LIBÉRALISME AU CANADA.—LIBERALISME IMPIE
Il y a peu d'années, quelques-uns parmi nous ont cru pouvoiraffirmer et soutenir qu’il n’y avait pas au Canada de libéralisme dans le sens condamné par l'Eglise. Honnêtes, pieux, vénérables même, on ne peut que les supposer de bonne foi. Tout exempts d2> faute qu'ils aient été à cause de cette bonne foi, quelque louables qu’aient été leurs intentions, ils ont cependant très-mal servi la bonne cause en s’opiniâtrant à maintenir cette affirmation. Ils permettaient ainsi à l'erreur de circuler et d'agir librement sous un masque de parfaite innocence. Et l'erreur n'aime rien tant que cela ; si elle exerce beaucoup d’empire, c’est grâce à ses déguisements, et si ses victimes sont nombreuses, c’est qu’elle frappe dans les ténèbres.
Les hommes, qui, de bonne foi, ont nié l’existence du libéralisme parmi nous, ne connaissaient qu’imparfaitement cette erreur ou n'étaient pas bien au courant de notre histoire contemporaine. Autrement, il leur eut été impossible de se complaire à tout voir sous couleur de rose dans notre jeune société.
Après l'exposé que nous venons de faire, quiconque est intelligent et droit ne pourra s'empêctker de reconnaître et d’avouer que le libéralisme canadien, par sa nature, ses caractères et ses agissements, ne diffère en rien du libéralisme européen, c’est-à-dire qu'ils sont tous deux parfaitement identiques. Mais puisque nos libéraux pur sang s’obstinent à nier une vérité devenue tangible et de la dernière évidence pour qui sait voir autrement qu'à travers le prisme trompeur des passions, nous allons entrer dans ‘des détails qui feront tellement ressortir cette vérité qu'elle leur crèvera les veux, s'ils refusent toujours de lui faire bon accueil.
Nous avons d'abord au Canada des libéraux avancés ou impies ai font école, qui sont plus nombreux qu'on ne parait le croire ‘énéralement, qui sont imbus de tous les principes de 89 et qui travaillent à assurer leur triomphe.
Nous avons ici, en effet, des hommes et des journaux qui recon-
naissent et défendent le principe essentiellement révolutionnaire de la souveraineté du peuple et toutes ses conséquences. L'Avenir, le Pays, le Défricheur, l'ancien National ont vécu de €æ principe comme en vivent aujourd’hui l'Evénement, le Bien-Public et le: nouveau National, ,
Les mêmes hommes et les mêmes journaux veulent encore que: la loi soit l'expression de la volonté générale, et que tous les: citoyens aient le droit de concourir personnellement ou par leurs: représentants à sa formation. Lorsque la volonté générale a formé la loi, cette loi, quelle qu'elle soit, est regardée comme tellement sacrée et obligatoire qu'elle annulle toute loi divine ou ecclésiastique en contradiction avec elle. Pour en donner une preuve de fraîche date entre mille, un juge de la Cour Supérieure s'étant, l'an dernier, déclaré incompétent dans une cause où l'on traduisait devant lui un prêtre, accusé d’avoir forfait à son devoir dans le ministère de la prédication, une immense clameurretentit contre lui. On le qualifia de fanatique et d’insensé ; on alla même, en certains lieux, jusqu'à demander sa déchéance.
La loi votée par la majorité des représentants du peuple ! Elle a plus d'autorité que celle qui a été promulguée au bruit de la foudre sur la Sinaï, Démontrez tant qu’il vous plaira qu'elle est absurde, vexatoire, injuste, tyrannique ou impie, on vous répondra que c’est la loi, qu'il n’est pas permis d'aller contre, qu'il faut la respecter et s’y soumettre, Enfin, quand on a dit: C’est la loi, on a tout dit, et quelles que soient les abominations qu'elle porte: dans ses flancs, il faut s'incliner devant elle. La volonté de Dieu s’efface ainsi devant les volontés de l’homme, au profit de son immense orgueil et de ses ignominieuses passions.
En vertu du principe de 89 qui dit que tous les hommes naissent égaux en droits, ne comptons-nous pas parmi nous beaucoup de partisans du suffrage universel d'un côté, et de l'autre bon nombre d'hommes qui repoussent les immunités ecclésiastiques, surtout l’immunité personnelle comme un privilége qui servirait de rempart à l'injustice ? |
N'avons-nous pas, en outre, des hommes très-favorables au communisme de l'Etat, et peu disposés par conséquent à respecter le droit de propriété ? Ils trouvent sages et excellentes les disposi-
tions de nos lois qui exigent que l'Eglise, pour posséder, reçoive une autorisation de l'Etat, ét que, dans un grand nombre de cas, elle ne puisse exercer ce droit que dans certaines limites déterminées par lui. C’est la conséquence naturelle-et nécessaire du principe de 89 qui dit que toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, et que NUL cORPS, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
Nous ne paraïissons pas soupçonner combien sont nombreuses les idées impies et révolutionnaires répandues parmi nous, tant elles semblent peu nous choquer. C’est à tel point qu’il y a trois ans, pas plus que cela, un journal catholique et conservateur a pu soutenir la thèse suivante aux applaudissements du plus grand nombre : Comme particuliers, les gouvernants séculiers sont subordonnés aux dépositaires de la puissance spirituelle ; mais le pouvoir temporel lui-même, dans les cas où il transgresse la loi divine, ne saurait être repris avec autorité par la puissance spirituelle.”
Nous avons encore des hommes et des journaux qui reclament à grands cris la liberté de conscience, c’est-à-dire le laisser-faire, quand ge laisser-faire est favorable à toutes leurs mauvaises convoitises. [ls se débattent pleins de rage sots nos yeux, à l'heure actuelle même. Ne les entend-on pas, en effet, rugir contre les prêtres qui osent donner, en temps d'élection, une direction chrétienne et catholique à leurs ouaillés ? Parceque l’enseignement religieux dérange ou détruit leurs trames perfides, ne prétendentils point qu’il violente les consciences en les intimidant mal à propos, et qu’il devient un véritable attentât à la liberté du citoyen ?
Les mêmes hommes, qui demandent, au nom de la liberté, que le clergé soit condamné à une espèce de mutisme, ne souffrent pas qu'on les inquiète dans leurs opinions, et ils revendiquent comme un droit des plus précieux le droit d'exprimer librement toutes leurs pensées et leurs manières de voir par la parole et l'écriture. Et il faut voir s'ils usent de ce droit ! Que de choses infiniment respectables nous avons la douleur de voir quasi tous les jours impunément foulées aux. pieds par d'effrontés et d’ineptes orateurs, aussi bien que par des écrivains sans foi ni vergogne ! Que de brutalités sans nom l’on rencontre presque à tout moment contre Ja religion et ses ministres! Faites mine de vouloir eomprimer la
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licence des forcenés qui commettent ces excès ; ils vous accuseront de nourrir l’idée barbare de vouloir les faires griller et rôtir sur les bûchers de l’Inquisition.
Nous avons de plus des hommes et des journaux qui regardent la reconnaissance politique et la protection de tous les cultes, non pas comme un malheur auquel il faut se souméttre par une triste nécessité, mais qui jugent que tous les faux cultes ont autant de droit à être protégés que le seul culte véritable. Ils font pis ‘encore ; ils vont jusqu'à prévenir par leurs faveurs les simples ‘désirs des hérétiques, tandis qu’ils se montrent très-difiiciles, et parfois intraitables, lorsqu'ils sont sollicités de rendre stricte justice aux catholiques. Aussi, les entend-on donner les premiers l’alarme aux protestants et les avertir de se tenir sur leurs gardes, sitôt qu’il est question de réhabiliter l'Eglise dans quelques-uns de ses droits. L’Ævénement, le Bien Public, le Journal de Québec et le National excellent dans cet art.
Les mêmes hommes, pour propager plus rapidement l’indifférentisme et le faire régner partout, se sont constamment montrés favorables à l’enseignement séculier et laïque, et l'ont réclamé plus d’une fois. Nous avons même un grand pas de fait dans cette malheureuse voie. La raison qui porte les chefs du parti rouge à se déclarer fortement en faveur de l’enseignement laïque, c’est qu'ils trouvent que l'éducation est trop religieuse. Sous prétexte de donner à la jeunesse du pays des connaissances plus pratiques, ils n’aspirent au fond qu'à se débarrasser de la religion en la laïssant ignorer aux jeunes générations...Comme on l'imagine bien’ ils ont été et sont encore, à l'exemple de leurs amis d'Europe’ fortement opposés à la réforme chrétienne de l’enseignement, telle que nous la sollicitons depuis plusieurs années pour répondre aux volontés que le Chef de l'Eglise a si souvent et si clairement exprimées. Tout ce qui s’enseigne en dehors de l'esprit religieux excite leurs sympathies, mérite leur approbation, leur encouragement, et ils y tiennent comme à leurs entrailles.
Nous avons enfin des hommes et des journaux qui, les uns d'une façon, les autres d’une autre, prêchent la séparation de d'Eglise et de l'Etat, et même l'absorption de l'Eglise par l'Etat. Dans l’ordre social et politique, ils ne reconnaissent d'autre pou-