DEUX ESPECES DE LIBERALISME
Soit à dessin ou par ignorance, l'on a souvent confondu et l'on confond souvent encore deux espèces très-distinctes de libéralisme, Il y a le libéralisme avancé ou impie, que professent tous les révolutionnaires, et le libéralisme mnitixé, adouci, modéré, le libéralisme soi-disant catholique enfin qu on trouve chez des hommes pieux mêmes, mais qui s’illusionnent dans leur faux amour de la paix jusqu'à croire qu'ilest lic't d'entrer en »::ommodement vec le mal et l'erreur, dans le but d'obtenir 4 eux certaines concessions en faveur de la vérité et du bien.
La distinction à établir entre ces deux espèces de libéralisme ne repose point sur des futilités ou des jeu: de l'imagination, mais sur des différences réelles et notables, Le Pape ent que l'on fasse cette distinction, puisqu'il n'omet poirt de la faire lui-même, afin de nous rendre l'erreur saisissable jusque dans ses plus petites nuances.
“ Les ruses et les ‘iolences des enfants du siècle, qui veulent ‘ détruire la constitution de l'Eglise, dit Pie IX, et briser les “ liens qui unissent les peuples aux évêques et les évêques au “ Vicaire de Jésus-Christ, (voilà le libéralisme impie) demeure- “ raient sans effet, si plusieurs de ceux qui portent le nom de ‘“ catholiques ne leur prêtaient une main amie.” (Voilà le libéralisme catholique.)
Comme il est facile de le voir par ces paroles toutes ruisselantes de lumière, le libéralisme impie n’est qu'un accident ou une manière d'être du pur naturalisme : il nie tous les droits de Dieu pour leur substituer les droits de l'homme.
Quant au libéralisme catholique, c'est le système de ceux qui. épouvantés à la vue du nombre et de l'audace des impies, essaient de les adoucir, de les convertir même en leur cédant du terrain ou en tolérant leurs excès, ‘“ Usons de procédés conciliants à leur ézard, disent-ils ; ne les brusquons point par des prétentions trop
Te
accentuées ; nous finirons par nous les rendre favorables et aussi, peut-être, par leur faire ouvrir les yeux.
Ce systême est en définitive celui de Fébronius, qui proposait des accommodements afin d'attirer les hétérodoxes à l’unité, or, l'on sait que le Pape Clément XIII a jugé ce système absolument comme Pie IX le juge aujourd'hui. ‘“ Singulière condescendance, “ disait-il, en vertu de laquelle ce ne sont pas les hérétiques qui se “ convertissent, mais les catholiques qui sont pervertis.”
Quoique tout-à-fait distinct et fort différent du libéralisme impie, le libéralisme soi-disant catholique ne va pas sans lui cependant. Et comment cela ? demandera-t-on peut-être.—Parceque le caractère propre du libéralisme catholique, d’après le Pape qui voit bien ce qu'il voit, c’est de tendre une main amie aux enfants du siècle et de seconder l’impiété te leurs efforts par des compromis ou la complicité du silence, sous prétexte de ménager la paix, d’user de prudence et de faire de la conciliation. D'où il suit que pour avoir une juste idée du libéralisme catholique et le reconnaître dans les mille formes qu'il revêt, il faut en premier lieu étudier les caractères du libéralisme impie. C'est ce que nous allons faire dans le chapitre suivant.