LIBERALISME IMPIE EN EUROPE
Le libéralisme impie, que nous considérons dans l’Europe seule pour le moment, comprend tous les dogmes révolutionnaires, ou, si on l'aime mieux, c’est le credo de la Révolution. Ce credo, on le trouve formulé dans les fameux principes de 89, que l'on imvoque partout comme les grandes conquêtes de l'esprit moderne.
Or, les principes de 89 qui constituent le libre examen politique, le protestantisme politique, selon l'expression de M. Louis Veuillot, se trouvent ainsi formulés dans la déclaration des prétendus droits de l'homme et du citoyen :
‘ Art. I.—Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
“ Art. II.—Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à " l'oppression. (Par propriété il faut entendre ici, comme l'ont
entendu les auteurs de cette pièce : droit de posséder en dépouils \ lant autrui.)
“ Art. III.—Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
‘ Art. IV.-—La loi est l'expression de la volonté générale, Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à s4 formation.
mms Art. V,—Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
UE à Art. VI.—La libre communication des pensées et des opinions «+ est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler; écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
« | “ Art. VIL.—La société a le droit de demander compte à fout |
agent public de son administration,
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“ Art. VIII.—L'Assemblée nationale, voulant établir la constitution française sur les principes qu’elle viept de reconnaître et de déclarer, abolit irrévocablement les institutions qui blessaient da liberté et l'égalité des droits :
4 Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditai. res. e , ni aucune autre supériorité que celle des fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions.
“ La loi ne reconnait plus ni vœux religieux ni aucun autre ‘<ngagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la constitution.”
Tels sont les principes de 89, et c’est une assemblée nationale, une assemblée délibérante et constituante qui les a formulés ; c’est; par conséquent, la politique, qu'on veuille bien le retenir, qui les a promulgués comme bases d’un nouvel ordre de choses. Il est évident que ces principes attaquent l'ordre religieux et tendent même à l'anéantir. Par là brille dans un nouveau jour éette grande vérité, que nos catholiques libéraux s’obstinent à ne point voir : au fond de toute question politique se trouve toujours la question religieuse. Il est surprenant que des catholiques, qui Ont la prétention d’avoir tant de lumières et de science, ne voient point cette vérité, lorsqu'elle a crevé les yeux de l'impie Proudhon lui-même et l’a forcé de lui rendre un hommage public.
: C’est un fait d'expérience universelle que, dans tous les temps, les hommes, ceux .du moins qui ont voulu faire usage de léur raison, ont considéré la religion comme le fondement indestruetible dès sociétés humaines : ‘ Qui ébranle la religion ébranle le fondement même de toute société ”, disait Platon, et Xénophon ajoutait : “ Les cités et les nations les plus pieuses furent toujours les plus sages et celles qui eurent une plus longue durée.” Plutarque disait à son tour ‘ qu'il est plus facile de bâtir une ville dans les airs que de constituer une société sans la croyance à la divinité ”. Rousseau constate que ‘ jamais Etat ne fut fondé que la religion me lui servit de base ”, et Voltaire avoue ‘que partout où il y a une société la religion est absolument nécessaire.”
Si le sens commun veut que la religion soit le fondement indestructible des sociétés humaines, il veut par là même que la politi-
PR. es
«que soit intimement liée à la religion. D'où il suit que vouloir “dégager la politique de l'élément religieux, est une folie, une impiété, un crime contre nature ; d’où il suit encore qu’une mauvuise politique est de toute nécessité une arme dirigée contre la religion, Un examen quelque peu attentif de la déclaration des droits de 4’homme et du citoyen nous fera mieux comprendre combien cette conclusion est rigoureuse.
Par la déclaration des droits de l’homme, la Révolution, incar, mée dans un corps politique agissant comme tel, a demandé et elle continue de demander la destruction de l’ordre social et religieux existant. Elle a voulu et veut tout détruire, afin de tout refaire.
Par la déclaration des droits de l'homme, la Révolution, incarnée dans un corps politique agissant comme tel, a voulu établir et continue de vouloir établir le commuinisme, en proclamant que ‘tous les individus de notre espèce naïssent et demeurent libres et égaux en droits. Elle a demandé et demande encore par là la suppression de la propriété, l'anéantissement de la famille, la destruction de toute hiérarchie sociale fondée sur la fortune, l’abolition de tous les droits acquis, de toutes les supériorités, au profit du “nivellement complet, puis donne le jour au suffrage universel.
Par la déclaration des droits de l'homme, la Révolution, incarnée dans un corps politique agissant comme tel, a demandé et décrèté comme elle demande et décrète encore la souveraineté de l'homme, Roi, Sénat, Parlement ow Peuple, dans le but d'établir soit le despotisme d'un seul, dont les volontés sont érigées en lois -suprêmes devant lesquelles s’effacent les prescriptions divines et “ecclésiastiques en contradiction avec elles ; soit le despotisme de la multitude, soit une monarchie dans laquelle le roi est esclave du parlement, et le parlement esclave de l'opinion, et l'opinion esclave de quelques hommes à l'esprit et au cœur dépravés. Elle consa, -cre en particulier le communism2 de l'Etat qui s'empare, comme «dit Mgr. Gaume, des âmes, par l'éducation ; de la liberté par la centralisation ; dela fortune, par l'impôt et par des lois injustement restrictives ou même destructives du droit de propriété ; de la vie enfin, par la conscription sans autres limites que sa wplonté.
Par la déclaration des droits de l’homme, la Révolution, incar-
bal nue
née dans un corps politique agissant comme tel, a. demandé et demande encore la liberté, c'est-à-dire la licence, le laisser-faire en toutes choses, sauf, plus tard, à ne rien laisser faire sans sa permission ; elle a reclamé et reclame encore la liberté illimitée de la à des cultes et du divorce.
Par la déclaration des droits de l’homme, la Révolution, inearnée dans un corps politique agissant comme tel, a demandé et demande gncore la séparation de l'Eglise et de l'Etat, afin de ruiner l'influence sociale de cette dernière, la dépouiller. impunément, faire absorber le pouvoir spirituel ou de Dieu, par le pouvoir temporel
ou de l’homme; de manière à réaliser sa maxime favorite : l'Eglise:
doit être dans l'Etat et le prêtre dans la sacristie.
Par la déclaration des. droits de l’homme, la Révolution, incarnée dans ,un, corps politique agissant commeitel, a demandé et demande enfin la reconnaissance politique et la protection de tous les cultes, afin de mettre sur la même ligne l'erreur et la vérité, de: les rendre aux yeux des peuples l'objet d'une égale indifférence, de les confondre dans un même mépris, et par là de substituer à la religion révélée de Dieu la religion naturelle, fabriquée par l’homme, interprétée et sanctionnée par lui,
Ainsi donc, isoler l'homme de Dieu, briser tous-les liens qui le tiennent sous la dépendance de ‘son Créateur, tant dans la vie privée que dans la vie publique, pour le mettre, en prétextant de le réhabiliter dans sa liberté primitive, sous l'unique contrôle de sa raison.et de sa volonté propre, voilà ce qui constitue le libéralisme en général. C’est la plus effrénée de toutes les licences, que l'on veut rendre acceptable en l’affublant d’un nom de nature à en imposer par son air de décence. Considéré dans son origine, ses agissements et sa sphère d'action, il est politique ; mais, dans ses
incipes et le but qu’il poursuit, il est foncièrement impie.
Ils mentent, donc à l'histoire sciemment ou par ignorance, ils mentent à ce qui se passe sous leurs yeux, ceux qui soutiennent que le livéralisme peut être purement politique, c’est-à-dire ne refléter aucune teinte religieuse ou ne contrarier en rien les dogmes et la morale du christianisme. Tout libéralisme attaque la religion, et il n’a pas d'autre raison d’être que de la battre en brèche. À l'instar de toutes les erreurs les plus subtiles, il tente de se
mit ss
déguiser, de cacher le venin de sa malice sous des allures politiques séduisantes, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant ; mais ses déguiseinents, loin de le rendre moins préjudiciable aux intérêts .de la vie sociale et religieuse des peuples, doivent nous le faire regarder comme très-dangereux et très-redou-
table,