‹ Coup d'oeil sur l'homme et sa chute [microforme]Chapitre 11 sur 12 · DL RS · texte numérisé non relu

DL RS

Les organismes hamains se perfectionnent, et vous dites : c’est l’homme, le moi, qui se perfectionne. L'homme, ditesvous, est un effetet en même temps une cause ; mais tout autre effet au-dessous de lui n'est-il pas également une cause vis-à-vis de choses encore inférieures ? L’enchainement ininterrompu de la nature, depuis l’objet le plus infime, n’existant encore qu’à l’état d'atôme simplement, jusqu’à l’objet ou l’être le plus développé qui se rapproche le plus du Créateur ou de la Source Suprême de toute vie, ne démontre pas qu'aucune de ces parties externes de la pensée primordiale soit douée de la qualité d’individualité dans le véritable sens du mot.

La parole est toujours un obstacle à la pensée quoiqu’elle soit son aide. Malgré tout ce qui a été dit sur la terre et dans son ciel sur la nature de l’homme, on n’est pas encore parvenu à le définir, pas plus qu’on n’a pu définir Dieu. Tout est question ouverte. L'infini ouvre ses bras à toutes les idées et les embrasse toutes avec amour. Tous les organismes ou les êtres, si vous voulez, s'entre-choquent et se brisent pour renaître dans d’autres conditions.

La parole se révèle aujourd’hui sur la terre d’ure manière bien différente d'autrefois. Les acceptions ont changé ; les modifications successives lui ont donné un autre sens qu’elle n'avait pas L’abstrait s’est simplifié ; est-ce à dire qu’il soit arrivé à son dernier terme de dévelo: ement ? L'infini n’existet-il pas aussi bien en avant qu’en arricre ?

On donne le nom d’hypothèse à toute idée nouvelle non sanctionnée par l'opinion publique, ou par ceux qui s’en font les directeurs. Ja marche progressive de la pensée est lente mais sûre. Toute idée arrive dans ce monde avec un droit incontestable, quoique souvent contesté. Toute idée renferme une essence que l'opposition elle-même fait connaître et apprécier. La grandeur de l'opposition décèle généralement la valeur ou la grandeur de l’idée qu’elle attaque. Il importe donc plutôt de s’en réjouir que de s’en chagriner. L'opposition est certainement le meilleur porte-voix que toute nouvelle idée puisse désirer. L'esprit d'opposition, ou l'esprit conservateur, peut-il savoir se taire dans son propre intérêt ? Le conservatisme est toujours le présent s’acharnant contre l’avenir ;

le présent par ses cris et ses violences fait connaître son mal et le mérie de l'avenir qui le remplace.

Le mouvement intellectuel est constant, maïs il y a des périodes où il est plus accentué ou plus visible. O dix-neuvième siècle, que tu es grand ! tu es grand de tous les siècles passés et ta haute taille te permet de voir dans un brillant avenir. Tes yeux interrogent sans crainte l’invisible et ta parole redit aux hommes les anciens mystères oubliés et les proclame avec de nouveaux développements. Le génie inspire et anime le grand nombre au lieu d’être restreint, comme autrefois, dans quelques cerveaux isolés. Tu vis pour tous ; tu embrasses tout dans une étreinte suprême d'amour et d’intelligence. Ta main mâle et hardie ose soulever le voile de l'inconnu pour faire connaître les merveilleux secrets de la nature. Tu cueilleras en conséquence une immense somme de vérités.

O éternité ! ta voix est grondeuse et menaçante pour les oreilles peu développées. Tous les sens à l’état rudimentaire redisent la pensée divine, mais sur des notes élémentaires. Ces cordes de l'organisme humain sont les interprètes de la pensée divine auprès de la nature matérielle. Le concert individuel ou collectif qu’elles forment lorsque le souffle divin les effleure est de triple nature ; la puissance, l'amour et l'intelligence en forment l'essence ; mais chacune de ces notes se distingue par une infinité de nuances particulières à son ®spèce. La manifestation d’un même son à travers la distance varie de nature dans son parcours : de même la puissance, l'amour et l’intelligence sont différents dans leur manifestation suivant les âges et en raison du développement des organismes humains qui servent à les accuser.

La pensée divine se divise ou se répand sur toutes choses lorsqu'elle s'échappe du Grand Centre qui l’élabore ; elle traverse l'organisme humain individuel et collectif et se répand sur tous ceux qui forment les règnes inférieurs de la nature. Est-ce à dire que le rayonnement de la pensée du cerveau humain soit une action indépendante, relevant du libre-arbitre de cet être ou de cetorganisme ? L’immédiat n’est que l'expansion du médiat. En faisant de toutes les idées consacrées et recon-

nues le piédestal d’une nouvelle. interprétation cosmopolitaine, on ne les viole nullement dans leur pureté intrinsèque, on ne les voue pas au mépris, pas plus qu’on ne méprise dans la famille le père et la mère qui s’éclipsent pour faire place à leurs continuateurs—les enfants. La famille se continue toujours, mais dans de nouvelles conditions : de même des idées. L’'enfant Test pas une profanation du père et de la mère : de même les idées nouvelles ne sont pas une profanation des idées reconnues ou consacrées.

La morale s’est beaucoup préoccupée du libre arbitre, ainsi que la science. Les docteurs de ces deux ordres ont beaucoup tâtonné sur ce sujet sans l’épuiser, ni même sans lui donner une physionomie satisfaisante. Les penseurs de tout ordre ont toujours vu la fatalité venir renverser, en partie du moins, leurs théories les mieux conçues et les mieux arrangées ; la plupart ont pris la fatalité pour le hasard, comme si cette idée valait grand’chose dans le raisonnement. (C’est la morale surtout qui s’est fait le prôneur et le défenseur par excellence du libre arbitre. La science ne s’est pas faite absolue sur ce point, souvent au contraire elle s'est acquis la réputation de maérialiste par ses idées tant soit peu fatalistes.

La morale veut que l'homme soit responsable de ses actions ; elle fait la Cause Suprême impeccable en théorie, mais très faillible en pratique, en réalité ; elle rend l’effet responsable, mais la cause irresponsable. La glorification de l’Etre Suprème est un élan naturel, une réfraction logique, mais cet élan n’est bien exprimé que lorsqu'il s'élabore dans l’intelligence, ou que l'intelligence le guide. Le sentiment est le propre des natures faibles. La glorification de l’Etre Suprème par le seul fait du sentiment n’est au plus qu’une fumée; celle qui se fait au moyen de l'intelligence est une vive lumière.

Celui qui ne veut ou qui ne peut théoriser que sur l'effet et qui craint d'envisager la cause ne peut guère s'attendre à arriver à aucune conclusion raisonnable. Il serait oiseux néanmoins de s'attendre à ce que la morale soit jamais réellement sérieuse et forte dans le raisonnement ; la femme ne devient jamais homme : la morale ne devient jamais science et encore bien moins philosophie. La science, la morale et la philoso-

phie sont trois états distincts de la pensée divine qui ne se démontrent sur les globes qu'à des ères différentes, comme effet général.

L'ère morale actuelle ne reconnaîtra pas, du moins officiellement, les vérités essentielles qui seront proclamées par quelques bouches sur la nature de la Cause Suprême, malgré les démonstrations les plus éclatantes qui lui seront offertes. L'homme sage ne s'attend pas à voir une plante fleurir avant son temps. L'éclosion générale de la philosophie n'arrivera que lorsque l’ère morale aura rempli sa mission sur la terre, Cela, néanmoins, ne saurait entraver l’action de ceux qui sont préposés à lui préparer ses voies. Tous les mécanismes intellectuels expriment la pensée divine, mais tous ne sont pas doués au même point de la faculté d’en exprimer les hautes notions.

Reconnaître que l’homme dans les deux états, matériel et spirituel, n’est qu'un organisme, ou une chose, comme tous les autres organismes ou les autres choses au dessous du règne humain, c’est jeter un terrible brandon parmi les théories admises et même parmi celles qui n’ont pas cette qualité officielle et qui sont sensées être bien avancées. Les traits les plus envenimés pleuvront contre cette doctrine. Celles qui ont précédé celle-ci n’ont-elles pas eu à subir le même sort? Cela a-t-il eu l'effet de causer leur mort, ou bien de leur communiquer une plus grande vitalité ?

C'est du matérialisme raffiné que cette doctrine, diront ceux qui marchent dans les sentiers battus, dans les routes commodes. C’est un horrible blasphème contre la vérité que cette inique théorie, diront ceux qui tâtonnent partout sans rien comprendre. Quoique vous fassiez les uns et les autres, cette doctrine fleurira sur la terre et dans vos cerveaux ; elle aura l'effet d'émousser les passions grossières qui l’activent aujourd'hui. À

Qu'importe d’où cette idée vienne immédiatement! Elle ne saurait perdre en valeur ni par la discussion ni par la persécution. Cette idée vient de la Source d’où toutes les autres sont venues. Elle vient en germe comme toutes les autres ont com-

mencé, et comme toutes les autres elle fleurira et éteudra ses rameaux victorieux et bienfaisants,

C’estune révélation ! diront par moquerie les pessimisteset lesilluminés à courte vue. C'est la folie déchainée !dirontles premiers. C'est le diable déchainé qui souffle cela ! diront les derniers.- Que n'a-t--on pas dit contre tout ce qui a grandi sur la terre ?

L'élaboration des idées dans le cerveau humain est un fait constant et évident, diront les scientifiques et même les moralistes, malgré leurs réticences habituelles dans le raisonnement. L'homme a le libre arbitre, puisqu'il l’exerce tous les jours. Sa volonté personnelle ne se démontre-t-elle pas constamment dans les moindres actes? La volonté n'est-elle pas le meilleur témoignage du libre arbitre ?.… Ce libre arbitre, sachez bien que tous les mécanismes des règnes inférieurs l’ont également. S'ils ne l’expriment pas dans le langage humain et de la même manière que leurs ainés, ils l’expriment dans le leur et de la manière qui leur est naturelle ; voilà la seule différence.

Ce que vous appelez vie inerte, dans le langage scientifique, est doué de mouvement, de volonté dans le même sens que chez l'homme. Ce que le moraliste nomme perversité est une sage dispensation qui sert à maintenir l'équilibre et à amener le progrès. Imaginez d’abord une batterie sans pôle négatif, avant de nier l'utilité et la nécessité de la vie inerte et de la perversité. Trouvez d’abord les lois naturelles en défaut avant de vous croire supérieurs à elles et indépendants d'elles dans vos conceptions et dans vos actions. Pouvoir dire: je veux, et mème agir en conséquence, cela ne prouve pas la liberté de volonté et l'indépendance de ceux qui ne veuleni et n’agissent que comme instruments.

Ilyatrois courants qui agissent sur le cerveau humain, dans toutes les sphères, et ces courants proviennent de la Source Suprème, qui forme, alimente et développe tous les organismes. Le cerveau humain est disposé de manière à recevoir chacun de ces courants séparément ; à travers l'organisme en. tier il y a des voies où chacun de ces courants circule et provoque des actions opposées quise marient dans l’ensemble. Vous dites : je veux; mais cette volonté est triple. La volonté

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