Tome III
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des neiges, le même rôle que l'échappement dans une horloge.
Quelle est la proportion d'influence de chacun de ces termes de l'équation, c'est ce que de longues observations pourront seules établir. Elle n'est naturellement pas la même sur toutes les montagnes et varie aussi sur les versants de chacune d'elles avec leur ' exposition. Comme corollaire de cette proposition, on voit déjà que l'oscillation entre la limite des neiges persistantes de l'été et celle de l'hiver est relativement minime, et ne peut en rien se comparer à celle qui s'observe sous des latitudes moins basses, où la provision annuelle se fait presque d'un seul coup et sans grande déperdition pendant tout le cours de l'hiver. Il en découle aussi que la limite des neiges perpétuelles est plus élevée qu'elle ne le serait si les neiges continuaient à s'accumuler en hiver comme sous la zone tempérée. Dans la comparaison de leur hauteur sous les différentes latitudes, on a trop souvent omis ce facteur de la saison pendant laquelle s'accomplissent les plus grandes chutes d'eau. Cependant cette considération est peut-être plus importante au point de vue de l'accroissement ou de la disparition des neiges que celle de la température moyenne des différentes altitudes.
Une seconde considération essentielle se rattache à la configuration des montagnes. Dans les Alpes qui présentent des formes déchirées , le vent entasse les neiges dans les ravins et dans les vallées,
moins exposés aux rayons du soleil que les arêtes et les rochers. C'est dans ces enfoncements que se forment les glaciers qui, grâce à leur masse si lente à fondre, descendent- beaucoup plus bas que les champs de neiges et contribuent à abaisser la limite moyenne des neiges éternelles, là où ils existent en assez grand nombre pour rafraîchir l'air à quelque distance. Les grands volcans de l'Amérique n'ont point ces formes découpées ; leurs masses en forme de dômes ne se prêtent pas à la production de grands glaciers ; ils ne se couvrent que de nappes de neige d'une épaisseur moindre, étendues sur une plus grande surface, plus faciles à fondre et qui ne s'avancent pas en glissant jusque sur les régions plus basses, comme le font nos glaciers. Sur ces montagnes beaucoup plus uniformes, la limite moyenne des neiges est plus régulièrement marquée. Si l'on tient compte de toutes ces circonstances dans la recherche de la limite théorique des neiges éternelles sous les diverses latitudes, on pourra facilement se convaincre que, sous des influences météorologiques identiques, les diflérences qui ne seraient dues qu'à la latitude seule, paraîtraient beaucoup moins prononcées qu'on ne l'a étabU d'après la simple observation de l'altitude réelle des neiges. Si l'on pouvait donner aux pics des Cordillères ces formes compliquées qu'affectent les cimes des Alpes et y distribuer d'une manière égale les chutes d'eau entre l'hiver et l'été, conformément à l'ordre établi dans nos montagnes, on
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verrait la limite inférieure des neiges s'abaisser sensiblement. Dans l'appréciation de leur limite virtuelle sous différentes latitudes, il ne faut donc pas prendre les hauteurs observées comme des normales dues à la seule température qu'entraîne leur position géographique, puisqu'elles sont si fortement influencées par l'orographie et par les lois particulières qui règlent les météores aqueux sous les tro • piques ^
Le cône de cendres qui, dans les volcans les plus élevés, est seul occupé par les neiges, n'offre pas d'anfractuosités assez profondes pour loger des glaciers. On ne voit de ravins que sur les flancs boisés des montagnes où il s'est creusé des coulisses d'érosion; mais les neiges n'atteignent pas assez bas pour s'y accumuler \ C'est donc seulement entre les coulées de lave du cône terminal que des glaciers proprement dits pourraient s'étendre; mais ils ne trouveraient pas dans les champs de neige du sommet un aliment suffisant pour leur formation, car nulle part on ne voit converger plusieurs grandes pentes de neige vers un bassin commun. Cependant il est probable qu'on trouvera quelque chose de semblable dans l'encognure que forment ensemble le dôme du Popocatepetl et l'aiguille de rocher dont j'ai parlé ci-dessus,
^ Voyez la note II à la fin de ce chapitre.
^ Sur la face N.-O. du pic d'Orizaba> la limite des neiges est seulement de 858 m. inférieure au sommet de la montagne, d*après les mesures du baron de Mùllcr.
parce qu'ici les neiges convergent de deux côtés vers cette espèce de gorge.
Malgré les causes qui semblent s'opposer à la production des glaciers dans les hautes régions du Mexique, ce n'est pas à dire cependant que des nappes de glace y fassent absolument défaut. Sur le versant nord du cône du Popocatepetl il existe un enfoncement en forme de ravin qui renferme le petit glacier où l'on exploite en été la glace consommée en grande quantité à Mexico. Ce glacier est parfaitement caractérisé; c'est vraiment une miniature de nos glaciers des Alpes et il mérite à tous égards le nom de glacier, car il oflre les mêmes ondulations, les mômes fentes, les mêmes pyramides de glace que ceux de la Suisse. Il se termine par une petite moraine d'environ deux mètres d'épaisseur, et au dire des ouvriers qui travaillent à l'exploitation des glaces , il avance ou recule suivant les années.
Je n'ai point rencontré de névés proprement dits sur les pics du Mexique, ni aucune de ces formes spéciales sous lesquelles les neiges se présentent dans les Alpes, lorsqu'elles s'acheminent vers une transformation en glace. En gravissant le Popocatepetl par le côté du levant, on ne traverse au mois de mai que des champs de neige fondante. Je ne connais du Citlallepetl que la face S ou SS.-O. Au mois de mars je n'y ai point rencontré de glace, mais seulement rie grands champs de neige qui se prolongent jusqu'au sommet et qui étaient par places couverts d'une mince
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croûte de neige passant à l'état de glace, sous laquelle on trouvait une neige gelée et pulvérulente rappelant un peu celle des névés, et dans laquelle on enfonçait jusqu'aux genoux. On m'a affirmé cependant que sur le versant N.-O. il existe de la glace vive. Heller rapporte aussi que, sur ce versant, la montagne est couverte de glace, mais qu'il n'existe pas de glacier^ Il est
^ Ceci veut dire, sans doute, qu'on ne voit sur la glace aucun des accidents qui caractérisent les glaciers des Alpes, tels que crevasses, aiguilles et moraines. Il ne saurait en être autrement sur un cône convexe, car ces accidents ne peuvent se former que si la glace occupe le fond des ravins. Néanmoins des nappes de glace, quelque simples qn*elles soient, si elles sont issues de neiges venant de plus haut, constituent bien des glaciers proprements dits; seulement ils revêtent ici une forme spéciale et très-simple qui rappelle probablement celle de la première origine de nos glaciers, telle qu'elle apparait à leur sommet, voisin de l'endroit où ils se forment. L'étude des nappes déglace sur les cônes des Cordillères et des Andes, comparée à celle de nos glaciers offrirait un grand intérêt en montrant une espèce spéciale de glaciers formée : 4^ sous une latitude où les oscillations de la température entre l'été et l'hiver, entre le jour et la nuit, sont beaucoup moins grandes que chez nous, et surtout beaucoup moins basses ; 2^ Sur ries surfaces convexes et non concaves. Il est évident que sur les cônes, la surface augmentant de largeur de haut en bas, leglacier doit s'étaler en descendant. Ses crevasses, au lieu d'être transversales, doivent donc devenir longitudinales, et, tandis que dans les Alpes, les neiges et les glaces de plusieurs vallées convergent et se confondent comme des fleuves, les glaciers des cônes doivent tendre à se diviser, et à se ramifier en branches divergentes : car il n'est pas probable que la glace soit assez ductile pour s'étaler, à moins qu'elle ne forme une masse très-articulée comme dans les glaciers des Alpes les plus fortement crevassés. Mais cette ramification, en favorisant la
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évident que riztaccihualtdont la forme est large et découpée, ne peut manquer d'offrif beaucoup plus de variété dans ses neiges que les simples cônes dont il vient d'être parlé. Sur sa face occidentale qui regarde la vallée de Mexico, on trouvera sans doute des traces de glaciers et d'autres phénomènes imprévus K Les autres volcans à forme massive n'atteignent pas une altitude suffisante pour conserver des neiges éternelles, si ce n'est le Nevado de Toluca , dont la configuration très-compliquée développerait les plus beaux glaciers, si son altitude était de 2,000 pieds supérieure à ce qu'elle est. Mais cette montagne n'atteignant pas 14,500 pieds (4,620 m.), ne porte que des champs de neige.
On voit par ce qui précède que les glaciers de la Cordillère du Mexique sont tout à fait rudimentaires. Néanmoins, quel que soit leur peu d'étendue, il en existe. Humboldt a parlé d'une manière trop absolue en disant que les glaciers ne paraissaient pouvoir se former sous les tropiques. Leur absence ne dépend
fusion de la glace« est un obstacle aux progrès des glaciers. L'étalement analogue que subissent les simples neiges des cônes du Mexique dans leur progression sur les flancs de la montagne,contribue donc probablement aussi pour nneceriaine pari à en remonter la limite.
^ J'aurais vivement désiré pouvoir éludier cette monlagne qui offre un genre d'intérêt tout spécial, comme étant au Mexique le seul massif à formes compliquées qui porte une quantité de neige considérable; mais la brusque arrivée de la saison des pluics,qui se déclara le lendemain do mon ascension au PopocatepetI, devint un obstacle absolu à toute tentative de ce genre.
pas seulement de la latitude; elle résulte aussi de la configuration géologique, de l'orographie et de causes accidentelles étrangères à la situation géographique, sans lesquelles il s'en formerait certainement; et ces conditions pourraient se trouver réalisées sous les tropiques aussi bien qu'?iilleurs. On peut même affirmer que si les grandes montagnes du Mexique, au lieu d'apparaître sous la forme de volcans isolés, étaient formées par une longue chaîne de soulèvement à couches déchirées, elles engendreraient de fort beaux glaciers, sans dépasser les altitudes qu'elles atteignent.
Quant aux neiges perpétuelles, elles couvrent des surfaces étendues et s'accumulent à une assez grande épaisseur, comme on peut s'en convaincre au bord du cratère du Popocatepetl où leur tranche se voit à nu. Néanmoins leur rôle hydrographique est minime : car il n'existe au Mexique que quatre montagnes neigeuses, sur lesquelles deux fort élevées, mais dont la forme de pain de sucre circonscrit les neiges à une très- petite surface; et deux à formes larges, mais dont l'altitude moindre ne permet plus aux neiges de se développer qu'entre des limites verticales restreintes. De ces deux dernières, le Nevado de Toluca ne s'étend dans la véritable zone des neiges que par des aiguilles de rochers et des arêtes peu propices à leur conservation , en sorte qu'au gros de l'été , il n'en subsiste que de faibles quantités \
^ M. Béron attribue à la fonte des glaciers de la Cordillère
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Résumé.
J'ai cherché à esquisser les phénomènes qui accompagnent la chute des eaux dans la plus grande portion du Mexique. On a vu que le plateau et une partie de la zone maritime sont secs en hiver; que le pays tout entier est inondé de pluies en été; mais que la zone montagneuse et inclinée qui relie la côte au plateau est sujette à des pluies continuelles en toute saison, en sorte qu'il n'y tombe pas moins de 2,5 à 3 mètres d'eau par an. On a remarqué aussi que les orages réguliers et tropicaux de l'été sont communs au plateau et aux régions plus basses (quoique leur régularité soit moins grande sur le premier), tandis que les pluies fines et chroniques appartiennent aux districts froids et montagneux, plus élevés que le plateau; enfin, 'que les pluies d'hiver dans les régions chaudes ^ se comportent comme celles d'été dans les zones froides et offrent le même caractère extra-tropical.
J'ai signalé le fait probable d'une influence de la végétation sur la température du pays. Dans la zone maritime, il ne pleut pas en hiver par le Norte sur les districts sablonneux dépourvus de grandes forêts (Vera-Cruz), tandis qu'il pleut souvent dans ceux qui
du Mexique la recrudescence du golfstream qui se manifeste au printemps! [^'influence des glaciers et même des neiges perpétuelles sur les rivières du Mexique est nulle ou insigni6ante.
^ Versant de la Curdilière, Jalapa, Orizaba, Zacapoaxtia , etc.
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situés plus au nord, sont fortement boisés (Tuxpan)^
Quant à la nature des chutes d'eau, on peut les classer en deux catégories, savoir :
1o Les pluies tropicales régulières, quotidiennes et orageuses, qui tombent de haut, qui ont lieu pendant Tété (ou saison des pluies) et cela sur l'universalité du pays, aussi bien sur la côte que sur le plateau et son versant.
2o Les pluies basses non tropicales, accompagnées de brouillards, provenant d'une condensation dans les régions inférieures de l'atmosphère et ne se manifestant en été que dans les groupes de montagnes à de grandes altitudes (8 à 12,000 pieds; Real del Monte, etc.), tandis qu'en hiver elles envahissent le versant oriental de la Cordillère et même par moments les côtes boisées du golfe.
Si l'on envisage les hydrométéores dans leurs rapports avec l'orographie, on peut diviser le pays en trois sortes de régions, savoir :
1o Les plaines, qu'elles soient basses ou élevées; il n'y pleut qu'exceptionnellement en hiver, surtout si
^ Ce point reste assez vague dans mon esprit et je le recommande à l'élude des voyageurs. Si les choses se passent bien comme je le suppose, on pourrait conclure que ledéboisement de la zone maritime, réchaufTanl son climat, diminuerait la fréquence des pluies d'hiver. Le climat de la Louisiane a changé du tout au tout depuis deux sièch's sous l'influence du déboisement desEtals-Unis et s'est considérablement réchauffé. C'est du moins ce que l'on doit admettre d'après les relations du 17* siècle, comme l'a montré M. TïnitnBSsy,{GéoU)gie pratique de la Louisiane.)
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leur surface est nue, et elles ont sous ce point de vue météorologique un cachet tout tropicaP.
2o Les montagnes basses, ou le versant du plateau, auquel on peut joindre les parties les moins chaudes de la côte. Dans cette région il pleut aussi en toute saison, mais d'une manière différente. En été les pluies y sont orageuses et tropicales, en hiver chroniques et extratropicales. Cette zone prend en hiver le caractère des régions subtropicales, où il pleut surtout en hiver^, tout en reprenant en été le caractère tropical de sa latitude.
3o Les groupes ou massifs de montagnes plus élevées que le plateau qui offrent toujours dans les pluies le caractère d'irrégularité propre aux hautes latitudes, mais en conservant la persistance des pluies subtropicales. Ces régions ont un caractère extratropical en toute saison, en ce sens qu'il y pleut (ou neige) tout l'hiver et que l'été, bien que très-pluvieux aussi, amène des pluies- variables, tantôt chroniques, tantôt orageuses, mais non exclusivement les orages réguliers caractéristiques de la zone tropicale.
^ Dans ces régions on observe Tordre régulier de la ceinture tropicale des hydrométéores, caractérisés par les pluies d*été (voyez p. 15.) Toutefois sur les limiies du Guatemala déjà, on voit apparaîlre le caractère de la seconde ceinture (à double saison pluvieuse.) C'est pourquoi dans le Tabasco les rivières qui viennent du Çuatemala ont une double crue, Tune en juin et juillet, Tautre en octobre.
^ La zone suhiropicale de TAfrique septentrionale et du Portugal par exemple, offre le caractère d*une grande sécheresse en été et d'une humidité constante en hiver.
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4o A côté de ces régions montagneuses très-élevées, les pics ou grands volcans plus élevés encore (dont plusieurs couronnés de neiges perpétuelles) , mais isolés. Ceux-ci jouissent d'un état météorologique mixte, intermédiaire entre celui des plaines sur lesquelles ils s'élèvent et celui des massifs de montagnes dont il vient d'être question. Ils pourraient s'assimiler avec ces derniers si leur météorologie n'était influencée par celle des vastes plaines qui les environnent. En été ils subissent les mêmes orages tropicaux que ces plaines; en hiver ils se couvrent fréquemment de brouillards et sont humectés par des pluies et des neiges basses, mais moins fréquemment que ne le sont les amas de montagnes complexes.
Ces diverses régions ne dessinent pas des bandes continues, mais elles sont semées par lambeaux sur le pays et y forment une espèce de mosaïque ^
 la première appartiennent la bande étroite de la côte et une partie du Yucatan , ainsi que le plateau , puis divers districts assez bas, comme le pays de Cuernavaca qui forme un vaste gradin au versant sud et sud-est (terminal) du plateau. Dans ce groupe peuvent aussi se ranger quelques vallées plus ou moins larges, intercalées entre les contreforts de la Cordillère, des amphithéâtres formés par elle, et même des districts bas et ondulés.
^ C*est ce qu'a irës-bien indiqué Humboldt en disant que les lignes de culture du Mexique ne peuvent être tracées que sur des proOis et non sur la projection horizontale du pays comme on les trace pour les contrées européennes.
La seconde apparaît sous la forme d'une bande parallèle à la côte^ assez étroite, large de 10 à 20 lieues environ, formant la partie principale du versant du plateau, avec diverses ramifications de cette bande.
La troisième n'est formée que par des pâtés plus ou moins isolés qui s'élèvent pour la plupart du niveau du plateau, comme par exemple : le Real del Monte, celui d'Angangeo et je crois aussi une certaine étendue du Mechoacan; puis des chaînes de montagnes, comme la Sierra de Guernavaca , et probablement celle de Guanajuato, etc.
La quatrième se borne aux grandes montagnes isolées dont le nombre est restreint.
Gette distribution des météores a une immense influence sur l'hydrologie du Mexique, et il était juste de l'exposer brièvement avant d'aborder ce qui concerne l'écoulement des eaux ^
^ Cet exposé n*est qu'un simple essai qui ne saurait être exempt d^erreurs. Je recevrai donc avec reconnaissance les observations que les voyageurs ou les savants du Mexique voudront bien me faire à ce sujet.