C. Sec, hâ; broc, bro (comme en français
(I) Nous ne croyons pas que cela soit. Génin a quitté les Vosg.s trop tôt pour que notre patois lui ait été familier, et d'ailleurs il a assez témoigné de sou ignorance des idiomes rustiques et assez montré son dédain pour eux pour qu'il ne soit pas accusé d'y avoir cherché des faits, des idées et des principes généraux sur la langue du moyen âge qui Ta tant occupé.
R est une sorie d'aspiration qui disparaît , comme on le voit plus haut, à la fin d'un mot. Au milieu d'un mot, à la fin d'une syllabe (ar, er, or, our, ir), il en est généralement de même, soit que l'accent portant sur la voyelle qui précède r l'absorbe en quelque sorte, soit qu'on rejette la faible aspiration de cette lettre, comme nous le voyons dans la langue anglaise où garçon se prononcerait gàçon. L'aspiration se transforme quelquefois en h. De plus la voyelle primitive qui précède r est presque toujours modifiée ; elle devient longue ou elle se transforme en une autre, fort souvent en une diphthongue.
AR. C'est dans la syllabe médiale ar que l'ancien grasseyement français, transporté par les Normands en Angleterre, est le plus fréquent dans le patois vosgien : parler, pâle; large, icige. Dans certaines parties de la montagne Va est représenté par oua: parler, poualè ; marché, mouacliè, Voici encore d'autres transformations : marteau, maité; fardeau, faidé; acharné, éhongniè.
OR est représenté en patois par d, our, ou, ouô, eu : orge, ôge ; tordre, luôde , borne, bône (vieux français); corbeille, cotirbouâye; corneille, counàijc; écorché, licouchè; mordre, mouôdc, corde, couôde; ortie, eulie. Les Espagnols transforment aussi en diphthongue la voyelle qui précède r : mort, muerte; porte, puerta.
OUR représenté par 6, ou, ouô, eu et eur : journée, jônâye ,• fourneau, fouw ; bourde, bouôdc; nourrir, neuri; fourmi, fearni it /rem'.
ER représenté par eur, or, ar, a, ia, ié, oua, oué : enfermer, eifer ma, cerfeuil, cor feu ; déserteur, dèsariou; perdu, padiu (poédi à Gérardmer); cerf, eiâ; perte, pidte ; terre, tiarre,merle, mièle (1) (Ban-de-la-Roche) ; verge, vouage; verre, vouére. Les Espagnols disent semblablement : tierra, terre; cierlo, certe ; mero , sérum , petit-lait
1ER : Vierge, virge et vige.
Souvent l'aspiration que contient r est représentée par h : mur, muhe; germer, jauhna.
ConsoEsraes doubles.
Dans l'articulation de deux consonnes dont la seconde est originairement une liquide / ou r, le patois s'exprime d'une façon très remarquable.
(1) A propos de ce mot, nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer tic nouveau ud doute qui nous poursuit en raille occasions. La ressemblance de mièle avec merula (latin) ou merle et l't ffacement de IV à la fin de la première syllabe ne nous convainquent point ici de la solidité de Pétymologie latine. Car nous trouvons dans les langues celtiques du Cornouailles, de notre Bretagne et du pays de Galles le nom de l'oiseau sous les formes moelh, moualch. mwyalch, qui, on en conviendra, se rapprochent beaucoup plus de notre patois que du latin. Nous sommes loin de nous refusera l'évidence de l'étymolo£;e latine pour la plus grande partie des mots français ; mais il y a un excès dangereux à n'y voir
Dans la combinaison avec r, cette dernière lettre disparait presque toujours ; d'autres fois elle se transpose.
for, pr, tr, etc.
R retranché : chambre, chambe ; encre, auque, sucre; seuque ; attendre, élaude ; livre, Hue, coffre, co/fe; maigre, mai gue; vêpres, vêpe; prêtre, prête. Cette manière de s'énoncer est commune à un certain nombre de patois de la langue doil et à la langue populaire.
R transposé : fromage, fourmage (toutefois le primitif est forme); ombre, orbe; grelot, guéria; cresson, keurhon; premier, peurmé; dormir,
que le latin, comme le font aujourd'hui un grand nombre de linguistes distingués. S'ils voulaient se donner la peine d'étudier plus profondément les patois, sans se contenter du picard ou du bourguignon, qui ont une littérature imprimée assez étendue, ils trouveraient matière aux mêmes doutes que nous qui n'apportons ici que l'examen et non un système. Si mièle leur paraissait plus celtique que latin, que diraient-ils de toit, qui se dit iô à Gérardmer et dans les langues que nous avons citées plus haut? Si le temps ne nous fait point défaut, nous espérons bien démontrer un jour avec d'abondantes preuves que la langue celtique n'a pas disparu des Vosges. Arriver à saisir l'élymologie d'un idiome, c'est eu même temps affirmer l'ethnographie d'une population.
dreumi, etc. Nous avons déjà dit que le dépla" cernent de cette articulation se rencontre originairement dans la langue celtique.
Quelquefois, particulièrement dans les articulations dre, c'est la consonne précédant r qui est retranchée: apprendre, aipanre; pondre, ponre; poudre, poure; tendre, tnnre, etc.
Ici nous prions le lecteur de se rappeler qu'en comparant ainsi le patois au français, nous ne faisons pas venir l'un de l'autre. Le génie des deux langues (qu'on nous permette un moment cette expression peu oriliodoxe), est tout-à-fait différent. Le français en faisant poudie du radical pulver, supprime tout ce qui est entre la syllabe accentuée put et r, et par une sorte d'attraction naturelle remplace la liquide / par un d. Le patois au contraire ne conserve rien entre la voyelle accentuée et la consonne finale; il admet avec peine une articulation double au milieu d'un mot. Il en est de même dans molerc, moudre, more, mots que nous avons déjà cités. Le point de départ est tout autre, on le voit, et il ne faudra pas se méprendre sur les comparaisons que nous faisons.
bl, pi, fl.
Dans ces trois articulations, / disparaît on permute avec i à la façon italienne. Quelquefois dans bl, la liquide seule reste, ou les deux consonnes sont représentées par tout autre chose.
1° Diable, diabe, et dans tous les mots en able; plus, pu, et dans tous les analogues.
2e Blé, bié; tremblement, Iraubiesse; blanc, biunc (italien, bianco); plaire, pidre; pluie, pieuge (italien, piogia), piuche et piôve; fleur, fio (ital., fiore); flamme, flamme,
3° Double, dôle; diable, diale, etc.
4° Table, tauye et frm/e; diable, diâche.
cl, gl.
Des exemples suffiront pour faire comprendre les procédés du patois et les rapports avec les précédentes règles.
CL. 1° Clore, kiore et tlore; clair, kiar; clou, &/o et fio; Claude, Diaude.
2° Sarcler, saquè; miracle, miraiqw; cercle, m que.
GL. 1° Ongle, ongue.
2° Aveugle, éveule ; beugler, beulè.
3° Gland, éguian.
4° Gloire, diôre; glaçon, diacon ; glissant, (allemand y latte), kiatte; glout (ancien français, d'où aujourd'hui glouton), diote.
H aspirée.
Le son le plus caractéristique du patois vosgien, particulièrement dans la montagne, est, nous l'avons déjà dit, l'aspirée h qu'il a pris de
l'allemand et que le celtique a pu lui transmettre. Il a les plus grands rapports avec la jota espagnole.
Nous distinguerons la place que Y h occupe pour mieux letudier et mieux comprendre ce qu'elle représente dans les mots correspondants des autres langues. Elle est au commencement des mots, au milieu ou à la fin.
//initiale. 1° h représente s, g, j, ch placés au commencement d'un grand nombre de mots français : sourdaud , heudé ; sœur, hieu; sûr, hu; six, hé; gonfler, hoffiè ; jeter, laie; chauffer, hauffiè.
2° Par analogie , il remplace la syllabe se : semelle, hmelle (Gérardmer).
3° On le voit représenter éch : échelle, haute (latin scala); échauder, hauda.
4° Dans les radicaux latins commençant par sp, si, etc., s représenté en français par e, Test en patois par h : stabulum, étable, Jituule ; spica, épi, hpi; Stella, étoile, hlelle; ajoutons scala, échelle, haule.
5° Il en est de même à l'égard des consonnes doubles qui en allemand commencent les mots par la sifflante s, sch, sp, etc. : schmecken, goûter, /unique (à Epinal, smiqué); spœnen, sevrer, hpcni; schale, écale, hcoloffe.
6° h représente le préfixe è ou ex, marquant séparation, extraction : ébouler, hboula; secouer, hcoure (tel. exculeré); égoutler, hgolla; choisir, Idère (lat. eligeré) ; ébauchoir, hcoutrou (lat. culter, couteau). De quelque nature qu'il soit,
Yè initial du français est aussi un /* en patois : épaule, hpaule(\); écouler, hcoula (auscultare); élelles, lilelles.
La plupart des mots qui précédent, ceux dont Y h est suivie d'une consonne, se prononcent aussi en admettant un c devant Y h : ehgotla, chboula, chprui, ehlelle. C'est ainsi (pie quelques populations du midi prononceut espectacle, e squelette, quand nous disons spectacle, squeîeite.
7° Eniîn h s'ajoute au commencement ô^ mots pour agrandir l'idée, pour marquer un effort : pouffer, hpi/ffir; éclat de rire, hpiffesse; pétiller, hpéla; vanter, prôner, hlronfa (de triompher;; tordre, hlùie; laver, liauva (de l'ancien français auve, eau); hauverasse, lavandière.
// hédiale. La permutation de s avec h est un fait qui se voit dans beaucoup de langues et sur lequel il n'est pas nécessaire d'insister. Des exemples seuls achèveront de faire connaître le caractère de celte aspiration.
1° Il est naturel de retrouver h au milieu des mots composés dont la racine commence par s : asseoir, éhére ; descendre, déhande, etc.
2°I1 s'emploie à la place de s au milieu des mois non composés : plaisir, piahi; maison, mâhon et môhon ; dixième, dèhième; connaître, kènohe (lat. cognoscere ; allem. kennen; angl. Knotv).
(t) L7< s'explique ici par la présence de Ys da .
l'ancien langage : tourner les espaules (1040). L'Espagnol dit espaldas.
Ainsi au milieu d'un mot, entre deux voyelles, h iient la place de 88, se. s, x.
3° De même pou-: la si! liante c ou s, précédée en français d'un r qui disparaît dans le patois : pourceau, pou/té; personne, pouahenne; bourse, bouôhe.
4° Clx est représenté par h : mouche à miel, mouhotie; acheter, acheta; pèches, pouhîè; fraîcheur, frdhou.
5° De même pour s sui\i d'un l : feslin, fehtin; reste, réhe.
G0 De même pour f, ff, v : bouffissure, bouhesse ; couvercle, kcufépeei kcuhépe.
H finale. Elle remplace r à la fin d'un mot : mur, mûh; cœur, cœuh; elle be >ubstitue aussi à s et z final dans les mots où le français ne l'ait plus entendre la sifflante, par exemple riz, ri/i ; obtus, ieuh.
Pour terminer les particularités sur cette lettre, je citerai meulie, moite, et je ferai remarquer que dans le mot français hacher, le patois vosgien fait entendre un b au lieu de l'aspirée et d;t bouachè; un hachoir, bouachou.
ch.
Cette articulation a beaucoup de rapport avec la précédente. La comparaison avec les moK français qui l'ont admise nous la montre représentée par s ou c, g, k ou r/, et h.
Bêche, bace; manche, mainge; lécher, laqua; mèche, mèlie. En retour le ch peut se mettre à la place de s : seigneur, cheignou.
g, gn, qn.
Le g clans les mots en agc devient un ch un peu doux : mariage, mériaiche. Il se rapproche de sou origine allemande dans vason, gazon.
Le gn devient n : borgne, bouône (Ban-dela Roche); grogner, grunè.
Le patois dit éqouarre pour équerre ; êquêle (prononcez èkèle) pour écuelle.
Le j représente quelquefois le s français. Ainsi ou dira en quelques endroits chôjon pour saison; et dans une partie de la Lorraine, ainsi que dans les Ardennes, majon pour maison.
ill (ye).
Cette consonne mouillée apparaît dans le patois sous la forme dune articulation grasse qu'on pourrait peindre par ye (prononcez comme dans le mot yeux sans appuyer sur eu) ; elle forme à la fin des mots une syllabe muette ou féminine ; exemple : oreille, araye et orôye; pai le, paye; merveille, morvôye (mervoilie, Ville-Hardouin).
Vy joue le rôle de consonne aussi bien que ill , mais elle ne se trouve guère que dans les finales féminines ou muettes.
Le Vosgien semble affectionner celte termi-