‹ Coup d'oeil sur l'homme et sa chute [microforme]Chapitre 10 sur 12 · LL · texte numérisé non relu

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et ils crurent la vaincre en faisant immoler celui qui en était l'agent le plus actif, le plus dévoué et le pluséclairé. La hiérarchie, savante et puissante, se fit délatrice et tacha ses autels du sang d’une grande victime. Peine inutile ! le nouvel ordre de choses prit une plus forte extension et se nourrit des diffcultés et des persécutions.—La hiérarchie du jour saura-t-elle profiter de cette leçon, de cet enseignement et suivre une marche opposée à celle de cette première ? Saura-t-elle mettre ses intérêts de côté et prendre ceux du peuple ? Saura-t-elle se faire humble et confiante dans la Providence et accepter de bonne grâce la part qu’elle veut lui allouer dans les destinées futures ? Saura-t-elle voir dans les signes du temps une inexorable volonté et la réalisation des choses prédites ?.. Non ! Les émules par excellence du conservatisme ne verront, n’entendront et n’agiront guère mieux que leurs prédécesseurs judaïques.

Les évènements spirites du jour sont les avant-coureurs de la régénération de la République spirituelle ou du christianisme. Les hiérarchies ne comprennent pas la signification de ces évènements et s’obstinent à voir des faits démoniaques, des enseignements mensongers, dans les manifestations et les doctrines que ces évènements provoquent. Ils ont des yeux et ne voient pas; ils ont des oreilles et n’entendent pas. Ils ferment leurs yeux et bouchent leurs oreilles, afin de ne pas voir et de ne pas entendre. Peines inutiles ! les évènements marchent et le statu quo se dérange et inquiète, quoiqu’on en dise, ceux qui le maintiennent.

Le peuple aime les miracles, car ils lui enseignent qu’il peut aussi en faire. Le peuple aime les doctrines simples et sait les -omprendre malgré les faux enseignements dont on le nourrit aux sources officielles. Le peuple croit en Dieu, en sa paternité réelle et non en sa paternité nominale ; il aime son Père comme un enfant, avec foi, avec tont l’attachement et l’expansion possibles, et se croit aimé de même de Dieu. On a effrayé le peuple avec des fantômes ; les fantômes sont ses amis et le prouvent aujourd’hui en l’instruisant.

L'abord d’un précipice est souvent difficile lorsque les sens seuls sont éveillés à son aspect. Le danger inspire la crainte et émeut profondément l’homme lorsque le savoir et l'ex. périence ne viennent pas à son secours pour le soutenir et l'encourager. L'ignorance est le plus grand précipice que l’homme puisse rencontrer, et, s’il ne cherche pas constamment à l’éviter par la volonté, le travail et la persévérance,il arrivera pour lui un moment où il se croira perdu, malgré la vue du ciel bleu, des fleurs épan: "+ et des magnificences de la nature qui sourient au Créate:. : aux créatures.

Je vois, hélas, partout des voiles recouvrant toutes choses. L'homme sur la terre ne se fait aucun scrupule d’écarter celui

- qui cache la science et de puiser à pleines mains dans ce trésor

tout matériel, à vrai dire. Voyez l'énergie, la persévérance employées pour acquérir des notions élémentaires sur la vie des choses et sur la vie humaine. Je contemple avec étonnement quelquefois l’avidité du savoir matériel de l’homme, lorsque ma vue se porte sur les trésors autrement précieux qu’on néglige encore de connaître et d'apprécier.

La science est électrique et refroidit l'intelligence de l’homme. L'œil du savant ne voit que les os ou la structure grossiére des choses; pour lui il n’existe pas de prisme éclatant, de couleurs brillantes, de nuances qui s'aiment et s’enchaînent étroitement dans un embrassement indissoluble. La poésie des choses, qui forme leur véritable vie, n’existe pas pour la science et pour celui qui s’en inspire. On chercherait vainement dans les traités académiques les hautes conceptions de la pensée, le vol élevé qui fait voir et connaître la nature intime et indestructible des choses.

La science traite avec les os. Quoique vrai, cet aphorisme peut sembler dur. Si un des apôtres de la morale amoindrit ainsi le rôle circonscrit de la science, il est prêt à admettre que la morale, malgré la supériorité qui la distingue de la science, n’est auprès des choses universelles que la partie charnelle.

Le scientifique et le moraliste sont deux êtres de la famille humaine préposés à deux missions différeuies. Le premier est le pionnier auprès de la nature matérielle et des idées qui servent à la développer ; le second remplit un rôle plus élevé et dispose d’un cercle plus étendu d'idées; mais ni l’un ni l’autre, ni les deux réunis, ne sauraient prétendre au plus haut emploi auprès de la création et se croire investis de la suprématie de la pensée ou de la vérité qui dirige en dernier ressort.

Le scientifique est aux choses matérielles ce que le moraliste est aux choses spirituelles. La pensée pour le premier est à l'état concret; pour le second elle est à l’état fluidique. La nature entière se transforme pour ces deux êtres dans ces deux états, et toute cette manifestation différente n'est après tout que l'expression de leurs deux états individuels, le prolongement extérieur de leurs pensées différentes.

Le penseur superficiel sourira à cette définition ; le matérialiste la trouvera vague, et le spiritualiste incomplet la trouvera trop matérialiste.

L'homme, le plus grand et le plus parfait des êtres après Lieu, n'est pas toujours nécessairement emprisonné dans les organismes, plus ou moins différents dans leurs formes, dont il se sert pour agir, soit auprès de la nature matérielle ou de la nature spirituelle, et il ne se trouve pas toujours en contact immédiat avec la manifestation de sa pensée.

La science enseigne que l'organisme c’est l’homme. Onne

saurait plus matérialiser cette pensée que par cet axiome. On reconnait par là que la science ne joue qu’un rôle rudimentaire et qu'elle circonscrit bien étroitement les capacités de l’être humain ; elle ne s’arroge que le visible dans ‘es conditions présentes et elle proscrit présentement ce qu’eile est forcée d’admettre plus tard : l’invisible ou le spirituel.

La science spiritualise et divinise, on pourrait dire, la matière dans sa plus haute expression, en faisant de l'organisme humain le plus haut idéal, la cause principale de tout développement ; si son cercle d'observation et d'étude ne s'étend pas au delà du visible, c’est que sa mission se borne à ce rôle ; on aurait tort de lui vouloir des ” ss quand la sagesse divine

lui assigne une mission plantureuse sur la terre et dans le visible.

La science proscrit l’invisible ou le spirituel lorsqu'il s’annonce et qu'il se rend visible à sa sœur cadette, la morale; mais elle régularise et méthodise plus tard ce que cette dernière rassemble ; elle le fait, il est vrai, avec lenteur, avec beaucoup de circonspection et d’après des règles qui lui paraissent justes et irréfutables : en cela elle remplit tout simplement sa mission et son devoir. :

La morale, embrassant l'étude du spirituel, a un immense champ d'observation ; ses adeptes, par la clairvoyance, s’élancent à perte de vue dans les régions de la mentalité, lorsqu'ils ne s’attachent pas au matérialisme de la terre, lorsqu'ils se dévouent purement et simplement à leur mission. La morale, néanmoins, est circonscrite aussi comme la science dans un cercle donné, au delà duquel elle ne saurait aller sans s'embrouiller et se perdre. Au delà du spirituel se trouve le divin ou l'éther. Ceux qui occupent ce règne de la pensée chérissent la philosophie au moyen de laquelle ils pénètrent partout. La philosophie ou l’état divin de la pensée humaine se résume dans des notions simples et claires que la science sait quelquefois admettre, mais que la morale répudie souvent mème après examen.

L’antagonisme est une condition naturelle nécessaire à l’organisation et au développement de la matière. L'homme qui part du séjour divin pour remplir la mission ordinaire, se trouve nécessairement en antagonisme avec ses semblables qui sont dans d’autres états que celui qu’il occupe. Les trois états distinctifs de la vie humaine ont certainement l'effet de rendre la manifestation de la pensée de l’homme différente dans chacun de ces états et de donner à son organisme une manifestation différente aussi, mais le moi reste bien longtemps, sinon toujours, inaltérable partout et en tous lieux.

La chute de l’homme a perdu son caractère noir et repoussant, son entourage de théories rudimentaires et grossières qui fatiguaient l'intelligence et faisaient souffrir le cœur. Le développement matériel amené sur cette planète permet aujourd’hui à une partie de ses habitants de recevoir des révéla-

tions plus avancées et d'envisager la chute d’une toute autre manière.

La démonstration théo" ue de cette révélation faite en ce moment par uue simple assertion, ne saurait satisfaire ceux qui croient plus au tangible qu’à l'inspiration de leurs pensées, ni même ceux qui admettent la révélation comme chose incontestable et qui y croient par le fait de l'éducation ou de la transmission. La conviction est plus souvent une affaire d’habitude que de raisonnement pour un grand nombre, pour ceux surtout qui poursuivent les idées rapprochées du matériel, ou celles qui se fixent superficiellement sur le spirituel. Une idée quelconque n’atteint réellement son apogée d'existence qu’après avoir traversé l’état matériel et l’état spirituel. De toutes celles qui existent sur la terre aucune n’a encore complété ces deux étapes ; aussi reviennent-elles chacune à des temps périodiques sous une forme plus ou moins différente chaque fois, pour se défaire des entraves qui les embarrassent et pour agir d’une manière plus efficace sur l'organisme intellectuel de l’homme et par contre-coup sur toutes les parties de la nature matérielle qui l’entourent.

La philosophie du paganisme revit et revient dans les temps modernes d’une manière incontestable. Les sublimes idées de l'antiquité après un long ensevelissement apparaissent de nouveau dans l'horizon mental du jour et le cinglent de ses vives lumières. Quels sont les esprits forts qui penaant l'intervalle de ces deux époques ont pu croire à la métempsycose ou à la signification que cette doctrine comportait réellement pour ceux qui la professaient ? Cette idée sommeillait pendant ce temps pour les habitants de la terre. L'homme ancien et l’homme nouveau se rallient aujourd’hui bien étroitement de plus d’une manière en entretenant les mêmes ordres d'idées. Le nouveau et l’ancien se donnent une main fraternelle et le baiser. de la bonne entente. Qui aurait cru à une conversion si difficile, en apparence du moins, et si grande par les résultats qu’elle fait déjà naître à vue d'œil?

On chercherait vainement à faire croire à l’homme dont la foi est encore enchaïinée, que la chute a été un acte volontaire de la part de chacun ; que les misères de l'existence matérielle,

sans compter celles qui ont lieu dans l'existence spirituelle, furent non seulement acceptées, mais avidement recherchées par chacun des êtres qui peuplent et font agir ce monde. Les chapitres précédents offrent une suite précieuse d’exposés propres à convaincre celui qui est déjà initié aux doctrines renouvelées du jour ; mais celui qui est encore imbu des enseignements officiels et qui ne cherche pas le progrès de l’idée traitera dédaigneusement celle qui est propre à élever ses semblables et lui-même.

On fait beaucoup de cas du raisonnement et de la logique ; mais il est certain que ces deux agents de la pensée n'ont pas toute l'importance qu’on leur assigne. Ces deux agents ne pénètrent pas dans le for intérieur de l'intelligence ; ils ne représentent réellement qu’une partie inférieure ou extérieure de cette plus haute faculté de l'être humain. Le degré de la manifestation de la pensée de l’homme terrestre et de l’homme dans la région spirituelle, ne décèle tout simplement que le degré auquel il est rendu dans sa mission. Celui qui est encore nouveau dans cette mission possède un organisme grossier, propre à ne remplir que des œuvres rudimentaires. En prenant le raisonnement et la logique comme criterium,pour juger cet homme on dirait : voilà un être inférieur, uneintelligence grossière ! C’est au moyen du raisonnement et de la logique que les peuples primitifs de la terre jurcrent que Dieu était un être sanguinaire, animé des plus terrioles passions C’est par ce moyen que les scientifiques reconnaissent à la matière le pouvoir de se transformer sans aucune aide extérieure. C’est par ce moyen que le moraliste imagine les théories les plus divergentes sur la nature de Dien et sur la misssion de l’homme. C’est par ce moyen que l’homme proscrit le savoir, et c’est par un moyen tout autre, qui n’est guère connu, qu’il est . forcé d'admettre ce qu’il a méconnu d’abord.

La science se sert du raisonnemeut et de la logique comme d’huissiers pour introduire dans son temple les idées, étrangères pour elle, qui sont déjà connues et reconnues ailleurs : de la morale et de la philosophie. La science a pour rôle principal de vulgariser les idées et de les rendre,pour ainsi dire, tan-

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gibles, afin qu'elles agissent directement et fortemnt sur la matière.

La morale se sert aussi, dis-je, du raisonnement et de la logique, mais elle le fait plutôt comme moyen auxiliaire qu’autrement. La meilleure preuve qu’elle n'en fait qu’un petit usage, c'est que ses codes ne sauraient supporter un examen sérieux de cette sorte. Le glaneur ramasse toujours plus de paille que de grain dans son travail La morale est une glaneuse ou une porteuse d'idées, agissant entre la philosophie et la science ; son raisonnement et sa logique ne lui viennent que par ses rapports, plus ou moins constants, avec la science ; ils ne lui viennent nullement de la philosophie qui voit et connait par le seul fait de sa proximité immédiate avec la lumière.

La morale qui est aussi l'interprète naturelle auprès de la science des grandes et simples idées de la philosophie, quoique recevant ses lumières directement de cette dernière, ne sait pas comprendre l'importance des idées dont elle est la porteuse. Lorsqu'elle se mêle de raisonner avec la science, ses arguments sont toujours faibles quoique assez souvent violents.

Ces dissertations forment la base indispensable pour asseoir, à mon point de vue, la question que je traite en ce moment. En établissant aussi succinctement que je viens de le faire les vastes et les simples rouages de l’organisation universelle, j'ai voulu préparer d'avance mes frères terrestres à admettre cet enchaînement de faits comme chose incontestable et comme étant propre à réhabiliter l’idée méconnue de la dignité de l'homme.

La pensée est le produit direct de Dieu, comme la lumière physique est le produit direct du soleil. L'homme ne forme pas la pensée : il l’absorbe de Dieu. La pensée est le sens général de l'idée ; l’idée est la forme, la manifestation spirituelle de la pensée.

L'homme physique et l’homme moral reçoivent les idées dans des conditions différentes; pour le premier les idées ont un caractère obscur, en raison de son éloignement du Grand Centre ; pour le second elles ont un caractère semi-obscur, va-

gue et indéfinissable. Les idées, néanmoins, arrivent à l’homme, dans tout état, suivant les besoins généraux et particuliers. La réflexion de la pensée divine sur l'organisme intellectuel de l'homme, dans tout état, est constante, comme la réfraction de cette pensée vers Dieu l’est également. L'homme est nécessaire à Dieu, comme Dieu est nécessaire à l’homme.

Toutes les idées sont des certitudes ; si elles ne le paraissent pas toujours au point de vue général, elles le sont toujours au point de vue particulier ou personnel, pour celui qui les reçoit. Les idées quoique éternelles, comme la source d’où elles proviennent, n’en subissent pas moins pour tout cela des naissances périodiques avec des manifestations différentes. La renaissance des idées est aussi indubitablement vraie que la renaissance de l’homme, et vice versd.

Les idées qui ont présidé à la formation et au développement des mondes complets, au point de vue matériel, sont les mêmes qui viennent former lès mondes nouveaux et les développer jusqu’au même point que les autres. Dieu préside à la formation et au développement de tous les mondes et l’homme exécute ses conceptinns. Dieu ne se fatigue pas de concevoir et l’homme ne se fatigue pas d'exécuter. |

Dieu n’est pas moins puissant et sage au commencement de n'importe quelle œuvre qu’il ne l’est à la fin. La cause ne change pas quoique ses effeis se multiplient continuellement à travers des degrés qui servent à leur donner une forme et des existences différentes. Dieu est la cause médiate, l’homme la cause immédiate auprès de toutes espèces d'organisations matérielles et spirituelles. La causé immédiate ne change pas plus en réalité que ne le fait la cause médiate. Dieu est toujours Dieu et l'homme est toujours homme, malgré les degrés de leurs manifestations respectives et immédiates auprès de la nature matérielle et de la nature spirituelle.

L'induction qui est le propre de la science sert à la connaissance des effets, mais non pas à la connaissance des causes. La déduction qui est le propre de la philosophie se trouve seule en rapport'efficace avec les causés. Tout enseignement qui ne provient pas directement de la déduction manque de la vertu essentielle. Ceux qui proviennent de la morale sous forme

dogmatique pèchent toujours contre le sens pratique et n'ont à vrai dire que la rèverie pour domaine,

L'humanité terrestre entre auj ‘rd’hui dans une phase d’existence où les enseignements de la morale perdent beaucoupde leur ancien lustre. La morale tout en perdant gagne beaucoup par le développement que ses enseignements subissent par le fait des idées d’un ordre philosophique qui surgissent de toutes parts. La morale renaît aujourd’hui dans des corps plus développés et elle pourra se manifester d’une manière plus avantageuse pour elle-même et pour l'humanité terrestre entière. Ceux, hélas, qui sont encore nouveaux dans le champ difficile de la vie pratique seront les témoins de la rénovation de la morale par la réhabilitation de ses institutions et de ses coutumes, des mœurs et des idées de ceux qui les représentent officiellement,—une chose pénible à contempler! Les révolutions sont toujours terribles pour ceux qui ne savent voir et comprendre que leurs détails, que leurs effets immédiats.

La morale ne retient pas longtemps l’homme dans ses bras sans l’énerver, sans le rendre impropre, en quelque sorte, à sa mission ; son embrassement est fébrile comme celui de la compagne de l’homme. Malheur à celui qui s'endort sur son sein et qui néglige de tendre plus haut, d’aspirer à la philosophie !

Les enseignements officiels de la morale, par la voie de la théologie, apprennent à l’homme des choses qu’il se hâte d'oublier du moment qu'il s’émancipe de sa tutelle. Ce n’est pas l'ingratitude qui éloigne l’homme de cette maîtresse et de ses maîtres et qui lui inspire de l’aversion ou de l'indifférence pour leurs leçons, pas plus que ce n’est l’aversion et l'indifférence qui éloignent l'adolescent de sa mère et du toit qui l’a protégé. L'enfant émancipé de la tutelle de sa mère sait bientôt lui donner des conseils et des leçons utiles : de même l’homme émancipé des liens théologiques sait bientôt rassembler des idées d’un ordre supérieur. La mère ne sait pas blâmer et maudire son fils qui s'éloigne d'elle et qui professe une foi indépendante ; de même la théologie devrait agir envers ceux qui la quittent et qui s’inspirent à une autre source.

Le faible et le fort de la morale, c’est de rabaisser l’homme dans sa propre estime et par contre-coup de rabaisser la Divi-

nité. Cette assertion n’est pas seulement basée sur quelques uns des enseignements de la théologie, mais sur la plupart. L'inspirateur de ce chapitre, après un long professorat de théologie sur la terre, sincèrement suivi, s'aperçoit aujourd’hui que ses enseignements d'autrefois n'étaient qu’un reflet obscurci de la lumière divine, et que les lumières morales du jour, commentées et expliquées par les docteurs de l'autel, ne sont nullement propres à relever l'humanité terrestre dé son état ni à lui donner des notions claires et précises sur son origine, sur sa destinée, présente et future, ni sur la nature de Dieu.

L’aveugle qui tâtonne ses pas et qui craint à tout moment des précipices agit exactement comme font les théologiens dans leur marche sur la terre ; les plus éclairés ne pérorent d’après aucun principe et leurs inductions sont autant de vaines thân. ries. La théologie est un assemblage hétérogène de molécules d’idéesquis’enflammentsur la terre à la manière de l'hydrogène, sans éclairer personne. Que peut-on voir à travers une lumière sombre et trouble, sinon des fantômes fantastiques !

Que font voir les lumières de la théologie ?.. des monstres ! La nature entière apparaît lugubre et révoltante. Dieu même semble être le plus terrible ennemi de l’homme et de ses œuvres. Le ciel est un chaos par le manque de mouvement, ou de vie active, qui est la première condition en toute chose. On cherche en vain à voir à travers cette nébuleuse lumière un rayon bien distinct d'amour et de sagesse. On frissonne d’effroi et de stupeur à la vue des guerroyantes manifestations de la Divinité qui foule sous ses pieds.....ses enfants! On cherche en vain le but avoué ou probable de telles scènes, de telles horreurs. La somme nette et explicative de tout ce cauchemar n’est propre qu’à prouver de la manière la plus irréfragable, pour tout homme en possession du sens commun : que l'être humain apparaît comme étant un million de fois meilleur que Dieu.

Toutes les idées, ai-je dit, sont des certitudes. Comment réconcilier cet axiome avec les idées de la théologie reconnues par moi comme mensongères ? Le mensonge est un mauvais emploi ou une perception oblique de la vérité ; par conséquent, je donne une atténuation importante à ce mot. Les lumières

morales n’appartiennent qu'à l'ordre négatif, et comme telles elles ne représentent qu’un côté obscur de l'intelligence,

L'homme,en partant du séjour divin, ne va pas à la recherche de Dieu (telle n’est pas sa mission); il s’en éloigne pour chercher la matière, pour travailler la matière et pour former des mondes habitables. La morale, par la voix de son interprète, —la théologie—enseigne que l'homme a été chassé du séjour divin et que sa mission ne consiste qu'à chercher Dieu. La philosophie,quelque élémentaire qu’elle soit encore sur la terre, enseigne que l’homme est un être nécessairement progressif, par conséquent, qu'il ne saurait se perdre et qu’il n'a jamais été perdu.

Arrêtons-nous un instant sur ces deux idées si différentes et embrassons avec l'œil de l'intelligence l'horizon lointain qui se dévoile. L'infini ne renferme pas l'erreur et ne décourage pas celui qui l'interroge. La nature est active partout ; nulle part le vide ne se trouve. La pensée ailée ne connait pas la distance. Que ceux qui ne peuvent nous suivre ne nous accusent pas de folie et d’intentions mauvaises.

Les vagues du présent et de l’avenir déferlent sur nous et nous inondent parfois, mais nous surnageons bientôt après. Les difficultés idéales ne détruisent pas les capacités de l’intelligence ; elles se brisent elles-mêmes en l’assaillant,

Le présent ne nous apporte que l’écume de l'avenir. L’homm> sur la terre ne se contente pas de rester sur le rivage des mers ; son ardeur et son courage le poussent à des entreprises lointaines sur ces nappes immenses pour lui; il va chercherau loin l'inconnu et l’invisible. Des milliers et des milliers d'entreprises malheureuses accompagnées de désastres inidescriptibles ne l’empèchent pas de s’exposer de nouveau aux mêmes périls, pour découvrir ce qui reste encore à être connu. Traitet-on de fous ceux qui s’aventurent ainsi? Doit-on par là même traiter de fous ceux qui s’aventurent sur les mers inconnues de l'avenir et qui vont chercher les terres fermes de la pensée ?

Que ceux qui ne veulent pas entreprendre un voyage de long cours sur cet élément si peu connu encore, se fassent caboteurs et parcourent les côtes mêmes qui les entourent. Examinez et

connaissez la miniature, si vous n'avez pas la hardiesse et le

courage d'aller contempler et de connaître le grand, l'immense tableau qui se déroule au loin. Prenez la loupe de l'examen et non pas des verres obscurs nour accomplir ce travail. Fnterrogez les faits du jour si vous ne pouvez en comprendre les aspirations. Foulez la terre avec amour et non avec dégoût ; aimez cetto mère nourricière qui fournit à vos besoins matériels et quise pare de fleurs pour plaire à vos sens. Regardez le ciel bleu et le ciel sombre, comme étant deux conditions nécessaires au développement de toutes choses Tout en formant partie de la masse humaine, sachez conserver votre individualité. Tout organisme intellectuel est appelé à agir par lui-même.

Examinez attentivement l'organisme individuel, que la science nomme le mni, et que la morale dédaigne. Voyez si cet assemblage d'organes, de molécules réunies en un seal tout, forme réellement le principe individuel, l'être enfin. La science et la morale reconriaissent.l’individualité humaine. La science ne lui assigne une existence que sur la terre; la morale, tout en lui reconnaissant une existencee terrestre, dans l'organisme physique, prétend néanmoins que l’individualité n'existe complètement que dans la région spirituelle. La science et la inorale en raisonnant ainei, en arrivant à ces deux définitions différentes, ne dépassent pas les points de vue de leurs sphères respectives ; elles ne sauraient voir au äelà de l'horizon qui les entoure, dans lesquels elles sont renfermées. L’aspiration de la science c’est de faire de la terre un paradis; c’est le but qu’elle se propose et qu’elle poursuit constamment, Quelle est i'aspiration de la morale? Demandez à ses professeurs qui sont mécontents du séjour terrestre. Ne diront-ils pas que la morale a la mission de préparer l’homme au bonheur final du séjour spirituel? Aux yeux de la science, l'existence terrestre représente réellement la mission première et finale de l’homme. Aux yeux de la morale, l'existence spirituelle est la seule où l’homme puisse trouver le bonheur complet et où il doive se fixer pour toujours après son départ de la terre. La morale se trompe-t-elle par cette déclaration ? L’eau qui s’évapore se spiritualise, mais elle descend sur la terre en rosée ou en pluie ; de même l’homme redescend sur la terre après un

séjour plus ou moins long dans la régie spirituelle qui entoure la terre. La science et la morale ne sont pas encore arrivées au développement nécessaire pour constater et reconnaître ce fait; mais ce fait n’en existe pas moins pour cela.

Mais laissons de côté ces faits inconnus pour le grand nombre et occupons-nous de ceux qui,quoique admis,sont en réalité bien peu connus.

On établit la déchéance de l’homme avec l'évidence palpable du progrès devant les yeux. Comment qualifier le raisonnement de ceux qui déraisonnent ainsi ? Mais, diront les sectateurs de la science, ce sont les acolytes de la morale qui commettent cette absurdité ; nous, nous traitons avec les faits!

La parole qui rend compte d’une idée est fluidique aussi bien que l’idée elle-même, mais l’idée se symbolise ou se matérialise pour les sens matériels dans un fait. Au point de vue de l’œuvre, la parole est inférieure à la main agissante ; par là même la morale estinférieure à la science dans la mission créatrice de l’homme. La science prèche la terre; la morale prêche le ciel qui entoure la terre. Il est évident que la science a la rai. son de son côté. L’homi'e se brutalise nécessairement pour organiser et développer la matière. Il vaudrait autant s’attendre à ce que le mineur de charbon ne se salît pas en travaillant, que de croire que l’homme puisse faire un monde sans être sujet aux difficultés qui appartiennent à une telle œuvre, sans se noircir à un tel travail.

C'est le spirituel qui descend vers le matériel ; c’est le ciel qui s’incarne sur la terre. Dans quel but ? La raison en est bien évidente porr tous, car tous s'y soumettent : c’est de travailler au globe qui vous porte La mission de l’homme est certainement matérielle. Le travail des mains, celui du cœur, celui de l'intelligence, se reportent toujours sur quelque objet matériel, d’une sorte ou d’une autre.

L'homme ne doit pas s'attendre à éviter de suite tous les embarras qui pavent sa route. La morale crie et prèche contre les embarras ; la science les étudie, les analyse et les utilise.

Les idées qui traversent le cerveau passent à travers le cœur, mais pour se rendre aux mains. La main est l'agent actif de l'intelligence : le cœur n’est qu’un foyer négatif, comme le zinc dans une batterie.

Quelque positive que soit la science et quelque absolue que

prétende être la morale, ni l’une ni l’autre sur la terre et mê-

me dans le monde spirituel, dès à présent, ne sauraient dire

où se trouve le moi qui questionne et qui répond par ses appa-

reils organiques. Mais, dira-t-on, où est l’homme s’il n’est pas dans son organisme? L'homme est-il un mythe ?

L'organisme humain est un automate qui, par l’arrangement de ses rouages, agit d’après la pensée qui l’a façonné. La science et la morale veulent que cela soit l'homme. Ces deux agents de la pensée ne font que tenir compte du progrès matériel et spirituel, comme l'aiguille d’une pendule marque l’heure du temps qui s'écoule. Il vaudrait autant dire qu’une pendule est un ouvrier, que de dire que l’organisme humain est le moi. Est-ce parce que l'organisme humain peut plus qu’un organisme de l’ordre animal ou que tout autre organisme dans les règnes inférieurs, qu’on doive le considérer comme le moi lui-même ?

La science a ses données exactes ; la morale a ses données absolues ; l’une et l’autre, néanmoins, ont une atmosphère éthérée que les profanes ne respirent guère, ou, lorsqu'ils la respirent, ils ne voient rien ou ne comprennent rien. On nomme cela la philosophie naturelle et la philosophie morale ; mais la philosophie pure est encore à venir sur la terre et même dans son ciel ou dans son atmosphère spirituelle.

Cerveaux humains, fonctionnez sur la terre ; faites agir l'organisme qui dépend de vous ; de toutes manières le développement matériel en sera le résultat. La morale vous dira : le développement spirituel en sera le résultat. La pluie descend sur la terre pour la fertiliser ; de même le spirituel descend et redescend dans humanité terrestre pour la développer.

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