DEUXIÈME OBSERVATION
Fièvre intermittente pernicieuse^ symptômes gastriques, abdomen douloureux à la pression , coma , paralysie , et dilatation de la pupille du côté gauche , rnort. Inflammation du péritoine de t estomac, des intestins grêles; engorgement de la rate, du fuie, ramollissement du corps stné de Vhémisphère droit.
Nicolas âge de 54 ans, d'une faible constitution, avait souffert de temps à autre des indispositions provenant d'un dérangement des organes gastriques. Le i5 juillet 1818 vers midi, quelque temps après avoir mangé, il ressentit des frissons avec des trem- Llemens, suivi de chaleur et de sécheresse de la bouche, de soif, d'abattement universel, et d'un cerlaiii assoupissement. Pendant la nuit il fut couvert d'une sueur abondante. Le 16 au malin, il se sentit épuisé, quoiqu'il y eût rémission complète des symptômes. A^ers les onze heures de la même matinée, il fut attaqué d'un nouvel accès plus violent que le précédent, la chaleur était plus intense. Vers trois heures après midi il entra à l'hôpital de Leucade. Voici les symptômes qu'il présenta : peau sèche , chaleur mordicante, plus intense à la région épigaslrique qu ailleurs, pouls fort et fréquent, donnant 122 pulsations par minute; bouche sèche, soif, langue rouge sur ses bords surtout, légère douleur à l'abdomen.
SOUS la pression, céphalalgie, corna le'ger qui ne l'empêchait pas de répondre aux questions qu'on lui faisait, urines rouges et très chargées , respiration presque dans l'état ordinaire , sueur pendant la nuit. Le 17 au matin rémission des symptômes, grand abattement dans les forces du malade, il prend du quinquina qu'il vomit quelques instaiis après ; à dix heures nouvel accès plus intense que le précédent, offrant^ après la période du frisson , un coma profond , pupille dilatée. 11 répondait difficilement aux questions qu'on lui adressait; pupille gauche plus dilatée que la droite , soubresauts des tendons , décubitus sur le dos ; les membres du côté gauche lorsqu'on les soulevait retombaient promptement ; ceux du côté droit n'offraient pas les mêmes phénomènes. La différence de sensibilité était peu marquée; mais dans l'un et l'autre elle était moiiidre qu'à l'orilinaire. Lorsqu'on comprimait l'abdomen, le malade s'éveillait en donnant des signes de douleur manifeste ; les traits du visage étaient tirés en haut. Ce paroxysme fut plus long que le précédent.
Le 18 au matin rémission bien moins apparente que le jour précédent, paroxysme vers huit heures et demie; coma profond, altération des traits du visage plus remarquable que dans le paroxysme précédent ; pupille gauche plus dilatée, flaccidité des membres du côté gauche , respiration gênée, pouls f; équent et faible : le malade succomba vers une heure après miàï. Jutopsie. Abdomen.
Dans la cavité du péritoine j'ai trouvé une sérosité peu abondante, mais trouble; la séreuse était légèrement enflammée , la muqueuse de l'estomac rouge, celle des intestins grêles rosée; la muqueuse des gros intestins n'offrait rien de remarquable. La rate était engorgée ainsi que le foie , la vésicule du fiel contenait de la- bile à l'état liquide ; la vessie était pleine et légèrement distendue , la muqueuse était dansl'état ordinaire. Thorax : les viscères de la cavité de la poitrine étaient dans l'état naturel ; les poumons un peu engorgés. Têie : on observait dans les vaisseaux de la pie-mère un léger engorgement; l'hémisplière gauche du cerveau présentait une consistance ordinaire ; mais on remarquait un léger ramollissement vers le corps strié de l'hémisphère droit.
REMARQUES
D'après le mauvais état de la constitution du malade et la nature pernicieuse de l'aflection fébrile , qui tendait d'une manière insidieuse à acquérir la période d'intermittence ,1a maladie n'a pu être vaincue par l'administration du quinquina, parce que ce médicament était vomi par le malade. La gravité dumalfitdes progrès rapides et le malade succomba. La nature des symptômes du paroxysme fébrile indiquait une affection gastrique compliquée de péritonite et de maladie cérébrale. L'autopsie a confirmé
ce rapport, puisque, outre U gastro-entcrite et la péritonite, nous avons trouvé un ramollissement du corps strié droit qui prouvait évidemment Taffection du côté gauche.