députés, ceLLe fois ilsveulent leurs hommes. L’agitation socialiste allait aussi y gagner du terrain et de finfluenee. Leur but immédiat fut de modifier la législation et de rendre impossible une responsabilité qui tuerait les Trade-Unions par la misère. Tout d’abord, il est avéré que c’est la crise de la jurisprudence des Law-Lords qui a déterminé l’alfirmation et l’union du Labour party sur un programme positif : changer la lai.

Il n’est pas tout à fait exact de faire remonter aux arrêts des Lords la constitution du Labour Party. En 1899-1900, une conférence où les groupes socialistes étaient seuls représentés et présidée par John Bruns décida la création d’un parti indépendant. Mais il y eut peu de suites. Les frais électoraux sont élevés et jusqu’alors on n’avait pas eu à se plaindre du système des alliances ; l’action syndicale non politique avait donné des résultats très grands; une politique directe avait peu de sympathies, bien (pie toujours quelques ouvriers eussent siégé au Parlement, sans constituer un groupe à part. Ce fut. la secousse des arrêts des Lords que fit prévaloir l’idée de la représentation distincte du parti. Il y eut des succès retentissants dans des élections partielles, la première en 1903 où Will Crooks enleva à plus de 3,000 voix de majorité un fief des torys, Woolwich. D’autres suivirent et aussitôt ils présentèrent an Parlement des motions de révision de la lot sur les T. U. L’alliance, cependant, n’était pas intime ; les. socialistes avaient exercé dans les congrès une action prépondérante, mais ils étaient minorité, ils parvinrent cependant à faire décider en principe l’indépendance du Labour

H COUP d’œil SUE L’ÉVOLUTION DU TKADE UNIONISME

Party vis-à-vis des vieux groupes parlementaires. Cette tactique était hardie, mais les tendances socialistes effrayaient bien des gens. Cependant, la tactique se maintint aux élections de la dissolution de 1906; d’ailleurs, aucun candidat ne fut présenté comme socialiste, bien qu’il yen eût, un bon nombre, tel le chef Keir Hardie. Le parti eut plus de 50 élus, c’était un succès tout à fait inattendu; mais en réalité ils formaient trois groupes distincts : Le Labour Party, les ouvriers libéraux elle groupe spécial des mineurs. Le L. P. même qui a 29 députés a élu, mais à-2 voix de majorité seulement, Keir Hardie comme leader; les ouvriers libéraux font bande à part.

Au Parlement, ils présentèrent diverses motions; leur présence a surtout déterminé le vote de la loi de 1906.

Les arrêts des Law-Lords avaient donc affirmé le principe de la responsabilité civile des caisses des Unions; ils rendaient, en fait, la grève impossible dans bien des cas où les T. U. avaient coutume de la pratiquer, et suivant leurs procédés habituels. Elles y virent une atteinte grave à leur situation, outre la ruine presque certaine de leurs caisses.

Ce fut la circonstance qui les groupa sous le danger commun. Déjà sous le ministère Balfour elles avaient obtenu un vote incomplet ; les élections de 1906 achevèrent leur succès sur ce point. En réalité ce fut l'opinion, si puissante en Angleterre, menée par les T. U. qui décida le gouvernement : la volonté des électeurs fut l'argument décisif.

La loi fut assez discutée mais les Unions obtinrent gain de cause. Voici les principales dispositions écrites dans la loi :

1° D’abord le principe suivant est étendu aux conséquences civiles sous cette forme qui est celle de 1875. « Des actes qui dans un conflit ne pourraient être punissables chez un individu isolé ne peuvent l’être davantage pour une collectivité organisée »;

2° Le picketing pacifique est licite, même quand il a pour but d’amener, sans violence, à travailler ou à cesser le travail ;

3° Les unions patronales ou ouvrières ne peuvent être poursuivies, ni elles ni leurs agents, en réparation d’un prétendu dommage causé par l’association ou en son nom; la responsa-

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