‹ Coup d'oeil sur l'hydrologie du MexiqueChapitre 15 sur 17 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

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Quoique ces observations n'aient été poursuivies que pendant quelques mois, elles montrent bien que le sol de la vallée de Mexico est soumis à des oscillations si fréquentes que c'est ici un phénomène habituel.

Note V.

Carte du plateau de VAnahuac et de son versant oriental.

Cette carte est celle de la partie du Mexique dont il est surtout question dans notre mémoire. Elle estd*un format peu commode pour une publication in-8^, et il avait d'abord été question de la faire paraître en quatre feuilles. Mais ce fractionnement n'aurait pas dispensé d'un pli transversal, et il découpait si mal le pays qu'on aurait eu quelque peineàse représenter le terrain. J'ai donc préféré n'en former que deux feuilles, et elles ont été disposées de manière à pouvoir èlre réunies en une >eule. si on désire les faire coller sur toile, afin de les consulter plus facilement. Une juxtaposition de ce genre aurait l'avantage de faire mieux saisir la configuration du sol et la distribution des fleuves. Pour faire comprendre parfaitement ia nature de ce pays, il eût été désirable de pouvoir étendre lacarte d'un Océan àTautre ; mais, outre que les matériaux m'eussent

1 Cette note forme, pour ainsi dire, un tout à part, en dehors du mémoire et destiné à faciliter l'intelligence des cartes. Elle doit être lue séparément avec ces cartes en regard.

On trouvera peut-être que j'y répète sous une forme plus brève des choses déjà développées dans les pages qui précèdent ou qui le seront dans les autres parties de ce travail. Ces répétitions étaient nécessaires pour donner un npcrru général du pays au point de vue géographique.

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manqué pour représenter d'une manière satisfaisante un ensemble aussi vaste, la carte aurait pris un développement hors de proportion avec le but de ce mémoire.

Afin de rendre plus sensible ia configuration si intéressante et si exceptionnelle de cette contrée, j'ai ajouté au dessin topographi(|ue le profil de la route de Mexico à Véra-Cruz, qu'a publié Humboldt, et auquel il n'y avait rien à changer, mais seulement quelques additions à faire. On ne doit pas oublier, en se servant de ce profil, que pour rendre les différences de niveau plus saisissables, on a considérablement exagéré les hauteurs, l'échelle verticale étante l'horizontale dans le rapport de 24 : 4.

Config^oration orographiqne.

La partie du plateau qui figure sur la carte est celle qui environne les deux plus grandes villes du Mexique, Mexico et Puebla. Elle forme, avec le plateau deToluca qui s'étend au S. -0. de la vallée de Mexico, l'extrémité méridionale de la grande table du Mexique. Au Sud le sol s'abaisse, en passant parla terrasse deCuernavacaJusqu'à l'isthme de Tehuantepcc; au N.-O. il gurde au contraire un niveau plus ou moins égal. Au N.-K. le plateau est li mité par la bande montagneuse qui forme la pente rapide inclinée vers les terres basses voisines de la mer^ et que j'ai constamment nommée le versant du plateau ou le versant de la Cordillère, considérant dans ce cas toute la table soulevée comme formant la Cordillère proprement dite, Souvent aussi l'on désigne ce versant sous le nom de : la Cordillère^, vu sa nature montagneuse et parce que, en-

* Comme je l'ai dit ailleurs, ce terme de Cordillère est un nom générique qu'on applique au Mexique indifféremment à toutes les montagnes disposées en forme de chaîne.

8 Cette bande ne doit pas C'tre prise pour une chaîne plus élevée que les plaines du plateau Les montagnes qui la composent sont

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visage des terres basses du littoral, il prend l'apparence d'une grande chaîne de montagnes.

Cette chute du terrain, qui relie le plateau avec la mer, vient mourir dans les terres basses du littoral que j*ai indiquées sous le nom de la zone maritime. Je consacrerai quelques mots à donner un aperçu géographique de chacune de ces trois régions.

1® Le plateau ou la table qui occupe la portion S.-O. de la carte est une vasle plaine d'un niveau assez égal, mais semée de collines et de montagnes, qui se trouvent indiquées à peu d'exceptions près. La plupart sont des émincnces volcaniques isolées et de forme arrondie ou conique. Parmi ces montagnes figurent les sept plus hautes cimes de la ligne de volcans qui traverse le Mexique de TE. à rO. Ce sont^ :

Le pic d'Orizaba^ ou CitlaltepetI (montagne qui brille comme une étoile).

La Sierra Negra, son annexe.

Le Coffre de Perote ou Nauhcampatepetl (montagne carrée).

La Malinche ^ ou Matlalcueye (femme morte)

Le Popocatepetl ^ (montagne fumante).

au contraire plus basses que le sol uni de celui-ci^ à l'exception du rebord qui limite le plateau sur une certaine étendue. Le profil fait, du reste, bien comprendre cette forme du terrain .

* Les altitudes sont indiquées sur la carte.

' Aussi nommé volcan de San-Àndrès. Â.25 lieues en mer on aperçoit déjà les neiges de cette montagne brillant comme une étoile.

* Ce singulier nom parait venir d'une double corruption de celui de Marina, maltresse de Cortès et maintenant l'une des saintes du paradis. Les indiens transformèrent Marina en Ualintxin en l'adaptant « leur langue, et probablement aussi parce que Malintzin était le nom d'une célèbre sorcière indienne ; les Espagnols, adaptant à leur tour Malintzin à la langue castillane^ en firent Ualinche.

* Ce volcan et le suivant ont conservé leur nom primitif. On écrit indifféremment Popocatepetl et Popocatepec.

UlztaccihuatP (femme blanche) ou Zihualtepec ^montagne (le la femme).

Le Cerro de Ajusco, au sud de Mexico.

Toutes ces montagnes atteignent ou dépassent 3,800 mètres d*altitude (11000 pieds), et dans le nombre, trois sont couvertes de neiges éternelles ^. Mais en outre le plateau possède plusieurs autres sommités capables de figurer partout ailleurs parmi les hautes montagnes^ mais qui, à cAlédes colosses qui les enloureul.ont à peine eu l'honneur d*ètre mentionnées. Ainsi les Derrumbados, entre Pérole et Chalchicomula (3120"). le Cerro de lasNavajas, dans le massif de Real del Monte (3600°*), etc.

Malgré ce nombre de grandes montagnes, le plateau est, comme le montre Tinspectlon de la carte, une contrée singulièrement sèche', presque dépourvue de cours d'eau. Les plus grands volcans, tels que le Popocatepeil et Tltztaccihuati, émettent seulement des ruisseaux; la large masse de la Malinche n'en fournit guère; le Coiïre de Pérote et le pic d'Orizaba n'alimentent que des rigoles à l'Occident et quelques ruisseaux à TEst. La surface de la table prend à cause de cela, pendant l'hiver, le caractère de vastes plaines de poussière^ d'un aspect fort aride, où ne végètent presque que des aloès, des cactus et des

' Quelquefois nommé Sierra Nevada de Puebla. — Prononcez Itztatcihouatl. Ce nom devrait s'écrire Ixtlaxihuatlf et devrait probablement se prononcer: Ischtlazihouatl.

* Le Popocatepetl ôaSO"; le Citlalteptl 5410«>, l'IztaccihuaU 4800°*; et en dehors des limites de notre Carte , le Nevado de Toluca qui porte quelque peu de neige, 4600°*.

' Les causes en sont développées dans la deuxième partie du mémoire.

^ Ce mot de plainet pourrait paraître impropre, appliqué h une région qui est encore bien chargée du montagnes, mais il ne faut pas oublier que les collines et les montagnes coniques, ne sont pour ainsi dire que des ilôts ; que la plaine se continue tout à l'entour. Le voyageur en sent si bien la continuation qu'il a toujours l'impression des grandes plaines, quoique voyageant sans cesse entre des montagnes.

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yucca; mais pendant la saison des pluies, ces plaines deviennent d'une grande ferlililé el se couvrent de riches moissons. A côlé de cet excès de sécheresse on voit l'extrême opposé. L'égalité du sol ou la disposition des collines s'opposant à l'écoulement, les ruisseaux formés par les pluies estivales vont se perdre dans les plaines, les inondent et y forment des lacs et des marais. C'est ainsi que presque toute la vallée de Mexico est inondée, et Ton voit des marais analogues sur le plateau de Toluca. autour de Lerma; sur celui de Puebla, autour de Ojo de Agua; d'Apan, et en nombre d'endroits. Le torrent de la Fundicion, qui descend du Citlaltepetl, se perd de cette manière dans les plaines de Tepetitlan.

Sur le titre de la carte et dans le mémoire, je me suis servi du nom d'Ànahuac pour désigner toute la partie du plateau représentée sur cette carte, et je l'étends encore au plateau de Toluca. Vu l'iïice) titude qui a de tout temps plané sur ce terme, il m'était difficile de le préciser, à moins de le restreindre à la vallée de Mexico; difficile aussi de trouver un terme qui s'appliquât aux autres parties du plateau ; car les divisions politiques n'ont rien de naturel pour la géographe, à plus forte raison, pour le physicien.

Suivant les auteurs anciens, TAnahuac était contenu entre le 44® el le 21® degré de latitude. II comprenait, outre l'empire aztèque de Montezuma, les petites républiques de TIaxcala et deCholula, le royaume de Tezcuco et le Méchoacan qui s'étend à l'O. vers le Pacifique. ^ Le plateau de rAnahuac correspond donc assez exactement à la partie du plateau mexicain que représente notre carte, à condition toutefois d*y ajouter le plateau de Toluca, et la partie du Méchoacan qui«ppartient encore au plateau.

\ Mexico il est des gens qui voudraient limiter ce nom

> Humboldt, Nout. Esp. I, 196.

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au seul bassin de la vallée où trônait Montezuma. Son sens étymologique, qui signifie ;t;at/5 entre les eaux (Anahuati), semble en effet une allusion à TancienneTenochtitlan, située au milieu des lagunes, et aux autres villes de la vallée, tislles que Tezcuco, Tlacopan et Ascapozalco, toutes situées jadis sur des îles ou baignées par les eaux. Mais, d*un autre côté, Anahuac peut aussi faire allusion au continent situé entre deux mers, et, partant, s'appliquer à toute la partie du Mexique approximativement comprise entre Tlsthme de Tehuantepec et le 21® degré de latitude. Ainsi IxtIiIxochitU auteur indien de répoque de la conquête, dit, chap. II : « Pendant ce 4® âge, la nation toltèque arriva dans le pays d'Anahuac qtée Von nomme aujourd'hui la Nouvelle-Espagne.» Dans un autre passage il la fait aborder à V « Anahuac » après une centaine de lieues de navigation à partir du Xalisco, avant la fondation de Tula. De nos jours encore les habitants du Texas disent « aller à Anahuac, d pour: « aller au Mexique. »

Toutefois ce serait une faute que d'étendre le nom à' Anahuac à tout le Mexique, car 1 auteur indien, en le comparante la Nouvelle-Espagne, semble avoir eu surtout en vue les provinces les plus voisines de la capitale. D'ailleurs le Mexique est suffisamment indiqué par son nom reçu, et il faut bien un terme pour désigner la partie terminale du plateau mexicain ; celle qui par son étroitesse offre une situation physique exceptionnelle , celle où se trouvent les principales villes et la population la plus dense, celle dont il est le plus souvent question et sur laquelle les rois aztèques avaient jadis étendu leur domination.

Cette partie du plateau comprend surtout les districts de Mexico, de Puebla et de TIaxcala, auxquels il faut ajouter les plaines de Tula, et celles de Toluca. Les régions qu'on y distingue ne forment à vrai dire qu'un seul

el unique ensemble , puisqu'elles ne sont pas séparées par des dépressions du sol. Néanmoins, pour plus de commodité, je les désigne parfois séparément par les noms de plateau de Mexico, de Puebla, etc. J'entends par là les portions du plateau qui enlouprent ces villes. Ces diverses parties de la table sont du reste assez naturellement indiquées par la configuration du sol.

Le plateau de Mexico forme une véritable vallée ovale, bornée de toutes parts par des chaînes de montagnes ou par des lignes de collines. Au sud-est s'élèvent le Popocatepetl el riztaccihuati, suivis plus au nord du petit massif de Rio-frio, également fort élevé. Au sud s'étend la chaîne de Cuernavaca qui s'élance dans le volcan d*Ajusco à une hauleur de prés de 5000 pieds au-dessus de la vallée. Au nord et à Touest, les collines qui la bordent à des hauteurs peu considérables, la ferment de toutes parts, en sorte que, pour décharger les eaux de ce bassin, il a fallu établir le tunnel du Desaguë. Celui-ci s*est écroulé, et n'est plus maintenant qu'une tranchée insuffisante pratiquée au travers de la colline. Les quelques rochers qui s'élèvent du sol marécageux de cette vallée, tels que celui de Chapultepec. du Penon viejo et du Penon de los Baïïos forment des iles dans les marais qui occupent encore tout le fond du bassin.

Le plateau de Toluca, séparé de celui de Mexico par une chaîne de croupes arrondies ou hérissées de cAnes volcaniques, est assez bien limité aussi. Il se compose d'ondulations el de plaines de poussière, du sein desquelles on voit s'élever le puissant Nevado de Toluca. Mais autour de Lerma, on trouve des marais analogues à ceux de Mexico, dans lesquels le Rio grande de Santiago prend l'une de ses sources. Au S.-E. le terrain s'abaisse rapidement vers le gradin plus bas de Cuernavaca, tandis qu'à l'ouest le plateau se prolonge et se perd dans les montagnes du Mechoacan.

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Le plateau de Puebla n'est pas aussi bien limité que celui de Mexico. Il est bien séparé de ce dernier par les grands volcans déjà mentionnés et par le col de Rio-frio ; mais il se prolonge dans tous les sens avec une hauteur égale, sous la forme de plaines et dN)ndulalions faibles, semées de montagnes isolées ou groupées de manière à former des séries. Tandis que le bas-in de Mexico est limité par de véritables chaînons continus, le plateau de Puebia n'offre que des croupes et des cônes épars ; c'est pourquoi il forme moins un bassin qu'un pays ouvert et sans limites précises. Au nord, il s*élève un peu dans la direction de TIaxcala, ancienne capitale des alliés de Cortès , et vers le grand massif de la Malinehe ; puis il se prolonge au loin vers le N.-O. où il s'unit aux plaines de Tula. Au Sud il plonge vers rislhme de Tehuanlepec A l'Est il est borné par une sc-rte de rebord qui précède la chute rapide du versant. (Voyez sur le profil : Las Vigas.) Ce relèvement du sol au bord même du plateau est un indice à l'appui de ce que j'ai dit à plusieurs reprises , savoir que le plateau mexicain est une sorte de bassin ou de vallée multiple, formée par plusieurs plis de soulèvement et remplie par une énorme quantité de matières volcaniques (tant de débordement que de projection), jusqu^à nivellement plus ou moins complet des dos d'âne.

2<> Versant' — En jetant les regards sur le profil du terrain, on voit avec quelle promptitude le sol s'abaisse vers la mer.

Toutefois cette pente n'est pas aussi simple que pourrait le faire supposer l'examen du profil. Le premier saut est en général tiès-brusque. souvent formé par des escarpements; mais sur les gradins plus inférieurs, on voit apparaître une grande complication de montagnes. Le versant prend souvent l'aspect de plis alternatifs et

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de vallées enchevêtrées, comme cela se voit dans les grandes chaînes. Cet arrangement tient surtout à une suite de dislocations qui ont coupé transversalement les bords de la masse soulevée du plateau , de manière à former des vallées plus ou moins parallèles, nombreuses et rapprochées. F^es déchirures tendent toutes vers les plaines maritimes, quoiqu'en suivant parfois des lignes contournées , ou ayant môme à leur origine une direction contraire : comme , par exemple, la grande gorge de San Sébastian, qui, au nord de Real del Monte, se dirige d'abord au N.-O. pour aller aboutir dans la vallée de Mextitlan.

Cette succession de coupures pratiquées dans les bords du plateau, forme ce qu'on appelle les barrancas. Ce sont, tantôt de véritables vallées séparées par des dosd'àne ou contreforts du plateau, tantôt de simples crevasses bordées par des parois à pic, mais dont le niveau inférieur atteint jusqu'à un kilomètre de largeur. Le sol des barrancas, formé d'un terrain d'érosion, est souvent assez uni, et s'incline vers les plaines maritimes pour ensuite se confondre avec elles. Les murs de séparation intercalés entre les gorges sont des prolongements plus ou moins étroits du plateau, ou des promontoires qui s'avancent dans les plaines comme les dents d'un peigne, et dont la surface supérieure continue celle du plateau, tout en s'abaissant vers les plaines maritimes par une pente plus rapide que ne le font des vallées i.

Ces grandes coupures des bords du plateau sont Tune

1 On ne saurait mieux rendre compte du système des barrancas que par la comparaison d'un peigne posé à plat sur une table. La table représentant le sol des plaines, les dents du peigne représenteraient les murs de séparation qui s'avancent en forme de promontoires ; les espaces compris entre les dentti figureraient les vallées ou barrancas, qui forment comme autant de golfes allongés des plaines, pénétrant dans l'épaisseur du plateau.

it

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des circonstances qui entrent pour la plus forte part dans les beautés pittoresques delà Cordillère; mais elles cVéenl aussi l'un des plus formidables obstacles à la circulalion ^

Comme nous Tavons montré, le versant du plateau est une zone très-humide, et l'iiispeclion de la Carte fait voir jusqu'où va le luxe de ses irrigations. Tandis que le plateau est une région sèche, traversée plutôt qu'arrosée par quelques ruisseaux insignifiants, et occupée par quelques marais produits par des eaux de pluie, son versant est sillonné par des milliers de ruisseaux , et par d'innombrables petites rivières qui vont former des fleuves au débouché des vallées. C'est en effet sur le versant que vient sourdre l'eau emmagasinée dans le sol du plateau et c'est aussi sur cette partie du pays que tombe de beaucoup la plus grande quantité de pluie. (Voyez page 433, note III.) Aussi chaque barranca, chaque petite vallée a son torrent qui conserve presque toute l'année une notable quantité d'eau. Grâce à sa grande humidité, toute cette zone est couverte de forêts épaisses et luxuriantes partout où elle n'est pas cultivée.

On a tant écrit sur la merveilleuse succession de flores et de faunes qu'on rencontre dans cette courte ascension, qu'il est inutile d'y revenir ici.

3® Littoral ou zone maritime, — Cette zone forme une bande étroite qui longe la côte. Elle n'a guère que de 5 à 15 lieues de largeur, car la Cordillère commence déjà à s'élever à cette distance de la mer. Elle constitue la véritable terre chaude où toutes les cultures tropicales réussissent au mieux. Quoique certaines parties de cette région soient formées de pays bas, sortes de deltas intérieurs, comme !e Tabasco par exemple, ce n'est là que l'cxcep-

' J'aurai lieu de parler plus au long des barrancas danç la deuxième partie du mémoire.

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tion : la plus grande étendue est ondulée, couverte de collines de grès de plus en plus prononcées à mesure qu'on avance dans l'intérieur du pays el qui forment, pour ainsi direjes restes de laCordillère qui y vient mourir. Telle est en particulier toute la portion de la zone maritime qui s'étend d'Alvarado à Tampico.

Les eaux de la Cordillère se réunissent ici pour former de grands fleuves, tous navigables pour les canots du commerce, mais d'un accès diflicile aux vaisseaux à cause de l'obstruction dé leurs embouchure"^. Cependant quelques-uns peuvent èlre remontés par des bâtiments capables de tenir la mer; mais bienlAt c«*ux-ci se trouvent arrêtés par des rapides ou par des bancs de galets que les eaux amoncellent au débouché des collines. Les fleuves du Tabasco font seuls exception par la longueur de leur cours à travers le pays bas, formé de leurs propres alluvions.

L'abondance des rivières et la force des pluies jettent une grande humidité dans le sol de cette zone brûlante. Néanmoins certaines portions conservent bien avant dans lesterrtfs la nature sablonneuse et aride de la plage, comme le district de Vera-Cruz, qui se prolonge ainsi jusqu'au Chicuite. Mais la majeure partie du littoral est couverte de forêts impénétrables d'un aspect majestueux, composées d'acajoux, de chijotl. de bois de teinture et d*une infinité d'arbres magnifiques, dont l'exportation serait pour le pays une immense ressource. Mais les arts de l'Europe n'ont pas encore appris à utiliser ces bois de toutes les nuances et de qualité remarquable C*est au milieu de ces forêts que croissent une multitude de plantes aromatiques, en particulier la vanille, dont la meilleure qualité ne prospère qu'autour de Papantia, bourgade qui doit sa richesse et sa renommée à cette branche de l'agriculture.

La côte du golfe, très-funeste à l'homme du nord et à

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l*indigènc du plateau par les fièvres pernicieuses qui la désolent^esl, pour celte raison, à peine cultivée ; les planteurs préfèrent le climat moins dangereux et le sol aussi productifdes vallées chaudes de la Cordillère. Néanmoins les races antiques qui avaient porté la civilisation du Mexique à un si haut point avant même que l'Amérique fût connue des Normands, ces races s'étaient répandues dans les plaines basses et y avaient élevé de nombreuses villes, comme l'attestent les ruines admirables et gigantesques de Palenquc, les restes qu'on voit près de Misantia, la pyramide de Papantia, étonnante par la haute science astronomique qu'on y découvre, et d'innombrables vestiges que l'on rencontre au centre des forêts, où des monceaux de pierres taillées attestent que là existèrent d'anciens monuments. Aucune route de quelque importance ne traverse plus ces vastes régions, naguère si prospères; de simples sentiers praticables pour les mulets sillonnent seuls leurs forêts immenses qu'on serait tenté de nommer vierges, si l'on n'y voyait ces nombreuses traces laissées par d'anciens habitants. C'est par ces sentiers presque impraticables dans la saison des pluies, que se fait tout le trafic qui ne trouve pas une voie plus naturelle parla mer.

A part l'embouchure des rivières, d'un accès toujours difficile, la côte n'offre aucun bon port. A Vera-Cruz il n'y a qu'un mouillage, mais plus au sud. la baie Sonteconnepam et laLaguna de los Termines sont d'excellentes rades, malheureusement abordables seulement à de petits navires.

Abréviations.

R. = Rio, rivière, fleuve (dans certains cas aussi récif).

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