‹ Coup d'oeil sur quelques appareils prothétiques. Premier fasciculeChapitre 4 sur 16 · IG · texte numérisé non relu

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ciles pendant à peu près (rois semaines, mais voilà tout. — La position de M. X'“ s'étant aggravée et force lui étant de beaucoup travailler, on s'ingénia à comprimer modérément le bras au niveau de l’empreinte deltoïdienne, en usant pour cela d'un serre-bras lacé et assez large pour embrasser le tiers moyen du bras. Depuis bientôt trois ans que la compression est permanente, le pouce a repris la plénitude de ses fonctions, et M. X"4 écrit avec la même facilité et la même prestesse que s'il n'avait jamais rien éprouvé. » Une lettre de M. Cazenave, que nous recevons à l’instant (12 avril), nous mande que la cure de ce malade s’est maintenue.

Les appareils les plus nombreux sont ceux destinés à prévenir les crampes par l’immobilisation des doigts. Nous allons en fournir quelques modèles. Dans le premier des faits empruntés à M. Cazenave, nous avons vu que son malade avait été conduit à tenir sa plume entre l’index et le médius. Cet exercice, qui met en jeu les muscles interosseux et lombricaux, ne saurait être continué longtemps sans danger de voir ces muscles affectés de crampes à leur tour. On préviendra cet accident en fixant la plume à deux anneaux, ainsi que le montre la figure 2 ci-dessous. Dans ce modèle M. Matthieu a placé en D une vis sans fin qui permet d'imprimer au porte-plume le degré d’inclinaison nécessaire.

M. Cazenave remplace les anneaux par deux dés et fait souder le poile-plume

à la partie supérieure du dé qui coiffe l’extrémité de l’index. Quelquefois il ré-

duit l’appareil à ce dernier dé, et l’instrument, pouvant rouler sur le doigt comme autour d’un axe, permet à la plume de venir se placer, ou à la partie

interne, ou à la partie inférieure. Avec ce modèle le pouce n’est pas maintenu. Voici un petit appareil construit par M. Matthieu (fig. 3) qui fournit un point d’appui solide à ce doigt, B ; le porte-plume est tenu parallèlement à l’axe de doigt indicateur, auquel il est fixé par deux anneaux A, A.

Les moyens d’immobiliser les doigts qui tiennent la plume ne sont pas toujours les mêmes ; voici (fig. 4) le dessin de l’instrument que recommande M. Cazenave. Le nombre et la disposition des crochets sur lesquels repose l’extrémité des doigts doivent varier avec chaque cas ; aussi les porte-plume sont construits en vue de l’attitude delà main particulière au malade. Cet instrument, très-ingénieusement construit, nous paraît pécher cependant par son manque de volume ; plus ils sont gros, mieux les malades écrivent, c’est là un fait général.

De tous ces nombreux modèles le plus simple et le moins dispendieux est un cône de bois arrondi ou à pans coupés (fig. 5), dont le volume sera indiqué par le malade. Rien n’est plus facile que d'immobiliser les doigts, il suffit de creuser des cavités. Le point qui semble le plus épineux est d’indiquer la place que doit occuper l’extrémité de chacun des doigts. Grâce à M. Ferd. Martin, la solution de ce problème est des plus simples; on entoure la tige d’une couche de cire à modeler. Le malade la saisit en prenant lesoindedonner à sesdoigtsl’attitudequi prévienne plus efficacement les crampes; cela fait.il serre l’instrument et laisse dans la cire l’empreinte de l’extrémité des doigts. Il ne reste plus qu’à creuser.

La seconde série d’instruments a pour base un manche rond et cannelé, D, auquel la plume se trouve fixée. Ce premier modèle (fig. G),dùàM. le professeur Velpeau, est modifié par M. Ghârrièrc, suivant l’attitude réclamée par chaque personne; celui dont nous donnons le dessin (fig 13) fournit un point d’appui aux deux premiers doigts. Son emploi remplace souvent et très heureusement les instruments formés

par les deux désou les deux anneaux dont nous avons publié précédemment

(Fig- 6 )

la figure. Les modèles île M. Charri'ere sont trop nombreux pour que nous les reproduisions tous ; ceux que nous allons représenter suffiront, toutefois, pour donner une idée de la richesse de l’arsenal de ce fabricant, en ce qui concerne cette affection.

Le mode d’action de ces instruments est facile à comprendre. La plume étant

(Fig- 7.)

(Fig- 8.)

fixée au manche, les doigts sont affranchis de la nécessité de la maintenir. Quelquefois l’inclinaison de cette plume doit varier, et les gravures ci-jointes montrent le mécanisme employé par M. Charri'ere pour remplir cette indication (fig. 7).

Lorsque le volume de la poire ne suffit pas pour prévenir le spasme des muscles, on tient les doigts plus écartés, en leur offrant des supports. La disposilion de ces arcs de cercle joints au manche de l’instrument doit varier pour chaque malade. Nons devons signaler ici l’addition d’une petite boule G, faite à ce manche parM. Mathieu, afin de permettre au malade de prendre un point d’appui sur la table (fig. 8). Le jeu de cet appareil serait plus facile, si la boule était rendue mobile.

La notion des mouvements spéciaux à chacun des muscles qui concourent à la fonction d’écrire viendra en aide à la détermination du nombre et de la place que doivent occuper ces divers croissants ; toutefois, à l’aide de tâtonnements, on peut y arriver. Ne sont-ce pas les fabricants qui, le plus souvent, créent ces modèles, quoiqu'ils n’aient pour les guider que les renseignements qui leur sont fournis par les malades eux-mêmes ? L’appareil ci-dessus (fig. 8) a été construit par M. Mathieu pour un haut personnage auquel la simple poire de M. Charri'ere a d’abord suffi. Plus tard, il a fallu écarter davantage les doigts, et M. Mathieu, sur les indications du malade, homme des plus intelligents, lui a modifié son premier appareil. Le manche a été raccourci et augmenté de volume, afin de mieux remplir la main, puis deux arcs de cercle E placés sur le côté droit furent destinés à supporter l’index et le médius , tandis qu une autre tige F, légèrement courbée, fixée à droite, devait fournir un point d appui au pouce. Au moyen de celappareil ainsi disposé, le marquis de X a pu éci iie pendant quatre années , lorsque tout à coup les spasmes ont reparu et ont nécessité de nouveaux essais. Pour parer à ce retour des spasmes, M. Mathieu a fabriqué à son client un troisième modèle, dans lequel le porte-plume est fixe à l’index (fig. 5). L’appareil ainsi disposé a permis à M . de X“* d’écrire de nouveau ; mais le frottement sur le papier des doigts non maintenus lu. était des-

agréable, au point de lui faire réclamer un quatrième appareil analogue au premier, mais avec des supports encore plus éloignés.

Nous allons voir dans les modèles créés par M . Duchcnne les instruments constitués par une planchette, à laquelle est fixée le porte-plume, de façon à permettre aux malades d’écrire avec la main totalement étendue.

M. Duchenne, plus qu’aucun autre de nous, en raison de ses études spéciales, devait être consulté par les malades affectés de la crampe des écrivains, et, comme la faradisation ne produisait rien contre ces spasmes fonctionnels, force lui a été de recourir aux moyens prothétiques à l’aide desquels on remédie, autant que faire se peut, à l’espèce d’infirmité qu’ils occasionnent. Notre confrère a bien voulu nous fournir le contingent de son expérience personnelle à l’égard des appareils qu’il a imaginés, car il n’a pas tardé à rencontrer des cas dans lesquels aucun des modèles connus ne permettait à scs malades d'écrire. Ses connaissances si précises sur l’action individuelle des muscles qui concourent à celte fonction lui rendait le problème plus facile.

Voici quelques-uns des exemples qu’il nous a cités :

Depuis plus d’une année M. X"‘ éprouvait pour écrire une difficulté qui augmentait progressivement. Toutes les médications, y compris la faradisation, ont échoue. 11 en était arrivé au point de ne plus pouvoir tenir la plume entre le pouce et les deux premiers doigts, sans que ceux-ci ne s’étendissent douloureusement. M. Duchenne essaya d’abord d’immobiliser les doigts et le pouce à l’aide d’un instrument analogue à celui de M. Cazenave (fig. 1), afin que le malade n’eût aucun effort à faire pour maintenir la plume. Les spasmes semblèrent augmenter. D’autres appareils, qui maintiennent le pouce plus ou moins écarté des doigts et les phalanges dans la dernière flexion, comme la poire de M. Charrière munie de supports, facilitèrent un peu l’écriture, mais les spasmes n’en revinrent pas moins, quoique plus tardivement. Force fut alors de le faire écrire le poing fermé et avec un gros porte-plume tenu entre l’index et le médius, ainsi que le représente le dessin ci-contre (fig. 9). Dans cette altitude, les spasmes ne revinrent plus , et le malade s’habitua à écrire de celle manière.

On remarque dans ce cas que les spasmes étaient provoqués par la position e la main, ou par les mouvements placés sous la dépendance des interosseux

(qui fléchissent la première phalange cl étendent les deux dernières). Ces spasmes cessèrent, dès qu’on mit en action les muscles antagonistes des interosseux, c’est-à-dire les fléchisseurs superficiels et profonds.

(Fig. 10.)

Un autre malade ne pouvait écrire quelques lignes, sans que les phalanges de l’index et du médius ne s’infléchissent dans la paume de la main. Cette affection se montrant rebelle à toutes les médications, comme la précédente, il fallut recourir à la prothèse. Les appareils en usage furent essayés vainement par ce sujet. Il ne put écrire qu’à l’aide d’une planchette sur laquelle la main reposait à'plat, les doigts maintenus dans l’extension.

Cet appareil, construit par M. Charrière, a réussi dans plusieurs cas analogues, mais il dut subir de légères modifications qui lui permettaient de répondre à des indications particulières. Ce modèle (fig. 10) se compose d’une

(Fig. n.)

palette circulaire ou ovale, un peu convexe à sa surface supérieure et à sa

surface inférieure, portant latéralement la plume, à laquelle on pouvait donner une inclinaison plus ou moins grande. Cette plume est fixée tantôt entre le pouce et l'index, tantôt entre l’index et le médius. Le glissement de l'appareil sur le papier est facilité par un galet roulant placé à la face inférieure de la palette, line des personnes auxquelles cet appareil a été appliqué a mieux écrit des qu’on eut fait élever cette palette sur un support (fig. 11). La courroie que cette personne a fait ajouter à son appareil n’est pas utile.

On voit encore ici que les spasmes ont cessé dès que, pour écrire, on n’a plus mis en action les muscles chargés habituellement de cette fonction.

C’est surtout dans la paralysie fonctionnelle qu’il sera utile d'immobiliser les doigts (fig. 1). M. Duchenne nous en fournit l’exemple suivant.

Depuis plusieurs années, un teneur de livres éprouvait, après avoir écrit quelques lignes, une faiblesse dans les doigts qui tenaient la plume. Celle-ci lui échappait fréquemment, et, pour la retenir, il devait contracter fortement les muscles qui rapprochent le pouce de l’index et du médius. Ces efforts trèsfatigants, disait il, étaient bientôt suivis d’un spasme douloureux, qui plaçait sa main en pronation forcée, ce qui l’empêchait de continuer d’écrire. M. Duchenne lui conseilla l’usage d’un porte-plume sur lequel les deux premiers doigts étaient immobilisés de telle sorte qu’il n’avait aucun effort à faire pour tenir sa plume. Dès lors il cessa d’éprouver le spasme des muscles pronateurs.

Pour terminer ce qui est relatif aux ressources de la prothèse, nous devons rappeler enfin le chariot deM.Cazenave.Cet instrument (fig. 12) se compose d’une planchette sur laquelle sont fixés deux montants matelassés, que l’on éloigne ou que l’on rapproche à volonté, à l’aide de deux mortaises horizontales et de deux vis de pression. Entre ces deux mortaises existe un support qui sert de point d’appui à la paume de la main. Pour se servir de cette machine, on place la main entre les montants, que l’on rapproche de façon à s’opposer aux oscillations de l’organe, et l’on écrit sans s’occuper du déplacement du porte-main

(Fig. 12.)

Le déplacement de l’instrument est facilité par le jeu de quatre roulettes en ivoire placées au-dessous de la planchette d’acajou.

Ce dernier appareil est destiné par M. Cazenave à remédier aux effets du tremblement oscillatoire de la main droite.

Le nombre et la diversité des modèles que nous avons placés sous les yeux de nos lecteurs leur permettront désormais de donner un conseil utile, quelle que soit la forme du trouble fonctionnel pour lequel ils seront consultés; surtout lorsqu’il s’agira de prévenir la crampe des écrivains. Ils savent que l'instrument qui convient le mieux est celui qui neutralise ou empêche l’action synergique du muscle ou des muscles qui se contractent ou se paralysent pendant l’exercice de cette fonction. Ils doivent donc commencer par rechercher quels sont ces muscles, et, celte notion acquise, faire choix de la disposition qui préviendra le plus sûrement le trouble morbide.

Une question importante, que nous devons poser avant de terminer celte note, est celle de savoir si, des qu’un malade a trouvé un appareil qui prévient le retour des crampes, il doit s’en servir exclusivement; ou s’il ne vaudrait pas mieux lui faire construire un second instrument, prévenant également la production du spasme fonctionnel, de maniéré à varier l’attitude de la main pendant l’exercice de la fonction en alternant l’usage des deux modèles?

Si les malades affectés de spasme fonctionnel doivent peu écrire, il ne saurait y avoir beaucoup d’inconvénients à leur laisser faire usage du même instrument. Un de nos grands chirurgiens se sert depuis plus de vingt années de la boule de M. Charnière. Il est vrai qu’il écrit mal et se charge seulement de sa correspondance privée et de ses ordonnances; pour ses travaux académiques, il a pris depuis longtemps l’habitude de les dicter.

Lorsque les personnes usent un peu largement de la fonction, la maladie peut s’aggraver. Ainsi, pour nous en tenir aux faits cités dans celte note, nous avons vu un éminent diplomate, qui écrit beaucoup et pour lequel M. Mathieu a dû modifier trois fois' le premier modèle fourni par M. Charri’erè. Chaque fois une amélioration a lieu, mais elle ne dure qu’un temps de plus en plus court. Tandis qu’un contrôleur d’omnibus qui, depuis sept années, alterne l’usage de deux instruments, n’a plus vu son affection s’aggraver. Il exécute ses chiffres avec la boule de M. Velpeau (fig. 6) et écrit avec le même instrument, auquel M. Charriere a ajouté deux supports pour l'index et le médius

(Fig. 13.)

(fig. 13). La conviction de cet employé est si grande à l’égard des bénéfices

qu’il relire de cette alternance des attitudes de la main, qu’il nous a prié de lui faire construire un troisième appareil. Comme les frais de ces divers essais sont supportés par M. Charri'ere, nous proûtons du zèle bien connu de ce fabricant pour les progrès de la prothèse pour créer deux autres modèles très-simples.

Si l’expérience ultérieure vient démontrer la justesse de notre proposition, elle fera voir en même temps l’utilité de ces nombreux modèles. Du reste, la variété de la construction des instruments est commandée déjà par le grand nombre des muscles qui peuvent être atteints de spasmes.

Ouelle est la valeur de la prothèse pour les individus affectés de la crampe des écrivains? L’observation des faits ne nous permet pas de ranger l’intervention des appareils au nombre des agents de la thérapeutique fonctionnelle: c’est le contraire qui a lieu. Ces instruments rendent possible l’accomplissement de la fonction, sans mettre en jeu celles des puissances musculaires auxquelles elle est spécialement dévolue.

La prothèse remplace l’action des doigts, en fixant la plume à l’appareil prothétique; elle rompt la synergie musculaire, en donnant un volume considérable à l’instrument ou en y ajoutant des supports destinés à tenir le doigt affecté de spasme immobile et étranger à la fonction d’écrire : c’est donc un secours, un artifice, une suppléance et rien de plus.

La pathogénie des troubles fonctionnels laisse prévoir que, au moins dans un certain nombre de cas, plus rarement on fera appel à ce secours, moins l’affection doit s’aggraver. Nous en avons fourni des exemples. C’est rendre un mauvais service aux malades que de leur inspirer une confiance exagérée dans la valeur des moyens qu’on leur propose.

Les ressources encore précaires dont l’art dispose en face des spasmes fonctionnels nous engagent à rendre compte ici d’un essai que nous avons tenté, l’été dernier, avec les iujections médicamenteuses sous-cutanées.

Une fermière des environs de Saint-Quentin était affectée depuis plusieurs années d’une crampe de l’extenseur du gros orteil, qui se produisait plusieurs fois chaque nuit et réveillait la malade. Pendant une année la compression de la partie supérieure de la jambe avait suffi pour triompher de cet accident et rendre le sommeil à cette femme. L’action de ce moyen thérapeutique s’étant usée, nons eûmes l’idée de recourir aux injections d’une solution ainsi formulée :

Eau distillée 30 grammes.

Chlorhydrate de morphine (10 centigrammes.

Sulfate d’atropine 50 centigrammes.

Une injection de 20 gouttes de cette solution narcotique fut pratiquée tous que trois jours pendant le mois d’août 1859. Sous l’influence de ces huit injections faites dans la partie charnue du muscle, la crampe disparut, et la cure se maintient encore aujourd’hui.

Ce résultat thérapeutique emprunte une certaine valeur au fait suivant, communiqué àM. Cazenave par M. Stromeyer.

« M. M“* avait perdu la faculté d’écrire avec la main droite depuis un au, et fut forcé de le faire avec la gauche. Je trouvai, dit M. Stromeyer, en le voyant s’exercer, que cette perte de la faculté d’écrire était due à un spasme des petits muscles du pouce qui ne se faisait sentir qu’au moment où il voulait se mettre à l’œuvre. L’acupuncture des petits muscles le mettait en état de tenir la plume et de tracer quelques mots. Alors, je passai un séton de deux fils de

soie ii travers les petits muscles du pouce. Ce séton fut maintenu pendant cinq semaines; on le mouillait chaque malin avec une solution d’opium et d’extrait de belladone. Apres cela, le jeune homme a complètement recouvré le pouvoir de se servir de cette main pour l’écriture. Pendant que le séton traversait les petits muscles, leur action était anéantie et le pouce se trouvait dans une abduction complète. »

Quatre mois après, le savant chirurgien de Hanovre s’empressait d’annoncer à son collègue de Bordeaux que la crampe avait reparu, et avec elle l’impossibilité d’écrire. Si M. St.romeyer avait eu à sa disposition la seringue de l'ravaz, nul doute qu'il n’eût répété son traitement, et, s’il s’était servi des alcaloïdes, il eût obtenu une cure plus prompte et plus solide.

M . Slromeyer, en employant un mélange d’opium et de belladone, a obéi à un enseignement courant. Notre but était de vérifier l’antagonisme des deux agents médicamenteux, et de nous assurer si, par leur mélange, il était permis d’augmenter la dose de chacun d’eux sans provoquer d’accidents toxiques. Les résultats de notre expérimentation nous ont prouvé une fois de plus que, grâce à celte association, on pourra produire des médications locales plus puissantes. En effet, l’action topique des deux substances vient s’ajouter, tandis que leurs effets généraux, inutiles dans l’espèce, s’amoindrissent.

Comme on ignore la limite de celte puissance d’antagonisme des deux substances, on devra toujours procéder à ces essais avec beaucoup de prudence, et se rappeler qu’il est des idiosyncrasies qui ne tolèrent pas même les plus petites doses d’agents narcotiques.

Certaines constitutions médicales semblent également prédisposer les malades à subir plus énergiquement l’impression médicamenteuse.

ÉNQUËTE SUR LA VALEUR DES JAMBES ARTIFICIELLES DESTINÉES AUX AMPUTATIONS SUS-MALLÉOLAIRES.

Lettre à M. le docteur Mir.ii.vrs, professeur de clinique chirurgicale à l’université «le Louvain, par le docteur Debout.

Une question importante, dont la solution est toujours à l'étude, est celle deé services que les appareils prothétiques peuvent rendre aux mutilés qui ont perdu la partie inférieure de la jambe. Malgré les. travaux spéciaux publiés sur ce point de chirurgie pratique, la vérité est loin encore de s’être produite dans tout son jour. J’en trouve une preuve nouvelle dans la lecture que vous venez de faire à l’Académie de médecine de Belgique. Dans ce savant travail sur les diverses amputations de la jambe, apres avoir démontré qu’on devait tout tenter pour faire marcher les amputés du pied sur leur moignon, vous terminez votre mémoire en rejétanl presque l’amputation sus-malléolaire. N’est-ce pas rejeterc ette opération que de formuler la conclusion suivante : « L’amputation sus-malléolaire convient seulement aux personnes âgées, faibles, qui, par leur état ou leur position sociale, peuvent aisément se procurer un bon membre artificiel et qui tiennent à conserver , malgré l’amputation de la jambe, la formé à peu prés normale du membre? » Ainsi, malgré le danger plus grand qüe fait couriraux malades l’amputation au lieu d’élection, vous n’hésitez pas à la préférer à l’amputation au tiers inférieur pour les jeunes sujets et les prolétaires.

Ce jugement est celui que M. Velpeau formulait en 1839 dans son Traité de médecine opératoire, et qu’il rappelait en 1841 dans son rapport à l’Académie de médecine sur le mémoire de MM. Arnal et Ferd. Martin. Je pensais que les nombreux exemples des services rendus depuis cette époque par les nouveaux appareils avaient conduit les chirurgiens à ne plus faire de différence entre les malades riches et ceux qui sont déshérités de la fortune. Je vois avec regret qu’il n’en est rien encore et que l’on sacrifie toujours, comme au temps d’Ambr. Paré, les principes de la médecine à la facilité de faire marcher commodément ses malades. Cette importance prise par la prothèse, dans la question des amputations de la jambe, m’a conduit depuis longues années à ne laisser échapper aucune occasion de me convaincre de l’utilité des membres artificiels; car de la solution de ce point dépend le retour des chirurgiens aux principes essentiellement conservateurs de leur art. J’ai donc pensé que vous accueilleriez avec intérêt les résultats de mon enquête à l’égard de ceux des mutilés qui doivent pourvoir aux besoins de leur vie par un labeur quotidieh.

Avant de vous exposer les faits qui, à mes yeux du moins, ne permettent plus de sacrifier les intérêts les plus sacrés de l’humanité à une question de mécanique et d industrie, je dois vous dire quelques mots des divers modèles de membres artificiels qui nous sont livrés par nos fabricants d’appareils.

En 1696, un savant chirurgien hollandais, Verduin, dotait l’art d’un modèle de jambe artificielle qui retnplissait les conditions principales du problème mécanique. Cette jambe (fig. 1 et 2) se composait d’un pied de bois A, sur lequel étaient fixées deux attelles d’acier montant jusqu’au niveau de l’articulation du genou. Une botte en cuivre B emboîtait le moignon et était rivée sur es attelles jambières D. Un cuissart F, dont la partie antérieure embrassait a partie moyenne de la cuisse, venait s’articuler par ginglyme avec les ale jambières II. Un bas en peau de chamois (fig. 3) enveloppait le moignon

et remontait jusqu’à la partie supérieure de la cuisse ; maintenu par le cuissarf, il tenait le moignon suspendu. Enfin, pour mieux protéger la cicatrice, un coussin mou était placé au fond de la botte métallique.

L’appareil de Yerduin reposait, comme on le voit, sur ce principe excellent, qu'il fallait chercher un point d’appui sur le segment du membre supérieur à

(Fig- 2.)

(Fig- 3.)

celui qui avait subi la mutilation, au lieu de le prendre sur les co'ndyles du tibia et autour du genou, comme l’avait fait son compatriote Van Sollingen. Malheureusement Verduin s’occupait surtout dans son mémoire d’une question de médecine opératoire, l'amputation à lambeau, et, croyant fournir un argument de plus à l’appui de la méthode qu’il créait, ainsi que de son appareil prothétique, il disait : « L’avantage du gros lambeau de chair est que le malade peut s’appuyer sur le moignon et même marcher ferme à l’aide d’une jambe artificielle, ce qu’on ne saurait faire sans douleur lorsque l’amputation a été pratiquée par l’ancienne méthode. » Comme il n’arrive que trop souvent, Verduin, en exagérant les avantages de son appareil, devait fournir matière à un argument qui n’a que trop de puissance, puisqu’il suffit de relever ces exagérations pour repousser les meilleurs enseignements.

Louis, dans son rapport à l’Académie de chirurgie, méconnaissant la portée des enseignements fournis par Verduin, repoussait et la méthode et l’appareil. Après avoir rapporté le passage que nous venons de citer, le célèbre chirurgien ajoutait : « Une pareille exagération ne tire pas à conséquence de la part d’un auteur, dont le faible est d’insister sur le mérite de son invention. » Rappelant ensuite la disposition des condyles du tibia, il ajoute : « Le volume de la partie supérieure du tibia permet d’ajuster la machine de façon qu’elle donne sous l’apophyse de cet os un point d’appui circulaire, sur lequel le poids du corps

pourra être soutenu. »

On sait la puissance qu’avait à celte époque le principe d’autorité. Le jugement porté par Louis fait abandonner l’appareil de Verduin pour revenir à celui

de Van Sollingen. Tous les chirurgiens du dix-huitième siècle, ceux d’Italie et ceux d’Angleterre, comme ceux de la France, à partir de Ravaton, s’efforceiit de faire marcher leurs amputés avec des appareils prenant leur point d’appui autour du genou. Aucune de ces bottines, malgré leurs formes variées, n’est entrée dans la pratique, et même plus d’un siècle se passe en tentatives infructueuses.

En 1826, le professeur Serre (de Montpellier), revenant au principe de \etduin, propose bien une nouvelle jambe artificielle, prenant son point d’appui à la partie moyenne de la cuisse. Mais, ainsi qu’il arrive trop souvent lorsqu’il s'agit de faire prévaloir une idée, il a fallu exagérer la valeur dü principe potir le mieux faire comprendre et parvenir à le faire admettre.

L’on sait comment notre sagace confrère, M. Goyrand, ifut amené à ouvrir une ère nouvelle dans la construction des membres artificiels, en transportait le point d’appui au bassin; ce progrès devait faire entrer désormais les appareils prothétiques dans la pratique courante, surtout pour les amputés à la partie inférieure de la jambe.

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