INTRODUCTION
L'état hydrographique d'un pays dépend avant tout de la chute des pluies, de la quantité d'eau qu'y verse l'atmosphère et de la manière dont elle s'abat. La configuration du sol sur lequel se répandent les eaux et sa structure intime, sont ensuite les causes les plus directes de leur distribution. Ce dernier élément imprime â l'hydrologie de chaque contrée un cachet spécial. Les vallées servent de lit aux rivières; les enfoncements suivis de contre-pentes deviennent les bassins des lacs. Ainsi, la nature orographique d'une région règle en grande partie le nombre et la direction des cours d'eau, la situation des réservoirs, etc. De l'altitude des montagnes dépendent en partie la quantité d'eau tombée, son mode d'écoulement ou d'emmagasinément. La structure intime, lorsqu'elle est compacte, s'oppose aux infiltrations et favorise un rapide écoulement superficiel, tandis que les terrains poreux, les roches crevassées, ou un sol bouleversé par des convulsions géologiques, absorbent des quantités .l'eau prodigieuses qui sont ensuite rendues par les sources ou qui suivent sous terre leur progression naturelle vers l'Océan.
Plusieurs causes concourent à régler l'ordre de la chute des eaux, ou contribuent à la modifier suivant les diverses régions de notre globe. On peut dire, généralement parlant, que les pays de montagnes sont toujours bien arrosés, parce que les éminences de la surface terrestre servent de condensateurs à Thu^ midité de Tair. Des contrées plates et maritimes peuvent sans doute dans certaines circonstances être plus humides que telles régions montagneuses, à cause de ta proximité de la mer et de la constance des venls humides; mais le fait général n'en subsiste pas moins. La succession des saisons qui règ]p les météores aqueux, devient par cela même le souverain modérateur des fleuves. Elle obéit à des lois, variables selon les latitudes et la nature des lieux, mais suffisamment fixes dans chaque région pour être appréciées avec netteté et pour que leurs effets se produisent avec une périodicité immuable sur les artères du continent, dont elles font augmenter ou diminuer les pulsations suivant la résultante de leurs effets. Tantôt la précipitation simultanée sur tout un continent fait déborder les fleuves sous l'influence de l'universalité des pluies; tantôt les effets contraires des diverses régions établissent une sorte d'équilibre entre la surabondance des eaux et leur trop grande pénurie. Enfin l'action des autres météores et principalement des vents, provoqués par des causes telluriques générales ou locales, a un effet très-grand aussi sur le jeu des eaux, en apportant un
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certain trouble dans Tordre régulier des pluies propre à chaque latitude.
L'hydrologie tout entière d'un pays n'est presque que la résultante dynamique, infiniment compliquée, de ces trois composantes combinées, dont les deux dernières sont actives et la première purement passive. La contemplation de ce grand courant, du cercle perpétuel que décrivent les eaux depuis le moment où elles quittent l'Océan pour se répandre dans l'atmosphère et se verser sur les continents, jusqu'à celui où elles reviennent à la mer par le canal des fleuves ou iupT des voies secrètes, suivant une marche infiniment variée, portant dans chaque pays un cachet spécial, présente un des aperçus les plus poétiques sur les infinies combinaisons auxquelles se prêtent les lois immuables qui règlent l'ordre de la nature.
En nous attachant à exposer cet ordre pour le continent du Mexique, nous serons entraîné à étudier aussi quelques-uns des effets physiques de la chute et de l'écoulement des eaux, bien qu'ils ne soient pas compris dans le cadre de l'hydrologie ; car tout s'enchaîne dans la nature et il n'est pas un effet qui ne devienne à son tour la cause de phénomènes aussi nombreux et aussi complexes que ceux dont il est lui-même la conséquence.
Pour plus de clarté je diviserai cet exposé en trois parties. Dans la première je développerai la manière dont les trois circonstances qui viennent d'être indiquées agissent au Mexique dans la précipitation des
eaux et j'envisagerai le sujet au point de vue météorologique. Dans la seconde je m'attacherai à décrire Técouleroent des eaux, ainsi que les effets d'érosion que cet écoulement entraine. La troisième partie aura plus particulièrement pour but l'étude des lacs et de diverses circonstances qui s'y rattachent.
Mais avant d'entrer dans le détail de cette analyse, il est nécessaire de faire connaître d'une manière succincte comment se présentent au Mexique les trrâ ordres de faits qui sont les causes et les régulateurs de l'hydrologie.
i Configuration orographique. Le Mexique est un triangle allongé, placé entre les deux Océans. La partie méridionale surtout, étant très-étroite, participe fortement à l'humidité que l'atmosphère pompe dans la mer.
La structure de ce pays a été si bien décrite par Humboldt qu'il est inutile d'entrer à ce sujet dans de grands détails. Cependant, malgré les descriptions qu'on en a données , il s'est accrédité en Europe diverses erreurs qui tiennent évidemment à l'idée qu'on se fait des montagnes de l'Amérique, en établissant une fausse analogie entre elles et celles de l'Europe. Il n'y a pas au Mexique de grandes chaînes dans le sens que nous attachons à ce mot en Europe, ayant surtout en vue les Alpes, les Pyrénées ou les Alpes Scandinaves. Le Mexique offre des plateaux ou des gradins, plutôt que des dbdia/e» de montagnes. *
. We ne voudrais pat qu'on a'exâgéiit le sens de cette phrase.
Le centre du pays est occupé par un plateau tri* .angulaire qui s'élargit vers le nord, mais en s'abaissant, et suit la forme du continent Au sud cette table finit en pointe à quelque distance de Mexico, avant d'atteindre l'isthme de Tehuantepec. Ce vaste plateau descend de chaque côté vers l'Océan par une série de gradins ou de terrasses coupés par des chaînons de montagnes et par des vallées qui donneet à 866 versants un aspect souvent analogue à celui des vallées latérales de nos chaînes européennes. Comme dans ces zones inclinées on rencontre des vallées et des montagnes, on applique & ces versants le nom de Cordillère, et ils rappellent en effet le versant d'une grande chaîne, si l'on envisage les contreforts du plateau dans leur ensemble, en considérant le plateau comme une large chaîne. ^ Le versant oriental qui nous occupera plus spécialement est de beaucpuple plus incliné. Le versant occidental, qui tombe vers le Pacifique, n'offre pas des gradins aussi bien marqués; il s'étend au loin et apparaît comn>e un vaste pays, fort montagneux il est vrai, nuûs n'offrant pas des sauls'aussi brusques.
De chaque côté, le triangle du Mexique est bordé
On Iroiivp «Il Mexique des chîïînes secondaires, par exemple celle (io (jiianajuato, la sierra de Cuernavaca, etc. J'enlends doiio seulement que la Cordillère ne forme pas comme les i^lpes de grandes chaînes bien dessinées, mais plutôt des plaines élevées avec des montagnes isolées, ou de petites chaînes qui surgissent de leur ^urface.
^ Cette chaîne n*aur«it que 8 à 9000 pieds d*altitude.
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\e loDf ^e l'O^céan ^par des terres basses qui fomtent une 4)amle étroite, n'ayaont guère le long eu Golfe que 10 à ^0 lieues de largeur, doxA le sol est tailtot mû, tantôt bosselé par 4es dernières ondulMioas de la Cordillère qui y viennent mourir. Lie plateau Ivi*mèine court à peu près du nord au sod-<e8t^ mais il est semé <l'une mukiliMle de volcans * qui se pnh longerit à tttavops ses versaBts jusque sur les ibevtls desâe\A Océans^ et qui troublent Tordre ci-^dessus décrit .par la multitude de ehangements wegm^ phiques que leur dispersion fortuite a engendrés. Ob distingue parmi ces volcans une série de cimes principales, dispiosées sar une ligne qui court i»t^ ouest, et qui coupe par conséquent à angle bUirqne la«directicNcixie lia Gcfi^dillëre de soulèvement, qui suit le pktean dans le sens du méridien. ' Plusieurs >deB grands oônes volcaniques sont assis sur le plateau mêi»e ; ^d'autres ^volcans plus petits chevauehant sur ies conteeforts des 'versants *; d^autres enfin
^ Je Aé9f|;ne {Mr 'ee 'terme route «spèee ie débonrtemeMtt'ile
Foebes Tolcanifues.
' Car le plateau est sortout* formé par la eombinaisosdes chatnet de soulèvement de la Cordillère, courant NO.-SE. plutôt ((trepsTr les volcans qui, en le complétant, ont fait disparaître Kaspeadeidialnes^e ta CordîUèrecMrrirsU^ns leur iM&r^ vention.
^'Le pic d'Orteaba, le coffre de Péroie, le Pizarro, les Derrumbà'dâs , te Popocatepetl , Tlztaccihûatl^ fe cerro de Axusco, le Nevado deToluca, etc.
^ lis sont innombrables; le seul célèbre estle Jorullo, placé sur le versant occidental. On peut toutefois ranger daoà cette catégorie le grand pic 'de'Tanciiaro.
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s'élèvent des terres basses de la côte. * Mais tous ces volcans, quoique appartenant à un même système, puisqu'ils sont rangés sur une même ligne, ainsi que Ta montré Humboldt, ne doivent point être considérés comme formant une chaîne. Ce ne sont que des montagnes isolées s'élevant comme des cônes ou des masses entièrement indépendantes ^ séparées les unes des autres par des espaces de 10, ^, 30 lieues, et ils n'exercent à cause de cela qu'une très-faible influence sur la météorologie du pays. Le terme de cAitîne, que l'on a trop souvent employé pour indi* quer cette ligne de volcans , est pris dans un sens abstrait ou figuré et il a engendré en Europe une erreur fréquente.*
fo Saisons et météorologie des latitudes. — La différence entre les saisons n'est pas aussi fortement marquée sous le tropique que dans les hautes latitudes, pour ce qui concerne les extrêmes de température, et elle tend à s'effacer de plus en plus à mesure qu'on se rapproche de l'équateur. Dans certaines régions, les différentes parties de l'année se distinguent plutôt à d'autres signes qu'à ceux de la chaleur, et jouissent d'un climat assez uniforme pour qu'on puisse dire qu'il y règne un printemps
^ Le volcan de Tuxtia ou San Martin, au sud de la Vera- Cnix, et le|rind pic de Colima, sur l'Océan pacifique.
* Sur le plateau on rencontre des chaînes de montagnes secondaires, principalement celles qui courent E.-O., comme la sierra. deCuernavaca qui est bien une véritable chaîne; mais ce ne sont là que des dépendances du système de la Cordillère.
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éternel. Il faut cependant en excepter les hautes altitudes qui, sans cependant tomber dans les extrêmes, offrent de plus grands contrastes que les plaines basses.
Les variations qu'amène la succession des saisons à la latitude de Mexico, quoique faibles, sont cependant suffisantes pour provoquer dans les météores aqueux des changements essentiels. En été, l'extrême chaleur de la journée entraîne les vapeurs à une grande hauteur et provoque chaque jour des pluies surabon-* dantes qui font complètement défaut en hiver. Ce mode de distribution dans les météores, n'est du reste pas spécial au Mexique. Les deux zones parallèles à l'équateur qui terminent le tropique au nord et au sud, sont caractérisées sur tout le pourtour de notre globe autant par les pluies estivales, que par la sécheresse de l'hiver , et si le Mexique participe à cet état de choses c'est qu'il s'étend dans la ceinture septentrionale des pluies d'été.^
^ Dans son tableau de la distribution des pluies à la surface du globe, M. Hûhry partage notre globe en 6 zones, ou ceio'* tures mét<^orologiques qui sont: 4^ La zone équatoriale des calmes où il pleut en toute saison. 2® La zone à double saison de pluies, commençant en avril et octobre ou novembre, déterminée par le double passage du soleil au zénith. 3® La zone des pluies (V été proprement tropicales (du 45* degté à 25® N.) dans laquelle s'étend la portion méridionale du Mexique qui nous occupera principalement. 4® La zone subtropicale des pluies d'hiver, où règne l'ordre inverse (de 25* à 45®j, comprenant la moitié S. des Etats-Unis, la Barbarie, l'Espagne, etc. 5® Celle des pluies irrégulières en toute saison ou zone des nua-
Le peu de variation de la température dans les différentes parties de l'année, foit qu'il n'existe réellement dans ce pays ni printemps ni automne, mais seulement un été et un hiver, qui sont eux-mêmes moins caractérisés par la chaleur et le froid, que par la loi différente qu'ik impriment aux météores aqueux. Aussi l'instinct populaire a-*t-il abandonné les termes usuels d'été et d'hiver, à cause de l'idée de chansd et de froid que ces termes impliquent dans la zone tempérée, et il les a renaplacés par les dénominations plus rationnelles de saison des pluies, correspondant à Tété {tiempo de Aguas\ et de saison sèche {tiempo de Seoas). Ce partage de l'année en deux saisons est important à noter pour Tintelligence de ce qui va suivre, et forme l'une des bases essentielles de il'bydrologie mexicaine.
80 C'suronts atmosphériques influençant la météorologie yénéraie.
Ces phénomènes sont • régis par de& causes fort éloignées qu'il faut aller chercher dans les plaines du nord d'une part, et sous l'équateur de l'autre.
Pendant l'hiver, Textrème échauffement des régions équatoriales, le refroidissement égal des zones tempérée et arctique, rompent sans cesse l'équilibre atmo^bérique «et provoquent des courants du nord
ges (de *8* à 65*). 6* Enfin la zone circumpolaire, à hiver dépourvu de ploies et à été pluvieux. Ces mêmes zones se répèlenl dans rWmisphère austral. (Voyez Petermann^ê MittheiL 1860. p. I.)
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vers le sud qui donnent lieu à des vents d'une extrême violence, et très-fréquents pendant la saison d'hiver. En même temps que Tair s'écoule vers les basses latitudes où la vitesse de rotation du globe est plus grande, son inertie fait qu'il dérive vers l'ouest, c'est pourquoi ces vents soufflent en général du nordnord-est ou du nord-est, mais ils sont néanmoins connus sous le nom de Nords (Nortes). Toutefois le norlè ne domine que dans le golfe du Mexique et sur la côte orientale. Il règne aussi sur le plateau, mais non sur la côte du Pacifique, ni même sur le versant occidental du plateau. A Guadalajara par exemple, ce vent n'est déjà plus sensible.
Les vents du nord exercent sur la météorologie du Mexique oriental et sur les phénomènes hydrologiques une influence considérable. Ce sont les norte qui amènent toutes les irrégularités dans la distribution des pluies et de la chaleur. C'est d'eux que dépend essentiellement la climatologie du Mexique, et leur suppression provoquerait de telles perturbations dans les météores et le climat de ce pays que la végétation changerait probablement du tout au tout, sur le versant du moins qui s'abaisse vers l'Océan atlantique. Cette contrée prendrait un aspect plus tropical encore et la sécheresse absolue de l'hiver, remplaçant dans certaines régions une humidité perpétuelle, ferait disparaître un grand nombre de plantes, transformerait les forêts et écarterait sensiblement les limites extrêmes entre les hautes et les basses eaux ToMB m. 8
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des fleuves, leur donnant ainsi un caractère presque torrentiel.
Tels sont les trois ordres de faits qui règlent l'hydrologie du Mexique. Nous ne faisons ici que les indiquer en quelques mots pour ne pas tomber dans le domaine des faits purement météorologiques. Dans le chapitre premier je chercherai à développer quels sont les résultats dé leur influence combinée.
Aspect hydrologique du Mexique. -^ Une partie de ces effets complexes se devine déjà à première vue par la simple inspection du pays. La végétation est en cette matière Tun des guides les plus certains à consulter ; c'est le symptôme infaillible de l'état bygroscopique d'une contrée, celui qui contribue le plus à lui donner son cachet. L'aspect de chaque région est donc un utile auxiliaire pour la prompte appréciation de phénomènes qui exigent en général une longue suite d'observations. La recherche de l'état des couches superficielles du sol sert de complément à cette étude préparatoire et donne lieu à de nombreuses conclusions. Enfin le nombre, la distribution des lacs et des rivières, fait préjuger de l'excès d'humidité superficielle qui règne dans chaque district
Si Ton examine le pays à ce point de vue purement intuitif, on verra que le Mexique offre dans son ensemble une série de régions qui se distinguent chacune par la variété étonnante de la natnre du sol, du climat et de ht distribution des météores. Mais au milieu de ces régions tranchées, d'un aspect plein
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de contrastes, on est surtout frappé de la différence essentielle qui règne entre les terres de la côte et les plaines du plateau. Quoique très-rapprochées, ces deux portions d'un même pays diffèrent du tout au tout, non-seulement par le climat et l'aspect de la végétation qui en est la conséquence, mais aussi par celui de leur composition intime et des circonstances physiques qui les régissent. Sur le versant de la Cordillère voisin de la côte et sur une portion de la bande étroite qu'enferment les montagnes et la mer, zone que l'on pourrait nommer maritime, une quantité d'eau extraordinaire ne cesse de se précipiter pendant la plus grande partie de l'année, et y entretient une humidité perpétuelle. Pendant la saison des pluies qui a lieu en été, des chutes d'eau surabondantes, alliées à la nature argileuse du sol, transforment certaines étendues de pays en une espèce de marais boisé.Même pendant l'hiver qui est la saison la plus sèche, les forêts ne cessent ni de verdir sous l'influence d'une humidité modérée, ni d'être sillonnées par des ruisseaux vivifiants. Sur le plateau, au contraire, le sol, nu et poudreux dans presque toute son étendue, rappelle plutôt les steppes de l'Asie ou les sables de l'Afrique. Il ne permet aux plantes de végéter que pendant quelques mois pluvieux, et il retombe aussitôt après dans cet état de mort et de sécheresse qui lui donne son aspect désolé. Ces deux natures contraires forment les deux tableaux extrêmes de cette série de petites zones si heureusement graduées de-
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puis les rives torrides de l'Océan, jusque sur les flancs neigeux des plus grandes montagnes de rAmérique boréale.
La difTérence essentielle entre ces deux régions tient donc autant à Thumidité extraordinaire de l'une qu'à la sécheresse trop forte de l'autre. Grâce à sa structure et à l'élévation de son niveau, à sa situation et à son climat, chacun de ces territoires jouit d'un caractère spécial dans le jeu de ses eaux et dans leur distribution générale ou partielle. Chacun possède ses fleuves ou ses ruisseaux, ses réservoirs, ses lacs accidentels ou normaux, périodiques ou permanents, empreints d'un caractère presque toujours le même dans les districts qui font partie des mêmes zones physiques. Il en résulte que l'hydrographie du Mexique ofire un immense intérêt par la multitude des points de vue auxquels elle s'adresse. Le géographe, le géologue, l'artiste, chacun y trouve sa part, et je dirais même l'historien ; car l'histoire du lac de Mexico fait partie intégrante de celle du Nouveau- Monde.
Dans la zone tout à fait maritime, les lacs ne sont presque que des golfes de forme bizarre, dont l'entrée est si étroite que l'eau de la mer a quelque peine à se mêler à celle des ruisseaux qui s'y versent. Mais à mesure que le niveau du sol s'exhausse pour former les premières pentes de la Cordillère, il donne lieu à des accidents de terrain plus ou moins variés. Bientôt on voit se dessiner des croupes allongées qui en-
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serrent des vallées inclinées vers la côte, ou ces fentes, résultat de déchirures profondes du sol, au fond desquelles des torrents ramifiés roulent leurs flots rapides vers les plaines maritimes. Toute cette zone du versant oriental de la Cordillère, offre une pente trop marquée et trop simple pour que les eaux y soient jamais arrêtées dans leur cours; c'est plus avant, à mi-côte du plateau, là où une série de plis, alternativement soulevés et excavés, créent des hauts et des bas multipleset complexes, c'est là, dis-je, que les bassins naturels peuvent se rencontrer et que des inégalités dans le sol des vallons élèvent aux rivières qui les arrosent des barrières capables de donner naissance à des lacs. Néanmoins ces derniers ne sont pas abondants, parce que les irrégularités de pente apparaissent elles-mêmes rarement, à cause de l'extrême simplicité de l'inclinaison du pays, et de sa régularité géographique. Enfin, lorsqu'on atteint le plateau, on trouve un sol uni, sans déclivité marquée d'un côté ni de l'autre, donc souvent aussi sans écoulement, et c'est là surtout que les eaux doivent séjourner, se rassembler dans les lieux bas et donner, plutôt que partout ailleurs, naissance à des flaques d'eau. C'est en effet sur le plateau que se voit le plus souvent cet accident : néanmoins il est bien moins général qu'il ne pourrait l'être et cela pour des raisons que nous développerons plus bas.
Le Mexique passe pour un pays assez sec. Il ne possède qu'un seul grand fleuve, le Rio Bravo del
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Norte; ses rivières sont d'un parcours peu considérable, elles sont peu nombreuses et, sur le versant occidental, pour la plupart, assez petites. De grandes étendues de pays y manquent d'eau d'une manière déplorable. Au premier abord ceci paraît singulier, puisque cette partie de l'Amérique ne forme qu'une bande relativement étroite, placée entre deux Océans, etqned'ailleurs elle est hérissée de hautes montagnes, couvertes de neiges éternelles. Néanmoins rien n'est plus facile à expliquer, lorsqu'on s'est rendu compte de la nature de cette partie du continent américain. En effet, il n'y a réellement de sec au Mexique que le plateau, mais il ne faut pas oublier que celui-ci occupe un espace très-considérable, surtout vers le nord, où il s'élargit en se prolongeant. Les deux versants de cette région élevée sont au contraire verdoyants et bien arrosés, mais comme la plupart des rivières n'ont leur source que sur ces mêmes versants, leur parcours est nécessairement très-limité. La brièveté même -de leur cours fait qu'elles restent relativement petites, parce qu'elles vont noyer leurs eaux dans la mer, sans avoir pu se réunir et composer, par la confusion de leurs contingents,des fleuves considérables, comme ceux qui descendent des grandes plaines du nord et qui, avant de se perdre dans la mer, fertilisent de leurs eaux des contrées immenses. Néanmoins nous verrons par la suite que cette petitesse des rivières est plus apparente que réelle, qu'elle est seulement relative à la grandeur d'autres fleuves des
deux Amériques et que, absolument parlant, ces cours d!eau sont bien plus considérables que ne pourrait le faire supposer la simple inspection de la carte. Ceci suffira pour montrer que si certaines parties du Mexique sont fondamentalement sèches, d'autres appartiennent au contraire aux régions les mieux arrosées de notre globe.