‹ Coup d'oeil sur le libéralisme européen et sur le libéralisme canadien [microforme]Chapitre 6 sur 20 · RS · texte numérisé non relu

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les catholiques libéraux ont tort. Par essence, l’erreur est un diksolvant et le mal un désordre ; il ne saurait donc jamais être, eût- -On les meilleures intentions du monde, permis de reconnaître, en principe, qu'ils peuvent produire l'union ou compter parmi les

-éléments de l'ordre, et d'agir conformément à un tel principe.

Une admiration outrée, une espèce de culte pour le parlementa-

æsm?, Sa mar)tte en politique, ne contribua pas peu à confirmer

M. de Montalembert dans ses idées libérales. Ses adhérents et ss adeptes continuent de marcher fidèlement sur ses traces. A

quoi passent, en effet, leur temps, depuis leur fondation, les jour

naux et publications périodiques qui servent d'organes aux cathko- ‘ae libéraux, notamment le Correspondant, le Français et la Gazette des Villes et Campagnes? A combattre l'impiété et la Révolution ? Pas précisément. Ils sont pleins d'égards pur elles et ils ne trouvent jamais qu'on les ménage assez. Aussi, leur polémique la plus vigoureuse est-elle dirigée contre les écrivains franchement catholiques, qu'ils accusent d'être la cause de tous les maux dont souffre l'Eglise : ils les trouvent ni assez modérés ni assez conciliants. ‘ Par les doctrines inflexibles que vous émettez sans discernement ni prudence, disent-ils, vous soulevez des colères et des tempêtes contre nous, et vous éloignez de l'Eglise ceux qui commençaient à se montrer assez bien disposés à son égard.”

Tels sont la conduite et le langage de toute la presse catholi-

-que libérale de France. Son travail se borne à dissimuler ou à

diminuer la vérité dans le but d’avoir la paix avec la Révolution et d'obtenir que les catholiques jouissent de quelques-uns de leurs droits indéniables à titre de fayeurs. Quant aux hommes qui n'aiment point sa manière d'entendre et de pratiquer la modéra.

tion, elle les représente comme des insensés et des furieux.

Toujours méticuleux et disposés, pour apaiser les clameurs de la Révolution, à sacrifier, comme Plate, la vérité et la justice en leur rendant de stériles hommages, les catholiques libéraux firent bien piteuse figure à l'apparition du Syllubus. Cette pièce les remplit d’alarmes, et ils se dirent tout bas à l'oreille que le Sain Père était bien imprudent de passer entière condamnation sur les idées du monde moderne. Afin de calmer les gouvernements, les . politicièns ét même les journaüx ‘impies, qui tous répétaient en

cœur avec indignation que, le, Pape leur lançait une déelaratiom de guerre, ils se mirent à l’œuvre dans le. dessein de démontrer qu’en somme le Syllabus était un document tout-à-fait inoffensif, ou que, du moins, i] condamnait fort peu de choses. On atténua si bien la portée de l'acte pontifical qu'on le rendit lettre 1norte dans la pratique, et, parmi ceux qui se distinguèrent à cette besogne, il faut citer les patrons et rédacteurs du Correspondant et. de la Guzeite des Villes et Campagnes, tous partisans zélés de l'erreur libérale.

La politique, pour ne pas être dérangée dans ses calculs et pour

caracoller comme elle l’entendrait, libre de tout frein religieux, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, demandait cette espèce d'apostasie, On n'hésite pas à lui donner satisfaction, en invoquant toujours la paix et la modération qu'il fallait à tout prix faire régner, les mille complications qui allaient surgir si l’on irritait les esprits par un zèle intempestif.

La même scène, avec des circonstanees encore plus pénibles, se renouvela quand la grande question de l’infaillibileté pontificale fut soulevée dans le monde catholique. Les gouvernements et les politiques redoutaient extrêmement la proclamation de l’infaillibilité comme dogme. Jusqu'alors, abrités derrière les fameux idées gallicanes, ils soutenaient qu'ils n'étaient pas tenus d’obéir au Chef de l'Eglise, élevant seul la voix en dehors d’un concile général. Leur desseïn était d’éluder par là les condamnations dont les papes, surtout depuis les luttes du Sacerdoce et de l'Empire, n'avaient cessé de frapper les envahissements du pouvoir civil dans le domaine ecclésiastique et religieux, et ses tendances continuelles à s'affranchir de toute subordination à l'égard de l'autorité spirituelle, dans le but de régner en despote et d'imposer ses volontés comme autant de lois suprêmes. Par la proclamation du dogme de l'infaillibilité, il arriverait que la voix du Pape serait regardée par les peuples comme la voix de Dieu même et qu'il deviendrait très difficile par conséquent, pour ne pas dire impossible, d'asseoir le Césarisme sur des bases solides et durables.

On résolut donc d'empêcher la proclamation que l’on redoutait

tant, et l'on se servit pour cela des catholiques libéraux. Après.

leur avoir rempli l'esprit de vaines terreurs, on les lâeha dans la

presse et à la tribune. Et eux, sans trop soupçonner peut-être qu'ils faisaient admirablement bien les affaires de la Révolution, ils organisèrent une véritable croisade contre l'infaillibilité. De toutes parts, à un moment donné, se répandirent des écrits d’origine suspecte, dans lesquels on t2ntait de démontrer, en accumulant les sophismes et les mensonges historiques, que déclarer le Pape infaillible était une impossibilité, au moins un immense malheur. On s’apitoyait beaucoup sur le sort des hérétiques en particulier et aussi sur celui des schismatiques qui se trouveraient forcément condamnés à ne jamais pouvoir se convertir, si cette déclaration avait lieu, et puis on traçait un tableau effrayant de la guerre que les gouvernements allaient prendre occasion de là de faire à l'Eglise et de ses fâcheuses conséquences.

Bref, les catholiques libéraux remuèrent ciel et terre ; ilsallèrent même jusqu'à outrager le Pontife Suprême, le qualifiant d'idole du Vatican, et cela, pour forcer le Concile à ne pas affirmer une vérité qui écrasait la tête de l’hydre révolutionnaire, cachée dans les replis de la tortueuse politique moderne.

A qui voudrait persister à nier que le libéralisme catholique soit en même temps politique, nous dirions de jeter un coup d'œil sur le passage de Napoléon III au trône de France. Qu'ont-ils { fait la plupart du temps, lui et ses ministres ? Du libéralisme catholique. Tout en rendant de stériles hommages à la religion, en protestant de leur dévouement à l'Eglise et à son auguste Chef ils ont sacrifié la justice, la vérité, les intérêts de Dieu à leurs intérêts personnels ; ils ont eu la lâcheté de Pilate en face de l’innocence opprimée et persécutée. Oubliant qu'il est écrit que nul ne peut servir deux maîtres, le Christ et Bélial, ils ont travaillé à se rendre acceptables, à la fois, à l'Eglise et à la Révolution. Comme cette dernière, sitôt qu’elle s'aperçoit qu'on la redoute, devient excessivement arrogante et impérieuse, ils ont beaucoup fait pour elle, dans l'espoir de l’amener à vivre en paix avec l'Eglise. } Et l'Eglise avait à payer seule tous les frais de cet accord qu'on voulait lui imposer de force. :

Ils ont toléré toutes les erreurs et permis toutes les débauches | ’ de l'intelligence : à la vérité seule, sous prétexte qu'elle est irritante, ils ont refusé le droit d'être entendue : ils l'ont même persécutée. Quand, à Paris et dans les provinces, la presse impie avait pleine | liberté de vomir tous les outrages contre l'Eglise, les évêques de France, de par la volonté de Napoléon IIT et de ses ministres, n'étaient pas libres de publier les encycliques du Pape ; il fallait, leur disait-on, ménager les ennemis de l'Eglise, ne pas les trriter inutilement. Mgr. Dupanloup, dans l’avant-propos de sa brochure sur la Convention du 15 septembre et l'Encyclique du 8 décembre, écrivit quelques phrases pour déplorer cet état de choses : mais il ne leur donna ni l'ampleur, ni l'allure militante qu'on LE remarquait dans ses tirades à l'adresse des catholiques, ennemis À des transactions et des accommodements. Il parla comme citoyen, mais se tut comme évêque, afin de ne pas faire mépriser la justice du pays. Ce sont ses propres paroles. Il se sentait obligé de combattre, mais, pour ménager l'ennemi, il renonça aux avantages que

ui assurait la hauteur de sa position et se revêtit de l’armure la moins propre à offusquer. Pour ne pas faire mépriser la justice du

pays, il crut devoir respecter jusqu'à un certain point les droits

que s’arrogeait l'iniquité.

Quand Victor-Emmanuel volait à Pie IX une partie de ses Etats, le même Napoléon III et ses ministres laissèrent l'injustice se consommer. sous prétexte qu'intervenir troublerait la paix du monde. Quand enfin la Révolution demanda qu'on lui livrât Pie IX sans défense, Napoléon III encore et ses ministres le sacri fièrent, espérant que ce sacrifice vaudrait à la France un rempart de quelque cent mille baïonnettes ; ils croyaient mieux favoriser par à les grands intérêts de l’ordre et de la religion, mais les événements ont démontré jusqu’à la dernière évidence que les calculs des lâches portent toujours à faux.

Si nous considérons maintenant ce qui s’est passé depuis la chute de Napoléon III, et si nous nous demandons quelle a été lune des principales causes qui ont empêché le rétablissement de la monarchie chrétienne en. France, seul remède à tous les maux qui la dévorent, nous trouvons que c’est encore le libéralisme cathplique. Nouvelle preuve que cette espèce de libéralisme opère toujours sur le terrain politique. Les catholiques libéraux auraient voulu rallier tout le monde à peu près à la cause légitimiste ; mais, pour obtenir ce résultat, il fallait des sacrifices de principes, sacrifices auxquels ils ont consenti, mais que Henri V n'a pas voulu ratifier.

Si done la France est fort mal assise sur ses fondements à l'heure qu’il est ; si elle vit dans de perpétuelles fluctuations, sans jamais pouvoir se fixer à quelque chose de solide ct de durable, c’est toujours la faute du libéralisme, qui s'accroche à toute solution éphémère des difficultés, comme à une planche de salut certaine et qui refuse a’appuyer toute ligne de conduite en parfaite harmonie avec ce qu'exigent la rigueur et l'inflexibilité des principes. La ligne droite lui répugne absolument ; il faut qu'il biaise et se meuve dans les zigzags,

Dans les autres pays de l'Europe, le libéralisme catholique présente les mêmes caractères qu'en France ; la politique est toujours son château-fort. Qu'il nous suffise de citer la seule Belgique pour

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corroborer notre preuve. Or, voici comment vont les choses dans ce pays, au témoignage du Révd. M. Ouellet, prêtre du Séminaire de St. Hyacinthe, qui a puisé ses renseignements aux meilleures sources. C’est un Belge même, avec qui il a eu un entretien, qu'il laisse parler, et ce Belge lui a peint la situation telle qu’elle est, sans exagération aucune, comme il a pu le constater par de nombreux renseignements puisés à d'autres sources.

“ Le peuple (belge) est catholique, dit-il : dans les campagnes on pratique la religion partout ou presque partout. Dans les villes, la majorité, je puis dire la grande majorité, est sincèrement religieuse. Mais, parmi les catholiques, un certain nombre, parmi Bs plus influents, n’ont pas réussi à se débarrasser complètement de la grande illusion libérale qui a fait tant de mal à la France, et qui nous a mal servis en Belgique. Voyez nos ministres ; ils sont catholiques, plusieurs sont même de fervents catholiques. Ecoutez cependant leurs discours ; ils ne peuvent taire leur admiration pour les institutions modernes ; la liberté de la presse surtout, qui nous fait pourtant tous les jours tant de mal. Voyez les à l'œuvre ; ils ont certes empêché beaucoup de mal; c'est quelque chose. Mais quel bien positif ont-ils fait ? N'’ont-ils pas cherché à comprimer en quelque sorte le mouvement que porte les catholiques à se rallier plus fortement à Rome? N'ont-ils pas blamé en pleine Chambre les évêques qui flétrissaient les lois prussiennes attentatoires aux droits de l'Eglise ? N'’ont-ils pas favorisé, par leurs atermoiements timides, les libéraux (impies) dans les outrages que ceux-ci ont maintes fois jetés à la face des catholi. ques accomplissant leurs devoirs religieux ? Je vous le dis avec une profonde conviction : par leurs ménagements, par leur faiblesse, ils contribuent à faire disparaître la ligne de démarcation par laquelle le peuple savait jusqu'ici distinguer entre le bien et le mal en politique.”

Parlant des libéraux impies de son pays, le même Belse ajoute : 4 Comment lutter avec avantage contre des hommes qui ont rejeté toute religion, pour qui le serment n’est qu'une formalité sans conséquence, à qui tous les moyens sont bons, même les sacriléges audacieusement et journellement commis à la sainte table, afin de se couvrir d'un manteau religieux et d'opérer ainsi plus à l'aise.

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