‹ Coup d'oeil sur quelques appareils prothétiques. Premier fasciculeChapitre 10 sur 16 · DE L'INCONTINENCEJSOCTURNE D’URINE CHEZ LES ENFANTS · texte numérisé non relu

DE L'INCONTINENCEJSOCTURNE D’URINE CHEZ LES ENFANTS

Dans la note que nous avons publiée sur ces instruments, nous avons eu moins pour but d'apprécier la valeur de la compression de l’urètre, appliquée au traitement de 1 incontinence nocturne d’urine, que de démontrer que ce moyen thérapeutique figurait depuis de nombreuses années dans l’histoire de la science. Le hasard nous a fait citer principalement les passages des auteurs qui avaient préconisé les compresseurs intra-rectaux ; aussi deux distingués confrères ont cru devoir appeler notre attention sur les compresseurs de la verge. Ces instruments nous étaient connus, puisque nous avons fait mention du plus vulgaire de tous, le compresseur de Nuck. Avant de faire profiter nos lecteurs de ces communications, nous devons dire un mot de l’historique de ces appareils.

Nuck se servait du compresseur qui porte son nom, et qu’il désigne par l’épithète de postomis, seulement pour parer aux inconvénients de l’incontinence d’urine. Il ne fait que mentionner la possibilité de cet usage. L’instrument, tel qu’il est dessiné dans son livre De chirurgica et de Experimenlo , est composé de deux étroites plaques d’acier réunies à l’une de leurs extrémités par une charnière et libres de l’autre; on fixe celles-ci à l’aide d’un tourillon semblable à ceux qu’on emploie pour fermer les bracelets des femmes.

La première mention de l’emploi de ce compresseur, dans le traitement de l'incontinence nocturne d’urine chez les enfants, se trouve dans le Traité des maladies chirurgicales de J.-L. Petit, chapitre des maladies où le cours del'urine est affecté. Après avoir signalé les diverses causes qui peuvent produire l’incontinence chez l’homme et chez la femme, ce chirurgien examine celles qui peuvent déterminer l’affection chez les jeunes sujets. Il distingue trois espèces de malades : a 1° ceux qui sont paresseux de se lever pour pisser aux premiers avertissements ; 2° ceux qui dorment si profondément que la sensation qui précède l’envie d’uriner n’est point assez forte pour les éveiller; il n’y a pour ainsi dire que le col de la vessie qui sente, et qui, accoutumé d’obéir à cette sensation, s’ouvre machinalement et laisse passer les urines sans que l’âme en soit avertie; 5° ceux qui rêvent pisser dans un pot de chambre, contre un mur ou autres lieux ; ils sentent qu’ils ont envie d'uriner, et qu’ils pissent effectivement : ceux-là ne sont pas en grand nombre ou du moins il ne leur arrive pas souvent de faire de pareils rêves. »

Le célèbre chirurgien ne tire aucune indication de traitement de cette diversité de causes, et même, pour lui, l’incontinence n’est pas une maladie, mais une simple incommodité qui se guérit presque toujours d’elle-même, plus tôt ou plus tard, selon le soin que prennent les parents d'éviter que les enfants boivent le soir, ou de les réveiller à propos la nuit pour les faire pisser.

Petit raconte ensuite 1 histoire d’un jeune garçon de neuf ans qui, chagrin de son indisposition, s’avisa de se lier la verge avec une ficelle; celte ligature amena des phénomènes d’étranglement qui nécessitèrent des déhridemenfs du fourreau de la verge; la suppuration s’établit, et vingt jours après l’enfant était

guéri, a Ce qu’il y a de particulier, dit en terminant Petit, c’est que, des la première nuit, il cessa de pisser au lit, et il n’y a pas pissé depuis. »

L'auteur ajoute : « Les garçons ont un avantage, quand ils sont parvenus à l’âge d’avoir la verge assez longue pour qu’on puisse leur appliquer un petit instrument qu’on nomme sphincter. Cet instrument retient les urines, mais il faut avoir soin d’éveiller ceux à qui on l’a mis, pour lâcher le sphincter, les faire pisser et le remettre. Il tranquillise aussi les personnes chargées du soin des enfants, car, si attentives qu’elles soient, sans cet instrument, qui retient les urines, il leur arriverait souvent que, lorsqu’elles vont éveiller les enfants, ils auraient déjà uriné.

a 11 faut être attentif à lâcher cet instrument à propos, et ne pas le laisser jusqu’à ce que la plénitude de la vessie éveille l’enfant, parce que les fibres de la vessie et celles du sphincter se trouveraient forcées, et, si pareille chose arrivait souvent, il pourrait s’ensuivre un écoulement involontaire d’urine, car cet instrument ne doit servir qu’au cas où la gouvernante tarderait trop à réveiller l’enfant pour le faire pisser; et l’on s’en passerait, si on savait précisément l’instant où l’enfant doit pisser. 11 est très-utile aux adultes, particulièrement aux vieillards, en un mot à tous ceux qui ont. un écoulement d’urine nocturne. »

Tour J.-L. Petit, comme pour Desault, la compression n’est qu’un moyen palliatif, Ravaton est le seul qui lui .accorde une valeur curative chez les enfants. a Les incontinences nocturnes d’urine récentes sont guéries en deux fois vingt-quatre heures, dit-il ; les plus anciennes en moins de trois semaines. » Si l’assertion de ce chirurgien n’a pas eu la portée qu’il en attendait , cela est dû surtout à l’absence de détails sur la durée de l’application du compresseur. Ainsi on vient de voir que Petit recommande d’enlever l’instrument avant que la plénitude de la vessie vienne éveiller l’enfant. Là est le motif de l’insuccès, et si Ravaton eut averti ses confrères que la guérison n’avait lieu qu’à la condition que l’enfant fut éveillé par le besoin d’uriner, les médecins n eussent pas partagé la crainte, exprimée par J.-L. Petit, de voir la faiblesse du sphincter vésical augmenter, et les compresseurs fussent entrés dans la pratique.

graduer encore le degré de pression de la verge, a substitué un mouvement de pas de vis à cette crémaillère.

L’action du compresseur devant s’exercer spécialement sur le canal de l’urètre, J.-L. Petit faisait garnir la branche inférieure de manière qu’elle présentât une saillie. M. Charrière a supprimé cette saillie, afin d’alléger le plus possible le poids de l’instrument, et il incurve, à l’aide de la main, la partie moyenne de la branche supérieure. L’appareil, ainsi disposé, tient facilement en place et s’oppose à l’émission involontaire des urines. Quand les petits malades appartiennent aux classes aisées de la société, on peut leur faire construire ces instruments en aluminium, métal plus léger que le cuir et le carton.

M. Plouviez a eu l’ingénieuse idée d’adapter le caoutchouc vulcanisé à la compression de la verge '. Son appareil se compose d’un anneau formé par une bande de caoutchouc de deux ou trois lignes de largeur. Deux pelotes convexes sont fixées aux parties supérieure et inférieure ; l’une est destinée à prendre son point d’appui sur le dos de la verge, l’autre à comprimer le canal de l’urètre au niveau de l’angle péno-scrolal. La pression, s’exerçant sur deux points tr'es-limités, gêne peu la circulation ; elle la laisse complètement libre sur les parties latérales : aussi l’emploi prolongé de cet anneau élastique est inoffensif. Dans les quelques cas où M. Plouviez a fait l’essai de son appareil, les petits malades ont pu en prolonger l’usage sans aucun inconvénient.

Ces appareils en caoutchouc, même vulcanisé, finissant par perdre de leur puissance de compression, j’ai prié M. Charrière de construire l’anneau en aluminium, et de tailler les pelotes dans un morceau de liège ; de cette maniéré on obtient un compresseur on ne peut plus léger et offrant un degré d’action toujours le même, c'est-à-dire s’opposant sûrement à l’écoulement involontaire des urines.

M. Trousseau est le seul auteur qui ait donné le conseil de venir en aide au traitement pharmaceutique par l’emploi des compresseurs. Son avis est bon et les praticiens feront bien de le suivre ; seulement les préparations de belladone qu’il préconise sont-elles bien les agents de la matière médicale qui conviennent le mieux à la guérison de l’incontinence nocturne d’urine ? Nous ne le pensons pas. 11 faut de trois à six mois d’usage de la belladone pour faire disparaître la maladie, tandis que l’emploi des compresseurs, lorsque ces instruments sont exactement appliqués, guérissent l’incontinence en moins de trois semaines. Nous préférerions donc voir prescrire le mastic, le lupulin ou le cubèbe, qui, lorsqu’ils réussissent, triomphent de l’incontinence dans le même laps de temps que les compresseurs. Le succès serait plus assuré, puisqu’on aurait deux actions simultanées au lieu de deux actions successives. Mais, pour obtenir des compresseurs tous les effets curatifs qu’ils peuvent donner, il ne faut pas retirer l’instrument toutes les cinq ou six heures, comme le conseille M. Trousseau, mais attendre que le besoin d’uriner se fasse sentir. En cela réside surtout la cause des succès de cette sorte de traitement.

1 Note sur un moyen d’empêcher sûrement l’écoulement de l'urine, dans l’incontinence chez l'homme. (Bulletin des travaux de la Société médico-pratique ; Paris, 1856.)

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