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COUP D’OEIL SUR LES INSTRUMENTS COMPRESSEURS DE L’URÈTRE

DESTINÉS AU TRAITEMENT DE L’INCONTINENCE D’URINE ET DE LA SPERMATORRHÉE.

Il existe un grand nombre de médicaments que l’on peut employer contre' l’incontinence nocturne d’urine; chaque médication compte un certain nombre de succès, mais il est des cas contre lesquels viennent échouer les tentatives les mieux dirigées: c’est lorsqu’on a employé inutilement ces moyens qu’il convient surtout de recourir au traitement mécanique, la compression de l’urètre.

Il y a longtemps déjà que l’on avait songé à ce mode de traitement, et nous en trouvons l’indication dans Ravaton, qui parait l’avoir employé avec beaucoup de succès chez des jeunes garçons et des jeunes filles; il comprimaitl’urètre parle rectum chez les hommes, et par le vagin chez les filles.

« J’ai été consulté bien des fois, dit Ravalon, pour des filles et des garçons qui avaient des perles habituelles d’urine depuis leur naissance, ce qui les empêchait de se marier. J’ai tenté sans succès différents moyens pour leur guérison, et j’ai vu échouer à cet égard des médecins de réputation. Après avoir bien cherché et réfléchi sur celte maladie, j'ai découvert le bandage ci-après. Pour en concevoir l’utilité, il faut qu'on sache qu’il doit comprimer l’urètre àson origine, sur les os pubis, de la même façon que ferait un doigt appliqué dessus...

« Par ce moyen, on est assuré que les pertes involontaires d’urine les plus anciennes sont arrêtées aussitôt que le bandage est mis en place. Celles qui sont récentes sont guéries en deux fois vingt-quatre heures, et les plus anciennes en moins de trois semaines, parce que le sphincter de la vessie, comprimé à son origine, reprend son premier état de ressort dans cet espace de temps. Ce bandage est aussi utile aux filles et aux femmes qu’aux hommes...

a Des esprits contrariants, accoutumés à fronder toutes les nouveautés qui ne sont point de leur invention, pourraient objecter que la languette en question doit contusionner les parties sur lesquelles elle appuie. Ma réponse à cette objection est que j’ai guéri avec ce bandage plus de trente personnes des deux sexes, sans qu’il soit arrivé le plus léger accident ('). b L appareil dont Itavaton se servait était formé par une petite plaque en forme de doigt, que 1 on introduisait dans 1 anus et qui était supportée par une tige courbe, maintenue en place au moyen d’une ceinture. Des courroies maintenaient la plaque périnéale dans une position convenable.

Desault, après avoir étudié les causes de l'incontinence nocturne d’urine et signalé les divers traitements que l'on peut employer, arrive également à parler des moyens mécaniques, a Lorsque la maladie est ancienne, dit-il, lesremèdes pharmaceutiques réussissent rarement; alors il faut avoir recours aux

(') Rayaton, Pratique moderne de la chirurgie, 1770, t. III, p. 20-29.

moyens palliatifs, c’est-à-dire à des machines avec lesquelles on comprime l’urètre, de manière à intercepter le passage de l’urine.

« Cette compression est très-facile sur l’homme; et sans nous arrêter à l’examen de tous les bandages proposés successivement pour cet effet, nous dirons que les anneaux ou bandages à crémaillère nous paraissent mériter la préférence et remplir parfaitement l'objet qu’on se propose. Il est beaucoup plus difficile, chez la femme, de comprimer constamment et convenablement le canal de l’urètre. Outre la gêne que causent les pessaires et autres tampons introduits dans le vagin, il est rare qti’on puisse, avec ces moyens, s’opposer efficacement à l’écoulement des urines. Aussi leur insuffisance a-t-elle fait inventer un grand nombre de machines plus compliquées les unes que les autres; mais celle de ces machines qui nous parait réunir le plus d'avantages est une espèce de bandage dont le cercle élastique fait le tour du bassin. Au milieu de ce cercle, qu répond au pubis, est une plaque sur laquelle s’ajuste une tige également élastique et recourbée, de manière que l’extrémité opposée à la plaque, et à laquelle est attachée une petite pelote, se trouve placée à l’entrée du vagin et comprime le canal de l’urètre ; et afin que la compression exercée par cette pelote puisse être graduée à volonté, on peut employer une double tige élastique, comme dans le bandage de Ruffin pour comprimer le canal salivaire de Sténon, bandage dont on peut voir la figure dans les Mémoires de V Académie de chirurgie. A l’aide de ces machines on peut, dans l’un et l’autre sexe, se rendre maître des urines et ne laisser aux personnes qui ont une incontinence que le désagrément d’être obligées d’avoir recours à ces moyens artificiels pour se garantir d’une plus grande incommodité (i). »

Ce traitement mécanique, par la compression de 1'urètre, a été également employé avecj succès pour le traitement des pertes séminales involontaires. Bra-

(Fig. I.) (Fig- 2.)

chet, de Lyon, a employé celle méthode dès 1844, et il rapporte quatre cas de succès obtenus contre cette dernière affection par la compression de l’urètre (2). * (*)

I (i) Dcsault, CE livres chirurgicales, t. III, p. 101.

(*) Brachet, Note sur le traitement des pertes séminales involontaires par la compression [Annales de la chirurgie française et étrangère, t. XIV, 184o, p. 242).

Enfin, dans ces derniers temps, M. Trousseau a également employé la compression urétrale contre ces deux affections : l’incontinence nocturne d’urine et les pertes séminales involontaires. Il se sert pour cette compression d’une sorte de poire métallique, que l’on introduit dans le rectum; elle est supportées son extrémité inférieure par une petite plaque allongée/qui repose sur l’anuset qui est destinée à empêcher l’instrument de pénétrer trop profondément; un petit canal est ménagé dans la longueur de l’instrument pour permettre aux gaz de s'échapper.

« Je ne saurais trop, dit M. Trousseau, recommander l’emploi de ces petits appareils dans l’incontinence nocturne d’urine ; chez un garçon atteint de cette affection, l’appareil peut être enlevé toutes les cinq ou six heures, pour laisser l’enfant uriner plus aisément, et ensuite réappliqué. Au bout d’un certain temps, la vessie prend son degré de tonicité normal, et les enfants finissent par être complètement guéris.

« 11 n’est pa3 besoin de dire que cet appareil ne peut pas s’appliquer aux jeunes filles ; toutefois j’introduis un embout analogue dans le vagin; seulement il faut que le bandage soit disposé de façon que la pression de la pelote ait lieu sur le canal de l’urëtre.

« Ce sont des moyens qu’il ne faut employer qu’à la dernière extrémité ; car, vous le comprenez, c’est une véritable défloration. On ne doit y recourir qu’après avoir épuisé l’action de la belladone et des autres moyens, b

M. Trousseau a employé cet appareil pour le traitement de l’incontinence nocturne d’urine et contre la spermatorrhée; il se sert du même instrument dans l’un et dans l’autre cas. Nous croyotis cependant qu’il y aura avantage à employer contre la spermatorrhée le modèle représenté fig. 2; il diffère du précédent par sa plus grande longueur et par sa direction rectiligne. Pour l’incontinence d’urine, il suffit en effet que l’urètre soit comprimé, mais cette condition ne suffit plus pour la spermatorrhée; le liquide séminal arrivé dans le canal ne paraît pas à l’extérieur, il est vrai, mais il reflue dans la vessie, d’où il est ensuite expulsé au dehors avec l’urine, souvent à l’insu du malade; c’est ainsi’ qu’on peut voir des cas dans lesquels les accidents tenant aux pertes séminales continuent à se manifester, lors même que le sperme paraît ne plus s’écouler au dehors.

Pour remédier à l’inconvénient que nous venons de signaler, il faut comprimer les vésicules séminales ; l’instrument, modifié comme le montre la dernière figure, permet d’obtenir ce résultat.

Nous avons fait représenter dans la figure suivante une coupe du rectum et du col de la vessie; elle permettra de se rendre compte des détails anatomiques relatifs à cette question, et de comprendre comment doivent agir les compresseurs destinés à remédier aux deux affections dont nous nous occupons ici.

La disposition représentée dans cette figure est celle que l’on rencontre le plus souvent; cependant il existe quelques différences relativement à la distance qui sépare l’anus du col de la vessie et de la prostate ; les différences les plus importantes sont celles qui tiennent à l’embonpoint plus ou moins considérable du sujet. Le chirurgien devra donc préalablement pratiquer le toucher rectal, pour se rendre compte de la disposition des parties, et pour mesurer la distance qui sépare l’anus du point où la compression doit-être faite; il choisira ensuite un appareil ayant la dimension voulue pour arriver à la même profondeur que le doigt, et agir comme le ferait ce dernier.

Lajmmpression des conduits excréteurs a été également employée en inéde-*

cine vétérinaire contre une affection analogue aux précédentes; ainsi M. André vétérinaire à Fleurus, applique cette méthode au traitement de la galactorrhée chez les vaches.

La perte spontanée du lait chez ces animaux est un accident assez fréquent; le plus souvent, l’écoulement a lieu par une ouverture anomale placée audessus du sphincter du conduit galactophore, et réclame alors l’emploi de la cautérisation actuelle; mais quelquefois il est dû au relâchement ou à la paralysie de ce sphincter. Dans ces cas, M. André a essayé avec succès l’emploi d’un anneau en caoutchouc, qu’il applique sur l’extrémité du trayon. Au bout de peu de temps, la maladie cède à l’emploi de ce mode de traitement (M.

Cet appareil très-simple a été également employé contre l’incontinence nocturne d'urine chez les enfants; on appliquait l’anneau eu caoutchouc autour de la verge. Ce moyen est d’une application facile, mais bientôt l’anneau se relâche et ne comprime plus exactement; il est d’ailleurs assez difficile d’obtenir une compression convenable, assez forte pour empêcher l’écoulement de l'urine, assez douce pour ne pas gêner la circulation sanguine. Ces inconvénients se rencontrent aussi pour le compresseur de Nuck, petite pince matelassé , que l’on appliquait également sur la verge, et pour un autre compresseur du même genre, que son auteur, M. Chiesa, nomme urétrotlibe ou compresseur de l’urètre : c’est un anneau que l’on peut rétrécir ou élargir pour

pi) Annales de la médecine vétérinaire, février 1860.

l'adapter à la verge; ou comprime le canal au moyen d’une petite pelote molle' que l’on fait mouvoir au moyen d’une vis (*).

Ces inconvénients sont évités par l’emploi des compresseurs rectaux dont nous avons parlé précédemment ; ils ont été appliqués avec succès dans un certain nombre de cas d’incontinence d’urine et de spermatorrhée. Ce mode de traitement n’est pas nouveau, ainsi que nous l’avons démontré par quelques citations historiques; cependant, il était entièrement inconnu aux médecins, et Brachet en a eu connaissance par un prêtre qui l’avait appliqué dans plusieurs cas de pollutions nocturnes et diurnes; M. Trousseau déclare également que c’est un charlatan qui lui a donné l’idée d’appliquer la compression périnéale au traitement de l’incontinence d’urine. Sans doute, ce prêtre et ce charlatan connaissaient ce mode de traitement par une sorte de tradition populaire, remontant jusqu’aux temps où ces moyens étaient employés parles médecins, tandis que chez la plupart des hommes de l’art le souvenir de cette méthode est complètement effacé.

(') Cliiesa (G. -B.), Gazette médicale, 1834, p. 5. J

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